Alain YVER

Alain YVER

ALBERT BARNES

ALBERT BARNES




//www.barnesfoundation.org/

//www.lexpress.fr/informations/l-extravagant-dr-barnes_595731.html

//fr.wikipedia.org/wiki/Fondation_Barnes




Albert Barnes

Albert Barnes (Albert Coombs Barnes), né le 2 janvier 1872 à Philadelphie et mort le 24 juillet 1951 à Phoenixville (Pennsylvanie) dans un accident de voiture, est un médecin, chimiste, inventeur et riche collectionneur d'art américain. Considérablement enrichi par la mise au point d'un antiseptique, l'Argyrol, il a consacré sa fortune à l'édification d'une immense collection d'art, principalement constituée d'œuvres de peintres français ou installés en France, depuis les impressionnistes jusqu'aux artistes de l'entre-deux-guerres, collection qu'il a léguée à la fondation qu'il avait créée et qui porte son nom (Fondation Barnes).






L'extravagant Dr Barnes

Passablement paranoïaque, authentiquement excentrique, Albert Barnes a construit, dans le désordre, l'une des plus belles collections du monde. La voici à Orsay, libérée de son mausolée américain.

Qu'est-ce qu'une collection? Une dangereuse histoire d'amour. Née d'un coup de foudre impérieux, suivi d'une quête incessante, d'un
désir obsessionnel, irrépressible de posséder, d'accumuler. Bonheurs tremblants de la découverte, frissons, angoisses, haines des rivaux. Une vraie folie. Brûlante comme la jouissance.
Comment Albert Barnes, milliardaire américain né à Philadelphie, en 1872, d'un père garçon boucher,
a-t-il été envoûté par l'art moderne? Comme toutes les passions, ça ne s'explique pas. La sienne fut dévorante. La fondation qui porte son nom ne renferme pas moins de 2 500 oeuvres, en particulier 150 Renoir, 69 Cézanne, dont les «Grandes Baigneuses» et une version des «Joueurs de cartes», 60 Matisse, quelques dizaines de Picasso, sans oublier Monet, Toulouse-Lautrec, Van Gogh et le plus beau Seurat du monde, «Poseuses». Installés dans un luxueux bâtiment néo-Renaissance française qu'il fit construire en 1924 à Merion, près de Philadelphie, quelques-uns de ces trésors presque inaccessibles (le bâtiment n'est ouvert au public, et sur invitation, que deux jours et demi par semaine) sont - miracle - exposés à Paris jusqu'au 2 janvier 1994.
Un peu d'histoire, d'abord. Le petit Barnes, malgré ses origines modestes, est un enfant brillant. Il réussit très vite ses études de médecine et choisit aussitôt la recherche pharmaceutique. En Allemagne, où les labos sont en pointe, il rencontre un célèbre chimiste et l'invite à le rejoindre aux Etats-Unis. Les deux hommes feront fortune. Ensemble, ils vont mettre au point, en 1902, un antiseptique oculaire à bon marché, l'Argyrol. Le citizen Barnes n'est pas loin: il épouse une jeune femme de la bourgeoisie new-yorkaise et, tandis que l'Argyrol le couvre d'or, il se brouille avec son compère et réussit à lui racheter la société pour 350 000 dollars. Une paille!
Exit Hermann Hille. Barnes, milliardaire, prend le temps de vivre. Il s'intéresse à la philosophie, à la psychanalyse. Grâce à un ami d'enfance devenu peintre, William Glackens, il découvre les musées, les galeries, visite les ateliers d'artiste. Au début de 1912, il envoie Glackens lui acheter des tableaux modernes à Paris. L'ami ne se trompe pas. Il revient les mains pleines: une «Montagne Sainte-Victoire», de Cézanne, un «Joseph-Etienne Roulin», de Van Gogh, un Renoir, un Picasso, un Maurice Denis, un Pissarro. La collection démarre. Elle ne s'arrêtera plus. Barnes, cette année-là, vient lui-même deux fois à Paris. Et achète Cézanne, Renoir, Daumier, Picasso, Matisse.
Ambroise Vollard, Kahnweiler, Leo et Gertrude Stein découvrent ce self-made-man intelligent, énergique, insatiable qui bouscule le marché parisien. Les voyages se succèdent, à peine interrompus par la guerre. Barnes a compris comment l'argent va lui donner le pouvoir. «A collector is a king», dit-il. Dès qu'il arrive en Europe, les artistes frémissent, les marchands se précipitent, les musées s'agitent. Les ventes publiques s'organisent: Zorro est là. «Il a tout visité, écrit en 1923, le jeune marchand Paul Guillaume, tout vu, (...) il a acheté, refusé d'acheter, admiré, critiqué, il a plu, déplu, fait des amis, des ennemis. Le tintement aurifère des dollars précédant ses pas, les convoitises devant lui naissaient comme des apparitions, le suivaient, le lutinaient, le pourchassaient comme des feux follets...»
