Alain YVER

Alain YVER

BENJAMIN BIOLAY

Benjamin Biolay





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Benjamin Biolay, né le 20 janvier 1973 à Villefranche-sur-Saône, est un auteur-compositeur-interprète français. Il se fait remarquer par le grand public en co-composant un album d'Henri Salvador en compagnie de Keren Ann, notamment la chanson Jardin d'Hiver. En 2010, en recevant la Victoire de l'artiste/interprète masculin de l'année, il rend hommage à Alain Bashung. Il reçoit également la Victoire de l'album de l'année.

Enfance

Benjamin Biolay naît le 20 janvier 1973 à Villefranche-sur-Saône dans un univers musical ; son père est clarinettiste amateur et joue dans l'orchestre municipal. Il étudie alors au collège Faubert à Villefranche-sur-Saône.

Il acquiert dans sa jeunesse la pratique du violon et du tuba puis intègre le conservatoire de Lyon où il apprend le trombone et en sort en 1990 avec deux premiers prix[1]. Parallèlement au conservatoire, il s'initie, en autodidacte, à la guitare et à la pop et il suit aussi les enseignements des classes musicales du lycée Saint-Exupéry à Lyon 4e[2].

Au début des années 90, il sort quelques maquettes confidentielles et enregistre avec son groupe de l'époque, Matéo Gallion, un live (Live au Barbar, 1994) avant d'être remarqué par EMI chez qui il signe en 1996 et sort ses premiers singles, La Révolution (1997) puis Le jour viendra (1998), qui obtiennent peu d'échos.

Les collaborations

Dans le même temps il commence ses collaborations avec d'autres artistes. En 1995, il est avec L'Affaire Louis Trio, dont le chanteur Hubert Mounier est un ami, aux arrangements. En 1999, il participe à l'écriture, à la réalisation et à la composition du premier album de Keren Ann : La Biographie de Luka Philipsen. Ce travail à deux est remarqué et le duo est invité à travailler sur l'album Chambre avec vue d'Henri Salvador. Ils sont ainsi les auteurs, entre autres, du titre phare Jardin d'hiver qui aura en 2000 un beau succès[3]. Cette collaboration achèvera de faire connaître au grand public les noms de Keren Ann et de Benjamin Biolay.

Benjamin Biolay continue ses multiples collaborations les années qui suivent. Avant même la sortie de son premier album, il est crédité, en 2000 et en 2001, sur les albums de Raphaël, d'Isabelle Boulay, de Coralie Clément (sa sœur), d'Hubert Mounier et de Lulu et Bambou Gainsbourg.

Il les poursuivra toute sa carrière (voir le paragraphe Participations), le point d'orgue de ses collaborations étant La Ceinture, single du second album d'Élodie Frégé, Le Jeu des 7 erreurs, dont il signe la moitié des textes et des musiques, single salué à la fois par ses pairs (il reçoit en 2007 le Grand prix de l'Union nationale des auteurs compositeurs pour ce titre[4]) et le public (l'album sera disque d'or).

En solo

C'est en mai 2001 que sort son premier album : Rose Kennedy, une histoire fantasmée de la famille Kennedy, sur fond de pop jazzy aux arrangements parfois intimistes, parfois sombres.

Il sort ensuite Négatif, en 2003, dans lequel il marie le folk à son univers de cordes, de piano et de claviers de collection, avec une nonchalance un brin gainsbourgienne. Son ex-femme Chiara Mastroianni a contribué aux chœurs sur ce disque, signe avant-coureur de son projet Home (2004). En effet, elle partage les parties voix sur cet album intimiste en forme de road movie. La même année, il écrit la bande originale du film Clara et Moi.

Il publie au début 2005 À l'origine. Peut-être en raison de sa séparation d'avec Chiara Mastroianni, ce recueil de 14 chansons, qu'il dit plus personnelles, est plutôt sombre tel que sur le titre L'histoire d'un garçon. Cet album marque aussi l'apparition de ses premières boucles électroniques.

