Alain YVER

Alain YVER

ANTONIO CARLOS JOBIM

Antonio Carlos Jobim
Musicien (27/01/1927 - 08/12/1994)







écouté une centaine d'extraits ici
//musique.ados.fr/Antonio-Carlos-Jobim.html

site officiel
//www2.uol.com.br/tomjobim/index_flash.htm

DESAFINADO par STAN GETZ
//www.youtube.com/watch?v=Gghq6pvtQHY





Biographie
          

En intégrant le jazz à ses origines brésiliennes, Antonio Carlos Jobim a donné naissance à un nouveau genre musical, la Bossa Nova. Les mélodies et les harmonies qu'il n'a cessé d'inventer tout au long de sa vie sont connues et reprises dans le monde entier.

L'amour de de la musique
Sa rencontre avec la musique classique, et surtout Claude Debussy, se fait à l'âge de 14 ans, lorsqu'il prend ses premiers cours de piano, tout en découvrant de manière autodidacte les joies de l'harmonica et de la guitare. En 1946, Jobim s'inscrit dans une école d'architecture. Mais son désir de jouer de la musique est plus fort, et très vite, il commence à fréquenter les piano-bars de Copacabana.

En 1952, il travaille pour Continental Records en tant que copiste, puis rapidement, il met ses talents d'auteur, compositeur et arrangeur au service des studios d'enregistrement. Le succès arrive en 1954 avec "Tereza di praya", écrite avec Billy Blanco et interprétée par Dick Farney et Lucio Alves. La même année, il rencontre le poète Vinicius de Moraes, pour qui il met en musique deux ans plus tard le texte "Orfeu da Conceiçao". D'abord présentée sur la scène du théâtre municipal de Rio, la chanson remporte un succès immédiat et Antonio Carlos Jobim se met à composer les chansons du film "Orfeo do Carnaval".

Un nouveau style, la Bossa Nova
 Jobim est alors directeur artistique pour Odeon Record, où il rencontre le chanteur et guitariste Joao Gilberto. Ensemble, ils fondent un nouveau genre musical alliant jazz romantique et musique brésilienne épicée : la Bossa Nova. Entre 1957 et 1958, Tom et Vinicius écrivent beaucoup pour des bandes originales de films ou pour les chanteuses Silvia Telles et Elizete Cardoso. "Eu Não Existo Sem Você", "Desafinado" et "Chega de Saudade" datent de cette époque. D'abord en retrait derrière sa guitare, Joao Gilberto finit par interpréter ces deux dernières chansons pour un premier album sorti en 1959. La même année, "Orfeu Negro", que Jobim compose avec Luiz Bonfá, devient un film. Réalisé par Albert Camus, il remporte la palme d'or au festival de Cannes. La musique brésilienne capte alors l'attention du monde entier.

De Moraes et Jobim ne s'arrêtent pas là dans leurs collaborations et continuent à travailler sur des musiques de film, des chansons et compositions pour orchestre. En 1962, une femme rencontrée à une terrasse de café leur inspire le texte de la chanson "Garota de Ipanama", qui obtient un Award pour le meilleur enregistrement de l'année, devenant ainsi l'un des plus grands succès du Brésil. Puis Jobim part pour New York, où il est invité avec plusieurs musiciens brésiliens à participer au "Bossa Nova Show" au Carnegie Hall. Il y fait la connaissance de Stan Getz et Charlie Byrd, deux musiciens qui feront de sa composition "Desafinado" un véritable succès. En 1963, ils enregistrent ensemble l'album historique "Getz/Gilberto".

L'emblème du Brésil
A partir de 1965, Tom Jobim décide de renforcer sa carrière internationale en travaillant avec de nombreux arrangeurs réputés comme Nelson Riddle, Claus Ogerman ou Eumir Deodato. Il sort alors plusieurs albums solos, anime un show hebdomadaire pour la télévision brésilienne et enregistre deux disques avec le chanteur le plus populaire au monde, Frank Sinatra.

En 1968, Tom Jobim et Chico Buarque présentent "Sabiá" au Festival International de la chanson de Rio de Janeiro et remportent le premier prix. Dans les années 1970, Jobim écrit de nouveaux classiques, parmi lesquels figure la chanson "Aguas de Marco", rendue célèbre en France par la reprise de Georges Moustaki, "Les eaux de mars".

