Alain YVER

Alain YVER

ANTOINE D'AGATA

ANTOINE D'AGATA











//www.magnumphotos.com/Archive/C.aspx?VP=XSpecific_MAG.PhotographerDetail_VPage&l1=0&pid=2K7O3R14QKXR&nm=Antoine%20D%27Agata

//documentsdartistes.org/artistes/dagata/repro.html

écouté absolument
//www.franceinter.fr/emission-l-atelier-l-atelier-du-photographe-antoine-d-agata

//www.dailymotion.com/video/xxdl2o_visite-guidee-anticorps-d-antoine-d-agata-au-bal-a-paris_creation

//compagniedusamovar.fr/eclats-de-voix-lectures-et-petites-formes/antoine-d-agatha-le-d%C3%A9sir-du-monde/

https://www.youtube.com/watch?v=r8SKcWQtW8M

https://www.youtube.com/watch?v=TiDLNSTBRbE

https://www.youtube.com/watch?v=aPjm52vYdHs

https://www.youtube.com/watch?v=xXNryTcTVPY


https://www.youtube.com/watch?v=H1eR0bJMr80






Le photographe Antoine d'Agata est né à Marseille le 19 novembre 1961.


 En 1983, il quitte la France pour voyager en Europe, en Afrique et en Asie. Commence alors pour lui une dizaine d'années d'errance et de "défonce". Il réalise ses premières photographies vers 1987, sous forme de journal intime, lors d'un déplacement à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique.
En 1990, à l'occasion d'un séjour à New York, il s'inscrit un peu par hasard à l'International Center of Photography et suit les cours de Larry Clark et Nan Goldin. De 1991 à 1992, il fait un stage au bureau éditorial de Magnum et part ensuite, pour deux ans, faire des photos au Mexique. En 1993, tandis qu'il revient en France, il choisi d'interrompre son travail photographique pendant quatre ans. En 1997, il retourne au Mexique afin de terminer le travail qu'il y avait entamé quelques années auparavant. A partir de 1998, il montre régulièrement ses images dans des ouvrages (Vortex, Insomnia, Agonie, Ice…). L'année suivante, la Galerie Vu commence à exposer ses photographies. En 2001, il remporte le prix Niépce et en 2003, a lieu sa première exposition marquante, à la Galerie Vu à Paris.
En 2004, il intègre Magnum Photos et tourne son premier court métrage El Cielo del muerto. En 2008, il signe son premier long métrage de fiction, Aka Ana, réalisé au Japon. Depuis 2005, sans lieu de résidence fixe, il photographie à travers le monde. Parallèlement, il donne des cours de photographie, anime des ateliers et participe à des colloques.
Antoine d'Agata réalise des images subjectives, souvent floues, entre réalité et fiction. Elles sont le fruit du hasard et naissent de ses rencontres, des situations. Son univers s'ancre principalement dans le monde du sexe, de la drogue, de la solitude, de la nuit et de l'errance. Il avoue ne faire « que regarder des êtres qui se battent face à leurs démons ».

//www.franceinter.fr/personne-antoine-d-agata








Né le 19 novembre 1961, à Marseille. Il vit et travaille à Marseille et Paris

JUSQU'À CE QUE LE MONDE N'EXISTE PLUS... " Il faut donc considérer le journal intime non pas comme un miroir reflétant la vérité des choses, mais comme l'expression du combat mené pour s'affranchir de l'obsession de la vérité. "Henri Miller

Vision d'Antoine D'Agata sur son travail :

"La nuit, le sexe, l'errance,...et la nécessité de photographier, non comme un acte réfléchi, mais comme une simple mise à plat d'expériences ordinaires ou extrêmes. Une pratique photographique indissociable d'une certaine façon d'appréhender l'existence, où le risque, le désir, l'inconscience et le hasard restent les éléments essentiels.

Aucune attitude morale, aucun jugement, simplement l'éthique de l'affirmation qu'il faut, pour explorer certains univers, les partager jusqu'au bout, sans précaution aucune. Un passage à l'acte photographique, aux limites de la disparition, de la jouissance et de la mort.

J'essaie d'établir un état des lieux nomade, partiel et partial, systématique et instinctif d'espaces physiques et émotionnels où je suis acteur à part entière. J'évite de définir à l'avance ce que je vais photographier. Les prises de vue sont dues au hasard des rencontres, des situations. Les choix, dans la mesure du possible, sont inconscients. Mais les obsessions restent les mêmes: la route, la peur, l'obscurité, l'acte sexuel... pour ne parler peut-être, finalement, que du simple sentiment d'exister.

Au-delà des personnages en perdition et des dérives nocturnes, des scènes de fellation et des corps à l'abandon, ma photographie tente de traduire la scission par le mélange des corps et des sentiments, de découvrir des fragments de société qui échappent à toute analyse et visualisation instantanée de l'événement mais n'en sont pas moins ses constituants essentiels.
La brutalité de la forme, l'exagération de la vision nous obligent, plus que les images qui prétendent documenter, à nous intéresser à la réalité de ce que nous voyons. Le spectateur peut alors exister, ne plus se retrouver en position de voyeur ou de consommateur, mais partager une expérience extrême, s'interroger sur l'état du monde et de lui-même.

Le corps à corps que livre mon travail est un déplacement incessant de frontière entre les autres et moi-même, si bien que le centre du sujet conscient et rationnel disparaît, éclaté toujours, dans l'entre-deux d'une rencontre éphémère. Le sentiment de la perte du sujet peut paraître paradoxal dans un travail documentaire où je tente d'imposer ma subjectivité, dans une autobiographie née dans le voyage et l'errance, mais le strip-tease émotionnel auquel je me livre dans les pages de ce journal intime et photographique semble mener inéluctablement vers cette disparition.

Une photographie n'est que mensonge: l'espace est amputé, le temps manipulé. Ce sont les faux semblants incontournables d'une image condamnée à choisir entre l'hypocrisie - ou la bonne conscience - et la fiction. Le langage utilisé est souvent un langage de classe, dominateur mais aliéné, ignorant de sa propre matière: l'apparence, l'ambiguïté, l'imaginaire. Dans mes photographies, dans ma pratique ordinaire du mensonge, je ne peux pas prétendre décrire autre chose que ma propre situation -mes états ordinaires, mes déséquilibres intimes...-, je ne peux pas commenter autre chose que l'insignifiance même de l'instant photographique.

Adeptes de l'anthologie, d'un savoir réducteur, d'expériences avortées, nous nous approprions les gestes, détournons les actes et vomissons les signes qui "indiquent" notre relation avec l'image et déterminent notre perception d'une réalité devenue hypothétique. Le monde, alors, n'est plus qu'une icône, un autel devant lequel le photographe pratique ses rituels. Mais si la liturgie, la prière et le sermon restent encore les instruments de culte en vigueur, pour le photographe, il n'y a de vérité et de liberté que dans l'espace de la confession.

J'essaie de prendre mes distances avec une certaine photographie documentaire qui utilise souvent les symboles les plus facilement lisibles et assimilables, pour rendre compte de réalités complexes, dans un équilibre sans cesse remis en question entre la photographie, comme outil documentaire, et une autre photographie, entièrement subjective. Ce n'est pas le regard que porte le photographe sur le monde qui m'intéresse, mais ses rapports les plus intimes avec celui-ci.

Je crois que les seules photographies qui ont une existence propre sont les images "innocentes". On les trouve dans les albums de famille ou les fichiers de police. Au-delà d'un simple enregistrement du réel ou d'un certain caractère esthétique, elles témoignent du rôle du photographe, de son implication, de l'authenticité de sa position dans une situation donnée. La composition, la lumière, la narration ne sont plus, pour moi, des problèmes fondamentaux mais des mensonges superflus.

Ce qui m'intéresse aujourd'hui dans une image: la perspective qui a justifié l'acte photographique, les interférences de l'expérience et de la mise en scène, la texture, la matière, la fonction de l'autoportrait, du personnage, les incohérences de la mise en séquence, la reconstruction maniaque d'expériences désordonnées- les photographies, comme les mots, se sentent seules quand elles sont isolées...

Critiquer de façon cohérente l'image dominante actuelle exige d'une photographie qu'elle soit lucide sur les conditions troublées de son expérience entre l'oeil et le regard, la machine et l'inconscient, sur l'impureté fondamentale de son rapport au réel et au fictif.

Cette approche ne peut se concevoir que comme multiple; elle associe des techniques et pratiques parfois opposées dans l'utilisation du langage photographique; j'essaie de rendre compte de contradictions inhérentes à la "fonction" du photographe documentaire, censé retranscrire une réalité donnée alors qu'il ne relate qu'une somme d'expériences.

Je peux alors utiliser le monde à mes propres fins et, dans une expérience assez solitaire, le remodeler, le transformer à volonté, faire en sorte que, sans les images, le monde n'existe plus..."

Propos d'Antoine d'Agata, 2004

https://fr.actuphoto.com/antoined-agata#biographie






Antoine d'Agata
(entretien dans Photographie.com)

février 2008, par serge cannasse

Le sexe, la chair c'est ce qui reste à tous ceux qui n'ont pas accès (ou ne veulent pas avoir accès) au mirage de la société de consommation actuelle.

Antoine d'Agata est un des photographes contemporains les plus importants sur la scène des galeries. Comme beaucoup d'artistes contemporains, son travail est un long reportage subjectif sur son univers propre, alors que le reporter "classique" explore des mondes qui ne sont pas les siens pour en rendre compte à ses semblables. Autre point commun, cet univers est marginal et "scandaleux" par rapport au monde commun du public auquel il semble destiné (vous, moi) : sexe, drogue et mort y sont omniprésents. D'Agata s'inscrit donc dans une mouvance très répandue aujourd'hui. Mais il le fait avec une force, une conviction et un talent qui touchent profondément, sans doute parce qu'il emporte le spectateur dans l'envers de son décor.
En France, il est représenté par la galerie Vu, dont on ne dira jamais assez de bien (elle est dirigée par Christian Caujolles, l'homme qui a "inventé" la mise en page photo du journal Libération et a ainsi modernisé pour longtemps toute l'iconographie de la presse quotidienne et magazine, avant qu'elle ne devienne trop souvent insipide depuis quelques années).
L'entretien dont est extrait la phrase citée a été donnée au site Photographie.com, indispensable à tous ceux que la photographie intéresse, à l'occasion d'une exposition majeure d'Antoine d'Agata au Japon (au centre sur la photo, devant une de ses images). Il donne un excellent aperçu non seulement de l'ambiance et des idées du photographe, mais aussi de ceux de bon nombre de ses contemporains.

