Alain YVER

Alain YVER

ALAIN BASCHUNG

ALAIN BASHUNG







http://polarock.canalblog.com/archives/2012/10/21/25384678.html

http://www.youtube.com/watch?v=nRzBl13Ldl4

http://www.youtube.com/watch?v=hCimGfeWakw

http://www.dailymotion.com/video/x90xgd_entretien-avec-dominique-a-b-comme_news#.UcLlReu3xdg

http://www.dailymotion.com/video/x8oemt_derniere-interview-d-alain-bashung_news#.UcLlUeu3xdg

http://www.youtube.com/watch?v=NiOHAlkNZa8

http://www.youtube.com/watch?v=R76URfXE_ck

http://www.youtube.com/watch?v=szSPMLtLHOc&

http://www.youtube.com/watch?v=Op1XYAE1MdA

http://www.youtube.com/watch?v=-0hSkQ_F5yU

http://www.youtube.com/watch?v=_2XEN7_E88c











Claude ALAIN BASCHUNG (avec un « c ») est né le 1er décembre 1947 à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris, dans le XIVème arrondissement.

 Un père absent et une mère bretonne ouvrière chez Renault qui ne parvient guère à finir les mois, et l’enfant Baschung est envoyé dans la ferme de sa grand-mère adoptive à Wingersheim, en Alsace, où il chante dans la chorale de l’église, apprend l’harmonica, et fait la découverte du rock ‘n’ roll à la radio : Elvis Presley, Little Richard, et Gene Vincent qu’il ira voir sur scène, tout comme Edith Piaf. Adolescent, il retrouve la capitale, hébergé chez une tante pendant des études commerciales (BTS de comptabilité).

Baschung tâte aussi de la guitare, et se joint bientôt à son premier groupe, les Dunces (les « cancres »), tendance country-folk, en 1965. Quand l’été arrive, la formation part vers les plages de Royan pour y jouer dans les bars et assister aux concerts des vedettes de passage dans les bases américaines. Un autre choc survient, celui du plaisir des mots joués par Boby Lapointe. C’est décidé, Baschung veut faire de la musique son métier.

Baschung années 60

Installé à Paris dans le quartier de Pigalle, le guitariste fait des rencontres : le folk-rocker Noël Deschamps avec qui il compose « Lola Hey », Claude Channes (le futur Challe des compilations Buddah Bar) pour qui il crée « Il est grand temps de faire…Boom ! » et Pussycat (« Moi je préfère ma poupée »). Repéré par un directeur artistique du label Philips, Baschung saisit l’opportunité d’enregistrer sous son nom un premier disque 45-tours E.P. dominé par la chanson « Pourquoi rêvez-vous des Etats-Unis ? » (7 octobre 1966) dans une veine anti-impérialiste : début cocasse quand on sait l’attirance du chanteur pour le Nouveau continent.

En juin 67, il fait l’ouverture du premier festival pop français au Palais des Sports, avec à l’affiche les Troggs, Pretty Things, V.I.P.’s, et le power trio Cream. Jusqu’en 1973, Bashung (qui perd son « c » en 1968) se fait la main sur une flotille de 45-tours qui n’ont d’autre intérêt que la plume qui les signe, soit Pierre Delanoë, Boris Bergman (« La Paille aux cheveux », 1970) ou l’arrangeur Jean-Claude Vannier. Hippie, il adapte Cat Stevens (« Du feu dans les veines », 1971) ou crooner, interprète le tube à la mode « What’s New Pussycat ? » (Tom Jones), ou s’essaie à l’italien (« Ho gli occhi chiusi »). Rien de bien passionnant, la coupe est pleine. Fini la variété, place à La Révolution Française ! Une double dose d’opéra rock dans lequel il joue Robespierre au Palais des Sports et chante trois chansons.

Bashung-Bergman

Plus rock ‘n’ roll, Bashung s’acoquine avec un Dick Rivers sur le retour, à la recherche d’un compositeur sachant produire ses albums : Rock ‘N’ Roll Machine, Rockin’ Along et Rock And Roll Star (1972-74). Plus confidentiel, il enregistre sous pseudonyme David Bergen (« Je ne croirais plus jamais à l’amour », 1975) et avec le groupe Monkey Business (« Delta Queen » et « Tears Make Memories », 1976-77).

Contrairement à une idée répandue de traversée du désert, Alain Bashung s’active depuis bientôt dix ans sans connaître le moindre succès. Il est temps de changer d’air, et de contacter celui qui un jour lui écrivit un titre parmi d’autres, le Slave Boris Bergman. Auteur à succès pour les chanteuses yé-yé (Eva), confirmées (Dalida, Juliette Gréco) et le groupe psychédélique Aphrodite’s Child (le hit « Rain and Tears », c’est lui), Bergman vient de réaliser le superbe album de Christophe, Le Samouraï (1976). Il se joint pour six chansons du premier album tant attendu par Alain Bashung, Romans Photos (1977), qui fait un flop malgré « C’est la faute à Dylan ».

Mais le chanteur déjà commence à se démarquer du pré carré rock et de la chanson. Sur scène, il lui arrive d’improviser un nouveau titre « Bijou bijou » pendant vingt minutes avant le passage de Little Bob Story. Il lui faut attendre deux ans pour sortir l’album suivant, le sombre Roulette Russe (1979, avec « Toujours sur la ligne blanche »). Le vrai déclic survient peu après avec un 45-tours inédit au texte surréaliste, « Gaby, oh Gaby » (n°1), qui se vend à près de deux millions d’exemplaires et obtient le prix Charles Trenet et celui de la SACEM. Le tandem Bashung-Bergman est alors tenu en exemple d’un possible renouvellement du texte dans la chanson rock, après Gainsbourg et Higelin.

Deux ans plus tard, c’est au tour de Pizza de livrer un nouveau tube, « Vertige de l’amour », qui se voit couronné des même récompenses. Au printemps 81, Bashung tourne sur scène (un Olympia le 3 juin) et sur plateau sous la direction de l’auteur et cinéaste espagnol Fernando Arrabal qui lui confie un rôle de Jésus-Christ punk dans Le Cimetière des voitures.

En 1982, à sa demande, Bashung rencontre Serge Gainsbourg, le maître aîné capable de l’accompagner dans ses derniers retranchements. Le résultat débouche sur Play Blessures, un album désespéré et jusqu’au-boutiste qui est encensé par la critique rock (qui lui a décerné l’an passé le Bus d’Acier), mais ne connaît aucun succès (en single, « C’est comment qu’on freine ? »). Figure Imposée, qui sort l’année suivante, a tout autant de mal à imposer la loufoquerie de « What’s In A Bird ? » et sa composante électronique. Le succès revient avec le 45-tours isolé « S.O.S. Amor » en 1984.

La même année, Bashung est à l’affiche de Nestor Burma, détective, aux côtés de Michel Serrault et Jane Birkin, et tourne dans Le Quatrième pouvoir de Serge Leroy, dont il compose la musique. L’activité musicale reprend son chemin avec le titre « Touche pas à mon pote » (1985), chanté au bénéfice de l’association S.O.S. Racisme qui l’invite également dans le grand « concert des potes » du 15 juin, place de la Concorde à Paris. Son premier album live Live Tour ’85 (en version simple puis double) évoque une tournée cahotique.

Novateur

Alain Bashung retrouve Boris Bergman en 1986 pour un album-clé, Passé le Rio Grande, inspiré par le mythe du rock ‘n’ roll (« Helvète Underground », « Douane Eddy »). Ce disque qui l’établit comme une personnalité majeure du rock français signale également son retour au sommet des ventes avec « L’Arrivée du tour », et lui vaut la Victoire de la musique du « Meilleur album de l’année ». Sa musique s’exporte au Canada ou en Egypte où Bashung se produit au détour d’une tournée en outremer. Il apparaît au cinéma dans le film Le Beauf, dont il crée la musique.

Les deux années suivantes sont consacrées à l’écriture du nouvel album Novice (1989) avec ses complices Boris Bergman et Jean Fauque, un ami qui obtient ses galons d’auteur. Malgré les singles « Pyromanes » et « Bombez ! », le disque se révèle trop novateur pour atteindre un succès massif, mais est approuvé par un public suffisamment nombreux et fidèle. En 1990, Bashung jouent dans les téléfilms Les Lendemains qui tuent (avec sa musique) et Jusqu’à ce que le jour se lève, ainsi que dans le long-métrage Rien que des mensonges, puis participe au concert organisé par SOS Racisme à Vincennes.

Le huitième album, Osez Joséphine (octobre 1991), est celui de tous les succès. Toujours truffé de textes à tiroirs signés Jean Fauque, il recèle une production ample qui s’adapte comme un gant au chant sinueux de l’interprète de « Volutes », « Madame rêve » et « Osez Josephine ». Bashung hérite de deux Victoires de la musique sur cinq nominations. A la fin de l’année 1992 sort un coffret rétrospectif de 9 CD, tandis que l’acteur est sollicité tour à tour dans L’Ombre du doute et Ma sœur chinoise.

En 1994, l’association avec Jean Fauque se poursuit avec l’album Chatterton, un album en demi-teinte aux invités prestigieux, les guitaristes Link Wray, Sonny Landreth, Marc Ribot et le trompettiste Stéphane Belmondo, qui contient le classique « Ma petite entreprise » et l’élégant « J’passe pour une caravane ». Une série de concerts parisiens à l’Olympia, au Zénith et au Bataclan, documentée dans le CD Confessions Publiques (1995), lui apporte les faveurs d’un public varié entre rock et chanson.

Fantaisie mystérieuse

Bashung se fait plus rare, peaufinant les structures et les harmonies, soignant la sonorité de ses disques et étudiant avec minutie les textes de son auteur Jean Fauque, afin d’obtenir à chaque fois une œuvre puissante et cohérente. C’est le cas de l’envoûtante Fantaisie Militaire (janvier 1998), qui représente un grand pas en avant pour la chanson. Au-delà de la réception critique (acclamation) et publique (modérée) de son temps, l’album de « La nuit je mens » et « Sommes nous » garde son mystère et se détache de la production ambiante. Composé avec Rodolphe Burger (Kat Onoma), Jean-Marc Lederman (Front 242) et Les Valentins, il est couronné par la profession avec trois Victoires de la musique (catégories album, artiste et clip de Jacques Audiard). La même institution lui décernera par la suite le trophée du « Meilleur album des vingt dernières années ».

Le 2 juin 1999, Bashung et Burger sont sur scène dans le spectacle Samuel Hall, et participe l’année suivante à l’album Organique de Zend Avesta (Arnaud Rebotini). En 2000 sort également la compilation Climax avec un deuxième CD de titres rares ou inédits. Le 30 juin 2001, Bashung épouse l’artiste Chloé Mons, avec qui il composera Le Cantique des Cantiques (2002).

Pour L’Imprudence, paru en octobre 2002, Bashung s’entoure des fidèles Jean Fauque et Marc Ribot, auxquels s’ajoutent le chanteur Miossec, le guitariste brésilien Arto Lindsay, le duo électronique suisse Mobile In Motion et de nouveaux musiciens. L’album particulièrement complexe et austère remplace la dérision et l’humour des débuts par une atmosphère sombre et des textes plus personnels. A l’automne 2003, Bashung reprend la route pour la première fois depuis huit ans. La Tournée des Grands Espaces traverse tous les pays francophones, de la Belgique au Printemps de Bourges et de la Suisse au Canada, donnant lieu au double CD et DVD live du même nom.

Carte blanche et album noir

A Paris, la Cité de la Musique l’invite pour une « Carte blanche » d’une semaine, du 23 au 30 juin, à établir sa propre programmation musicale constituée des chanteurs Christophe, Dominique A, Rodolphe Burger, Bonnie Prince Billy et des guitaristes Link Wray, Arto Lindsay et Sonny Landreth. Bashung est à nouveau à l’honneur les 13 et 14 avril 2007 pour l’ouverture de la nouvelle salle Pleyel ouverte à la chanson.

Au mois de mars 2008, Alain Bashung sort Bleu Pétrole, un album qui rassemble de nouveaux collaborateurs, notamment Gérard Manset, co-signataire de trois titres dont « Vénus » et « Comme un Lego », et duquel est repris le classique « Il voyage en solitaire ». Autre personnalité importante du disque, le compositeur et producteur de Louise Attaque Gaétan Roussel, influe sur l’atmosphère country-rock de certains titres (« Résidents de la République »), et sur d’autres officient les jeunes compositeurs Arman Méliès et Joseph d’Anvers, ainsi que le producteur Mark Plati. Une tournée est lancée le même mois, dévoilant le nouveau visage d’un Bashung au crane rasé, atteint d’insuffisance respiratoire.

Malgré l'annulation de certaines dates pour raison de santé, la tournée est un grand succès. En février 2009, il est à nouveau honoré par 3 Victoires de la Musique dans les catégories Meilleur interprète masculin, Album de chanson et Concert ou tournée. Son total personnel de 11 Victoires constitue un record pour celui que l'on nomme comme « le dernier des géants ». Le cancer du poumon qui le rongeait depuis plusieurs mois le terrasse le 14 mars 2009, à l'âge de 61 ans. Avec lui disparaît l'un des artistes majeurs du rock et de la chanson francophone.