Après le décès de son ami Vinicius de Moraes en 1980, Jobim compose de nombreuses musiques de film et collabore avec Gal Costa et Chico Buarque. En 1984, il met en place le Nova Banda avec le violoncelliste arrangeur Jaques Morelenbaum et le flûtiste Danilo Caymmi. Ensemble, ils jouent l'année suivante au Carnegie Hall, au festival de jazz de Montreux et enregistrent quelques disques. Lors d'un concert événement organisé au Carnegie Hall en son honneur en 1994, Tom Jobim se produit aux côtés d'Herbie Hancock, Path Metheny et Sting. Ce dernier spectacle lui offre la reconnaissance universelle qu'il méritait vraiment.

Malade d'un cancer, Antonio Carlos Jobim décède d'une attaque cardiaque quelques mois plus tard, le 8 décembre 1994, à New York. C'est un choc pour tous les Brésiliens, et en 1999, le nom du musicien sera donné à l'aéroport international Galéao de Rio













Antônio Carlos Jobim
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biographie 2

Antônio Carlos Brasileiro de Almeida Jobim est un musicien brésilien né le 25 janvier 1927, à Tijuca, dans la partie nord de Rio de Janeiro et mort le 8 décembre 1994 à New York (Etats-Unis). Cofondateur du style « bossa nova », il a composé un grand nombre de chansons qui restent à la fois comme classiques de la musique populaire brésilienne et standards du jazz.

Il est couramment appelé Tom Jobim, qui se prononce en portugais « ton jobi(n) » et non à l'américaine « tomm djobimm ».
Biographie [modifier]

Descendant de Français nommés "Jobin" ayant émigré au Brésil au XVIIe siècle, c'est un vrai carioca, un habitant de Rio. Rapidement, sa famille déménage dans un quartier plus au sud, plus central et plus bourgeois, Ipanema. Très jeune, il joue de la guitare et de l'harmonica. Mais à partir de 1941, la musique ne devient plus seulement un loisir pour Jobim, puisqu'il commence alors à prendre des cours de piano avec Hans-Joachim Koellreuter, un Allemand qui s'illustre notamment dans le dodécaphonisme. À la fin de la guerre, il se lance dans des études d'architecture qui seront bien vite abandonnées. Il préfère jouer du piano dans les bars où, des mois durant, il affine et perfectionne son jeu.

Quelques années plus tard, le Brésil entre dans une espèce d'âge d'or politique, avec l'avènement à la présidence de Juscelino Kubitschek, un démocrate et un réformateur qui va durablement laisser son empreinte sur le pays. Son mot d'ordre - Rattraper 50 années en 5 ans - aboutit notamment à la création d'une nouvelle capitale, Brasilia. Pendant ce temps-là, en 1956, se déroule une rencontre absolument décisive entre Jobim et le poète, écrivain et diplomate Vinícius de Moraes. Ce dernier cherche alors à mettre en musique sa pièce Orfeu da Conceiçao, transposition dans l'univers de Rio du mythe grec d'Orphée, qu'il a écrite entre 1940 et 1955. Jobim s'exécute et, lors de sa sortie au théâtre municipal de Rio, le 25 septembre 1956, la pièce est un triomphe, ainsi que l'adaptation cinématographique du Français Marcel Camus, Orfeu Negro, de 1959, qui l'a rendu mondialement célèbre et qui inspira un compositeur comme Michel Legrand. Progressivement, nombre de jeunes musiciens s'agrègent autour du duo Jobim / de Moraes : le Bahianais, chanteur et guitariste, João Gilberto, la chanteuse Nara Leão, le guitariste Baden Powell, et bien d'autres encore comme Carlos Lyra, Roberto Menescal, Newton Mendonça, Ronaldo Boscoli: tout un mouvement qui prendra le nom de bossa nova, qui signifie « chose nouvelle ».

Mais la bossa nova, même si elle entend incarner une nouvelle vague, une nouvelle façon de chanter et de jouer, ne naît pas ex nihilo. Ses influences sont nombreuses et, avant toute chose, l'oreille de Jobim a beaucoup traîné, écouté et assimilé. Ainsi, au Brésil, le compositeur goûte particulièrement les musiques d'Henri Salvador ainsi que les compositions d'Ary Barroso, compositeur du « tube » Aquarela do Brasil - plus connu sous le nom de Brazil, et associe au jazz les accords complexes du chorinho traditionnel. Nettement influencé par la musique de Chopin, il apprend également beaucoup auprès du guitariste de samba cançao Dorival Caymmi et du pianiste Johnny Alf, qui l'initie au jazz.

Tom Jobim composa des centaines de chansons et enregistra plus de 50 disques. Citons Chega de Saudade (1958), qui marqua le début de la bossa nova, ainsi que Desafinado (1959) et Garota de Ipanema (1963) qui connurent un succès planétaire.

