Alain YVER

Alain YVER

BERND & HILLA BECHER

BERND ET HILLA BECHER





Bernd et Hilla Becher sont un couple de photographes allemands.

Biographie

Bernd Becher est né le 20 août 1931 à Siegen et mort le 22 juin 2007 à Rostock ; Hilla Wobeser est née le 2 septembre 1934 à Potsdam.

Leur travail photographique porte sur des bâtiments industriels (les « typologies »).

En 1976, Bernd est professeur à l'école des beaux-arts de Düsseldorf où il ouvre la première classe de photographie artistique. Quelques-uns de ses élèves sont devenus très célèbres : Andreas Gursky, Thomas Ruff, Thomas Struth, Candida Höfer…


Aspects de leur travail photographique

Le travail de Bernd et Hilla Becher a consisté à photographier des ensembles industriels (usines, mines, châteaux d'eau...) en général à l'abandon (la plupart du temps en Europe, mais aussi aux États-Unis), et ils ont tenu à lui conférer une dimension documentaire. Ils effectuent une vraie démarche scientifique dans le sens où leurs clichés sont classés, archivés selon leurs emplacements géographiques (Allemagne, Belgique, États Unis…) ou leurs fonctionnalités (châteaux d'eau, hauts-fourneaux…), etc.

Pour donner à leurs photos ce caractère de documentaire "objectif", elles sont toutes prises sous la même lumière neutre (ciel couvert) et chaque photo d'une même série est composée de manière identique (angle de vue et cadrage).

Mais un caractère esthétique prédomine, on ne voit d'ailleurs plus que ça : les constructions apparaissent comme de simples formes géométriques ou tortueuses qui se répètent au long des séries.

On peut ajouter à cela l'utilisation du noir et blanc, d'un téléobjectif pour éviter les déformations et d'une chambre Linhof 8x10, ainsi qu'une présentation des œuvres spécifiques (photo sous marie-louise blanche et cadre en plastique blanc), conservées au cours des années.









Bernd et Hilla Becher, les entomologistes du patrimoine industriel

Il y a des photographes qui passent leur vie à photographier des femmes nues, d’autres, les champs de bataille, les peuples déplacés. Bernd et Hilla Becher ont entrepris depuis la fin des années 50 de photographier des bâtiments industriels, châteaux d’eau, gazomètres, chevalements, silos à charbon, tours de refroidissement, hauts-fourneaux et maisons ouvrières. Tous deux sont nés en Allemagne de l’Est. Ils commencent par faire un inventaire de maisons d’ouvriers en 1959 à Seigen, puis des installations industrielles du bassin de la Ruhr. Ils ne se cantonnent pas seulement l’Allemagne, ils vont explorer aussi la Lorraine, la Belgique, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

Ce travail de recensement du patrimoine industriel intéresse dans un premier temps le milieu des ingénieurs et historiens spécialisés. Cette démarche documentaire est comparable à celle d’Atget qui arpentait les rues de Paris photographiant les devantures de magasins, les enseignes, les affiches, cours, ruelles et rues. Bernd et Hilla Becher ont sillonné les grands pays industriels à la recherche des usines désaffectées, des mines abandonnées. Leur objectif est de garder des images de ce passé industriel voué à la démolition. Ces bâtiments et installations ont été conçus par des architectes et des ingénieurs anonymes dans un but utilitaire, sans souci d’esthétique.

Bernd Becher ouvre en 1976 la première classe de photographie artistique à l’école des beaux-arts de Düsseldorf. Il a parmi ses élèves, Andreas Gursky, Candida Höfer, Thomas Ruff, Thomas Struth, qui sont depuis, devenus des artistes reconnus de la création photographique contemporaine. Ce travail de recensement va être alors considéré comme un projet artistique et nombre de collectionneurs vont acquérir leurs œuvres. Les photos sont en noir et blanc, les tirages 30x40 sont utilisés pour des compositions typologiques, par exemple une série de châteaux d’eau. Les compositions peuvent regrouper des séries de neuf à seize photographies ou plus. Il existe également des 50x60 pour répondre à une demande des galeries afin de présenter des images en dehors des séries typologiques.

Individuellement certaines photos paraissent anodines voir ordinaires, leur force réside dans la multiplicité d’images d’un même type. On a l’impression que les gazomètres se ressemblent. En réalité ils sont toujours différents. Qu’ils datent des années 60 ou des années 90, le néophyte ne le verra pas. La petite différence que l’on ne remarque pas au premier abord, donne toute la puissance à l’ensemble. Ces bâtiments sont arrivés en fin de vie, ils sont tombés en désuétude. Abandonnés des hommes, ils sont aussi le symbole de l’activité humaine qui a souvent épuisé les ressources minérales, pollué l’air et le sous-sol.

