Alain YVER

Alain YVER

ARLETTY

ARLETTY








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//www.histoire-en-questions.fr/deuxieme%20guerre%20mondiale/epuration%20arletty.html

//www.dvdclassik.com/Critiques/enfants-du-paradis-dvd.htm

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Arletty, pseudonyme de Léonie Bathiat, née le 15 mai 1898 à Courbevoie (Seine, aujourd'hui Hauts-de-Seine) et morte le 23 juillet 1992 à Paris, est une actrice française.

Elle est la fille de Michel Bathiat, chef du dépôt des tramways de Courbevoie et de Marie Dautreix, blanchisseuse. Elle a un frère cadet, Pierre. Elle fait de bonnes études dans une institution privée, puis entreprend d'étudier la sténographie chez Pigier. La guerre de 1914 fauche sur le champ de bataille son premier amour, qu'elle surnommait « Ciel » à cause de la couleur de ses yeux. En 1916, son père meurt, écrasé par un tramway. Arletty, son frère et sa mère sont expulsés du dépôt.

Elle se laisse alors séduire par un banquier, Jacques-Georges Lévy. Ils ont le même âge. Il l'amène dans sa villa 18, avenue Alphonse-de-Neuville, à Garches. Ils ont pour voisins Coco Chanel et André Brulé. Jacques-Georges lui fait connaître le théâtre, les grands couturiers, les bons restaurants et la haute société parisienne. Lorsqu'elle le quitte, elle rencontre Paul Guillaume, le marchand de tableaux qui révéla Picasso, Modigliani et Soutine, qui épousera Marie-Thérèse Walter. Arletty est recommandée à Armand Berthez, directeur du petit théâtre des Capucines. Elle était mannequin chez Poiret sous le pseudonyme d'Arlette, elle devient donc Arletty pour jouer dans des revues de Rip, où la fantaisie et le luxe sont de mise.

Elle débute au cinéma en 1930, dans La Douceur d'aimer, auprès de Victor Boucher. Dès 1931, elle se distingue dans un premier rôle dans le ravissant film de Jean Choux, Un chien qui rapporte. Elle inspire les peintres Marie Laurencin, Kees van Dongen, Moïse Kisling et Jean-Gabriel Domergue, qui la prennent comme modèle. Elle a pour ami Pierre de Régnier, fils de Marie et Henri de Régnier, mais enfant naturel de Pierre Louÿs. En 1928, elle rencontre Jean-Pierre Dubost, qui restera son fidèle compagnon.

Sa carrière sur scène prend un tournant décisif dans l'opérette de Raoul Moretti, Un soir de réveillon, en 1932 aux Bouffes-Parisiens, avec Henry Garat, Dranem et Koval. Elle joue ensuite dans une opérette de Sacha Guitry, sur un livret de Reynaldo Hahn. Puis c'est Le Bonheur mesdames avec Michel Simon, joué près de 500 fois sans interruption, malgré leurs désaccords successifs. Elle fait la connaissance de Louis-Ferdinand Céline. Elle tourne La Guerre des valses de Ludwig Berger avec Fernand Gravey, Dranem et Madeleine Ozeray. C'est dans Pension Mimosas de Jacques Feyder, avec Françoise Rosay, qu'elle fait la connaissance de Marcel Carné.

Jacques Prévert et Marcel Carné lui offriront au cinéma ses plus beaux rôles, dont un film de Carné-Jeanson, Hôtel du Nord, qui la rend célèbre et la fait entrer de son vivant dans la légende du Paris populaire. « Atmosphère, atmosphère ! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? » lance-t-elle à Louis Jouvet, aux pieds d'une passerelle qui enjambe le canal Saint-Martin.

Dans un même registre, elle incarne Marie qu'a-d'ça dans Circonstances atténuantes de Jean Boyer, auprès de Michel Simon. Elle lance, gouailleuse : « Pas folle, la guêpe ! » Elle enregistre la chanson de ce film Comme de bien entendu et de nombreuses ritournelles de ses revues ainsi que La Java et Mon Homme, pour rendre hommage à sa grande amie Mistinguett.

Sous l'Occupation, elle a l'occasion d'interpréter ses plus beaux rôles : Madame sans gêne, de Roger Richebé, et surtout Dominique dans le film Les Visiteurs du soir, avec Alain Cuny, Jules Berry, Marie Déa, et Garance des Enfants du paradis de Marcel Carné, avec Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur et Maria Casarès. Le scénario est signé Jacques Prévert.

Au théâtre des Bouffes-Parisiens, elle est Isabelle dans Voulez-vous jouer avec moa, une comédie de Marcel Achard, avec Pierre Brasseur.

Après la Libération, Arletty est arrêtée, non pour faits de collaboration, mais en raison d'une liaison avec Hans Jürgen Soehring (1908-1960), un officier allemand. Ils s'étaient connus à Paris, le 25 mars 1941. Soehring lui avait été présenté ce jour-là par Josée de Chambrun, épouse de René de Chambrun et fille de Pierre Laval. Soehring était à l'époque assesseur au conseil de guerre de la Luftwaffe à Paris. Elle aurait dit à Michèle Alfa et Mireille Balin, qui avaient aussi comme amants des officiers allemands : « On devrait former un syndicat. » Elle est internée quelques jours à Drancy puis à Fresnes. Libérée, on lui conseille de quitter la capitale. Elle trouve refuge pour 18 mois au château de La Houssaye-en-Brie, chez des amis résistants. Prise à partie par l'un des FFI à son arrestation, elle a cette réponse : « Si mon cœur est français, mon cul, lui, est international ! »[réf. nécessaire] Elle aurait aussi rétorqué à un juge d'instruction qui lui demandait des nouvelles de sa santé : « Pas très résistante ! »[réf. nécessaire]. Après la guerre, Hans Soehring se mariera et deviendra consul de la République fédérale d'Allemagne à Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa) en République démocratique du Congo où il mourra, tué par un crocodile[1].

