Alain YVER

Alain YVER

BENJAMIN BIOLAY Vengeance

BENJAMIN BIOLAY
Vengeance



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Benjamin Biolay

CRITIQUE

Rarement disque de pop française aura été à ce point guetté. Trois ans après La Superbe, double album épique et sombre qui avait propulsé Biolay très loin devant ses camarades chanteurs, voici donc Vengeance, qui n'a de belliqueux que le nom : ce serait plutôt l'amour, celui des autres et de la vie, qui habite ses quatorze plages. Autant donc évacuer d'emblée la comparaison avec l'album précédent, hors de propos. Ce qui frappe ici, c'est d'abord l'éclatement musical : pop, rap, balades romantiques et morceaux plus « variété » s'y côtoient sans souci apparent de cohérence. C'est ensuite l'épanouissement vocal d'un interprète archi sensuel, quasi crooner. Comme si Biolay, à l'aise dans son art et sa voix, assumait toutes ses envies, y compris des chansons un peu légères (Aime mon amour, Trésor trésor), et des partenaires de luxe (Oxmo Puccino, Carl Barât, Vanessa Paradis...).
Dans cet exercice débridé, tous les morceaux n'ont pas la même force. Les plus marquants ? Sous le lac gelé, énigmatique comme un rêve — ou un cauchemar. Vengeance (et sa déclinaison espagnole, Venganza), au beau lyrisme vénéneux. Et Ne regrette rien, dans lequel l'irruption soudaine d'Orelsan, après quatre minutes de pop léchée, sonne comme une déflagration. A chaque écoute, elle nous saisit.
1 CD Naïve.
Valérie Lehoux - Telerama n° 3277






Benjamin Biolay :
« Vengeance n'est pas un album qui saute à la gueule »

Propos recueillis par Pauline Le Gall - Le 05/11/2012

Après le succès de son album « La Superbe », sorti en 2009 et désormais disque de platine (plus de 100 000 exemplaires vendus), Benjamin Biolay revient avec « Vengeance », un disque exigeant et éclectique. Rencontre avec celui qui ne se considère pas comme un représentant de la « chanson française. »

Vengeance est un titre trompeur. Benjamin Biolay n'est pas revanchard, et la sortie imminente de son nouveau disque le met de bonne humeur. Il a bien conscience que cet album complexe, aux arrangements pointus, va surprendre son noyau de fan. Mais il semble s'en réjouir, lui qui aime l'idée d'avoir enregistré des disques « tous très différents ». Alors il ne s'inquiète pas, qu'après le succès de  La Superbe, Vengeance puisse connaître un parcours plus modeste. Son best-of, sorti en 2011, lui a permis de prendre du recul sur ses vingt ans de carrière. « Profite », chante l'optimiste Benjamin, qui étend son terrain de jeu au-delà de la musique. Il s'est désormais fait une place dans le cinéma français avec des rôles remarqués dans Stella de Sylvie Verheyde ou Pourquoi tu pleures ? de Katia Lewokowicz. Et le duo Jaoui-Bacri lui a même offert un rôle dans son nouveau film, Au bout du conte (en salles le 6 mars 2013). Biolay est aussi un producteur réputé, menant de front la réalisation des albums de Vanessa Paradis ou Carl Barât, ex-Libertines, qui font tous les deux des apparitions sur son disque. Une hyperactivité qui ne l'empêche pas de travailler chacun de ses disques avec précision, patience et intelligence. Ce Vengeance, entre délire eighties et grandes ballades hédonistes, en est la preuve.
Votre précédent disque La Superbe avait fini sa carrière disque de platine. La pression monte avant la sortie lundi de votre septième album, La Vengeance ?
© Claude GassianJe ne suis pas serein, parce que ce serait présomptueux et ce n'est pas dans ma nature, mais j'essaie d'avoir de la distance avec cette date de sortie. La différence entre un album et un film, c'est qu'un album a plusieurs chances selon les tournées, les singles ou si un annonceur synchronise une chanson pour une pub… Un film, lui, peut être brûlé un mercredi matin à 9h à l'UGC des Halles. La pression, je ne l'ai pas par rapport aux ventes. Je considère que La superbe est un épiphénomène dans ma carrière, je ne me dis pas « maintenant, je vends des blindes de disques ». La seule pression que j'ai, c'est par rapport aux gens que j'ai rencontrés, qui ont écouté La superbe en boucle, qui m'ont raconté qu'ils s'étaient mariés sur telle ou telle chanson… Je n'oublie jamais ces témoignages. J'ai envie que ces gens trouvent une chanson qui leur appartienne.
Comment s'est passée la composition ?
Je travaille dessus depuis deux ans par petites touches, j'y suis allé avec parcimonie, une petite semaine de temps en temps. À un moment, j'ai décidé de tout finaliser et de m'enfermer au studio ICP à Bruxelles. Je ne voulais pas qu'après un album qui avait eu du succès on se dise « on fait le successeur de La Superbe. »  Je vois Vengeance comme la fin d'un cycle, avec plus d'invités, des chansons différentes. La suite de ma discographie, je l'aimerais moins franco-française si possible. J'ai envie de faire de la musique dans plein d'autres pays avec des artistes que je connais. La mondialisation ce n'est pas qu'une malédiction, dans certains contextes c'est une bénédiction pour avoir accès aux autres plus vite.
Vengeance est un album moins accessible que La Superbe…
C'est vrai qu'il est plus pointu. Après, je l'ai écouté 16 655 fois donc je ne suis plus objectif ! Pour moi c'est limpide mais je me rends compte que ce n'est pas un album qui saute à la gueule. Même dans la construction du tracklisting. La superbe, je l'ai pensé comme un film, avec un générique. On pouvait rentrer dedans facilement. Les gens qui ne connaissent pas ma discographie auront peut-être plus de facilité à entrer dans ce dernier album que les gens qui aiment ce que je fais, qui seront sûrement plus déroutés. Mais ils trouveront la solution, du moins je l'espère !
Il se dégage une énergie plus positive de ce disque, moins d'amertume que dans La Superbe. Ça représente votre état d'esprit actuel ?
C'est un disque plus hédoniste. Dans le champ lexical de cet album il n'y a pas d'amertume. Je pense que l'amertume est un sentiment pourri, qui ne sert à rien, comme la vengeance. Ce sont des sentiments qui vous bloquent et qui vous castrent. Par contre, la tristesse c'est totalement acceptable. De la tristesse sont nées des œuvres d'art magnifiques. Il y a quelques mantras dans le disque comme « profite », « ne regrette rien » qui témoignent de mon rapport plus pacifié aux choses.
On a beaucoup parlé des collaborations sur Vengeance : Orelsan, Vanessa Paradis, Julia Stone, Oxmo Puccino, Carl Barât des Libertines… Comment se sont faites ces rencontres ?
© Claude GassianLa plupart était d'un naturel et d'une spontanéité confondante. Vanessa Paradis, je réalise son prochain album, Carl Barât je coréalise son futur album, Julia Stone, j'ai chanté avec elle sur son disque,… Ce sont des gens qui sont passés en studio ou à qui j'ai fait écouter mon disque. Vanessa et Julia se sont mises à chantonner sur des morceaux qu'elles aimaient. Pour Orelsan et Oxmo Puccino, c'était une vraie demande de ma part. J'avais laissé des mesures vierges pour qu'ils puissent réinventer la chanson et donner leur point de vue. C'est eux qui écrivent leur texte. J'ai la chance de travailler avec des gens que j'admire la plupart du temps. Là, que ce soit les Libertines ou Oxmo, ce sont des artistes que j'écoute souvent. Pour la suite de ma carrière, je ne m'interdis pas de sortir un album sous mon nom ou sous un nom d'emprunt, dans lequel je ne chanterai pas ou peu.
Vous avez particulièrement soigné les arrangements du disque. Comment les avez-vous pensés ?
La production et le sound design sont encore plus jusqu'au-boutistes que d'habitude.  Je travaille sur les arrangements comme un peintre, je me dis « il faut plus de bleu », « il faut plus de lumière », « il faut que le ciel soit plus torturé »… Il y a des instruments qui viennent naturellement à l'esprit. Ce disque est moins lyrique, j'ai enlevé beaucoup de violon. J'avais envie d'un combo basse, batterie, guitare et synthé, avec comme inspiration toute la pop eighties de Manchester : Joy Division, les Smiths…  Je ne me suis rien refusé sur ce disque.
En 2013 vous préparez une grosse tournée, ça ne va pas être difficile à concilier avec votre carrière d'acteur ?
Ça va être l'année noire cinématographiquement. Je fais une très longue tournée en France et à l'étranger donc je vais devoir ne pas tourner au cinéma pendant un moment. Il faut prier pour qu'on ne me propose que des conneries ou rien !
Vous jouez dans le nouveau film d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. Que retenez-vous du tournage ?
C'était un vrai plaisir. C'est tellement bien écrit et précis… Je les adore comme acteurs. Jouer avec Jean-Pierre et le côtoyer chaque jour c'est un plaisir. C'est un acteur que j'admire beaucoup. Pour ce qui est du tournage, c'était une production assez lourde, et je n'avais pas connu ça jusqu'ici, c'était plutôt impressionnant.
Vous avez déjà parlé de votre envie de passer au scénario…
L'écriture et la réalisation m'intéressent, parfois j'ai des idées. Je me dis que ça serait bien de mélanger mes deux passions et de faire une comédie musicale différente de ce qui se fait en France, écrite et réalisée par la même personne. Ça pourrait être très maîtrisé, mais je n'ai pas encore de sujet.
Qu'est-ce que ça vous a fait d'être décoré de la médaille d'officier des Arts et des Lettres ?
© Claude GassianJ'avais été nommé officier par Frédéric Mitterrand. Normalement, on est d'abord nommé et on décide ou non de faire une cérémonie. J'avais décidé de ne pas en faire, mais Aurélie Filippetti est une amie proche, on a travaillé ensemble sur la campagne de François Hollande. Ça me faisait plaisir qu'elle me la remette. Mais ce n'est pas son décret à elle. Jamais elle ne m'aurait nommée, ce n'est pas le genre de la maison. Il y a une nouvelle génération au pouvoir qui n'a pas les mœurs de l'ancienne, on ne fait pas de petits arrangements entre amis.
Vous êtes toujours pro-Hollande ?
J'ai toujours été derrière cet homme, qui s'est toujours montré à la hauteur de ses nouvelles ambitions. Intellectuellement, il n'a pas beaucoup de limites et il est très moral. Après, l'avenir du pays dépend malheureusement de l'avenir de beaucoup d'autres pays, et les questions financières sont d'une complexité diabolique. Alors il faut tenir bon et surtout, il faut arrêter de faire du Hollande bashing, même si ça vend mieux que les francs-maçons. Il faut se souvenir qu'on n'a pas élu le magicien d'Oz. Mais je vous le dit : avec Hollande, on n'est pas à l'abri d'une très bonne surprise.