Le jeudi 8 décembre 1994, à l'hôpital Mount Sinai de New York où il s'était rendu pour y subir une intervention chirurgicale suite à des problèmes d'artériosclérose, Tom Jobim est victime d'une défaillance cardiaque mortelle. Simple hasard ou dernier clin d'œil du destin, il rejoint dans la légende son complice Vinícius de Moraes à l'âge même (67 ans) où celui-ci, de 14 ans son aîné, l'avait précédé en 1980.

Le style bossa nova a aujourd'hui accédé à la postérité, même si le mouvement s' était atténué quelque peu à partir de 1968 devant la musique américaine.
Discographie

    * 1954: Sinfonia do Rio de Janeiro
    * 1956: Orfeu da Conceição
    * 1957: O Pequeno Príncipe
    * 1958: Canção do Amor Demais - Elizete Cardoso
    * 1959: Amor de gente moça - Silvia Telles
    * 1959: Chega de Saudade - João Gilberto
    * 1959: Por tôda a minha vida - Lenita Bruno
    * 1960: Brasília - Sinfonia da Alvorada
    * 1960: O Amor, o Sorriso e a Flor - João Gilberto
    * 1961: João Gilberto - João Gilberto
    * 1963: Getz/Gilberto - Stan Getz, João Gilberto e Antonio Carlos Jobim
    * 1963: The Composer of Desafinado Plays
    * 1964: The Wonderful World of Antonio Carlos Jobim
    * 1965: A Certain Mr. Jobim
    * 1965: Caymmi Visita Tom
    * 1967: Francis Albert Sinatra & Antonio Carlos Jobim - Frank Sinatra/Antonio Carlos Jobim
    * 1967: Wave
    * 1970: Stone Flower
    * 1970: Tide
    * 1971: Sinatra & Company - Frank Sinatra/Antonio Carlos Jobim
    * 1972: Disco de bolso - O Tom de Tom Jobim e o tal de João Bosco
    * 1973: Matita Perê
    * 1974: Elis & Tom
    * 1975: Urubu
    * 1977: Miucha & Antonio Carlos Jobim - vol. I
    * 1977: Tom, Vinicius, Toquinho, Miucha - gravado ao vivo no Canecão, Rio de Janeiro
    * 1979: Miucha & Tom Jobim - vol. II
    * 1980: Terra Brasilis
    * 1981: Edu & Tom
    * 1983: Gabriela
    * 1985: O Tempo e o Vento
    * 1987: Passarim
    * 1987: Tom Jobim Inédito
    * 1994: Antonio Brasileiro
    * 1995: Antonio Carlos Jobim: Composer
    * 2000: Tom Canta Vinícius



















Antonio Carlos Jobim
biographie, entretien avec Tom Jobim, CDs, sheetmusic by Antonio Carlos Jobim.
Article du 1er janvier 2007 par "Beethoven" Jean-Michel Reisser, avec la précieuse collaboration de Renata Mindlin, Biscoitofino Records, Rio de Janeiro, Brésil.

Antonio Carlos Jobim ou  le « Papai de Ipanema »

Le mot « génie » est un peu trop usité ces derniers temps. Mais, sincèrement, on peut affirmer, sans trop abuser, que Tom Jobim - cela se prononce  « ton  jobi(n) » - mérite plus que ce mot. Il n'a pas simplement révolutionné la musique brésilienne mais aussi toutes les autres musiques populaires mondiales. J'en veux pour preuves ces 2 albums inédits qui viennent de sortir et dont ils sont, scandaleusement, passés quasi inaperçus. C'est au cours d'une soirée mémorable à Los Angeles en 1993 qui j'ai rencontré et connu ce grand homme, grâce à une autre légende de la musique afro-américaine : Ray Brown. Nous avons alors parlé de longues heures ensemble. Voici quelques phrases et anecdotes concernant sa biographie fort intéressantes et peu connues.

Antonio Carlos Brasileiro De Almeida Jobim est né à Rio de Janeiro le 25 janvier 1927 à Tijuca, quartier situé au nord de la ville. En 1931, ses parents déménagent au sud, au bord de la mer, dans un quartier plus bourgeois nommé Ipanema. Tout jeune, il est attiré par le sport. « J'en pratiquais plus d'un : la capoiera, le volley de plage, la peteca, je pouvais traverser à la nage le lagon de Rodrigo de Freitas, la course à pieds etc… J'étais déjà bien sculpté pour mon âge et pour l'époque » me raconta-t-il vaillamment.