Plaque commémorative au n° 14 de la rue de Rémusat à Paris, où Arletty vécut de 1969 à sa mort

Au théâtre, elle joue Un tramway nommé désir de Tennessee Williams, avec Daniel Ivernel et un débutant nommé Louis de Funès, puis La Descente d'Orphée avec Jean Babilée. Elle paraît aussi dans Un otage de Brendan Behan avec Georges Wilson. Au cinéma, elle joue dans des films tels que Portrait d'un assassin avec Erich von Stroheim, Gibier de potence avec Georges Marchal, L'Amour Madame, aux côtés de François Périer, Le Grand Jeu avec Gina Lollobrigida, Maxime d'Henri Verneuil avec Michèle Morgan et Charles Boyer. En tournant Et ta sœur, elle fait la connaissance de Jean-Claude Brialy qui débute. Plus tard, elle retrouve Marie Déa et Hélène Perdrière, des amies qui lui resteront fidèles.

En 1966, elle perd son frère et Jean-Pierre, son ami intime et unique compagnon de route, malgré des « hauts et des bas ». Elle perd aussi partiellement la vue et doit interrompre Les Monstres sacrés de Jean Cocteau, au théâtre des Ambassadeurs. Elle disparaît de la scène et de l'écran, mais prête sa voix pour différents reportages.

A partir de 1984, elle soutient activement l'Association des Artistes Aveugles et sa Présidente fondatrice Marguerite Turlure (qu'elle surnomme "ma Marguerite du Faubourg St-Martin" en ajoutant toujours "moi aussi je suis une fleur des faubourgs" - témoignage de Didier Guelfucci, habitué des après-midi de la rue Rémuzat et bras droit de Mme Turlure), amie de longue date rencontrée par l'entremise de la chanteuse Renée Lebas... Jusqu'à sa mort, Arletty restera fidèle à l'Association des Artistes Aveugles dont elle est pour toujours la Présidente d'Honneur...

Rôles marquants

Si aujourd'hui son souvenir semble pour beaucoup indissociable de son rôle de Raymonde dans Hôtel du Nord (1938), de Marcel Carné, sous la direction duquel elle a tourné quatre autres films, nombreux sont ceux qui voient dans son interprétation de Garance dans Les Enfants du paradis (1943) son rôle le plus marquant et le point culminant de sa carrière d'actrice. Cette interprétation a parfois été qualifiée de « lumineuse »[réf. nécessaire], ce qui pourrait tenir tant du jeu de l'actrice que du traitement particulier des éclairages mis en place par Roger Hubert, directeur de la photographie du film.

//fr.wikipedia.org/wiki/Arletty









LA DEFENSE

Présentation de l'éditeur

Actrice mythique du théâtre et du cinéma français, Léonie Bathiat alias Arletty (1898-1992) a traversé ce trouble XXe siècle en le ponctuant d'une verve et d'une gouaille, elles aussi, passées à la postérité. Rien ne prédisposait la jeune fille - née à La Défense, le quartier ouvrier de Courbevoie - à brûler les planches de la capitale, ni à devenir l'égérie de Jeanson, de Prévert et Carné, le célèbre duo du septième art, avec lequel elle tournera deux chefs-d'œuvre, Les Visiteurs du soir, et Les Enfants du paradis. Publiées pour la première fois en 1961, tes mémoires d'Arletty sont enfin rééditées en poche. Entre confidences et malice, l'actrice nous invite à redécouvrir les coulisses de son existence. S'y croisent pêle-mêle, Jean Gabin, Marcel Aymé, Sacha Guitry, Louis-Ferdinand Céline, Léon Trotsky, Jean Genet, qui tous - sans exception - tombèrent sous le charme de cette inoubliable " gueule d'atmosphère ".
Détails sur le produit

    * Poche: 284 pages
    * Editeur : Editions Ramsay (2 octobre 2007)
    * Collection : Ramsay Poche Cinéma
    * Langue : Français
    * ISBN-10: 2841149153
    * ISBN-13: 978-2841149155










Arletty, muse des faubourgs

    Quatre ans après la mort d'Arletty, une biographie qui vient de paraître raconte avec un grand luxe de détails la vie de cette môme de Courbevoie, adulée avant-guerre, brebis galeuse à la Libération, nonagénaire aveugle, restée vive et curieuse. Pierre Marcabru retrace ici son itinéraire avec le talent qui est le sien.

