Alain YVER

Alain YVER

ÉLISA MERCŒUR

ÉLISA MERCŒUR







http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lisa_Merc%C5%93ur

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_0003-391x_1952_num_59_1_4356




Rêverie


Qu'importe qu'en un jour on dépense une vie
Si l'on doit en aimant épuiser tout son coeur,
Et doucement penché sur la coupe remplie
Si l'on doit goûter le nectar du bonheur.

Est il besoin toujours qu'on achève l'année?
Le souffle d'aujourd'hui flétrit la fleur d'hier;
Je ne veux pas de rose inodore et fanée;
C'est assez d'un printemps, je ne veux pas d'hiver.

Une heure vaut un siècle alors qu'elle est passée;
Mais l'ombre n'est jamais une soeur du matin
Je veux me reposer avant d'être lassée;
Je ne veux qu'essayer quelques pas du chemin.






Elisa MERCOEUR,
née à NANTES le 21 juin 1809 était un véritable prodige : à douze ans, elle donnait des leçons d'anglais ; elle savait le latin,un peu le grec, l'italien et même l'arabe. A seize ans, ses premiers vers sont couronnés ; elle devient membre correspondant de l'Académie provinciale de LYON, la Société Académique de Loire-Inférieure ( à l'époque) l' édite , la Duchesse de Berri lui envoie deux cents francs et le Ministre des Beaux-Arts lui alloue une pension. Lamartine disait à son propos : " ...je prévois que cette petite fille nous effacera tous tant que nous sommes" ; quant à Chateaubriand, dédicataire du livre, il lui promettait la célébrité. Transplantée à PARIS, le succès ne devait pas la suivre, et, allant d'échec en échec, de secours en secours, elle s'y éteint le 7 janvier 1835.










PHILOSOPHIE


"Lorsque je vins m'asseoir au festin de la vie,
Quand on passa la coupe au convive nouveau,
J'ignorais le dégoût dont l'ivresse est suivie,
Et le poids d'une chaîne à son dernier anneau.
Et pourtant, je savais que les flambeaux des fêtes,
Eteints ou consumés, s'éclipsent tour à tour,
Et je voyais les fleurs qui tombaient sur nos têtes
Montrer en s'effeuillant leur vieillesse d'un jour.
J'apercevais déjà sur le front des convives
Des reflets passagers de tristesse ou d'espoir...
Souriant au départ des heures fugitives,
J'attendais que l'aurore inclinât vers le soir.
J'ai connu qu'un regret payait l'expérience,
Et je n'ai pas voulu l'acheter de mes pleurs.
Gardant somme un trésor ma calme insouciance,
Dans leur fraîche beauté j'ai su cueillir les fleurs.
Préférant ma démence à la raison du sage,
Si j'ai borné ma vie à l'instant du bonheur,
Toi qui n'as cru jamais aux rêves du jeune âge
Qu'importe après moi tu m'accuses d'erreur !
En vain tes froids conseils cherchent à me confondre,
L'ontiendras-tu jamais ce demain attendu ?
Lorsqu'au funêbre appel il nous faudra répondre,
Nous aurons tous les deux, toi pensé, moi vécu.
Nomme cette maxime ou sagesse ou délire
Moi je veux jour à jour dépenser mon destin,
Il est heureux celui qui peut encore sourire
Lorsque vient le moment de quitter le festin."









Élisa Mercœur, née à Saint-Sébastien-sur-Loire le 24 juin 1809 et morte à Paris le 7 janvier 1835, est une poétesse française.

Biographie

Un certain nombre d'éléments biographiques ont été fournis par sa mère dans ses Mémoires. Mais elle passe sous silence un aspect non négligeable de la vie d'Elisa : celle-ci a été abandonnée à la naissance et, si le nom d'Elisa lui vient de ses parents, le nom de Mercoeur lui a été donné par un commissaire de police de Nantes.