A Paris, il est roi. A Philadelphie, on est moins enthousiaste. D'abord, on le trouve vulgaire, ce fils de boucher, indigne de la «Main Line». Et puis, il est givré. Lorsqu'il expose une partie de sa collection, en 1923, à la Pennsylvania Academy of Fine Arts (75 peintures, dont l'admirable «Bonheur de vivre» de Matisse), il se heurte à l'hostilité violente de la critique locale, qui descend les tableaux, les peintres et Barnes lui-même. L'establishment le rejette? Barnes lui tourne le dos. Et se venge. Il construit sa fondation, installe ses joyaux et n'en autorise l'accès qu'aux Noirs, aux ouvriers, aux pauvres en général. En même temps qu'il provoque systématiquement les bourgeois philadelphiens - les facteurs refusent de distribuer ses lettres obscènes, signées Phallus Leucorrhea - il prétend enseigner l'art aux déshérités. Plein de bonnes intentions comme les vrais dictateurs, il est animé d'un grand souci pédagogique. «Ce n'est pas en se promenant sans but dans les galeries qu'on peut apprécier les oeuvres d'art, pas plus qu'on n'apprend la chirurgie en visitant les hôpitaux...»
En 1929, quelques mois avant la crise, il vend sa société pour se vouer à la fondation. Il invite Matisse à venir sur place peindre «La Danse». Et il achète. Encore et toujours. Des tableaux (Seurat, Renoir et Cézanne, bien sûr), mais aussi beaucoup d'art nègre et indien. Il remplit les salles de masques africains, de poteries aztèques, de tapisseries, de ferronnerie, de meubles anciens. Et mélange savamment tout ça pour démontrer les correspondances qui existent dans toute expression artistique. Des plaques de serrure en bronze doré entourent les «Poseuses», accrochées juste au-dessus des «Joueurs de cartes»! Il se veut gourou d'une initiation quasi mystique. Il publie livre sur livre, tandis que la fondation enseigne sa vision artistique. En même temps, sa paranoïa augmente. Il refuse de recevoir le «milieu». Au collectionneur Walter Chrysler, qui sollicite une invitation, il répond qu' «on ne peut pas déranger le Dr Barnes parce qu'il est en train de battre le record du monde de dégustation de poisson rouge». Rien ne lui fait plus plaisir que d'envoyer paître T. S. Eliot, ou des spécialistes comme Meyer Shapiro, Kenneth Clarke. De laisser à la porte un grand marchand, mais de faire entrer son chien, de balancer un seau d'eau sur la tête d'un critique qui ne lui plaît pas, de donner rendez-vous à 3 heures du matin à un historien d'art à condition que la nuit soit sans lune, de répondre aux membres d'une célèbre académie locale qu'il ne veut pas les recevoir car ils sont souvent soûls... La plupart des conservateurs de musée sont obligés de se présenter en chauffeurs, en employés de ménage, en portiers d'hôtel. Du moment qu'ils ont l'air «working class», incultes et fauchés, les portes s'ouvrent. Lui, de son côté, se déguise en gardien pour écouter les commentaires de ses rares visiteurs et, éventuellement, les foutre dehors, s'ils ne lui conviennent pas.
Lorsqu'il meurt, à 79 ans, en 1951, dans un accident de voiture (il brûle un feu rouge!), il a bizarrement légué sa fondation à une petite université noire de la région, la Lincoln University, avec des instructions draconiennes: aucune visite hormis les élèves, aucune modification de l'accrochage sacro-saint, aucune reproduction en couleurs des tableaux, aucune vente, aucun prêt, aucune exposition d'une seule oeuvre! Le bon docteur continue de régler ses comptes.
Serait-il heureux de voir, malgré ses volontés, les milliers de visiteurs qui se pressent au Musée d'Orsay aujourd'hui? Ou préférerait-il les manifestations de ses fidèles, protestant contre la trahison des dirigeants de la fondation, qui comptent employer l'argent gagné par la tournée Barnes à rénover leurs installations vétustes? «Ils ont sorti les tableaux de Merion, disent les disciples, pour les soumettre aux normes hygiénistes des musées, contre lesquelles Barnes a lutté toute sa vie.»
Mégalo, hystérique, le Dr Barnes? Exceptionnel, en tout cas. Malgré de nombreuses erreurs - trop de mauvais Renoir, de livres médiocres, de philosophie fumeuse, de jugements péremptoires («Raphaël, Delacroix, Turner sont des artistes de deuxième et troisième catégorie... Watteau est superficiel, Manet cherche à épater, Titien est académique et banal... Le cubisme est un fiasco, Picasso était un grand artiste, jusqu'à ce qu'il se moque du public avec ses cubes...») - malgré son comportement caractériel, cet excentrique magnifique et baroque a fait preuve d'un goût exceptionnel, d'intuitions prophétiques, d'analyses perspicaces. Son plus gros défaut, peut-être, est de n'avoir pas été français.