Lire l'entretien

Quatre ans après Stigma, exposition magistrale à la galerie Vu, c'est à Tokyo qu'ont été présenté les nouveaux travaux photographiques d'Antoine d'Agata. Situations (référence à Guy Debord) est le titre d'une exposition à la Galerie Rat Hole et d'un formidable catalogue, aux éditions Hysteric Glamour (également éditeur de Daido Moriyama).
A l'occasion de cette étape majeure dans la carrière du photographe, photographie.com a rencontré Antoine d'Agata à Tokyo.

Emmanuel Guillaud : Comment dirais tu que ton travail a évolué depuis Stigma à la Galerie Vu en 2004?

Antoine d'Agata : Je pense que ma présence au sein des images est plus systématique, plus consciente, plus assumée. L'espace dans lequel je travaille, les thèmes que j'aborde se sont réduits de plus en plus. Le travail est plus obsessionnel. Je travaille principalement dans l'espace temps extrêmement limité de l'orgasme.

EG : Il y a aussi pour la première fois des paysages extérieurs, de jour, froids, presque « à l'allemande ».

AdA : Oui, c'est vrai, c'est l'autre penchant de mon travail. Ces paysages froids, nets, vides (que je trouve personnellement très violents dans leur dénuement) sont le contexte de toutes les images de chair, de décomposition, de sexe et de mort. C'est le monde réel. Ils sont vides car dans la réalité objective il n'y a rien qui m'intéresse, c'est le monde actuel dans toute sa vacuité.

EG : Le catalogue de l'exposition inclut  un texte passionnant et très politique. Tu expliques que la photographie est pour toi condamnée à être immorale, subversive, érotique.

Ad'A : Dans les limites de mes capacités, je m'attache à mettre à mal la normalité, le cote lisse, hypocrite d'un système qui me répugne. Mes images sont une façon très modeste de pervertir le système. Le sexe, la chair c'est ce qui reste à tous ceux qui n'ont pas accès (ou ne veulent pas avoir accès) au mirage de la société de consommation actuelle.

EG : Tu dis aussi ne pas avoir de tendresse particulière pour la photographie actuelle

Ad'A : La prédominance de l'esthétique dans la photo me donne la nausée. Il faut aller plus loin, explorer tout ce que les possibilités de la photographie. Pour moi, elle doit être utilisée pour sa capacité à mettre le photographe en danger et à interagir avec son contexte.
Il y a aujourd'hui une telle accumulation d'images que tout essai documentaire est absorbé, recyclé et rendu productif par le système. Mon travail n'est ni un documentaire porté par un discours social, ni un journal intime. C'est un travail conscient de ses limites mais aussi conscient de ce qu'il essaye de remettre en question. C'est le choix assumé d'une vie en dehors du système, d'un art externe aux règles artistiques et sociales.

EG : Comment as-tu construit ce travail ?

Ad'A : J'avais écrit un scénario que je me suis ensuite appliqué à vivre. J'ai créé les situations qui rendaient le scénario possible puis je l'ai réellement vécu. Il y a biensûr une part laissée à l'aléatoire mais il y avait un scénario prémédité. J'avais décidé de vivre 7 histoires avec 7 filles.
SITUATIONS / Antoine d'Agata / Editions Hysteric Glamour / 4800 Yens
Disponible en France à La Chambre Claire
Interview : Emmanuel Guillaud pour photographie.com

//www.carnetsdesante.fr/Antoine-d-Agata-entretien-dans







Antoine d'Agata, en chair et en doses
7 février 2013 Par BRIGITTE OLLIER
  
Photo. Au Bal, à Paris, la rétrospective «Anticorps» expose 1 000 clichés où la prostitution, la défonce et la guerre fusionnent en un éprouvant fracas.

 Inventer sa propre vie est la priorité d'Antoine d'Agata, né le 19 novembre 1961 à Marseille, de parents siciliens. Au Bal, à Paris, dix ans après son exposition à la galerie Vu, il brouille à nouveau la représentation rituelle avec «Anticorps», manifeste en deux unités de lieu, qui implose la photographie dans son histoire même, et dans son esthétique, proche du vertige. Au-delà du nombre des photographies - 1 000 dans l'exposition, 2 400 dans le livre halluciné qui l'accompagne -, «Anticorps» annonce aussi la réincarnation d'un homme lucide, qui ne cesse de repousser les limites de la bienséance, se soumettant à un face-à-face explosif avec le néant, en écho à ces mots d'Arthur Rimbaud, reproduits telle une joyeuse épitaphe à la page 550 : «On ne te tuera pas plus que si tu étais cadavre.»
Offrandes. Dès l'entrée, dans la première salle du Bal, tout n'est pourtant que tranquillité. Piège ? Impasse ? Sas de décompression ? Des piles d'imprimés, à terre, un écran noir et des murmures de femmes. Rhapsodie : «La poudre blanche est la seule chose respirable. Je la cherche partout où je vais», «chaque jour se transforme doucement en nuit», «la lumière est comme un virus dans les yeux». Pendant treize minutes, ces paroles enregistrées par Antoine d'Agata résonnent comme une invitation à la conversation. Qui sont ces femmes? Des filles sans nom, croisées ici et là, sur ces vastes continents que ne cesse d'arpenter l'auteur d'Aka Ana, et qui lui confient chagrins et divagations, colères et désespoirs. Elles apparaissent telles des offrandes anonymes au spectateur déboussolé par ces tirades énigmatiques.
C'est au sous-sol que, d'une certaine façon, tout s'explique, dans cet océan tumultueux qui remplit tout l'espace, du sol au plafond, une overdose de photos qui libère corps et couleurs, et les plaquent au mur pour mieux les cerner, les confondre et les anéantir. Ainsi, l'île de d'Agata prend forme et sens dans une gangue protégée de la censure coupe-gorge, expulsant plus de vingt ans de photographies, ou plutôt de figures mouvantes, comme si, derrière chacune d'elles, des centaines d'autres avaient été enfouies depuis la nuit des temps. Un chantier de fouilles à ciel ouvert, seringues, sang, sexe ; un bordel sans porte close ; un karaoké muet. Il y a de la jubilation et de l'épuisement, parfois de la stupeur, à arpenter les rivages de cette île sans trésor, à suivre les traces de ces «odyssées déglinguées» où s'emmêlent les ivresses narcotiques et les blessures de la jouissance, les migrants de Sangatte et la guerre froide, la paranoïa et la misère d'une humanité sans gloire.
Omniprésente, la chair, celle des combattants en Bosnie, en Libye, en Palestine. Des ouvriers de Saint-Etienne. Ou des prostituées offrant l'amour qui tue silencieusement, comme Da, morte du sida l'an passé. «Je l'ai connue en 2005, à Phnom Penh, précise d'Agata. J'avais laissé la porte de ma chambre ouverte, Da est entrée. Mon hôtel était près de ce lac qui n'existe plus, dans le quartier des drogués. Elle me dépannait, c'était ma dealeuse, mon amie, une relation hors norme. Là, les filles t'aiment assez pour renoncer au fric, elles peuvent à tout moment te trahir et gagner 100 dollars pour chaque étranger dénoncé. Les rapports sont contaminés par la corruption, tu es entre leurs mains tout le temps. C'est un univers très dur, où tout le monde se méfie de tout le monde, où la cruauté fait partie de la vie.»
Quand il explique le contexte de son travail, Antoine d'Agata est presque détaché. Lui qui n'a pas fait une seule image depuis seize mois se sent apaisé. «Le processus de l'exposition m'a aidé à mettre de la cohérence et à me repositionner. Mon travail a toujours été vu sous une perspective romantique : la nuit le jour ; et je voulais remettre en évidence sa dimension politique.»
«Existence». Plus tôt, les commissaires de l'exposition, Fannie Escoulen et Bernard Marcadé, avaient parlé de casser les stéréotypes dans lesquels il est enfermé. D'Agata : «Je suis arrivé à une tension extrême entre ma propre existence et le langage. Je n'ai nul besoin de reconnaissance. Je me suffis à moi-même avec le milieu de gens dont j'ai choisi de partager l'existence.» Il explore, comme un héros de Jack London, «cet espace utopique» où l'art et la vie se rejoignent : «De tous les langages artistiques, la photographie est le plus adéquat pour cette tentative essentielle, mais vouée à l'échec.» Avec «Anticorps», l'île de d'Agata est devenue une terre fertile, moins hostile au partage. Pour la première fois, il ne ressent «aucune frustration, le sens est juste. La photographie m'a permis de ne pas mourir comme un junkie, mais je ne peux pas me contenter de ça. Tout ce que je fais est vital. C'est un choix d'atteindre l'inconscience et d'aller au bout, jusqu'au bout».
Anticorps d'Antoine d'Agata Le Bal, 6, impasse de la Défense, 75018. Jusqu'au 14 avril. Rens. : www.le-bal.fr ou 01 44 70 75 50. Livre édité par Xavier Barral, 560 pp., 2 400 photographies, 70 €.

