Alain YVER

Alain YVER

AI WEIWEI

AI WEIWEI



http://www.aiweiwei.com/



Ai Wei Wei, l'art en dissidence

Ai Wei Wei est libre, mais les autorités n’en ont pas fini avec lui : Début novembre, les autorités lui ont donné deux semaines pour payer plus de 2 millions d’amende. Et pour la première fois en Chine, des dizaines de milliers d’internautes ont levé la moitié de la somme en à peine dix jours. Il a tourné l’affaire en nouvelle action politique massive sur internet et le mouvement s’amplifie...





Ai Weiwei
Dans ce nom chinois, le nom de famille, Ai, précède le prénom.


Ai Weiwei, né le 28 août 1957 à Pékin, est un des artistes majeurs de la scène artistique indépendante chinoise. Il est le fils du poète et intellectuel Ai Qing (1910-1996), et demi frère du peintre Ai Xuan. Il est marié à l'artiste Lu Qing avec qui il a eu un fils, Ai Lao.

Architecte, il a été conseiller artistique pour le cabinet d'architecture suisse Herzog & de Meuron lors de la réalisation du stade national de Pékin construit pour les Jeux olympiques d'été de 2008[1].

Il est l'un des 303 intellectuels chinois signataires de la Charte 08[2]. Dans son classement annuel, le magazine Art Review l'a désigné comme la figure la plus puissante de l'art contemporain en 2011[3]

Ai Weiwei est arrêté le 3 avril 2011. La police de Pékin annonce, le 22 juin 2011, sa libération sous caution, après 81 jours d'enfermement dans un lieu inconnu et des conditions dégradantes, officiellement pour évasion fiscale, ce qui avait soulevé une vague d'indignation à travers le monde[4].

Biographie
La Révolution culturellel

Son père est le poète et intellectuel Ai Qing[5], qui fut dénoncé comme "ennemi du peuple" après certains remarques critiques vis-à-vis du régime et envoyé, en 1957, avec sa femme Gao Ying, et ses enfants dans un camp de travail et de rééducation. Tout d'abord dans une ferme forestière de Beidahuang dans le Heilongjiang, puis deux ans plus tard dans l'Ouest de la province du Xinjiang. C'est là, à Shihezi, que Weiwei a vécu jusqu'à l'âge de 17 ans, tandis que son père vécu toutes les humiliations publiques possible, dans sa rééducation politique en pleine révolution culturelle. En 1976, la famille a pu rejoindre le Printemps de Pékin[6]. En 1978 il fut accepté et pris dans l'Université de cinéma de Pékin où il étudie avec Chen Kaige et Zhang Yimou[7]. Il participe au mur de la démocratie du quartier de Xidan, vers décembre 1978, et la condamnation de son animateur Wei Jingsheng à 15 ans de prison, dégouta Ai Weiwei de la politique[8].

Les étoiles

En 1979, il fonde avec d'autres (Huang Rui, Ma Desheng, Li Shuang, Wang Keping, Zhong Acheng...) le groupe d'avant-garde Les Étoiles. Ses œuvres seront incluses dans les expositions anniversaires des Étoiles, « The Stars: Ten Years, 1989 » (Hanart Gallery, Hong-Hong et Taipei) et l'exposition rétrospective de Pékin en 2007, « Origin Point » (Today Art Museum).

New York

Dès 1981, grâce à un réseau de relations, il part aux États-Unis, principalement à New York, où il est étudiant à la Parsons The New School for Design, qu'il délaisse rapidement, vivant de petits métiers comme charpentier ou peintre en bâtiment et créant un milieu fertile avec les Chinois exilés dans son appartement du East village[8]. Il lance des performances artistiques et crée de l'art conceptuel en modifiant des objets readymade. En 1987, Ai prend une part active à la fondation de la Chinese United Overseas Artists Association, dont le siège est à New York. Ai a joué un rôle majeur au sein du mouvement de l'East Village, premier collectif d'art expérimental. Après les Manifestations de la place Tian'anmen et son dénouement tragique le 4 juin 1989, il fait une gréve de la faim de huit jours avec un collectif appelé « Solidarity for China ».