La Fondation Barnes (en anglais, The Barnes Foundation) est un musée et une école d'art situé à Lower Merion (en), dans la banlieue de Philadelphie aux États-Unis.

Histoire de la collection

Albert C. Barnes, un richissime pharmacien (1872-1951), était grand amateur de peinture européenne, française en particulier[2]. Fin connaisseur des ateliers parisiens, il a rassemblé une exceptionnelle collection de toiles impressionnistes et post-impressionnistes :

    * 181 Pierre-Auguste Renoir,
    * 69 Paul Cézanne,
    * 59 Henri Matisse,
    * 46 Pablo Picasso,
    * 21 Chaim Soutine,
    * 18 Henri Rousseau,
    * 16 Amedeo Modigliani,
    * 11 Edgar Degas,
    * 7 Vincent Van Gogh,
    * 6 Georges Seurat,

et de nombreuses œuvres d'auteurs classiques ou modernes, notamment des toiles de Giorgio de Chirico, Peter Paul Rubens, Titien, Paul Gauguin, El Greco, Francisco Goya, Edouard Manet, Jean Hugo, Claude Monet, Maurice Utrillo, William Glackens, Charles Demuth, Maurice Prendergast.

La collection abrite aussi une grande variété d'objets africains, de l'ancienne Égypte et de l'art grec et romain, et des œuvres décoratives d'origine européenne et d'Amérique du Nord destinées à meubler sa villa (de vingt-trois pièces), située dans la banlieue de Merion.

Le but était de permettre à tous ses amis d'approcher les œuvres tout en conservant à l'ensemble son identité de villa, c'est-à-dire en adjoignant à la collection de tableaux des meubles et des objets du quotidien.

Dans son testament, il a décrit dans le détail les conditions d'exposition et de visite de sa collection et le but avant tout éducatif de cette dernière. Les ouvertures au public sont ainsi limitées à deux jours par semaine (hors périodes estivales) afin que les étudiants puissent la visiter. Les dispositions testamentaires excluent le prêt, les expositions en dehors de la villa et l'accueil des touristes.

