Alain YVER

Alain YVER

ALPHONSE ALLAIS

ALPHONSE ALLAIS








Association des amis d’Alphonse ALLAIS
http://www.boiteallais.com/

201 citations
http://www.dicocitations.com/auteur/95/Alphonse_Allais.php

courts extraits du recueil : A l'oeil
http://ourworld.compuserve.com/homepages/bib_lisieux/allais.htm

Pour tout savoir sur Alphonse Allais
http://alph-allais.perso.libertysurf.fr/

Le musée Alphonse Allais
http://www.passocean.com/dddeuxsieclesdhistoire/alphonseallais/musee/musee.html

LOUFOQUERIE
http://www.bmlisieux.com/litterature/allais/loufoqri.htm

ALPHONSE ALLAIS
http://www.pedroiy.com/piweb/gens/allais.htm





Alphonse Allais est un journaliste, écrivain et humoriste français célèbre à la Belle Époque. Surtout connu pour sa plume acerbe et son humour absurde, il est l'auteur méconnu des premières peintures abstraites : ses monochromes Combat de nègres dans une cave, pendant la nuit, Récolte de la tomate sur le bord de la mer rouge par des cardinaux apoplectiques, etc., présentés au Salon des Arts Incohérents, précédent d'une génération le Carré blanc sur fond blanc de Kasimir Malevitch, généralement considéré comme le premier exemple en la matière. Il est aussi, bien avant John Cage ou Erwin Schulhoff, l'auteur de la première composition musicale minimaliste : sa Marche Funèbre composée pour les Funérailles d'un grand homme sourd, est une page de composition vierge, parce que « les grandes douleurs sont muettes ».


Biographie

Né le 20 octobre 1854 à Honfleur (Calvados). Il meurt frappé d'une embolie pulmonaire, consécutive à une phlébite pour laquelle son médecin lui ordonna de rester au lit pendant six mois. Négligeant cette recommandation, il va au café, comme tous les jours et à un ami qui le raccompagne à son domicile, il fait sa dernière plaisanterie : « Demain je serai mort ! Vous trouvez ça drôle, mais moi je ne ris pas. Demain, je serai mort ! » Comme il l'avait annoncé, il meurt le lendemain, le 28 octobre 1905 à Paris.

Il nous reste de lui l'image d'un homme à l'humour acide et un spécialiste de la théorie de l'absurde. Ses travaux scientifiques sont moins connus (recherches sur la photographie couleur et dépôt d'un brevet pour du café lyophilisé, ainsi que des travaux très poussés sur la synthèse du caoutchouc).

Il a fait partie du mouvement Fumiste, était membre du club des Hydropathes, fut un pilier du cabaret le Chat noir, dont il dirigea la revue, et présenta de fameuses toiles monochromes (Combat de nègres dans une cave, pendant la nuit, Récolte de la tomate sur le bord de la mer rouge par des cardinaux apoplectiques, etc.) au salon des Arts Incohérents[1].
Alphonse Allais a composé des centaines de contes humoristiques, tous ou presque écrits dans l'urgence. Poète autant qu'humoriste, il a cultivé entre autres le poème holorime, c'est-à-dire constitué de vers entièrement homophones, où la rime est constituée par la totalité du vers. Exemple :

    « Par les bois du djinn où s'entasse de l'effroi,
    Parle et bois du gin ou cent tasses de lait froid. »

ou encore :

    « Alphonse Allais de l'âme erre et se f... à l'eau.
    Ah ! l'fond salé de la mer ! Hé ! Ce fou ! Hallo. »

Il sait à l'occasion se moquer de lui-même, dans le vers suivant :

    « Ah ! Vois au pont du Loing : de là vogue en mer Dante.
    Hâve oiseau pondu loin de la vogue ennuyeuse. »

suivi du commentaire de bas de page : « La rime n'est pas très riche, mais j'aime mieux cela que de sombrer dans la trivialité. »

Son art de tirer à la ligne était proverbial. Il est vrai qu'il faisait même cela avec esprit : « Il fait chaud ici, permettez que j'ouvre une parenthèse. »

L'univers d'Alphonse Allais

Quelques personnages reviennent de façon récurrente dans le monde d'Alphonse Allais.

Le Captain Cap, de son vrai nom Albert Caperon, est un personnage qui a son franc-parler et affirme : « La bureaucratie, c'est comme les microbes : on ne parlemente pas avec les microbes. On les tue ! ». Son apparition est prétexte à fournir des recettes de cocktails.