    Arletty se dessine d'un trait. Sa biographie est sans arabesques. Elle reste jusqu'à sa mort la fille d'un ajusteur et d'une lingère. Elle ne renie rien, et jusque chez les puissants et les riches qu'elle fréquentera assidûment, ne change pas son fusil d'épaule. Il faut la prendre comme elle est. Quand elle triomphe, elle est modeste : quand elle chute, l'orgueil la sauve. Elle ne se déguise pas, ne joue pas à la fille du peuple, et ne fait point toute une histoire d'être née dans la pauvreté. Sa vérité fait son pittoresque. Elle se contente d'être elle-même avec une élégance qui n'est jamais calculée. Elle tire des effets simples, et, le plus souvent, spontanés. C'est à peine une actrice, c'est, d'abord, une nature. Elle est totalement dénuée d'artifices. Elle est nue.

    Denis Demonpion trace, avec beaucoup d'amitié, le portrait de cette imprudente qui, sans trop se poser de questions, croque la vie à belles dents. Il ne fait point ici la morale. Il a raison. Arletty est au-delà de ces fioritures. Elle prend les hommes comme ils viennent, appelle un chat un chat et se moque du qu'en-dira-t-on. Cette grande fille blagueuse ne compte que sur elle pour faire son bonheur. Et va où ses plaisirs la portent, ses intérêts aussi, avec un élan toujours renouvelé. On ne la verra jamais blasée.

    Elle naît 33 rue de Paris à Courbevoie, le 15 mai 1898. Léonie, Maria, Julia, Bathiat, dite Arletty, est fille de l'Auvergne. Elle y passera une partie de son enfance. La paysannerie vit en elle. Elle n'est pas dupe, compte juste, et ne sera jamais brouillée avec l'argent, qui achète tout, et d'abord l'indépendance, son seul luxe. Elle a des coups de tête, mais cette tête est solide. Il n'est pas question de jouer les cigales. Elle fera casquer les riches. Elle a appris jeune qu'un sou est un sou.

    L'enfance est heureuse, l'éducation religieuse mais la ferveur mitigée. Déjà Léonie ne croit ni à Dieu ni à Diable. Elle croit, comme Don Juan, que deux et deux sont quatre. C'est sa philosophie. Bien qu'elle soit pauvre, elle est gaie, et elle le restera toute sa vie avec entêtement. Une gaieté qui ne s'abuse jamais : sans illusion et sans regret. L'air du temps le voulait ainsi. La misère poussait sa chanson comme un cri. Manière comme une autre de se prouver qu'on existe. Pure bravade. Cette chanson, Arletty la gardera en elle. Elle chante dans ses yeux.

    Que va-t-on faire de cette petite fille qui joue à la marelle sur les bords de la Seine ? D'abord, on lui donnera de l'instruction. Le brevet élémentaire mène à tout. C'est la porte du paradis d'Allah. Mieux, de l'École Normale. Le père, illettré et auvergnat, le sait. La mère plus encore. Mais l'homme propose et Dieu dispose. Il meurt d'un accident du travail. On flanque toute la famille à la rue. La tante, concierge dans le Marais, est là pour l'accueillir. Mais la guerre, de sa cognée, met tout à plat. Arletty, vaillante, flaire le vent et cherche sa voie.

    Elle sera tourneuse d'obus, sténo-dactylo, quoi encore ? À peine arrivée dans une place, elle claque la porte. En vérité, elle ne sait où poser le pied. C'est alors qu'elle rencontre sur la plate-forme d'un autobus son Pygmalion. Il s'appelle Jacques-Georges Lévy. Elle le nomme Edelweiss. Il est juif, il est banquier, il est suisse. Il a quelques années de plus qu'elle. Il est intelligent, cultivé. Il lui apprend à se tenir à table et à lire Proust. Il lui fait découvrir le mont Blanc et Venise : et, plus encore, les chasses gardées de la fortune, et les faisans dorés qui s'y promènent. Elle s'y sent à l'aise. Tous les ponts sont rompus avec la famille. Ce sera sa blessure. Elle saignera toute sa vie.

    Aime-t-elle ce généreux donateur ? Elle l'estime, ce qui est mieux. Elle ne veut pas de bague au doigt. Elle n'en voudra jamais. Ils se quitteront donc comme des amis. Tel est le génie d'Arletty.

    Elle ne laisse que de bons souvenirs à ses amants. Elle fait partie de leur famille. Quand ils se marient, épouses et enfants prennent le relais et la traitent comme leur cousine. Toute sa vie elle sera entourée de sigisbées - hommes ou femmes - qui se mettront en quatre, et souvent porteront la chandelle. Si elle est inconstante en amour, elle est fidèle en amitié. Elle ne lâche jamais une main.

    La voilà lancée dans le tohu-bohu de l'après-guerre. Elle sera fille des Années folles. Mannequin, p'tite femme de revue, elle s'installe dans ses meubles et laisse cascader sa vertu. Elle débute aux Capucines dans C.G.T. Roi. Léonie devient Arlette puis Arletty. Sa voix acide séduit son monde et sa silhouette fait merveille. De revues en opérettes, elle pige vite et apprend seule. Quand elle n'est pas sur la scène à Paris, elle est sur les planches à Deauville. Elle séduit Paul Guillaume et fascine l'Aga Khan. Elle accepte les cadeaux avec une candeur de petite fille. Bref, elle fait son beurre sans jamais céder un pouce de sa souveraineté. C'est une âme fière, donc solitaire. On ne la choisit pas, elle choisit.