Pékin

En 1993, son père étant malade, Ai revient en Chine. De retour à Pekin, et à partir de 1994, il lance avec Feng Boyi, un critique et commissaire d'exposition indépendant, une série de publications underground connues comme les livres du drapeau rouge (The red flag books). Certaines de ces publications ont eu alors une influence décisives dans les milieux artistiques chinois. En particulier trois livres sur des artistes expérimentaux, Black Cover Book (1994), White Cover Book (1995) et Gray Cover Book (1997), faisant découvrir les œuvres et les personnages fondamentaux de l'art à un public chinois avide de connaissance[1].

Depuis, il produit un travail très iconoclaste, à la fois malicieux, destructeur et profond se consacrant à la culture classique chinoise et à l'environnement populaire occidental, il s'attache à la représentation du système politique centralisé et les contradictions de la modernité[9]. Ai est entouré en permanence d'artistes et d'autres acteurs.

Architecture
FAKE Design

Ai Weiwei a assez rapidement découvert l'architecture et le design et participe activement à la création de sa résidence le Studio House en 1999, inspirée par un photographie de la Stonborough House de Paul Engelmann et Ludwig Wittgenstein à Vienne puis en 2000 le nouvel espace de la galerie China Art Archives and Warehouse (CAAW), première galerie et archive d'art contemporain en Chine, qu'il a contribué a créer en 1998. Il créé en 2003 le studio d'architecture FAKE Design à Caochangdi, avec 19 employés (2010), qui a réalisé par exemple le Yiwu South Riverbank (Jinhua, 2002), les 9 Boxes-Taihe Complex (Pékin, 2004), ou le Gowhere Restaurant (Pékin, 2004).

Expositions

Template, installation écroulée de vieilles portes en bois et de cadres de fenêtres provenant de temples des époques Ming et Qing à la documenta XII de Cassel, en septembre 2007.
Sunflower Seeds au Turbine Hall de la Tate Modern, octobre 2010.

Les œuvres d'Ai Weiwei ont été exposées aux États-Unis, en Belgique, en Italie, en Allemagne, en France, en Australie, en Chine, en Corée et au Japon.

Son travail a été présenté à la 48e Biennale de Venise en 1999 (Italie) ; à la First Guangzhou Triennial de 2002 (Chine) ; à la Biennale de Sydney de 2006, Zones of Contact, (Australie)[10] ; et à la documenta 12 de Cassel (Allemagne), où il a « importé 1 000 et 1 chinois ».

En tant qu'organisateur : « Fuck Off » (avec Feng Boyi), Shanghai, Chine, 2000.


Une de ses œuvres récentes les plus célèbres est l'installation Sunflower Seeds présentée dans le cadre des « Unilever Series », du 10 octobre 2010 au 2 mai 2011, à la Tate Modern de Londres. L'œuvre est constituée de plusieurs millions de représentations de graines de tournesol ; elle joue avec une métaphore célèbre de Mao Zedong où le peuple chinois devait se tourner vers lui comme les tournesols vers le soleil. Cette sculpture, selon le mot choisi par la Tate Modern pour présenter l'œuvre, est constituée de petites porcelaines peintes une à une, à la main, par près de 1 600 artisans et ouvriers de la ville de Jingdezhen (dont la porcelaine est historiquement l'activité économique principale et qui traverse une crise de l'emploi sans précédent) et installées sur 1 000 m2 du hall sur lesquelles pouvaient initialement se déplacer les visiteurs[11].

Activité politique

Ai Weiwei, Remémoration, 2009. Installation de 9000 sacs d'écoliers en souvenir des enfants écrasés dans leurs écoles mal construites pour cause de corruption, lors du tremblement de terre de 2008. Vue de l'exposition Désolé, 2010, Haus der Kunst, Munich

En juin 2009, aux prises avec la censure entourant toute tentative de commémorer le massacre de la place Tiananmen, il met en ligne un poème intitulé ironiquement Oublions[12].

Le 3 décembre 2010, Ai Weiwei, qui souhaitait rejoindre la Corée du Sud, indique que la police a refusé sa sortie du territoire chinois car il mettait alors « en danger la sécurité nationale ». Il analyse ainsi cette interdiction : « la police et les autorités aux frontières augmentent leurs efforts pour empêcher des membres éminents de la société civile chinoise de voyager à l'étranger à l'approche de la cérémonie du prix Nobel de la paix » attribué au Chinois Liu Xiaobo qui est actuellement emprisonné[13].