Les conditions se sont un peu élargies depuis 1961[3], date à laquelle une plus grande ouverture au public fut consentie, toujours dans la limite des deux jours par semaine et avec une réservation préalable. Cette contravention aux dispositions testamentaires fut contestée par l'éditeur du Philadelphia Inquirer mais il n'obtint pas gain de cause[4].

Les projets et polémiques

En 1992 Richard Glanton, président de la Fondation élargit les règles de visite arguant des dépenses à venir pour l'entretien et les réparations de la villa. De 1993 à 1995, 83 tableaux impressionnistes ont été prêtées pour des expositions temporaires destinés à lever des fonds pour ces travaux. L'exposition rencontra un très grand succès à Washington, Fort Worth, Paris, Tokyo et Toronto. Les recours posés à l'époque contre ces expositions ont été rejetés.

Malgré l'importance des fonds levés à l'occasion de cette tournée, on s'aperçut en 1999 que la fondation était proche de la faillite à l'occasion d'un audit mené par Deloitte Touche qui mit en lumière de nombreuses irrégularités découvertes dans la gestion de la collection[5].

Depuis, les conditions d'exploitation et la localisation de la fondation ont évolué sensiblement par rapport aux conditions testamentaires stipulées par le docteur Barnes. Le dernier projet en date validé consiste à déplacer la collection vers un nouveau site. Cette décision a été prise malgré les pétitions et recours multiples suscités par ce déménagement et les fonds destinés à ces travaux ont été trouvés[6].

Références

   1. Å™ Source : site Géoportail avec cartes à l’échelle 1:25000
   2. Å™ Alexis Gritchenko, Mes rencontres avec les artistes français, traduit par Jean Bergeron, L'Harmattan, 2010.
   3. Å™ Commonwealth v. Barnes Found., 159 A.2d 500, 506 (Pa. 1960).
   4. Å™ Wiegand v. Barnes Foundation, 97 A.2d 81 (Pa. 1953 ).
   5. Å™ Don Steinberg, « Barnes: Keep audit closed [archive] », BarnesFoundation.org, Philadelphia Inquirer, 2003-04-12. Consulté le 2007-09-13
   6. Å™ "The Barnes Foundation announces a new building on Benjamin Franklin Parkway to be complete by 2011" //www.barnesfoundation.org/v_pr_101608.html [archive]

Bibliographie

* 1993 : De Cézanne à Matisse : chefs-d’œuvre de la fondation Barnes, Barnes Foundation (Gallimard/Electa) (ISBN 978-2-0701-5009-0)

 * 1993 : L'étrange docteur Barnes : portrait d'un collectionneur américain, Alain Boublil (Albin Michel) (ISBN 978-2-2260-6509-4)



   








L'héritage en péril du DR BARNES et de son anti-musée
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 04.01.04

En 1922, Albert C. Barnes crèait dans sa propriété de Pennsylvanie une fondation abritant son inestimable collection d'art. Son transfert dans le centre de Philadelphie est envisagé pour améliorer sa rentabilité

Albert C. Barnes (1872-1951), physicien diplomé doublé d'un homme d'affaires, avait fait fortune dans les premières années du vingtiËme siècle en commercialisant un antiseptique de son cru. Ce n'est cependant pas l'Argyrol qui a fait sa célébrité, mais son immense collection de peintures comptant 181 Renoir, qui ne sont Èvidemment pas tous bons, mais tout de mÍme, 69 Cézanne, presque tous de première importance, 60 Matisse, dont Luxe, calme et volupté, 46 Picasso, une dizaine de Douanier Rousseau et le portrait du facteur Roulin par Van Gogh, soit une quantité de chefs-d'oeuvre impressionnistes et postimpressionnistes qui, aujourd'hui, rapporteraient des millions de dollars aux enchères publiques.