Les prises de vue sont réalisées suivant un protocole immuable. Les châteaux d’eau sont centrés au milieu de l’image, la ligne d’horizon est à de l’image, le téléobjectif est leur focale de prédilection, l’ouverture est très faible afin d’obtenir une grande profondeur de champs. Les Becher préfèrent l’hiver car il n’y a pas de végétation ce qui permet de bien dégager le sujet. On ne voit jamais une présence humaine sur ces photos, le ciel est uniforme, ils attendent parfois un léger brouillard pour que le bâtiment se dégage mieux du fond. Le temps de pose est de vingt secondes pour chaque prise de vue. Ils opèrent avec un trépied et une chambre à plaque avec un négatif 13x18. Pour les hauts-fourneaux, le mode opératoire est différent, ils se mettent en hauteur par rapport au sujet et utilisent un grand angle. Il est rare de voir des photos signées de deux personnes, en l’occurrence le mari et sa femme. Chaque photo est une réalisation collective, qui l’a faite ? Qui en est à l’origine ? Qui a appuyé sur le déclencheur ? Nous ne le saurons pas. Cette exposition est la plus grande rétrospective de Bernd et Hilla Becher jamais présentée en France. Elle représente quarante années de travail et comprend des centaines d’images. La variété des formes pour une même typologie prête parfois à sourire, tant l’homme peut avoir d’imagination pour habiller un réservoir en château d’eau.
Les photographes

Bernd Becher est né en 1931 à Siegen, dans une région fortement industrialisée. Hilla, quant à elle, est née à Potsdam, en Allemagne de l’Est, et elle découvre la Ruhr après la guerre. Conscients de la beauté et de la fragilité des bâtiments industriels, ils commencent à les photographier ensemble dès 1959. « Les objets qui nous intéressent ont en commun d’avoir été conçus sans considération de proportion et de structure ornementales. Leur esthétique se caractérise en ceci qu’ils ont été créés sans intention esthétique. L’intérêt que le sujet a, à nos yeux, réside dans le fait que des immeubles, à fonction généralement identique, se présentent avec une grande diversité de formes. Nous essayons de classer et de rendre comparables ces formes au moyen de la photographie... » expliquaient Bernd et Hilla Becher en 1969.

Un catalogue de 100 pages est disponible au prix de 15,90 euros. Cette exposition est organisée par le K20K21, Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen à Düsseldorf, dans le cadre du Mois de la Photo à Paris.
© Bernd und Hilla Becher








La pratique de la photographie, depuis une trentaine d’années, s’est rapprochée du milieu des arts plastiques, au point de devenir l’un des domaines où sont abordées les problématiques artistiques les plus pertinentes par rapport au monde actuel.
La photographie contemporaine se distingue d’une pratique de la photographie classique par de nombreux aspects.
En particulier, elle a su se libérer des « deux alibis » que dénonçait Roland Barthes dans un article de 1977 : « tantôt on sublime [la photographie] sous les espèces de la "photographie d’art" qui dénie précisément la photographie comme art ; tantôt on la virilise sous les espèces de la photo de reportage, qui tire son prestige de l’objet qu’elle a capturé ». La photographie intéressait pour des qualités issues de l’ingéniosité du photographe ou en tant que témoignage héroïque. A partir de la fin des années 70, elle commence à être utilisée pour ses caractéristiques propres.

Tout d’abord, elle est pensée comme un outil conceptuel plutôt que technique.
C'est le cas chez Bernd et Hilla Becher, souvent apparentés à l’art conceptuel. Ils photographient de manière systématique des bâtiments industriels avec une technique traditionnelle, desquels ils dégagent une approche esthétique et documentaire. Leur enseignement à Düsseldorf influence toute une génération d’artistes, Thomas Ruff et Andreas Gursky, entre autres, dont les photographies monumentales, retravaillées par la technique numérique, explorent les limites du réalisme.
Cindy Sherman, quant à elle, interroge les effets de la multiplication des images, due aux mass media, sur notre interprétation du réel et nos comportements.

Certains artistes, comme Sophie Calle, revendiquent même le fait d’ignorer les subtilités des manipulations techniques. Ils font appel, le cas échéant, à des photographes professionnels pour réaliser leurs clichés. Car l’essentiel de leur travail est ailleurs, la photographie ne représentant qu’un des éléments visuels de leur projet.
Ce dédain pour la technique et le métier se manifeste aussi par l’utilisation d’appareils autofocus et, surtout, de la pellicule couleur qui renvoie à une pratique grand public. Ainsi, certains photographes s’appuient sur le modèle de l’album de famille, multipliant les clichés pour dérouler une narration, souvent intime et autobiographique, comme c'est le cas pour Nan Goldin.