Benjamin Biolay – Vengeance
//www.pinkfrenetik.com/2012/11/05/benjamin-biolay-vengeance/
Publié par Pinkfrenetik le 5 novembre 2012

C'était en juillet 2009. Naïve venait d'envoyer gratuitement par email, la chanson titre La Superbe, premier extrait du cinquième album studio de Benjamin Biolay. Première écoute et un mot à la bouche : SUPERBE. Le genre de chanson qui dure qui dure… et dont on ne veut pas entendre la fin. Depuis il s'est passé beaucoup de choses : la consécration du public, le cinéma et même la politique.
Alors quand au début de l'été, sa (même) maison de disque dévoile, en radio cette fois, le premier extrait, Aime Mon Amour, du sixième album, j'ai été déçu. Je l'ai trouvé trop évident, trop formaté. Je sentais le titre qui pouvait me lasser super vite.
Fin octobre, Vengeance est en écoute gratuite quelques jours avant sa sortie officielle. C'est Aime Mon Amour qui ouvre l'album. Et étrangement, quand les premières notes se lancent, c'est comme-ci je re-découvrais le titre. Frais, mais surtout punchy (ah, ces cuivres !). Une chanson sur laquelle on a envie de bouger.

Sur Vengeance, Benjamin Biolay a convié pas moins de sept artistes et c'est Vanessa Paradis qui ouvre le bal. Profite, qui pourrait avoir tout du titre variété lassant-dès-la-seconde-écoute, se révèle bien plus enivrant. Le texte d'abord, où la chanteuse vient poser sa voix délicate sur des mots bruts, à-la-Biolay. On pourrait même y voir un clin d'oeil (volontaire ?) à La Superbe avec la phrase Au fond du verre du fond d'un bar.
Il renvoi aussi la balle à son précédent album (Padam précisement) sur Confettis, où Julia Stone vient poser sa voix, un peu trop nasillarde à mon goût.

Ce que j'aime sur ce sixième album solo studio, ce sont les titres éclairés aux néons des boites de nuits. Ceux qui font danser alors que les textes, pris à part, pourraient nous faire sombrer. Les chansons qui me plaisent le plus dans les albums de Biolay, ce sont celles qui flirtent avec la new wave, qui sont plus du côté yéyé que trash, rythmiquement parlant.(Rendez-vous qui sait, Qu'est-ce que ça peut faire, Reviens Mon Amour, Los Angeles).

Marlène Déconne, l'un des titres les plus dansants, et étonnamment (ou pas chez Biolay) sur un des textes les plus noirs est probablement ma chanson préférée pour le moment. Les synthés résonnent mais la voix de Benjamin, vient calmer le jeu vers 3'15, baissant d'un ton, rappelant la noirceur du discours.
Toi mon amour je t'aime et tout ça me perdra
Toi mon amour tu m'aimes mais tu ne me touches pas
[...]
Oh mon amour c'est pire que si j'étais sans joie
Oh mon amour c'est pire que si j'étais en détresse.
Véritable amoureux de rap (Benjamin Biolay a paraphrasé des paroles de Booba pour le titre Dans Paris et usé d'un certain flow pour Tant le ciel était sombre ou Miss Catastrophe), il a invité Orelsan sur Ne Regrette Rien, qui sonne comme un A l'origine numéro 2. Fiévreux, le titre monte en puissance jusqu'à ce que le rappeur nous envoie son texte de ses tripes. J'aurai aimé que la tension se fasse plus intense vers la fin. Attendons de voir ce que donnera ce titre sur scène ; s'il est sur la même lancée qu'A l'origine, ça promet.

Vengeance balaye plein de styles musicaux, chers à Benjamin Biolay. Du rap (Ne regrette rien) à la pop (Aime Mon Amour) en passant par la new wave (Marlène Déconne, L'insigne Honneur) ou la Mowtown (La fin de la fin) l'album brasse plein d'influences. Le chanteur s'éclate aussi sur le funky Belle Epoque (Night Shop n°2) où Oxmo Puccino vient rapper avec lui. A presque 40 ans, sa voix se libère et il ne murmure plus comme il le faisait sur Rose Kennedy il y'a dix ans.
Il a convié aussi Carl Barât (le chanteur de The Libertines et acolyte de Peter Doherty) sur le titre éponyme de l'album. Vengeance semble d'ailleurs naitre des cendres d'un projet apellé Monöpole. Sous ce nom, Biolay a déjà diffusé sur son Myspace il y'a quelques temps des chansons electro-punk en anglais. Dont une qui s'appelait Leave By The Sun, avec des paroles qu'on retrouve dans son duo avec Carl Barât…

Que retenir de cette Vengeance ? Que la plus simple et la plus belle des représailles est certainement l'oubli, la sérénité, et même l'épanouissement. L'aventure parait moins torturée ; elle est plus lumineuse.
Benjamin Biolay sera sur la scène de La Cigale le 11 novembre pour défendre son album. On le retrouvera aussi en mars pour trois dates au Casino de Paris (comme en 2010) et partout en France.
Si vous écoutez l'album sur Deezer, vous aurez droit à un inédit : Je ne passerai pas l'hiver.
Tags: Benjamin Biolay, Carl Barat, Julia Stone, Orelsan, Oxmo Puccino, Vanessa Paradis, vengeance