L'abandon d'Elisa est inscrit dans le registre des naissances de Nantes, Première division, à la date du 3 juillet 1809[1]. Des recherches complémentaires ont été faites par le franciscain Ubald d'Alençon (1872-1927) dans les années 1920 ; un article de Paul Caillaud dans les Annales de Bretagne (1952) en rend compte de façon détaillée.

Elisa, enfant abandonné à la naissance

Le 27 juin 1809 à 22 heures, un bébé est recueilli à la porte de l'hospice des Orphelins de Nantes, situé dans le quartier Saint-Clément près du Lycée et du cimetière de la Bouteillerie, par un employé de l'hospice, Jean Favret. L'enfant est porteur d'un papier avec ces mots :

« Elisa, née le 24 juin 1809, non enregistrée aux actes civils. Le ciel et la douce humanité veilleront sur elle. Ses parents seront peut-être assez heureux pour pouvoir la réclamer un jour. »

Le 28 juin à 16 heures, Jean Favret présente l'enfant au commissaire de police Benoist, responsable en premier lieu des enfants trouvés dans le quartier du Lycée, qui au vu des éléments présentés, lui donne le nom d'Elisa Mercoeur. Elisa est ramenée à l'hospice pour en devenir officiellement pensionnaire et le commissaire établit un rapport avec la supérieure, Madeleine Bouchet, et Jean Favret (« qui ne sait signer »).

Le 3 juillet, le rapport est présenté au délégué à l'état-civil compétent qui le transcrit dans le registre des naissances sous le titre Elisa Mercoeur, enfant exposé.

Le 21 avril 1811, comme elle l'avait souhaité, sa mère, Adélaïde Aumand, reprend Elisa à l'hospice ; dans les Mémoires, cet événement apparaît sous la formulation : « elle avait vingt-et-un mois lorsque je restai seule pour l'élever ».

Nom, prénom et lieu de naissance d'Elisa Mercoeur

Le commissaire Benoist n'explique pas pourquoi il a choisi le nom de « Mercoeur ». Selon Paul Caillaud, ce serait en relation avec un lieudit voisin « les Fossés-Mercoeur », ouvrage militaire dû au duc de Mercoeur, gouverneur de la ville à la fin du XVIe siècle.

Le prénom « Elisa » est en relation avec celui de la mère d'Adélaïde : Anne-Elisabeth Rousseau, et de sa sœur, Elisabeth Aumand.

En ce qui concerne son lieu de naissance, il est vraisemblable qu'elle est née chez l'oncle et parrain d'Adélaïde, Bonaventure Rousseau, ancien capitaine de navire, qui habite à cette date à Saint-Sébastien, commune limitrophe au sud-est de Nantes.

Les origines familialies d'Elisa[2]

Adèlaïde (ou Adèle) Aumand, brodeuse, est née en 1780 à Nantes[3] ; le père d'Elisa est très probablement Jules-François Barré, avoué, né en Vendée aux Landes-Génusson, mort le 2 mars 1825. Adèle Aumand, célibataire, et sa fille sont recensées en 1818 et 1826, à la même adresse : 30 rue du Calvaire à Nantes. Mais, en 1818, elles ont deux pièces pour 40 francs de loyer ; en 1826, seulement une pièce pour 30 francs : le décès de Jules-François Barré a rendu leur situation plus précaire.

Adélaïde est issue d'une famille bourgeoise (son père était chirurgien, son grand-père notaire) et son métier de brodeuse correspond à l'utilisation professionnelle d'un loisir des jeunes filles de la bonne société.