Mais la photographie couleur peut aussi être utilisée pour ses qualités purement plastiques et jouer avec les composantes de l’image comme dans une œuvre picturale. Car, en dernier lieu, un grand nombre de photographes utilise ce médium pour créer des images autonomes, de même que les peintres se servent des couleurs pour réaliser leur tableau.
Pour Jeff Wall, par exemple, si la photographie est un moyen « up to date » pour créer des images qui s’inscrivent sans anachronisme dans notre monde moderne, il la conçoit aussi dans le prolongement des problématiques picturales classiques.
De même, Jean-Marc Bustamante cherche à « faire des photographies qui aient valeur de tableau » et qui proposent des représentations plutôt que des reproductions.

Trois orientations majeures marquent donc la pratique de la photographie contemporaine : celle du document qui contrarie ou sublime la réalité, celle de la narration qui se rapproche du cinéma et celle de la tradition picturale qui donne à voir des tableaux. Une artiste comme Suzanne Lafont parvient toutefois à interroger ces aspects en pratiquant la photographie non pas pour « cataloguer le monde » mais pour « trouver une nouvelle relation entre le monde et [cet] instrument ».

















Couple de photographes allemands, Bern (1931-2007) et Hilla (1934) vont rapidement s’intéresser à l’architecture industrielle et mettre en place une méthode d’approche cohérente.

La photographie s’imposera à Bernd Becher par nécessité plus que par choix artistique : la fascination et le respect qu’il porte aux hauts fourneaux de la Ruhr vont lui dicter une méthode d’enregistrement, méthode à laquelle il consacrera le reste de sa vie dès les années 60’. Il est rapidement assisté de Hilla Wobeser, qui devient sa femme et collaboratrice. Ensemble, il parcourrons le monde de manière systématique avec une curiosité sans cesse renouvelée pour les structures industrielles.

La fascination de Bernd Becher pour l’architecture industrielle est d’abord affective. Elle provient d’une filiation d’ouvriers, qui ont vécu parmi, par et pour le travail en usine. Mais il aura l’intuition qu’il doit approcher ces objets énormes et complexes avec distance. Malgré sa proximité avec les formes de l’industrie, il en connait au début de sa carrière très peu la fonction. Son travail sera donc naturellement une quête, le dépassement de la fascination et de la soumission héritée de ses pères vers la compréhension de la relation entre formes et fonctions, et la recherche d’images capables de l’y aider.

Une autre filiation surgit alors : celle de la nouvelle objectivité (Neuen Sachlichkeit), qui fit les beau jour de la photographie allemande des années 30. La nouvelle objectivité fait partie des mouvements de rejet du pictorialisme, qui mèneront à une affirmation de la photographie comme art pour ses vertus descriptives autant que formelles. Albert Renger-Patzsch, fer de lance de la nouvelle objectivité, donnera avec son livre "le monde est beau" une vision typiquement moderne de la beauté : images d’objets produits en masse (fer à repasser, pièces mécaniques) y côtoient images de la nature.

Les Becher, eux aussi, se distinguent de leur prédécesseurs : l’après guerre en Allemagne est douloureux, et la fuite d’une réalité très dure (tout un pays à reconstruire sur les ruines, dans la honte du nazisme) passe en photographie par la Subjektive Fotografie menée par Otto Steiner. Expériences graphiques, solarisation, effets divers, auxquels les Becher vont opposer une photographie objective, c’est à dire donnant la place la plus grande à son objet. En art, le minimalisme est en train de faire son chemin.

Les moyens utilisés par les Becher pour atteindre le plus possible cette objectivité sont multiples :
- la distance : loin des gros plans abstractisants, les Becher privilégient des vues d’ensemble.
- la mi-hauteur : la caméra est placée de manière à éviter la contre plongée aussi bien que la plongée. L’objet photographié est dans un rapport d’égal à égal, ni dominant ni dominé.
- le temps gris : l’absence de lumière trop franche permet un meilleur modelé des volumes, et une lecture optimale de l’image en termes de profondeur et de détails.
- le grand format : le 6X9 cm et le 4X5 inches permettent un niveau de détail élevé
- la taxinomie ou typologie : associées entre elle, les photographies permettent des comparaisons, perdent le statut d’icône.

De manière générale, le systématisme de la démarche des Becher, leur volonté d’exhaustivité, va les mener à constituer une collection impressionnante à l’intérêt aussi bien historique qu’esthétique. Il recevront, pour finir de brouiller les pistes, un prix de sculpture à la biennale de Venise en 1990.

Bernd Becher devient professeur à la Kunstakademie de Dusseldorf en 1976, et la première génération d’étudiants qu’il formera avec sa femme (partie prenante de l’enseignement de son mari) sera prestigieuse : Gurski, Ruff, Struth, Höffer.




22/11/2010
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