    Après, tout va vite. Le théâtre, le cinéma, la célébrité et toujours la même indifférence pour ce qui ne plaît pas à son cœur. Son égoïsme, tranquille et lisse, est sans remords. C'est le gage de sa liberté. Elle est sans faille. Autour d'elles, le succès, grand taxidermiste, empaille toutes ces demoiselles. Elle reste vive comme la loutre et continue infatigable à faire la noce. Elle ne s'embourgeoise pas, a des sous mais pas de biens, et vit, presque ascétique, dans des hôtels de luxe. Elle se contente d'une petite maison à Belle-lle. Bref, elle reste sans attaches. Si ce n'est le frère, ouvrier en banlieue, conscience lointaine et familiale. De film en film, de Fric-Frac à Hôtel du nord elle impose sa bizarrerie. À force de ne ressembler qu'à elle-même, elle devient légendaire. Ses parlenaires s'appellent Michel Simon, Jules Berry Louis Jouvet...

    Ses amitiés sont paradoxales et dissonantes. Elle va de Bernstein à Prévert, de Prévert à Guitry, de Guitry à Céline, sans changer d'humeur et de ton. Elle n'est d'aucune bande. Elle se prête, mais ne se donne pas. Partout chez elle et partout étrangère. La guerre même ne la change pas. Elle festoie avec le gratin doré sur tranche de la collaboration, mais n'y met aucune malice politique. Si elle défend Laval mordicus, c'est qu'il est un pays. Un officier allemand passe et l'emporte. Ce n'est plus une passade, c'est une passion. À la Libération, on lui fait des misères. D'autres en ont fait plus, mais sans y trouver leur plaisir. C'est ce plaisir qu'on ne lui pardonne pas. Elle s'étonne. C'est qu'elle est déjà sur l'autre rive. Les temps ont changé de couleur. On ne plaisante plus. Tout est grave, tout s'alourdit. Vos actes vous suivent et vous condamnent. On n'efface plus l'ardoise. Arletty tourne encore, fait du théâtre, mais la solitude est plus que jamais sa compagne. Ses yeux devenus malades, la nuit la gagne. Il lui reste la gouaille et la lucidité. Cette curiosité qui ne la quitte pas et ce pessimisme gai qui, depuis son enfance lui sert de passeport. Le 23 juillet 1992, cette jeune anarchiste de quatre-vingt-quatorze ans meurt dans son lit. Elle a vécu selon son cœur et s'est bien amusée. Que demander de plus ? « Quand on quitte ce monde et qu'on n'a pas fait d'enfant on n'a pas commis de crime. » Céline, ou Léautaud, n'auraient pas dit mieux.

Pierre MARCABRU

Denis Demompion. Arletty, Ed. Flammarion, 485 pages (140 F)

A signaler aussi, "en avant-première d'édition" les "mémoires de demain" de Michel Souvais, Arletty, muse de Jacques Prévert.
Dans cette édition à tirage limité (format A4, reliure spirale, nombreuses illustrations), l'auteur évoque avec beaucoup d'émotion, et avec une empathie qui fait parfois défaut à d'autres, la comédienne qu'il a connue a la fin de sa vie et qui le prit en amitié. Narcissisme ? Souvais a imaginé qu'en l'année 2046 (année du centenaire de sa naissance), c'est Arletty elle-même qui s'adresse à lui, faisant des révélations complémentaires au livre qu'ils réalisèrent ensemble en 1987 (Je suis comme le suis, éd. Carrère-Lafont). Cela donne un ouvrage inégal mais où la chaleur de l'amitié réchauffe le lecteur témoin d'une relation étonnante : celle d'une grande dame qui n'a plus que des souvenirs à partager avec un jeune admirateur éperdu qui se trouve étre l'arrière petit-fils de La Goulue. Il nous la restitue de manière fidèle, avec sa gouaille, son insolence et son incomparable vitalité. Un document a l'état brut.
Prix 300 F franco pour un envoi recommandé et dédicacé Ecrire à Michel Souvais, 13 rue Vandrezann~, 75013 Paris.

A signaler aussi la réédition de son livre de souvenirs, La Défense, Ramsay-Poche Cinéma n°93.
Le scénario de ballet, Arletty jeune fille dauphinoise, que Céline avait écrit pour elle en 1948, a été repris en 1988 dans les Cahiers Céline n° 8 (Œuvres pour la scène et l'écran).











« Mon coeur est français mais mon cul est international »...