//next.liberation.fr/photographie/2013/02/07/antoine-d-agata-en-chair-et-en-doses_880204






Antoine d'Agata

//www.exponaute.com/magazine/2013/02/21/antoine-dagata-dans-lenfer-des-corps/

On pénètre au sous-sol du BAL comme dans l'antre d'un lieu mal famé. Des images d'extase et de douleur s'y téléscopent, des visions de plaisir et de terreur, des visages difformes, des corps tors emmêlés. On a d'abord du mal à les regarder en face, puis l'œil s'habitue à ce zapping de la perversité. Portraits en gros plan de visages usés, scènes d'ébats en clair-obscur, chairs un peu sales violemment éclairées : les photographies d'Antoine d'Agata, où ombre et lumière sont en duel amoureux, ont quelque chose de la terribilità baroque d'un Caravage. L'installation photo qui couvre les murs du BAL donne d'ailleurs à la pièce des allures de chapelle votive Renaissance – de celles dédiées aux cercles de l'Enfer plutôt qu'à la vie des saints.
L'ensemble forme un magma de corps et de visages, un trombinoscope de la violence saisie dans la nuit moite ou le jour gris. Antoine d'Agata photographie les prostituées, les toxicomanes et les déshérités aux quatre coins de la planète. Une laideur et un inventaire de la souffrance humaine dont il s'approche de près, au point de s'y fondre complètement, dans une confusion entre sujet et objet, actifs et passifs, auteur et protagonistes. À la manière d'un Larry Clark, l'intimité des scènes représentées démontre une proximité rare et dangereuse avec le sujet. Le « ça a été » de Barthes a rarement eu autant une saveur soufrée : Antoine d'Agata est présent dans les chambres mornes pour photographier les actes tristes, c'est son propre visage qui frôle ces faces révulsées, son être même qui assiste aux corps-à-corps bestiaux et prend entre quatre yeux les mines vieillies. Et comme chez Francis Bacon, auquel il emprunte la furie des êtres qui semblent vouloir s'échapper de leur corps, l'obscénité de d'Agata est cruelle mais n'accuse pas, impitoyable mais empathique.
En ce sens, car il fusionne avec ses propres images et élimine la distance qui en ferait un objet froid, Antoine d'Agata ne fait pas de la pornographie – bien que ses images ne montrent pas autre chose. Photographe de l'agence Magnum, il travaille aussi parfois le jour pour, dit-il, « rendre compte de l'état du monde », mais dans ce cas, c'est « de manière froide et distancée, dans une économie émotionnelle complètement à l'opposé de l'investissement qui est le [sien] dans les lieux et temps de [ses] expériences extrêmes, la nuit ». Une distance vitale pour le photographe, car c'est peut-être dans les photos de « l'horreur économique » que se situe la vraie pornographie, dans la banalité d'une désindividualisation délayée chaque jour dans les médias. Ainsi dans l'installation, une série d'images de réfugiés de Sangatte, vus de dos, compose-t-elle la prédelle de ce vaste retable infernal. Une violence exposée mais invisible, loin de celle des « anticorps » que d'Agata photographie la nuit.







L'enfer d'Antoine d'Agata

Par Jean-Sébastien Stehli le 10 février 2013 à 14h06 | Lien permanent | Commentaires (0)
Au même moment ressort le livre icône de Nan Goldin, La Ballade de la Dépendance Sexuelle (Lamartinière), et ouvre l'exposition d'Antoine d'Agata. Les deux se connaissent: d'Agata a travaillé avec Nan Goldin. Mais au delà de cette rencontre, il y a deux univers très proches: Nan Goldin, depuis 1979, lorsque La Ballade est d'abord un slide show présenté dans les nightclubs, raconte sa vie, celle de ses amis, marginaux, artistes, de manière complètement honnête, ouverte. Avec elle, il n'y a pas de frontière entre le privé et le public. Tout est public.
Antoine d'Agata présente Anticorps au Bal. L'exposition (si c'est le nom qui convient pour décrire le projet d'Agata) mérite parfaitement son nom. Notre organisme tout entier secrète des anticorps devant ce travail qui est surtout une psychanalyse. Anticorps est le travail qui reflète un monde d'exploitation -- des êtres humains et de la nature -- et de barbarie. La scénographie est parfaite: le visiteur commence, au rez de chaussée, par entendre ces femmes, qui ne sont que des objets sexuels, parler d'une voix douce -- la seule chose humaine dans cette exposition. Ensuite, on descend dans le premier cercle de l'enfer. Exploitation des humains, sexe comme conquête territoriale, paysages sordides, images de guerre. Ces images qui tapissent les murs comme du papier peint, ne laissent aucun répit au visiteur. Elles suscitent la répulsion, la révolte. Nan Goldin raconte son histoire, ses souffrances, nous en fait le cadeau. D'Agata déverse sur ceux qui viennent au Bal, sa pulsion de mort. On a envie de courir pour remonter à l'air libre. L'humanité a plus besoin de lumière que de barbarie à ce moment de son histoire.
ANTOINE D'AGATA ANTICORPS. Le Bal. Jusqu'au 14 avril. Paris 18è.

//blog.madame.lefigaro.fr/stehli/2013/02/le-monde-dantoine-dagata.html






Antoine d'Agata au bout de la nuit
14 fév. 2013
Numéro 408

On ne sort pas indemne de l'exposition qu'Antoine d'Agata présente actuellement au Bal, à Paris. La force du propos, la pertinence et l'originalité de la démarche, la cohérence esthétique convergent pour nous transporter, avec la photographie, dans une expérience dont l'intensité opère bien au-delà de la visite. Depuis plusieurs années, Antoine d'Agata parcourt la planète, guidé par un désir impérieux de photographier l'obscénité du monde là où elle se manifeste avec le plus d'évidence et de violence, de la manière la plus crue.

Par André Rouillé

On ne sort pas indemne de l'exposition qu'Antoine d'Agata présente actuellement au Bal, à Paris. La force du propos, la pertinence et l'originalité de la démarche, la cohérence esthétique convergent pour nous transporter, avec la photographie, dans une expérience dont l'intensité opère bien au-delà de la visite. 
Depuis plusieurs années, Antoine d'Agata parcourt la planète, guidé par un désir impérieux de photographier l'obscénité du monde là où elle se manifeste avec le plus d'évidence et de violence, de la manière la plus crue. 
Pour lui, c'est sur les corps que le capitalisme débridé dirige ses pratiques les plus avilissantes, et que ses ravages sont le plus cruellement perceptibles. 

Corps violentés, meurtris, abîmés, exploités, humiliés de prostituées et d'enfants, de drogués, de délinquants, mais aussi d'ouvriers, de militaires ou de migrants. L'œuvre d'Antoine d'Agata se construit dans un dialogue intense entre leurs corps à eux et son corps à lui dans «les zones de non-droits qui sont des territoires de tous les écarts, refuges de spécimens d'humanité blessée, […] où la bestialité sape la bienséance et les règles sociales».

A Nuevo Laredo, à Gaza, Naplouse et Jénine, à Salvador et Vilnius, à Damas, à Sao Paulo, à Bangkok, à Tbillissi, à La Havane et Phnom Penh, à Tripoli, etc., mais aussi à Sangatte, à Saint-Etienne et Marseille, et ailleurs encore: Antoine d'Agata s'est souvent rendu dans ces «territoires de tous les écarts» pour le compte de l'agence Magnum fondée par Henri Cartier-Bresson, mais il a littéralement fait éclater la démarche et l'esthétique du reportage qui a valu son succès à l'agence durant la seconde moitié du siècle dernier. En photographiant avec le corps plus qu'avec les yeux, en faisant corps avec le corps des hommes et des femmes photographiés, et en tissant avec eux et elles des liens d'une respectueuse et toujours fragile proximité.

Dans des hôtels minables des «entrailles de la basse ville» sont photographiés, et exposés en séries, des corps de femmes abîmés par la prostitution à bon marché, la drogue, le viol et tous les outrages et violences là accumulés. Les corps dénudés sont convulsés par l'angoisse ou l'addiction, par toutes les douleurs. Les actes sexuels, eux aussi extraits photographiquement de l'ombre et présentés en séries, ne rapprochent pas des êtres de chair et de désir, mais des spectres désincarnés dépourvus de formes humaines. Les visages sont nombreux, et souvent en grand format, mais ce ne sont pas des portraits destinés à exprimer des individualités, ce sont des clichés de visages sur lesquels le flou des formes, la noirceur de l'ombre, et les cris et rictus de la souffrance dessinent le terrible masque de la mort. Car, à l'opposé de la fiction du plaisir scénarisée par le spectacle pornographique, Antoine d'Agata cherche à capter les expressions de cette réalité de la mort qui, dans les «zones de non-droits», envahit les visages et les corps des femmes, des prostituées, mais aussi des enfants violés.

Ailleurs, dans des pays de droit comme la France, dans une usine à Saint-Etienne ou dans le camp de rétension de Sangatte, les figures et les formes de la souffrance sont différentes car la violence y est plus sourde, institutionnalisée et légale. Ici, pas d'actes sexuels extraits des profondeurs sordides de la nuit, ni la panoplie des excès permis dans les zones de non-droit; pas de drogue, de coups, et de mort à fleur de peau. Seulement des ouvriers au travail dans leurs usines, ou des migrants regroupés tout à fait légalement dans un camp totalement aseptisé. 
Quant aux images, toutes prises de jour, elles sont claires et nettes, comme ces états de vies figurés. Pourtant, les corps des migrants de Sangatte sont tous pris de dos, sans visage, fondus dans l'uniformité sans aspérités d'identiques parkas qui ajoutent l'effacement des individualités aux privations de liberté. 
Tandis que les corps et attitudes des ouvriers, eux aussi anonymes et vus de dos, présentent des formes sourdes d'une soumission, ou d'une résignation, dues au passage d'une violence directe et brutale à une violence sociale plus feutrée, régulée par la loi — légale.

Antoine d'Agata distingue les états de non-droit et de droit, mafieux et démocratiques, qui, l'un et l'autre, ne se caractérisent pas par une absence ou une garantie de liberté, mais par un mode différent d'assujettissement dont les effets se lisent sur et dans les corps, et sont captés photographiquement selon des régimes esthétiques opposés. 