« Dès l'âge de 13 ans, j'ai commencé à étudier le piano mais cela ne me passionnait pas plus que cela. Je dois avouer que celui qui m'a le plus influencé et mis le pied à l'étrier, ce fut en écoutant les œuvres de Claude Debussy. J'étais sans voix. Ses harmonies m'ont touché à jamais. Je jouais aussi un peu de guitare et d'harmonica mais c'était pas de manière sérieuse. » (rires)

Mais, à 17 ans, une très grave chute sur la plage en jouant avec ses amis change sa vie. « J'ai dû alors arrêter le sport. J'étais perdu et ne savais plus quoi faire. J'ai essayé d'étudier l'architecture en 1946 mais ce n'était pas pour moi. Ce sont dans ces conditions que le « virus » de la musique me prit terriblement. Ca y est, j'avais trouvé ma voix ! »

Il devient alors un des piliers des bars musicaux de Copacabana entre autres. « Oui, j'étais toujours dans ces bars à écouter toutes les musiques que je pouvais. Il faut dire que j'ai eu un sacré prof de piano du nom de Hans-Joachim Koellreuter, qui était allemand. Il était en avance sur son temps car il m'a enseigné les bases de la dodécaphonie. Une sacrée chance, tu parles ! » me confia-t-il.

Puis il se met à jouer dans ses mêmes bars qu'il fréquente : « Pas facile au début de se faire une place mais, comme je travaillais très dur mon piano, on m'a finalement laissé jouer et j'ai eu un assez joli succès. »

Avais-tu déjà ton style ? « Non, j'essayais beaucoup de choses, parfois bonnes, parfois mauvaises mais je cherchais. C'était mon but : trouver quelque chose d'original ».

Et le Jazz dans tout ça ? « C'est ce que j'écoutais le plus : les big bands et les pianistes bien sûr : Duke, Basie, qui étaient de sacrés pianistes eux-mêmes aussi, Art Tatum, Fats Waller, Earl Hines, Teddy Wilson etc… Drôle car je les ai tous rencontrés par la suite et ils sont devenus des amis ».

En 1949, il se marie et devient père du garçon nommé Paulo en 1950. Dès 1952, il travaille dans les studios d'enregistrements de la capitale pour « Continental Records ». « Mon boulot était copiste. Mais je me suis vite fait des amis musiciens et producteurs. Ils ont entendu par la suite mes compositions et arrangements. Ils ont alors aimé et mon premier succès fut  « Tereza di Praya », écrit par Billy Blanco en 1954 ».

Et puis une rencontre capitale se réalise en 1954 avec le poète, écrivain et diplomate Vinicius de Moraes. « Il cherchait à mettre en musique sa pièce « Orfeu da Conceiçia ». Il mit 15 ans à écrire cette pièce et voulait vraiment mettre de la musique dessus. Mais, il ne trouvait personne qui lui convenait. Alors, d'une manière un peu gonflée, je lui ai dis que je pourrais le faire sans problème. Il me donna son accord. Je travaillai 20 heures sur 24 pour y arriver. A sa présentation en septembre 1956 au fameux théâtre municipal de Rio, ce fut un grand succès. » La même année, il devient le directeur artistique du label Odeon Records et rencontre le chanteur et guitariste Joao Gilberto.

En 1957 et 1958, Tom et Vinicius écrivent de nombreux morceaux pour des bandes originales de films et pour des chanteuses telles que Sylvia Telles et Elizete Cardoso. « C'est à cette époque que j'ai composé  « Desafinado », « Chega De Saudade ». J'ai demandé à Joao de les interpréter seul à la guitare et un album est sorti en 1959. »

Cette même année, le réalisateur français Marcel Camus filme, à Rio, une adaptation cinématographique de « Orféo Negro ». Il demande alors à Jobim de composer la musique du film. C'est avec l'unique concours de la seule guitare de Luiz Bonfa que ces airs deviennent d'un seul coups des « hits » planétaires. « On ne s'y attendait pas du tout car les budgets étaient serrés et on ne pouvait pas avoir beaucoup de musiciens pour les séances. Alors j'ai pensé que la guitare de Luiz pouvait faire l'affaire » « Orféo Negro » reste, encore aujourd'hui, un film culte dans le monde entier. C'est assez incroyable ! »  me souffla-t-il l'air encore étonné.