Document archives du 01/05/2006 - C'est en devenant mannequin en 1918 que Léonie Bathiat (1898-1992) prend le nom d'Arlette, un personnage de Mont-Oriol, de Guy de Maupassant. En 1919, Arlette débute sur la scène du Théâtre des Capucines. Le directeur anglicise son nom en Arletty. La mort de son fiancé à la Grande Guerre sera le point de départ de son non- conformisme. « J'ai toujours refusé le mariage, car je ne voulais pas faire un fils qui serait allé à la guerre », avoue-t-elle. De huit ans plus âgée que Carné, elle lui restera dévouée : tant comme coéquipière (six films), que comme amie qui refuse de juger son homosexualité. Au fil du temps, elle sera une sorte de présence maternelle, palliant l'éternelle absence de la vraie mère. C'est la voix d'Arletty, stridente et anguleuse, qui attire l'attention au début du parlant. Mais jusqu'au milieu des années 1930, l'actrice reste confinée dans des seconds rôles. Quand on lui propose un rôle principal en 1935, le producteur se retire, prétextant qu'Arletty est trop vieille et pas assez jolie pour être tête d'affiche. Lorsqu'elle tourne dans Hôtel du Nord elle a déjà joué dans vingt-quatre films. « Avant Hôtel du Nord personne n'avait perçu la beauté à la fois profonde et originale qui émanait d'elle », déclare Alexandre Trauner. En décembre 1940, elle fait la connaissance d'un colonel de la Luftwaffe. Leur histoire dure le temps de l'Occupation. Durant l'été 1944, Arletty est condamnée à mort par contumace par le tribunal de la France Libre à Alger. « Après avoir été la femme la plus invitée de Paris, je suis la femme la plus évitée », écrira-t-elle dans La Défense . Placée en résidence surveillée, fin 1944, au château de La Houssaye (Seine-et-Marne) pendant dix-huit mois, elle aurait dit à ses geôliers : « Mon coeur est français mais mon cul est international. »
Arletty, la seconde mère

//www.historia.fr/content/recherche/article?id=17370

Archives de presse du 02/10/2008 - La publication, dans un livre événement, des lettres de l'actrice à son amant allemand, sous l'Occupation, braque les feux sur une passion interdite. Son plus mauvais rôle fut sa plus grande histoire d'amour. Récit.

Finalement, de toute cette histoire, on ne connaît qu'une célèbre formule, attribuée à la gouaille provocante d'Arletty : « Mon coeur est français, mais mon cul est international ! » Une « réplique » - peut-être apocryphe, d'ailleurs... - qui semble résumer à elle seule le parfum de soufre planant, depuis soixante ans, sur la relation que la comédienne entretint avec un bel officier allemand sous l'Occupation. L'inconscient collectif imaginait de troubles réceptions sur fond de croix gammées et une rumeur tenace prétendait même qu'Arletty avait été tondue à la Libération...

La réalité fut assez différente. L'Express peut aujourd'hui éclairer d'un jour nouveau la plus sulfureuse liaison de l'Occupation, en révélant en avant-première le contenu de la correspondance inédite de la « môme de Courbevoie » avec son officier de la Luftwaffe. Publiée la semaine prochaine par les éditions Textuel, elle nous fait découvrir une fiévreuse passion amoureuse qui - surprise ! - a continué bien après la guerre.

Un mot, d'abord, sur le parcours tortueux de ces lettres : restituées à Arletty, non sans élégance, par la propre épouse de l'amant allemand au début des années 1960, elles ont mystérieusement atterri, après la mort de la comédienne, chez un marchand d'autographes de Genève, où une célèbre collectionneuse suisse, Anne-Marie Springer, les a achetées. C'est cette dernière qui a décidé de les rendre publiques aujourd'hui, sous forme de fac-similé, dans un magnifique volume intitulé Amoureuse et rebelle (Textuel), où l'on trouvera également deux correspondances poignantes d'Edith Piaf et d'Albertine Sarrazin.

Comme dans un roman galant du XVIIIe siècle, l'idylle se noue dans une loge de théâtre. Le 25 mars 1941, salle du Conservatoire, à Paris, Josée de Chambrun, fille de Pierre Laval, présente à son amie Arletty un officier allemand : il s'appelle Hans Jürgen Soehring, il est assesseur au conseil de guerre de la Luftwaffe à Paris. « Ce jeune homme singulièrement beau et d'une parfaite indifférence devait bouleverser ma vie », dira celle que la France entière adulait pour ses piquantes prestations dans Hôtel du Nord ou Fric-Frac.

Arletty a 42 ans ; Soehring, dix de moins. Né à Constantinople en 1908, ayant tenté sans succès de faire fortune en Argentine avant de devenir magistrat en Allemagne, lecteur fervent des poètes romantiques, s'exprimant dans un français parfait, mâchoire volontaire, regard métallique, l'Allemand dégage une impression d'autorité et de douceur. Signe particulier : il a les oreilles en pointe. Arletty le surnomme d'emblée « Faune ». Toutes les lettres qu'elle lui écrira commenceront par ce mot magique, jeté dans la fièvre de son ample écriture bleu turquoise : « Faune ». Elle, elle signera « Biche ».

Quelques semaines plus tard, la biche et le faune se donnent rendez-vous près de Paris, au château de Grosbois, siège de la Luftwaffe, où l'on tourne Madame Sans-Gêne. « Service, service, la cantinière était à l'heure, en costume d'amazone, badine en main. Et c'est ainsi que tout commença... Voilà tous mes forfaits ! » écrira drôlement Arletty dans son livre de souvenirs, La Défense (Ramsay), au détour de l'un des très rares passages où il est question de « Hans S. ». Leur passion est immédiate, totale, ravageuse. Dès qu'ils le peuvent, ils se retrouvent dans le luxueux appartement que loue la comédienne au 13, quai de Conti, à deux pas de l'Académie. A l'heure où la France vit au rythme des tickets de rationnement et des exécutions d'otages, on dîne de homards et d'huîtres de Marennes, on boit du champagne, fenêtres ouvertes sur la Seine. Puis le Faune s'installe au piano à queue pour une improvisation. Colette, Guitry, Valéry passent de temps en temps. On voit le couple aux premières à l'Opéra, on les aperçoit lors d'une escapade amoureuse à Megève. Ils ne se cachent pas. « J'étais soehringuisée au maximum ! » résumera Arletty à son biographe et confident, Denis Demonpion.