Francisque Sarcey, critique théâtral du journal le Temps et personnification du « gros bon sens » bourgeois, est souvent cité dans les contextes les plus loufoques (la « victime » ne s'en formalisait pas, et se réjouissait même d'être imitée - Allais signait volontiers de son nom - par un écrivain aussi spirituel. Un autre auteur lui ayant emprunté le procédé, il tint à mettre les choses au point : Deux personnes seulement à Paris ont le droit de signer Francisque Sarcey : moi-même d'abord, et Francisque Sarcey ensuite).

Dans plusieurs nouvelles, Alphonse Allais ridiculise, sous couvert de les louer, les thèses de l'économiste Paul Leroy-Beaulieu, adepte du protectionnisme.

Il ne se prive pas de mettre en scène François Coppée, Loïe Fuller, Liane de Pougy, Cléo de Mérode, Paul Déroulède et d'autres gloires de la Belle Époque.

Alphonse Allais et Éric Satie sont nés à quelques mètres de distance, dans la même rue de Honfleur. Ils se sont rencontrés au cabaret le Chat noir. Alphonse Allais avait surnommé le musicien Ésotérik Satie.

En juillet 2005, le Premier ministre français Dominique de Villepin emploie, au cours d'une conférence de presse, l'expression « patriotisme économique ». La paternité de cette expression revient à Alphonse Allais qui l'emploie dans une nouvelle publiée dans « Deux et deux font cinq ». Patriotisme économique. Lettre à Paul Déroulède. Il brocarde joyeusement les thèses du patriotard.




Principaux ouvrages

    * À se tordre, 1891
    * Vive la vie !, 1892
    * Deux et deux font cinq, 1895
    * On n'est pas des bœufs, 1896
    * Amours, délices et orgues, 1898
    * Ne nous frappons pas, 1900

Il nomma un de ses ouvrages Le parapluie de l'escouade pour deux raisons : il n'y était question de parapluie d'aucune sorte, et le cas de l'escouade, unité de combat si importante, n'y était évoqué à aucun moment (Boris Vian retiendra la leçon pour son titre l'Automne à Pékin). Quelques lecteurs grincheux ayant protesté, il intitula son volume suivant : Pour cause de fin de bail en justifiant l'opportunité du titre par le fait que son bailleur lui signifiait son congé à la fin du mois.

source
http://fr.wikipedia.org/wiki/Alphonse_Allais






Alphonse Allais
et la Pharmacie du Passocéan



Alphonse Allais est né le 20 octobre 1854 dans la pharmacie paternelle, située 6 place de la grande fontaine  à Honfleur (aujourd'hui  pharmacie du Passocéan, place Hamelin). Le même jour qu'Arthur Raimbaud qu'il ne rencontra jamais et l'éclairage au gaz: Est ce là une raison pour avoir de brillantes idées ?

"Normand par sa mére, Breton par un ami de son pére"*

Très vite il manifeste un goût pour la farce et la blague.
Au collège de Honfleur pendant son adolescence, il entraîne ses camarades dans la préparation de farces dont les professeurs font les frais (la chahutorium automaticum).
"En ma qualité de fils de pharmacien, je gorgeais mes camarades d'un tas de cochonneries: Des pâtes pectorales, des dattes".
Il apporte des seringues en verre et des suspensoirs aussitôt transformés en fronde.
Un jour il prépare des "biscuits à la scamonnée", purgatif puissant et presque instantané, qu'il distribue à ses petits camarades de classe. Le résultat ne se fit pas attendre. (Dans Loufoquerie. Vive la vie).

A 17 ans reçu bachelier es sciences, Allais devient stagiaire à la pharmacie paternelle. C'est d'ailleurs dans le laboratoire paternel qu'il fit ses premiers essais de photographies en couleurs. Plus tard Allais rencontra Charles Cros et travailla avec lui.

Mais ses expériences de stagiaire étaient nombreuses et peu du goût de son père.
"essais de nouvelles teintures" sur les torchons de la pharmacie et surtout sur les cheveux des clients, dispensassions de faux médicaments ou conseils farfelus.

Son père fut obligé de se séparer de lui et l'envoya comme stagiaire dans une pharmacie à Paris.
Là il rencontra des chansonniers, des artistes et commença à écrire ses nouvelles dans la presse et les cabarets Monmartrois.
Il "oublia" de se présenter à son cinquième examen de pharmacien.