En 2007, il publie Trash Yéyé que l'auteur considère comme le tome II d'À l'origine [5]. Toujours sombre, toujours largement autobiographique, le spleen et les ruptures amoureuses en sont les thèmes principaux. Si le single Dans la Merco-Benz obtient un certain succès, les ventes de l'album sont plus délicates (voir le paragraphe Succès).

En 2009, il quitte Virgin Music (label d'EMI). Le 8 avril 2009, il rejoint la maison d'édition Naïve, maison d'artistes fondée par Patrick Zelnik, fondateur de Virgin France. Son dernier album studio, La Superbe, parait le 19 octobre 2009[6]. Cordes, cuivres, guitares, boucles électroniques, quoique toujours largement introspectif dans ses thèmes, l'album semble plus lumineux et optimiste et Benjamin Biolay présente une voix plus affirmée que sur ses précédents albums[7].

Succès

Benjamin Biolay, qui collabore avec Henri Salvador, qui prend des risques en sortant un album de folk (Négatif) et qui produit des disques de plus en plus personnels, est très aimé par la critique, The New York Times lui consacrant par exemple un très long article le 27 mars 2005 intitulé Le Pop Star[8] ; l'apothéose de cet engouement critique sera atteint à la sortie de son dernier opus : La Superbe (voir l'article consacré à ce disque).

Cependant, jusqu'à La Superbe, le succès public n'était pas au rendez-vous. En effet si son premier album, Rose Kennedy, a été disque d'or (plus de 100 000 exemplaires vendus), ce ne fut qu'en 2008[9], soit six ans après sa sortie, et il reste, avant 2009, son plus grand succès de vente, et les ventes d'album de Benjamin Biolay ont toujours été en baisse : À l'origine et Trash Yéyé ne se sont vendus qu'à, respectivement, 35 800 et 19 800 exemplaires[10]. Tant et si bien que, comme l'explique l'artiste[11], dans un contexte de crise du disque, après des ventes mitigées de son dernier album, Trash Yéyé, dont la promotion avait déjà été négligée par la maison de disque, produire un nouveau disque de Benjamin Biolay n'est plus une priorité pour EMI. L'artiste finance lui-même l'enregistrement de La Superbe et finit par signer chez Naïve et le public suit cette fois la critique : le 18 décembre 2009, Benjamin Biolay, invité au Grand journal de Canal plus, reçoit officiellement un disque d'or (plus de 50 000 exemplaires vendus, désormais[12]) pour cet album, ce palier ayant été atteint en trois semaines.


 Notes et références

   1. Å™ Benjamin Biolay sur RFI musique [archive]
   2. Å™ Émission On n'est pas couché sur France 2, le samedi 10 janvier 2008.
   3. Å™ Il sera dans le classement des meilleurs singles pendant 22 semaines selon Infodisc [archive]
   4. Å™ UNAC, les lauréats des Grands Prix [archive]
   5. Å™ (fr) « "Trash yéyé", Benjamin Biolay sans faux-semblants » [archive], AFP, 8 septembre 2007.
   6. Å™ Site de Naive [archive]
   7. Å™ La Superbe [archive], Artistik Rezo, Cyril Masurel, 28 février 2010
   8. Å™ (en) Le Pop Star [archive] dans The New York Times du 27 mars 2005
   9. Å™ Les disques d'or de 2008 [archive]
  10. Å™ Voir les chiffres de vente de quelques uns de ses albums sur le site chartsinfrance.net [archive]
  11. Å™ Interview de Benjamin Biolay [archive] sur le site des Inrocks
  12. Å™ Depuis juillet 2009, voir l'annonce officielle de la baisse du seuil sur le site de l'IRMA [archive]
  13. Å™ Le Parisien [archive]
  14. Å™ Voir le palmarès 2009 de l'académie Charles Cros [archive]
  15. Å™ Nomination ou promotion dans l'ordre des Arts et des Lettres, janvier 2010.









Victoire de Benjamin Biolay mais défaite de la musique
Par Johanna Seban | LesInrocks.com | 07/03/2010


Joie pour le sacre de Benjamin Biolay, chagrin ou consternation pour (presque) tout le reste : entre présentateurs désuets et vilains choix, les Victoires de la musique n'ont pas trop mérité leur nom.