La Vengeance de toute beauté de Benjamin Biolay
4 novembre 2012

Deux ans après La Superbe, le chanteur signe son retour avec un album au titre trompeur.
Vengeance… Avec un titre pareil, on pourrait s'attendre à un disque noir, gorgé de rancoeur et de fiel. "Quand j'ai annoncé aux responsables de ma maison de disques comment je voulais appeler mon album, ils ont failli avoir des AVC en chaîne", se marre Benjamin Biolay. Le titre est trompeur. Il serait même à l'opposé de l'état d'esprit actuel du chanteur réputé pour son caractère ombrageux et son appétence à faire parler la poudre. Mais non, Biolay n'a pas choisi de régler ses comptes avec une amante ingrate à longueur de mots. Ni de fusiller une certaine chanson française qu'il s'est plu, à une époque, à dynamiter publiquement - jusqu'à jouer des poings avec Bénabar. Encore moins à cracher son venin contre les politiques de droite (sa cible favorite) ou les barons du PS. "Il n'y a plus personne à gauche, seulement des moribonds", chantait Benjamin Biolay dans La Superbe, son précédent album écoulé à 200.000 exemplaires - un carton en ces temps de crise du disque.
Il sera "le méchant loup" dans "un conte de fées moderne"
Non, Biolay nous revient comme toujours : "torturé et un peu fleur bleue", mais apaisé et serein. "J'ai pu être vengeur, aujourd'hui, c'est fini. La vengeance est un sentiment merdique, elle pousse à l'aigreur, à la différence de la tristesse, qui peut être très inspirante." Métamorphosé, Biolay, ou simplement bonifié? "C'est la maturité. Dans un mois, j'aurai 40 ans, je suis allé au bout de mes conneries, je ne regrette rien", assure l'intéressé. Il en veut pour preuve, la pochette de son opus couleur rose fluo, sans photo. "Pour La Superbe, j'avais choisi de montrer ma sale tronche, avec une photo de moi prise au réveil." Exit donc l'amertume sublimée. Il décrit son nouvel album comme "moins autocentré, plus distancié et hédoniste, porté par une énergie positive nouvelle", à l'image de chansons comme Profite ou Ne regrette rien, "des petits mantras auxquels je crois sincèrement, maintenant".
Que ses fans se rassurent. Benjamin Biolay ne n'est pas mué en chanteur béat devant la beauté de la vie, le chant des oiseaux au petit matin et les couchers de soleil. "Mes chansons ne traduisent pas le côté le plus festif et joyeux de ma personnalité." Elles chroniquent toujours la rupture sentimentale (Trésor, Trésor), la solitude (Personne dans mon lit), l'ennui trompé dans l'ivresse et les nuits blanches (Le sommeil attendra)… Au détour d'une ballade glaçante, il ausculte aussi les pages sombres de notre histoire : "Sous le lac gelé, la Vieille France/Des trains de déportés traversant l'Île-de-France". Explication de texte : "Cette phrase est sortie de façon épileptique, comme une gerbe. C'est un truc qui me fait souffrir tous les jours quand j'emmène ma fille à l'école et que je vois ces plaques commémoratives…"
Benjamin Biolay a conçu ce disque de façon "morcelée", entre deux tournages de films et ses activités de producteur (l'album posthume d'Henri Salvador, notamment). On retrouve son talent de mélodiste, cette écriture poétique jamais ampoulée, son goût pour l'éclectisme musical (pop, rock, new wave, chanson…), cette fois enrichi de cuivres soul. "Comme tous les musiciens blancs, j'adore cette musique capable de me faire pleurer et danser en même temps. Je m'étais toujours interdit d'intégrer la soul dans mes chansons à cause de ma voix, très en retenue. Comme j'ai décidé de chanter sans me brider, comme sur scène, je me suis autorisé cette liberté", souligne Biolay, qui vocalise sur Vengeance avec les rappeurs Oxmo Puccino et Orelsan. Sans oublier l'Anglais Carl Barât (ex-chanteur des Libertines avec Pete Doherty) et Vanessa Paradis, dont il produit les albums respectifs. On le retrouvera également dans le prochain film d'Agnès Jaoui, "un conte de fées moderne", dans lequel il interprète "le grand méchant loup". Un vrai rôle de composition…










Benjamin Biolay: sa playlist et les secrets de Vengeance
le 30 octobre 2012
parGilles Médioni (L'Express)

C'est tout frais, tout chaud, c'est la play-list de Benjamin Biolay direct from son i-phone. B.B m'a fait écouter les 5 titres qui tournent le plus entre ces oreilles assoiffées d'une douce Vengeance, titre de son nouvel et  superbe album. Pour plein de raisons.
1) Une radioscopie des courants musicaux des cinquante dernières années: soul, new-wave, hip-hop,variété, rock, pop…
2) Des featurings qui tombent en rafale comme une pluie de novembre: Vanessa Paradis, Oxmo Puccino, Carl Barât, Orelsan…
3) Des chansons d'amour qui font pleurer en dansant comme le recommandait Ian Curtis (Joy Division).
4) Des jeux de mots pour détendre l'atmosphère. Ainsi Marlène déconne, est un clin d'oeil à Jacno (« Ma reine déconne »), l'histoire d'une femme qui ne fait plus l'amour à son mari, explique B.B,  et ne se rend pas compte du mal qu'elle lui fait. A la fin, je change de voix, et on s'aperçoit que ce n'est pas si joyeux que ça. »
5) Une chanson politique, Sous le lac gelé, pour gratter là où ça fait mal:  » Sous le givre, il y a toute la m… qui remonte à la surface en cas de coup de chaud. J'ai pensé aux secrets de famille du pays, des choses que nous, Français,nous n'avons pas réglées. Une nation n'est pas en paix avec elle-même tant qu'elle n'a pas assumé son lot de barbarie ». Les mots venus du froid parsèment les chansons de cette Vengeance glacée. « Le côté glacial m'inspirait.  J'ai demandé à Clément-Animal sons un esprit   »soviet supreme ». Je voulais que ce soit glacial. »
Et plein d'autres choses encore, non mais!
Et maintenant la play-list:
Jager Yoga: CSS
The Shangri-Las: Leader of the pack
Blur: Out of time
The Noisettes: Never forget you (version live)
Nas (feat. Amy Winehouse):  Cherry wine








Le superbe album de Benjamin Biolay «Vengeance» ne sort dans les bacs que le 5 novembre.
Mais les plus impatients déjà alléchés par le single « Aime mon amour » qui tourne sur les radios, peuvent d'ores et déjà l'écouter sur I-Tunes, la plateforme de musique d'Apple.

En cliquant sur ce lien iTunes.com/Benjaminbiolay, les fans (et les autres) pourront se délecter du septième opus de l'artiste, enregistré à Paris et à Bruxelles.

EN SAVOIR PLUS Clash entre le FN et le chanteur Benjamin Biolay
 Un album extrêmement attendu après le succès de «La Superbe» qui avait su séduire le public comme les critiques. Dans Vengeance, on retrouvera l'univers de Biolay aux multiples influences. Du folk, en passant pas le rock et même l'électro. Biolay vous embarque dans un tourbillon teinté de cynisme, de mélancolie mais aussi plein d'humour et de recul. Quatorze morceaux dont six featuring avec des personnalités de tous les horizons musicaux. Vanessa Paradis pose sa voix sur le très joli «Profite», le rappeur Orelsan, Oxmo Puccino ou encore Julia Stone font aussi parti de l'aventure.







Le FN s'en prend à Benjamin Biolay,
«rebelle en peau de lapin»


Le Front National a réagi à un extrait de la chanson «Vengeance» où le chanteur ironie sur la mort d'un ancien dirigeant du FN. ( Patrick Kovarik )

Sorti lundi dernier, «Vengeance» le nouvel album de Benjamin Biolay, chanteur ancré à gauche, a fait bourdonner les oreilles des membres du Front National. En cause, une phrase choc de la chanson «Vengeance» où le chanteur lance dès le premier couplet «la vengeance est un plat que certains mangent froid comme Stirbois s'est mangé son cèdre».

EN SAVOIR PLUS VIDEO. Le dernier Biolay en pré-écoute sur itunes Benjamin Biolay officier des Arts et Lettres Biolay désamorce la polémique avec le Front national
Il fait ainsi référence à Jean-Pierre Stirbois, l'ancien député frontiste des Hauts-de-Seine (1986-1988), disparu dans un accident de voiture en 1988 près de Dreux.

«Un rebelle en peau de lapin»

Sans surprise, ce duo avec Carl Barât n'a pas manqué de faire réagir le parti de Marine Le Pen.  Le secrétaire général du mouvement Steeve Briois a réagi d'un court communiqué à l'adresse du «militant socialiste Benjamin Biolay». Les mots sont tout aussi durs : l'artiste est traité de «rebelle en peau de lapin qui a reçu l'agrément de la classe dominante».

Selon M.Briois, le défunt secrétaire général du Front National de 1981 à 1988 était «un militant passionné et plus que tout un authentique opposant au système, bref tout l'opposé de ce qu'est Benjamin Biolay».

Soutien de François Hollande lors de la campagne de la présidentielle, l'artiste n'a pas encore réagi à cette virulente contre-attaque. Pour mémoire, il a été récemment fait officier des Arts et Lettres par la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti. Mais cette décision avait été prise par son prédécesseur, Frédéric Mitterrand.
leparisien.fr
//www.leparisien.fr/laparisienne/actu-people/le-fn-s-en-prend-a-benjamin-biolay-rebelle-en-peau-de-lapin-08-11-2012-2303997.php








Benjamin Biolay : un nouvel album très attendu
Publié le 02/11/2012
Benjamin Biolay publie lundi l'album français le plus attendu de cette rentrée, "Vengeance", un disque virtuose où s'entrechoquent la chanson, le rap et la new wave et qui devrait confirmer le succès de "la Superbe", que son auteur voit pourtant comme un "épiphénomène".
Benjamin Biolay publie lundi l'album français le plus attendu de cette rentrée, "Vengeance", un disque virtuose où s'entrechoquent la chanson, le rap et la new wave et qui devrait confirmer le succès de "la Superbe", que son auteur voit pourtant comme un "épiphénomène".