En somme, les deux régimes esthétiques des «images de nuit» et des «images de jour», qui diffèrent par leurs sujets (des corps nus et des actes sexuels, des ouvriers en usine et des migrants en camp), et par leurs formes (le sombre et le flou, le clair et le net), expriment photographiquement deux régimes politiques distincts: l'un de souveraineté maffieuse, l'autre de surveillance démocratique (Michel Foucault). Ce en quoi l'œuvre d'Antoine d'Agata est photographiquement et esthétiquement politique.

Mais la conception de l'exposition du Bal révèle une autre dimension, résolument actuelle, de l'œuvre: son plein ancrage dans la société de surveillance (Gilles Deleuze) mondialisée, dans laquelle les informations, les images et les sons sont produits et circulent en flux, en quantité et vitesse vertigineuses.
Alors que la plupart des expositions de peintures, photos, sculptures, etc., et même de vidéos (quand elles ne sont pas projetées), se conforment encore aux lois d'airain du «white cube» dans lequel les œuvres sont sagement isolées dans leur singularité, au Bal, Antoine d'Agata a au contraire tapissé de photos, du sol au plafond, les quatre hauts murs sans fenêtres de la salle d'exposition parfaitement parallélépipédique — à la seule exception de l'entrée.

A l'inverse de ses prestigieux prédécesseurs à l'agence Magnum, et du premier d'entre eux Henri Cartier-Bresson, tenant de l'«instant décisif» supposé à lui seul receler l'essence d'un événement, Antoine d'Agata photographie de façon sérielle, en flux, sans toujours viser, ni cadrer, ni mettre au point. Sans toujours contrôler, ni même actionner lui-même l'appareil.
Le flux ne connaît pas le vide, c'est du plein et du continu. Dans les réseaux, les images ne sont jamais seules et isolées comme sur les cimaises d'une galerie ou les pages d'un magazine, elles s'inscrivent dans des contiguïtés aléatoires asignifiantes, mais qui toutefois agissent entre elles.

Plongé et enfermé dans cette saturation sans issue de clichés, le spectateur fait paradoxalement, dans un dispositif fixe, l'expérience corporelle des flux d'images; l'expérience de la société de contrôle dans laquelle les portraits de police de prostituées circulent sur internet; l'expérience d'un nouveau mode, alogique, de production du sens par tricotages visuels et mentaux d'images et de signes aléatoires, ou par des rapprochements d'éléments hétérogènes tels que des séries de corps avec des séries d'architectures; l'expérience d'une esthétique de capture et non de composition, du corps et non de l'œil, de la sensation plutôt que du sens…

Au Bal, ces expériences s'enclenchent à la conjonction du travail photographique d'Antoine d'Agata et de la conception de l'exposition en forme de «monade tapissée du dedans», c'est-à-dire en forme d'unité close renfermant une infinité de petites perceptions et «exprimant obscurément le monde entier» (Gilles Deleuze, Le Pli, p. 122-131).

Pourtant, au Bal, Antoine d'Agata semble arrivé au bout de la nuit, et entamer une nouvelle étape de son œuvre en sortant de la monade de ses images, pour en constituer une autre qui, elle aussi, exprimera le monde entier, mais dans une autre zone d'expression. C'est l'autre œuvre de l'exposition qui occupe seule, dans la pénombre, la salle dépouillée du rez-de-chaussée: une vidéo projette sur un écran la traduction française, en lettres blanches sur fond noir, des paroles de prostituées recueillies par Antoine d'Agata, diffusées dans leur langue d'origine.
Soudain, ces femmes qui n'étaient sur les photos que de lointaines abstractions, des spectres aux corps absorbés par l'ombre et gommés par le flou, deviennent, par le grain clair de leur voix et la précision de leur récit, intensément présentes, singulières et humaines. Et le monde qu'elles décrivent, plus insoutenable encore.

//www.paris-art.com/art-culture-France/antoine-d-agata-au-bout-de-la-nuit/rouille-andre/408.html#haut






Antoine d'Agata investit LE BAL en ce début 2013, dix ans après sa première exposition marquante à la Galerie Vu.

Dix ans de plus pour une œuvre qui ne compte finalement que vingt années derrière elle.
Dix ans de confrontation, d'immersion toujours plus radicale dans l'épaisseur du monde, ses plaies béantes et ses marges incandescentes.
Dix ans d'une lente mutation de son langage vers plus d'abstraction, plus de noirceur, plus d'épure, sans inflexion dans l'exigence qu'il adresse à son œuvre, qu'il s'adresse à lui-même.
Une exigence de vie, de temps, un engagement face à la violence du monde qui l'obsède et le traverse.
Fannie Escoulen et Bernard Marcadé se sont plongés dans un corpus d'images de dizaines de milliers d'images, et de textes aussi. Avec Antoine d'Agata, ils ont pris à bras le corps une matière foisonnante, sédiments infinis de situations provoquées et de scénarios fortuits, une mine inépuisable dans laquelle il a fallu tailler.
L'installation au BAL rend compte de l'ampleur de l'œuvre, des enjeux qui la fondent et de la position d'un homme qui va donner à l'expérience extrême de lui-même et de l'autre un pouvoir de révélation. Cette dérive assumée, consciente, délibérée, ultime dispositif de résistance, donne naissance à l'œuvre pour ne faire qu'un seul et même objet, cet objet-corps qu'il utilise pour dire l'aliénation contemporaine.
L'innombrable, l'indicible, la stupeur, l'extase, le mutisme, de telles figures trahissent le rapport que l'œuvre d'Antoine d'Agata entretient avec la mort, cette limite à laquelle il s'adresse et contre laquelle il est dressé.
 
Autour de l'exposition, des rencontres, débats, performances, lectures… afin d'éclairer cette œuvre dense, nourrie de nombreuses références - littéraires, philosophiques, esthétiques - et des passeurs aussi, qui témoigneront de leur rencontre avec Antoine d'Agata. Enfin, un cycle de cinéma, proposé par un autre compagnon de route, Philippe Azoury, invitera à découvrir un univers cinématographique commun avec Antoine d'Agata.
 
* Le projet Anticorps d'Antoine d'Agata est composé d'une installation au BAL et d'un livre publié en janvier 2013, aux éditions Xavier Barral, d'environ 2 400 photographies.
autour de l'exposition
Cinéma hors les murs
ECLABOUSSEMENTS
À l'occasion de l'exposition ANTICORPS d'Antoine d'Agata, le cycle de cinéma du BAL hors les murs change de format. Quatre séances en soirée, un mardi par mois, au Cinéma des Cinéastes, seront proposées par Philippe Azoury, journaliste et critique de cinéma.
 
Quatre soirs. Quatre rendez-vous, dans le prolongement des situations qu'explore la photographie d'Antoine d'Agata.
 
Quatre programmations de films, documentaires, films expérimentaux, qui, à leur tour, iront à la rencontre des zones aberrantes du monde, et par-delà l'aberration, dévisageront la cruauté, affronteront la douleur.

//www.le-bal.fr/fr/non-classe/anticorps/






d'Antoine d'Agata.

Le processus est brutal. Ma pratique implique un passage à l'acteur permanent. Par la transgression de la frontière séparant le photographe de son sujet, je suis devenu l'objet de mes images, l'acteur contraint d'un scénario que j'ai moi-même élaboré. Le manque, la souffrance, le vieillissement de la chair, la nécessité de jouir et celle, plus subtile, de faire jouir, tout me ramène, à travers l'acte sexuel, à mon propre corps. Je ne peux photographier si je ne suis pas acteur à part entière des situations dans lesquelles je m'immisce ou que je provoque. Épicentre d'un champ de filtres, de prismes et de zones d'ombres, je photographie ce que je fais, je fais ce que je photographie. Tenter de rendre visible cette fracture nécessite de se trouver d'un côté ou de l'autre et d'avoir intégré la césure comme une partie de soi. Je me soumets docilement et, au fur et à mesure que je me perds dans ma pratique, que ma vie touche à la dissolution, que mon corps se disloque, que ma photographie me devient étrangère, je suis de plus en plus seul dans mon entreprise de reconstruction.

//www.fillesducalvaire.com/?SITE=1&CURRLANG=1&CONT=artisthome&ARTIST=32







Antoine d'Agata. Anticorps

Exposition
Antoine d'Agata investit LE BAL en ce début 2013, dix ans après sa première exposition marquante à la Galerie Vu. Dix ans de plus pour une œuvre qui ne compte finalement que vingt années derrière elle. Dix ans de confrontation, d'immersion toujours plus radicale dans l'épaisseur du monde, ses plaies béantes et ses marges incandescentes. Dix ans d'une lente mutation de son langage vers plus d'abstraction, plus de noirceur, plus d'épure, sans inflexion dans l'exigence qu'il adresse à son œuvre, qu'il s'adresse à lui-même. Une exigence de vie, de temps, un engagement face à la violence du monde qui l'obsède et le traverse.
Fannie Escoulen et Bernard Marcadé se sont plongés dans un corpus d'images de dizaines de milliers d'images, et de textes aussi. Avec Antoine d'Agata, ils ont pris à bras le corps une matière foisonnante, sédiments infinis de situations provoquées et de scénarios fortuits, une mine inépuisable dans laquelle il a fallu tailler. L'installation au BAL rend compte de l'ampleur de l'œuvre, des enjeux qui la fondent et de la position d'un homme qui va donner à l'expérience extrême de lui-même et de l'autre un pouvoir de révélation. Cette dérive assumée, consciente, délibérée, ultime dispositif de résistance, donne naissance à l'œuvre pour ne faire qu'un seul et même objet, cet objet-corps qu'il utilise pour dire l'aliénation contemporaine. L'innombrable, l'indicible, la stupeur, l'extase, le mutisme, de telles figures trahissent le rapport que l'œuvre d'Antoine d'Agata entretient avec la mort, cette limite à laquelle il s'adresse et contre laquelle il est dressé.
Autour de l'exposition, des rencontres, débats, performances, lectures… afin d'éclairer cette œuvre dense, nourrie de nombreuses références - littéraires, philosophiques, esthétiques - et des passeurs aussi, qui témoigneront de leur rencontre avec Antoine d'Agata. Enfin, un cycle de cinéma, proposé par un autre compagnon de route, Philippe Azoury, invitera à découvrir un univers cinématographique commun avec Antoine d'Agata.
Diane Dufour
18/01/2013