Ai WeiWei a été sélectionné par le site Sina.com dans la liste visant à élire l'« artiste de l'année » en dépit du gouvernement chinois[14].

Le 3 avril 2011, Ai Weiwei est interpellé par la police à l'aéroport international de Pékin avant qu'il ne puisse prendre un avion en direction de Hong Kong. Son atelier et son domicile sont fouillés et des ordinateurs sont confisqués le même jour, alors que la Chine voit la plus large répression qu'elle ait connu depuis dix ans, commencée en février 2011[15]. Le 17 avril une manifestation de soutien à Ai s'est tenue à Hong Kong pour demander « la libération de ce militant des droits de l'homme[16] ».

Le 15 mai 2011, l'artiste a pu brièvement rencontrer sa femme dans le lieu secret où il est détenu[17]. Suivant le témoignage de celle-ci, Ai Weiwei n'aurait subi aucune forme de torture par les autorités chinoises[17] et il aurait aussi reçu les thérapies demandées par son état de santé (diabète et hypertension[18]).

Ai Weiwei est libéré sous caution annonce, le 22 juin, la police pékinoise, selon le site de l'agence officielle Xinhua. Ai Weiwei faisait l'objet d'une enquête pour crime économique, qui a conclu « à une importante évasion fiscale par la société Fake, que l'artiste contrôle, et à la destruction intentionnelle de pièces comptables. » Cette décision est prise « du fait de la reconnaissance par Ai Weiwei de ses crimes, en considération de son état de maladie chronique, et de son intention répétée de rembourser au fisc les sommes manquantes. »

Comme Hu Jia, et d'autres dissidents libérés récemment, il voit sa liberté de parole et d'intervention limitée, comme condition de sa libération.

Notes et références

   1. Å™ a et b (en) Merewether, Charles, Editor.~Essays by Jonathan Napack and Chin-Chin Yap. Ai Weiwei, Works: Beijing 1993-2003. Beijing: Timezone 8 Ltd., 2003.
   2. Å™ Le Figaro : Charte 08 [archive]
   3. Å™ http://www.artreview100.com/people/751/ [archive]
   4. Å™ http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2011/11/02/accuse-de-fraude-fiscale-le-dissident-ai-weiwei-defie-pekin_1597517_3216.html [archive]
   5. Å™ (en) Ai Weiwei | DLD Conference [archive]
   6. Å™ Merewether, Charles, Ruins in Reverse, in Ai Weiwei: Under Construction, University of New South Wales press, Sydney, 2008, pp. 29.
   7. Å™ (en) Archinect articles [archive]
   8. Å™ a et b http://mitpress.mit.edu/books/chapters/0262015218intro1.pdf [archive]
   9. Å™ (en) Art Facts Net articles [archive].
  10. Å™ (en) Asia Pacific Triennial artists [archive]
  11. Å™ « Cric Crac - Les graines de tournesol de l’artiste Ai Weiwei ne vont plus crisser » [archive] dans Le Monde du 15 octobre 2010 et :« Ai Weiwei l'audace emprisonnée » [archive] dans Le Monde Magazine du 20 mai 2011, par Philippe Dagen.
  12. Å™ « […] Oublions chaque cas de persécution, chaque cas d'humiliation, chaque massacre et chaque tentative de le cacher, chaque mensonge, chaque mort. Oublier chaque moment de souffrance, et oublier chaque moment d'oubli. […] » Oublions sur Rue89 [archive].
  13. Å™ L'Express du 3 décembre 2010 [archive] : « Avant le Nobel, un artiste chinois empêché de quitter le pays ».
  14. Å™ « Les votes désignant Ai Weiwei comme "artiste de l’année" déclenchent la panique de la censure chinoise » [archive] sur le site Artinfo France.
  15. Å™ « L’artiste Ai Weiwei interpellé » [archive], Courrier International, 4 avril 2011, consulté le 6 avril 2011.
  16. Å™ L'Express.fr du 17 avril 2011 : « Manifestation de soutien à l'artiste Ai Weiwei à Hong Kong » [archive]
  17. Å™ a et b « L'artiste et activiste chinois Ai Weiwei n'aurait pas été torturé » [archive], Le Monde, 16 mai 2011
  18. Å™ (en) Michael Wines, « China Allows Dissident Artist’s Wife to Visit Him » [archive], The New York Times, 16 mai 2011.
  19. Å™ La plus ancienne et la plus prestigieuse académie d'Allemagne.