Devenu un artiste majeur de la chanson et du rock français, Alain Bashung n’a cessé de se renouveler et de repousser les limites du genre en dix années de galère et trente de succès. A l’instar d’un Gainsbourg, il a démontré la compatibilité de textes audacieux et intelligents avec la réussite commerciale, sans jamais renoncer à sa grande qualité, nommée exigence.

http://www.universalmusic.fr/alain-bashung/biographie







La biographie de Alain Bashung

Alain Bashung est l'image même du rock intello, sulfureux et cérébral. Un cocktail raffiné d'inspiration torturée et de musiques sophistiquées. Né à Paris en 1947, il écoute Brel, Brassens, Buddy Holly, Gene Vincent et évidemment Elvis Presley. En 1962, le jeune homme monte un groupe, les Dunces. A partir de 1966, il s'engage dans une carrière qui ne convient guère à ses envies de liberté et de révolte. Sa maison de disque le range dans la catégorie des jeunes chanteurs romantiques. Et malgré des titres inoubliables tels que "Ho la hey" et "Pourquoi rêvez vous des Etats Unis", sa carrière ne décolle pas.
En 1977, en pleine période punk, il fait deux rencontres déterminantes pour la suite de sa carrière : Andy Scott, musicien et Boris Bergman, auteur. De leur collaboration naîtra l'album "Romans Photos", premier opus rock aux accents poétiques et cyniques. Avec "Roulette russe", en 1979, Bashung affirme, imprime son style. Mais c'est en 1980 qu'il rencontre un large public avec "Gaby", 45 tours vendu à un million d'exemplaires. En 1981, "Vertige de l'amour" le propulse au sommet des charts internationaux. L'années suivante, c'est Serge Gainsbourg himself qui signe la plupart des textes de "Play blessures". La poésie opaque des textes séduit cette fois un public moins large. Il continuera pourtant de brouiller les pistes avec "figure imposée". Et en 1986, il reçoit une première victoire de la musique.
L'année suivante, il sort "Passé le Rio Grande", fruit d'une nouvelle collaboration avec le parolier Boris Bergman. 1988 marque un nouvelle étape dans sa carrière, sa rencontre avec l'auteur Jean Fauque, collaboration qui s'avérera très fertile. "Novice" sort en 1989, "Osez Joséphine" en 1991. Sur ce dernier album, les titres "Volutes", "Madame rêve" et "Osez Joséphine" renouent le contact avec un très large public, puisque l'album, récompensé par une victoire de la musique, se vendra à 350 000 exemplaires. Après la tournée de l'album "Chatterton", il revient avec "Fantaisie militaire", en 1998, album mêlant souffrance et ironie. En 1999, il sera de nouveau et doublement récompensé aux victoires de la musique. "Fantaisie militaire" est élu meilleur album de l'année. La bande originale du film "Ma petite entreprise" de Pierre Jolivet est également récompensée. Suivront les albums "L'imprudence" et "Le cantique des cantiques" (2002) puis le live "La Tournée Des Grands Espaces" (2004).
En concert, Bashung soutiendra notamment la population libanaise avec Camille en 2006. Alain Bashung a également tourné dans un douzaine de films, dont "Le beauf" avec Gérad Jugnot en 1986, et "Déshabillés Fatals" de Jean Marboeuf, en 1992. Il participera, en 2007, au prochain Luc Besson (en tant que doubleur) et, en tant qu'acteur, à un film de Samuel Benchetrit intitulé "J'Ai Toujours Rêvé D'Etre Un Gangster". Il y côtoiera Arno. Bashung le désinvolte ne cesse de déconcerter son monde, de changer de cap, d’être là où personne ne l’attend. Il est devenu, au terme de deux décennies de succès, l'un des monstres sacrés de la chanson française.

Son dernier album est sorti en mars 2008, "Bleu Pétrole". L'écriture de la plupart des morceaux est dûe à Gaëtan Roussel, chanteur du groupe Louise Attaque. Atteint d'un cancer, il ne renonce pas à ses tournées. Les Victoires de la Musique lui font un triomphe en février 2009 : il reçoit trois récompenses ! Début mars, très affaibli, il doit enfin se résoudre à reporter ses concerts. Le 14 mars 2009, sa maladie l'emporte. L'émotion est grande en France et dans le monde de la musique.

http://musique.ados.fr/Alain-Bashung.html







Mort d'Alain Bashung, "saloperie de Gauloise"
Lepoint.fr - Publié le 15/03/2009

Évidemment, nous nous y attendions tous, car nous savions depuis l'automne 2007 qu'il était malade. Cancer du poumon. Saloperie de Gauloise.

Il l'a appris un peu connement. Par des analyses faites dans un hôpital de Bruxelles où il enregistrait son dernier album Bleu pétrole . Il se demandait pourquoi il n'arrivait pas à se débarrasser d'une bronchite. On lui a dit.

Cancer du poumon. Saloperie de Gauloise, mais il n'a pas pour autant mis fin à sa liaison avec elle.

Il a juste accepté de faire une chimiothérapie à condition que cela ne perturbe pas sa tournée.

Nous l'avons vu il y a deux semaines aux Victoires de la musique recevoir ses dernières récompenses. Trois : "Meilleur album", "Meilleur spectacle", "Meilleur interprète". C'était lui le meilleur et les autres en avaient un peu pris l'habitude. Il est apparu fragile, aussi ému que nous pouvions l'être aussi. Tout le monde savait. Lui, nous. On n'allait pas se revoir très souvent.

La première fois que nous nous sommes vus, c'était en 1980. J'habitais alors à Puteaux et de mes fenêtres, on voyait la Défense. Jean-Baptiste Mondino qui réalisait la pochette de Gaby oh Gaby et qui cherchait un décor urbain trouva que cela pouvait passer pour Manhattan et vint donc shooter Bashung chez moi.

Bien qu'encore inconnu, ce n'était plus un débutant, il enregistrait déjà depuis 1966, signant alors Baschung avec un C. Il arborait alors une coiffure mode de jeune homme moderne (mais propre sur lui façon Beatles) et sur la pochette de son premier single Pourquoi rêvez vous des États-Unis ? un invraisemblable pantalon à carreaux noirs et blancs comme seuls les golfeurs osent en mettre. Il ne jouait pas au golf mais se cherchait encore. Entre Dylan, les quatre prolos de Liverpool, Johnny, Gainsbourg, Lou Reed.

Douze ans plus tard, les cheveux en arrière, le regard déjà lointain, il savait enfin qui il était, et il fit sauter le C de son nom. Puis Gaby explosa en chamboulant à jamais le monde du rock français.

Alain Bashung est né le 1er décembre 1947 à Paris, mère ouvrière à Boulogne-Billancourt, père inconnu d'origine kabyle. Enfance passée en banlieue strasbourgeoise où nous fréquentions sans nous connaître les mêmes boîtes où l'on pouvait entendre du rock. Il n'était pas heureux dans l'est. L'étranger n'y est pas le bienvenu. "On vivait dans une ambiance très France profonde, étriquée, la culture du Picon-bière, avec des relents de Vichy, le régime et la peur de l'étranger, ma grand-mère m'interdisait de parler aux juifs." Le succès de Gaby puis celui de Vertige de l'amour le mirent cependant extrêmement mal à l'aise.

Il se sentit brusquement prisonnier d'un rôle, celui du rocker aux hits surréalistes, vaguement incompréhensibles mais toujours rigolos. Bashung déprime, Bashung boit, Bashung fait le con. Bashung ne sait de nouveau plus où il en est. Il dissout son équipe, se sépare de son parolier Boris Bergman et réinvente une nouvelle fois le rock. Très loin des trois accords du blues. "Le rock, explique-t-il à l'époque, je vois juste ça comme un moyen de transport. Une sorte de brevet déposé, tombé dans le domaine public et dont on peut se servir pour s'exprimer à sa façon. Le rock me suit comme une adolescente qui se perpétue, mais ça ne doit pas m'emprisonner. Certains ont pu penser que j'aimais jouer un personnage de loser, casser sans cesse ce que j'avais construit. Peut-être qu'en fait j'ai beaucoup plus d'ambition qu'eux..."

Il retrouvera Bergman en 1986 pour le splendide Passé le Rio Grande . Nouvelles formules gagnantes : "Si tu me quittes, est-ce que je peux venir aussi ?"

Cet homme timide, insécure limite paranoïaque, que l'on dit ingérable, touche aussi régulièrement un art qui n'aime pas les surprises, ne supporte pas le flou : le cinéma. Sa rigueur le rassure et il relève tous les défis. Comme celui de jouer - défendant de façon époustouflante un personnage indéfendable - un père incestueux dans L'ombre d'un doute d'Aline Issermann.

Il a tourné son dernier film en 2007 : J'ai toujours rêvé d'être un gangster de Samuel Benchetrit. "Je ne cherche pas à devenir comédien pour être quelqu'un d'autre, expliqua-t-il dans Les Cahiers du cinéma . Ce qui me paraît plus passionnant, c'est qu'à un certain moment il faut être présent, concret : un texte, un caméraman, un metteur en scène, tout doit fonctionner d'une manière parfaite. J'ai une grande tendance à la rêverie. Donc cela me permet de contrebalancer ce côté contemplatif, comme un cerf-volant qui perd sa ficelle."

La ficelle a fini par rompre et le cerf-volant s'est élevé dans des volutes de fumée.

Alain Bashung nous a quittés samedi en début d'après midi à l'hôpital Saint-Joseph à Paris entouré de sa famille.

Il avait soixante et un ans.

Cancer du poumon.

Saloperie de Gauloise.

http://www.lepoint.fr/culture/2009-03-15/mort-d-alain-bashung-saloperie-de-gauloise/249/0/325794







Alain Bashung est mort
 
Par Bastien Hugues (lefigaro.fr)
Publié le 14/03/2009

Atteint d'un cancer depuis plusieurs mois, le chanteur est décédé samedi après-midi à l'hôpital Saint-Joseph à Paris. Il avait triomphé il y a quelques jours aux Victoires de la musique.

Ses fans le redoutaient depuis longtemps. A 61 ans, Alain Bashung est décédé samedi après-midi «entouré des siens» à l'hôpital Saint-Joseph à Paris des suites de sa maladie. L'interprète de «Gaby», «Vertiges de l'amour», «Ma petite entreprise», «La nuit je mens» ou plus récemment «Résidents de la république», avait récemment dû annuler des concerts en raison de son état de santé.
Bashung est mort debout. Jusqu'au bout, il est resté près de son public, notamment à travers son émouvante tournée «Bleu pétrole». Figure incontournable de la scène hexagonale, il laisse derrière lui une oeuvre considérable, unanimement encensée par la critique et appréciée par le public français.
Auteur, compositeur, interprète mais également comédien, Bashung a joué dans une quinzaine de longs métrages comme «Je veux tout» (1999) de Patrick Braoudé, «Félix et Lola» (2000) de Patrice Leconte et «J'ai toujours rêvé d'être un gangster» (2007) de Samuel Benchetrit. Il a aussi prêté sa voix en 2006 au film Arthur et les Minimoys de Luc Besson.
Des débuts difficiles dans la musique
Fils d'une mère d'origine bretonne, ouvrière dans une usine de caoutchouc de Boulogne-Billancourt, et d'un père algérien kabyle, Alain Bashung passe sa jeunesse dans les environs de Strasbourg, à Wingersheim, avant de rejoindre Paris en 1959. Dans la capitale, il s'intéresse à la musique et monte un groupe avec des amis, les Dunces.
Il retrouve une nouvelle formation et débute véritablement sa carrière avec ses premiers 45 tours comme «Pourquoi rêvez-vous des États-Unis ?» en 1966. Bashung utilise alors des pseudonymes tels que David Bergen et Hendrick Darmen. Il compose aussi pour d'autres artistes comme Noël Deschamps ou Dick Rivers et joue dans la comédie musicale La Révolution française de Claude-Michel Schönberg en 1973.
Le succès des années 80
Après plusieurs échecs, notamment avec son premier album, «Romans photos», en 1977 ou «Roulette russe» en 1979, il connaît le succès en 1980 avec le titre «Gaby, oh Gaby». Ce talent est confirmé avec l'album «Pizza» salué par la critique un an plus tard. Il débute alors une grande tournée.
De sa rencontre avec Serge Gainsbourg, naît «Play blessures», un disque sombre qui n'attire pas le public. En 1983, son nouvel album «Figure imposée» peine à renouer avec le succès. Il retrouve son public en 1986 avec «Passé le Rio Grande». Il collabore avec Boris Bergman et livre le titre SOS Amor. Il travaille pour la première fois avec le parolier Jean Fauque en 1989 pour l'album «Novice».
Un artiste complet
A partir des années 90, Alain Bashung connaît la consécration avec des albums comme «Osez Joséphine» en 1991, écoulé à plus de 350.000 exemplaires. Cet opus contient notamment les titres «Vertige de l'amour» et «Madame rêve». Puis, il sort «Chatterton» en 1994 et notamment le single «Ma petite entreprise».
En 1998, pour Fantaisie militaire , il travaille avec Jean Fauque, Rodolphe Burger, Joseph Racaille, Les Valentins, Jean-Marc Lederman et Adrian Utley, guitariste du groupe anglais Portishead. Il connaît un vrai succès avec le titre «La nuit je mens» et reçoit trois victoires de la musique en 1999.
Après «L'imprudence» en 2002, il entame une pause. En 2006, il revient pour des concerts à la Cité de la Musique à Paris puis s'investit en 2007 dans la tournée Les Aventuriers d'un autre monde avec Jean-Louis Aubert, Cali, Daniel Darc, Richard Kolinka et Raphaël. Au cinéma, il joue aussi dans «J'ai toujours rêvé d'être un gangster» de Samuel Benchetrit.
En 2008, pour «Bleu pétrole» et ses «Résidents de la république», Bashung collabore avec Gaëtan Roussel de Louise Attaque, Arman Méliès et Gérard Manset. En juin, il se produit pour une série de concerts à l'Olympia malgré son traitement pour un cancer du poumon.
Rongé par la maladie, Bashung reporte plusieurs concerts en 2009, mais tient à monter sur scène le 28 février à l'occasion des Victoires de la musique, où il triomphe avec trois des plus prestigieux trophées : meilleur interprète masculin, meilleur album de chanson pour «Bleu pétrole», et meilleur spectacle pour sa tournée 2008. Ce sera son dernier adieu...

http://www.lefigaro.fr/musique/2009/03/14/03006-20090314ARTFIG00643-le-chanteur-alain-bashung-est-decede-.php







Alain Bashung est mort
14 mars 2009

Atteint d'un cancer depuis plus d'un an, il est mort samedi après-midi, à l'hôpital Saint-Joseph à Paris.

Alain Bashung, mort samedi à l'âge de 61 ans, avait acquis en 30 ans l'adhésion d'un large public et le respect de ses pairs en imposant au sommet du rock français une démarche exigeante et originale. Depuis l'automne 2007, il était atteint d'un cancer du poumon et suivait une chimiothérapie.