Sans même évoquer les artistes, lorsqu'on repense, avec le recul, au casting des présentateurs ayant honoré de leur présence la soirée musicale de samedi, on est en droit de se demander s'il s'agissait vraiment d'une soirée de victoire(s) ou plutôt d'une grande cérémonie vidéo gag. Christian Morin, Patrick Sabatier, Daniella Lumbroso, Jean-Luc Delarue, Frédérique Bedos…

D'un autre côté, on sait tous plus ou moins que les Victoires de la musique, c'est quand même super ringard : générique pourrave, mise en scène lourde (on est rock, on va chanter sur une scène en forme de guitare et l'année prochaine on se déguisera tous en clefs de sol), soirée interminable, musiciens virtuoses, et un nombre record de « Je ne m'y attendais pas du tout » chaque année (un conseil, aussi, aux candidats de 2011 : attendez-y vous un tout petit peu quand même, puisque vous êtes nommés, vous avez tout bonnement une chance sur quatre).
Oxmo et Benjamin

On va quand même commencer par les bonnes nouvelles : ces victoires de la musique auront mérité leur nom pour au moins deux couronnements : celui de Benjamin Biolay, glorieux dans la catégorie artiste masculin et album de l'année avec « La Superbe », et Oxmo Puccino vainqueur dans la catégorie album de musiques urbaines pour « L'Arme de paix ». Chacun aura d'ailleurs prononcé un discours plutôt élégant (Biolay, encore plus classe que son costume, se sentant presque gêné de succéder à Bashung), et livré une prestation scénique sans faute.

Voyons d'ailleurs le verre à moitié plein : l'orchestre des Victoires, classique et désuet, aura au moins permis à BB de livrer une version de « La Superbe » à la hauteur de celle qui illumine son album, ample et symphonique -les récents concert du bonhomme au Casino de Paris ayant été réalisés dans une plus petite intimité, les cordes remplacées par des samples.
Charlotte Gainsbourg repart les mains vides

A noter également parmi les belles choses, une victoire pour « La Différence » de Salif Keita ,catégorie album de musiques du monde, un Zénith qui se lève pour un Stevie Wonder qui ne l'aura pas vu, et une prestation timide mais touchante de Charlotte Gainsbourg, accompagnée d'un pianiste avec un masque de loup-chewbacca, ce qui est plutôt super. Rétro, mélodieux et sous haute influence Beatles, son délicieux « Heaven Can Wait », extrait de l'IRM que lui a façonné Beck, aurait dû suffire à la sacrer reine de la soirée. Le jury lui aura préféré Olivia Ruiz, élue interprète féminine de l'année et gagnante du meilleur vidéo-clip pour « Elle Panique ».

Nous, on l'aime plutôt bien Olivia Ruiz, mais on panique à l'idée de devoir manger ses crêpes. Parce que niveau poésie, on n'avait pas entendu aussi élégant que « Allez reviens à la maison, j'te ferai des crêpes aux champignons » depuis le fameux « Elle met du vieux pain sur son balcon, pour attirer les moineaux, les pigeons » de Jean-Jacques Goldman. Et pourtant, on apprécie la demoiselle et les arrangements de son acolyte Mathias Malzieu.

Tout comme on apprécie gentiment mais sans plus Pony Pony Run Run, sacré révélation du public, ou Cœur de Pirate, qui remporte la victoire de la chanson originale de l'année avec son single bubble-gum « Comme des Enfants ».
Soit le monde est fou, soit le monde est sourd

Pire que de la panique en revanche, c'est une gigantesque crise d'angoisse, une envie de changer de métier, qu'on aura ressenti devant la prestation d'Izia (victorieuse dans les catégories album rock et révélation scène). Parce que si son père est tombé du ciel, nous, on est tombés des nues et on s'est fait très mal devant autant de vulgarité rock, de lourdeur et de grosses ficelles -c'est pas parce qu'elle a 19 ans qu'on va trouver ça bien, c'est pas parce qu'elle cartonne qu'on va s'y intéresser.

