Alain YVER

Alain YVER

ADEL ABDESSEMED

ADEL ABDESSEMED








Travail

Ses œuvres, brutes et cliniques, travaillent la matière, le concept, en privilégiant les rapports de forces, les procédures de montage d'éléments paradoxaux.

Le citron, le lait, la terre calcinée, le marbre, le néon, les carcasses métalliques d'avion, le fil barbelé, sont utilisés pour leur qualité matérielle brute, mais aussi pour leur capacité à retourner l'ordre symbolique de la loi et du discours.

Exclusion, sexualité, exil, infini, ignominie politicienne et religieuse sont les thèmes d'œuvres où il est toujours question de la représentation du pouvoir.

Contrairement à des œuvres politiques illustratives, celles d'Adel Abdessemed sont davantage des étendues d'énergie par où s'affirment le désir, la vigilance critique et la contraction poétique.

 Polémique

Adel Abdessemed a produit de nombreuses œuvres avec des animaux : sept vidéos de chats lapant du lait dans une écuelle (Happiness in Mitte, 2004), une photographie de sangliers lâchés dans la rue à Paris (Sept frères, 2006), une vidéo de chiens, coqs, insectes et reptiles (Usine, 2009), une sculpture d'animaux déjà empaillés et calcinés (Taxidermia, 2010), etc.

Don't Trust Me (2008) est une série de 6 vidéos où l'on voit une main tenant une massue qui abat un porc, un bœuf, un mouton, un cheval, une biche. L'œuvre fut exposée au tout début de l'année 2008 au Magasin à Grenoble, sans susciter de réactions particulières. Elle fut ensuite montrée en mars 2008 au San Francisco Art Institute (SFAI), mais l'exposition dut fermer ses portes cinq jours après l'ouverture face à la mobilisation d'associations de défense des droits des animaux qui manifestèrent leur opposition par des interventions sur le campus et par des menaces de mort, des menaces racistes et sexistes dirigées à l'encontre de l'équipe du SFAI. Au cours de cette polémique, les responsables du SFAI durent se justifier à plusieurs reprises et tentèrent de calmer la polémique en arguant que les vidéos ont été tournées dans un abattoir traditionnel au Mexique. Devant les explications bienveillantes mais inexactes des responsables du SFAI, Adel Abdessemed adressa une lettre dans laquelle il déclare : " Don't Trust Me est une vidéo dont j'ai la responsabilité pleine et entière dans sa conception, production et diffusion. Don't Trust Me est une œuvre que j'ai volontairement voulu dans la représentation d'un acte d'abtattement d'animaux (…) Dans le cas où l'œuvre poserait des problèmes insurmontables à une structure qui a choisi de l'exposer, je préfère mettre un terme à l'exposition plutôt que de trouver une parade aux polémiques par des justifications mensongères."

Don't Trust Me déroute car l'image est dépouillée de toute mise en spectacle ou dramatisation, il est aussi à l'opposé d'un rituel sacrificiel ou d'une tradition culturelle. La brutalité du pouvoir se concentre sur cette capacité de la main de l'homme à donner la mort, d'où l'impensé du pouvoir. Rappelons aussi que l'histoire visuelle du cinéma au XXe siècle s'est construite à partir de ces images d'abattage : en 1903, Thomas Edison a filmé l'électrocution d'un éléphant au Luna Park de Coney Island (Electrocuting an Elephant). En 1949, Georges Franju réalise "Le sang des bêtes" en filmant les techniques d'abattage et de dépeçage des animaux dans les quartiers Vaugirard et La Villette à Paris. Les films de Pier paolo Pasolini et ceux de Rainer Werner Fassbinder ont aussi visualisé ces scènes d'animaux abattus et sacrifiés. Chez Abdessemed, cette croyance sacrificielle a disparu et il y a dans son art une exigence irascible à pousser au plus loin la représentation de la folie du pouvoir de l'homme.

//fr.wikipedia.org/wiki/Adel_Abdessemed







Adel Abdessemed

//www.palazzograssi.it/fr/expositions/eloge-du-doute/plan-des-salles/adel-abdessemed

Né en Algérie en 1971, Adel Abdessemed quitte son pays à cause de la guerre civile, qui y éclate au début des années quatre-vingt-dix, et arrive en France en 1994 pour étudier les Beaux-Arts. Depuis il a vécu dans de nombreuses villes – New York, Berlin, Paris. Sur la base d’une pensée nourrie de nombreuses lectures philosophiques, politiques, sociologiques, Abdessemed concentre son regard sur les failles et les contradictions du monde contemporain. Il réalise des œuvres qui ont valeur d’ « actes » prenant la forme de sculptures, d’installations, de vidéos, de dessins : « Mon art n’a pas la prétention de représenter la réalité, dit-il, simplement de toucher le réel ».