//www.photographie.com/event/antoine-dagata-anticorps







Antoine d'Agata : une exposition en pleine gueule
Pascal Riché
Redchef
Publié le 11/02/2013

Une femme au Cambodge (Antoine d'Agata.Courtoisie des filles du Calvaire. Copyright)
Une exposition qui dérange vraiment : c'est assez rare. Le Bal, à Paris, expose le photographe Antoine d'Agata, écorché parcourant le monde et le sous-monde. D'Agata ne peut être accusé d'être un voyeur : il s'est englouti lui-même depuis vingt ans dans cette vie de drogue et de nuit.
Il s'est immergé dans les plaies de l'humanité, et en a tiré des images hallucinées, chargées de violences diverses, parfois à la limite de l'abstraction. On entend ses photos gémir, crier, souffrir. Des corps blêmes, des visages tordus de prostituées, des militaires en armes, des immeubles détruits, des tas d'os à moitié enfouis.
Images brunes, grises, noires... Rien de très joyeux, donc, mais la vision d'un monde blafard bien réel, celui qu'a décidé de traverser ce photographe tout au long de sa vie.
D'Agata en sept dates
    •    1961 : naissance à Marseille
    •    1990 : il s'inscrit à l'International Center of Photography de New York où il suit les cours de Larry Clark et de Nan Goldin
    •    1993 : il revient en France et interrompt son travail de photographe durant quatre ans
    •    1998 : premiers ouvrages : « De Mala Muerte » et « Mala Noche »
    •    1999 : il rejoint la galerie « Vu » à peine créé par Christian Caujolle
    •    2001 : prix Niepce
    •    2003 : expo « 1001 Nuits »
L'exposition s'appelle « Anticorps », et elle a été scénographiée par Bernard Marcadé (spécialiste de l'histoire de l'art) et Fannie Escoulen (directrice adjointe du Bal). On entre d'abord dans une salle vide de toute image, avec pour seule compagnie des voix de femmes, très humaines, racontant leurs vies, leurs souffrances : ce sont les femmes croisées par l'artiste. Sont disposées dans cette salle calme quelques piles de tracts.
Puis on descend au sous-sol, dans une salle aveugle, couverte de photos de l'artiste du sol au plafond, telle une crypte (ou un tombeau) saturée de fresques. L'accumulation de ces photos de corps malmenés, d'accouplements glauques, de visages creusés, de violence guerrière ou de silhouettes de migrants-fantômes produit sur le spectateur une oppression difficile à supporter.
En creux : la pornographie sociale de notre monde

Dans la salle d'expo, le photographe (à gauche) et les deux commissaires (capture d'&eacute ; cran)
Une mise en scène aussi étouffante, aussi écrasante, était-elle nécessaire ? D'Agata photographie le monde qu'il voit, qu'il vit. L'exposition va plus loin : elle souligne la charge politique de l'œuvre du photographe, la critique radicale qu'elle porte. Aucune légende n'accompagne les photos, mais la façon dont l'accrochage a été agencé vaut tous les sous-titres.
Fabriquer un microcosme du monde dans une pièce en sous-sol ; glisser parmi les photos des fiches de police – visages en larmes de prostituées – prises sur Internet ; placer, en grand format, des soldats israéliens en armes au milieu des corps maigres de prostituées cambodgiennes...
Rien de tout cela n'est innocent. On peut trouver le procédé lourd, voire boursouflé, mais la radicalité ne s'embarrasse jamais de nuance ou de sobriété. Or, cette exposition se veut aussi radicale qu'un poing dans la gueule.
A l'entrée, un texte de Bernard Marcadé est glissé dans les mains du spectateur, histoire de mettre les points sur les i. Un texte émaillé d'hommages à Debord et Foucault, qui replace le travail du photographe dans sa démarche situationniste. Pour Marcadé, les images d'Antoine d'Agata ne sont pas des représentations, mais des « morceaux arrachés » :
« D'Agata ne compose pas une image, il l'arrache à la réalité de sa propre vie. Ses images sont des lambeaux de chair. Une chair aimée, triturée, violentée, droguée... »
Puis, il explique que le portrait qui en ressort – celui de la marge, de l'aliénation, de la souffrance sociale et sexuelle – est en réalité, en creux, celui de notre monde et de sa « pornographie économique, sociale et médiatique » :
« L'obscénité des corps photographiés par Antoine d'Agata est à comprendre comme le contre-champ (le contre-feu) radical d'une obscénité sociale et médiatique, autrement plus prégnante et redoutable. »
En ce sens, l'œuvre de D'Agata relève de la « propagande par le fait », comme on disait à la fin du XIXe siècle pour parler des bombes posées par les anarchistes.

//blogs.rue89.com/les-plans-culture-de-la-redac/2013/02/11/antoine-dagata-une-exposition-en-pleine-gueule-229615






Antoine d'Agata : la photo "avec risques et périls"
LE MONDE | 26.01.2013 Propos recueillis par Claire Guillot

Les images en forme de cauchemars, témoins des errances sexuelles et narcotiques d'Antoine d'Agata ne laissent jamais indifférent. Il explique comment la photo ne se sépare pas de sa vie. Et revient sur le côté politique de son oeuvre.
Dans les images de la nuit, où se mêlent le sexe et la drogue, vous êtes à la fois le photographe, le sujet de la scène...
Je pense que la photographie a été sous-utilisée. On l'a réduite à de la peinture ou à de la prise de notes journalistique. Mais c'est le seul langage artistique qui impose une implication dans le monde. Tout mon apport tourne autour de ça : comment rendre au photographe sa responsabilité. Aujourd'hui, on voit partout cette distance, cette pseudo-objectivité documentaire... Pour moi, c'est une position irresponsable. Il faut assumer son rapport aux gens.
Mais peut-on vivre et photographier en même temps ?
J'explore l'espace entre la photographie et l'expérience. C'est une utopie, quand la photo est vraiment là, l'expérience en souffre. Et dès que tu es vraiment dans la vie, la photo se défait, c'est ce qui s'est passé quand j'ai fait Ice . J'étais tellement dans la défonce que je n'avais plus rien à foutre de la photographie. Mais pour moi, c'est la seule voie possible. La photo m'a permis d'aller là où je n'aurais pas eu la force d'entrer. Parfois, je ne sais plus si je montre les choses que je vis ou si je les provoque pour les photographier.
On vous a accusé d'exploiter vos modèles, des prostituées...
Je suis prêt à défendre la vérité de ma position par rapport à elles, parce que ces femmes sont incroyables. Dans l'exposition, il y une vidéo où elles parlent, c'est juste et fort, il y a de l'amour, du respect, de la violence, des critiques. L'écran est noir, car aucune de mes images n'était à la hauteur de ce qu'elles disent ! Ça m'insupporte qu'on puisse porter des jugements moraux.
Quelle relation avez-vous avec elles ?
J'ai conscience de la différence de mon statut, de ma liberté – je peux rentrer et sortir. Je ne suis pas dans le romantisme en disant je suis comme elles. Les filles le savent. Elles me testent, elles ne sont pas là pour donner mais pour prendre, pour survivre. Je leur demande beaucoup : du temps, de la confiance, des images, des émotions, mais elles ne donnent rien pour rien. Je fais tout à mes risques et périls. On n'a qu'une existence, et notre devoir est de vivre le plus juste possible, de faire des choix, de prendre des risques. Quand je vais en Libye, je n'ai aucune expérience, je ne pars pas pour un journal, mais pour être à la hauteur de ce que je veux vivre du monde. C'est exactement la même démarche quand je rencontre une fille qui est malade et qui me demande de baiser sans capote. Ce n'est pas comme photographe que je fais tout ça, c'est comme être humain.
Pourquoi mélanger vos photos de nuit, avec les prostituées, et de jour, sur les migrants, les conflits, le travail ?
C'est la première fois que je donne de la cohérence à l'ensemble du travail. C'est important pour sortir de la caricature où on m'a enfermé... Mon travail a toujours été très politique. Je suis venu à la photographie à 30 ans. Avant, j'ai zoné à Marseille, en traînant avec la mouvance autonome. J'ai passé des années au Salvador pendant la guerre civile, au Nicaragua pendant la révolution sandiniste... ça n'a jamais été une déchéance de junkie.
J'ai toujours voulu être là où il y avait des enjeux politiques, mais sans renoncer à tous les côtés existentiels et "destroys" liés au sexe, à l'alcool, à la drogue. Avec mes copains de l'époque, on était des fouteurs de merde avec une conscience politique, on voulait être avec les gens, dans la violence du monde. Cette solidarité avec les êtres déchus était au coeur de ma vie. Ça l'est resté.
Le lien entre toutes les photos, c'est la violence ?
Je confronte des violences qui ne sont pas de même ordre. Il y a une violence sociale et économique exercée sur ceux qui ont affaire à la migration, à la guerre. Quand j'ai couvert les opérations de rénovation urbaine à Marseille, je l'ai fait contre le commanditaire, Euroméditerranée : sur les images on dirait Beyrouth. Les migrants qui sont de dos, on est dans la douleur, l'absence d'identité.
Dans le travail de la nuit, c'est une autre violence. Elle est générée par les individus eux-mêmes. C'est une réaction, une révolte contre la violence qui leur est faite. Le terme "anticorps", titre de l'exposition et du livre, vient de là.
Les prostituées seraient des résistantes ?
Ce qu'elles m'ont appris, c'est que pour survivre, elles sont forcées de réinventer un mode d'être, qui passe par la jouissance narcotique, sexuelle. C'est la seule façon de ne pas crever en silence. Cette violence se retourne contre elles, elle est sans objet, aveugle, désespérée.
Mais elle va contre les structures, contre les morales, la fatalité de la misère. Quand tu n'as rien, il n'y a pas d'autre choix que la sensation. C'est pour ça que la drogue a tant d'importance dans ce monde. C'est l'outil le moins cher qui te fait sentir, exister.
Ce n'est pas une évasion ?
Je ne crois pas que ce soit un leurre. Ce qui m'intéresse, c'est que ce mélange de sensation, de défonce, de violence, de contagion à travers la maladie déborde, éclabousse, pervertit et contamine les structures raisonnées et stables de la société.
La drogue, cela va au-delà du destin de ces femmes-là, elle ébranle des pays entiers. Si tu vas au Mexique, le rôle des méthamphétamines est énorme dans la guerre du narcotrafic – ça atteint un degré de sauvagerie, les structures sociales s'effondrent. Au Brésil, en Asie du Sud-Est, il n'y a pas que les putes qui se défoncent, il y a les paysans, ces drogues ont une capacité de destruction énorme.
Est-ce qu'il est possible de continuer cette vie-là longtemps ?
Je ne fais pas d'images en ce moment, je me suis cramé à l'Ice. Il y a une fatigue, un épuisement. J'ai payé le prix de tout ça, je n'ai pas d'endroit à moi depuis des années, je ne vends pas mes photos... Mais la question, pour moi, n'est pas quand arrêter, mais comment aller plus loin.

