Alain YVER

Alain YVER

ALLEN GINSBERG

ALLEN GINSBERG



http://www.scoop.it/t/la-beat-generation

http://www.allenginsberg.org/

http://www.google.fr/search?q=allen+ginsberg&hl=fr&lr=lang_fr&safe=off&client=firefox-a&hs=Jj2&sa=X&rls=org.mozilla:fr:official&tbs=lr:lang_1fr,tl:1&prmd=ivbo&tbo=u&ei=SH_FTPOFHcvwsgbb9rDfCA&oi=timeline_result&ct=title&resnum=16&ved=0CG8Q5wIwDw

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article658

http://haiku-nomade.over-blog.com/article-allen-ginsberg-allume-feu-55773758-comments.html

PHILIP GLASS ÉVOQUE ALLEN GINSBERG
http://www.culture.lyon.fr/culture/sections/fr/culture_en_mouvement/videos/videos_spec/philip_glass_evoque_le_poete_allen

 William S. BURROUGHS par Allen GINSBERG
http://www.curieuxdetrucs.com/article-william-s-burroughs-par-allen-ginsberg-42071068.html


Hommage à Allen Ginsberg
Patti Smith & Philip Glass
Première en France
http://www.nuits-de-fourviere.org/2010/art-prog.php3?id_article=408





Allen Ginsberg, né le 3 juin 1926 à Newark, décédé le 5 avril 1997 à New York d'un cancer du foie, est un poète américain et un membre fondateur de la Beat Generation.

Biographie

Il est le plus jeune fils de Louis Ginsberg, professeur d'anglais et poète, et de Naomi Levy Ginsberg. Son œuvre fut marquée par le modernisme, les rythmes et cadences du jazz et de la pop, sa foi bouddhiste et hindouiste, son ascendance juive et son homosexualité. Il fut l'artisan du rapprochement idéologique entre les beatniks des années 1950 et les hippies des années 1960, fédérant autour de lui des hommes comme Gregory Corso, Jack Kerouac, Neal Cassady, William Burroughs et plus tard Bob Dylan.
Allen Ginsberg et Bob Dylan en 1975

Sa principale publication, Howl, un long poème en prose, fut en son temps un scandale littéraire, en raison de son langage cru et explicite. Il fut ainsi très rapidement condamné et retiré de la vente pour obscénité. Cette censure devint un emblème pour les défenseurs du premier amendement de la constitution américaine : elle fut levée après qu'un juge eût reconnu l'importance de l'œuvre pour son époque. Ginsberg, qui ne faisait pas mystère de ses idées libertaires et de son opposition à la politique américaine, fut rapidement considéré par le FBI comme une menace contre la sécurité intérieure.

En vertu de sa personnalité charismatique, Allen Ginsberg fut d'ailleurs très souvent présent lors des manifestations : pacifistes contre la guerre du Viêt-Nam, sociales contre les discriminations sexuelles, politiques avec les communistes, musicales en véhiculant une spiritualité orientale stimulée par les drogues.

Il a effectué de nombreux voyages sulfureux (au Mexique, en Inde, au Japon, en Chine, en Russie, à Cuba, au Maroc et en Tchécoslovaquie notamment) et était aussi proche de Timothy Leary et de Chögyam Trungpa Rinpoché, qui fut son guru à partir de 1970.

Ses autres publications majeures sont Kaddish, une méditation sur la mort de sa mère (Naomi Ginsberg) écrite sous amphétamines, et Hadda be Playin' on a Jukebox, un poème relatant les évènements des années 60 et 70. Plutonian Ode est une charge contre l'armement nucléaire. Ginsberg fut finaliste pour l'attribution du prix Pulitzer pour son livre Cosmopolitan Greetings : Poems 1986-1992.

La poésie de Ginsberg, manifeste de la Beat Generation à elle seule, se caractérise par sa liberté de ton et son aspect volontiers décousu, lié à une écriture la plus spontanée possible afin de faire naître une prosodie toute particulière. Abordant de front la sexualité, les désillusions sociales américaines et les modifications de la conscience, elle a fortement influencé l'émergence des idées hippies. On lui attribue le slogan Flower Power abondamment utilisé par la communauté Hippie.

Son engagement inconditionnel en faveur de la liberté d'expression l'a conduit à manifester son soutien à la Association nord-américaine pour l'amour entre les hommes et les garçons (NAMBLA), aux côtés de Harry Hay, pionnier de la défense des droits des homosexuels aux États-Unis, au moment où l'International Lesbian and Gay Association décida en 1994 d'exclure la NAMBLA de son sein. À ceux qui ne comprirent pas cette décision, jugée choquante, Ginsberg expliqua alors que c'est parce que l'hystérie anti-pédérastie lui rappelait l'hystérie anti-homosexuelle, qu'il avait dû supporter dans sa jeunesse, qu'il faisait le choix de défendre le droit de cette association à la libre expression.









Un souffle, une rage expirée, un "rugissement" qui gagne en décibels jusqu'à se faire évidence. Quand Allen Ginsberg écrit Howl en 1955, il y glisse une folie pure et bondissante, une charge poétique batailleuse que l'on retrouvera ensuite distillée dans la contre-culture américaine des sixties et seventies. Le premier bâton de dynamite, l'amorce, pourtant souvent négligée, voire oubliée.

Allen Ginsberg, allume-feu

« Amérique, je t'ai tout donné et aujourd'hui je ne suis rien.
(…) Je ne supporte même plus mes propres pensées.
Amérique, quand cessera la guerre des hommes ?
Va te pignoler avec ta bombe atomique.
Je ne me sens pas bien, laisse-moi tranquille.
Je n'écrirais pas mon poème tant que je ne serais pas dans le bon état d'esprit.
Amérique, quand deviendras-tu angélique ?
Quand te foutras-tu à poil ?
Quand t'observeras-tu à travers la tombe ?
Quand seras-tu digne de tes millions de trotskystes ?
Amérique, pourquoi tes bibliothèques sont-elles pleines de larmes ? [1]  »
(America, 1956)

Il faudrait remonter le cours des choses, enquêter sur la construction d'un imaginaire littéraire. Comprendre pourquoi Allen Ginsberg est tellement dénaturé, roulé dans la farine du mépris ou de l'indifférence. Pourquoi, parmi tous les protagonistes de premier plan de la Beat Generation – Kerouac, Burroughs, Ferlinghetti, Neal Cassady –, c'est lui qui se traine la pire postérité, celle du babos chiant, du mystique de service, abonné aux prêches et aux illuminations lysergiques.