Practice Zero Tolerance (2006), est un moulage en terre cuite d’une  voiture détruite au cours des émeutes de  2005 dans les banlieues françaises. La sculpture fait référence à la politique de « tolérance zéro » revendiquée alors par le pouvoir constitué en Europe comme aux Etats-Unis.  Mais, loin d’ etre une simple présentation, l’œuvre met en jeu une série de tensions plus profondes : entre la violence de l’impact visuel et la douceur quasi-sensuelle de la terre cuite, la fragilité et la solidité du matériau,  la puissance destructrice du feu et  sa dimension créatrice (la céramique est précisément un « art du feu »), l’immédiateté et l’archéologie d’un présent dont Practice Zero Tolerance  serait le vestige.

Taxidermy (2010) est un cube formé d’animaux empaillés (récupérés dans les brocantes), assemblés avec du fil de fer puis brûlés. Abdessemed a souvent utilisé les animaux dans ses travaux, en tant que victimes silencieuses de toutes sortes de violences (lesquelles semblent  indigner davantage l’opinion publique que les injustices, pourtant bien pires, perpétrées contre les êtres humains), mais aussi en tant que témoins d’une existence en deça du langage. En choisissant la forme du cube – référence iconique des sources de la modernité, puis de l’art minimal – qui pourrait sembler aux antipodes de son vocabulaire, Abdessemed  établit un lien de tension extrême entre la notion de pouvoir/abus et l’acte de création artistique.

Wall Drawing (2006), est constitué de neuf grands cercles dont les diamètres correspondent exactement à la taille de l’artiste ou à celle de sa compagne, réalisés  avec le même type de fil barbelé que celui utilisé dans les prisons américaines de Guantanamo. La perfection de la forme géométrique contraste avec l’aspect menaçant du matériau et ses terribles connotations d’oppression, établissant là encore une tension très forte entre forme et expressivité, dimensions conceptuelle et existentielle.

Cocktail (2007) joue également sur le registre de l’ambigüité du titre (événement mondain ou cocktail Molotov ?), la contradiction entre  le caractère inoffensif des pupitres de musiciens et le sujet des dessins présentés. C’est le regard du spectateur, passant d’une image à l’autre de cette sorte de flip-book immobile, qui met en mouvement cette révolte silencieuse et minimale.
Palazzo Grassi,