//www.lemonde.fr/culture/article/2013/01/26/antoine-d-agata-la-photo-avec-risques-et-perils_1822926_3246.html







ICE - ANTOINE D'AGATA
Par Laetitia Allal,

Ice, le nouvel opus d'Antoine d'Agata sort chez Images en Manœuvres Editions. 
Si la trame verbale du livre, racontée par Rafael Garido, met en scène le chemin de croix de A, avatar du photographe et sa rencontre avec KA, une prostituée vietnamienne, leur histoire d'amour et leur descente dans les abimes narcotiques, eh bien les photos, elles, racontent bien les parcours d'Antoine D'Agata. 

Lors d'une rencontre, il y a deux ans, j'ai demandé à Antoine d'Agata : Si votre travail devait laisser une trace dans l'histoire de la photographie, vous aimeriez que ce soit quoi ? 
Ce qu'il m'a répondu?
«Avoir cherché à vivre avec ceux que jusque-là la photographie s'était contentée de voir. Avoir tenté de dire ce qui n'a pas été dit : qu'il n'est pas acceptable pour le photographe de n'être qu'un voyeur. Avoir tenté de voir ce qui n'a pas été vu. Avoir tenté de faire de situations vécues une œuvre, aussi imparfaite soit-elle. N'avoir jamais renoncé à vivre en prenant pour excuse la photographie. Avoir voulu abolir toute distance avec mon sujet. Avoir voulu mettre en pratique, à mes risques et périls, une vérité ancienne : le monde n'est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes.»

Aujourd'hui, avec Ice, j'ai envie de ne rien ajouter. Car cette réponse résume simplement l'œuvre du photographe, qui trouve son expression la plus crue dans ce dernier ouvrage, aussi froid et enivrant, terrible et envoutant qu'une drogue. 
Pour ceux qui ont aimé Selby, Burroughs, Artaud, Céline et autres barjots célestes du même calibre, et qui n'auraient pas rencontré encore d' Antoine d'Agata, je dirai juste que ce photographe (d)écrit en images, avec le même lyrisme glaçant, le crépuscule des idôles.

//destrictedrevue.com/photography/740711.html






Entretien avec Antoine d'Agata à l'occasion de la sortie de son dernier livre « Ice »
Le 2012-11-28

Antoine d'Agata fait partie de ces photographes hors normes. Sa photographie est à part, elle s'inscrit dans un univers qu'il s'est construit et dans lequel il évolue sans prudence, en faisant abstraction du regard d'autrui. Son travail, on l'adore ou on le déteste. Mais le plus important est de le comprendre, que l'on partage sa vision de la vie ou non.

Il est venu à la photographie très tard, à trente ans. Après une école de photo à New York, il fait des images pendant une année, puis arrête, avant de reprendre en 1998. Il a alors 37 ans, ce qui est tard pour un photographe.

Il commence la photo après une dizaine d'années de voyages à travers le monde, puis, lorsqu'il revient en France il rencontre une femme avec qui il a deux enfants. Il arrête donc les voyages, et devient maçon, barman, rmiste et père de famille !

Certes il a toujours travaillé en agence. Vu' à l'époque et Magnum aujourd'hui, mais toujours en faisant le minimum de compromis. Il s'est toujours battu pour photographier ce que qu'il estimait essentiel, à sa façon. Son dernier livre, Ice, sorti il y a un mois, est un journal, une expérience photographique dans lequel Antoine d'Agata est son propre acteur, aux côtés des prostituées qu'il a cotoyé.
Rencontre avec un photographe troublant, perturbant, dérangeant presque, mais qui, avant tout, assume sa conception de la vie et surtout de la photographie.
 Pourquoi et comment la photographie ?
La photo est venue par hasard, mais j'ai découvert que c'était facile à maitriser et à appréhender, et que cela permettait instantanément de donner une vision du monde. Cela m'autorisait à assumer ma place dans le monde, tout en régurgitant une vision de ce que je vivais, de ce que je voyais.

Pouvez-vous nous expliquer votre démarche photographique, le fait que vos photos soient floues, qui est loin de s'inscrire dans la lignée de ce que l'on peut voir habituellement ?
Ce fameux flou est pour moi un détail, ça n'a jamais été un style, ni un parti pris esthétique, mais photographier ce que j'estimais nécessaire dans les conditions que j'estimais nécessaires, c'est à dire en gardant le moins de contrôle possible sur l'image, en réfléchissant le plus loin possible, en étant le plus possible présent dans les situations, acteur des situations.

Le flou s'est imposé, par manque de maîtrise technique, l'inconscience à travers l'alcool, la drogue, le sexe, une volonté de lâcher prise. Très vite, je me suis rendu compte des possibilités qu'offrait le flou en terme de montrer le niveau de différentes réalités.

Souvent mon travail est perçu comme un journal, ce qu'il est aussi, mais cela reste pour moi un travail très documentaire, où je choisis des territoires stratégiques dans la société où l'on vit, qui sont délaissés, oubliés, mis de côté, négligés, et que j'estime hautement signifiants d'un point de vue politique, économique, sociologique.

Le fait que je sois partie prenant des situations, que ma vie soit liée à celle des gens que je photographie, est ma façon de pousser la photographie jusqu'à la limite de ses possibilités. L'outil est souvent négligé : les gens l'utilisent générallement comme illustration.
La photographie permet d'élaborer une vision du monde, tout en nécessitant de vivre des situations. C'est la caractéristique pour moi essentielle de la photographie, et l'on étudie pas assez cela.
Je m'évertue à continuer à regarder le monde, tout en assumant la position que j'ai pris dans ce monde.
Cela a-t-il toujours été évident pour vous de traiter les thème de la déviance, de la prostitution, de la drogue ?
Ça a été plus inconscient, plus instinctif au départ, et au fil des années, ça devient plus clair et les choses deviennent plus conscientes.

Pour moi, les gens que je photographie ne sont pas des junkies ou des prostituées, ce sont des gens qui n'ont aucun pouvoir dans le monde dans lequel ils évoluent, et qui trouvent dans le vice au sens large un échappatoire, et une issue à la situation économique. Ce qui m'intéresse c'est comment la jouissance, quelle qu'elle soit, y compris sous ses aspects les plus sordides, permet de sortir ces gens de leur situation économique, comment ils réussissent à exister le plus possible.

Je ne suis pas comme eux car pour moi c'est un choix, depuis la photographie j'ai le moyen d'entrer dans ce monde, d'en sortir, d'évoluer, contrairement aux gens que je côtoie, qui eux n'ont pas le choix. Parfois c'est compliqué, tout mon boulot repose sur ce rapport de confiance que j'ai avec ces personnes qui m'offrent leur image, et quelque fois il faut imposer ce rapport de confiance malgré cette défiance que je ne suis ni extérieur, ni dans le même monde.

Les choses évoluent aussi, en ce qui concerne la période dont parle Ice, les rapports étaient fondés beaucoup sur la drogue, ce qui facilite et complique tout : le fait de consommer les mêmes produits, d'être sujets aux mêmes addictions, d'avoir les mêmes faiblesses et en même temps les mêmes désirs, fait que ça crée une proximité, une confiance presque instantanée. Cela fait des années que je n'ai plus à expliquer ce que je fais, parce que le rapport à la défonce résout tout, on est dans les mêmes besoins, la même urgence, ce qui simplifie les choses.

Vous aviez pourtant commencé le documentaire, avec votre série « Huis-Clos », pourquoi avoir arrêté ?
Ce n'est pas que j'ai délaissé ce type de photographie, c'est quelque chose qui m'intéresse moins. J'ai une fascination et une nécessité de photographier la nuit, qui est quelque chose qui fait partie de moi, que je ne peux pas contrôler. En parallèle à cela, de part mon parcours de photographe d'agence, quand je peux– et c'est pas souvent parce que le monde de la photographie s'est beaucoup codifié, formaté – je photographie le jour, la guerre, la migration, des choses liées à l'histoire, le monde du travail ect …

Qu'est ce qui vous fascine dans le thème de l'errance, de la perdition, du vice ? Recherchez-vous à faire une forme de catharsis, de vous libérer de certaines choses ?
La seule chose dont j'essaie de me libérer, c'est de la peur que l'on a tous de cette impuissance à comprendre, à gérer notre destin d'homme. Vivre de façon la plus intense possible, c'est une façon de se libérer de ce poids. Le reste, je ne le vois pas comme une catharsis, mais comme une façon de garder la force de continuer à confronter les choses qui me font peur.
Parfois, le spectateur pense que je ne photographie que ce qui me fait plaisir, ou ce qui me plaît ou me fascine, mais ce n'est pas vraiment ça, je vais vers les choses que je ne comprends pas, qui me font peur, qui me détruisent. Je pense que la seule issue que l'on a en tant qu'humain, c'est d'aller au-delà de nos forces, de lâcher prise, de prendre des risques. C'est plus une volonté de plus voir, de mieux voir, de plus vivre, de mieux vivre, de plus sentir, de mieux sentir.