Élisa a certainement connu son père, puisqu'elle écrit un poème sur sa mort, daté du 31 mars 1825 :

« Du sommeil de la mort tout prêt à s'endormir...
Mon père retenait son âme délirante
Par les liens du souvenir. »

Une enfant prodige

Élisa Mercœur n’avait que vingt-et-un mois lorsque sa mère resta seule pour l’élever, avec des ressources plus que restreintes. Un seul ami de la famille leur vint en aide et se chargea des frais d’éducation de l’enfant qui, s’il faut en croire sa mère, dans les Mémoires qu’elle a laissés sur sa fille, n’était rien moins qu’un petit prodige. À six ans, elle brodait en imaginant des sujets de conte et de comédie ; à huit ans, elle voulait composer une tragédie en cinq actes et en vers pour la Comédie-Française. À douze ans, Élisa donnait à ses jeunes compagnes des leçons d’histoire, de géographie, d’écriture, d’anglais, de français et d’autres choses encore. Elle lisait Virgile à livre ouvert, savait un peu de grec.

La première fois qu’elle eut l’occasion de révéler son talent au public fut le jour des débuts, sur le théâtre de Nantes, d’une cantatrice célèbre. Élisa Mercœur écrivit d’un trait une pièce de quatre-vingts vers et l’envoya à son adresse. Le lendemain, toute la ville applaudissait à cet essai poétique publié par un ami officieux dans le journal le Lycée armoricain. La jeune fille publia alors d'autres poésies, et fut rapidement surnommée la « Muse armoricaine ». Elle avait alors seize ans.

Des admirateurs généreux

Aidée des conseils et des bons offices de quelques-uns de ses admirateurs, elle fut bientôt à même de publier un premier volume de vers, sans être obligée de lutter avec tous les obstacles dont est semé d’ordinaire le long chemin qui sépare l’écrivain débutant de l’éditeur. Mellinet-Malassis, imprimeur à Nantes, s’offrit à publier les essais poétiques de la jeune muse, et, avec une souscription organisée dans les salons de la ville, on réunit une somme de trois mille francs (somme énorme pour l'époque), qui couvrit au-delà de toute espérance tous les frais d’impression et d’édition.

Le recueil était dédié à Chateaubriand, à qui la jeune fille adressait une invocation dont voici la fin :

« J’ai besoin faible enfant, qu’on veille à mon berceau. Et l’aigle peut, du moins, à l’ombre de son aile, protéger le timide oiseau. »

L’aigle répondit au timide oiseau qu’il ne pouvait offrir d’abri à personne. Grâce aux encouragements qui lui venaient de toutes parts, la réputation d’Élisa Mercœur s’étendit bientôt dans toute la France. La Société académique de la Loire-Inférieure et la Société polymathique du Morbihan s’empressèrent d’admettre la « petite fille » dans leur sein. Mais tous ces succès, tous ces honneurs ne suffisaient point à Élisa Mercœur qui, dès 1827, semble s’attacher dans ses vers à se plaindre du sort et à se lamenter du prétendu oubli dans lequel on la laisse. Rien n’était plus injuste que de pareilles plaintes. Dès la publication de son volume, les journaux avaient entonné ses louanges, les souscriptions avaient abondé, et de hauts personnages, entre autres la duchesse de Berry, lui avaient fait parvenir de larges offrandes.

Pendant qu’elle faisait applaudir, un soir, ses vers à la préfecture de Nantes, des voleurs s’introduisirent chez elle et la dévalisèrent. Ce vol lui causa pendant quelque temps une gêne très réelle, mais de généreux admirateurs vinrent à son secours. Elle reçut bientôt une gratification du ministère de l’Intérieur et une pension annuelle de 300 francs, accordée sur les fonds de l’intendance de la maison du roi. Cette pension fut même portée presque immédiatement à 1 200 francs par M. de Martignac - ministre à qui elle avait adressé une pièce intitulée La Gloire - lorsqu’il apprit qu’Élisa Mercœur avait quitté Nantes pour venir se fixer à Paris. Désireuse de conquérir la capitale, elle se remit au travail et commença sa tragédie de Boabdil. La révolution de 1830 vint bouleverser la vie de la jeune fille et de sa mère, qui l’avait accompagnée à Paris. Les secours qu’Élisa recevait de la liste civile et sa pension annuelle furent supprimés, et elle fut obligée, pour vivre, d’abandonner la lyre et d’écrire en vile prose pour différents recueils, journaux et almanachs de l’époque. Grâce à l’intervention de Casimir Delavigne, une nouvelle pension de 900 francs lui fut finalement accordée. Elle continue néanmoins à se plaindre et à accuser le sort dans un grand nombre de poèmes qu’elle adresse journellement à tous les personnages en situation de lui être utile.