Idem pour Grégoire, héros de la bande FM avec sa merde en boîte digne d'un générique de Bioman- une petite pensée, du coup, à tous ceux qui sont seuls, pour qui c'est déjà suffisamment difficile comme ça. Désolation, également, pour la victoire de l'album révélation de l'année, offerte à Yodelice et ses folk-songs centristes et incolores : rageant quand on connaît le génie mélodique et le songwriting inouï des trois Français de Revolver qui concouraient dans la même catégorie -soit le monde est fou, soit le monde est sourd.

Consternation enfin devant la petite dédicace de Johnny made in Los Angeles, les vilains refrains de Shaka Ponk ou l'hommage d'Amandine Bourgeois, ex-Nouvelle Star, à Charles Aznavour, tous symptomatiques d'une soirée globalement très décevante : faudra pas venir pleurer si les disques ne se vendent plus.








La Superbe
Benjamin Biolay


l y a quelque chose d'agaçant chez Benjamin Biolay. Ses poses gainsbouriennes, son chant désabusé, sa grandiloquence orchestrale et ses manières démonstratives – pourquoi, par exemple, sortir un double album sans que le propos le justifie vraiment ? Mais il y a aussi quelque chose de brillant, voire d'impressionnant, chez ce jeune homme de 36 ans... Et le plus troublant, c'est que ce sont à peu près les mêmes traits qui nous irritent et qui nous séduisent ! Sa noirceur très esthétique, et finalement très attirante ; son écriture à nu, s'ouvrant sur des abîmes de désillusion ; son raffinement musical, se moquant de la mode pour pencher vers les années 60 (parfois, on croit reconnaître la patte de Jean-Claude Vannier, arrangeur de... Gainsbourg), ou même 80 (qui ose encore de tels solos de saxo ?).

Et puis il y a ses mélodies, circulaires, tourbillonnantes, qui happent et qui s'enroulent à en donner le vertige. La Superbe est riche de tout cela ; mieux, elle livre de vrais joyaux : le morceau d'ouverture, très cinématographique, fascinante entrée en matière d'un périple émotionnel qui s'annonce sans repos. Ton héritage, autoportrait en creux sans une once de complaisance. Brandt Rhapsodie, long dialogue de sourds où la voix de Biolay croise celle de Jeanne Cherhal, pour dire la déliquescence du couple avec une justesse glaçante.

Fini le chanteur propret des débuts, le voici donc plus que jamais sur la brèche, incisif et fragile, qui proclame tout de go « je ne crois plus en rien ». Que ce soit sincère ou teinté de provocation, Biolay interpelle et remue celui qui tend l'oreille. Son sixième album studio a beau être long, il est magnifique. Traversé par une ambition artistique et un souffle si rares dans la chanson d'aujourd'hui qu'on ne peut que s'incliner. Dont acte.

Valérie Lehoux
Telerama n° 3119 - 24 octobre 200










Avec « La Superbe », Benjamin Biolay affiche ses points forts

Article publié le 20 Octobre 2009
Par Stéphane Davet
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 681 mots

Extrait :

Le cinquième album du chanteur, né en 1973, est une réussite, avec, pour fil rouge, les ruptures d'une vie. En dandy de la chanson pop, à ses débuts, jusqu'aux poses « gainsbarriennes » de ses dernières productions, Benjamin Biolay a autant séduit qu'agacé. Trop de disques, trop de filles à ses pieds, peut-être, pour l'auteur-compositeur-réalisateur-arrangeur le plus demandé de ces dix dernières années (Keren Ann, Isabelle Boulay, Françoise Hardy, Coralie Clément, Carla Bruni, Chiara Mastroianni, Elodie Frégé, mais aussi Henri Salvador, Julien Clerc, Hubert Mounier...).





Benjamin Biolay: « La Superbe » est le meilleur disque de l'année


Benjamin Biolay a réalisé le meilleur album de l'année sans aucun doute, et du coup le meilleur double album aussi, quoique il concourt seul dans cette catégorie. Je reviens sous peu sur ce Melody Nelson des années 2010 – comparaison trop facile je sais, à la fois c'est pas Emilie Jolie, disons "L'Homme à la tête pleine de dégoût" puisque Biolay y raconte en deux chapitres, l'histoire d'une dépression noire qui se réchauffe au soleil de Buenos Aires.