C'est vrai : comme les Beatles, comme Kerouac [2], Ginsberg a parfois clapoté en eau boudhisto-enflammée. L'air du temps, l'air de rien, il s'est fréquemment ramené en manifs avec des colliers des fleurs et des « ôôômm » plein la bouche, marqué par un long voyage en Inde. C'est vrai aussi que ses collaborations avec la lisse andouille Paul McCartney ne brillent pas vraiment au firmament de la réussite musicale (cf « Ballad of The Skeletons », visible ici, jolies paroles mais ignoble fond sonore). Ce n'est pas une raison. Ginsberg a été d'abord un précurseur. Beatnik avant l'heure, déménageur d'histoire, magnifique barbu babillant. Mis en musique par Tom Waits (vidéo ci-dessus), son poème America n'a pas pris une ride, rugit encore aujourd'hui.

Dans No Direction home, le documentaire que Martin Scorcese a réalisé sur Dylan, Ginsberg raconte comment il a fondu en larmes le jour où il a pour la première fois entendu une chanson de Dylan – « A Hard rain a gonna Fall [3] » : « Quand je suis revenu d'Inde pour la Côte Ouest, il y avait un poète, Charlie Plymell lors d'une fête à Bolinas. Il m'a fait écouter un disque de ce nouveau chanteur de folk. La première chanson était 'Hard Rain', je crois. Et j'ai pleuré. Car je me suis dit que le relais avait été passé à une autre génération. Les premiers bohémiens et beatniks, leurs illuminations et la puissance de l'individu » (…) avaient une descendance, accouchaient de nourrissons surdoués. Champagne ! Ou plutôt : LSD !

Revenir sur l'œuvre d'Allen Ginsberg, c'est chercher le vertueux ver dans le fruit américain, l'étincelle du silex, du même type que celle que Dylan planquait sous sa tignasse et Kerouac sous ses semelles de vent [4]. C'est surtout pister les premières manifestations irrévérencieuses des sixties, anticiper le grand bouleversement. Dès 1956, il publie Howl, poème magnifique, rugissant, méchamment irrévérencieux, qui commence ainsi :

    « J'ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus,
    Se traînant à l'aube dans les rues nègres à la recherche d'une furieuse piqûre,
    Initiés à tête d'ange brûlant pour la liaison céleste ancienne avec la dynamo étoilée dans la mécanique nocturne [5]… »

Howl est peut-être le poème le plus important de la deuxième moitié du siècle ricain. Récité pour la première fois par Ginsberg en octobre 1955 dans une petite galerie d'avant-garde, il assomme les présents, les bouleverse dans les grandes largeurs. Dans un beau texte consacré au barbu céleste, Jean-Luc Despax décrit ainsi l'événement :

    « Kerouac beugle : "Go ! Go ! Go !"et il y va Ginsberg, guidé par son souffle, porté par le feu de ce qu'il doit dire. Il s'appuie sur ses "who", "who", "who", qui, qui, qui : "qui disparurent à l'intérieur des volcans mexicains ne laissant derrière eux que l'ombre des blue-jeans et la lave et la cendre de poésie éparpillée dans la cheminée de Chicago, / qui réapparurent sur la Côte Ouest enquêtant sur le F.B.I en barbe et en culottes courtes avec de grands yeux de pacifistes sensuels dans leur peau sombre, distribuant des tracts incompréhensibles…" Les substantifs se heurtent, font des étincelles. Il faut de l'énergie au poème, celle du jazz comme celle de toute la poésie qui a précédé, pour éviter que cela ne tourne à la prose. Staccato et sauvagerie. Extrême sophistication et poésie-beuverie. Le poème prend de la vitesse et il paraît que les auditeurs n'en reviennent pas. Qu'ils n'en reviendront jamais. Que la littérature mondiale n'en reviendra pas non plus.  »

Ce qui fait la puissance de ce long poème en trois parties qu'est Howl [6] – comme du plus court America, qui date de la même période [7] –, habité par la folie et le dégoût, c'est la virulence de l'attaque contre le monstre américain et la société de consommation. Ginsberg recrache les dogmes éculés de l'Empire, pointe du doigt ses crimes et ses laideurs : « Moloch ! Solitude ! Saleté ! Laideur ! Poubelles et dollars impossibles à obtenir ! Enfants hurlant sous les escaliers ! Garçons sanglotant sous les drapeaux ! Vieillards pleurant dans les parcs !… » Attaque violente, sans concessions, qui valut au poème de se voir un temps retiré des ventes pour obscénité.
Ginsberg, sûrement le plus politisé des fers de lance de la Beat Generation (d'ailleurs, dans Sur La Route, il écope du pseudonyme plutôt flatteur de Carlo Marx), a bataillé sur tous les fronts, de la Guerre du Vietnam à la liberté sexuelle, plongeant toujours sa poésie dans le feu roulant de l'actualité. Parfois mystique, ok, mais aussi acéré et joliment informé. Qui d'autre aurait pu écrire et chanter une ballade intitulée « CIA Dope Calypso » mettant en lumière, avec forces détails, le rôle de la CIA dans l'explosion mondiale de l'héroïne après la Guerre du Vietnam ? Anyone else but him.
Notes

[1] America I've given you all and now I'm nothing. I can't stand my own mind. America when will we end the human war ? Go fuck yourself with your atom bomb I don't feel good don't bother me. I won't write my poem till I'm in my right mind. America when will you be angelic ? When will you take off your clothes ? When will you look at yourself through the grave ? When will you be worthy of your million Trotskyites ? America why are your libraries full of tears ?

[2] Cf., les Clochards céleste, 10/08.

[3] Extrait ici.

[4] Dylan et Ginsberg furent d'ailleurs immortalisés dégoisant devant la tombe de Kerouac : ici, bouclant la boucle.