Bashung occupait depuis quelques années la place enviée auparavant tenue par Serge Gainsbourg : celle d'un artiste à l'aura importante, capable de séduire le grand public comme les amateurs éclairés. Il avait d'ailleurs collaboré avec Gainsbourg en 1982 pour son album Play Blessures.
«Alain appartient à la grande lignée des poètes excentriques et solitaires. Il fait des choses sublimes», avait dit de lui Arthur H le 28 février lors des dernières Victoires de la musique, résumant l'avis unanime de l'ensemble des chanteurs français.
Ces 24e Victoires de la musique avaient été un triomphe pour Bashung. Avec trois récompenses, dont celle de l'interprète de l'année et du meilleur album pour Bleu Pétrole, il était devenu l'artiste le plus primé de l'histoire de la cérémonie avec un total de onze trophées. La cérémonie avait également révélé l'extrême fragilité de la santé du chanteur, qui avait dû annuler plusieurs concerts prévus ce mois-ci.
Plusieurs tubes ont jalonné sa carrière, sans jamais qu'il cède à la facilité commerciale: Gaby, Vertige de l'amour (album Pizza en 1981), Osez Joséphine, Madame Rêve (1991, Osez Joséphine), Ma petite entreprise (1994, Chatterton), La nuit je mens (1998, Fantaisie militaire) ou Résidents de la République (2008, Bleu Pétrole).
Une carrière également marquée par des disques peu faciles d'accès, à commencer par l'audacieux L'imprudence (2002). Considéré comme l'un des plus réussis de Bashung, l'album était sorti en même temps que Le Cantique des cantiques, enregistré avec Chloé Mons, artiste âgée de 28 ans à l'époque, qu'il avait épousée le 30 juin 2001. Il a eu avec elle une fille, après un fils né d'une précédente union.
Perfecto, jean moulant et bottes de cow-boy à l'époque de Gaby, Bashung était un enfant du rock. Il avait grandi en écoutant Elvis Presley, Gene Vincent ou Buddy Holly et clôturait sa dernière tournée par une reprise de Nights in white satin des Moody Blues.
Il avait su marier l'amour du rock avec l'héritage de la chanson française. "Il appartient aux deux univers", résumait en 2002 son biographe Patrick Amine. "Il combine à sa manière les antécédents de la chanson française qui vont de Trenet à Gainsbourg. Du rock anglo-saxon, il a la désinvolture, la liberté musicale, l'humour qui allie le son et le sens."
Né le 1er décembre 1947 d'un père qu'il n'a pas connu et d'une mère ouvrière, Bashung avait été envoyé à l'âge d'un an vivre chez sa grand-mère, à Wingersheim, en Alsace.
En 1962, il avait monté son premier groupe, The Dunces (les cancres), avant d'enregistrer ses premiers 45 tours en ôtant le "c" de son véritable nom, Baschung. En 1973, il avait incarné Robespierre dans une comédie musicale sur La Révolution, puis avait rencontré Dick Rivers, pour qui il avait composé.
Son premier album, Roman Photos (1977), un échec commercial, avait marqué le début d'une longue collaboration avec le parolier Boris Bergman, remplacé par Jean Fauque en 1989.
Bashung était un passionné de cinéma et avait notamment tourné sous la direction de Fernando Arrabal ou Patrice Leconte. Ce goût pour la comédie transparaissait lors de ses concerts, où Bashung, lunettes noires sur le nez, imposait son charisme ténébreux. Il a été fait chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur en janvier 2009.
(Source AFP)

http://www.liberation.fr/culture/0101555454-alain-bashung-est-mort




















Sa femme rend un dernier hommage à Alain Bashung:
«Je t'aimais tant»

Publié le 20 mars 2009.

MUSIQUE - Les obsèques du chanteur ont eu lieu vendredi à Paris...
Le monde du spectacle et le public de fidèles d’Alain Bashung ont rendu à Paris, ce vendredi, un dernier hommage au chanteur disparu samedi, à 61 ans, des suites d'un cancer du poumon.

Stars et anonymes
 
Dès 11h, un millier de personnes se sont pressées devant l'église de Saint-Germain-des-Prés où la famille du chanteur a choisi de faire une cérémonie religieuse. Pour la plupart vêtus de noir et de lunettes de soleil, la foule d'anonymes a été maintenue hors de l'église par une enfilade de barrières, selon notre journaliste sur place. Le tout surveillé par un important service d'ordre déployé autour de l'édifice. Sur le parvis, un grand écran permettait néanmoins aux fans restés à l'extérieur de suivre la cérémonie.

Peu avant 11h30, le monde du spectacle a passé les barrières pour rejoindre les bancs de l'église. Jane Birkin est ainsi apparue très émue, les yeux dissimulés par des lunettes noires, suivie de Françoise Hardy, Laurent Voulzy, Mathieu Chédid, le chanteur Raphaël et sa compagne, l'actrice Mélanie Thierry. Comme tous les invités, ils ont été accueillis par une poignée de main du prêtre, le père Benoît de Cinety. Catherine Deneuve, Claude Rich, Patrick Bouchitey et la ministre de la Culture, Christine Albanel, ont également répondu présents.

Folk

La Sacem, Universal Music France (qui produisait Alain Bashung sous le label Barclay) et l'Olympia ont fait livrer d'immenses gerbes de fleurs. «Alain détestait les changements», a commencé le prêtre alors que le cercueil en acajou du chanteur arrivait au centre de l'église. Puis, faisant référence aux Victoires de la Musique, la dernière apparition publique d'Alain Bashung où il avait remporté trois récompenses: «Il est parti dans la lumière de la reconnaissance.»

Si le prêtre a tenu le micro pendant 45 minutes, les derniers mots ont été prononcés par sa femme, la musicienne Chloé Mons. «Tu disais n'avoir jamais su d'où tu venais. L'arrivée de Poppée (sa fille, ndlr) t'a aidé à trouver un point d'ancrage, a-t-elle déclaré. Comme ce fil, jamais rompu mais toujours emmêlé, avec Arthur (son fils, ndlr).» La compagne du chanteur a fini son discours en répétant, inlassablement: «Je t'aime tant, je t'aime tant, je t'aime tant». A la fin de la cérémonie, les invités ont été se recueillir sur son cercueil avant de quitter l'église. Quelques titres de rock et de folk anglo-saxons ont été entendus, pendant la bénédiction du cercueil, dont «Great balls of fire» de Jerry Lee Lewis ou «Harvest Moon» de Neil Young.

Inhumation

La cérémonie religieuse a été suivie d'une inhumation au cimetière du Père Lachaise dès 14h30, au lieu de 15h, comme cela était initialement prévu. Le chanteur de «Gaby», «Vertige de l'amour» ou «Osez Joséphine» a été porté en terre avenue de la Chapelle, dans la 20e division du célèbre cimetière parisien, dans lequel reposent notamment Jim Morrison, le chanteur des Doors, Edith Piaf ou Yves Montand. Parmi les présents, on a vu les chanteurs Yves Simon, Daniel Darc, Gaëtan Roussel, de Louise Attaque, et Joseph d'Anvers, qui ont tous deux participé au dernier album de Bashung, «Bleu Pétrole». Christophe et Jacques Higelin étaient là aussi.
Sous un soleil brillant mais froid, un millier d'anonymes était maintenu à distance par des barrières à quelques dizaines de mètres de là. Une fois les invités partis, les barrières ont été ouvertes pour laisser les fans d'Alain Bashung défiler devant sa sépulture.
Depuis l'automne 2007, Bashung, l'un des chanteurs les plus importants de la scène musicale française, était atteint d'un cancer du poumon et suivait une chimiothérapie. Depuis l'annonce de sa disparition, le monde de la musique, de la politique, de même que le grand public lui ont rendu un vibrant hommage.
Sa. C et A. A. sur place
Musique
Pendant la messe, la famille a choisi de ne diffuser aucune chanson du chanteur mais des standards folk, sa musique préférée et sa source d'inspiration.

http://www.20minutes.fr/culture/313043-femme-rend-dernier-hommage-a-alain-bashung-je-aimais-tant







Alain Bashung : hommage unanime à un géant

Publié le 15/03/2009
Alain Bashung est mort d'un cancer hier à l'âge de 61 ans. DDM

Le jury des Victoires de la musique a eu du pif, finalement. Prémonitoires, les onze trophées raflés lors de ces soirées cathodiques un peu pompeuse ont couronné à juste titre une carrière qui ressemblait un peu à un saut à l'élastique dans le Vercors. Le chanteur et compositeur Alain Bashung est mort hier à l'âge de 61 ans, des suites d'un cancer du poumon qui le rongeait depuis 2007. Il suivait une chimiothérapie. D'ailleurs, il était apparu aux côtés de Nagui comme le spectre de lui-même, un vieux monsieur fragile, émouvant et champion de l'applaudimètre un soir de télé où on le voyait peu. S'en suivaient de nombreuses annulations de concerts. On comprend pourquoi.
La fin d'un « géant ». L'un des derniers, avait osé le magazine Les Inrockuptibles qui le comparait aisément à un autre monstre de la chanson française : Gainsbourg. Avec qui il partageait des accointances pour la dive bouteille, les clopes, les afters et un disque, « Play Blessures » sorti en 1982.
« la grande lignée des poètes »
« Alain appartient à la grande lignée des poètes excentriques et solitaires. Il a fait des choses sublimes », avait dit Arthur H, le 28 février lors des Victoires. Il avait le don de faire claquer les mots, la poésie nasillarde, rugir les guitares, explorer les genres entre folk planante, rock noir, blues décapant et ballades sublimes (« Madame rêve » et sa reprise de « Nights in white satin » des Moody blues). Bashung, c'est surtout plusieurs tubes qui ont jalonné sa carrière, s ans jamais cédé à la facilité commerciale : « Gaby », « Vertige de l'amour » (album Pizza en 1981), « Osez Joséphine », « ma petite entreprise » (1994, « Chatterton »), « La nuit je mens » (1998, « Fantaisie militaire ») ou « Résidents de la République » (2008, « Bleu Pétrole »), son dernier opus.
Le chanteur avait également fabriqué des disques peu faciles d'accès. À commencer par l'audacieux « L'imprudence » (2 002), qui restera peut-être comme l'un de ses plus réussis avec en parallèle la sortie du « Cantique des cantiques » gravé avec la chanteuse Chloé Mons, âgée de 28 ans à l'époque et qu'il avait épousée le 30 juin 2001.
libre et désinvolte
Avec elle, il a eu une fille après un garçon né d'une précédente union. Alain était un « enfant du rock ». Il traînait en « tiags », jean moulant et Perfecto à l'époque de « Gaby » et il crevait l'oreiller en fin de soirée. Rock et chanson française faisaient chez lui bon ménage. « Il appartient aux deux univers », résumait en 2002 son biographe Patrick Amine. « Il combine à sa manière les antécédents de la chanson française qui vont de Trénet à Gainsbourg. Du rock anglo-saxon, il a la désinvolture, la liberté musicale, l'humour qui allie le son et le sens ».
Né le 1er décembre 1947 d'un père qu'il n'a pas connu et d'une mère ouvrière, Bashung avait été envoyé à l'âge d'un an vivre chez sa grand-mère à Wingersheim en Alsace.
Ce dont on se souvient moins, ce sont ses débuts en 1962, presque en même temps que les Beatles (et oui…). Il avait monté son premier groupe, The Dunces (les cancres) avant de mettre en boîte ses premiers 45 tours en emputant son nom d'un « c » (Baschung). Dix ans plus tard, en 1973, le métier de comédien lui tend les bras : il incarne Robespierre dans une comédie musicale sur la Révolution. Son goût pour le rock l'avait même conduit à composer pour Dick Rivers, un autre chat sauvage.
En 1977, c'est l'échec commercial avec « Roman Photos » mais pourtant le début d'une longue et fructueuse collaboration avec le parolier Boris Bergman, remplacé par Jean Fauque en 1989. Passionné de cinéma, Bashung avait tourné sous la direction de Fernando Arrabal et Patrice Leconte. Il ne reste plus qu'à l'écouter à l'arrière des berlines. Et que ne durent que les moments doux…
SA MUSIQUE
Alain Bashung a enregistré en tout 14 albums : « Romans photos » en 1977, « Roulette russe » en 1979, « Pizza » en 1981, « Play Blessures » en 1982, « Figure imposée » en 1983, « Passé le Rio Grande » en 1986, « Novice » en 1989, « Osez Joséphine » en 1991, « Réservé aux Indiens » en 1993, « Chatterton » en 1994, « Fantaisie militaire » en 1998, « L'Imprudence » en 2002, « Cantique des cantiques » en duo avec Chloé Mons, toujours en 2002. Et dernier opus plébiscité lors des Victoires de la musique 2009, en 2008 : « Bleu pétrole ».
SES FILMS
Alain Bashung a aussi joué devant les caméras. Une carrière de comédien bien remplie avec 16 participations dans les plateaux de tournage. En 1981, il tourne dans « Nestor Burma, détective de choc » de Jean-Luc Miesch. La même année, on le voit dans « Le Cimetière des voitures » de Fernando Arrabal. Des plateaux de tournages qu'il quitte pendant 10 ans. Il revient en 1991 dans « Rien que des mensonges » de Paule Muret. L'année suivante, Alain Bashung poursuit sa carrière d'acteur dans « L'Ombre du doute », film de Aline Issermann. En1994, il est au générique de « Ma sœur chinoise » de Alain Mazars. En 1995, Michel Hassan le fait jouer dans « Le Jeu de la clé ». En 1998, Charlotte de Turckheim
le prend pour « Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs… ». L'année suivante, le chanteur revient encore dans le cinéma pour jouer dans « Je veux tout » de Patrick Braoudé. L'année 2000 est une année fortement cinéma. Alain Bashung joue dans « La Confusion des genres » de Ilan Duran Cohen, puis on le voit dans « Retour à la vie » de Pascal Baeumler (avec Emmanuelle Laborit). An 2000 toujours, il est dans « Félix et Lola » de Patrice Leconte, puis dans « L'Origine du monde » de Jérôme Enrico. En 2002, François Armanet appelle Bashung pour « La Bande du drugstore ». Une année après, il joue dans « Le P'tit Curieux » de Jean Marbœuf. En 2006, il prête sa voix à M Le Maudit dans « Arthur et les Minimoys » de Luc Besson (voix de M Le maudit). Dernière apparition au cinéma en 2007 dans « J'ai toujours rêvé d'être un gangster » de Samuel Benchetrit.
Hommages unanimes à un géant
Le monde de la musique, de la politique, de même que le grand public ont rendu hommage au "poète excentrique" et "au plus grand" des chanteurs au lendemain de la mort d'Alain Bashung, musicien exigeant mais aussi populaire grâce à des tubes comme +Gaby+ ou +Vertige de l'Amour+. Evènement
"Sorcier indien à la manière de Jim Morrison" pour Jean-Louis Aubert, "poète excentrique" pour Arthur H. ou "le plus grand" pour Raphaël, Alain Bashung a recueilli l'hommage unanime du monde de la musique. Nicolas Sarkozy a salué l'"immense poète" et "le prince qui nous a quittés", à l'instar d'une classe politique pour l'occasion unanime.
Bashung, l'un des chanteurs les plus importants de la scène musicale française, qualifié de "dernier des géants" par le magazine les Inrockuptibles, est mort samedi à 61 ans des suites d'un cancer du poumon, entouré des siens à l'hôpital Saint-Joseph à Paris, deux semaines après avoir triomphé aux Victoires de la musique.
Le 28 février, il avait remporté trois récompenses (interprète de l'année, meilleur album, meilleure tournée), devenant l'artiste le plus primé de l'histoire de la cérémonie (onze distinctions en tout). Chacun de ces trophées avait été salué par une ovation debout, hommages émouvants de la part du public et d'autres chanteurs.
"Ils m'ont tous fait passer une soirée magnifique, je ne pourrai jamais oublier cette soirée", avait-il déclaré en recevant son dernier prix.
La cérémonie où il était apparu fatigué et très amaigri, avait révélé l'extrême fragilité de la santé du chanteur, qui avait dû annuler plusieurs concerts prévus ce mois-ci.
Né le 1er décembre 1947 d'un père qu'il n'a pas connu et d'une mère ouvrière, Bashung avait monté en 1962 son premier groupe, The Dunces (les cancres), avant d'enregistrer ses premiers 45 tours en ôtant le "c" de son patronyme, Baschung.
Son premier album, "Roman Photos" (1977), un échec commercial, avait marqué le début d'une longue collaboration avec le parolier Boris Bergman, à qui Jean Fauque avait succédé en 1989.
Car Bashung, c'était avant tout des textes, surréalistes, à la fois directs et mystérieux, voire hermétiques, et qui avaient leur propre petite musique, facilement reconnaissable.
Plusieurs tubes ont jalonné sa carrière, sans jamais qu'il cède à la facilité commerciale : "Gaby", "Vertige de l'amour" (album "Pizza" en 1981), "Osez Joséphine", "Madame Rêve" (1991, "Osez Joséphine"), "Ma petite entreprise" (1994, "Chatterton"), "La nuit je mens" (1998, "Fantaisie militaire") ou "Résidents de la République" (2008, "Bleu Pétrole").
Une carrière également marquée par des disques peu faciles d'accès, à commencer par l'audacieux "L'imprudence" (2002). Un album sorti en même temps que "Le Cantique des cantiques", enregistré avec l'artiste Chloé Mons, qu'il avait épousée le 30 juin 2001.
Il a eu avec elle une fille, après un fils né d'une précédente union.
Bashung, malgré la maladie, avait des projets. "Il nous avait annoncé un nouvel album", a dit samedi Pascal Nègre, le président de sa maison de disques, Universal.
Le chanteur devait également rendre hommage à Serge Gainsbourg, son père spirituel, avec un spectacle de musique et de danse, basé sur l'album +L'homme à la tête de chou+. Il en avait déjà enregistré les chansons mais la tenue du spectacle n'est pas définitive, selon les organisateurs.
Bashung était aussi un passionné de cinéma et avait notamment tourné sous la direction de Fernando Arrabal, Patrice Leconte ou Samuel Benchetrit.
Dimanche, des proches et quelques anonymes ont rendu un hommage ému et discret. Certains d'entre eux ont déposé des gerbes de fleurs, dans une ruelle de la Goutte-d'Or, quartier populaire du XVIIIe arrondissement de Paris, où vivait le chanteur.