Une soif de gloire jamais assouvie

À Paris, Élisa Mercœur devient une habituée des salons littéraires et s’attire les louanges de Lamartine, Musset, Hugo, Chateaubriand. Elle se lie aussi d’amitié avec Mélanie Waldor et Madame Récamier.
Plaque en mémoire d'Élisa Mercœur apposée sur son domicile parisien au n° 43 de la rue du Bac

Malgré les nombreux soutiens dont elle bénéficie, elle n'est pas satisfaite. Dans un passage de ses poésies, elle se plaint notamment d'être obligée de faire « cet horrible métier de vendre sa prose et ses vers à des libraires à tant la feuille », et de ne pouvoir se livrer à son aise au culte désintéressé de la poésie. La plupart de ses biographes se sont faits l’écho de ces plaintes et ont signalé ce travail forcé comme la cause de la mort d’Élisa Mercœur, mais les mémoires laissés par sa mère sont là pour attester que jamais elles n’eurent à supporter de véritable misère et ce ne furent ni le travail ni la misère qui conduisirent Élisa Mercœur au tombeau. Elle-même l’a avoué, par la bouche de sa mère, et ce témoignage semble irréfutable. Sa tragédie de Boabdil achevée, elle obtint presque aussitôt, et grâce à de puissants protecteurs, d’en donner lecture au comité de la Comédie-Française, ce qu’elle fit le 3 mai 1831, devant Monrose, Joanny, Grandville et le baron Taylor. Le lendemain, elle apprit que Boabdil était accepté par les comédiens, mais rejeté par le baron Taylor, qui trouvait la pièce très bien faite, mais ne pouvait, disait-il, espérer attirer le public parisien et l’intéresser à l’histoire d’un roi de Grenade.

Élisa fut très affectée par le refus de cette œuvre en laquelle elle avait placé toutes ses espérances de fortune et de gloire. De ce jour elle se sentit blessée à mort. Ses forces allèrent en décroissant et elle finit par tomber tout à fait malade. Touchée par une affection pulmonaire, elle rendit le dernier soupir le 7 janvier 1835 dans les bras de sa mère, à laquelle elle avait dit quelques jours avant : « Si Dieu m’appelle à lui, on fera mille contes sur ma mort ; les uns diront que je suis morte de misère ; les autres d’amour ! Dis à ceux qui t’en parleront que le refus de M. Taylor de faire jouer ma tragédie seul a fait mourir la pauvre enfant ! »

Publications

Les œuvres complètes d’Élisa Mercœur ont été publiées par sa mère sous ce titre général : Œuvres complètes de Mlle Élisa Mercœur, précédées de Mémoires et notices sur la vie de l’auteur, écrits par sa mère[4]. Outre ses poésies, ces volumes contiennent : Boabdil, tragédie en cinq actes ; Louis XI et le Bénédictin, chronique du XVe siècle ; les Italiennes ; les Quatre amours ; Louis XIII, et quelques autres romans et nouvelles.