Adel Abdessemed

//www.algeriades.com/news/previews/article221.htm
    
Jusqu’au 17 mars, la galerie David Zwirner à New York présentait sa seconde exposition d’Adel Abdessemed qui mêlait dessin, vidéo, sculpture et installation. Intitulée "Who’s Afraid of the Big Bad Wolf" (Qui a peur du grand méchant loup), elle tient son nom d’un tableau de très grand format, le format du "Guernica" de Picasso, et constitué de plusieurs centaines d’animaux empaillés enchevêtrés, -prédateurs et proies enlacés-, pour dire l’aptitude universellement partagée à la violence et à la destruction. L’artiste aurait choisi de garder ce tableau pour lui-même, mais l’œuvre sera visible durant l’automne à Paris.
Selon la galerie Zwirner et avant même l’ouverture de l’exposition, tout a pratiquement été vendu avec des prix allant de 800.000 à 2 millions de $ (610.000 à 1,525.000 €). Cette dernière somme a été acquittée par le milliardaire et grand collectionneur français François Pinault pour une œuvre intitulée "Décor". C’est le montant record atteint par une œuvre de l’artiste. La pièce représente quatre Christ crucifiés, accrochés au mur et réalisés en fil barbelé ; "du fil barbelé américain, comme celui utilisé à Guantánamo, plus hérissé que le français", fait remarquer la conservatrice du musée Unterlinden de Colmar qui expose "Décor", d’avril à septembre, dans le cadre du 500e anniversaire du retable d’Issenheim (L’Alsace du 23 février). Car "Décor" est inspiré du retable d’Issenheim, composé des panneaux peints de Matthias Grünewald et des sculptures de Niklaus von Hagenau. Dans le même journal, Adel Abdessemed dit avoir "multiplié en fil barbelé, jusqu’au décoratif, le corps du crucifié peint par Grünewald ; comme hérissé d’épines, il n’est plus qu’une gigantesque blessure".
Dans son compte rendu de l’exposition (Le Monde du 7 mars), Philippe Dagen rappelle qu’en 1932 Picasso s’est déjà inspiré de la crucifixion de Matthias Grünewald dans une série de dessins sur ce thème. Evoquant les dessins d’animaux de "La Grande Parade", le critique signale également les gravures de l’artiste catalan pour L’Histoire naturelle de Buffon. Du coup, Philippe Dagen voit dans l’exposition new-yorkaise d’Adel Abdessemed "une conversation avec Picasso", "un face-à-face avec l’artiste du XXe siècle qui s’est le plus nettement engagé en politique".
Outre 40 dessins au fusain, représentant différents mammifères et reptiles harnachés de dynamite comme des kamikazes ("La Grande Parade"), la charge de l’artiste sur la violence du monde témoigne de divers clins d’œil, influences et préoccupations. Ici, une barque chargée de sacs d’ordures coulés dans de la résine noire dit à sa façon l’odyssée des migrants clandestins de tous bords ("Hope", Espoir). Là, la vidéo d’un babouin qui ordonne bruyamment des lettres sur un support mural et forme les mots Hutu et Tutsi nous rappelle au génocide rwandais et nous fait songer aux capacités "orthographiques" mises en évidence dans des expériences réalisées avec des babouins de Guinée. Ailleurs, un ensemble de micros géants sur pieds en verre soufflé emprunte son titre à Derrida ("L’avenir est aux fantômes") pour déclarer avec le philosophe que les technologies modernes de l’image et, ici, du son, décuplent le pouvoir des figures et des voix qui nous habitent ou nous entourent. Là encore, une sculpture de marbre noir, plus grande que nature, fige le geste de Zinedine Zidane contre Marco Materazzi en finale de la Coupe du Monde 2006 ("Coup de tête").
Loin de se démentir, l’emballement affiché des collectionneurs pour le travail de Adel Abdessemed témoigne d’un nouveau palier dans la reconnaissance internationale de l’artiste dont la saison devrait connaître un autre temps fort avec sa grande exposition au Centre Pompidou à Paris.

Pour sa première grande présentation de l’artiste, l’exposition du Centre Pompidou "se propose de montrer que l’histoire, dans sa dimension chaotique, convulsive ou conflictuelle n’est pas l’objet de l’œuvre d’Abdessemed, mais son matériau, traversé par une visée ornementale qu’il faut concevoir comme stylisation ou sublimation des images du monde". Dans la présentation de l’exposition, sur le site du musée parisien, on peut en outre lire que, "cette œuvre s’inscrit dans une histoire de l’art qui excède les limites du strict contemporain (influences de Goya ou du maniérisme noir, références explicites à Grünewald ou à Géricault...). (A partir du 3 octobre, commissaire : Philippe-Alain Michaud )

Avec Bertrand Lavier, Tatiana Trouvé et Anri Sala, Adel Abdessemed figurait dans la short-list des pressentis pour représenter la France à la Biennale de Venise 2013. C’est finalement Anri Sala, l’artiste d’origine albanaise formé en France et aujourd’hui établi à Berlin, qui a été sélectionné.

Lors de la vente "Artists for Haïti", organisée par Christie’s à New York (Sept. 11), Mappemonde-olive de Adel Abdessemed, une grande carte du monde réalisée à partir de boîtes de conserve collectées dans les rues de Fès, a trouvé preneur pour 350.000 $ avec les frais (275.000 €). C’est l’enchère la plus élevée du plasticien. Depuis 2008, des œuvres de l’artiste figurent régulièrement dans les ventes à New York, Londres et Paris.
Au vernissage d’Art Basel Miami Beach (déc. 2010), le financier et collectionneur américain Steve Cohen avait déjà acquis pour 300.000 $ une précédente Mappemonde réalisée cette fois à partir de boîtes de conserve collectées dans les rues de Dakar.