http://www.ladepeche.fr/article/2009/03/15/573825-alain-bashung-hommage-unanime-a-un-geant.html







Alain Bashung, l’intouchable
Le 25 octobre 2010
interview Benjamin Locoge

Les journalistes Bruno Lesprit et Olivier Nuc ont enquêté sur le chanteur disparu l’an passé. Leur biographie présente un artiste exigeant, incapable de relations humaines normales. Un récit passionnant mais déroutant.

Paris Match. Il ressort de votre ouvrage qu’Alain ­Bashung était doué pour la musique, mais très peu pour les relations humaines. 
Olivier Nuc. Il était un peu lâche. Les raisons de ce ­comportement remontent à la souffrance qu’il a toujours vécue dans les rapports de famille. Il n’a jamais connu l’identité de son père, et il n’a jamais cherché à la savoir. Il n’est pas allé aux obsèques de sa mère. A 16 ans, il coupe les ponts avec toute sa famille. Bashung vivait avec l’idée qu’il “taillait sa route”. Ce qui le rend estimable sur le plan artistique le rend peut-être moins attachant sur le plan humain. Nous avons voulu dévoiler l’homme dans ses paradoxes.
Pourquoi ne l’avez-vous pas raconté de son vivant ? 
On devait l’accompagner sur la fin de sa tournée “Bleu pétrole”, mais les concerts ont été annulés, car il était déjà très malade. Il est parti très vite. Nous avons décidé de continuer le livre sans lui. Nous aurions dit les mêmes choses de son vivant. Il n’y a pas de règlement de comptes.
Mais les langues se délient... 
Sa présence éteignait les propos. Ses paroliers Boris Bergman, Jean Fauque n’auraient pas parlé aussi librement de son vivant, c’est évident. Jean Fauque surtout aurait eu peur d’être victime de la purge ! Bergman l’a subie à la fin des années 80, et il en souffre toujours. Il ne sait pas pourquoi Bashung a mis un terme à leur collaboration. Il a assisté à ses derniers concerts en payant sa place... Bashung s’est comporté de la même ­manière avec son premier parolier, Michel Bernard, ­témoin de son premier mariage ! Mais avait-il lui-même l’explication ? Ces décisions brutales lui ont permis d’avancer artistiquement. Il va constamment essayer de faire l’inverse de ce qu’il a fait auparavant, dans sa vie comme dans sa musique. "Le plus grand risque, c’est de mettre sa vie en danger", nous dit-il.
Toute sa vie était-elle dédiée à la musique ? 
Complètement, il était inadapté pour tout le reste. Mais c’est peut-être le prix à payer. Il y a très peu d’exemples d’artistes qui signent leurs disques les plus cruciaux au-delà de 45 ans. La règle dans le rock, c’est que le génie éclate entre 20 et 30 ans et qu’ensuite vous vous ­répétez. Chez Bashung, c’est tout l’inverse. Il s’accomplit musicalement à partir de 1989.
Au moment où il touche le fond dans sa vie privée, il compose ses plus beaux disques. 
Je ne pense pas que cela soit forcément lié. Il a sans cesse affiné ses recherches, il s’est heurté à ses propres limites. Et il a surtout besoin de s’éloigner du rock pour devenir singulier.
C’est un artiste qui sollicite beaucoup de gens mais qui, au final, décide seul. 
Il fixe le cap, c’est sa grande force. Il savait qu’il n’avait pas de génie mélodique mais qu’il n’était pas trop mauvais pour la production, la réalisation. Il savait regrouper les compétences autour de lui. Tous ses collaborateurs nous ont dit : “Il nous a fait sortir des trucs que l’on ne soupçonnait pas.” Il obligeait les autres à se surpasser. Son album “Osez Joséphine” enregistré aux Etats-Unis, il l’a refait presque intégralement à Bruxelles.
"Beaucoup de tristesse dans son histoire"
Il prend les gens, il les essore et il les jette ? 
Cela a pu arriver. Mais il laisse la place à l’incident quand d’autres se contentent de schémas de carrière très prudents. Il ne sécurise rien, tout le monde tremblait autour de lui.
De quoi se nourrissait-il ? 
De disques, de livres, de télé et de cinéma ! Chantal, sa deuxième épouse, nous dit : “Il ne sortait jamais de son univers, mais celui-ci était tellement vaste qu’il ne s’ennuyait jamais.” Elle le résume ­parfaitement ! Il repoussait les frontières de son monde, il l’agrandissait.
Mais c’était aussi quelqu’un d’assez autiste. Chantal le dit justement, vous décrivez aussi l’absence de rapports avec son fils, Arthur. 
Dans l’une de ses dernières chansons, Bashung chante : “Des fils dont on se moque et des femmes que l’on quitte, des tristesses surannées, des malheurs qu’on oublie.” C’était une forme d’aveux. Sa première épouse, on ne sait même pas ce qu’elle est devenue. Avec Chantal, comme avec Arthur, ils ne se voyaient plus. Bashung est mort sans avoir dit quoi que ce soit aux gens qu’il aimait. Il ne revenait pas sur ses erreurs. Il y a beaucoup de tristesse dans son histoire. C’est cliché, mais c’est un peu vrai : il a passé sa vie à essayer de se guérir avec la musique.
Avait-il trouvé une forme de sérénité avec Chloé Mons ? 
Je ne sais pas. Elle est l’antithèse de Chantal, en tout cas. Chantal n’intervenait pas sur la musique de Bashung, alors que Chloé chantait avec lui sur scène et sur disque. Il est passé d’une pudeur extrême à l’impudeur totale.

http://www.parismatch.com/Culture/Musique/Alain-Bashung-l-intouchable-144415







22 juin 2012 par Héloïse Leussier  associations - Goutte d’Or - Alain Bashung

Chloe Mons, l’épouse d’Alain Bashung, sa fille, Poppée, Daniel Vaillant, maire du 18e, lors de l’inauguration du square dédié au chanteur, jeudi 21 juin 2012.
Le chanteur Alain Bashung a vécu les dernières années de sa vie dans le 18e arrondissement de Paris. Ceux qui l’ont connu dans le quartier de la Goutte d’Or, racontent un homme humble et discret. Dont la mémoire est désormais honorée d’un jardin à son nom.
C’est au bout d’une allée paisible et privée, la Villa Poissonnière, dans une grande maison de style, que le chanteur Alain Bashung a passé les dernières années de sa vie. Avec sa famille, ils y avaient élu domicile en 2005. Sa femme, Chloé Mons, y réside toujours, avec leur petite fille de 11 ans, Poppée. « Un havre de paix » au milieu de la Goutte d’Or, qu’ils avaient « choisi pour son jardin », explique la veuve du rocker. Un jardin, certes petit, mais charmant, avec de grands arbres qui lui donnent un côté intimiste. Et puis le 18e, « un quartier très hétérogène, petit monde merveilleux où l’on passe des boubous africains au chic des Abbesses » décrit Chloé Mons, convenait bien au couple. C’est d’ailleurs non loin de là, rue Marcadet, qu’Alain Bashung est né en 1947, avant de partir pour l’Alsace, où il a été élevé par ses grands parents.
À la Villa Poissonnière, petit chemin pavé bordé de jardins attenants à de grandes maisons datant du 19e siècle, l’ambiance est familiale. Chacun se connaît et nombreux sont ceux qui se souviennent de la star de la chanson française. Parmi les voisins, celui qui est certainement le plus proche du couple est Christian Galan, installé dans l’allée depuis plus de 30 ans. Il se rappelle avec humour de l’arrivée d’Alain Bashung : « Il s’était trompé de maison la première fois qu’il est venu, il est allé dans le jardin du voisin. »

La Villa Poissonnière, dans la Goutte d’Or, où vécu Alain Bashung.
Discret mais généreux
Rapidement, Christian, cuisinier de profession mais passionné de jardinage, s’est occupé du jardin de la famille Bashung. Le chanteur ne répétait pas chez lui, mais il lui faisait parfois écouter ses morceaux et lui avait un jour demandé des idées pour un disque de reprises. « Chaque fois qu’il a fait un concert dans le 18e, à l’Elysée Montmartre ou la Cigale, il m’a invité » , raconte le voisin jardinier. Chaque année, il était présent à la “Fête des Jardins” organisée entre les habitants de la Villa Poissonière. « Il était très timide », explique Christian,« on en venait à oublier qu’il était une star ».
Discret, c’est l’adjectif que les habitants du quartier reprennent souvent pour qualifier le chanteur, qui se déplaçait presque toujours en taxi. Dans la rue de la Goutte d’Or, où se trouve l’entrée de la Villa Poissonière, un commerçant suppose qu’« il était plus souvent du côté de Montmartre ». Mais discret ne veut pas dire absent. L’interprète de Gaby oh Gaby était présent à sa manière, dans l’ombre. En reversant par exemple une partie des bénéfices d’une de ses tournées, 10 000 euros chacune, à deux associations de la Goutte d’Or, l’"Arbre Bleu" et "Les Enfants de la Goutte d’Or".
Alain Bashung voulait aider les jeunes de son quartier et avait demandé conseil à la mairie pour entrer en contact avec ces associations. Daniel Vaillant, le maire du 18e arrondissement, se rappelle d’un « un homme tout simple avec plein d’amour ». Lydie Quentin, directrice de l’association Les Enfants de la Goutte d’Or, se souvient que lorsqu’il a donné cet argent en 2006, il a souhaité le faire discrètement, « sans présence médiatique ». Elle l’a rencontré et ils ont discuté durant plus de deux heures du fonctionnement de l’association : « Il s’était montré très intéressé, il voulait comprendre ce qu’on faisait. » Elle aussi parle d’une personne très modeste.