Votre dernier livre Ice est sorti il y a un mois. Si vous deviez en faire un pitch rapide, vous diriez quoi ?
C'est le journal d'une addiction forcenée et volontaire, la drogue étant choisie comme moyen non pas de refuge, mais d'exploration du monde. A travers ma propre expérience, j'essaie de témoigner de territoires complètement délaissés, mal compris ou réduits à une dimension totalement caricaturale. Le livre est une tentative honnête de montrer le monde sans se réfugier derrière des postures trop faciles.

Depuis un mois, quelles sont les retombées de ce livre ? Dans la presse, auprès du public ect … ?
Les réactions sont assez extrêmes : soit les gens trouvent que c'est le meilleur livre que j'ai fait, soit ils n'osent pas l'ouvrir ou n'ont pas envie de le faire. J'ai parfois entendu ces mots d' « auto-destruction » : les gens en ouvrant le livre ont le sentiment de participer à ce processus d'auto-destruction. On est habitué à des photographies qui sont inoffensives, formatées.
J'ai beaucoup de respect pour les photographes de guerre, mais tout le discours derrière me dérange, on est dans le spectacle, dans des consensuels sur ce qu'est la guerre, la souffrance, un certain nombre de visions humanistes pré-mâchées du monde.
Aujourd'hui, j'ai du mal à trouver des photographies qui remettent en question ma façon de voir et de comprendre le monde, tout est calculé, trouve sa place dans des logiques économiques, esthétiques, rien ne dérange. J'ai l'impression que la critique et le public sont à la recherche de choses qui viennent conforter nos horizons esthétiques, un point c'est tout. Ce qui m'intéresse dans la photographie, ce sont les choses qui remettent en question toute mon appréhension.

Pourtant le travail de photographes comme Joel-Peter Witkin dérange aussi en présentant dans leurs clichés leur vision de la mort …
Il y a des travaux comme ceux-là pour lesquels j'ai du respect, mais de part mon parcours, je suis plus attaché à des photographies qui sont plus en lien direct avec la réalité quotidienne du monde dans lequel on vit.
Il y a des travaux comme celui de Witkin qui explorent des univers intérieurs, qui m'interpellent moins dans leur démarche et dans mon questionnement personnel, qui est plus « qu'est-ce qu'on fait dans le monde dans lequel on vit ? ».
Mon parcours est une longue et lente tentative de me défaire de ce que j'ai connu et de ce qui a été fait, expérimenté.

Ne pensez-vous pas que votre expérience peut représenter un danger pour certaines personnes ? Vous êtes désormais un personnage « public », ne croyez-vous pas que votre travail peut pousser certaines personnes à faire comme vous et se mettre en danger ou mettre autrui en danger ?
Jusqu'aux années 2005, il y a eu pas mal d'expositions, de livres, j'étais dans un cercle où mon travail avait pas mal de retentissements, et j'ai fait le choix de ne plus rien faire pour me replonger dans mon travail. Depuis des années je vis sur un mode nomade, où je n'ai exposé et publié que le minimum, et qui me permettait à moi-même d'aller plus loin.

Les images, quand on est photographe et que l'on est publié, font qu'elles ne sont accessibles qu'à une certaine tranche de la société et finissent par être intégrées dans un monde culturel, qui implique des limites. Mais mon boulot n'est pas de protéger ou d'éduquer, mais de montrer ce qui se passe aujourd'hui dans des parties de la société où les gens n'ont pas le choix, n'ont pas accès à la dignité humaine.
Ma priorité n'est donc pas de me préoccuper de la morale, mais de la réalité de pans entiers de la société, qui vivent dans la négligence.
Mon but a toujours été de prendre les risques qui s'imposent avec les gens que je photographie et de partager au maximum cette existence, ces expériences, aussi amorales, condamnables soient-elles, plutôt que de me positionner de l'autre côté de la barrière, et de regarder avec défiance et compassion le monde.
Qu'est-ce qui a été le plus difficile pour vous dans la réalisation de ce livre ?
Au fil de ces années que retracent le livre, la photographie s'est appauvrie jusqu'à s'anémier totalement, lié à la matière même de mon expérience et des produits chimiques dont je parle dans le livre.
Cela a toujours été mon but, que la vie prenne le pas sur la photographie, jusqu'à ce que la photographie ne soit plus nécessaire. En même temps c'est toute l'ambiguité du projet, car lorsque la photographie prend le dessus, elle meurt. Ce qui a été difficile, c'est de trouver la force, lorsque j'étais à bout, de donner une forme au texte. Le travail de Rafael Garido (qui a réalisé l'édition du livre ndrl) a donc été essentiel dans ce sens, je lui donnait la matière et il faisait le découpage, qui est un travail énorme.

Pour les textes, sans Rafael je n'aurais pas pu le faire, pour les images j'ai fait du mieux que j'ai pu. L'ice est une drogue qui enferme l'esprit dans des blocages mentaux, comme un disque rayé permanent, qui fait que ça rend très compliqué les détails du processus d'editing, de mise en forme.

Des mois ce sont écoulés depuis le livre, et j'ai les mêmes difficultés, je ne pense pas qu'elles disparaissent avec le temps. Mais tout ceci fait partie des conséquences de mes choix et je ne m'en plains pas, je vis avec.

Etes-vous satisfait de votre livre ?
J'ai rarement fait un bouquin qui aille aussi loin dans la cohérence, dans la prise de risque et dans l'engagement, et je suis fier de cela, quelques soient les réactions. Le livre va loin dans cette volonté de sortir de la photographie, et d'en faire un outil unique de découverte et d'engagement dans les choses du monde.

Avez-vous une famille ? Qu'en pense-t-elle ?
J'ai quatre filles de 18 ans, 17 ans, 11 ans et 5 ans, de trois mères différentes.
Aucune d'entre elles ne veut rentrer dans mon travail, elles savent de quoi il traite, mais elles ne veulent ni aller sur internet, ni en entendre parler, même si certaines ont chez elles mes livres. Nous n'en parlons jamais, mais elles savent par leurs mères. Elles n'ont, je pense, ni l'envie ni la volonté de rentrer là-dedans, ce que je respecte entièrement, et que je protège.

C'est à elles de faire leur choix, je n'ai jamais tenté ni de leur montrer ni de leur cacher. Pour l'instant, elles ont besoin de se protéger de ce travail, à tort ou à raison. Mais je pense que mon travail servira un jour, quand elles le jugeront nécessaire, pour comprendre ce que je fais, pourquoi je le fais, de savoir que leur père n'étais pas juste un junkie ou un barge, mais avait des raisons profondes de faire ça.

Comment vivez-vous socialement le positionnement que vous avez pris ? Avez-vous eu des ennuis avec les autorités, les politiques ?
J'ai fait le choix dans le livre de ne pas parler de tous les problèmes concrets, ponctuels que j'ai eu pour différentes raisons sur lesquelles je ne préfère pas m'appesantir. Il y a tout un aspect des choses dont je ne peux pas parler, des histoires, des complications liées à mes documentaires. Le monde de la nuit est assez compliqué, et le livre l'évoque à demi-mots.

Plusieurs choses ne sont pas résolues, mais tout cela est anecdotique et non essentielle dans mon projet.
La prise de risque, il y a toujours un moment où on la regrette – à tort ou à raison – en même temps, on a tous nos destins d'hommes et de femmes à assumer et à vivre, ce sont des choix quotidiens. Beaucoup de gens prennent le minimum de risques, vivent dans un confort relatif, mais de mon point de vue, nous avons qu'une vie et nous sommes là pour l'attirer ou la pousser la plus loin possible. Pour moi se préserver physiquement et prendre des risques esthétiques, ça n'a pas de sens.

Comment vivez-vous les critiques des gens ?
Sincèrement, ni les compliments ni les critiques ne me touchent aujourd'hui. J'ai réussi à me défaire de cela, je n'ai rien à prouver à personne et je n'ai pas d'objectif en ce sens. Mon ambition, elle est dans mes actes, dans mes choix de vie. Je n'attends rien de personne.

Vos séries représentent-elles une progression dans votre vie ?
Tout ce que j'ai fait en photographie n'est qu'une seule et même chose. Cohérent et progressif, je l'espère.

Si vous pouviez traiter de n'importe quel thème autre que l'errance, la nuit, ce serait quoi ? Avez-vous envie de passer à autre chose ou de continuer sur cette voie ?
J'étais en Libye au mois de septembre, à Tripoli, où j'ai fait mes dernières images. J'ai fait le choix de ne plus faire d'images jusqu'à la fin de l'année. Je me suis lancé sur un nouveau projet, faire une vidéo sur les mêmes questionnements, je commence le montage en septembre. Cela laisse la place à d'autres choses, le projet est surtout basé sur de longs entretiens que j'ai eu avec ceux que j'ai photographiés, qui change pas mal la perspective que le spectateur pourrait avoir là où il ne voit que sexe, vice, perdition, il va se rendre compte – je l'espère – de l'intensité, la profondeur des personnes que je photographie. Ce sera sous la forme d'un documentaire, autour d'une vingtaine de rencontres avec des femmes de la nuit dans différents lieux.