Adulte, il revenait souvent à Honfleur où il écrivait à la terrasse du "café de Paris", prés de la pharmacie paternelle. Honfleur qu'il aimait beaucoup et "pourtant il y fait bien chaud en été, pour une aussi petite ville".

Aujourd'hui, peut-être qu'un bacille hilarant infeste les murs depuis Alphonse Allais. La "Pharmacie du Passocéan" pour perpétuer la tradition de l'humour et donner une ambiance particulière, présente dans ses vitrines les inventions d'Alphonse Allais et autres médicaments n'engendrant pas la mélancolie...

" La blague est la seule arme à employer contre la solennité imbécile d'un tas de messieurs qui voudraient nous faire prendre leurs baudruches soufflées pour des blocs de marbres. Quant aux graves patauds qui n'aiment pas la blague, ils me rappellent un cul de jatte que j'ai rencontré l'autre jour. Ce pauvre bout d'homme haussait les épaules en voyant des cyclistes".     Alphonse Allais.
 




citation d'Alphonse Allais.

           
-J'ai connu bien des filles de joie qui avaient pour père un homme de peine.

-Quand on ne travaillera plus le lendemain des jours de repos, la fatigue sera vaincue.

-est toujours avantageux de porter un titre nobiliaire. Etre de quelque chose, ça pose un homme, comme être de garenne, ça pose un lapin.

-Les émaux auxquels personne ne tient, ce sont les émaux... rhoïdes.

-Les pommes de terre cuites sont plus faciles à digérer que les pommes en terre cuite.

-Entendu de mes propres yeux: -C'est étonnant comme les frères Lyonnet se ressemblent ! -Oui, surtout Anatole.

-La mer est salée parce qu'il y a des morues dedans. Et si elle ne déborde pas, c'est parce que la Providence, dans sa sagesse, y a placé aussi des éponges.

-Shakespeare n'a jamais existé. Toutes ses pièces ont été écrites par un inconnu qui portait le même nom que lui.

-Qui est donc ce monsieur si maigre ? -C'est un lutteur. -Un lutteur ? Vous êtes sûr ? -Oui, il lutte contre la tuberculose.

-C'est probablement parce que les ardoises viennent d'Angers que le métier de couvreur est dangereux.

-On sait que les cheveux, considérés au microscope, sont creux, ce qui explique l'expression: tuyau de poil.
 

 




 ALPHONSE ALLAIS


Alphonse ALLAIS, écrivain et humoriste français, farceur invertébré, fumiste professionnel, né où son père était pharmacien  et mort à Paris le 28 octobre 1905. Précurseur génial , il fut un véritable athlète du mot, des lettres et des rimes : calembours d'almanach, fable express, néo alexandrins, vers antérimes, fausses rimes, alexandrins records numérique ou alphabétiques ... Il est cité dans tous les recueils liés aux jeux de lettres et d'esprit, de Michel Laclos à Claude Gagnière en passant bien sûr par son hagiographe infatigable François Caradec. Ce dernier a rassemblé tout Allais avec une biographie très détaillée.

Allais est un humoriste hors du commun, poussant le bon sens jusqu'au non sens et la pensée parallèle, maître de l'anecdote et des mots. Il a tracé la voie aux canularistes et humoristes de tout poil, comme Pierre Dac avec son "Os à moelle", de Francis Blanche, ses canulars et petites annonces, du tandem Pierre Dac - Francis Blanche (avec leur inénarrable "Signé Furax" et ses personnages aux patronymes savoureux).

Allais peut être légitimement considéré comme un Patacesseur (pataphysicien, avant la lettre ou qui s'ignore !) mais également comme un pré-oulipien. Tous ceux qui ont joué sur les mots en holorimes, ou en assonances, écrites ou chantées lui sont redevables. Des deux RD (Robert Desnos et Raymond Devos) à Boby Lapointe, de Louise de Vilmorin à Yves Montand, tous ont été plagiés par anticipation selon l'expression consacrée par l'Oulipo.