Notes et références

   1. Å™ Cf. Enregistrement de l'abandon d'Elisa (3 juillet 1809) : 1ère Division, vue 100, AMN Etat civil [archive]. Cet acte est structuré de façon assez complexe : "L'an 1809 le 3 juillet, ..., nous, adjoint délégué... avons transcrit littéralement le procès-verbal dont la teneur suit : « Ce jour 28 juin 1809, ..., je, Sébastien Barthélémey Benoist, commissaire de police de la ville de Nantes… rapporte qu’en vertu de la délégation … pour constater l’abandon des enfants … exposés dans l’étendue de ma division… est comparu devant moi le sieur Jean Favret, commissionnaire à l’hospice des orphelins de cette ville .. lequel m’a déclaré qu’hier à 10 heures du soir, il a trouvé exposé à la porte extérieure dudit hospice l’enfant qu’il me présentait. Examen fait dudit enfant…..(suit la description des vêtements et le texte de l’inscription) En conséquence, je lui ai donné les noms d’Elisa Mercoeur. De suite m’étant rendu avec ledit Jean Favret portant ladite Elisa Mercoeur à l’hospice des orphelins de cette ville, j’ai requis la supérieure de la recevoir …. Le présent clos et arrêté à l’hospice des orphelins…. Signé : Bouchet, Benoist » " (suit la signature de l'adjoint).
   2. Å™ Paul Caillaud, pp. 31 et suivantes.
   3. Å™ Acte de baptême d'Adélaïde Aumand (23 mars 1780) : Saint-Saturnin, vue 16, AMN Registres paroissiaux [archive]
   4. Å™ Paris, 1843, 3 vol. in-8o. Texte en ligne : 1 [archive] 2 [archive] 3 [archive]










MERCOEUR Elisa (1809-1835)
17eme division (1ere ligne, V, 25)
samedi 29 octobre 2005.


http://www.appl-lachaise.net/appl/article.php3?id_article=266
 
Elisa Mercoeur, La muse armoricaine

Au bord de la 17eme division se trouve le tombeau en ruine d’Elisa Mercoeur, jeune poétesse décédée à l’âge de 26 ans en 1835.

Ce monument devrait faire l’objet d’une restauration prochaine. Ce personnage, bien que connu, son nom figure sur bien des plaques de rues, peu de gens connaissent réellement ce jeune météore de la littérature, Le dictionnaire de la littérature française, Hachette 1889 lui accorde trois lignes, le Web un entrefilet dans la rubrique d’une librairie, deux rappels de son noms sous formes d’adresses et c’est tout....

La jeune Elisa est née à Nantes en 1809, abandonnée à sa naissance, elle fut recueillie et élevée par sa mère adoptive, appartenant à la bourgeoisie. Elle eut la chance de pouvoir côtoyer toute la bonne société nantaise, très tôt les salons lui furent ouverts. On lui découvrit de bonne heure un assez beau brin de plume, une jolie tournure de vers, un talent certain. A l’âge de dix huit ans, elle composa son premier ouvrage, c’est l’imprimeur Mellinet-Malassis qui s’offrit pour éditer l’ouvrage de notre jeune prodige. Avec une souscription organisée dans les salons de la ville, on réunit une somme énorme pour l’époque de trois mille francs, ce qui couvrit au-delà de toute espérance tous les frais d’impression et d’édition.

La préface de ce recueil fut écrite par Méllinet-Malassis lui-même, le livre dédié à Chateaubriand à qui la jeune fille adressait cette supplique invocatoire : « J’ai besoin faible enfant, qu’on veille à mon berceau. Et l’aigle peut, du moins, à l’ombre de son aile, protéger le timide oiseau ». Mais Chateaubriand répondit à l’oiselle qu’il ne prenait personne sous son aile. Douche glacée pour notre poétesse, qui se mis à pleurer, à compter de ce jour elle pleura beaucoup et souvent.

Malgré les louanges, les dons, l’assistance et les encouragements qu’on lui prodigua (et dont elle profita largement) elle ne cessa jamais de se plaindre et de pleurnicher, pourtant la duchesse de Berry et toutes les bonnes familles nantaises figurent parmi les généreux donateurs.

Une année après la publication de son recueil, la muse armoricaine décida de conquérir Paris. Elle s’y installa avec sa mère grâce à une pension que lui fit le ministre Martignac, ce qui couvrit les frais d’installation. Malheureusement pour elle, vint la révolution de 1830, fini la pension, parti le ministre Martignac. Elisa se vit obligée de travailler de sa plume en prose pour des journaux et des almanachs dont le fameux Journal des Demoiselles si recherché par les amateurs de nos jours.