Petit à petit de jeunes musiciens collaborent avec Tom tels que le guitariste Baden Powell, Ronaldo Boscoli, Carlos Lyra et bien d'autres. « Tous ces types arrivèrent et on forma une espèce de communauté de musiciens. Un jour, quelqu'un arriva avec ce terme de « Bossa Nova », ce qui veut dire nouvelle vague. »

Comme il est l'homme de cette nouvelle vague, quels furent « ses ingrédients » pour inventer cette nouvelle forme musicale? « Très bonne question et pas facile à y répondre. En fait, j'ai écouté la musique classique en premier, puis le Jazz, grâce à un pianiste nommé Johnny Alf qui m'a enseigné les rudiments et m'a fait écouter cette musique très attentivement. Je me suis inspiré aussi des gens de mon pays dont le compositeur Ary Barroso, celui qui composa le thème « Brazil » entre autres. J'ai aussi pas mal écouté les musiques traditionnelles brésiliennes tels que le Chorinho et la Samba, la vraie de l'époque. C'est un mélange de toutes ces musiques que nous avons réussi à sortir un nouveau style musical. Il a fallu du temps. »

Mais la collaboration entre Vinicius et Tom ne s'arrêtent pas là. Ils continuent à travailler sur de nombreuses autres musiques de films de l'époque, écrivent aussi pour pleins d'orchestres différents.

Raconte-moi comment tu as composé ce fameux thème « A Garota de Ipanema » (The Girl From Ipanema). « Par accident total. J'allais toujours boire des bières au même bar sur la plage à Ipanema. Chaque fois que j'y allais, je voyais cette magnifique femme qui passait devant moi. J'ai appelé alors Vinicius pour qu'il vienne. J'avais alors composé la musique. La vue de cette fille  l'inspira tellement qu'il écrivit les paroles. C'est tout simple » m'a-t-il confié.

Ce fut un véritable raz-de-marée. Stan Getz et Charlie Byrd enregistrent ses compositions dont le fameux « Desafinado ». Tom est invité la même année à jouer à « Carnegie Hall »,  avec ses amis brésiliens. « Je ne pouvais pas y croire : nous, « petits » brésiliens, invités à jouer dans la plus prestigieuse salle du monde, à New York ?! J'ai mis du temps à y croire. On fit un triomphe. On ne pouvait plus trouver de billet. Tout était complet depuis plusieurs semaines déjà. Cela s'appelait « Bossa Nova Show ». Les gens se battaient pour rentrer. Et devines qui est venu nous accueillir ? Stan (Getz) et Charlie (Byrd). Quel honneur ! Les propositions ont afflué et j'ai décidé de m'installer à New York. L'album avec Stan et Astrud Gilberto auquel j'ai participé à fait un véritable malheur. C'était le bonheur total. Et puis Frank (Sinatra) m'appela pour participer à son show. Le taux d'audience explosa. Il m'engagea d'office pour enregistrer un album avec lui sur nos récentes compositions brésiliennes. Là aussi, l'album fut numéro un dans toutes les chartes. Un très grand honneur que de jouer et chanter avec Monsieur Frank Sinatra lui-même ».

Il anime parallèlement un grand show hebdomadaire à Rio pendant longtemps. Au milieu des années 1960 également, il collabore avec de nombreux arrangeurs américains tels que Nelson Riddle, Claus Ogerman et Eumir Deodato. « De sacrés arrangeurs, même si certains disent qu'ils sont commerciaux, je m'en tape, ce sont des tout grands ! » me confia-t-il.

La venue en grande masse du Rock tels que les Beatles, Les Rolling Stones, Jimi Hendricks etc … font que Jobim devienne beaucoup moins populaire. Il se concentre alors à nouveau sur  la composition de films ainsi que pour la télévision.

En 1974, il réalise un fantastique album avec la légendaire chanteuse brésilienne Elis Regina. Très étrangement, cet album fut enregistré à Los Angeles(!) pour le public brésilien uniquement. Mieux encore, ce dernier ne fut distribué aux USA qu'à partir de 1990. Un comble pour deux superstars de cette envergure.

L'explication vient de m'être donné par Renata Mindlin, productrice du label «Jobim/Biscoito Fino Records » à Rio, gérant avec brio les albums posthumes de Tom et de sa famille: « Tu sais, ce fut une histoire de production. Le producteur d'Elis était Roberto de Oliveira.

C'est lui qui a eu l'idée de les réunir pour un album. Il parla avec Midani, patron d'Universal,  lequel parla avec Aloysio de Oliveira, musicien très réputé et producteur vivant aux USA à l'époque, qui accepta. Tom voulu enregistrer à Los Angeles car c'est là qu'il vivait durant toutes ces années. La raison pour laquelle cet album fut distribué bien longtemps après aux USA est vraisemblablement dû au fait que cela soit une production brésilienne. »

En 1978, Tom se remarie avec Ana Lontra et devient papa encore deux fois : en 1979 et en 1987. Un regain pour la Bossa Nova fait que Tom entreprend une grande tournée en été 1985 où il se produit au festival de Jazz de Montreux en 1985 avec sa femme, son fils Paulo et sa fille Elizabeth, ainsi qu'avec d'autres amis.