Paris les découvrit il y a une dizaine d'années lors d'un périple des tableaux majeurs de la collection. C'était le premier et unique voyage des oeuvres hors de la fondation de Low Merion, en Pennsylvanie, ou Barnes les avait installées à sa manière, et ou, après l'exposition itinérante, elles retrouvèrent la place qu'il leur avait attribuée sur les murs de la fondation.

Tout rentrait dans l'ordre après une entorse autorisée (par un tribunal) aux dispositions testamentaires du docteur. Celui-ci avait demandé que ses peintures restent à exactement à la place ou elles étaient de son vivant. Elles ne devaient être ni vendues ni prétées.

La Fondation Barnes est un cas. Sa visite est un délice pour les oeuvres qu'elle abrite, bien Èvidemment, mais aussi pour l'approche de l'art proposÈe par un collectionneur hors normes, dont la rèflexion personnelle sur l'art est beaucoup plus d'actualité aujourd'hui qu'il y a dix, vingt et trente ans. Ceux qui sont fatigués des musées modernes aseptisés et à très haut débit touristique trouveront un rare plaisir à fréquenter l'univers particulier de la fondation.

23 PIÈCES DE TABLEAUX

Il faut s'y prendre deux mois à l'avance. Le nombre des entrées est limité. Et mieux vaut ne pas tarder, car on ne sait trop ce que l'avenir réserve. Malgré ses trèsors, la maison Barnes va financièrement mal, si mal que, pour une meilleure rentabilité, le transfert de la collection au centre de Philadelphie est envisagé. Ce serait la fin d'une histoire.

La fondation a été créee en 1922 dans un grand parc, avec son arboretum de la fin du XIXe siècle, à une quinzaine de miles de Philadelphie. Le batiment principal en pierre blanche du Val-de-Loire a été dessiné par un architecte français, Paul Cret. Il est d'un classicisme  postmoderne sobre, à la Puvis de Chavannes. Des bas-reliefs en métope du sculpteur cubiste Jacques Lipchitz ponctuent la façade. Les frises à motifs africains juxtaposées aux colonnes doriques de l'entrÈe principale donnent un avant-gout des associations qu'aimait Albert Barnes.

La galerie de tableaux occupe vingt-trois pièces meublées de dimensions variables, sur deux niveaux. La salle la plus importante est celle des trois grandes baies vitrées surmontées des figures de La Danse, commandée à Matisse en 1930, et dont par chance Paris possède une version : le peintre, qui s'ètait trompé dans les mesures, avait de recommencer le travail. C'est dans cette mème salle ouverte sur le jardin que sont accrochés Les Joueurs de cartes et Les Grandes Baigneuses de Cézanne, Les Poseuses de Seurat et plusieurs grands Renoir.

Dans les pièces les plus reculées et à l'étage, il reste une quantité d'oeuvres à découvrir, qui sont rarement mises en avant lorsqu'est évoquee la richissime fondation. On oublie généralement qu'elle a aussi des collections de peintures amÈricaines, de sculptures africaines, de tissus navajos, ainsi que des objets d'art populaire, des poteries, des meubles. La fondation abrite au total quelque 8 000 objets, dont le premier inventaire systématique est entrepris depuis peu.

Partout les oeuvres sont volontiers cote à cote ou les unes par-dessus les autres, soumises à des exigences de symétrie que soulignent des lignes de fer forgé : les serrures et les ferrures qu'Albert Barnes s'était mis à collectionner dans les années 1930. Cette ponctuation formelle insolite, doublée d'une charge symbolique qui fait penser à des signes maçonniques, contribue à la singularité d'un accrochage à l'encontre des principes de muséographie en vigueur. On a envie de dire tant mieux, mÍme si le sens de l'ordre imposÈ nous Èchappe quelque peu : ni par artiste ni par tendance, sans fil chronologique, mais par associations, contrastes et liens secrets... Un parti pris qui ne déplait pas aujourd'hui et que les plus grands musées proposent parfois, mais plutot provisoirement.