Grâce à Casimir Delavigne, tout puissant et célèbre auteur en vue, elle se vit octroyer une nouvelle pension de neuf cent francs, ce qui ne l’empêcha point de se répandre en gémissements et en plaintes de toutes sortes .On la vit avec tout ce que Paris comptait alors de célébrités, Dumas, Hugo entre autres. Elle inonda sous d’interminables poèmes toutes les personnes qui pouvaient lui servir.

Elle eut des vélleïtés d’écriture théâtrale et écrivit une tragédie, Boabdil, qui fut présentée au comité de lecture de la Comédie Française en 1831, hélas, trois fois hélas, sur le conseil du baron Taylor son œuvre sur qui elle misait tout fut refusée. Elle fut piquée au cœur par ce refus qui anéantissait tous ses espoirs de gloire et de fortune, elle tomba malade, dépérit à vue d’œil et fini par rendre le dernier soupir dans les bras de sa mère le 7 janvier 1835.

Son tombeau porte sur ses côtés des strophes de ses poèmes dont voici un extrait marquant :

Qu’importe qu’en un jour on dépense une vie

Si on doit en aimant épuiser tout son cœur,

Et doucement penché sur la coupe remplie,

Si l’on doit y goûter le nectar du bonheur....

Elisa Mercoeur, Rêverie

Qui résume le mieux la vie et l’œuvre d’Elisa Mercoeur ? Sans aucun doute le poème que lui dédia la délicate et sensible Rosemonde Gérard (1866-1953), poétesse, épouse du grand Edmond Rostand....

En quelques vers, elle nous livre une jeune fille ardente et tourmentée, une vie brisée très tôt, une œuvre inachevée...

1809-1835
ELISA MERCOEUR

Lamartine disait : « Cette petite fille

Nous dépassera tous tant que nous sommes... » Quand

Le poète daigna, d’une âme si gentille,

Laisser tomber sur elle un pareil compliment,
*

Je m’imagine bien que tant de politesse

Exagérait un peu, ce soir-là... Mais tant pis,

J’aime mieux, pour juger la frêle poétesse,

M’en remettre à ces mots qu’à tout ce que je lis...
*

Au lieu de la revoir, plus tard, cherchant sans cesse

Des honneurs, des amis, du crédit, de l’argent,

Mécontente de tout : des salons, de la presse,

Des éditeurs ingrats et des lecteurs changeants ;
*

Au lieu de la revoir, orgueilleuse et malade,

Et mourant de savoir qu’après tant d’insuccès

Son drame le meilleur, sur un Roi de Grenade,

Ne pourra pas entrer au Théâtre Français ;

Au lieu de la revoir, misérable et transie,

Ecrivant sans relâche entre quatre murs froids,

Et comprenant enfin que toute poésie

N’est qu’un malheur de plus qui tremble au bout des doigts,
*

Je la revoie toujours dès que je la situe,

Dans un décor qui semble unique sous le ciel :

Il n’y a d’un côté que des fleurs éperdues,

Et de l’autre, on ne voit qu’un grand lac immortel.

Elle entre, elle sourit... son petit collier brille...

Elle a sa robe blanche et son cœur enfantin...

Et le poète dit : « Cette petite fille

Nous dépasserons tous tant que nous sommes... Rien
*

Ne me fait oublier la sentence divine...

Et je verrai toujours, dans ce soir enchanteur

La fillette qu’in présentait à Lamartine :

« Cher Maître, elle a quinze ans. C’est Elisa Mercoeur. »


Il y a quelques années, les hasards de la vie associative nous conduisaient vers un château XVIIe, situé prés de Meulan... Nous devions alors confier un vieux cheval réformé de l’Ecole Militaire de Paris aux bons soins d’un des résidents de ce manoir...