[5] Traduction je sais pas qui, à priori Jean-Jacques Lebel.
« I saw the best minds of my generation destroyed by / madness, starving hysterical naked, / dragging themselves through the negro streets at dawn / looking for an angry fix, / angelheaded hipsters burning for the ancient heavenly / connection to the starry dynamo in the machinery of night.  »

Pour écouter l'original lu par Ginsberg, c'est ici.
http://www.article11.info/spip/Allen-Ginsberg-allume-feu

[6] Texte intégral en VO ici.
http://www.article11.info/spip/Allen-Ginsberg-allume-feu

[7] Et que tu peux écouter ici, lu par Ginsberg sous les rires enthousiastes de l'assistance.
http://www.article11.info/spip/Allen-Ginsberg-allume-feu









La bande-annonce du film Howl vient d'être rendue publique.
Howl sera un biopic sur les jeunes années du poète Allen Ginsberg, un des membres fondateurs de la Beat generation. Le titre du film Howl vient d'ailleurs du nom d'un de ses poèmes les plus connus et controversés à l'époque en raison de son langage cru et explicite. Ce poème fut rapidement retiré de la vente pour obscénité. Cette interdiction a été très médiatisée et un juge américain a fini par lever l'interdiction. Allen Ginsberg fut dès lors considéré comme une menace par le FBI. Allen Ginsberg a profité de sa notoriété pour participer à de nombreuses manifestations pacifistes contre la guerre du Viêt-Nam, sociales contre les discriminations sexuelles, politiques avec les communistes, musicales.

Ce film est réalisé par Rob Epstein et Jeffrey Friedman. James Franco, Jeff Daniels et David Strathairn feront partie du casting de ce film pour lequel aucune date de sortie en France n'est, pour le moment, annoncée.










Peter Orlovsky : lettre à Allen Ginsberb

Voici le début d'une longue lettre que Peter Orlovsky écrivit à Allen Ginsberg en 1958, alors qu'il se trouvait sur le bateau le ramenant à New York, après un séjour au Maroc.
Cette lettre a été publiée pour la première fois aux Etats-Unis sous le titre "Dear Allen: Ship will land Jan 23, 58" par Allan De Loach, Intrepid Press, "The Beau Fleuve Series", en 1971, avec en dos de couverture une photographie du couple par Richard Avedon.

La traduction française (par Lucien Suel & Henry Meyer) fut publiée en 1981 dans un n° spécial du magazine Starscrewer.

Cher Allen : Le Bateau accostera le 23 janv. 58

dans 6 heures, Terre, Terre, Terre - mes pieds,
mon estomac surexcité à l'idée de
retrouver la famille toute ta famille, Lucien Carr
Joyce & Jack s'il est là-
Que le diable emporte ce bateau - tout le temps malade
mais enfin chez moi maintenant - que puis-je
demander de plus ? Une terre couverte de roses-
plus pleurer sur mon sort, je vais être
gentil, travailler dur, mettre de l'argent de côté-
ne plus me masturber - me laver les dents tous les soirs
je discuterai avec les clodos dans la rue, toujours discuter avec eux
plus je vais plus je suis
seul - le bateau tangue mon
écriture est toute tremblotante - je suis là
à écrire simplement tout ce qui me passe par la
tête parce que ça vaut mieux que de
rester à rien branler sur ma couchette - seul
je rêve éveillé de la terre dans le ciel
des gosses qui chialent maintenant, un que sa mère
attrape et fait disparaître derrière la porte-
de la musique, la 6ème symphonie de Beethoven
dans le restaurant - on va servir le fromage
d'une minute à l'autre -c'est fou
le nombre d'Hindous sur ce bateau - mais
je n'ai adressé la parole à aucun-
et maintenant, peux pas parce que la musique est plus
prenante, les violons connaissent leur chemin dans les ténèbres- ?
maintenant une musique triste, une musique sur laquelle je pleure-
Je sens que j'emploie toujours les mêmes mots-
comme pleurer, ça n'a pas
de sens, quoi faire, qui m'aime
encore ? - Allen où es-
tu ? pourquoi n'es-tu pas
avec moi ici maintenant - ? pourquoi ?
A quoi penses-tu en ce moment ?
si loin l'un de l'autre, on ne peut pas se parler
qui nous entendra-
ton père est ici sur ce bateau-
Noël - et pas de cadeaux
sauf celui qu'allen m'a donné
et celui que Gregory
m'a donné mais c'était seulement
Provisoire - la brume soulève
son voile - la mer s'ébroue - amulettes
pour les étoiles - dansent dans un pot-
font l'amour dans un lit tunnel
qui conduit à l'imagination stellaire
Ce stylo est quasiment vide-
la pendule va sonner l'heure du déjeuner pour nous
autres passagers en classe Touriste-
J'ai oublié de mettre classe touriste sur
l'étiquette de mon sac de couchage
et maintenant peut-être qu'on va se tromper
et je ne vais pas le reconnaître
il va être égaré - et je ne peux rien
faire à part
pisser un coup car l'océan est propre
et la jungle ne connaît pas de rivière où
les périls reposent sur des carpettes noires (chantant)
des os qui escaladent le mur de Mahomet
et sur l'amazone
des points verts couvrent des crocodiles
qui ouvrent les yeux après avoir perdu contact avec
l'eau - il y avait la mer en photo
la mer dans le jukebox-
et enfin la mer dans le sable-
sache que je t'aime
pleure sur mes os
mais surtout pisse donc
sur ma tombe - car le temps
est une feuille qui change de couleur tant
de fois en une seconde









Allen Ginsberg – Au tombeau d'Apollinaire (1958)