Le square Alain Bashung, situé à 400 m du domicile du chanteur, dans la Goutte d’Or.
Un client normal
En 2007, Alain Bashung fut le parrain de la Fête des Vendanges de Montmartre, puis du Centre musical Barbara Fleury Goutte d’Or. Entre deux tournées, deux sessions d’enregistrement, il revenait dans le 18e, où, avec Chloé Mons, ils avaient leurs habitudes. Le responsable de la brasserie Wepler, place de Clichy, monsieur Alain, se souvient de cet habitué « discret » et « un peu énigmatique », qui se « comportait normalement, comme n’importe quel client ». La Mascotte, rue des Abesses, faisait aussi partie des restaurants qu’il aimait, et que sa femme continue de fréquenter.
Quand Alain Bashung est mort en 2009 d’un cancer du poumon qui le rongeait depuis plus d’un an, Christian Galan a planté un oranger du Mexique à sa mémoire à l’entrée de son jardin. Aujourd’hui, c’est un square entier qui porte son nom, au 16 rue Jessaint, à 400 mètres de là où il habitait. L’inauguration a eu lieu le 21 juin 2012, jour de la Fête de la musique, en présence d’une chorale d’enfants du quartier, du maire de Paris Bertrand Delanoë, de Daniel Vaillant, de sa femme et de ses proches. L’ambiance était « humaine et chaleureuse », telle que l’a voulue Chloé Mons, et telle que lui l’aurait certainement souhaitée.

http://www.dixhuitinfo.com/societe/article/alain-bashung-raconte-par-la






Bashung, de l'aube à l'aube

Bashung, chronique d'une déchirure

"Bashung soulève les passions". C’est ce qu’estime Gérard Suter de la RSR, qui produit pour les Radios Francophones publiques cette série de dix émissions autour du chanteur décédé l'an passé.
Personnage mystérieux s'il en est, Alain Bashung entretenait des relations compliquées avec son entourage. Les circonstances de sa naissance et son éducation confiée à ses grands-parents d’adoption expliquent peut-être sa quête d’une famille stable, aussi bien sur le plan professionnel que sur le plan affectif.
Est-ce pour cela que le succès fut long à venir ? Bashung débute comme chanteur à voix dans les années 1960, et s'inscrit bien dans l'air du temps avec des chansons éditées en 45T.
La rencontre avec le parolier Boris Bergman fut déterminante : "Il y a une alchimie très particulière entre Bashung et Bergman, pense Gérard Suter. Bashung se libère, s'ouvre, et se met à chanter des textes beaucoup plus autobiographiques". Ce sera "Roulette Russe" (1980), tiré par "Gaby, Oh! Gaby", qui n'est publié dans un premier temps qu’en 45 tours à la faveur d'une "queue de session", un reste de jours de studio destiné à un autre musicien.
Bashung, en tous cas, gère mal ce succès ; toute sa carrière ne sera qu'une fuite permanente pour échapper à la prison des formats.
Pour réaliser la série d'émission, Gérard Suter et le réalisateur David Golan ont réuni plusieurs dizaines d'heures de témoignages. Ils se sont appuyé sur les documents sélectionnés dans les archives des partenaires des Radios Francophones Publiques, mais sont également allés à la rencontre de l'entourage du chanteur, et recueilli les souvenirs vifs – quelque fois à vif – des paroliers Boris Bergman et Jean Fauque, de ses deux épouses, de son fils... En Alsace, on retrouvera à travers sa famille d’adoption la trace de ses premiers souvenirs. Gaby, le sait-on ? y est un personnage réel.
"Les conditions de réalisation d’une série comme celle-ci sont exceptionnelle, se réjouit Gérard Suter. En réunissant les moyens de quatre radios dans le cadre de Radios Francophones publiques, nous pouvons réaliser un projet ambitieux, dans de très bonnes conditions. Et n'oublions pas d'écouter Bashung: il nous laisse des albums sublimes."
Présentation des épisodes
1 Histoires de familles
L’enfance, le déracinement, la découverte de la musique, l’ambiance en Alsace.
La découverte que Roger Bashung n’est pas le père d'Alain.
L’impardonnable mensonge de Geneviève, mère de Bashung.
Le retour à Paris, la rupture avec la famille, la mort de Geneviève
Avec la famille Bashung (4 cousins et amis d’enfance d’Alain Bashung), Marc Besse (biographe), Boris Bergman (parolier), Jean Fauque (parolier), Chantal Monterastelli (2ème épouse de Bashung), André Georget (musicien et ami de Bashung)
2   Baschung à la recherche de Bashung
Les premiers 45t, l’écurie Francis Dreyfuss, les premiers compagnons en musique.
La complicité avec Michel Bernard, la recherche d’une identité propre.
La rencontre et le travail de production artistique avec Dick Rivers,  « Roman Photo » le 1er album de Bashung avec Daniel Tardieu et Boris Bergman.
Avec : André Georget, Michel Bernard (parolier et directeur artistique), Christophe, Gilbert Montagné, Dick Rivers, Jacqueline Herrenschmidt (Barclay – EGG), Daniel Tardieu (parolier), Boris Bergman, Jean Fauque, Marc Besse
3 Roulette Russe, le phénomène Gaby
Bashung se dévoile  sur « Roulette Russe .
L’écriture des textes avec le duo Daniel Tardieu et Boris Bergman.
L’échec commercial des deux premiers albums et la dernière chance avec « Gaby ».
Les circonstances de la création de « Gaby »
Avec : Boris Bergman, Daniel Tardieu, Dominique Blanc-Franquard (ingénieur du son), François Bréant (musicien sur Gaby),  Jean-Bernard Hebey (animateur radio), Gérard Baquet, (Philips), Chantal Monterastelli, Marc Besse, Pierre Mikaïloff (biographe), Richard Koessler (cousin d’Alain Bashung)
4 Les vertiges de Gaby,  Play Blessure avec Serge Gainsbourg
Le 1er divorce Bashung/Bergman.
La rencontre du KGDD (groupe de Bashung).
Le succès destructeur de « Gaby »   et Vertige de l’amour.
L’aventure du film "Le cimetière des voitures" de Fernando Arrabal, prélude à l'enregistrement de l’album « Play Blessure » avec Gainsbourg comme parolier
Avec : Boris Bergman, Olivier Guindon (guitariste du KGDD), Mitch Olivier (ingénieur du son), Chantal Monterastelli, Jean Fauque, Gilles Verlant (écrivain), Gérard Baquet, Marc Besse, Pierre Mikaïloff.
5 Le laboratoire du Dr Bashung
« Figure imposée », « Passé le Rio Grande ». « Novice ».Le côté sombre de Bashung, les dérives, les excès.
La relation avec les auteurs et le 2ème divorce avec Boris Bergman.
L’arrivée de Jean Fauque pour quelques premiers textes.
Avec : Boris Bergman, Olivier Guindon, Pascal Jaquemin (parolier), Jean Fauque, Chantal Monterastelli,  Marc Besse, Pierre Mikaïloff
6 L’aventure américaine d’« Osez Josephine » et les collages de « Chatterton »
La découverte de l’Amérique, Nashville, les studios Ardent.
L’alchimie Fauque/Bashung. 
La seconde reconnaissance publique.
Les studios ICP à Bruxelles.
Avec : Jean Fauque, Pascal Nègre (Universal), Phil Delire (ingénieur du son), Françoise Hardy (Chanteuse), Stéphane Belmondo (musicien), Jean-Marc Lederman (musicien), Nicolas Fiszman (musicien), Marc Besse, Pierre Mikaïloff
7 Une Fantaisie Militaire
L’épanouissement des textes et des musiques.
Les méthodes et recettes de Bashung.
L’arrivée des techniques numériques, travailler la matière musicale comme on travaille les textes.
La reconnaissance publique et professionnelle
Avec : Chantal Monterastelli, Jean Fauque, Pascal Nègre, Olivier Caillard (Barclay), Anne Lamy (Barclay), Jean Lamoot (producteur/réalisateur, ingénieur du son), Edith Fambuena & Jean-Louis Pierrot (Les Valentins), Rodolphe Burger (chanteur et musicien), Richard Mortier (musicien), Joseph Racaille (arrangeur), Arthur Bashung (fils d’Alain et de Chantal Monterastelli), Jean-Marc Lederman (musicien), Marc Besse, Pierre Mikaïloff,

8 L’ultime imprudence de Monsieur Bashung…
Tout essayer, tout découvrir, le studio se transforme en gigantesque instrument.
Bashung à nouveau à contre courant, sans aucune concession.
La rencontre avec Chloé Mons, le Cantique des Cantiques, la ballade de Calamity Jane.
Le mystère de la suite de l’imprudence
Avec : Jean Fauque, Chloé Mons (Comédienne et chanteuse, 3ème épouse de Bashung), Christophe Calpini & Fred Hachadourian (Mobile in Motion), Pascal Nègre, Olivier Caillard, Anne Lamy, Rodolphe Burger,  Jean Lamoot,  Arthur Bashung, Marc Besse, Pierre Mikaïloff
9 Bleu Pétrole : les chansons des autres
Bleu Pétrole sans Jean Fauque.
Les collaborations avec la jeune garde de la chanson française.
Rencontre avec les mystères de Gérard Manset.
Avec : Gaétan Roussel (chanteur), Gérard Manset (chanteur), Joseph d’Anvers (chanteur), Armand Méliès (chanteur), Olivier Caillard, Arnaud le Guilcher, Chloé Mons, Jean Fauque, Rodolphe Burger, Mark Plati  (producteur/réalisateur), Yan Péchin (musicien), Richard Mortier, Marc Besse,
10 La dernière aube
La tournée « Bleu Pétrole ».
Les dernières « victoires de la musique ».
Derniers témoignages.
Comme un lego.
Avec : Chantal Monterastelli, Chloé Mons, Arthur Bashung, Pascal Nègre, Olivier Caillard, Arnaud Le Guilcher, Jean Fauque, Boris Bergman, Yan Péchin, Pierre Mikaïloff et Marc Besse.

http://www.radiosfrancophones.org/coproductions-evenementielles-detail.php?copro=87







«Je me sens plein d'une énergie bizarre»
13 décembre 1995

PORTRAIT Après un an de scène et de stress, il part, «chargé comme une centrale atomique», à la rencontre de son fils, de sa musique et de lui-même.
Par LAURENT RIGOULET
En 1995, Alain Bashung abordait la cinquantaine «dans un drôle d'état», après une tournée au long cours. «Libération» l'avait rencontré.

Et les vacances? Abstinence. «Au départ, je déteste ça. L'aventure, oui. Ne rien faire pendant longtemps, je n'y arrive pas. ça vient peut être de l'époque. D'une psychose générale. Si on entre dans la contemplation, c'est la panique. Je suis un peu victime de ça.» Alain Bashung, dans un salon parisien, à la veille du dernier concert d'une tournée qui s'est étirée sur plus d'un an. Teint de cire, visage reposé. Lunettes noires sur la table. Un coca, des cigarettes, peu d'idées sur la suite. Décompression? Il ne rentre pas directement chez lui, à la campagne. «Je me sens plein d'une énergie bizarre. Depuis le temps, je connais ça. Ma femme aussi. Un drôle d'état. L'impression d'avoir en moi chaque spectateur. Je suis chargé comme une centrale atomique». Il emménage dans un appartement de l'Est parisien. Un repaire pour travailleur, un sas, une garçonnière. «J'aime assez ce mot.»

Il peine à poser le décor. Il s'achète des meubles. Regrette ses choix aussitôt. «Je ne supporte pas d'aller dans les magasins. Trop fastidieux. J'ai essayé de m'installer très vite, je n'ai acheté que des conneries, des trucs en imitation bois. Une fois à la maison, j'étais catastrophé. Je vais en virer la moitié.» De quoi a-t-il besoin pour se sentir à son aise? «De pas grand chose. Je n'aime pas être encombré. Pareil en tournée. Ma tête fonctionne mieux quand il y a peu d'objets autour de moi. ça ne va pas jusqu'au vide total. ça me fait un peu peur, ça. Je n'irais pas jusque là. Pour l'instant...»
Comme ça, le compositeur de Vertiges de l'amour a presque l'air serein. Affirmatif: sur la cinquantaine, il remontera sur scène sans problème (il a 48 ans à présent). Les concerts entament quand même son équilibre. La veille au soir, sur les planches du Bataclan, pour un show parisien de plénitude, il se retrouvait les quatre fers en l'air plus souvent qu'à son tour. «A 50 ans, j'espère encore me rouler par terre. Je me sens bien ainsi. Ça n'inquiète personne. Au contraire. J'ai un peu de mal à m'extérioriser, alors quand je me laisse aller, mes proches disent: 'Tiens, il est heureux!'»
Les concerts comme «une mission»
Déjà, pour se libérer des tensions, l'adolescent alsacien avait fui l'ambiance des sports collectifs («J'étais loin d'être satisfait de mes comportements en équipe.») Pendant quelque temps, il est devenu cycliste. Les bosses, la piste. Ce qui fait vraiment mal. «L'expérience est la même. Intérioriser et bien baliser le terrain pour l'énergie qui va sortir. C'est un travail intéressant, découvrir ce qu'on a en soi et le diriger. Ça m'a servi. Malgré ce qu'on peut penser, quand j'ai pété les plombs, ça n'a jamais été n'importe quoi...»
Cette année, il n'est pas arrivé sans mal au bout du chemin. L'automne dernier, il a flippé et a dû annuler quelques concerts. Raison officielle: mal de dos. Lui, pudique, ne parle que d'une «grave bronchite» Tout était en jeu, le corps, la tête, les nerfs. Un proche: «Il est facilement très angoissé, il somatise.» Les obligations médiatiques l'ont déboussolé. Il a tout envoyé bouler. Repos, thalasso. «J'ai accepté trop de choses. Ca me perturbe énormément. J'ai vraiment besoin d'être concentré sur la musique. C'est comme le bateau, ce truc. En public, la sanction est immédiate. C'est pas tortueux comme un enregistrement, c'est mieux pour la tête.»
Après toutes ces années, il vit encore les concerts rock comme «une mission», «un moment de paix» dérobé aux «inquiétudes du monde entier» et qu'il ne faut pas déranger: «Avant de monter sur scène, j'ai besoin d'être seul, en silence, de me reconstituer, de voir si je peux faire confiance à ma mémoire, pour pouvoir toucher à la sensualité et laisser de côté la théorie des mots, ces textes un peu compliqués que je dois lâcher chaque soir. Je rassemble le puzzle. Pour me souvenir que je suis le meilleur, me faire mon cinoche, ça peut prendre une heure.»
«Conserver le rêve sain du rock»
Il n'a pas appelé sans raison le disque de ses concerts Confessions publiques. ça mord sur le reste. Il ne s'occupe de sa vie qu'«en pointillés». Il n'a vu sa femme et son fils qu'un jour en trois mois. Soucis. «Ma vie privée, c'est pas facile à préserver. C'est une inquiétude permanente. A 48 ans, je n'ai pas réussi à combler ça: faire le lien entre ma vie d'artiste, ma vie d'homme et quelque chose que je pourrais faire dans la société. Pour la musique, je sais qu'il y a des solutions, je peux mettre de l'ordre dans mes idées, mais les choses affectives, ça reste compliqué. J'en demande peut-être trop.»
Pendant qu'il était sur la route, son fils Arthur qui, à douze ans, le dépasse déjà d'une tête, peinait à trouver sa place à l'école. «Il y a des solutions à trouver et tu n'es pas là, c'est un peu terrible. La culpabilité s'ajoute au fait qu'il faut chanter le soir. Et puis l'environnement te fait sentir ça: pas étonnant, qu'il n'y arrive pas, les artistes c'est comme ça. C'est un cliché et c'est un peu vache...»
Maintenant, il est disponible mais prudent. Il a installé «une petite sono» à son fils qui fait de la musique avec les potes. «On va peut-être se rejoindre. On fera des choses ensemble quand le moment viendra. J'espère qu'on trouvera. Pas des discussions, plutôt une action. Pour l'instant, ça va mieux. Mais chaque fois que je suis rentré, il me rejetait envers et contre tout. Je dois laisser passer ces moments-là. Après, il y aura des choses à rattraper.»
Quelques idées pour aménager cette période flottante où il attend de retrouver l'envie d'écouter de la musique et de composer: parcourir la France des copains, aller manger des huîtres chaudes. «J'ai un petit itinéraire amico-gastronomique.» Ensuite, il s'en remet au hasard des rencontres pour trouver de nouvelles directions. Quand il est entré dans le rock, il pensait qu'on devenait vieux à 25 ans. Mais il se sent toujours une âme de gamin. «J'ai l'impression de conserver le rêve sain du rock. La prise de risque. Si on ne me coince pas, ça ira. Mais je suis trop vieux pour qu'on me coince...» En France, il a un modèle. Ferré et ses arrangements en liberté. «J'ai écouté un album où il jouait avec un groupe de rock (Zoo, ndlr). C'est de la merde, ce qu'il a fait plus tard avec les grands orchestres, c'était mille fois plus en avance. Il y a un malentendu sur la mode et la modernité...»
«Je me casse et je reviens»
«Faut se préserver/pour savoir durer?» Bashung a la nostalgie des débuts. De l'instant où il fallait foncer tête baissée et tout inventer. Les souvenirs de galère des années yé-yé lui donnent aussi le sentiment qu'il «reste toujours quelque chose à faire». «Je me sens mal quand je ne ressens pas d'attrait particulier. Je pourrais faire une pause, mais j'ai gardé en tête l'époque où je regardais les autres vivre en spectateur, où je n'arrivais pas à m'intégrer dans la vie active.»
Il a des envies en vrac. Qui aboutissent ou n'aboutissent pas. Faute de temps ou de partenaires. Ecrire, produire, faire l'acteur... Il ne se préserve que d'une chose, du manque d'entrain de ceux qu'il croise quand il revient sur terre. «J'évite de trop me frotter à des gens qui n'ont pas la chance d'être enthousiastes de manière innocente. Il m'est arrivé de couper ainsi une communication avec des gens que j'appréciais. Leur discours me dégoûtait de chanter. Je ne peux pas discuter avec des gens qui ne parlent que de robinets et jamais d'eau potable. Alors, je me casse et je reviens quand j'ai fait le plein».
Bashung en 5 dates
1947. Naissance à Paris.
1967. Premier 45 tours, Petit Garçon.
1980. Premier succès avec Gaby.
1994. Chatterton, onzième album.
1995. Tournée française et album en public Confessions publiques.