"J’ai le souci de la belle image brute. C’est cru dans le montage, cru dans l’image," déclarait Adel Abdessemed dans un entretien de 2004*, avant d’ajouter : "j’adore les oppositions dans tous les domaines. Je déteste ce qui est formaté, homogène. Un monde hygiénique et sans conflits est impossible." (* Entretien avec Adel Abdessemed, réalisé par Anne Bonnin, Artpress Spécial, n°25, octobre 2004).
A ce "monde spectaculaire et redoutable", dont il tente d’éprouver les résistances à travers des vidéos, des photographies et des sculptures qui multiplient les angles et les points de vues, l’artiste oppose une puissance d’expression, de transgression et de dérision salutaire. A l’ère où la communication prend le pas sur "l’échange humain et la circulation des idées", estime Larys Frogier, qui assurait, avec Caroline Bourgeois, le commissariat de l’exposition "Practice Zero Tolerance", les créations de Adel Abdessemed sont "des images en actes et non des histoires en images".
"Acte de résistance à toute forme d’oppression et de prétention à la vérité autoritaire", poursuit Larys Frogier, "l’œuvre n’est jamais bavarde. Elle se tient là, toujours brute, énigmatique, déroutante dans sa forme et dans ses ouvertures de sens."

Sous le titre collectif "Les Mutants" (printemps 2010), l’Académie de France à Rome - Villa Medici présentait cinq expositions monographiques de Adel Abdessemed, Stephen Dean, Ellen Gallagher, Adrian Paci et Djamel Tatah, dont le commissariat était assuré par Éric de Chassey, le directeur de l’établissement. Ce dernier qualifie les artistes exposés de mutants, c’est-à-dire que "leurs œuvres incarnent un monde dont nous ne savons pas encore grand-chose, sinon que la stabilité des identités ne saurait plus y être définitive". Pour Eric de Chassey, le travail de ces cinq artistes pose en outre "la question des identités plurielles aujourd’hui, non seulement d’un point de vue sociologique mais aussi du fait des techniques hybrides qu’ils mettent en œuvre".
Le vernissage de l’exposition a été suivi d’un concert de Rachid Taha.

Avec pour thème "Le spectacle du quotidien", la Xe Biennale d’art contemporain de Lyon a pris fin le 3 janvier précédent. Son commissaire, le Chinois Hou Hanru qui vit entre la France et la Etats-Unis, a lancé une invitation à soixante artistes internationaux et notamment Sarkis, Agnès Varda, Shilpa Gupta, Mounir Fatmi et Adel Adessemed. Quelques trente cinq productions ont été spécialement réalisées pour l’occasion. Dans un monde où "tout est spectaculaire, tout est encadré par un carcan de consommation, de superficialité, de marché ou d’institution", estime Hou Hanru, "la Biennale, c’est la tentative de retrouver le lien très proche entre la création artistique et la vie de chacun". Pour lui, l’enjeu est de "repenser ce rapport entre les artistes, l’art et les gens pour que la cohérence entre le monde de la création et la société continue d’exister".

Marqué par sa première grande exposition à la Galerie David Zwirner à New York, le printemps 2009 aura vu des pièces d’Adel Abdessemed, issues de la collection de l’homme d’affaires français François Pinault, montrées tour à tour à Moscou, au centre d’art contemporain le Garage créé par Dasha Zhukova, la compagne du milliardaire russe Roman Abramovitch, à Venise, avec l’inauguration en grande pompe de la Pointe de la douane transformée par l’architecte Tadao Ando, et enfin au Palais des Arts à Dinard avec l’exposition "Qui a peur des artistes ?" conçue par Caroline Bourgeois.

Vidéos, photographies et installations étaient au menu de la première grande exposition personnelle de l’artiste en Italie, dont le commissariat était assuré par Francesco Bonami (fev. 2009). Intitulée "Le Ali di Dio" (Les Ailes de Dieu/The Wings of God), celle-ci devait débuter le 12 février à Turin, à l’initiative de la Fondazione Sandretto Re Rebaudengo. Une fois de plus, les vidéos de la série "Don’t Trust Me" ont fait l’objet de vives protestations pour incitation à la violence. "Nous savions qu’il y aurait controverse, ont tenu à préciser les organisateurs de l’exposition, mais nous continuons à soutenir l’artiste et la valeur de ses œuvres.".
Après une visite de l’exposition suivie d’âpres discussions à laquelle ont notamment été conviées des organisations de protection des animaux, la Fondation Sandretto Re Rebaudengo l’a maintenue en prenant la précaution de rappeler que les animaux n’ont pas été sacrifiés intentionnellement pour les besoins des prises de vues, en en informant ses publics et en interdisant l’accès de l’exposition aux moins de 14 ans.