Ici à Paris je suis ton invité chère ombre amicale
La main absente de Max Jacob
Le jeune Picasso m'apportant un tube de Méditerranée
Moi-même assistant au banquet rouge et vieux de Rousseau
J'ai mangé son violon
Merveilleuses fêtes au Bateau-Lavoir qui n'ont jamais été mentionnées
Dans les livres scolaires d'Algérie
Tzara au bois de Boulogne expliquant l'alchimie des coucous
mitrailleurs
Il pleure en me traduisant en suédois
Elégant cravate mauve et pantalon noir
Une douce et tendre barbe émerge de son visage comme la
Mousse tapissant les murs de l'Anarchie
Il parlait interminablement de ses querelles avec André Breton
Un jour il l'aida à retailler sa moustache dorée
Le vieux Blaise Cendrars m'a reçu dans son cabinet de travail
Et à voix basse me parle de l'immense Sibérie
Jacques Vaché me pria d'examiner sa terrible collection de pistolets
Pauvre Cocteau attristé parle du merveilleux Radiguet d'antan
A sa dernière pensée je me suis évanoui
Rigaut avec une lettre d'introduction à la Mort
Et Gide vanta le téléphone et d'autres remarquables inventions
En principe nous étions d'accord bien qu'il baratinât sur
Le linge de corps mauve
Malgré cela il but au goulot de l'herbe de Whitman intrigué
Par les amants qui se nomment Colorado
Princes d'Amérique arrivant les bras chargés de shrapnels et
De base-ball
Oh Guillaume le monde si facile à combattre semblait si facile
Savais-tu que les grands classiques politiques envahiraient
Montparnasse
Sans un seul brin de laurier prophétique pour verdir leurs
fronts
aucune pulsation verte dans leurs oreillers aucune feuille ne
reste de leurs guerres – Maïakovski est arrivé et s'est révolté…









ALLEN GINSBERG. L'autre Amérique
Jean Portante



Allen Ginsberg (1926-1997), c'est avant tout " l'autre Amérique ".
Celle qui élargit son territoire non par l'argent et les armes, mais par l'imagination, la liberté et les expérimentations extrêmes. Voilà pour le magicien de la vie. Allen Ginsberg est aussi celui de la parole poétique réhabilitée, réintroduite massivement dans la cité, liée à la musique, au spectacle, au visuel. Tout ceci pour créer la plus belle histoire culturelle que l'Amérique ait jamais vécue, celle de la génération Beat des Kerouac, Cassady, Ferlinghetti ou Burroughs, mais aussi celle des Bob Dylan, Patti Smith ou Lou Reed.
L'avenir ressemblait alors à une permanente effervescence de poèmes et de musique. Jean Portante s'attache à décrire le leader et le gardien de l'autre Amérique, l'apôtre subversif et charismatique de la liberté. Il fait aussi revivre un moment majeur de l'histoire culturelle de l'Amérique.










Hydrogen Jukebox de Philip Glass et Allen Ginsberg
Exercice de spéléologie au coeur de la Beat Generation
Nantes - Théâtre Graslin jusqu'au 26 janvier / Angers - Grand Théâtre les 28 & 29 janvier. En tournée jusqu'au 5 mars 2009

A Nantes, la création française de l'opéra de chambre Hydrogen Jukebox, neuvième opus lyrique du compositeur américain Philip Glass tient de l'expédition spéléologique : née en 1998 d'une rencontre de Glass avec le poète Allen Ginsberg, créé en 1990 au Spoleto Music Festival de Charleston, l'oeuvre plonge dans un passé pas si lointain mais qui se referme sur une génération qui a marqué et fait son temps : la Beat Generation, cette vague de rébellion sociale et poétique qui secoua l'Amérique des années cinquante à quatre vingt et fit des ondes sur les jeunesses du monde.

Jack Kerouac fut le premier à en déclencher les marées avec son emblématique Sur la route, bientôt suivi par Ginsberg et William Burroughs dont The Howl et Le Festin nu imprégnèrent les esprits et les révoltes.

C'est l'Amérique des Happy Fifties bientôt rattrapée par ses guerres, au Vietnam et ailleurs, par la rage de liberté tous azimuts, par le sexe sans tabou et la drogue comme accessoire d'évasion. Aux paroles proférées par le poète répondirent les sons d'un nouveau type baptisés « minimalistes » ou « répétitifs » initiés par des compositeurs comme LaMonte Young, Steve Reich, Terry Riley et Philip Glass. La découverte au Festival d'Avignon 1976 de son premier opéra Einstein on the Beach mis en scène par Bob Wilson et chorégraphié par Lucinda Childs fit l'effet d'un électrochoc qu'aucune autre œuvre postérieure renouvela.

20 chants pour 7 musiciens, 6 chanteurs et un narateur

Pour la production française de Hydrogen Jukebox, Philippe Nahon et son ensemble Ars Nova, côté musique, Joël Jouanneau à la mise en scène et Jacques Gabel pour la scénographie se sont emparés des traces laissées par ces temps-là et ont tenté de leur redonner vie. L'œuvre, articulée autour de vingt chants pour sept musiciens, six chanteurs et un narrateur, a presque 20 ans d'âge. Son titre est extrait de Howl (cri, hurlement), le poème quasi identitaire de Ginsberg : « listening to the crack of doom on the Hydrogen Jukebox (en écoutant le crack d'apocalypse d'un jukebox à hydrogène) ».

La scénographie de Gabel s'appuie sur les données de la célèbre Factory chère à Andy Warhol, tables de maquillage aux miroirs encadrés de lampes, murs gris et écrans mobiles auxquels s'ajoutent un tuyau accroché aux cintres crachant du sable sur des restes d'uniformes, et, à l'avant-scène le bureau et la machine à écrire de Ginsberg. Un Ginsberg qu'incarne le comédien Eric Génovèse, prêté par la Comédie Française dont il est sociétaire. Jouant les Frégolis, acteur et danseur d'une multitude d'autres personnages il dit et profère les textes en flamme de Ginsberg. Le programme les reproduit en langue originale et dans leur traduction : belle initiative qui pointe du bout des mots la difficulté de traduire un langage principalement axé sur le souffle et la mélodie des syllabes.