http://www.liberation.fr/portrait/0101161757-apres-un-an-de-scene-et-de-stress-il-part-charge-comme-une-centrale-atomique-a-la-rencontre-de-son-fils-de-sa-musique-et-de-lui-meme-alain-bashung-confession-avant-la-cinquantaine-je-me-sens-plein-d-u






Entretien
Alain Bashung: ''J'ai envie que ma voix porte''


Par Gilles Médioni (LEXPRESS.fr), publié le 18/03/2008

Pour la sortie de L'Imprudence, après six ans d'impatience ponctuées d'un live, Gilles Médioni avait rencontré Alain Bashung, pour un grand entretien de L'Express. Il fumait encore...
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Elégance, gravité, humour. Trois mots pour qualifier Alain Bashung. Mais il faudrait aussi ajouter: vertige métaphysique, électron libre du rock, audace singulière mêlée de doute. C'est une fin de matinée et le "rigolo ténébreux", selon les mots de sa copine Brigitte Fontaine, tout de sombre vêtu - veste à col Mao, jean, boots mexicaines - accompagne la sortie de son nouvel album country rock, Bleu Pétrole. Les lunettes noires sont posées sur la table, près d'un Coca décaféiné. Dans un cendrier, une Gauloise se consume. Bashung raconte comment Arno, sur le tournage de J'ai toujours rêvé d'être un gangster, le film de Samuel Benchetrit où ils jouent deux chanteurs sur la route, a pris soin de lui: "Arrête ces saloperies, mets-toi au thé vert." Il en rigole encore, allume une clope et se livre, en silences, entre les lignes.
"Les titres de vos albums sont des énigmes à élucider: Play Blessures, Passé le Rio Grande, Fantaisie militaire, La Tournée des grands espaces... Que révèle le dernier, Bleu Pétrole?
Il y a plusieurs explications, et l'une d'elles renvoie aux premiers puits de pétrole américains. J'ai toujours considéré que les grandes avancées technologiques étaient suivies de crises économiques. Comme si la machine sociale se grippait. Cette période du début de l'industrialisation me faisait penser à ce que nous vivons aujourd'hui: j'essaie souvent de dresser des comparaisons entre deux cycles.
Bleu Pétrole est donc une référence à l'or noir?
J'ai mis un bémol à ce bleu couleur du ciel, du rêve et de l'espoir, car ce qui procure du bien finit, tôt ou tard, par tuer. Le pétrole nous fait vivre: c'est le sang dans les veines de la société. Mais c'est aussi la cause de conflits entre les nations, de tueries et de pollutions. Dans mes disques précédents, je pointais surtout mes problèmes de communication, mon autisme latent. Là, je dépasse le stade de l'intime et des tourments. La plupart de mes nouvelles chansons sont vues de l'extérieur, ou vues vers l'extérieur. C'est mon constat du monde. J'imaginais ces chanteurs contestataires investissant les usines, durant les luttes sociales aux Etats-Unis. Lorsque les syndicats essayaient de se mettre en place et que des artistes comme Woody Guthrie [chanteur folk engagé, 1912-1967] chantaient, guitare au poing, au milieu des ouvriers, face aux milices. Ils risquaient leur vie, et c'était autre chose que de parler à la télé! Bleu Pétrole est une évocation de ces années-là. Je retiens la grandeur de ces combats. Sauf qu'aujourd'hui on ne sait plus comment les mener, ni avec quelles armes, ni contre qui. L'ennemi semble invisible, caché derrière des armées d'actionnaires.

L'icône de la chanson rock revient sur le devant de la scène avec un nouvel album, Bleu Pétrole.
"Des armées insolites et des hommes équivoques", dites-vous dans le morceau Tant de nuits.
Cette phrase peut relever du personnel - un homme se flagelle - ou être prise au sens social. Par rapport à mon avant-dernier disque, L'Imprudence, qui était presque une leçon de fatalisme, où parfois je psalmodiais les lignes, j'avais envie que ma voix porte. Alors j'ai demandé à Gaëtan Roussel [de Louise Attaque] de m'aider à fabriquer cet album, car il y avait, dans ses propres chansons, une humeur qui me correspondait. Seul, je me méfie de moi: ce n'est pas mon style d'être direct.
Résidents de la République en vidéo
 
En trois décennies, vous avez révolutionné l'écriture de la chanson. Gaby, oh Gaby, Vertige de l'amour ou Osez Joséphine sont des mélanges sidérants de flashs surréalistes et de langage parlé.
Je me suis souvent exprimé par ricochets, par détours, par métaphores, comme si des miroirs se reflétaient les uns dans les autres. Mais l'époque me semble suffisamment confuse pour ne pas rajouter de brume, surtout que j'en ai déjà beaucoup d'avance. Il me paraissait urgent d'être vite compris.
Quitte à simplifier les textes?
Je n'emploierais pas ce verbe. Il a été trop utilisé d'une manière terrible. J'ai parfois été compliqué justement pour lutter contre une simplification dangereuse des choses. Ce disque évoque, à plusieurs reprises, la situation de personnes à deux doigts de ne plus s'exprimer du tout, parce que leurs revendications ne sont pas prises en compte. Ceux qui nous font subir des conneries devraient se méfier des gens qui se taisent.
Alain Bashung
1947 Naissance à Paris d'Alain Baschung, avec un "c".

1966 Premier d'une série de singles sous le nom de David Bergen.

1973 Interprète Robespierre dans la comédie musicale La Révolution française.

1980Gaby, oh Gaby.

1992Osez Joséphine.

2005Fantaisie militaire (paru en 1998) est sacré meilleur album des 20 ans des Victoires de la musique.

2008 Bleu Pétrole (Barclay). A l'Olympia, les 10 et 11 juin. Et en tournée.
Si la chanson a une fonction, en assumez-vous la responsabilité?
Oui, mais elle est un peu diluée. La provocation n'est plus ce qu'elle était. Avant, elle amenait une réflexion, elle dérangeait, elle formulait de bonnes questions pour trouver des solutions. Aujourd'hui, le sens s'est déplacé. La provocation se résume à un bon coup de pub. J'ai plutôt dans l'idée de conforter ces travailleurs, prostrés dans un état d'hébétude, en leur disant un peu plus clairement que tout ça n'est pas normal, que l'on ne sait pas très bien ce qu'on peut faire mais que nous ne nous laisserons pas totalement emporter par le néant et le lavage de conscience. "Ne vous inquiétez pas, vous pouvez vous reposer sur nous": cela, je l'avais lu dans des livres de science-fiction et vu dans les films de John Carpenter. Je ne croyais pas le vivre un jour.
Une chanson serait-elle utile?
C'est la question. On a beaucoup attendu des ?uvres engagées, et puis... Godard parle, lui, d'échec quand il évoque ce qu'il a essayé de faire passer dans certains de ses films. Oui, ça crée des mouvements, mais ça ne résout pas tout. Dans L'Imprudence, je chantais: "Se taire, cela va sans dire", et je me suis franchement demandé si j'allais me taire ou bien continuer. Certains, pourtant, ne se laissent jamais démonter.
Des chanteurs?
Pas forcément. Des chanteurs, des écrivains, des gens à qui l'on tend le micro ou même des anonymes, dans un cadre privé. Ils ne renoncent pas, ils ne lâchent rien. Je fais la différence entre les râleurs du music-hall, qui amusent la galerie, et les autres, animés par une sincérité absolue.
Il y a quelques années, vous vous étonniez à voix haute de ne plus entendre le mot "pourquoi". Pourquoi?
Pendant longtemps, mes amis m'ont reproché mes interrogations: "On le sait, tout ça, laisse-nous avec tes idées noires, positive un peu!" Mais on n'a pas beaucoup avancé. C'est vrai que tout est de plus en plus complexe et ce n'est pas en ajoutant un tour de passe-passe qu'on va régler les choses. Il faut mettre le nez dans le capot. L'élection présidentielle a remué pas mal de Français. Tout le monde s'est fait avoir. On pisse sur Mai 68: je ne dis pas que c'est un truc réussi à 100%, mais quand même, on combattait la guerre, on mettait en avant l'écologie... Et cette erreur de vouloir calquer nos vies sur le modèle américain. D'imaginer qu'on puisse vivre avec les mêmes schémas. C'est déraisonnable. Des grands espaces, on n'en a pas au bord des routes, alors ayons-les au moins dans nos têtes.