Allais a traversé le siècle avec un humour qui reste étonnamment moderne : après Ferdinand Lop, éternel candidat de la quatrième République et qui promettait l'extinction du paupérisme après huit heures du soir et le prolongement du boulevard Saint-Michel jusqu'à la mer du Nord, c'est la liste des "Hydropathes" dirigée par Yan Bourdel qui a obtenu 17,5 % des suffrages lors de élections municipales de mars 2001 à Honfleur, soit 3 élus ! Sans nul doute les Honfleurais ont été sensibles au soutien venu de l'au-delà du grand Allais et ... de la promesse de limiter la vitesse de la lumière en centre-ville.

Allais avait commencé sa carrière de journaliste en collaborant avec le journal "L'Hydropathe", dès 1879, et j'extrais

J'ai choisi une fable express et trois exercices de style, caractéristiques de l'humour et de la créativité d'Allais : les rimes qui ne riment pas, les étalons qui se montent et la superbe complainte subjonctive

Rimes riches à l'œil    

L'homme insulté‚ qui se retient
Est, à coup sûr, doux et patient.
Par contre, l'homme à l'humeur aigre
Gifle celui qui le dénigre.
Moi, je n'agis qu'à bon escient :
Mais, gare aux fâcheux qui me scient!
Qu'ils soient de Château-l'Abbaye
Ou nés à Saint-Germain-en-Laye,
Je les rejoins d'où qu'ils émanent,
Car mon courroux est permanent.
Ces gens qui se croient des Shakespeares !
Ou rois des îles Baléares!
Qui, tels des condors, se soulèvent !
Mieux vaut le moindre engoulevent.
Par le diable, sans être un aigle,
Je vois clair et ne suis pas bigle.
Fi des idiots qui balbutient !
Gloire au savant qui m'entretient!

Le sourire, 7 décembre 1901





 

ALPHONSE ALLAIS



     Après s’être refusé à parler jusqu’à l’âge de trois ans, Charles-Alphonse Allais s’éteignit avant d’avoir atteint son cinquantième anniversaire. Entre-temps, il avait rédigé près de dix-sept cents contes dans lesquels, « remontant le courant des préjugés », il s’était employé, avant que le mot ne fût utilisé et la chose théorisée, à déconstruire le langage et à subvertir le réel. (Ces deux expressions l’eussent sans doute fait s’esclaffer, à moins qu’elles n’aient fait -passer sur son visage l’un de ces nuages de tristesse que remarquaient si souvent ses familiers).
    Écolier médiocre, il se montra assez persévérant, poursuivit de ses lazzis pendant quarante années consécutives l’un de ses professeurs, M. Boudin, finissant par le faire passer, lorsque celui-ci reçut la Légion d’honneur, pour « l’inventeur du ressort du même nom », avant de publier en guise de rectificatif : « contrairement à ce que nous écrivions dans notre dernier numéro, M. Boudin n’a rien inventé ». Piètre soldat, il salua les officiers réunis pour le conseil de révision d’un « Bonjour Messieurs-Dames ! » qui devait donner le ton de sa brève et involontaire carrière militaire dont le plus haut fait reste une demande de double permission pour cause de bigamie. De quatre années d’études de pharmacie, il tira essentiellement l’art de manier les explosifs, de tirer les feux d’artifice et de composer les cocktails (notamment le « Corpse Reviver » dans lequel l’anisette asticote la chartreuse, taquine le guignolet kirsch, chatouille la vieille prune et aguiche le cognac). Il ne sacrifia qu’à une seule institution, celle du mariage, où il se trouva raisonnablement malheureux, sans aucune ostentation. (« Dans les liens du mariage/Il faut des époux à sortie »).

    Pourvu d’une exceptionnelle aptitude à aimanter les anticonformistes les plus inventifs parmi ceux qui hantaient les bistros du quartier latin, Alphonse Allais fut à l’origine de la création du Club des hydropathes – dont Charles Cros composa l’hymne – lequel, après avoir donné naissance au « Salon des incohérents », devait se scinder en deux groupes : « Les Fumistes » et les « Hirsutes ». Mais c’est avec la création du « Chat noir », de Rodolphe Salis, qu’Allais atteint la maîtrise de son art d’écrivain.