Quand le cheval de fer fonce vers la guerre

Déguisé en oncle Sam - haut de forme et couleurs de bannière étoilée -, Philippe Nahon dirige ses ouailles musiciennes comme s'il était lui aussi un personnage à part entière. Côté jardin les vents, flûte (Pierre-Simon Chevry), clarinette (Eric Lamberger) et le saxophone de Jacques Charles qui se livre à un étourdissant solo de jazz. Côté cour, percussions et synthétiseurs, les instruments clés de cette musique, sont manipulés par Isabelle Cornélis, Elisa Humanes, Michel Maurer et André Dos Santos. A ces excellents instrumentistes se joignent les voix des sopranos Mia Delmaë et Céleste Lazarenko, de la mezzo Aurore Ugolin, du ténor Michaël Bennett, des barytons et barytons basses Jeremy Huw-Williams et Jean-Loup Pagésy qui figurent tour à tour le chœur et les diverses silhouettes qui traversent les temps et les paysages : des plaines d'Oklahoma aux rives du Gange, de Chicago à Calcutta, quand « le cheval de guerre fonce vers la guerre », que meurent « les soldats venus de nulle part pour aller où on les envoie » et que dans ce marasme il faut invoquer Yahvé, Allah et Bouddha.

D'Eisenhower à Bush père, les présidents défilent et les événements liés à leurs mandats : par flashs, par fragments, par états de névroses. Il n'y pas d'histoire, il y a l'Histoire et ses convulsions, les battements sourds de la musique de Glass, ses répétitions en boucle qui créent une sorte d'hypnose.

Ni véritable opéra, ni véritable oratorio, c'est un voyage dans des mondes en tourmente qui n'ont pas fini de nous interpeller.

Hydrogen Jukebox de Philip Glass, livret d'Allen Ginsberg, ensemble instrumental Ars Nova, direction Philippe Nahon, mise en scène Joël Jouanneau, décor Jacques Gabel, costumes Claire Sternberg, lumières Franck Thévenon, réalisation sonore Pablo Bergel.Avec Eric Génovèse, Mia Delmaë, Céleste Lazarenko, Aurore Ugolin, Michael Bennett, Jeremy Huw-Williams, Jean-Loup Pagésy.










Allen Ginsberg, le chant de l'Amérique, de Michel Bulteau, une note de lecture d'Alain Helissen

Bulteau_ginsberg En 1976, Henri Michaux suggérait à Michel Bulteau de rencontrer Allen Ginsberg, alors de passage à Paris. La rencontre eut lieu le lendemain à la librairie Shakespeare and Company. Elle allait constituer, pour Michel Bulteau, un tournant de sa vie puisque, la même année, il va s'expatrier à New-York et fréquenter d'autres acteurs de cette Beat Generation qui connaîtra une audience internationale à travers les figures notamment de Jack Kerouac, d'Allen Ginsberg, de William Burroughs ou de Brion Gysin. Mr Allen Ginsberg, an American from Paterson, New Jersey, ainsi le présentait Bob Dylan, l'une des "rock stars" que côtoyait Ginsberg, ami encore de John Lennon et Paul Mac Cartney, avec qui il enregistra The Ballad of the skeletons. Ce petit ouvrage de Michel Bulteau ne prétend pas livrer une étude détaillée ni de l'œuvre ni de l'homme mais se contente d'apporter le témoignage « privilégié » d'un compagnon de route, admirateur inconditionnel du « perturbateur » Ginsberg encore plus connu comme « maître de l'outrage » en raison de sa défense de valeurs aussi peu soutenues que la drogue ou l'homosexualité ainsi que de son aversion pour la guerre du Vietnam et pour la CIA. Allen Ginsberg s'intéressait beaucoup à ses amis poètes, musiciens ou artistes, à propos desquels il voulait tout connaître. De Jack Kerouac, il disait : il m'a tout appris en ce qui concerne l'écriture. Le 4 avril 1997, Allen Ginsberg s'éteint dans son appartement de la 13ième rue, victime d'un cancer du foie. Le ravaudeur de notre réalité ne sera plus jamais à l'œuvre, commente Michel Bulteau, fortement ému. Merci à lui d'avoir restitué ici ses souvenirs vécus, une manière de retrouvailles, pour lui comme pour nous.
©Alain Helissen

Allen Ginsberg, le chant de l'Amérique, Michel Bulteau ; Editions de la Différence ; www.ladifference.fr









LIBERATION

GINSBERG, mort on the beat.Le poète américain Allen Ginsberg, compagnon de route de Kerouac et Burroughs, apôtre de la beat generation, est mort samedi à 70 ans.

Le poète Allen Ginsberg est mort à New York dans la nuit de vendredi

à samedi. D'une crise cardiaque, qui lui a évité une longue agonie. Ginsberg, qui aurait eu 71 ans le 3 juin, savait en effet depuis dix jours que, de toute façon, ses jours étaient comptés, qu'un cancer du foie conspirait à sa fin prochaine. «Il souffrait d'une hépatite C depuis des années, explique le docteur Claine, son médecin, et depuis 1988 d'une cirrhose du foie qui s'est transformée en cancer.» Le père d'Allen, Louis, poète lui aussi, est mort de la même maladie en 1968.

Si Kerouac en était la figure emblématique, si William Burroughs en est le talent le plus pur, Ginsberg était l'apôtre de la Beat Generation, celui qui porta l'étendard le plus haut et avec le plus de constance. Sans doute parce qu'il devait beaucoup à ce mouvement.

A peine 18 ans. Quand il se lie avec les Lucien Carr, Jack Kerouac, William Burroughs, cette bande de désoeuvrés qui font les 400 coups autour de la 100e rue Ouest à Manhattan, Allen Ginsberg a à peine 18 ans. Et sort d'une adolescence difficile. Son père est prof au lycée de Patterson, dans le New Jersey, une banlieue de New York, un poète «classique» et avide de respectabilité. Sa mère, Naomi, une immigrée juive russe, ancienne militante d'extrême gauche, est une idéaliste vaincue par l'effondrement de l'Europe et les massacres qui ont suivi, rongée par la folie. Elle est persuadée que le président Roosevelt a placé sa maison sur écoutes et que sa belle-mère va l'assassiner. Allen restera très attachée à cette mère lâchée par ses rêves. Lui-même souffre d'anxiété, et passe son adolescence à chercher sa propre identité, comprenant vite qu'il est homosexuel mais n'arrivant pas, dans l'Amérique puritaine de Truman, à l'accepter. Il entre à l'université de Columbia en 1943, à 17 ans, y suit d'abord des cours de droit puis le séminaire de littérature du critique et écrivain Lionel Trilling, ceux aussi du shakespearien Mark Van Doren, commence à faire des expérimentations littéraires, à écrire des poèmes, que son père n'aime pas. Ses nouveaux copains, surtout Lucien Carr, apprécient mieux. D'autant qu'entre deux joints, des verres de gin ou de bourbon, ou après l'absorption de diverses substances, benzédrine et autre morphine, ils font tous les mêmes recherches. «Kerouac, Burroughs et moi avons eu le même credo: composer une poésie nouvelle basée sur le langage parlé, celui de la rue, disait Ginsberg. Nous étions des disciples de William Carlos Williams, qui avait incorporé d'intenses fragments de cet anglo-américain vernaculaire dans sa poésie. Nous étions aussi impressionnés par Ezra Pound. Ces influences donnèrent Mexico City Blues, ce recueil de poèmes de Kerouac qui eut tellement d'importance pour Bob Dylan. Elles donnèrent aussi le "beat, qui n'est pas le rythme mais une expression que les junkies utilisent quand ils sont au bout du rouleau. Est "beat cette phrase: "La liberté c'est juste un mot qui signifie plus rien à perdre.»