Régnait alors sur les lieux, un très vieux monsieur à l’apogée de son siècle d’existence, descendant d’une illustre famille qui comptait dans ses aïeux, un maréchal de France (Maurice Gérard, (1773-1852) comte) et une poétesse : Rosemonde Gérard... petite fille du maréchal...

Histoire, quand tu nous tient...

Un ouvrage consacré à Elisa Mercoeur....

Dans « Elisa Mercoeur - Muse armoricaine », l’auteur nantais Éric Lhomeau retrace la vie de cette enfant abandonnée qui connut la gloire à 19 ans et s’éteignit à 25 ans et demi. Après s’être intéressé aux origines nantaises de la famille de Jacques Prévert, Éric Lhomeau se penche cette fois sur l’histoire méconnue de la poétesse nantaise Elisa Mercoeur. Avec Karen Roberts, il retrace dans Elisa Mercoeur - La Muse armoricaine la courte vie de cette enfant trouvée dont le talent fut salué par les plus grands poètes de son époque.

Le billet d’abandon retrouvé

L’idée de ce nouveau livre est née à la suite d’une réflexion lâchée par un journaliste nantais comme quoi « Elisa Mercoeur était quelqu’un de mièvre ». Un jugement qui irrite profondément Éric Lhomeau. « Quand on regarde les blogs des jeunes filles, on se rend compte que le poème Rêveries d’Elisa Mercoeur y est souvent cité. »

Triste destin que celui d’Elisa Mercoeur abandonnée par sa mère, à la porte de l’hospice (actuelle maison de retraite Saint-Joseph), trois mois après sa naissance en 1809.

En fouillant dans les archives municipales de Nantes, Éric Lhomeau a retrouvé le billet d’abandon, le mot de papier que les mères glissaient dans les langes de leur enfant avant de le laisser sous un porche ou dans la rue.

Sur ce mot, sa mère a tracé d’une écriture fine qui laisse supposer une certaine éducation, les lettres d’Elisa.

Le nom de Mercoeur lui est donné par l’hospice.

« La mère était dentellière. On dit que le père pourrait être avocat, mais il n’existe aucune preuve. La mère devait venir d’un milieu relativement aisé où l’on ne pouvait accepter les filles mères. » Elisa est envoyée chez une nourrice à Carquefou. À cette époque où l’on trouvait en moyenne un enfant abandonné par jour, les chances de survie étaient infimes.

Lamartine, Musset, Hugo, Chateaubriand...

Mais en 1811, le 30 avril exactement, elle vient réclamer son enfant avec laquelle elle vivra au 30 de la rue du Calvaire. Elisa est précoce : « À 12 ans, elle passe une annonce pour donner des cours de français, de géographie et de mythologie. » Elle publie son premier recueil de poésie à 18 ans. Puis, l’année suivante, monte à Paris pour faire éclater son talent. Là, elle est une habituée des salons littéraires et s’attire les louanges de Lamartine, Musset, Hugo, Chateaubriand... Elle se lie aussi d’amitié avec Mélanie Valdor et Mme Récamier.

Touchée par la phtisie, une maladie pulmonaire, elle s’éteint dans sa vingt-sixième année, rue du Bac à Paris, après avoir atteint la gloire mais jamais la fortune. En écrivant ce livre, qui reprend de nombreux poèmes d’Elisa Mercoeur ainsi que Le double moi, un troublant conte fantastique, Éric Lhomeau n’avait d’autre but que de donner envie de lire Elisa Mercoeur et de sensibiliser ses contemporains à la nécessité de sauver la tombe de la poétesse nantaise au cimetière du Père Lachaise où elle menace ruines.

Dominique Bloyet

« Elisa Mercoeur - La Muse armoricaine (1809-1835) », d’Éric Lhomeau et Karen Roberts. 23 €.

Sources : Presse Océan 2008




16/05/2012
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