QUESTION: "Vengeance" donne aussi leur titre à deux chansons de l'album. Pourquoi ?
REPONSE: "Pour moi, en tant que parolier, vengeance est un trompe-l'oeil de la langue française, parce que c'est un mot très beau, qui sonne très bien. Je voulais, via ces morceaux, complètement désamorcer l'idée d'une véritable vengeance, en disant que la plus belle vengeance possible, c'est de vivre dans un pays chaud avec les gens qu'on aime, pour moi en tout cas".
Q : Vous avez voulu rassembler toutes vos passions sur cet album ?
R : "Oui, je me disais qu'il fallait que je puisse mettre mon album au hasard sur mon ipod et qu'il n'y ait pas de truc avec un nez rouge qui déboule, que ce soit cohérent. J'ai fait l'expérience un petit moment, mais c'était trop long, il y a trop de chansons sur mon ipod. C'est aussi le disque que j'aurais bien aimé être capable de faire à 17 ans. Des chansons comme "Marlène déconne" ressemblent un peu à ce que je faisais avec mon premier groupe".
Q : Comment parvient-on à rendre cohérents tous ces éléments ?
R : "La cohérence, elle s'impose quasiment : c'est la voix et les textes, ce ne sont que des chansons d'amour. Evidemment, il y a des sons, des instruments qui doivent revenir un peu tout le temps. Ca, c'est dans la finition, c'est comme dans le cinéma avec le montage, le mixage, la post-synchronisation".
Q : C'est aussi un album de collaborations.
R : "Pour moi, c'est ça aussi la cohérence de ce disque. Hormis pour Orelsan et Oxmo Puccino, dont j'avais vraiment envie qu'ils viennent chanter avec moi, toutes les autres personnes présentes sur "Vengeance" sont des proches collaborateurs. Vanessa (Paradis, ndlr), je produis son disque, Carl Barât (ex-leader des Libertines, ndlr), je produis une partie de son disque, Julia Stone, on avait fait un duo ensemble, Gesa Hansen faisait déjà les choeurs sur "La Superbe". Ce sont les magnifiques hasards de la vie et quelques envies légitimes".
Q : Il est rare qu'on entende autant les cuivres chez vous.
R : "Pourtant, je viens de là, du trombone. Il a fallu que je me réconcilie avec. Quand vous jouez des cuivres toute la journée pendant des années et que vous passez à une autre activité, la dernière chose dont vous avez envie, c'est d'entendre un trombone. L'utilisation des cuivres par Saalam Remi ou Mark Ronson - même si je ne suis pas sûr qu'il fasse lui-même ses disques - m'a vraiment donné envie de m'y remettre".
Q : Avec le succès de "La Superbe", vous êtes passé du statut d'artiste qui divise à celui que tout le monde acclame. Comment l'avez-vous vécu ?
R : "Je divise quand même. Il faut diviser de toute façon. "La Superbe", c'est sans doute un épiphénomène. Je ne me souviens plus de ce qui est sorti à ce moment-là, mais peut-être qu'il n'y avait que des trucs inintéressants et que c'était le disque français qui arrivait au bon moment. Tout ça est très conjoncturel. Je ne considère pas avoir changé de statut".
Q : Avez-vous ressenti l'obligation de rééditer ce succès ?
R : "Non, j'ai 40 ans, ce n'était pas mon premier album. Je crois qu'il faut casser les joujous. C'est trop tentant de refaire la même chose, ce sera toujours moins bien de toute façon. Au moins, j'ai fait un gros succès sans un gros tube tout pourri qui me mettrait dans une merde épouvantable. Mon ami Raphaël que j'admire beaucoup, je vois que les gens ne savent pas si c'est du lard ou du cochon à cause de "Caravane". C'est le danger du tube qui écrase tout le reste et qui donne une image brouillée de l'artiste. Il a dû être très heureux, très flatté et surtout ça doit faire plaisir de gagner autant d'argent et de pouvoir être propriétaire. Mais chaque bénédiction a sa malédiction".

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Benjamin Biolay, le vengeur démasqué
Benjamin Biolay - Vengeance
Naïve -

Benjamin Biolay revient avec un nouvel album intense et un concert exclusif au Festival Les inRocKs Volkswagen. Mitonnée avec Carl Barât, Vanessa Paradis ou Orelsan, son éblouissante Vengeance n'est pas près de refroidir.

L'attente qui précède depuis plusieurs semaines la sortie du sixième album de Benjamin Biolay témoigne du statut qui est désormais le sien dans le paysage de la chanson en France. Ni Raphael ni M, autres chanteurs "bankable" qui se soulagent d'un nouveau disque cet automne, ne seront parvenus à générer telle impatience et à alimenter autant la turbine à buzz. S'il fallait trouver une signification subliminale au titre Vengeance dont s'affuble le Biolay nouveau, c'est évidemment par là qu'on la cherchera. Vengeance ou revanche, au choix, pour celui qui a pendant près de dix ans encaissé une série d'uppercuts critiques et confraternels et n'aura rien trouvé de mieux que de répondre coup pour coup, s'attirant au passage une réputation de petit con arrogant – l'inverse de ce qu'il est en dehors de ce petit jeu des vanités amplifié souvent de façon dégueulasse.
Le double La Superbe, en 2009, est passé par là comme un torrent et a presque tout emporté des malentendus et des mesquineries qui couraient à propos de son auteur. L'unanimité de l'accueil, conjuguée à un succès commercial doublement platiné et à des concerts bondés, auront naturellement placé BB dans la position du patron, de sa génération à l'évidence, mais aussi de la pop française dans son ensemble. Plusieurs films lui ont en parallèle façonné une seconde carapace d'acteur crédible qui était encore moins gagnée d'avance, jusqu'à cette prestation assez gonflée dans Pop'pea, l'opéra pop d'après Monteverdi joué au printemps dernier au Théâtre du Châtelet. Sa réputation de serial lover, enfin, aura un temps menacé, à travers la lancinance d'une rumeur malveillante, les plus hautes sphères de la République. Carrément.
Tous ces paramètres alignés auraient pu provoquer des dégâts collatéraux sur le coeur même de l'activité de Biolay, celle de chanteur, auteur, compositeur et réalisateur. Bien au contraire, ce succès si chèrement acquis et l'onde de choc qui l'accompagna semblent avoir décuplé ses superpouvoirs. Outre la richesse hallucinante de Vengeance, album kaléidoscope, ouvert en grand vers les autres et promis au même sort que La Superbe, son nom occupera l'actualité musicale des prochaines saisons. Après avoir travaillé sur le disque posthume d'Henri Salvador, il a enchaîné avec les prochains Vanessa Paradis et Carl Barât (tous deux invités de prestige sur Vengeance), chanté aux côtés de Daphné le temps d'un hommage à Barbara, continué aussi à aider de jeunes artistes inconnus (Elisa Jo, Alka) et son vieux maître Hubert Mounier pour un disque de réinterprétations de L'Affaire Louis Trio.
Sur Vengeance, il a aussi franchi un pas de plus vers le hip-hop, qui l'obsède depuis À l'origine, en invitant Orelsan et Oxmo Puccino, mais a conservé avant tout son sens du mélodrame, son goût du rock innervé parfois d'influences soul et redimensionné à coups d'electro infectieuse, conservé aussi sa légèreté princière et sa prestance charnelle pendant une heure d'écoute intense et haletante.
 