Renvoyé de Columbia. Dans la bande de cinglés à laquelle il appartient, Ginsberg, qui est le plus jeune, est surtout impressionné par la beauté et la sensibilité de Jack Kerouac, son aîné de quatre ans. A cause de lui, il est embarqué dans une sombre affaire, celle de l'assassinat de David Kammerer, un homosexuel tué par Lucien Carr, qui a repoussé ses avances, et dont le corps est transporté par Kerouac dans la voiture de Ginsberg. Cette histoire lui vaudra une enquête et un renvoi de Columbia. Auparavant, il aura essayé d'entamer une vie de «regular guy», se sera embarqué sept mois sur un rafiot qui s'encalmine dans les Caraïbes. A son retour, il fait connaissance avec le copain de Kerouac, Neal Cassady, dont la vitalité, la beauté, le sex-appeal le fascinent. Il le rejoint à Denver, couche avec lui. Ils sont ensemble quand Kerouac débarque. Ce qui lui vaudra de devenir, en version soft (déshomosexualisée) et sous le nom de Carlos Marx, un personnage de Sur la route. Mais Cassady le lâche pour partir à San Francisco rejoindre ses maîtresses. Comprenant que Neal le bisexuel ne quittera ni ses femmes ni son copain Jack pour lui, Ginsberg s'embarque pour Marseille et l'Afrique. Deux mois de mer et il rentre à New York, désespéré. «Je suis plus près que jamais de la mort, écrit-il à Kerouac, mais je n'ose pas me tuer.»

Blake ou la révélation. Il passe de longs mois à East Harlem en une introspection sinistre, se prenant pour Joseph K., lisant The Town and The City de Kerouac et s'y voyant représenté dans le personnage du poète Levinsky, un raté. Et puis un jour, après s'être masturbé, il lit un poème de William Blake, Ah Sun Flower. Et il a une vision «auditive», comme il l'appelle. Il entend psalmodier les Chants de l'expérience du poète anglais. Il n'est pourtant pas au bout de ses peines. En 1949, Herbert Hunckle, le junkie qui passe pour le véritable inventeur du mot «beat», s'installe chez lui avec sa marchandise. Une descente de police et Ginsberg est arrêté pour complicité de trafic de stupéfiants. Il plaide les troubles mentaux, est interné quelques mois en hôpital psychiatrique. Où il rencontre Carl Salomon, un surdoué qui a traîné ses guêtres à Saint-Germain-des-Prés. Ils discutent des Possédés et de l'Idiot de Dostoïevski, de T. S. Eliot et Melville. Ginsberg parle de ses copains, Kerouac et Burroughs. Salomon évoque les écrivains français, Apollinaire, Michaux, Isou, Artaud et Genet. Foi en lui-même. A sa sortie, Ginsberg tente de publier des poèmes, part en stop en Floride puis à San Francisco. Il y devient employé aux chemins de fer. Rencontre Peter Orlovsky. Celui-ci a sept ans de moins que lui, il est franc, direct et beau. Il va devenir le compagnon de sa vie, celui qui va remplacer dans ses rêves et dans la réalité NealCassady. Et lui donner enfin foi en lui-même. A l'automne 1955, à la demande du poète californien Kenneth Rexroth, Ginsberg organise une lecture à la Six Gallery à San Francisco. On doit y introduire Philipp Lamantia, Gary Snyder, Michael McClure, Philip Whalen et lui même. Il lit Howl, «son cri primal de liberté», qu'il vient de composer, et transforme l'événement en légende. Howl dénonce l'Amérique qui, comme le dieu païen Moloch, dévore ses propres enfants, aboie contre le monstre industriel. Le poème proclame la sainteté de la langue, de la queue et de l'anus. Et l'horreur de la honte. Quand la librairie City Lights le met en vente, la police de San Francisco saisit les livres et arrête Ferlinghetti, le poète libraire éditeur, ami de Ginsberg. Pour obscénité. Il y aura procès et non-lieu. Mais la publicité faite transforme Ginsberg en la première célébrité de ladite Beat Generation. Activiste et éternel opposant. Elle lui donne aussi l'idée de toujours occuper le devant de la scène. Aidé par un sens du spectacle jamais démenti, Ginsberg saura jouer des médias. Pour lutter contre ses bêtes noires, la politique américaine au Viêt-nam, le néoconservatisme des années 80, le puritanisme, Ronald Reagan, le racisme ou les totalitarismes cubain, soviétique et chinois (dans les années 60, il est expulsé de Prague et de La Havane). Et aussi pour vendre ses livres, de Kaddish, son chef-d'oeuvre, un poème élégiaque narratif à la mémoire de sa mère décédée en 1956, à Plutonian Ode, ou ses journaux littéraires et intimes. Il en use aussi généreusement pour faire connaître les livres de ses camarades de la Beat Generation. Ainsi lui, le libertaire, l'opposant farouche au FBI et à toute la paranoïa américaine, n'hésitera jamais à défendre Jack Kerouac, qui parut pourtant plus tenté par le militarisme et le superpatriotisme. Quand on lui dit que Jack Kerouac était favorable à l'inter vention au Viêt-nam, Ginsberg voit rouge: «Croire que Kerouac était pour la guerre c'est être victime d'une hallucination collective, cultivée par la CIA. Certes, il n'aimait pas les slogans de l'extrême gauche à la gloire de Mao, Castro et autres tyrans, mais il n'aimait pas plus cette boucherie.»