    En plus d’être un Café théâtre avant la lettre (Debussy et Satie s’y produisent, le « théâtre d’ombres » y triomphe, Maurice Donnay y donne des sketches, Caran d’Ache met en scène), le « Chat noir » est un journal satirique à succès dont Allais devient le rédacteur en chef. Au fil des années, et d’une publication à l’autre, il exerce son talent aux dépens des autorités morales et littéraires de l’époque (ce sont souvent les mêmes) tout en élevant l’art du fantaisiste jusqu’à celui du fabuliste et du poète. Plutôt que de le citer, il faut inciter à le lire : Jules Renard, Guitry, Cocteau, Prévert, Queneau ont écrit leur admiration pour Alphonse Allais chez qui Alexandre Vialatte, Pierre Dac, Raymond Devos et Pierre Desproges ont puisé de quoi devenir eux-mêmes. Serge Gainsbourg l’a plagié, autre forme d’hommage (« L’ami Cahouète » est repris d’un texte d’Allais, « Sollicitudes »). Enfin, on aura pris toute la mesure du personnage d’Alphonse Allais lorsque l’on aura considéré que, venu au monde le même jour du même mois de la même année qu’Arthur Rimbaud (et à la même heure), il n’en tira jamais aucune vanité.

Philippe Meyer
docteur en sociologie
écrivain
producteur à Radio France








ELOGE D'UN DILETTANTE
ALLAIS, ALLÈGREMENT

QUOI DE PLUS TONIQUE QUE D'ENTAMER 2005 SOUS LE SIGNE DE L'INSOLITE CONTEUR FRANÇAIS, QUI S'EST ÉTEINT EN 1905, APRÈS AVOIR FAIT LE VŒU DE RIRE DE TOUT. MAIS EN BONNE COMPAGNIE...

La postérité, sur Internet, a rétabli Alphonse Allais en tête de la liste des écrivains français. Ainsi, cent ans après sa mort, l'ironiste de " Vive la Vie !" devance un peloton où se regroupent Alain, Beaumarchais, Chamfort et ses deux disciples impénitents : Francis Blanche et Pierre Dac. On retrouve, dans le voisinage posthume de l'auteur des "Œuvres Anthumes", la morale un peu rêche de la solitude (Alain), le penchant naturel pour l'irrévérence (Beaumarchais) et la guête irrépressible des apparentements loufogues (Pierre Dac et Francis Blanche). Le 17e arrondissement serait-il, à l'ombre de ses marronniers, le refuge récréatif des grands initiés du "non-sens", des joviaux druides des "jeux de mots laids" ? M. Macheprot lui-même - Francis Blanche pour les nostalgigues de "Signé Furax" - a habité rue de la Félicité et l'auteur-compositeur Jean Constantin, magistral jongleur de mots, avait passé son enfance rue La Condamine.

Né à Honfleur le 20 octobre 1854, sous le signe de la balance, Alphonse Allais, fils du pharmacien de la cité de Jacgues Cartier, était resté coi jusqu'à l'âge de trois ans. Mais arrivé au collège, le brillant potache ne tarda pas à décrocher les premiers prix d'arithmétigue, d'anglais ou de version latine. Son aptitude aux sciences le conduisit fatalement à la vocation de "potard". Il s'était attaché surtout, dans l'officine de son père, à des recherches originales sur la synthèse des couleurs. Une passion qui le rapprocha plus tard de Charles Cros. À dix-huit ans, grâce à la caissière de la première pharmacie qui l'avait employé à Paris, il fit la connaissance du directeur d'une feuille humoristique : le Tintamarre, sa première publication. Après deux années de service militaire et ses examens de pharmacie réussis, en compagnie d'une joyeuse équipe du Quartier Latin - le club des "Hydropathes" -, Alphonse Allais entrait enfin dans la confrérie des "Fumistes". " Il a le comique froid, le flegme britannique, il suit les filles afin d'embêter les mères, a écrit son ami Félicien Champsaur. Alphonse est un faiseur de combles. Il a lancé au moins le tiers de ceux qui sont en circulation, et il les sème dans une foule de petits journaux." Privé de ressources par un père peu sensible aux blagues du fils prodigue, l'étudiant peu assidu se résolut alors à écrire dans la feuille éphémère d'un étudiant avare. "Je me vengeais délicieusement de son rapiatisme, confia Alphonse Allais, en couchant avec sa maîtresse qu'il épousa par la suite. C'était le bon temps."