2008 avait débuté pour l’artiste avec sa première exposition solo au P.S.1 Contemporary Center à New York qui présentait "Dead or Alive" avec des sculptures et de la vidéo. Dans le même temps, Adel Abdessemed, qui était représenté jusque là par la galerie Kamel Mennour à Paris, a rejoint la David Zwirner Gallery à New York.
Après le Magasin - Centre national d’art contemporain de Grenoble, qui l’a accueilli pour "Drawing for Human Park", une grande exposition monographique présentée dans l’ensemble de ses espaces d’exposition, (fév. 2008), c’était au tour du San Francisco Art Institute de l’inviter, suivi du festival d’art contemporain Glasgow International pour sa première exposition personnelle au Royaume-Uni. Ce qui n’est pas allé sans heurts. Voir "Don’t Trust Me".

A la suite d’Art Brussels (avril 2007), la Foire de photographie contemporaine et d’art video de San Sebastián (début mai), Art Basel en juin et l’exposition "Airs de Paris" au Musée national d’art moderne / Centre Georges Pompidou à Paris, le travail de Adel Abdessemed était visible à la Biennale de Venise 2007 ainsi qu’à la 6ème édition d’Art Basel à Miami Beach.

A Art Basel, la section "Art première" consiste à confronter deux artistes sur un même espace. En 2007, la galerie Kamel Mennour y présentait "Or noir", une installation de forets géants en marbre noir de Adel Abdessemed, sertie dans un espace aux parois à dominante rouge signé Daniel Buren. Ces sculptures de Adel Abdessemed, dont c’était la troisième version, ont rejoint une collection privée new yorkaise.

En marge de la FIAC 2006 à Paris, Adel Abdessemed figurait parmi les sélectionnés pour le prix Marcel Duchamp 2006. François Pinault, le célèbre magnat du luxe et grand collectionneur d’art qui s’est pris de passion pour l’œuvre de l’artiste, lui a acheté plusieurs œuvres dont "Intolérance zéro", sa sculpture en céramique représentant une voiture brûlée, pour quelque 200 000 euros.

En avril 2006, l’exposition "Notre histoire" au Palais de Tokyo à Paris donnait à découvrir "Schnell", "la retransmission sur écran de l’enregistrement, par une caméra, de sa propre chute depuis un hélicoptère dont elle a été jetée en 2005 par Adel Abdessemed, au dessus de la ville de Berlin. On songe alors au "Saut dans le vide" d’Yves Klein et au célèbre thème d’Icare. Cette oeuvre (tout comme "Brik", une autre vidéo montrant l’artiste en train de réaliser un avion en pâte, l’écrasant puis le roulant) font partie du projet "Bourek", une sculpture réalisée avec la carcasse d’un avion, aplatie et roulée, et présentée dans l’exposition Notre histoire...".

Né en 1971 à Constantine, l’ancien élève de l’Ecole des Beaux-Arts d’Alger, puis de Lyon à partir de 1995, a ensuite séjourné et exposé à la faveur d’une résidence d’artiste à New York en 2001. Croisant le plus souvent les ressources de la vidéo, de la photographie et de la sculpture, Adel Abdessemed interroge notamment le corps libéré des servitudes de toutes sortes au regard de la culture, de la religion et de la politique.

Outre une photographie ("une image que j’aime") et une sculpture en forme d’étoile à cinq branches, en résine de cannabis derrière un plexiglas perforé ("oui"), l’exposition "Paris pour escale", au musée d’Art moderne de la ville de Paris (2000), présentait deux vidéos de l’artiste, diffusées en boucle. On pouvait y voir un joueur de flûte traditionnelle exécuter dans le plus simple appareil un morceau de musique pendant que, dans la seconde, deux feuilles de menthe et de cannabis dansaient un ballet aquatique aléatoire.

Après avoir résidé à Berlin à partir de 2002, puis à Paris et enfin à New York à partir de 2008, Adel Abdessemed vit et travaille entre ces deux dernières villes.