Charles Baudelaire, Paul Verlaine ou encore Arthur Rimbaud ont revendiqués leurs expériences littéraires sous l'emprise de drogues : comprenez-vous de ce fait leurs démarches ?
Oui, j'utilise la drogue comme moyen de connaissance, d'exploration, comme le faisaient ces écrivains. La différence, c'est qu'en général, toutes les drogues qui ont servies de matière aux écrivains, étaient des drogues hallucinogènes ou qui amenaient vers l'ivresse. Or les drogues contemporaines, qui sont des molécules artificielles, comme l'Ice en Asie, annihilent toute ivresse, donnent une lucidité extrême mais compliquée. Ce qui m'intéresse dans cette défonce, c'est qu'elle amène au plus près du monde, sans laisser aucun espace pour se réfugier, se cacher. Elle ne procure ni ivresse ni rêve.

Des projets ?
J'ai une exposition en cours dans un musée à La Haye, en Hollande.
Je prépare une expo à Paris en janvier prochain qui va être différente : je vais confronter deux regards en profondeur, celui de la nuit et celui du jour. Je vais utiliser plein de séries du jour qu'on ne connaît pas, mais qui sont essentielles pour moi. C'est la première fois que je vais présenter ces deux regards, qui ont toujours fait sens pour moi. Le monde de la nuit en essayant d'assumer ma position le plus loin possible, et le monde du jour avec un regard qui est beaucoup plus critique, beaucoup plus distant, froid. Mais les issues sont les mêmes.
Un livre sortira sur ce travail.
Propos recueillis par Claire Mayer

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Antoine d'Agata
est un photographe français né à Marseille en 1961.

Biographie

À partir de l'âge de 17 ans, Antoine d'Agata s'intéresse aux mouvements punks et anarchistes marseillais. Peu de temps après, il commence à fréquenter des bordels et à se droguer régulièrement1.
En 1983, D'Agata quitte la France et commence à voyager. Il se trouve aux États-Unis en 1990, et c'est à New York qu'il étudie la photographie à l'International Center of Photography, où il suit les cours de Larry Clark et de Nan Goldin. Il travaille ensuite comme reporter et aussi au département éditorial de Magnum Photos.
De retour en France en 1993, il décide d'interrompre son travail comme photographe pendant 4 ans. En 1998, il publie ses premiers ouvrages « De Mala Muerte » et « Mala Noche » et, un an après, la Galerie Vu commence à distribuer ses photos.
En 2001, il publie Hometown et remporte le prix Niepce décerné aux jeunes photographes. Il continue à publier régulièrement, en 2003 Vortex et Insomnia sont apparus pour accompagner son exposition « 1001 Nuits ». En 2004, il publie Stigma et Manifeste en 2005. Depuis 2004, il fait partie de Magnum Photos. Toujours en 2004, il fait son premier film, un court-métrage intitulé Le Ventre du Monde ; en 2006, il réalise un long-métrage, Aka Ana, filmé au Japon.
Il est exposé aux Rencontres d'Arles en 2009 dans le cadre de l'exposition "Ça me touche" qui regroupe des invités de Nan Goldin.
Depuis de nombreuses années, il anime des ateliers, donne des cours de photographie et participe à des colloques un peu partout dans le monde.

Parcours
Les thèmes abordés par d'Agata sont la nuit, l'errance, la prostitution, le sexe, les corps, les expériences alternatives.
Le travail de d'Agata se partage dans le monde entier, ce qui fait qu'il n'a pas un lieu fixe de résidence.
Cinéma
Antoine d'Agata a réalisé trois films.
En 2007 est sorti à Cannes Un homme perdu, de Danielle Arbid, un film dans lequel Melvil Poupaud joue un photographe, rôle largement inspiré de la vie de D'Agata2.
En 2010 est sorti L'homme qui voulait vivre sa vie, film d'Eric Lartigau, dans lequel Romain Duris joue le rôle d'un photographe. Les photographies montrées dans le film sont d'Antoine d'Agata3.
Œuvre
Thématique
Antoine d'Agata tente, à travers l'acte photographique de rendre compte les espaces d'ordre physique et émotionnel, de manière segmenté, en adoptant une posture personnelle. Sa photographie cristallise les ruptures que les corps et les sentiments produisent, ainsi que des moments qui ne peuvent être assimilés, due à l'instantanéité de l'évènement. Non seulement par le type de l'image et par son esthétique brutale et grasse dans les formes, il oblige le spectateur à s'interpeler sur la réalité de ce qu'il voit, c'est alors qu'il devient acteur, en partageant cette expérience photographique et le force à s'interroger sur l'état du monde et sur lui-même. Son sujet est pris dans le déplacement du photographe et des autres, dans l'éphémère et l'insaisissable.
Mode opératoire et matériels
Ses clichés photographiques résident dans le hasard des rencontres. Il ne définit presque jamais à l'avance l'objet de ce qu'il va photographier. Il est guidé par son inconscient et ses obsessions : l'obscurité, la peur ou encore l'acte sexuel, et plus précisément par son rapport à l'existence. Antoine d'Agata utilise un médium de type Leica en petit format, ce qui rend la prise de vue aisée en fonction des situations dans lesquelles il se retrouve. Il peut aussi se servir d'un Polaroid et d'appareils jetables. Il travaille en argentique et numérique, en noir et blanc et couleur.
Antoine d'Agata et le "documentaire"
Antoine d'Agata dit, à travers ses photographies, ne parler que de lui, de ses situations, et témoigne de l'instantanéité des moments de vie. À la question de savoir quel trace voudrait-il que son travail laisse dans l'histoire de la photographie, il répond : «Avoir cherché à vivre avec ceux que jusque-là la photographie s'était contentée de voir. Avoir tenté de dire ce qui n'a pas été dit : qu'il n'est pas acceptable pour le photographe de n'être qu'un voyeur. Avoir tenté de voir ce qui n'a pas été vu. Avoir tenté de faire de situations vécues une œuvre, aussi imparfaite soit-elle. N'avoir jamais renoncé à vivre en prenant pour excuse la photographie. Avoir voulu abolir toute distance avec mon sujet. Avoir voulu mettre en pratique, à mes risques et périls, une vérité ancienne : le monde n'est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes.»4
En réalité, il tenterai de garder une distance par rapport aux images documentaires possédant des signes facilement reconnaissables par tous. D'Agata envisage la photographie, comme un "outil documentaire", qu'il mélange à sa subjectivité.
Prix
    •    2011 Le Grand Prix International des 4ème Rencontres photographiques de Créteil
    •    2009 Grand Prix du film documentaire, Festival International de Belfort
    •    2004 Prix du Festival international de Photographie, Higashikawa, Hokkaido, Japon
    •    2001 Prix Niepce, Paris
    •    1999 Prix Forscher Fellowship, États-Unis
    •    1999 Bourse Villa Médicis Hors les murs, France
    •    1996 Prix Voies Off
    •    1994 1er prix du Festival des jeunes Créateur, Paris
Bibliographie
    •    2012 Position(s)5, textes et images Antoine d'Agata, édité par Giuliana Prucca, Avarie, Paris (ISBN 2-9541974-0-1)
    •    Antoine Agata, Ice, Marseille, Images En Manoeuvres, textes de Rafael Garido, 2012 (ISBN 2849952052) [lire en ligne]
    •    2011 Situations (titre provisoire), Texte Antoine d'Agata, Éditions Actes Sud
    •    2010 Aka Ana (titre provisoire), Livre / DVD, Textes Philippe Azoury, I.E.M. Éditions
    •    2009 Agonie, textes de Rafael Garido, Éditions Actes Sud
    •    2008 Le désir du monde, entretiens, Antoine d'Agata et Christine Delory, Éditions Téraèdre
    •    2007 Situations, texte Antoine d'Agata, Hysteric, Tokyo, Japon
    •    2005 Manifeste, Le Point du Jour éditeur, Paris / Galerie le Bleu du Ciel
    •    Antoine Agata, Psychogéographie, texte de B. Le Dantec, Paris, Le Point du jour éditeur, 2005 (ISBN 2912132436)
    •    2004 La Ville sans Nom, éd. Le Point du Jour
    •    2004 Stigma, texte de P. Azoury, Images en Manœuvres Éditions, Marseille (ISBN 2-8499-5009-2)
    •    2003 Insomnia, texte Christian Caujolle, B. Le Dantec, éditions Images en Manœuvre, Marseille (ISBN 2-9084-4575-1)
    •    2003 Vortex, texte de Christian Caujolle., édition Atlantica, Paris (ISBN 2-8439-4673-5)
    •    2003 Position(s), texte Magali Jauffret, Fnac, Paris
    •    2003 Psychogeography, éditions Aurora Boréalis, Pays-Bas
    •    2002 Le ventre du Monde, Phototypie, Galerie Maeght, Paris, 2003. Texte : B. Le Dantec, éditions de l'Œil, Paris
    •    2002 Home Town, sans texte, Le Point du Jour Éditeur, Paris
    •    2002 Moussa Konaté, Éditions de l'œil, Paris
    •    2001 Antoine d'Agata, texte Antoine d'Agata, Centro de Estudios fotograficos, Vigo, Espagne
    •    2000 Dormir / Sleep, éditions Coromandel, Paris
    •    1998 Mala Noche, textes de Bruno Le Dantec et Jose Agustin, édition En Vue, Nantes (ISBN 2-9119-6604-X)
    •    1998 De Mala Muerte, texte de Paco Ignacio Taibo II, Le Point du Jour Éditeur, Paris
Notes et références
    1.    ↑ Entretien avec Christine Delory in : Le désir du monde, Éditions Téraèdre, 2008
    2.    ↑ Filmographie d'Antoine d'Agata [1] [archive]
    3.    ↑ L'œil d'Antoine d'Agata dans l'objectif de Romain Duris [archive]
    4.    ↑ Extrait de l'interview accordée à Laetitia Allal, journaliste de Destrcited Revue, 2012 [archive]
    5.    ↑ www.avarie-publishing.com
        
//fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_d%27Agata












































07/03/2013
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