LA GLOIRE DU CHAT NOIR
Lorsque parut le premier numéro " L'Hydropathe, journal littéraire", le farceur incorrigible qui sévissait entre le boulevard Saint-Michel et la rue Soufflot avait vingt-cinq ans. Il écoulait ses récits auprès des journaux humoristiques après les avoir éprouvés sur ses compagnons de libations et de bacchanales... Une per.le parmi d'autres : "- Moi, quand je mêle d'avoir des femmes, je les entretiens sur le pied de 500 000 francs par an./ - Tu les gardes longtemps ?/ - Jamais plus de vingt minutes." Les Hydropathes trouvèrent vite un public fidèle. Le succès immédiat - 20 000 exemplaires ! - de l'hebdomadaire "Le Chat Noir', du nom du célèbre cabaret montmartrois de Rodolphe Salis, confirma les premiers coups d'éclat. Autour d'Alphonse Allais, les esprits les plus incisifs - Courteline, Mac-Nab, Charles Cros - s'y étaient donné rendez- vous ainsi que des dessinateurs au trait acéré : Steinlen, Caran d'Ache et Henri Rivière... Au cours de cette période, Allais avait exposé galerie Vivienne, dans l'exposition baptisée les "Arts incohérents", une feuille blanche ainsi légendée : "Première communion de jeunes filles chloritiques par un temps de neige". À partir de 1884, l'improvisateur singulier du Quartier Latin commença à publier ses textes en librairie. Se partageant entre diverses publications, Alphonse Allais, à quarante ans, était devenu un personnage très sollicité du Paris littéraire. Le modèle même du chroniqueur acerbe, distribuant les coups de griffe libertaires et vachards, mais fidèle en amitié, fraternel. C'était un familier des dîners de Lucien Guitry, place Vendôme, avec Alfred Capus, Jules Renard et Tristan Bernard. Il n'hésitait pas à défendre les turbulents pamphlétaires comme Georges Darien, l'auteur du "Voleur", Laurent Tailhade, Félix Fénéon ou Alfred Jarry.

EN MÉNAGE, RUE EDOUARD-DETAILLE
À peine marié, en décembre 1895, l'écrivain s'installa en "ménage", rue Edouard-Detaille, dans le 17e arrondissement, dans un immeuble construit par le père de Tristan Bernard. Tous les étés, avec sa femme et sa fille, née en 1898, ce dilettante neurasthénique retournait à Honfleur, feignant d'accepter une vie bourgeoise empoisonnée par les dettes de jeu et la camaraderie alcoolique. Le 28 octobre 1905, une semaine après son cinquante et unième anniversaire, Alphonse Allais fut emporté par une embolie, dans un hôtel de la rue d'Amsterdam. Sa tombe, au cimetière de Saint-Ouen, sera détruite, au cours de la dernière guerre, par une bombe alliée. Un comble pour le plus anglo-saxon des conteurs français. L'oeuvre d'Allais, suite de fables à l'emporte-pièce et de saynètes décousues, est bien plus que la chronique d'un humour décalé. C'est l'absurde comme sport cérébral, comme salut ultime dans un monde avide et présomptueux. Il y a - le goût des liqueurs fortes en plus - du Lewis Carroll chez lui. Enfant, Alphonse Allais avait déjà la tête de Chat du Cheshtre, avec ses paupières lourdes et cette moue boudeuse du gamin qui n'a jamais cru au Père Noël. Comme l'a souligné Pascal Pia : "De tous les encyclopédistes, Alphonse Allais est le plus divertissant". Le chroniqueur du Chat Noir cultivait, dans ses fables lapidaires, la brièveté déroutante car il haïssait la répétition. Même son odyssée parisienne - de breuvage en breuvage - aux côtés du Captain Cap avait une portée allégorique. N'avait-il pas inscrit au programme de ce singulier candidat aux suffrages des Parisiens la "suppression de la bureaucratie", la "surélévation de Paris à la hauteur de Montmartre" et le "percement d'un grand tunnel polyglotte" où l'apprentissage d'une langue étrangère s'attraperait aussi facilement "qu'un rhume"... Enchanteur parfois amer, Alphonse Allais avait compris que la distraction est le don suprême pour accéder au merveilleux. Tel ce personnage qui suit une femme boulevard Malesherbes, jusqu'au seuil de son domicile, où il s'aperçoit qu'il s'agit de son épouse...

"On s'amuse à dire que c'est un grand chimiste, notait Jules Renard dans son Journal. Mais non ! C'était un grand écrivain, créait à chaque instant." Jarry avait eu cette géniale prémonition dans "L'Almanach du Père Ubu" : "Allais (Alphonse), celui qui ira".


Texte Lucien Maillard


     




26/04/2009
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