Des Christ en fil de fer barbelé au musée Unterlinden de Colmar

Vendredi s'est ouverte au musée Unterlinden de Colmar une exposition composée de quatre Christ grandeur nature en fil de fer barbelé, installés en face du célèbre retable d'Issenheim.
Les quatre Christ de ''Décor'' sont en fil de fer barbelé

AFP/PATRICK HERTZOG

Réalisé entre 1512 et 1516 pour le couvent des Antonins à Issenheim, au sud de Colmar (Haut-Rhin), où il ornait le maître-autel de l’église, le retable d'Issenheim fête cette année ses 500 ans. Il est l’œuvre de deux grands maîtres allemands du gothique tardif, le peintre Matthias Grünewald, pour les panneaux peints (1512-1516), et Nicolas de Haguenau, pour la partie sculptée antérieure (autour de 1490).

Le retable, de près de six mètres de haut, pièce maîtresse du musée Unterlinden de Colmar, est constitué d’un ensemble de plusieurs panneaux peints qui s’articulent autour d’une caisse centrale composée de sculptures.
Cliquez ici !
Exposition jusqu'au 16 septembre

Aujourd'hui, cinq siècles plus tard, il continue d'inspirer les artistes. Ainsi quatre surprenants Christ, tressés avec du fil barbelé par l'artiste Adel Abdessemed, sont exposés actuellement en face de lui. L'œuvre s'intitule Décor.

Les Christ métalliques, à taille humaine, de cet artiste de 41 ans né en Algérie et vivant à Paris, y sont accrochés à un mur blanc comme en suspension, alignés sans leur croix. Cette exposition, qui s'est ouverte au public ce vendredi 27 avril et durera jusqu'au 16 septembre, est un hommage à la Crucifixion qui domine les panneaux du retable, dont Abdessemed s'est inspiré pour sa création.
''L'essence même de la cruauté''

«Adel avait découvert le retable lors d'un voyage d'études à Colmar il y a une dizaine d'années. Il avait été très impressionné par le corps lacéré du Christ, ses plaies en putréfaction», explique à l'AFP Frédérique Goerig-Hergott, conservatrice au musée Unterlinden et commissaire de l'exposition.

Les corps des quatre Christ d'Abdessemed sont tressés avec du fil de fer barbelé, ponctué de doubles lames tranchantes comme des rasoirs. «Ce matériau, le même que celui utilisé dans le camp de Guantanamo ou par la défense militaire des frontières, est l'essence même de la cruauté et de l'oppression», analyse Mme Goerig-Hergott.
Acquis par François Pinault

Décor, acquis récemment par François Pinault, grand mécène et amateur d'art moderne, a déjà été exposé dans une galerie new-yorkaise au début de l'année et doit prendre en octobre la direction du Centre Pompidou à Paris, pour une exposition consacrée à Adel Abdessemed.

Certaines œuvres de l'artiste ont déjà rencontré un écho au-delà des cercles d'amateurs d'art. Ce fut le cas notamment de sa série controversée de vidéos montrant l'abattage violent d'animaux. Et, plus récemment, de sa sculpture représentant le fameux coup de tête asséné par Zinedine Zidane à l'Italien Marco Materazzi en finale de la Coupe du monde de football, en 2006

//www.francesoir.fr/loisirs/culture/des-christ-en-barbeles-au-musee-unterlinden-de-colmar-217245.html







Adel Abdessemed

//www.ladepeche.fr/article/2012/04/25/1340807-des-christ-en-barbeles-face-au-celebre-retable-d-issenheim-a-colmar.html

Des Christ en barbelés face au célèbre retable d'Issenheim à Colmar
Des visiteuses regardent les quatre Christ de l'artiste Adel Abdessemed, à côté du retable d'Issenheim, le 24 avril 2012 au musée Unterlinden de Colmar.

Patrick Hertzog AFP

La Crucifixion du célèbre retable d'Issenheim n'a pas fini de faire des émules. A l'occasion de ses 500 ans, quatre surprenants Christ, tressés avec du fil barbelé par l'artiste Adel Abdessemed, sont exposés à Colmar face au chef d'oeuvre de la Renaissance germanique qui les a inspirés.

Intitulée "Décor", l'oeuvre est présentée pour la première fois en Europe au musée Unterlinden dont le retable est le joyau, mis en valeur dans une chapelle de cet ancien couvent du XIIIe siècle.

Les Christ métalliques - à taille humaine - de l'artiste de 41 ans, né en Algérie et vivant à Paris, y sont accrochés à un mur blanc comme en suspension, alignés sans leur croix. Ils sont placés en regard du polyptyque de près de 6 mètres de hauteur réalisé entre 1512 et 1516 par l'Allemand Matthias Grünewald, avec le sculpteur Nicolas de Haguenau.