A ce stade, évidemment, une question que l'on ne peut esquiver : Hans Jürgen Soehring était-il nazi ? Membre du Parti national-socialiste avant guerre, il fut un magistrat allemand loyal sans être fanatique, avant d'intégrer l'aviation. Certes, sous l'Occupation, il est un des hommes de confiance de Göring à Paris - une photo montre les deux hommes montant dans une immense Mercedes... Arletty sera d'ailleurs présentée au maréchal du Reich lors d'une réception. Mais il semble que sa liaison affichée avec la Garance des Enfants du paradis ait quelque peu nui à la carrière de Soehring. En 1943, il est envoyé se battre dans le ciel d'Italie, du côté de Monte Cassino. Après la guerre, il ne sera pas inquiété et sera même nommé consul de RFA en Angola, en 1954. Alors, nazi, ce Soehring, à la fois lecteur de Goethe et ami de Göring ? « Il savait nager », éludera énigmatiquement Arletty...

A la Libération, la comédienne, elle, va couler. Elle symbolise à elle seule cette « collaboration horizontale » honnie des Français, même si elle n'a pas tourné de films compromettants avec la Continental, la société contrôlée par les Allemands. En juillet 1944, pourtant, Soehring l'avait conjurée de fuir avec lui. Elle refuse. Affolée, le 23 août, Arletty entame une errance à vélo dans la nuit parisienne, avec la hantise d'être reconnue par des libérateurs à la détente facile. Elle atterrit chez des amis, à Montmartre, puis se cache chez une comtesse à Choisy-le-Roi et, enfin, à l'hôtel Lancaster, à deux pas des Champs-Elysées. Le 20 octobre 1944, deux messieurs viennent l'arrêter. Ce qui nous vaut un nouveau bon mot de la « môme de Courbevoie ». A l'un des policiers qui l'interroge : « Alors, comment ça va ? », elle répond : « Pas très résistante... »

Interrogatoires, onze nuits dans un cachot de la Conciergerie, puis transfert au camp d'internement de Drancy. Contrairement à la légende, Arletty ne sera jamais tondue. Elle est libérée quelques semaines plus tard et assignée à résidence au château de la Houssaye, en Seine-et-Marne. Avec interdiction de tourner. Finalement, le 6 novembre 1946, le Comité national d'épuration la condamne à un « blâme », peine assez bénigne. Parmi les griefs qui lui sont reprochés : « A connu officier allemand en 1941. Liaison amoureuse avec ce dernier. »

Les juges ne croient pas si bien dire. Ils l'ignorent, bien entendu, mais, en cet après-guerre, l'idylle avec l'« officier allemand » se poursuit secrètement. Les lettres passionnées exhumées aujourd'hui le prouvent. Le 18 mars 1946 : « Ma vie, mon âme t'appartiennent. » Le 18 septembre : « Je désespère. Sauve-moi. » Le 9 novembre : « je t'aime si fort... » Mais les circonstances historiques séparent les deux amants : Arletty est assignée à résidence et Soehring vit à Marquartstein, près de Munich, dans la zone d'occupation américaine. Pour le rejoindre, la comédienne, qui a pris ses quartiers dans la chambre 312 du Plaza Athénée grâce à la générosité du propriétaire, un ami, a besoin d'une autorisation administrative qui ne vient jamais. Alors, « Biche » envoie des Lucky Strike en Bavière et « Faune », en indécrottable romantique, lui retourne des orchidées de montagne. Mais Arletty se sent si seule ! « Après avoir été la femme la plus invitée de Paris, je suis la femme la plus évitée », grince-t-elle.

Sitôt son horizon judiciaire éclairci, elle saute dans un train gare de l'Est et rejoint son amant en Bavière. Ils passent Noël 1946 ensemble. Soehring la demande en mariage. Refus, la comédienne plaçant toujours son indépendance au-dessus de tout. Six mois plus tard, la pestiférée du cinéma français se retrouve de nouveau face à une caméra, celle de Carné, pour La Fleur de l'âge. « Aujourd'hui, premier maquillage depuis le 31 mars 1944 », écrit-elle, émue, à Soehring. Le tournage emmène l'équipe à Belle-Ile. Arletty rêve d'y jouer les Robinson avec son amant allemand. « J'ai acheté pour toi, aujourd'hui, avant de quitter cette île, une petite maison bretonne », lui révèle-t-elle le 26 juillet 1947.

Las ! le Faune n'y mettra jamais les pieds. Les deux amants se retrouveront bien, en 1949, à Paris. Mais l'intuitive Arletty sent qu'une autre femme est entrée dans la vie de l'Allemand. Leur passion s'éteint doucement. Certes, lorsque Soehring est nommé consul à Luanda, c'est Arletty qui va récupérer ses chaussures chez un bottier parisien, pour les lui envoyer en Afrique. Les lettres se font plus rares, pourtant.