Ginsberg a du mérite. Dans les dernières années de sa vie, Jack, reclus avec sa mère qui déteste les juifs, trempant dans le mauvais alcool, torturé par des douleurs violentes aux jambes, a souvent insulté son copain. Allen ne lui en voulut jamais. Parce qu'il lui devait quelques belles émotions. Et aussi parce que, fils de juifs, il avait été initié au bouddhisme par ce rejeton de l'Eglise catholique apostolique et romaine. «C'est Jack qui a essayé d'aller le plus loin dans la synthèse des idées occidentales et extrême-orientales. Il faut se rappeler qu'au tout début des années 50, personne ne s'intéressait au bouddhisme, ni au zen.» Un engagement qui ne se démentira plus. Il déclarera: «Le bouddhisme est comme la poésie, une invitation à la méditation, une forme d'exercice spirituel"» Au milieu des années 70, avec le sage tibétain Chögyam Trungpa, il créera le centre Naropa, à Boulder dans le Colorado. Et, avant de mourir, il exprimera la volonté que des dons soient faits en son nom à ce centre.

Bio express 3 juin 1926. Allen Ginsberg naît dans le New Jersey (banlieue de New York).

1943. Il entre à l'université de Columbia à New York et rencontre quelques mois plus tard Jack Kerouac et William Burroughs.

1947. Il rencontre Neal Cassady dont il tombe amoureux.

1948. Il a son illumination sur un poème de William Blake.

1949. Il est interné en hôpital psychiatrique et y fait connaissance de Carl Salomon.

1955. Il part à San Francisco, rencontre Peter Orlovsky puis en octobre dit Howl à la galerie Six.

1958. Il écrit Kaddish à la mémoire de Naomi sa mère, morte en 1956.

1972. Il publie The Fall of America, l'apocalypse d'une Amérique engluée dans le delta du Mekong.

1997. Le 5 avril, il meurt à New York.

Pratiquement tous les livres de Ginsberg sont publiés en 10/18 et chez Christian Bourgois.

Extraits de «Howl» et de «Kaddish»: Howl «J'ai vu les grands esprits de ma génération, détruits par la folie, affamés, hystériques, nus, se traînant à l'aube dans les rues nègres, à la recherche d'un mauvais shoot (...) «Quel sphinx de ciment et d'aluminium a défoncé leurs crânes, dévoré leurs cervelles et leur imagination?»

Kaddish «Etrange de penser à toi, partie sans corps ni yeux, et marcher sur le trottoir ensoleillé de Greenwich Village/ville basse de Manhattan, clair midi d'hiver, et debout toute la nuit, parlant, parlant et lisant le kaddisch à haute voix, écoutant Ray Charles hurlant les blues aveugle sur le gramophone (...) Rends-moi fou, Dieu, je suis prêt. Que mon esprit se désintègre. Déshonore moi aux yeux de la terre, attaque mon coeur, bouffe moi la bite.»








Howl d' Allen Ginsberg manifeste historique et cri de colère

Un grand texte se doit d'avoir un titre génial. Il en va ainsi du poème, absolument «culte», d'Allen Ginsberg, Howl, qu'on traduirait par «hurler» ou «mugir».

Un cri de rage, qui ne retombera pas de sitôt dans le silence ,Clamée pour la première fois  à la Six Gallery de San Francisco le 13 octobre 1955, cette virulente critique du rêve américain sidère son auditoire. Un choc, surtout qu'a cette époque les lectures publiques de poésie étaient de véritables évenements artisitques au même titre que les concerts de folk ou de jazz.

 Comme le symbole de la révolte à venir d'une certaine jeunesse américaine antimilitariste, qui découvrait l'étrange Allen Ginsberg et ses drôles de copains, pionniers du mouvement beatnik , Jack Kerouac, Neal Cassady ou William S. Burroughs compagnons décadents avec lesquels  Ginsberg  expérimente drogues diverses de la   benzédrine  a  la marijuana, ainsi que le sexe sans tabou. Auprès de ses nouveaux amis , Ginsberg découvre l'homosexualité et fréquente les bars gays de Greenwich Village.

Ginsberg qui était Shivaiste (Dieu hindou de la destruction ,de la fécondité et du cannabis) est toujours considéré comme la 'pape ' de la beat-génération  et reste  une veritable icône hippie.

il était le fils  d'un poète et d'une mère militante communiste enfermée tôt dans un hôpital psychiatrique ,elle y mourra quand allen aura 30 ans et il composera a sa mémoire Kaddish un  poème inspiré de la prière pour les morts dans la religion juive .

Les colloques et conférences d'Allen ginsberg  ont très vite attiré partout a travers le monde des milliers  d'admirateurs et de curieux  et tout au long de sa vie l'artiste va défendre le droit des homosexuels ,la légalisation des drogues douces  et l'experimentation du LSD.

Politiquement  il   aura  combattu contre  la guerre au le viet-nam et s'est dréssé contre  les regimes totalitaires (Chine - Cuba -U.R.S.S) choissisant de  prôner l'amour ; liberté  et découverte de soi-même et des autres.

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Howl ,son  manifeste historique d'une esthétique révolutionnaire  et totalement nouvelle ,  a pris figure d'un texte politique et social tant pour les initiés comme pour le public plus large. 
Le teste est divisé en trois parties et s'ouvre sur ces mots:
 «J'ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus,/ se traînant à l'aube dans les rues négresses à la recherche d'une furieuse piqûre,/initiés à tête d'ange brûlant pour la liaison céleste ancienne avec la dynamo étoilée dans la mécanique nocturne.» S'ensuit une série de propositions lyriques et provocatrices, introduites dans le premier tiers par des pronoms relatifs, chantant les paradis artificiels, la critique politique ou la liberté sexuelle, avec mots fort incorrects pour l'époque.