EXPOS·S DANS L'USINE

Albert C. Barnes achetait massivement à Paris, ou il allait souvent (il passait ses vacances en Bretagne), chez Durand-Ruel et chez Ambroise Vollard. Mais il n'accumulait pas pour son seul plaisir, ni même avec l'envie de faire partager sa dèvorante passion pour Renoir, le peintre de la joie de vivre qu'il opposait à Cèzanne, le tragique.

Le bon docteur Barnes, dont ont dit plutot qu'il avait un épouvantable caractere, était un démocrate convaincu qui voulait mettre l'art à la portèe de tous, sans distinction de classe ou de race. Avant de créer sa fondation, le docteur avait pris l'habitude d'accrocher ses acquisitions dans son usine et d'en parler avec ses ouvriers. Il était d'origine très modeste.

Sa fondation ne serait pas un musée, mais une école du regard, pour  promouvoir le progrès de l'éducation et l'appréciation des beaux-arts. Il imaginait une galerie d'études ou les étudiants de toutes conditions travailleraient dans la proximité des oeuvres. Un luxe !

Et le docteur de trier les visiteurs sur le volet, surtout s'il s'agissait de conservateurs de musées ou des notables de Philadelphie, qu'il détestait. A sa mort, en 1951, dans un accident de voiture, il laissa un testament qui bloquait toute possibilitÈ de transformer la fondation. Il avait tout prévu, sauf l'évolution actuelle des institutions musicales et la culture de masse...

Pendant de longues années, ce verrouillage juridique mis en place a tenu bon. Jusqu'à la mort de Violette de Mazia, en 1988. ElËve, assistante, directrice des Ètudes et probablement maitresse d'Albert Barnes, a entretenu scrupuleusement la mÈmoire du docteur. Avec elle, la fondation resterait une Ècole. Celle-ci avait 159 Ètudiants en 2003, les deux tiers en art et un tiers en horticulture, l'autre Ècole créée par Barnes, qui aimait la mise en relation des choses de la nature et de la culture.

Quant ˘ l'ouverture de la galerie aux visiteurs, elle restait limitÈe, par principe, mais aussi pour des raisons de nuisances et de voisinage. Les rÈsidents de Lower Merion ne veulent pas voir passer de cars de touristes.

En 1961, il avait fallu un jugement du tribunal pour ouvrir la fondation ˘ 200 visiteurs par jour, deux jours par semaine. Depuis, un autre jugement a permis 400 entrÈes par jour, trois jours par semaine, au tarif de 5 dollars par personne. Dans ces conditions, les mÈcËnes ne se prÈcipitent pas pour renflouer les caisses de la fondation.

GeneviËve Breerette






La Barnes Foundation déménagera à Philadelphie

14/12/04 – Musée - Merion, Barnes Collection - La Barnes Foundation déménagera de Mérion vers Philadelphie. Ainsi en a décidé la justice de Pennsylvanie, à la demande du directeur de l’institution, Bernard C. Watson (voir brève du 9/12/03). Ce serait la seule manière, selon le juge, de sauver la Barnes, menacée de faillite. Cette solution, contraire aux volontés du donateur1, a suscité beaucoup d’opposition. Sans méconnaître les problèmes financiers de l’institution - on peine à croire cependant que le déplacement des collections de quelques kilomètres la rendra tout à coup rentable - cette décision, qui pourrait se comparer, en France, à un départ du musée Condé du château de Chantilly, va dénaturer un ensemble voulu par le collectionneur2 et dont les visiteurs appréciaient le charme. Cette décision peut encore être contestée en appel.

Didier Rykner, mardi 14 décembre 2004

Notes

1. Il faut avouer que certaines clauses du testament du Dr Barnes ne pouvaient être respectées (par exemple l’interdiction de faire des photos en couleur des œuvres, ou la restriction excessive du nombre de visiteurs).

2. Rappelons, par exemple, que La Danse de Matisse a été créée spécialement pour ce lieu. La Fondation a déclaré que l’aménagement intérieur du nouveau musée reproduirait exactement celui voulu à l’origine par le docteur Barnes.



17/05/2012
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