Entre-temps, l'ancien officier de la Luftwaffe a été nommé ambassadeur de RFA à Léopoldville (Congo), où, au passage, il se lie d'amitié avec Claude Imbert, futur fondateur du Point. Le 9 octobre 1960, il part se baigner dans le fleuve Congo, avec son fils de 12 ans. Soudain, il est emporté par le courant et disparaît dans les eaux limoneuses. Ne surnage que son chapeau de paille. Son corps ne sera jamais retrouvé. Fin romanesque. Arletty est sonnée. Elle lui survivra trois décennies, s'éteignant en 1992, aveugle, à 94 ans. « Soehringuisée » à tout jamais. Après le Faune, cette femme au tempérament de braise n'a plus eu le moindre amant. Ni français ni international.
Le beau nazi d'Arletty

Par Jérôme Dupuis, publié le 02/10/2008

//www.lexpress.fr/outils/imprimer.asp?id=725138&k=10













La publication, dans un livre événement, des lettres de l'actrice à son amant allemand, sous l'Occupation, braque les feux sur une passion interdite. Son plus mauvais rôle fut sa plus grande histoire d'amour. Récit.
 

Finalement, de toute cette histoire, on ne connaît qu'une célèbre formule, attribuée à la gouaille provocante d'Arletty : « Mon coeur est français, mais mon cul est international ! » Une « réplique » - peut-être apocryphe, d'ailleurs... - qui semble résumer à elle seule le parfum de soufre planant, depuis soixante ans, sur la relation que la comédienne entretint avec un bel officier allemand sous l'Occupation. L'inconscient collectif imaginait de troubles réceptions sur fond de croix gammées et une rumeur tenace prétendait même qu'Arletty avait été tondue à la Libération...

La réalité fut assez différente. L'Express peut aujourd'hui éclairer d'un jour nouveau la plus sulfureuse liaison de l'Occupation, en révélant en avant-première le contenu de la correspondance inédite de la « môme de Courbevoie » avec son officier de la Luftwaffe. Publiée la semaine prochaine par les éditions Textuel, elle nous fait découvrir une fiévreuse passion amoureuse qui - surprise ! - a continué bien après la guerre.

Un mot, d'abord, sur le parcours tortueux de ces lettres : restituées à Arletty, non sans élégance, par la propre épouse de l'amant allemand au début des années 1960, elles ont mystérieusement atterri, après la mort de la comédienne, chez un marchand d'autographes de Genève, où une célèbre collectionneuse suisse, Anne-Marie Springer, les a achetées. C'est cette dernière qui a décidé de les rendre publiques aujourd'hui, sous forme de fac-similé, dans un magnifique volume intitulé Amoureuse et rebelle (Textuel), où l'on trouvera également deux correspondances poignantes d'Edith Piaf et d'Albertine Sarrazin.

Comme dans un roman galant du xviiie siècle, l'idylle se noue dans une loge de théâtre. Le 25 mars 1941, salle du Conservatoire, à Paris, Josée de Chambrun, fille de Pierre Laval, présente à son amie Arletty un officier allemand : il s'appelle Hans Jürgen Soehring, il est assesseur au conseil de guerre de la Luftwaffe à Paris. « Ce jeune homme singulièrement beau et d'une parfaite indifférence devait bouleverser ma vie », dira celle que la France entière adulait pour ses piquantes prestations dans Hôtel du Nord ou Fric-Frac.

Arletty a 42 ans ; Soehring, dix de moins. Né à Constantinople en 1908, ayant tenté sans succès de faire fortune en Argentine avant de devenir magistrat en Allemagne, lecteur fervent des poètes romantiques, s'exprimant dans un français parfait, mâchoire volontaire, regard métallique, l'Allemand dégage une impression d'autorité et de douceur. Signe particulier : il a les oreilles en pointe. Arletty le surnomme d'emblée « Faune ». Toutes les lettres qu'elle lui écrira commenceront par ce mot magique, jeté dans la fièvre de son ample écriture bleu turquoise : « Faune ». Elle, elle signera « Biche ».

Quelques semaines plus tard, la biche et le faune se donnent rendez-vous près de Paris, au château de Grosbois, siège de la Luftwaffe, où l'on tourne Madame Sans-Gêne. « Service, service, la cantinière était à l'heure, en costume d'amazone, badine en main. Et c'est ainsi que tout commença... Voilà tous mes forfaits ! » écrira drôlement Arletty dans son livre de souvenirs, La Défense (Ramsay), au détour de l'un des très rares passages où il est question de « Hans S. ». Leur passion est immédiate, totale, ravageuse. Dès qu'ils le peuvent, ils se retrouvent dans le luxueux appartement que loue la comédienne au 13, quai de Conti, à deux pas de l'Académie. A l'heure où la France vit au rythme des tickets de rationnement et des exécutions d'otages, on dîne de homards et d'huîtres de Marennes, on boit du champagne, fenêtres ouvertes sur la Seine. Puis le Faune s'installe au piano à queue pour une improvisation. Colette, Guitry, Valéry passent de temps en temps. On voit le couple aux premières à l'Opéra, on les aperçoit lors d'une escapade amoureuse à Megève. Ils ne se cachent pas. « J'étais soehringuisée au maximum ! » résumera Arletty à son biographe et confident, Denis Demonpion.