On y apprend alors qu'avec Joao Gilberto, ils ne se parlent plus depuis des années. Les deux meilleurs amis du monde sont devenus presque les deux pires ennemis. Triste nouvelle. Si Tom est un homme « cool », on peut aisément qualifier Joao comme un personnage excentrique, très difficile, au caractère imprévisible, voire mythique et très souvent arrogant.  Il vit aujourd'hui, d'ailleurs, quasi coupé du monde, vivant enfermé et reclus dans sa villa à Rio de Janeiro, qu'il ne quitte presque jamais plus, que pour de très rares concerts, refusant toute interview. Ceci explique certainement cela … Mais Tom reste toujours au top de sa forme au milieu et fin des années 1980.

Parlons un peu de Jazz. « Le Jazz est une clé majeure de la Bossa Nova car les accords et les improvisations sont Jazz, totalement. Je suis un fan. J'ai été influencé par tous les mecs de la « West Coast » et d'autres tels que Chet Baker, Gerry Mulligan etc … Je dois dire que mes pianistes préférés restent Oscar Peterson et Hank Jones. D'ailleurs, la version la plus réussie de « Wave » est celle d'Oscar à mon avis (A), suivie de celle de Benny Carter (saxophoniste, compositeur et arrangeur de génie lui aussi.) (B) Et mon bassiste favori est …(et il le regarde dans les yeux) … l'homme de Pittsburgh … celui-là devant toi … ! (rires car il parle de Ray Brown, juste devant lui). Nous avons souvent joué ensemble dans les studios ici à Hollywood avec des grands orchestres divers mais jamais d'albums en petit comité. Il faudrait le faire. Le Jazz, c'est la moitié de ma musique. »

Quand je lui demandai de quoi parlaient ses musiques, il me rétorqua : « Deux choses simples : l'amour et la tristesse. Ce sont les bases de la vie je pense … » Et au point de vue musiques?  « Outre le Jazz, il y a eu des influences de musiciens et compositeurs classiques tels que Ravel, Debussy … et les musiques européennes en générale. »

Alors en fait, la bossa nova est un mélange de musiques du monde : « On pourrait le dire ainsi oui. Une très bonne analyse dont je n'avais jamais pensé de cette manière. Oui, ton approche me plaît énormément ! ».

En 1994, « Carnegie Hall » lui rend hommage en le faisant jouer avec des grands Jazzmen tels que Herbie Hancock, Shirley Horn, Pat Metheny, Joe Henderson etc … C'est enfin la consécration universelle pour lui. Le 8 décembre 1994, il se rend dans un hôpital réputé de  New York aux USA pour y subir une intervention chirurgicale suite à des problèmes d'artérioscléroses. C'est alors qu'il est victime d'une crise cardiaque mortelle. Chose troublante : Tom décède au même âge, 67 ans, que son vieil ami Vinicius Moraes, décédé lui en 1980.

Reconnaissance posthume certes mais plus que méritée, l'aéroport international « Galéao » de Rio, devient, en 1999, l'aéroport « Antonio Carlos Jobim ».

Sa renommée n'est pas prête de s'éteindre : à 8 reprises, ses albums entiers dépassent le million d'albums vendus. Ses chansons sont toujours jouées partout dans le monde : « tous les jours et à chaque seconde de la journée » m'a avoué tout récemment un des grands responsables de chez  « Universal Music ». C'est dire …!

Ses 2 albums inédits, édités cette année par sa famille, nous montre un Tom Jobim sous des angles très différents et que l'on ne connaît que très peu.

Tom Jobim « Inedito » Discmedi DM 4199-2.

En février 1987, Tom fêtait ses 60 ans et se trouvait dans une plénitude totale, en osmose avec sa musique et sa vie. Ces séances restent, selon les dires du Maestro lui-même, parmi ses meilleures qu'il ait enregistré sous son nom. Il est aidé ici par sa femme, ses enfants et des amis tels que Jacques et Paula Morelembaum, Simone et Danilo Caymmi, Maucha Adnet, Sebastiao Neto et Paulo Braga.

Les photos le montrent dans ses endroits favoris : sous un arbre au jardin botanique de Rio, sur la plage d'Ipanema, au piano dans sa maison de Rio, en présence de ses amis.