Cette exposition, qui ouvre au public vendredi jusqu'au 16 septembre, est un hommage à la Crucifixion qui domine les panneaux du retable, dont Abdessemed s'est inspiré pour sa création.

"Adel avait découvert le retable lors d'un voyage d'études à Colmar il y a une dizaine d'années. Il avait été très impressionné par le corps lacéré du Christ, ses plaies en putréfaction", explique à l'AFP Frédérique Goerig-Hergott, conservatrice au musée Unterlinden et commissaire de l'exposition.

"Décor" exhale une violence à la mesure de celle que l'on peut ressentir devant la peinture de Grünewald, où le corps supplicié du Christ apparaît couvert de mutilations.

"L'essence même de la cruauté"

Les corps des quatre Christ d'Abdessemed sont tressés avec du fil de fer barbelé, ponctué de doubles lames tranchantes comme des rasoirs.

"Ce matériau, le même que celui utilisé dans le camp de Guantanamo ou par la défense militaire des frontières, est l'essence même de la cruauté et de l'oppression", analyse Mme Goerig-Hergott.

Paradoxalement, la violence du résultat est comme contredite par l'esthétisme de l'ensemble. Jusque dans son nom, "Décor", qui revendique la dimension ornementale de l'oeuvre.

Véritable icône du martyr dans l'histoire de l'art, la puissance expressive de la Crucifixion du retable d'Issenheim a déjà inspiré de nombreux artistes du XXe siècle, comme l'Allemand Otto Dix, Picasso ou encore Francis Bacon.

"Décor", acquis récemment par François Pinault, a déjà été exposé dans une galerie new-yorkaise au début de l'année et doit prendre en octobre la direction du Centre Pompidou à Paris, pour une exposition consacrée à Adel Abdessemed.

Certaines oeuvres de l'artiste ont déjà rencontré un écho au-delà des cercles d'amateurs d'art. Ce fut le cas notamment de sa série controversée de vidéos montrant l'abattage violent d'animaux. Et plus récemment, de sa sculpture représentant le fameux coup de tête asséné par Zinedine Zidane en finale de la Coupe du monde de football, en 2006.
        







Elève de l’École des Beaux-Arts d’Alger, Adel Abdessemed quitte l'Algérie en 1995. Il poursuit ses études aux Beaux Arts de Lyon. Il a ensuite séjourné et exposé à New York en 2001.

Abdessemed utilise la vidéo, la photographie, la sculpture, le dessin. Il s'intéresse aux limites sociales politiques et culturelles dans les sociétés musulmanes et occidentales. Souvent en réaction à des situations vécues, il aborde la question des contraintes liées à l'identité culturelle politique ou spirituelle des sociétés, tant au coeur même des cultures, qu'elles soient occidentales, islamiques ou autres, que dans l'hybridation de celles-ci. Une mixité dont lui-même enrichit ses réflexions mais subit parfois aussi les injustices.

Dans ses vidéos, il met en évidence les tensions générées par la globalisation. Ainsi, dans «Pressoir fais-le», un citron écrasé par son talon est emblématique de cette pression. Dans une autre pièce «Mohammedkarlpolpot», ce mot composé à partir de Mahomet, Karl Marx et Pol Pot écrit sur une feuille de papier déchirée, il dénonce les formes d'oppression liées à ces personnalités.

Un des sujets récurrents est celui du corps libéré des contraintes de la culture, la religion, la politique, les a priori idéologiques des sociétés... Dans la vidéo «Chrysalide», il libère consciencieusement une jeune femme, ligotée de la tête aux pieds d'un mince fil noir. Ses oeuvres croisent métaphores et références historiques, avec des éléments biographiques. Il oppose souvent au diktat des tabous et des interdits, la vérité simple et indestructible du plaisir dionysiaque d'être.

À la Biennale de Venise, en 2003, il filme une performance où neuf couples font l'amour dans une galerie. Ce n'est pas la seule de ces œuvres où il met en jeu la nudité des corps. On retrouve cette nudité filmée avec le maximum d'objectivité dans les vidéos «Joueur de flûte» ou «Passé simple». Lorsqu'il filme ces corps, cela reste très pudique avec une forte charge poétique et émotionnelle.

Certaines pièces ont marqué grâce à leur force, comme «Habibi» en 2004, sculpture d'un squelette énorme de 17 m de long.



















07/06/2012
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