Liens externes

Sur les autres projets Wikimedia :

En début septembre 2011, Ai Weiwei continue de défier le pouvoir chinois : un texte publié dans Newsweek est censuré en Chine (www.courrierinternational.com).










Tout le monde se déshabille pour Ai Weiwei

http://next.liberation.fr/arts/01012373057-tout-le-monde-se-deshabille-pour-ai-weiwei

Suite à l'enquête qui accuse l'artiste chinois de pornographie, ses soutiens ont monté un blog où ils posent nus.
Quand le fisc chinois a demandé à Ai Weiwei de payer 1,7 million d'euros, près de 30.000 Chinois ont mis la main au portefeuille, et l'artiste a pu récolter plus de 600.000 euros – cette somme lui a servi de garantie pour interjeter appel de ce redressement. Le soutien populaire de l'artiste contestataire ne s'est pas démenti avec l'enquête pour pornographie dont il est actuellement l'objet.

Ai Weiwei est poursuivi pour une série de clichés datant de 2007 sur lesquels il pose nu, entouré de quatre femmes, également dénudées.

Pour soutenir l'artiste, ses fans ont lancé le blog http://awfannude.blogspot.com/ sur lequel ils posent eux-aussi dévêtus. Une avocate de Shanghaï, Li Tiantian, explique au Guardian: «C'est notre façon d'exprimer notre soutien à Ai Weiwei et notre mépris pour le gouvernement. Cela montre notre colère contre le comportement du gouvernement. Nous utilisons simplement une manière voyante pour attirer l'attention des gens. Il y a beaucoup de sites X en Chine: ils ne les régulent, mais c'est notre site qui est censé encourager la pornographie». Pour l'instant, près d'une centaine de clichés de nus ont été postés sur le site des soutiens d'Ai Weiwei.







Ai Weiwei, l'art de défier Pékin

De notre correspondant Arthur Henry, publié le 30/11/2011  

Si sa notoriété permet à Ai Weiwei de ne plus se taire, elle ne le protège pourtant pas contre les attaques du Parti.

Les autorités tentent de réduire au silence cet artiste courageux et volontiers provocateur. Mais plus elles s'acharnent sur lui, plus ses fans sont nombreux... L'Express l'a rencontré.

Ai Weiwei était prêt à se taire. Après quatre-vingt-un jours de détention, au printemps dernier, le silence était la condition imposée par ses geôliers en échange de sa liberté: l'artiste ne devait plus critiquer le gouvernement, plus parler à la presse, plus s'exprimer sur Internet. "Le système est impitoyable et les citoyens chinois ne sont pas protégés par la loi", observe-t-il d'une voix posée. S'il a accepté de garder le silence, ajoute-t-il, c'est pour s'extirper du trou noir que les autorités chinoises réservent à leurs critiques, privés d'avocat et sans contact avec leur famille.  

Durcissement du régime
L'épouse d'Ai Weiwei interrogée par la police
L'épouse de l'artiste a été convoquée par la police pour être interrogée, a-t-elle annoncé mardi.
"Ils m'ont enjoint de ne pas quitter Pékin", a-t-elle déclaré. "Comment se fait-il que je sois interrogée par la police de Pékin? Cela devrait être le fisc", a-t-elle ajouté.
Lu Qing est la représentante légale de la compagnie, Beijing Fake Cultural Development, à laquelle le fisc chinois a imposé un redressement de 15 millions de yuans (1,7 million d'euros), qu'Ai Weiwei veut combattre en interjetant appel dans les prochaines semaines.

Ai est arrêté le 3 avril dernier, à l'aéroport de Pékin, en plein durcissement du régime: alors que des nations arabes se soulèvent, le Parti communiste chinois entre dans une période de transition qui, à l'automne 2012, doit voir émerger au pouvoir une nouvelle génération de dirigeants. Des dizaines de critiques sont interpellés, souvent placés en détention extrajudiciaire et parfois torturés. Lorsqu'ils ont la chance d'être relâchés, c'est à la condition de se faire discrets.  