Il décide de reprendre certains de ses hits mais à Sa manière, comme il les ressent et les conçoit. C'est là que réside tout l'intérêt capital de cet album car on connaît quasi tout du Maestro mais très peu en tant leader de ses œuvres. « Chega De Saudade » est la seule version chantée de Tom, « Desafinado » est un duo de voix entre Tom et Danilo Caymmi ainsi que « Samba do Aviao » et « A Garota de Ipanema ».

On y trouve aussi des interprétations de Tom avec Paula, Simone, Ana, Maucha, Elizabeth et Danilo, toutes magnifiques (« Sabia », « Samba de Uma Nota So » et « Aguas de Março »). L'autre titre « Eu sei que vou te amar » est chanté par Tom tout en s'accompagnant au piano, un moment de bonheur. « Cançao em modo menor » est joué par Tom au piano et son orchestre. « Modinha » est interprété de deux manières différentes : une est sa co-composition avec Vinicius Moraes et l'autre est la Serenade No. 5 de Heitor Villa-Lobos et Manuel Bandeira. Deux grands moments également.

Ces 24 titres ont été enregistrés entre le 18 mai et le 30 août 1987 chez Tom lui-même, sur son piano, au jardin botanique de Rio, aménagé pour les circonstances en studio d'enregistrements par le remarquable ingénieur du son Carlos de Andrade.

Le producteur de ces séances se souvient : « Nous commencions les enregistrements vers 23h  quand tout était calme et qu'il n'y avait plus de bruit dans la rue et finissions vers 2 heures du matin. » Comme le soulignait Tom lui-même : « Dans ma maison ici, au jardin botanique, si une grenouille croasse, on l'entend à 200 mètres à la ronde ! ». Rien n'échappait décidément aux oreilles du Maître!

« Em Minas au Vivo" Discmedi 4198-2.

Cet album est un véritable chef-d'œuvre à plus d'un titre. On y trouve notre homme enregistré « live » au Palace des Arts en mars 1981 à Minas Gerais (3 heures de Rio), en piano solo ! Non, vous ne rêvez pas. Cela faisait 20 ans qu'il ne s'était pas produit dans ce contexte et dans cette ville. Toujours affecté par la récente disparition de son très proche ami Vinicius Moraes, il nous livre ici une bonne partie de ses compositions tout en rendant hommage à Vinicius.

On est de suite frappé par la magnifique qualité de l'enregistrement et du piano. En plus, ce qui fait de cet album un pur joyau est qu'il nous raconte, joue, avoue beaucoup de ses secrets musicaux. On se croirait chez lui, en train de nous compter à chacun d'entre nous Sa musique et ses impressions. C'est chaud, très vibrant, amusant et on y apprend tellement de choses. Sa voix est envoûtante, drôle, sensible, sensuelle et percutante, tous à la fois. On peut également donner les mêmes adjectifs concernant son jeu de piano, qui fait souvent référence à la musique classique.

Le répertoire contient 18 titres, dont 7 composés en collaboration avec Vinicius et 4 uniquement des siennes. Tom n'a jamais été un homme qui se présentait seul sur scène; il n'aimait pas trop ça. « Ce sont mes amis Vinicius, Toquinho et Miucha qui m'ont persuadé à le faire » avoua notre homme. « Il est facile de se reposer sur les autres mais cette fois-ci, cela n'est plus le cas. Je dois vaincre ma timidité ». Et il y excelle avec grand Art.

Il commence avec « Desafinado » et « One Note Samba », deux de ses plus grands succès. « Desafinado, personne ne voulait le publier ni même le jouer. Joao Gilberto ne voulait même pas le chanter » nous raconte-t-il ici. Incroyable mais vrai.

D'autres anecdotes formidables émaillent ce concert. « Orféo Negro » vient de Vinicius. Il était diplomate à Paris et revint avec une idée bien précise : de mettre en scène pour le théâtre des thèmes musicaux sur un fond de mythologie bien réel. Ce qui donna en 1956 ce fameux spectacle qui fit un triomphe. Quelques samba virent le jour tels que « Se Todos Fossem Igauis E Você » ,  « Agua de Beber », « Modinha », « Chega De Saudade », devenus des classiques. Tom y est absolument magnifique.

Les thèmes « Dindi » et « Eu Preciso De Você » sont des compositions en collaboration avec un autre grand musicien et producteur Aloysio de Oliveira, qui produisit aussi la toute grande chanteuse Elis Regina. « Corcovado » fait références à la fameuse statue du Christ qui surplombe la ville de Rio de Janeiro.

Et pour terminer, le thème « Aguas de Março » et « Garota de Ipanema » terminent ce concert légendaire et totalement inédit avec toute grande classe.

Vous tenez ici deux très importants témoignages de l'histoire de la Musique du vingtième siècle et celle de la musique brésilienne en particulier. Indispensables et chefs d'œuvre absolus!