Avec La Superbe, B.B. auteur, compositeur, arrangeur, etc, etc, etc, opère un petit attentat artistique sur la chanson française en bousculant tous les codes et en ne rendant pas les armes (etc) face à la standardisatin actuelle.  Le chanteur qui a écrit pour Henri Salvador (Jardin d'hiver) et plein d'autres artistes n'est pas un inconnu célèbre. Lire ici, son grand portrait paru dans L'Express, il y a quelques années.

La Superbe sort bientôt en magasin, 22 chansons dont La Superbe, offerte gratis par Biolay sur son site. Et voici le clip: un plan-séquence de six minutes avec Agnès Gillot, la danseuse étoile de l'Opéra de Paris et dans une mise en scène de Clarisse Canteloube.


Alors, la signification de "la superbe"? Les paris sont ouvert.
"Une fleur de lys", me dit-on dans la bio !
"Un fleuve" me répond Google.
"La gagne, la superbe", comme nous indique Biolay.
"Avoir de la superbe"!
"La vie". Oui, je prends.
" Une érection" me lance un collègue et néanmoins ami.
Je prends aussi. Cette explication me va très bien. La Superbe est un disque érotique qui zoome sur ces "matins triomphants" chers à Victor Hugo. Sauf que ici, les nuits sont aussi triomphantes. C'est normal, c'est un double disque.








Publié le 24 octobre 2009
Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi

Benjamin Biolay vient de briser la malédiction qui le poursuivait. Avec La superbe, il est enfin reconnu à sa juste valeur au sein d'une chanson française amorphe et convenue.

Depuis son premier album, Biolay a toujours été un surdoué au sein d'un style musical médiocre et dominé par des imposteurs. Depuis plusieurs années, peu d'artistes français rivalisaient vraiment avec les grands noms de la traditionnelle chanson, des années 60 à 70. Une époque où la variété n'était pas un gros mot et restait encore un travail d'artisan. C'est justement ce qu'est Biolay.

Multi-instumentiste, auteur, compositeur, arrangeur, interprète, réalisateur musical : le Caladois fait tout lui-même, entouré seulement de quelques musiciens et d'un ingénieur du son. Un artisanat qui a le mérite d'éviter la dispersion de l'inspiration et de favoriser sa concentration. Car c'est bien de cela qu'il s'agit dans ce monumental double album : une inspiration qui touche au plus près de notre émotion. Il y a à peine plus de deux ans, Biolay avait déjà sorti un album majeur, Trash yéyé, marqué par sa rupture d'avec Chiara Mastroianni. Véritable bouée de sauvetage lancée à la mer, ce disque avait permis à ceux dans le même cas de garder la tête hors de l'eau. Deux ans plus tard, c'est à nouveau la rupture qui est au centre de la plupart de ces vingt-deux chansons. Comme si celle-ci déterminait et conditionnait d'abord ce que l'on est, en attendant le prochain amour.

Pour La superbe, l'auteur a certainement écrit ses plus beaux textes. Il se livre enfin entièrement, allant même jusqu'à une impudeur inhabituelle. Réputé pour être très timide (certains disent toutefois qu'il en joue), Biolay la joue ici franco. Les mots sont parfois crus et choquent d'autant plus notre pudeur. Il plaint sa solitude (« Trop longtemps, cent fois trop longtemps que je suis tout seul » dans Si tu suis mon regard), regrette (« Raté de de peu, d'un détail, d'un cheveu, d'un mot, d'une syllabe ou deux » dans Raté), s'aveugle (« J'ai même pas vu que t'étais rien, que tu étais morte de chagrin, que tu étais seule comme un vieux chien, que tu faisais la gueule dans ton coin » dans Tout ça me tourmente), jalouse (« Jaloux du moindre pédé, du moindre cheval que tu montrais, bébé j'avais trop mal » dans Jaloux de tout) et subit (« Je ne sais pas comment te le dire dans les yeux, mais dès que je te croise il y a dans mon coeur comme un pieu. Je ne sais pas comment font les gens heureux, dans leur période rose, dans leur période bleue » dans Reviens mon amour).