Benjamin Biolay - "Vengeance" est un mot un peu en trompe l'oeil de la langue française que j'ai toujours bien aimé. C'est aussi la revanche, "revenge" comme disent les Anglais, qui parlent aussi de "douce revanche", une idée qui me plaît également. Je n'avais pourtant aucun esprit de revanche ou de vengeance en écrivant cet album. La revanche, je l'avais déjà prise avec La Superbe, dont le succès m'a à la fois surpris et rassuré, notamment sur scène, où pour la première fois les salles étaient remplies, avec des gens enfin heureux de me voir débarquer.
La Superbe avait été conçu dans un climat plus tendu, sans label, un peu comme un quitte ou double… J'avais déjà le titre Vengeance en tête mais il aurait été malvenu à l'époque. Je sortais d'un demi-échec avec Trash yéyé, je serais passé pour un mec aigri alors que ce n'était pas du tout le cas. En réalité, j'étais dans une phase où je commençais au contraire à me contenter de ce que j'avais. J'avais la chance d'être publié, d'avoir assez de boulot par ailleurs pour pouvoir payer mon loyer et nourrir les gamins, il n'y avait donc aucune amertume. C'était juste un disque où je m'interdisais pour la première fois toute censure, car par le passé je pense avoir écarté des chansons qui auraient pu rencontrer un plus large écho. Ton héritage, par exemple, qui est sans doute celle qui a touché le plus les gens, j'étais prêt à la virer. Je me disais que je frôlais le Nicole Croisille – que j'aime bien par ailleurs – en raison de la mélodie et du côté un peu impudique du texte. Aujourd'hui, je n'ai plus peur de faire une chanson de variété.
Quelle était ton idée de départ pour Vengeance ? Je voulais vraiment faire un album de northern soul, un truc à la Paul Weller, influencé par Tamla Motown, avec une dynamique très anglaise. D'un autre côté, j'avais un autre projet baptisé Monopole, beaucoup plus electro ou post-punk, sur lequel j'avais envie d'inviter les gens que j'adore pour chanter. Ce projet n'est pas enterré mais disons qu'il a un peu déteint sur mon propre album, et je dirais même qu'au final il a un peu chassé mon intention de départ. J'ai enregistré et mixé une trentaine de chansons pour en garder quatorze. Parmi les autres, il y en a deux ou trois que j'aime beaucoup mais qui ne correspondaient pas trop à la couleur du disque. Et puis mon directeur artistique en a encore sauvé une de la noyade, Personne dans mon lit…
Il a bien fait… Je pense aussi, mais à cause du texte, je craignais une espèce d'interaction boiteuse avec le public. Sur la dernière tournée, quand je chantais Night Shop, au moment de la phrase "Elle me dit t'es beau, moi je ne la crois pas trop", invariablement il y avait des filles qui hurlaient "Mais si !", et ça me mettait hyper mal à l'aise, je n'ai pas écrit ça pour générer ce genre de réaction. J'avais peur que Personne dans mon lit passe encore pour de la coquetterie alors que c'était la réalité. En tout cas le soir où je l'ai écrite (rires)…
Tu assumes ce côté très animal et sexuel auquel on t'associe désormais ? Je ne m'en préoccupe pas, c'est ce que les gens projettent, rien de plus. J'ai déjà été heureux et malheureux en amour, j'ai eu des histoires avant de faire de la musique – dont je ne me suis jamais servi comme un piège à filles, tout ça n'a jamais fait partie du truc. Après, il y a eu des rumeurs totalement fictives qui ont circulé et qui ont sans doute contribué à ça, mais je ne l'ai vraiment pas voulu. D'ailleurs, j'avais choisi des photos où je me trouvais vraiment laid, disgracieux, au moment de La Superbe, justement afin de ne pas attirer l'attention pour de mauvaises raisons. Et c'est également avec ce disque que j'ai attiré un public plus masculin. Auparavant, à mes concerts, il n'y avait quasiment que des filles, et quelques mecs égarés qui s'étaient sans doute fait promettre une gorge profonde en contrepartie (rires)… Là, pour la première fois, ils venaient de leur plein gré.
Tu étais plus serein, cette fois ? Le nouvel album s'est surtout construit de façon plus éclatée. Entre les tournages des films et les choses que je produisais pour les autres, je marquais de longues pauses qui m'ont permis d'avoir pas mal de recul. Je n'avais aucune pression particulière parce que j'ai admis l'idée que le succès de La Superbe n'était peut-être qu'un épiphénomène qui ne se reproduirait pas, ou alors dans trois ou quatre albums. Mais oui, j'étais très serein et apaisé même si le disque, lui, ne l'est pas forcément. C'est la part la plus sombre de ma personnalité qui écrit les chansons, mais l'autre part, plus lumineuse ou plus détendue, me permet d'envisager les choses avec distance.
Comment as-tu vécu le fait de passer brutalement du statut de mal-aimé à celui du type qui est encensé partout ? La Superbe a fait l'unanimité dans la presse mais, en même temps, si je tape mon nom sur Twitter, je relativise immédiatement l'amour que l'on me porte. À mes débuts, j'avais déjà bénéficié d'un accueil assez unanime. Beaucoup de gens que j'admirais, comme Françoise Hardy, étaient devenus mes attachés de presse, c'était incroyable. Ensuite, les choses se sont un peu gâtées. Disons que, de mon côté, il y a eu pas mal de vices de procédure dans la communication (rires)… Rien n'arrive par hasard, j'ai semé des mines antipersonnel un peu partout et j'en ai récolté pas mal en retour, ce qui était assez logique. Je voulais à tout prix me détacher des étiquettes qu'on me collait, donc j'ai choisi le chaos, mais de manière pas du tout maîtrisée. J'ai dit beaucoup de conneries sur des gens mais on en a dit aussi pas mal sur moi.
En même temps, c'était presque un honneur de me faire trasher par des blaireaux comme Michel Fugain. C'est exactement l'inverse de ce que je voulais faire dans la vie, Michel Fugain.
N'y avait-il pas une certaine jouissance de ta part à être dans l'adversité, à jouer au bad boy ?
Oui, certainement, rien ni personne ne m'a forcé, sauf certaines fois où j'ai vraiment raconté d'énormes conneries parce que j'étais trop alcoolisé en arrivant à l'interview. En Angleterre, c'est monnaie courante. Les frères Gallagher, même Lily Allen, tout le monde balance sur tout le monde, ça fait partie du folklore et c'est très bien perçu, alors qu'ici on est tellement faux cul que quand quelqu'un casse le deal, tout le monde lui tombe dessus. En France, il ne faut surtout pas trahir l'esprit des Enfoirés, sinon tu passes pour le véritable enfoiré de service.
C'est pour ces raisons que tu t'es rapproché des rappeurs ?
Ça s'est fait naturellement, je n'ai jamais cherché à faire copain avec untel ou untel. Il se trouve que lorsque j'ai reçu ma première Victoire de la musique, en 2002, les seuls avec qui je me suis marré backstage étaient les gars du 113. Par la suite, les mecs les plus volontaires que je rencontrais étaient souvent issus du hip-hop, et le fait d'inviter aujourd'hui Orelsan ou Oxmo Puccino sur mon disque est une conséquence logique de cette proximité. Orelsan, je m'étais intéressé à lui sans le connaître, au moment de la polémique autour de son morceau Sale pute, sur lequel je n'avais pas d'avis, juste parce que ça me paraissait dingue qu'on demande l'interdiction d'une chanson. À ce compte-là, il faut pendre Eminem par les couilles place de la Concorde ! Quand j'ai rencontré Orelsan, on a pas mal sympathisé et j'ai vraiment écrit Ne regrette rien sur l'album en pensant à lui. Pour lui mettre la pression, j'ai samplé un morceau d'Eminem sur sa partie. Ça ne l'a pas du tout impressionné.
Tu gardes quel souvenir de Pop'pea, l'opéra pop auquel tu as participé au printemps dernier au Châtelet à Paris ?
J'ai accepté cette proposition notamment parce que je n'avais jamais fait de théâtre, je voulais connaître cette expérience. Et ça a servi à quelque chose puisque je sais maintenant que je n'en ferai plus jamais ! Pour le reste, c'était une aventure plutôt sympa, notamment grâce à la scénographie de Pierrick Sorin, dont j'adore le travail. En revanche, l'orchestre était vraiment à chier, les musiciens n'étaient pas assez cultivés, autant en pop qu'en Monteverdi, et ça se ressentait. Marc Almond, par exemple, chantait des choses beaucoup trop hautes pour lui. Après, ça reste un bon souvenir, mais sur le moment, c'était la première fois depuis l'école que je n'avais pas envie d'y aller. Quand j'arrivais en taxi devant le théâtre, je me disais "putain, ça recommence, plus que quatre, plus que trois…"
Tu n'as plus cette sensation quand tu fais des concerts ?
Le cinéma m'a beaucoup aidé, ça m'a vraiment décoincé, alors qu'avant j'étais trop timide, j'avais du mal avec mon corps, ma gueule… Aujourd'hui, je n'en ai plus rien à foutre, c'est à prendre ou à laisser. Si j'ai envie de me rouler par terre, je le fais, quitte à être ridicule. Le fait d'être reconnu comme acteur et non comme un chanteur qui joue la comédie m'a aussi donné confiance. J'en suis à mon dix-septième film, je ne pense pas que les réalisateurs me voient comme un chanteur qui cherche une distraction.
Tu parles de vengeance mais tu pardonnes aussi beaucoup, comme avec Henri Salvador dont tu as réalisé un album posthume ?
C'est grâce à notre toubib commun que nous nous sommes réconciliés peu avant sa mort. J'ai donc pu faire cet album l'esprit serein, je savais qu'au fond il m'aimait bien malgré toutes les horreurs qu'il avait pu raconter sur moi. J'avais aussi un projet avec Bashung qui ne verra malheureusement jamais le jour. On s'était pas mal vu avant son dernier album, il aimait beaucoup À l'origine et il avait envie que l'on fasse un disque à la Johnny Cash, avec des chansons qu'il avait composées. On s'était croisés à plusieurs reprises au studio ICP, à Bruxelles, où on enregistrait souvent au même moment, mais professionnellement, on s'est ratés deux ou trois fois.
Tout le monde, en France, fait des albums "classe", avec des cordes. Tu t'en sens responsable ?
Le fait que des types comme Katerine ou moi occupent un peu plus l'espace médiatique, c'est sûr que ça a pu aider, mais du coup on repère moins vite les tocards. Avant, c'était plus clair, entre Gainsbourg et Cloclo, il n'y avait pas photo, alors que maintenant les lignes sont plus floues. En même temps, je suis content qu'on redécouvre de vrais songwriters français comme Julien Clerc ou Michel Delpech, ou que quelqu'un comme Vincent Delerm, qui est à mes yeux un petit génie, rencontre un réel succès. J'adore également l'album des BB Brunes, c'est sain que des choses comme ça arrivent. J'ai trop souffert à l'époque où un disque comme L'Éducation anglaise de Katerine n'intéressait que quatre mille personnes.
Tu t'es mis très en avant lors de la dernière campagne présidentielle.
Je suis un militant de longue date et je rêvais de connaître ça depuis tout petit. Ma relation avec François Hollande remonte à loin. À la sortie de La Superbe, il m'avait invité à chanter Ton héritage dans une émission de télé et on avait un peu discuté. C'est là qu'il m'a dit qu'il allait se présenter. Je lui ai répondu en plaisantant "alors je vais vous soutenir", et il a ajouté "mais je vous préviens je vais gagner"… Je l'ai donc accompagné depuis le départ, lors de la primaire et ensuite pour la présidentielle, sauf le 6 mai à la Bastille, où j'estimais ne rien avoir à faire. Je me souviens trop bien de 2007 et de la façon dont Sarkozy a ruiné son image à la Concorde. Ou de la façon dont, à la télé, on avait interrompu Laurent Fabius, un ancien Premier ministre, pour faire intervenir Johnny bourré devant le Fouquet's. Il y a un moment où les artistes doivent disparaître de la photo.
Tu vas avoir 40 ans l'an prochain. Cela revêt un caractère particulier pour toi ?
Pas vraiment, parce que j'ai l'impression d'avoir connu toutes les crises possibles durant la trentaine. Comme j'ai fait des disques pendant cette période, j'ai crevé tous les abcès en direct et j'ai tendance à aller de mieux en mieux avec les années. J'espère maintenant avoir la chance de faire de la musique encore longtemps, même très vieux. J'aimerais jusqu'à mon dernier souffle enregistrer ma voix qui chante, même si plus personne ne m'écoute.
 concert le 11 novembre à Paris (Cigale), avec Mai Lan et Yan Wagner