La syntaxe et les images, ainsi isolées, peuvent dérouter, mais les mots si possible «hurlés» prennent à l'oreille une ampleur proche du meilleur du free jazz (né à peu près à la même époque). Malgré (ou à cause de) la beauté sauvage de l'écriture de Ginsberg, certains crient alors au loup. L'évocation des sujets abordés vaut à Ginsberg la saisie des livres par le service des douanes et la police de San Francisco. Il écope d'un procès pour obscénité, digne des déboires de Flaubert, Baudelaire ou plus proche de nous  Houellebecq. je vous propose de découvrir  ou de relire ce brûlot qui peut parfois vous sembler  sans queue ni tête mais qui plus de 50 ans apres sa parution reste d'une violence  inouie et qui aujourd'hui encore n'a rien perdu de sa fureur et de sa puissance verbale.

J'ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus,
se traînant à l'aube dans les rues nègres à la recherche d'une furieuse piqûre,
initiés à tête d'ange brûlant pour la liaison céleste ancienne avec la dynamo étoilée dans la mécanique nocturne,
qui pauweté et haillons et oeil creux et défoncés restèrent debout en fumant dans l'obscurité surnaturelle des chambres bon marché flottant par-dessus le sommet des villes en contemplant du jazz,
qui ont mis é nu leurs cerveaux aux Cieux sous le Métro Aérien et vu des anges d'Islam titubant illuminés sur les toits des taudis,
qui ont passé à travers des universités avec des yeux adieux froids hallucinant l'Arkansas et des tragédies à la Blake parmi les érudits de la guerre,
qui ont été expulsés des académies pour folie et pour publication d'odes obscènes sur les fenêtres du crène,
qui se sont blottis en sous-vêtements dans des chambres pas rasés brûlant leur argent dans des corbeilles è papier et écoutant la Terreur à travers le mur,
qui furent arrêtés dans leurs barbes pubiennes en revenant de Laredo avec une ceinture de marihuana pour New 'rbrk,
qui mangèrent du feu dans des hôtels à peinture ou burent de la térébenthine dans Paradise Alley, la mort, ou !eurs torses purgatoirés nuit après nuit,avec des rêves, avec de la drogue, avec des cauchemars

qui marchent, l'alcool la queue les baises sans fin, incomparables rues aveugles de nuage frémissant et d'éclair dans l'esprit bondissant vers les pôles du Canada,
,qui s'enchaînèrent pleins de benzédrlne sur les rames de métro pour le voyage sans fin de Battery au Bronx  jusqu'à ce que le bruit des roues et des enfants les firent redescendre tremblants
qui errèrent et errèrent en tournant à minuit dans la cour du chemin de fer en se demandant où aller, et s'en allèrent sans laisser de coeurs brisés,
qui allumèrent des cigarettes dans des wagons à bestiaux wagons à bestiaux wagons à bestiaux cahotant à travers neige vers des fermes désolées dans la nuit de grand-père,
qui au Kansas étudièrent Plotin Poe Saint Jean de la Croix la télépathie et la cabale hep parce que le Cosmos vibrait instinctivement à leurs pieds,
qui se sont esseulés le long des rues de l'idaho, cherchant des anges indiens visionnaires,
qui ont pensé qu'ils étaient seulement fous quand Baitimore luisait en extase surnaturelle,
qui ont sauté dans des limousines avec les Chinois de l'Oklahoma sous l'impulsion de la pluie de minuit
qui flénèrent affamés et tout seuls dans Houston cherchant du jazz sexe, soupe, suivirent l'Espagnol brillant pour converser au sujet de l'Amérique et de l'Eternité, tèche sans espoir, et ainsi embarquèrent pour l'Afrique,
qui disparurent à l'intérieur des volcans mexicains ne laissant derrière eux que l'ombre des blue-jeans et la lave et la cendre de poésie éparpillée dans la cheminée de Chicago,
qui réapparurent sur la Côte Ouest enquêtant sur le F.B.l. en barbe et en culottes courtes avec de grands yeux de pacifistes sensuels dans leur peau sombre, distribuant des tracts incompréhensibles
qui hurlèrent à genoux dans le métro et furent traînés du toit en agitant génitoires et manuscrits,
qui se laissèrent enculer par des saints motocyclistes et hurlèrent de joie,
qui sucèrent et furent sucés par ces séraphins humains, les marins, caresses d'amour atlantique et caraïbe,
qui baisèrent le matin et le soir dans les roseraies et sur le gazon des jardins publics et des cimetières répandant leur semence à qui que ce soit jouisse qui pourra, que secouèrent des hoquets Interminables en essayant de rigoler mais qui se retrouvèrent en sanglots derrière la paroi du Bain Turc quand l'ange nu et blond vint les. percer avec une épée,
qui perdirent leurs boys d'amour à trois vieilles mégères du destin la mégère borgne du dollar hétérosexuel la mégère borgne qui cligne de l'oeil dans la matrice et la mégère borgne qui ne fait rien d'autre de rester assise sur son cul et de couper les fils d'or intellectuels du métier à tisser de l'artisan,
qui copulèrent en extase et insatiables avec une bouteille de bière une fiancée un paquet de cigarettes une bougie et tombèrent du lit et continuèrent le long du plancher et dans le couloir et s'arrêtèrent au mur évanouis avec une vision de vagin et de jouissance suprême éludant la dernière éjaculation de conscience.

qui sucèrent le con d'un million de filles tremblantes dans le soleil couchant, et ils avaient leurs yeux rouges au matin mais prêts è sucer le con du soleil levant, étincelant des fesses dans les granges et nus dans le lac,
qui sortirent draguer à travers le Colorado dans des myrlades de voitures de nuit volées, NC héros secret de ces poèmes-cl, baiseur et Adonis de Denver - joie à sa mémoire d'innombrables balsages de filles dans des terrains vagues et dans la cour des restaurants, dans les rangées boiteuses de cinémas, au sommet des montagnes dans des caves ou avec des serveuses maigres dans des soulèvements familiers de combinaison solitaire au bord de la route et joie spécialement aux solipsismes et aux Toilettes secrètes des stations-service et aussi dans les ruelles de la ville natale et qui se dissolvêrent dans de vastes cinémas sordides, furent tranférês en rêve et  se réveillèrent sur un brusque Manhattan

Allen Ginsberg  'Howl '  (extrait)





25/10/2010
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