Le vrai et incroyable sommet de l'album reste Brandt rhapsodie. Ce duo écrit et interprété avec Jeanne Cherhal aborde l'ultra rabâché thème du quotidien du couple. Habituellement parfait sujet lorsque l'on n'a plus rien à dire, cet éternel mystère de la relation homme/femme pris ici à bras le corps par les deux chanteurs met tout simplement par terre ce qu'il restait de l'infâme chanson française, immuablement sympa et futile. Par le biais d'un échange via post-it collés sur un frigo on se mue en voyeurs, on assiste à la naissance, l'euphorie, les doutes, la routine, la déliquescence et la fin d'un couple. N'importe qui passé par là se prendra cette chanson en pleine gueule, tel un écho à sa propre expérience.

Deux disques, vingt-deux titres, une heure quarante, cette oeuvre s'érige comme l'un des nouveaux monuments de la chanson. Riche, juste, impudique, La superbe est tout simplement l'un des plus beaux albums français depuis des lustres.






LES INROCKS

On a plus parlé de Benjamin Biolay pour ses frasques que pour sa musique. Aujourd'hui,c'est avec un double album d'une grâce redoutable qu'il se fait remarquer.

Sur Benjamin Biolay, 36 ans, on aura souvent entendu ceci : mec doué, surdoué même, beau gosse (un peu trop pour être honnête), grosse tête (à claques parfois), provocateur (il a été pressenti pour faire partie de jurys dans plusieurs télé-réalités), pas sympa, patibulaire, ingérable, incorrect, en marge du milieu, voire kéké sur les bords. Biolay a démarré fort, très jeune et très vite, au début des années 2000 : avec des disques pop un poil amidonnés (Rose Kennedy en 2001, Négatif en 2003), mais surtout avec un coup de maître pour le chanteur hilare et UMP Henri Salvador (Chambre avec vue).

A l'époque, la chanson française tient son wunderkind mais ne semble pas bien savoir comment l'aimer – ça tombe bien, lui non plus. La situation est quelquefois problématique mais pas désespérée. En 2004, avec sa compagne d'alors, Chiara Mastroianni, il signe un très beau disque d'intérieur (Home), qui achève de délier les mauvaises langues. La suite est moins agréable : la presse people, qui s'intéresse de près au gendre de la grande Catherine Deneuve, a taclé Biolay en plein vol. On parle alors plus de ses frasques que de sa musique. Pendant ce temps, Biolay se bonifie dans son coin comme un beau maroilles. Ses chansons se sortent la chemise du pantalon, les textes s'écrivent au jour le jour, élégants et au plus près de l'os.

A l'origine, sorti en 2005, est salué par Alain Bashung. Trash yéyé, publié en 2007, est l'ami idéal pour ceux qui en bavent. Deux ans plus tard, après avoir été évincé de sa maison de disques, Biolay revient en homme libre avec un sixième album d'une grâce et d'une fragilité redoutables. Un disque où notre chanteur ne s'épargne rien et se permet même, dans la foulée, un peu tout. On y trouve des chansons d'amour – le vrai – (Reviens mon amour, Miss Catastrophe), des ritournelles (Night Shop, Prenons le large), des confessions parfois intimes (15 août, Ton héritage, Padam), des coups de sabot (Sans viser personne, 15 septembre), des coups d'épée dans l'eau (Mélancolique, L'espoir fait vivre), des coups de maître (Brandt Rhapsodie, Jaloux de tout).

Baptisé La Superbe en hommage à la sublime chanson qui l'ouvre en grand, cet albumcompagnon tient bien ensemble, porté à bout de bras par un seul et même homme, qui se met à nu, se dévoile avec justesse et pudeur, humour aussi. Un homme qui se serait résolument mis en marge du monde pour composer, enfin, son morceau de bravoure attendu.











13/10/2010
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