Benjamin Biolay sort un nouvel album
Benjamin Biolay, Keren Ann, Vanessa Paradis, Orelsan, Oxmo Puccino, Henri Salvador, Isabelle Boulay, Bb Brunes
Par Olivier Nuc Publié le 02/11/2012

L'album Vengeance, plus léger que le précédent, abrite plusieurs collaborations, notamment avec des artistes venus du hip-hop. Crédits photo : Claude Gassian

Avec « Vengeance », qui paraît lundi, le chanteur affirme sa place de choix sur la scène française. Portrait.

Il est vingt heures passées dans un studio de la banlieue parisienne. C'est ici que Benjamin Biolay répète les chansons de Vengeance. L'atmosphère est à la fois studieuse et chaleureuse. Les musiciens présents accompagnent le chanteur depuis longtemps. Parmi eux, le batteur Denis Benarrosh ou le guitariste Pierre Jaconelli, vétérans des studios. «Je suis obligé de prendre des bons, l'album est assez dense», explique Biolay. Ils seront sur scène le 11 novembre à Paris (La Cigale), avant une tournée prévue en 2013.
Ce nouvel album marque un tournant dans la carrière de son auteur: il est le premier à susciter une attente aussi importante. Depuis le triomphe de La Superbe, en 2009, Benjamin Biolay est désormais un chanteur populaire. «Je sens que je suis monté dans une division supérieure», avoue-t-il. De lui, Juliette Gréco dit que «le succès l'a rendu encore plus gentil». Plus détendu aussi, comme si cette reconnaissance avait validé ses choix artistiques. «Mon but est d'éviter de faire le même disque à chaque fois. Je vis les choses comme avant, à la différence près que j'ai une importance au sein de mon label que je n'avais pas», explique-t-il. Les chiffres de vente de Vengeance seront en effet cruciaux pour l'économie de sa maison de disques, Naïve, dans le contexte de santé précaire de l'industrie du disque. «Mais je fais abstraction», ajoute le chanteur.
«Le temps a de belles vertus»
À bientôt 40 ans, l'homme occupe une position idéale sur la scène française. Admiré, influent sans être l'objet des débordements «people». «Quand les gens m'abordent dans la rue, c'est pour me parler de mes chansons. Mais je m'en sors plutôt bien, je peux avoir une vie quotidienne normale.» Onze ans après Rose Kennedy, qui lançait ce nouveau venu attachant, Biolay constate que «le temps a de belles vertus».
«Tout est arrivé progressivement, dit-il. Si le succès m'était tombé dessus il y a dix ans, je serais devenu encore plus autodestructeur.» Passionné par l'histoire de la musique, fin observateur des carrières de chanteurs, il a constaté que «les gens qui ont du succès rapidement vivent souvent une traversée du désert». Ses aînés Alain Souchon ou Laurent Voulzy ont ainsi été célébrés passé la trentaine. Son parcours rappelle celui de Michel Berger, à la fois pour son côté pygmalion, l'exigence permanente de son travail et sa discrétion. «Je n'ai pas envie de me brûler pour la musique, c'est un choix de vie. Je prends un pied monumental à faire des choses qui nécessitent d'être en bonne santé. J'ai aujourd'hui l'âge requis pour faire la part des choses.»
L'album Vengeance n'opère pas le même mode de séduction que La Superbe. Plus léger, il abrite plusieurs collaborations, notamment avec des artistes venus du hip-hop, un des genres de prédilection du compositeur. «J'avais laissé des mesures vierges pour Orelsan et Oxmo Puccino. Quand on invite un rapper, on prend son texte, sinon ça n'a aucun intérêt.» Les autres invités sont des figures plus familières de son univers: Julia Stone, à qui il a déjà donné la réplique, l'Anglais Carl Barât, son partenaire du spectacle , au printemps dernier, et Vanessa Paradis, dont il a orchestré le prochain album. Il compare son travail avec elle à celui d'un cinéaste dirigeant Deneuve et Depardieu pour la première fois: un défi qu'on ne refuse pas.
«Mon éducation m'a formé»
La grande révélation de Vengeance, c'est la clarté nouvelle de la voix. «Je ne me cache plus du tout, ça me fait du bien.» Le refrain d' Aime mon amour est peut-être l'harmonie la plus franche qu'il ait jamais composée. «Avant, un truc comme ça je l'aurais détruit, j'aurais trouvé ça trop facile.» Ancien du conservatoire de Lyon, Biolay a hérité son goût de la nuance de compositeurs comme Mahler. «Sans être un artiste académique pour autant, mon éducation m'a formé», reconnaît-il. Il explique éliminer beaucoup pendant la confection de chaque disque. Il avait ainsi une quarantaine de chansons prêtes pour Vengeance. «Il y a beaucoup de déchets dans ma production: j'ai une centaine d'inédits depuis que je suis publié.»
Si Benjamin Biolay en est arrivé là, c'est grâce à son côté chien fou, dit-il. «J'ai toujours essayé les trucs un peu casse-gueule qu'on m'a proposés. Il faut avoir du bol et un côté sale gosse.» Bien qu'encore insatisfait, il est désormais plus posé. «Tout le monde pense que je suis un grand déprimé alors que c'est l'inverse.» Consensuel, Benjamin Biolay? Ne lui dites pas qu'il est le meilleur de sa génération, il ne considère surtout pas son activité comme une compétition. Il pourrait pourtant bien être celui dont l'influence sera la plus puissante et la trace la plus profonde parmi sa génération. Sa richesse est de n'appartenir à aucun clan, tout en collaborant avec une palette de personnalités d'une diversité stupéfiante. «J'assume mon côté trans-courants, de Salvador à Orelsan. On est deux ou trois comme ça, avec Dominique A et Katerine. Pas question de nous mettre dans des cases.»
«Vengeance» , de Benjamin Biolay, Naïve. À paraître lundi 5 novembre.