© Ludovic Carême
A la question: "Quel chanteur aimeriez-vous être?", Miossec ou Jean-Michel Jarre ont répondu spontanément: Bashung!
Oh! la la! C'est un compliment très plaisant. Mais je n'ose pas trop commenter. Ils pensent sans doute que la place que j'occupe est plutôt enviable artistiquement.
Vous jouissez d'une liberté rare dans le show-business. Chacun de vos disques est une aventure.
Et chacun a été une lutte avec les décideurs, même lorsqu'ils étaient charmants. Ils essayaient de me surveiller, de me contrôler. Je devais me planquer. En bout de course, j'ai fait ce que j'ai voulu, mais en finissant toujours dans une lessiveuse.
Et vous, dans la peau de quel chanteur vous verriez-vous? Une idole de votre jeunesse? Gene Vincent? Bob Dylan?
Moi, je n'arrive pas à penser à ce genre de projections, car j'englobe la vie entière et certains ont dû surmonter des épreuves que j'aurais été incapable d'affronter. De loin, comme ça, artistiquement, il y en a plein. J'envie parfois la décontraction et la force d'Eddy Mitchell. Il a accompli des tas de choses, il a une voix superbe, il est fidèle à ses fantasmes, il tient le coup, il a toujours de l'allure. Je ne le connais pas personnellement, je l'ai peut-être croisé deux fois. La première, c'était au Palais des sports, dans les années 1980. Philippe Man?uvre [rédacteur en chef de Rock & Folk] avait organisé un concert pour prouver que le rock n'était pas mort, et je me suis retrouvé coincé sur scène entre Eddy et Johnny. J'étais impressionné. Je me trouvais tout petit.
Isabelle Huppert parle de sororité entre actrices. Existe-t-il une fraternité des chanteurs?
Oui, mais elle ne se traduit pas forcément par une parole immédiate. On est occupé à régler nos problèmes de disques, à faire des tournées dans toute la France. Ou bien, comme moi, on se retire de l'agitation pour tenter de se retrouver. Tout le monde fait pareil, il faut respecter ce repli sur soi. Alors, on s'envoie des signes à travers les chansons. Par exemple, je n'avais pas vu Christophe pendant des années et j'ai écrit avec Boris Bergman Alcaline [1989] en référence à Aline. C'était une façon de lui dire: "Je pense à toi, je t'aime bien."
Est-ce que vous vous reconnaissez dans les attitudes de vos confrères?
Je crois qu'on y va tous toujours à fond. A la fin d'une tournée, j'ai souvent la sensation d'avoir encore à l'intérieur de mon ventre les milliers de spectateurs qui sont venus à mes concerts. C'est une masse d'électricité difficile à évacuer. Ce n'est pas une bonne fatigue. Après la dernière date, il m'arrive de demander à mon agent: "T'as pas un film à me proposer pour me détendre?" Je dois passer par un sas de décompression pour m'oublier un peu. Impossible d'aller m'allonger directement sur une plage. Les premières années de succès, ce malaise peut aller jusqu'au divorce, quand on se retrouve de nouveau seul face à quelqu'un qui ne semble pas vous comprendre, alors que vous êtes épuisé et que vous ne supportez même plus qu'on vous touche. Par la suite, on sait l'effet que cela produit, on panique moins. ça fait déjà un tel choc d'être reconnu! Il ne faut pas mépriser cette chance formidable. Il faut en profiter pour être un peu heureux, pas pour se détruire à tout prix.
Le grand public chante tous vos tubes par c?ur, et pour- tant l'on vous connaît peu. Dans votre nouvelle chanson Résidents de la République, vous semblez esquisser un autoportrait: "Un jour je sourirai moins/ Jusqu'au jour où je ne sourirai plus/ Un jour je parlerai moins/ Jusqu'au jour où je ne parlerai plus."
C'est une private joke: je ne suis pas perçu comme quelqu'un qui passe son temps à parler, alors sourire! Il peut m'arriver de traverser des moments de mélancolie, mais je ne suis pas d'un bloc et j'ai prouvé, je crois, que j'avais de l'humour. Ce n'est pas négligeable.
Vous avez eu une enfance compliquée et une adolescence "floue". A vos débuts, vous chantiez de dos. Est-ce que le statut de chanteur vous a aidé à trouver votre place?
Bien sûr. C'était quelque chose qui me paraissait inimaginable. L'écart entre le rêve et la réalité est immense. On se dit: "C'est trop, je ne le mérite pas." On traverse des phases de culpabilité. Peut-être que certains jeunes artistes actuels ont une vision plus claire de la notoriété. Quand j'ai démarré, on passait directement de la cité à la télé, et puis, le soir, on rentrait chez soi. Des voisins vous félicitaient, d'autres vous insultaient. On devait quitter le quartier. Et, en même temps, comment se plaindre? On doit se retourner sur ses rêves: je me souviens de semaines pleines de vide, passées à la campagne. Il fallait aimer l'ennui. On souhaitait presque faire n'importe quoi, et pas forcément un truc bien, pour qu'il arrive quelque chose dans nos vies.
Dans Aucun express [1998], vous chantiez: "Aucun express ne m'emmènera/ Vers la félicité..." Cette phrase a-t-elle une signification particulière?
C'est une sublimation de l'amour, à ma façon. J'ai l'air, comme ça, de raconter des histoires douloureuses entre les hommes et les femmes, mais méfiez-vous. Les sentiments tendres et forts sont au bout du tunnel.
Vous n'avez jamais dit "Je t'aime" dans une chanson?
Si. Dans celle-ci, justement: "Aucun express [...] sinon toi."

http://www.lexpress.fr/culture/musique/chanson/alain-bashung-j-ai-envie-que-ma-voix-porte_472952.html







Bashung – Noir Désir : l’entretien

Alain Bashung - Tels Alain Bashung
Barclay - Universal
Avant de se séparer, Noir Désir avait repris un titre
de Bashung, Aucun express, pour un riche album-hommage.
Une dizaine d’années plus tôt, ils s’étaient réunis autour
d’un micro pour un dialogue passionnant et inédit
dont voici un large extrait.

C’était le 9 mai 2000. Au début du siècle. Bashung sortait Climax, compilation riche d’une série de duos avec Rachid Taha, Rodolphe Burger, M, Marc Ribot ou Noir Désir. Il lançait aussi son site personnel et, pour créer l’événement, avait invité Noir Désir au grand complet à un entretien croisé, en direct et en streaming. La retransmission, à l’image d’un web balbutiant, n’avait été vue que par une poignée de personnes. En voici une retranscription, ainsi qu’un entretien avec Denis Barthe autour de l’album hommage Tels Alain Bashung.
Entretien par Thierry Danet, adapté par Marc Besse
Bertrand Cantat – Se retrouver comme ça autour d’un titre, c’est un moment important. On s’était déjà croisés avec Alain, lors d’un concert mémorable à Blois et pour une tournée ensemble au Québec. 

Denis Barthe – Nous étions convenus que l’un ferait la première partie de l’autre un soir sur deux. Nous n’en demandions pas tant : ouvrir tous les soirs nous aurait largement suffi… Quand Bashung fait ta première partie, tu caresses juste un vieux rêve… 

Bertrand Cantat – Alain a donné des choses incroyables à tous les groupes de rock qui essayaient de sortir des sentiers battus au début des années 80. Pour nous, un disque comme Play blessures ou une chanson comme Imbécile ont montré une sorte de chemin à suivre. Le niveau est tellement haut… Tu mesures la somme de travail qui te reste à accomplir pour y arriver. Ça t’indique aussi le degré d’exigence à avoir avec toi-même. 

Alain Bashung – Ça y est, ils commencent, ils sont fous… Quand ce projet de faire une chanson ensemble s’est présenté, je n’ai rien imposé. Finalement, ce n’est pas un hasard que vous ayez opté pour Volontaire. C’est un souffle romantique dans la lignée de ce qui vous anime. Quand on chante ensemble, il faut que les sensibilités de chacun soient respectées, sinon on se trouve dans une association forcée où il faut à tout prix faire coller des pièces d’un puzzle qui ne sont pas compatibles. Nous avons tous grandi avec nos différences et se retrouver autour d’une chanson, c’est avant tout se compléter, bâtir. Au départ, notre seule ambition consistait à faire quelque chose de propre, de très énergique. Puis la magie s’est invitée. 

Denis Barthe – On pensait d’abord reprendre Aucun express. Mais après l’avoir écoutée, aucun d’entre nous ne voyait ce qu’on pouvait faire de plus.
Alain Bashung – C’est parfois très pénible de réécouter ses propres chansons. Elles sont toutes liées à certains souvenirs, parfois fabuleux mais aussi souvent pénibles… C’est la difficulté : trouver la bonne zone de frottement pour proposer une vraie idée de relecture qui corresponde de préférence à un moment heureux… Ce qui m’intéressait là, c’était aussi la notion de groupe. Noir Désir est plus qu’une somme de quatre musiciens, c’est une cohérence. J’ai dû me glisser dans leur son, trouver ma place à côté d’eux pour qu’un dialogue s’installe. J’ai ma méthode pour y arriver parce que j’ai survolé beaucoup de styles dans ma vie et que j’ai toujours eu besoin de les pervertir. Je sais à quel point détourner les genres peut permettre d’arriver à ce que l’on est soi-même. Sans perdre sa spontanéité, il faut même parfois aller jusqu’à la déformation pour se découvrir pleinement. Ici, la situation est un peu plus compliquée parce qu’il faut que je participe à la déformation de mes propres chansons. 

Denis Barthe – Nous sommes habitués au chant de Bertrand et la première fois qu’Alain a pris le chant, ça nous a déroutés… Nous devions remettre en cause ce que nous savions déjà faire. 

Bertrand Cantat – Un groupe est bourré de réflexes, d’habitudes qui le soudent mais qui finissent à la longue par le desservir. Nous avons tellement de codes entre nous ! Nous ne savons même plus comment ils se sont installés et nous sommes incapables de les déchiffrer pour les démonter. La confrontation avec un autre répertoire puis la confrontation physique avec l’artiste, surtout lorsqu’il y a deux personnes au chant, permet de déconstruire ces mécanismes et d’entrouvrir certaines portes. 
Alain Bashung – Quand j’ai fini un album, j’ai souvent l’impression que je ne sais plus rien faire. Je me sens vide, comme si j’avais tout dit. Il faut presque que je me mette dans un état de manque pour réenclencher les choses. Comme je suis toujours insatisfait, ça m’oblige à revenir en permanence à ce que je viens de faire. Du coup, je peux prendre beaucoup de temps pour trouver sur quoi travailler à nouveau. Si je veux vraiment m’en sortir, je dois trouver un moyen de partager mon excitation avec d’autres. Alors, je peux espérer faire prendre forme à un nouveau disque. 
Denis Barthe – Barbara disait qu’elle n’avait jamais écrit que cinq chansons dans sa vie et qu’elle avait eu la chance de les décliner avec plus ou moins de succès. Ce genre de propos peut te faire peur quand tu es un jeune groupe et que tu commences à composer. Ce n’est pas une perspective très engageante. 

Alain Bashung – Pour les premiers disques, notre adolescence nous pousse à écrire très vite, à traiter certains sujets avec fougue. Puis on passe à d’autres états. Chacun a sa méthode pour négocier le passage de l’urgence à celui d’une écriture moins nécessaire. Certains écrivent des tonnes de chansons qu’ils travaillent tous les jours, de telle heure à telle heure, et en tirent des pépites qui les étonnent eux-mêmes. Moi, je ne peux pas fonctionner sur une répétition obsessionnelle, la musique ne peut pas naître de la routine… Je m’exprime par cycles. Je suis incapable de me mettre dans un état de désir artificiel.
Bertrand Cantat – Avec les années, on emmagasine un savoir-faire qui peut nous aider à nous mettre dans un état d’urgence, dans un instant un peu instable, périlleux parfois, qui peut faire que les choses glissent du bon côté. Ça ouvre une petite fenêtre, un état de nécessité, de curiosité dans lequel on redécouvre une partie de soi-même. Les rencontres artistiques peuvent catalyser ce genre d’instants… Je voudrais que chaque chanson soit importante mais il ne faut pas que je me persuade trop de ça sinon je n’arriverais plus à en faire…
 
Serge Teyssot-Gay – L’arrivée d’une belle idée, la minute où une mélodie ou une grille d’accords naît en studio est un petit moment de suspension qu’on ne peut ni reproduire ni analyser sinon on risque de le perdre… Peu importe le jugement des autres, on doit être vrai avec nous-mêmes. 

Alain Bashung – J’ai parfois aimé des textes de mes paroliers parce qu’ils me ramenaient sous les latitudes d’autres artistes et que ça me faisait sourire. Par exemple, “y’é n’en pé plou” de Rebel était un petit clin d’oeil à Julio Iglesias. Bon, après ça dérive vers autre chose. Au début, sur Roulette russe, je chantais des trucs plus sociaux, des mecs qui perdent leur boulot, des suicides, des divorces… Mais à partir de Novice, les choses ont changé. J’ai fait un choix presque délibéré de ne plus vouloir comprendre mes textes ou, en tout cas, pas tout ce qu’ils pouvaient contenir. J’essaie de combattre le côté cartésien de la langue française, de contourner les mots… En revanche, le son et la façon de dire les mots peuvent aussi donner l’idée de ce qu’un texte signifie… Je vais jusqu’à envisager que l’auditeur comprenne autre chose et refasse sa propre chanson. Bien sûr, je surveille tout jusqu’à la moindre virgule mais je veux que quelque chose m’échappe. Si je ressens qu’il y a un sens caché derrière un texte, j’ai l’impression d’avoir réussi quelque chose : une chanson qu’on peut comprendre par l’imagination, par une perception poétique. Je préfère ressentir que comprendre.
Bertrand Cantat – Les espaces de liberté que laisse Alain dans ses chansons sont des petits privilèges pour l’auditeur et on ne peut pas prétendre les débusquer à la première écoute. Par exemple, je ne me suis aperçu que récemment, donc vingt ans plus tard, qu’il y avait des sens cachés dans Lavabo. Quand Alain chante “Et tu voudrais que ça débouche sur quoi ?”, j’ai réalisé que ça faisait directement appel à la simple notion de “déboucher un lavabo”… D’autres l’ont certainement vu tout de suite, pas moi. Le jeu de mots, l’excitation cérébrale multiple et renouvelée, c’est le secret des chansons qu’on redécouvre sans cesse. 

Alain Bashung – Mais je suis d’une grande logique parfois, faut pas chercher trop compliqué (rires)… Je promène les mots et les gens les rattrapent. J’ai l’impression de créer des petits coins de détente, des jeux de l’esprit, sans enjeu…
Denis Barthe – La différence entre Alain et nous se trouve au niveau musical. Lui pense la chanson en globalité, la musique dialogue avec le texte, vient le souligner, l’illustrer, le compléter. Chez Noir Désir, ce jeu de miroirs est plus rare, souvent l’énergie écrase l’illustration. 

Bertrand Cantat – Chez Alain, il y a aussi le son… Et là, on rejoint la poésie. Parce que le son, les espaces, le rythme et la diction donnent une autre dimension au texte. Cette question de souffle, de poésie chantée en français sur de l’électricité a été, au-delà du choix des mots, le casse-tête du rock en France. On a été souvent sur le fil, on a souvent donné dans la caricature.
Alain Bashung – Aujourd’hui, Brel et les Doors peuvent se rejoindre. Ce n’était pas le cas dans tout ce qui était rock jusque dans les années 70. On essayait de faire sonner les mots, de fabriquer des trucs chantables, parfois en gueulant un petit peu. C’était tout une aventure pour ne plus avoir peur de dire des choses en y associant une guitare électrique. On cherchait à ne pas être trop en dessous, sans faire trop intelligent… Puis on s’est aperçu qu’on pouvait y aller. On a pris confiance en nous, on a accompli du chemin : on sait faire du sensible, de l’impertinent, un peu bizarre… Ça fait du bien !
Bertrand Cantat – Mais on reste sur le fil du rasoir quand on chante en français. Pourtant, on doit toujours garder à l’esprit que c’est aussi le fil conducteur, celui qu’il faut suivre en connaissant les risques du cliché. C’est Alain qui a commencé à changer les choses. Le paradoxe, c’est que pour ouvrir des champs de liberté dans la perception des textes, il faut procéder à une sélection draconienne des mots qu’on utilise. Là on peut parler d’écriture. 

Alain Bashung – C’est un travail sans fin… Il m’est arrivé de passer quinze jours sur une phrase… de six ou sept mots… Quinze jours !… C’est pas raisonnable (rires)… 

Bertrand Cantat – Quand tu es sur scène, le public attend que tu lui donnes un bout de toi-même, un bout de ta vie. Si tu ne donnes pas ça, tu commences à te couper de lui. Alors les tournées et chaque sortie publique deviennent des épreuves épuisantes. Tu es dans une situation où la souffrance se mélange au plaisir de donner. On s’est retrouvés presque à chaque coup dans des tourbillons incroyables, des moments de tension… Puis à un moment, on ne maîtrise plus grand-chose. 