Problème: Ai Weiwei, âgé de 54 ans, est certainement le plus médiatique de tous les critiques du régime, en Chine et dans le reste du monde. Son père, le poète Ai Qing, était une figure littéraire respectée qui a subi les foudres du pouvoir dans les années 1950, lorsque Mao Zedong broya les intellectuels "droitistes". Lui s'est d'abord fait connaître en participant au design du Nid d'oiseau, le stade olympique de Pékin. Sur le mur, à l'entrée de son atelier, sur plusieurs mètres est accroché l'ouvrage qui l'a lancé en tant que voix dissidente: une liste des milliers d'enfants morts dans le tremblement de terre du Sichuan en 2008, par laquelle il entendait montrer que les officiels locaux avaient détourné les fonds publics consacrés à l'éducation et construit des "écoles tofu", vulnérables en cas de séisme.  

Pendant les interrogatoires, il ne fut question que de subversion du pouvoir de l'Etat

Libéré le 22 juin, Ai découvre qu'il est accusé de fraude fiscale et se voit imposer une amende de 15 millions de yuans, soit 1,7 million d'euros. Une somme "aussi élevée que le ciel", explique l'artiste, qui l'assimile à une rançon: "Ma détention est liée à mes activités politiques. Pendant les interrogatoires, il ne fut question que de subversion du pouvoir de l'Etat."  

A peine rentré chez lui, alors que sa mère parlait déjà de vendre la vieille maison familiale, voilà que les jeunes se mobilisent sur Sina Weibo, le Twitter chinois, et parviennent à réunir en quelques jours l'équivalent en yuans de 1 million d'euros, assez pour payer la caution et faire appel. Certains glissent des billets rouges de 100 yuans dans des avions en papier qu'ils lancent par-dessus le porche de sa résidence. Ai y voit une forme d'expression du mécontentement des jeunes.  

Un nouveau chef d'accusation lui est alors notifié, celui de pornographie. L'Etat reproche à Ai Weiwei d'avoir fait réaliser un portrait de lui et de quatre femmes nus, diffusé sur Internet. Ce subterfuge se retourne contre les autorités: en soutien à l'artiste, des milliers de Chinois publient des photos d'eux-mêmes dévêtus. Ce sont ces accusations qui le poussent à reprendre la parole. "J'ai essayé de me taire mais voilà que je suis accusé d'autre chose. Ils essaient de me salir", explique posément Ai Weiwei.

En 1995 déjà, il n'avait pas hésité à se prendre en photo lançant un bras d'honneur au portrait du Grand Timonier trônant à l'entrée de la Cité interdite, une oeuvre baptisée Etude de perspective. Il a multiplié les provocations et testé la tolérance du Parti, jusqu'à son incarcération. La mise au trou l'a refroidi, même s'il dit n'avoir "pas vraiment le sens du danger". Un trait de caractère qui trouve son origine, selon lui, dans l'éducation qu'il a reçue pendant la période la plus arbitraire de l'histoire de la Chine, celle de la Grande Révolution culturelle. "Pour autant, j'ai très peur, reconnaît-il. Je suis aussi vulnérable que le voisin d'à côté."

Un raté à l'heure où Pékin s'interroge sur les moyens d'améliorer son image à travers le monde

Ai Weiwei est une épine dans le pied du pouvoir. L'aura dont il jouit auprès des milieux chinois branchés, sa capacité à mobiliser le Web et sa reconnaissance internationale rendent plus périlleux les efforts de l'Etat-parti pour le faire taire. Sa détention a valu à la Chine le déploiement d'une immense banderole - "Libérez Ai Weiwei" - sur les murs de la Tate Modern, à Londres... Un raté à l'heure où Pékin s'interroge sur les moyens d'améliorer son image à travers le monde. A l'inverse, ses mésaventures prouvent qu'avoir son portrait en couverture de Newsweek ne protège pas des foudres du Parti, ce dont Ai Weiwei semble désormais conscient.  

Il interprète sa célébrité par le désir qu'éprouveraient de nombreux Chinois à voir certains dire tout haut ce qu'ils pensent tout bas. "Peut-être qu'étant un artiste, ajoute-t-il, j'ai ma propre façon de penser et de m'exprimer. Cela aide sans doute un peu." Puis il conclut, ironique : "Je crois qu'il faut rendre crédit au Parti. Au fond, toute la gloire revient au Parti."











09/12/2011
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