Ses interprètes

C'est en écrivant avec Keren Ann le titre Jardin d'hiver, pour Henri Salvador, que Benjamin Biolay s'est fait connaître. C'était en 2000, avant même qu'il ait publié son premier disque personnel. Depuis lors, il a très souvent été sollicité par différents artistes pour écrire et réaliser leurs disques: Juliette Gréco, notamment, mais aussi Isabelle Boulay à plusieurs reprises. Il a également accompagné les débuts en chanson d'Élodie Frégé. Il vient par ailleurs de compléter la production du prochain disque de Vanessa Paradis (ci-contre), qui devrait voir le jour l'année prochaine.
Son cinéma
C'est la réalisatrice Laetitia Masson qui l'a fait tourner pour la première fois, en 2004, dans Pourquoi (pas) le Brésil. Elle a par la suite réalisé le film de la tournée triomphale dans la foulée de La Superbe, qui a fait l'objet d'un DVD et d'un livre de photos soignés. Depuis lors, Benjamin Biolay est de plus en plus sollicité par le cinéma français: Pourquoi tu pleures? de Katia Lewkowicz avec Emmanuelle Devos, Nicole Garcia et Valérie Donzelli ou L'Art de la fugue de Brice Cauvin (réalisateur des Randonneurs). Il y joue souvent les jeunes premiers soumis aux affres des relations amoureuses. Il avoue avoir hâte de se voir proposer des rôles d'hommes plus mûrs. «Au cinéma, plus je vais vieillir plus je vais avoir des rôles intéressants, avec une gueule bien burinée.»
Sa génération
C'est aux côtés de Keren Ann qu'il a fait ses débuts. Ils ont longtemps écrit ensemble les chansons destinées aux disques de la chanteuse avant qu'elle fasse cavalier seul. Benjamin Biolay est proche de Raphael depuis ses débuts - ils ont brièvement travaillé ensemble. «Il essaie de sortir des sentiers battus, c'est bien», dit Biolay à son sujet. Vincent Delerm est à ses yeux un des plus doués  de ses contemporains, et il mise beaucoup sur le jeune Adrien Gallo, chanteur et leader des BB Brunes.








Benjamin Biolay: la fureur de vivre!

La playlist de Benjamin Biolay
1. La chanson qui a changé votre vie ? « Moody's Mood For Love » de Georgie Fame.
2. La chanson qui vous fait pleurer ?« I Get Along Without You Very Well » chantée par Chet Baker.
3. La chanson qui vous fait du bien ? « Summer Soft » de Stevie Wonder.
4. La chanson que vous faites écouter à votre fille ? C'est elle qui me fait découvrir des trucs… Moi, je lui fais écouter les premiers Salvador.
5. La chanson que vous auriez aimé écrire ? « God's Comic » d'Elvis Costello.
6. La chanson de votre répertoire que vous détestez ? « Une chaise à Tokyo ».
7. La chanson qui va faire mal sur ce nouveau disque ? « Ne regrette rien ».
Paru dans Match
Trois ans après « La superbe », il revient avec « Vengeance », splendide nouvel album. Et entend bien régler son compte à cette satanée chanson française.
    
Comment se remettre d'un succès ? Depuis ses débuts en solo, Benjamin Biolay était habitué aux louanges de la presse mais aux scores modestes. Puis « La superbe » a tout changé. Paru en 2009, le double album, écoulé à plus de 250 000 exemplaires, lui a permis d'entrer enfin dans la cour des vendeurs de disques. Alors ? « Alors, ça fait du bien, sourit-il. Mais, s'il n'y avait pas eu la crise du disque, j'en aurais vendu plus d'un million. Du coup, je ne suis toujours pas propriétaire, je n'ai toujours pas acheté de maison ! » Arrogant, Biolay ? Non, franc du collier plutôt. « Je sais tenir ma langue désormais, mes références en la matière étaient les rockeurs anglais qui passent leur vie à foutre la merde et à provoquer. »
Trois années plus tard, le musicien a retrouvé le chemin des studios. « Au départ, je me suis lancé dans un projet électro post-punk, "Monopole", où je ne chantais pas. J'ai fait des sons, des mélodies témoins, mais après on m'a fait comprendre qu'il était temps que j'entre en studio… J'ai donc commencé à écrire pour moi et, en réécoutant "Monopole", j'ai trouvé plein de choses qui me plaisaient. » En vérité, Biolay voulait surtout éviter de faire « La superbe 2 ». « C'est la règle… » Alors, « Vengeance » part dans toutes les directions, de la chanson française traditionnelle au hip-hop, en passant par le rock. « Quand je compose, il n'y a que mon côté sombre qui ressort. Les gens ne savent pas que je suis le premier à vanner toute la journée, que je suis un fan de sport, de cinéma… "Vengeance" est un album plus ramassé que "La superbe", c'est plus flagrant que, musicalement, je n'ai pas qu'une obsession. Cet album ­ressemble aux trucs que j'ai dans mon iPod. »
Côté influences, Biolay a trop longtemps souffert de la comparaison avec Gainsbourg. « Vengeance » montre qu'il a plus d'une couleur sur sa palette et est aussi à l'aise avec Vanessa Paradis qu'avec Oxmo Puccino ou Orelsan, tous invités à chanter avec lui. « J'aime Gainsbourg, mais tout n'est pas parfait dans sa discographie. Il a été une pierre angulaire à un moment donné, mais j'ai su tourner la page. » Biolay reconnaît volontiers que, ces derniers temps, il a écouté peu de musique française (« J'attends que les albums viennent à moi ») et s'est principalement intéressé au hip-hop américain. « Vengeance » en porte fièrement les stigmates.
Côté vie privée, cet éternel célibataire avoue avoir été secoué par la liaison qu'on lui a prêtée avec Carla Bruni en 2010. « Moi encore, j'en ai vu d'autres… Mais pour mes proches, ma fille, ce n'était vraiment pas drôle. J'aurais aimé un geste de Carla envers moi. Il n'est jamais venu. » De cette mauvaise blague, Biolay a su tirer les leçons nécessaires : les interviews ont lieu dans les bureaux de sa maison de disques, et on sent bien que le garçon s'interdit toute plaisanterie ou propos ironique. « J'ai été fâché avec de nombreux confrères pour des ­conneries lancées à l'emporte-pièce. » Il dit néanmoins faire attention à sa fille, Anna, la première à souffrir du succès de son père. « Quand quelqu'un m'aborde dans la rue et que nous sommes ensemble, elle le vit assez mal. Personne n'ose déranger sa grand-mère ­[Catherine Deneuve] parce qu'elle est bien plus impressionnante… »
Mais ne vous y trompez pas, si Biolay crie « Vengeance », c'est avant tout par envie d'être écouté. « Ces trois dernières années m'ont permis de comprendre aussi combien la musique était importante dans la vie. J'aime faire l'acteur, et même de plus en plus. Mais écrire une chanson, réaliser un disque, être sur scène, chanter, c'est ce que je sais faire le mieux au monde. » Abandonnées donc les menaces de tout envoyer balader, les supposés derniers disques, la retraite possible. « Je me vois bien faire une carrière à la Julien Clerc, dit-il sereinement. Avec la même constance, la même rigueur. Il a toujours su ne pas s'endormir. » Pour Benjamin Biolay, désormais, la route est toute tracée.
«  Vengeance » (Naïve), sortie le 5 novembre. En concert le 11 novembre à Paris (La Cigale) dans le cadre du festival des Inrockuptibles.