DVD : Antonio Carlos Jobim « In Concert » Immortal DVD 049489.

Enregistré au Wiltern Theater de Los Angelès en 1987, on y retrouve le maître au piano et chant, entouré de son fils Paulo à la guitare et chant, ainsi que sa deuxième femme Ana et sa fille Elizabeth aux chants, plus Paulo Braga à la batterie, Danilo Caymmi brillant à la flûte et le tout grand violoncelliste Jacques Morelembaum etc...

Ce concert nous livre quelques uns des grands succès de Tom, 14 titres, 60 minutes, dont « One Note Samba », « Desafinado », « Agua de Beber » ou la merveilleuse « Samba do Aviâo ». Superbe. Mais, ô surprise, la grande chanteuse et superstar Gal Costa vient chanter dans 5 titres en invité, dont un « Dindi » de toute grande classe, seule en duo avec Tom au piano. Quelques minutes inoubliables.

La version de « Chega de Saudade », réarrangée ici, est de toute beauté. Le public américain apprécie énormément ce concert, d'une rare finesse, aussi bien les voix que les instruments ainsi que le Maître au piano, voix et chef d'orchestre.

Bien filmé et enregistré pour l'époque, ce dvd vient compléter à merveille les 2 cd's inédits chroniqués ci-dessus.

Décidément, le génie d'Antonio Carlos Jobim ne finira jamais de nous enchanter, ni de nous surprendre, tant sa musique et ses paroles restent intemporelles. D'ailleurs, quand je lui demandai ce qu'il aimerait laisser après sa disparition, il me rétorqua : « Rester à la mode et au goût du jour n'est pas vraiment intéressant à mes yeux. Non, si j'ai le choix, j'aimerais plutôt devenir immortel ! » (rires).

Sans l'avoir consciemment fait exprès, « Le Papai de Ipanema » le restera à jamais (immortel).

PS.

Le titre "Wave" a été enregistré par plus de 850 artistes différents à travers le monde!

A) Oscar Peterson « Motions & Emotions » MPS 06024 9827013 (1969). In Russia » Pablo OJCCD 2625-711-2 (1974). A signaler qu'Oscar Peterson composa un titre en l'honneur de Tom, nommé tout simplement « Jobim », magnifique balade enregistrée en 1974 à Los Angelès avec Ray Brown et Joe Pass dans l'album intitulé : « The Giants » Pablo OJCCD 858-2.

B) Benny Carter "Montreux'77" Pablo OJCCD 374-2.














DESAFINADO


Quando eu vou cantar, você não deixa
E sempre vêm a mesma queixa
Diz que eu desafino, que eu não sei cantar
Você é tão bonita, mas tua beleza também pode se enganar

Se você disser que eu desafino amor
Saiba que isto em mim provoca imensa dor
Só privilegiados têm o ouvido igual ao seu
Eu possuo apenas o que Deus me deu

Se você insiste em classificar
Meu comportamento de anti-musical
Eu mesmo mentindo devo argumentar
Que isto é Bossa Nova, isto é muito natural

O que você não sabe nem sequer pressente
É que os desafinados também têm um coração
Fotografei você na minha Rolley-Flex
Revelou-se a sua enorme ingratidão

Só não poderá falar assim do meu amor
Este é o maior que você pode encontrar
Você com a sua música esqueceu o principal
Que no peito dos desafinados
No fundo do peito bate calado
Que no peito dos desafinados também bate um coração     


















DESAFINADO

Quand je vais chanter, tu ne me laisses pas
Et toujours vient la même plainte
Tu dis que je joue faux, que je ne sais pas chanter
Tu es si belle, mais ta beauté aussi peut se tromper


quand tu dis que je joue mal amour
Sache que cela en moi provoque une immense douleur
Seuls les privilégiés ont une écoute égale à la tienne
Je fais à peine ce que dieu m'a donné


Si tu insistes à classifier
Mon comportement d'antimusicien
Moi même en mentant je dois argumenter
Que cela est de la bossa nova, cela est très naturel


Ce que tu ne sais pas ni même pressens
C'est que les désaccordés ont aussi un cœur
Je t'ai photographié avec mon Rolley-Flex
Cela a révélé ton énorme ingratitude


Seulement tu ne pourras pas parler ainsi de mon amour
C'est le plus grand que tu puisses rencontrer
Avec ta musique tu as oublié le principal
Que dans la poitrine des désaccordés
Dans le fond de la poitrine ça bat silencieusement
Que dans la poitrine des désaccordés bat aussi un coeur


09/10/2009
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