A ce stade, évidemment, une question que l'on ne peut esquiver : Hans Jürgen Soehring était-il nazi ? Membre du Parti national-socialiste avant guerre, il fut un magistrat allemand loyal sans être fanatique, avant d'intégrer l'aviation. Certes, sous l'Occupation, il est un des hommes de confiance de Göring à Paris - une photo montre les deux hommes montant dans une immense Mercedes... Arletty sera d'ailleurs présentée au maréchal du Reich lors d'une réception. Mais il semble que sa liaison affichée avec la Garance des Enfants du paradis ait quelque peu nui à la carrière de Soehring. En 1943, il est envoyé se battre dans le ciel d'Italie, du côté de Monte Cassino. Après la guerre, il ne sera pas inquiété et sera même nommé consul de RFA en Angola, en 1954. Alors, nazi, ce Soehring, à la fois lecteur de Goethe et ami de Göring ? « Il savait nager », éludera énigmatiquement Arletty...

A la Libération, la comédienne, elle, va couler. Elle symbolise à elle seule cette « collaboration horizontale » honnie des Français, même si elle n'a pas tourné de films compromettants avec la Continental, la société contrôlée par les Allemands. En juillet 1944, pourtant, Soehring l'avait conjurée de fuir avec lui. Elle refuse. Affolée, le 23 août, Arletty entame une errance à vélo dans la nuit parisienne, avec la hantise d'être reconnue par des libérateurs à la détente facile. Elle atterrit chez des amis, à Montmartre, puis se cache chez une comtesse à Choisy-le-Roi et, enfin, à l'hôtel Lancaster, à deux pas des Champs-Elysées. Le 20 octobre 1944, deux messieurs viennent l'arrêter. Ce qui nous vaut un nouveau bon mot de la « môme de Courbevoie ». A l'un des policiers qui l'interroge : « Alors, comment ça va ? », elle répond : « Pas très résistante... »

Interrogatoires, onze nuits dans un cachot de la Conciergerie, puis transfert au camp d'internement de Drancy. Contrairement à la légende, Arletty ne sera jamais tondue. Elle est libérée quelques semaines plus tard et assignée à résidence au château de la Houssaye, en Seine-et-Marne. Avec interdiction de tourner. Finalement, le 6 novembre 1946, le Comité national d'épuration la condamne à un « blâme », peine assez bénigne. Parmi les griefs qui lui sont reprochés : « A connu officier allemand en 1941. Liaison amoureuse avec ce dernier. »

Les juges ne croient pas si bien dire. Ils l'ignorent, bien entendu, mais, en cet après-guerre, l'idylle avec l'« officier allemand » se poursuit secrètement. Les lettres passionnées exhumées aujourd'hui le prouvent. Le 18 mars 1946 : « Ma vie, mon âme t'appartiennent. » Le 18 septembre : « Je désespère. Sauve-moi. » Le 9 novembre : « je t'aime si fort... » Mais les circonstances historiques séparent les deux amants : Arletty est assignée à résidence et Soehring vit à Marquartstein, près de Munich, dans la zone d'occupation américaine. Pour le rejoindre, la comédienne, qui a pris ses quartiers dans la chambre 312 du Plaza Athénée grâce à la générosité du propriétaire, un ami, a besoin d'une autorisation administrative qui ne vient jamais. Alors, « Biche » envoie des Lucky Strike en Bavière et « Faune », en indécrottable romantique, lui retourne des orchidées de montagne. Mais Arletty se sent si seule ! « Après avoir été la femme la plus invitée de Paris, je suis la femme la plus évitée », grince-t-elle.

Sitôt son horizon judiciaire éclairci, elle saute dans un train gare de l'Est et rejoint son amant en Bavière. Ils passent Noël 1946 ensemble. Soehring la demande en mariage. Refus, la comédienne plaçant toujours son indépendance au-dessus de tout. Six mois plus tard, la pestiférée du cinéma français se retrouve de nouveau face à une caméra, celle de Carné, pour La Fleur de l'âge. « Aujourd'hui, premier maquillage depuis le 31 mars 1944 », écrit-elle, émue, à Soehring. Le tournage emmène l'équipe à Belle-Ile. Arletty rêve d'y jouer les Robinson avec son amant allemand. « J'ai acheté pour toi, aujourd'hui, avant de quitter cette île, une petite maison bretonne », lui révèle-t-elle le 26 juillet 1947.

Las ! le Faune n'y mettra jamais les pieds. Les deux amants se retrouveront bien, en 1949, à Paris. Mais l'intuitive Arletty sent qu'une autre femme est entrée dans la vie de l'Allemand. Leur passion s'éteint doucement. Certes, lorsque Soehring est nommé consul à Luanda, c'est Arletty qui va récupérer ses chaussures chez un bottier parisien, pour les lui envoyer en Afrique. Les lettres se font plus rares, pourtant.

Entre-temps, l'ancien officier de la Luftwaffe a été nommé ambassadeur de RFA à Léopoldville (Congo), où, au passage, il se lie d'amitié avec Claude Imbert, futur fondateur du Point. Le 9 octobre 1960, il part se baigner dans le fleuve Congo, avec son fils de 12 ans. Soudain, il est emporté par le courant et disparaît dans les eaux limoneuses. Ne surnage que son chapeau de paille. Son corps ne sera jamais retrouvé. Fin romanesque. Arletty est sonnée. Elle lui survivra trois décennies, s'éteignant en 1992, aveugle, à 94 ans. « Soehringuisée » à tout jamais. Après le Faune, cette femme au tempérament de braise n'a plus eu le moindre amant. Ni français ni international.


11/04/2011
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