Benjamin Biolay perd de sa superbe
LE MONDE  05.11.2012 Par Stéphane Davet

Sa vengeance, Benjamin Biolay l'a tenue avec La Superbe. En 2010, une quasi-unanimité critique, deux Victoires de la musique et un succès platiné couronnaient ce double album, offrant un nouveau statut à cet auteur-compositeur-réalisateur-arrangeur dont on s'arrachait jusqu'ici le talent (ses collaborations, entre autres, avec Françoise Hardy, Keren Ann, Henri Salvador...), tout en pinaillant sur ses qualités d'interprète. On se rappellera longtemps la première écoute de ce disque fleuve. L'impression de cohérence malgré le foisonnement, l'efficacité immédiate des mélodies, des textes enrichis d'un supplément d'âme et d'impudeur.
La première oreille jetée à Vengeance, son successeur, ne produit pas le même effet. Sa matière paraît d'abord plus dispersée. Elans rhythm'n'blues et rudesse rock alternent avec des orchestrations romantiques, des digressions hispaniques, rap ou jazzy. Et, contrairement à La Superbe, peu de chansons saisissent instantanément par la précision de leurs confidences. La réécoute révèle pourtant de grands moments. La façon dont Aime mon amour articule le lyrisme mélancolique de son leitmotiv de guitare avec la puissance soul des cuivres propulse cette supplique jalouse vers un séduisant sommet. Décidément inspiré, comme l'était Gainsbourg, par la cruauté amoureuse, Biolay trousse en macho blessé un Marlène déconne sautillant habilement entre arpèges fluides et synthétiseurs encrassés.
Ces échos new wave imprègnent une poignée d'autres chansons aventureuses. L'exercice peut tourner au pastiche (L'Insigne Honneur dans les traces de New Order), mais aussi occasionner l'impressionnante plongée de Sous le lac gelé. Cette immersion dans les eaux sombres des non-dits de la "vieille France" entête par son roulis synthétique, la chaude sensualité d'un crooner pris dans l'engrenage d'un cauchemar éveillé. Les fécondes énigmes de Bashung ne sont pas loin, comme sur un Trésor trésor très Bijou bijou.
Cependant, là où le titre de l'album promet des paroles aux crocs aiguisés, on constate régulièrement un manque de mordant. Est-ce l'apaisement de la réussite qui éloigne le dandy des textes à vif et du vécu qui rayonnaient de La Superbe ? Les désordres sentimentaux, les doutes et les fêlures du quadra se contentent ici trop souvent de facilités d'auteur rassasié.
Profusion
Toujours avide de collaborations, l'ex-Lyonnais, désormais Parisien, témoigne dans ce sixième album solo de la diversité de ses champs d'action. Artistes des milieux folk (Julia Stone pour le charmant Confettis), rock (l'ancien Libertines Carl Barât), rap (les rimes vénéneuses d'Orelsan, l'épaisseur chaleureuse d'Oxmo Puccino), argentin (la photographe-musicienne Sol Sanchez) ou variété (Vanessa Paradis - dont il élabore le prochain album -, transparente dans Profite) sont ici invités à partager sa table. Cette profusion ne trahit-elle pas une autre faiblesse, le chanteur s'appuyant sur ses invités comme sur trop de béquilles ? Aucun de ces duos, en tout cas, ne résonne de la complémentarité viscérale qui habitait celui formé par Biolay et Jeanne Cherhal dans Brandt Rhapsody, apogée de son décidément trop superbe précédent album.








INTERVIEW
Benjamin Biolay : "je ne suis pas l'artiste le plus poilant"

Mis en ligne le 05 novembre 2012 par Romain LE VERN

Benjamin Biolay - Aime Mon Amour

//www.lexpress.fr/culture/musique/benjamin-biolay-clip-de-aime-mon-amour_1175159.html

Une chanson de Benjamin Biolay provoque la colère du fn
Vanessa Paradis : un duo avec Benjamin Biolay ?
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Deux ans après le succès de La Superbe (plus de 200.000 exemplaires vendus), Benjamin Biolay revient avec Vengeance. Présenté comme plus lumineux que le précédent, ce nouvel album au titre ironique, dans les bacs dès lundi, n'en demeure pas moins gangréné par la noirceur, la nuit, le mensonge et le manque. Orelsan, Oxmo Puccino, Gena Hansen, Carl Bârat, Julia Stone ou encore Vanessa Paradis l'accompagnent en featuring.
TF1NEWS : La presse décrit "Vengeance" comme un album plus lumineux que "La Superbe". Or, en réalité, ce qu'il raconte n'en reste pas moins sombre...
B.B.: Je suis bien d'accord avec vous... Mon curseur de luminosité à moi, il est bas ! Je ne suis pas l'artiste le plus poilant de l'histoire de la chanson. Ce sont mes collaborateurs et moi-même qui le trouvons plus lumineux. Peut-être que ce jugement est influencé par la façon dont il a été conçu. Sur le moment, c'était joyeux et festif de le faire. La musique que j'aime en général, c'est la soul, la cold wave. Des musiques tristes, des textes pas très joyeux.
"Vengeance" possède presque une tonalité new-wave héritée des années 80.
B.B.: Musicalement, les années 80 constituent une influence. Inévitablement... Je suis né en 1973, j'ai commencé à faire mes premiers groupes en 87-88, et à l'époque, j'écoutais tout ce qui venait de Manchester. New Order, Joy Divison... A travers Morrissey, j'ai découvert un anglais hyper raffiné, dans des chansons très romantiques et très littéraires. J'ai écouté Klaus Nomi, comme tous les mecs de mon âge à l'époque. J'ai aimé Cocteau Twins, Beastie Boys, The Cure et les Red Hot Chilli Peppers, pendant leur première période. Il y a aussi des groupes comme Tears for Fears et Eurythmics qui ont moins la côte aujourd'hui mais que je continue à trouver bons.
L'album est parcouru par une mélancolie maladive, déjà très présente dans vos précédents albums. Est-ce que le fait d'avoir une petite fille n'a pas bousculé votre vision du monde et anéanti le spleen existentiel ?
B.B.: Peut-être, oui. Les choses changent, évidemment, mais il y a la peur de transmettre cette mélancolie justement. La mélancolie vient de loin, elle vient de mon enfance et elle ne peut pas s'effacer comme ça. Je suis né dans une petite ville de province qui ne m'éclatait pas des masses. Mes parents avaient très peu d'argent donc ce n'était pas génial pour s'épanouir socialement. Quand on a un enfant, on est moins centré sur soi-même. Entre ma fracture ouverte et l'otite de ma fille, je serai toujours plus inquiet pour l'otite de ma fille. Un enfant t'apporte un amour, absolument indiscutable, sans rivalité, pur. Ça, c'est un vrai changement dans ta vie. Après, le compositeur en moi n'a pas beaucoup changé dans ses obsessions...
Comment s'est passé le duo avec Vanessa Paradis ?
B.B.: A la base, je devais chanter le morceau "Profite" tout seul. Mais comme j'écris et je produis son album, elle a écouté ce morceau, elle a aimé et elle m'a fait ce cadeau de chanter dessus. Le résultat est bien mieux que si je l'avais chanté tout seul. Parmi les featuring, je me suis entouré de collaborateurs, des artistes avec lesquels j'ai collaboré et je vais collaborer. Seuls Orelsan et Oxmo Puccino sont mes invités. J'espère que "Vengeance" sera à la hauteur des attentes, j'espère ne pas décevoir pour ceux qui aiment mon registre. Parfois, dans la rue, je croise des gens qui me font des déclarations très émouvantes. L'objectif avec "Vengeance" n'était pas de faire mieux que "La Superbe". L'important, c'est que cet album existe et fasse plaisir.
Karole Rocher, avec qui vous formiez déjà un couple au cinéma dans "Stella",  joue et réalise dans le clip "Aime mon amour", le premier extrait de l'album. Comment est née l'idée ?
Benjamin Biolay : Avec Karole Rocher, on devait déjà jouer ensemble dans un film qui s'appelait Le Magot, une comédie qui n'a jamais été financée et qui date d'il y a au moins dix ans. C'est elle qui a eu l'idée de la vengeance dans le clip et elle avait raison. Moi, je voyais plus ça comme une passation de pouvoir amoureux, quelque chose de plus apaisé. Mais Karole a préféré explorer le fantasme du mec ligoté.
Vous jonglez entre cinéma et musique. Est-ce que pour les participations, vous avez été tenté de faire chanter des acteurs ?
B.B.: Je n'aime pas trop faire ça, en fait. J'ai fait chanter Chiara Mastroianni, qui est actrice et la mère de ma fille, Anna, sur l'album "Home". Il faut que les acteurs aient envie de chanter. La démarche n'est plus très originale : Gainsbourg est déjà passé par là. En revanche, je suis toujours intéressé quand un acteur fait un disque. Par exemple, l'album de Mélanie Laurent, "En t'attendant", s'est fait descendre par la presse. Je trouve qu'il y a des choses passionnantes dedans. Il y a évidemment les défauts du premier disque. Mais c'était disproportionné quand même. En comparaison, "Places", l'album de Lou Doillon est mieux reçu - j'aime beaucoup son album également. Moi, je n'ai pas connu ça quand je suis passé du côté des acteurs, le milieu est peut-être moins cruel. L'avantage quand tu fais un film, c'est que tu ne squattes pas une distribution de quarante personnes. C'est une équipe, un film... Et c'est le réalisateur qui généralement endosse les responsabilités. Alors que lorsque tu fais un disque, tu squattes tout. Peut-être qu'au début, j'étais attendu au tournant. Mais il y avait un mélange d'anxiété, de joie, de passion faisant que je me contrefoutais de ce que les professionnels pouvaient penser. J'ai été nommé aux César après trois films, c'est un signe que le milieu m'a accepté, de la même façon que JoeyStarr.
 
Propos recueillis par Romain LE VERN
"Vengeance", de Benjamin Biolay (Naïve)

















































22/11/2012
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