Alain Bashung – C’est intéressant aussi de perdre le contrôle. La scène est un endroit où tu peux te permettre d’être radical. Tu peux faire du terrorisme, léger, sur scène. Et si les gens n’aiment pas à l’unanimité, tu peux toujours arrêter. Mais ça défoule, c’est comme faire la guerre à blanc. Après, tu peux recommencer sereinement à avoir de la délicatesse, du doigté… 

Denis Barthe – La scène, c’est le meilleur moment de la vie d’un groupe. Entre le public et nous, c’est une relation très charnelle, directe, qui pousse vers l’exigence et peut donner lieu à des événements étranges. Par exemple, l’attente des spectateurs est tellement forte qu’on peut décider de ne pas jouer des titres par peur de l’erreur. 

Alain Bashung – Gaby, je ne sais plus comment la chanter. J’en ai fait le tour tellement de fois, testé tant d’inflexions que j’ai décidé de la mettre sur la touche, quitte à décevoir un certain public. Aujourd’hui, il faudrait que quelqu’un la redécouvre et l’emmène ailleurs. Tu peux avoir été récompensé par tout un tas de prix, de Victoires, etc., il n’y a que sur scène que tu découvres la chose la plus importante de la vie : l’émotion. C’est la seule chose qui n’a pas encore été encerclée, expliquée, rationnalisée. Les soirs où je l’ai ressentie, j’aurais pu jouer de la harpe sur scène.
    •    Noir Désir : dernière prise 
Souvenirs avec leur batteur Denis Barthe de l’enregistrement d’Aucun express sur l’album Tels Alain Bashung.
    •    “Le jour où Bashung est mort, nous étions en studio, au Manoir, à Léon (dans les Landes – ndlr). Nous répétions en acoustique, en essayant de nouvelles choses. Lorsqu’il a fallu se décider sur notre présence ou non à l’enterrement, Bertrand savait qu’il allait faire là sa première apparition en public depuis longtemps. Il a mis quelques heures pour se décider mais dire un dernier au revoir à Bashung était plus important. Le lien très fort avec l’artiste et avec l’homme a dépassé tout le reste.
    •    Quand on nous a proposé de participer à cet album-hommage, ça a été pareil : nous répétions déjà depuis de longs mois, de façon très soutenue, nous étions apaisés, dans une phase créative, mais peut-être pas encore prêts à enregistrer quoi que ce soit. Pourtant, nous avons accepté presque tout de suite. Nous avons même été les premiers à rendre notre copie. Bashung a cet effet sur nous : nous obliger à sortir de nos habitudes, de nos travers.
    •    C’était l’opportunité rêvée de passer à l’acte, d’oser à nouveau figer une chanson sur bande. Cela faisait dix ans que nous n’avions pas connu cet instant en tant que Noir Désir. Aucun express est une vieille obsession. A l’époque de Climax, quand nous avons revisité Volontaire avec Bashung et Bertrand au chant, à deux voix, Aucun express était déjà en balance avec aussi Imbécile. Il était resté à quai. C’était l’occasion ou jamais de le “noir-désiriser”. Le contexte dans lequel nous avons enregistré a aussi contribué à nous libérer un peu plus. La Frête n’est pas un studio comme les autres : c’est une immense maison entièrement dédiée à la musique où le propriétaire, Olivier Bloch-Lainé, a amoncelé une collection d’objets mythiques (comme la console de son du tout premier studio Barclay, la sono de Brel…). C’est un peu une maison d’hôtes à thème musical, où tu dors, tu manges, tu vis…
    •    Nous avons fait les prises de son dans la salle à manger, avec deux ou trois paravents comme seule isolation sonore. Nous avons tout capturé live, dans l’humeur et l’orchestration acoustique du moment. Sergio (Teyssot-Gay, guitare – ndlr) a très vite trouvé ses interventions. Le minimalisme du morceau donne pas mal de liberté pour s’y immiscer et le malaxer de l’intérieur. Le plus gros travail a été sans doute pour Bertrand. Il a fallu qu’il prenne ses marques au chant : la métrique de Bashung est unique et l’on n’en trouve pas le rythme instantanément. Je ne veux pas parler à sa place mais il a dû aussi mettre un peu de temps pour porter le texte. Dès le premier jour, nous savions que nous étions sur la bonne voie. Nous n’avions jamais travaillé aussi vite. Deux prises plus tard, la chanson était gravée.”
Propos recueilli par Marc Besse.

http://www.lesinrocks.com/musique/critique-album/bashung-noir-desir-lentretien/4/






MERCREDI 08 FÉVRIER 2012

La veuve d'Alain Bashung raconte dans un livre les dernières heures du chanteur
Chloé Mons, la veuve d'Alain Bashung publiera le 2 mars prochain "Let Go". Un récit court. Choc. Elle y raconte les dernières heures du chanteur et la vie sans lui.

extraits

C'est un récit poignant. Dérangeant diront certains. Parce qu'il est parfois cru mais indéniablement fort. Chloé Mons, la dernière épouse d'Alain Bashung sortira le 1er mars "Let Go" (aux Editions Fetjaine) quasiment trois ans jour pour jour après le décès du chanteur d' "Osez Joséphine". Un texte court et choc. La comédienne et chanteuse qui a partagé douze ans de sa vie avec l'artiste revient sur les derniers moments du chanteur.

 Soixante-deux pages pour raconter le "grand départ" d'Alain Bashung. Le grand public gardera en tête les Victoires de la musique 2009, le 28 février, comme l'ultime apparition du chanteur. Chloé Mons qui a été la dernière épouse du chanteur n'en parle pas. Son texte - sans pudeur mais sincère – débute par un aparté intitulé "L’Aventure de madame Muir", titre d'un film américain de 1947.

« Au début de notre rencontre, j’ai fait découvrir un de mes films fétiches à Alain : L’Aventure de madame Muir, de Joseph Mankiewicz. Durant toutes ces années de vie ensemble, Alain ne cessera de regarder ce film et de le regarder encore, des nuits entières. Il m’en parlait. C’était notre référence à nous, notre classique. L’amour au-delà de la vie. L’amour éternel. À la fin, il le regarde de plus en plus. Parfois trois fois dans la nuit. », écrit en préambule Chloé Mons avant d'ouvrir le premier chapitre sobrement intitulé "Semaine du 10 au 14 mars".

Mardi 10 mars

Alain a commencé à perdre la tête aujourd’hui. J’étais à Vélizy, en train de monter l’exposition de Myriam et il m’a appelée. Il m’a dit qu’il devait partir de l’hôpital cet après-midi et qu’il fallait organiser la mise en place de l’oxygène à la maison, qu’il fallait que je vienne vite. J’ai donc laissé tout en plan et je suis partie. En arrivant à l’hôpital j’ai croisé un médecin à qui j’ai demandé des détails. Il était étonné et m’a dit qu’il était hors de question qu’Alain sorte. Pas avant lundi.

Je suis donc allée dans la chambre et je l’ai trouvé agité et délirant. Je lui ai expliqué qu’il n’avait pas à sortir ce jour. Il était rassuré que je sois là. Il m’a dit : « C’était la Saint-Barthélemy cette nuit, t’as vu ? » J’ai dit : « Quoi ? » Lui : « Oui, ils interdisent aux jeunes d’acheter des cigarettes et de l’alcool. Oh toi, tu sais déjà que la France… T’es déjà plus ici et depuis longtemps. T’es loin. Tu me manques parfois, mais… ça va, ça va. » J’ai ri. Je lui ai demandé : « Où tu aimerais être, là ? Maintenant ? » Et lui : « À la campagne, dans une maison avec une grande baie, une très grande baie, et faire de la musique et être heureux les jours après les autres, le plus longtemps possible. » Et puis il m’a dit : « Le liturgique, bébé, il y a que ça de vrai ! Ça se finira comme ça ! » et il s’est mis à chanter "Oh my lord" en faisant comme s’il jouait du piano.

Je suis allée voir le docteur et lui ai dit qu’Alain avait des bouffées délirantes. Il m’a répondu qu’en effet il fallait programmer une IRM, vite. Je suis retournée près de lui, et lui ai demandé ce qu’il ressentait à l’intérieur. Il m’a montré sa poitrine et m’a dit « Là, c’est poubelle. Le reste ça va. Ils t’ont dit que c’était foutu ? » J’ai répondu : « Non. Ils veulent faire une IRM et voir. Et puis tu es un phénix, tu es capable de renaître comme tu l’as fait plusieurs fois. » Il m’a répondu : « Oh, il y a phénix et phénix. »


Pendant une dizaine de pages, Chloé Mons se remémore chaque instant de cette semaine interminable et douloureuse. Une semaine qu'elle ressent dès le début comme singulière. Elle se rappelle de la venue d'Arthur, le fils d'Alain, qu'il n'a pas vu depuis trois ans. L'IRM qui ne détectera rien de grave. Les docteurs et Psy qui défilent dans la chambre. Chloé Mons insiste aussi sur l'amour que portera Alain Bashung pour la musique, jusqu'à la fin.

Vendredi 13 mars

Je suis arrivée vers 14 heures. J’étais gaie en apparence, toutes mes forces rassemblées pour lui donner le meilleur. Il était très faible et moins conscient. Toujours cette respiration trop rare et occupant toute son attention, toute sa vie. J’avais des disques. J’ai mis Roy Orbison "You Got It". Il a fermé les yeux de plaisir, et on se serrait la main. Après le premier titre, il m’a dit « la plus belle chanson du monde », et on dansait un peu sur son lit. Ensuite je me suis allongée sur lui, la tête dans son cou, et ensuite la tête sur son cœur. Pendant environ une heure et demie, on est restés comme ça, tout en écoutant Richard Hawley et Jerry Lee Lewis. En entendant le piano de Jerry, il a bougé une jambe pour danser et il a fait le geste de jouer du piano. Sourires, rires, souvenirs.

[…]

En écoutant Richard Hawley, il a ajouté : « Ça nous fera des souvenirs. » Là, je me suis réjouie de le voir être si conscient au point d’évoquer une situation grave au travers d’une boutade, ce qui était vraiment une de ses spécialités. Et aussi de voir sa conscience si éveillée. Il savait exactement ce qui se passait. Je lui ai dit : « Coquin ! »… Il a souri. On se comprenait si bien.

Je lui ai dit que je devais partir pour jouer à Vélizy pour le vernissage de Myriam, et que j’allais chanter pour lui. Il m’a regardée fixement et je lui ai dit : « Tu ne bouges pas tant que je ne suis pas là, compris ? Tu m’attends, OK ? » Il a dit oui, ses yeux dans les miens.


Vient le jour du samedi 14 mars résumé en trois pages seulement qui débutent ainsi.

Samedi 14 mars

Je l’ai appelé vers 8 heures, et il dormait toujours. J’ai eu peur d’un coma. Vers 9 heures j’ai rappelé et l’infirmière a décroché. Elle m’a rassurée. Il faisait sa toilette. Vers 10 heures, je lui ai parlé. Il était agité. Il m’a dit qu’il était « enfermé ». Je l’ai rassuré, calmé et il m’écoutait doucement, avec des sursauts de panique. Je lui ai dit que j’allais venir, de m’attendre. De ne pas bouger tant que je n’étais pas là. Il m’a dit : « D’accord, lapin. T’inquiète pas. Oui, lapin. » Il m’a attendue.

15 heures 51

Alain vient de mourir. Il y a un quart d’heure. Il m’a attendue. J’étais avec Poppée et ma mère. En arrivant dans le couloir, j’ai vu des gens courir vers la chambre. Je leur ai dit : « Si c’est critique, je veux être là. S’il vous plaît, je veux être là. » Je suis restée derrière la porte, en alerte des pieds à la tête et je l’ai vu allongé avec quatre personnes autour et j’ai compris que ça n’allait pas. La porte s’est ouverte et on m’a dit : « Entrez, madame, il va partir. » Je lui ai pris la main et je l’ai inondé de mes je t’aime, et j’ai pleuré sur lui, mon visage tout contre le sien. Et doucement Alain s’est éteint, la vie s’en est allée. Je bénis le ciel pour avoir été là pour son passage.


Dans le second chapitre "Semaine du 14 au 20 mars", Chloé Mons raconte l'enterrement, la difficulté de vivre ce départ comme si elle ne comprenait pas ce qui se passait : « Dans la soirée, des avalanches de SMS et de sonneries de tous les téléphones de la maison m’apprennent que l’annonce officielle a été faite. J’observe la chambre encore imprégnée de lui, avec ses affaires laissées comme s’il allait tout retrouver. Je me couche épuisée dans un lit où il ne viendra plus. », écrit-elle.

Elle explique son choix de cérémonie et du lieu où reposera Alain Bashung :

Saint-Germain-des-Prés parce que c’est un bel endroit, et le Flore où nous allions avec bonheur manger des mille-feuilles est tout près. Inhumation et pas crémation. Alain a tant manqué d’ancrages. Il est grand temps qu’il s’enracine pour toujours. Et puis la terre est le souvenir, contrairement à la cendre qui est la dispersion. Important aussi que les gens qui l’ont tant aimé puissent venir lui rendre hommage. […] Beaucoup de monde dérape autour de moi au sujet de la cérémonie. Il y en a qui veulent lire quelque chose, ou chanter, ou jouer… Bref, tout le monde veut sa place et revendique un morceau de lumière. Je ferme les écoutilles comme Alain m’a appris à le faire, et comme il le faisait sur notre monde afin qu’on soit en paix. Je me concentre sur cette chose très belle et rare et sacrée qui est d’accompagner son homme en terre. Il faut que ce soit à son image : sobre, grand et juste .


 La veuve d'Alain Bashung résume ensuite l'enterrement, son départ à Marrakech avec sa fille Poppée pour s'éloigner de Paris et sa rencontre avec le chanteur sur le tournage du clip de "La nuit je mens". Un texte intense en forme de lettre ouverte. Une manière pour Chloé Mons de tourner la page. Un "Let Go" qui mettra peut-être mal à l'aise certains fans.

http://www.chartsinfrance.net/Alain-Bashung/news-78062.html




27/07/2013
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