Alain YVER

Alain YVER

BERTRAND BURGALAT

BERTRAND BURGALAT




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Bertrand Burgalat: "Plus je joue, plus je suis à l'aise"

Par Katell Pouliquen (L'Express), publié le 22/02/2013

Le producteur et musicien défend son dernier album, Toutes directions, à la Gaîté Lyrique, à Paris, le 23 février. L'occasion de lui faire piocher 8 chiffres dans une grille de 49. Chacun correspondant à
Bertrand Burgalat dans les locaux de son label, Tricatel. Il sera en concert le 23 février à Paris.
1. "Les femmes sont sexy quand elles sont fortes", dixit Jodie Foster. êtes-vous D'accord ou pas d'accord?
Bertrand Burgalat: Oui et non. Une femme un peu hautaine peut être très sexy, mais le problème c'est que celles qui sont comme ça sont souvent des connasses, notamment dans le travail. Le goût du rapport de force n'est vraiment pas séduisant chez une femme, comme chez un homme. Il faut beaucoup de confiance en soi pour s'y soustraire.
30. Un prétendu chef-d'oeuvre qui vous irrite?
Je ne crois pas à l'art contemporain, ni à la religion d'ailleurs, et je le regrette. C'est énervant de se battre pour faire des disques ou des films avec des moyens dérisoires quand des cuistres placent des fortunes sur des âneries pour échapper à l'ISF ! Un enregistrement de Ravel à 10 euros aura toujours plus de valeur à mes yeux que les accumulations de nos "grands collectionneurs".
 
34. Une insomnie: La Bible ou Marc Levy ?
Les mots croisés m'endorment à tous les coups. Je fais des paris idiots style "si je réussis la grille du Monde dans les vingt minutes je vais avoir une vie merveilleuse" et le plus souvent je tombe avant d'avoir terminé...
44. Le défaut que vous revendiquez?
Je peux passer en quelques instants de la courtoisie à l'injure. Je suis de tempérament affable, mais si l'on atteint un point de non-retour dans l'agacement que l'on suscite chez moi, je peux devenir très agressif ! Avec les chauffeurs de taxi, par exemple.
3. Une chanson d'amour est-elle forcément triste?
Non, pour moi, les vraies chansons tristes n'en ont pas l'air. La désinvolture, dans l'expression de la mélancolie, est plus efficace que les jérémiades ; le côté "Ne me quitte pas" empli de pathos ne m'émeut absolument pas. Donc, une chanson d'amour qui aurait l'air joyeuse ne le serait pas forcément.
5. Plutôt tatouage ou plutôt piercing?
Cela fait près de quarante ans que je dois me piquer à l'insuline plusieurs fois par jour à cause du diabète, alors je n'éprouve pas le besoin d'en rajouter.
10. Regrettez-vous des rencontres qui ne se sont pas faites?
Oui, avec mes parents, ma soeur et quelques autres proches avec lesquels j'ai l'impression de ne pas avoir été assez chaleureux de leur vivant. Maintenant qu'il m'arrive des choses agréables (mon mariage, la naissance de ma fille...), je regrette de ne pas avoir su profiter d'autres moments heureux.
41. Avez-vous des fashion taboos?
Les chaussures à bout en bec de canard. Et, globalement, le marketing du dandy que l'on observe depuis quelque temps, le côté panoplie parfaite. En même temps, à chercher à se démarquer comme moi, on finit par être à la mode ! Je me retrouve comme un con aujourd'hui avec mes lunettes à grosses montures adoptées par tous les pseudo-hipsters...
La question complémentaire: la scène est-elle une partie de plaisir pour vous, alors que vous y monterez le 23 février à la Gaîté Lyrique?
Plus je joue et plus je suis à l'aise. Je vais cette fois donner un concert avec le groupe AS Dragon, que j'affectionne.
Bertrand Burgalat, le 23 février à La Gaîté Lyrique, à Paris (IIIe).

http://www.lexpress.fr/culture/musique/bertrand-burgalat-plus-je-joue-plus-je-suis-a-l-aise_1223281.html







Bertrand Burgalat - Interview
23/05/2012, par Rémi Mistry et Laurent Talon | Interviews |

C'est au Studio Campus, dans le 11e arrondissement de Paris, que nous reçoit l'inénarrable patron du label Tricatel, Bertrand Burgalat. Il y répète avec la formation initiale d'A.S Dragon le concert du 8 juin au Trabendo qui accompagne la sortie de "Toutes Directions", un quatrième album solo sensationnel, empli à ras bord de tubes pop sublimés. Les nouvelles chansons de ce grand manitou de la pop française s'y révèlent plus accrocheuses et dansantes qu'à l'accoutumée, tout en cultivant le sens de la surprise mélodique et les miroitements sonores (arrangements sophistiqués, progressions d'accords virtuoses, digressions harmoniques, réverbérations irisées et autres ruptures de ton) qui balisent la cartographie musicale, tout en détours et sinuosités, de cet expérimentateur polymorphe. Bref, l'album de la maturité, comme on dirait chez Nagui.

"Toutes Directions"? Titre paradoxal pour un album peut-être moins éclectique-hétéroclite que les précédents. On sent que vous avez joué l'épure et la concision plutôt que le mélange des genres et la luxuriance.
Sûrement. Ce que j'entendais par "Toutes Directions", c'était moins l'éclectisme -  celui qui consiste à faire un morceau reggae puis un morceau dubstep – que le désir d'être concis… peut-être pour sortir du labyrinthe dans lequel j'ai tendance à m'enfermer à chaque disque. J'ai tendance à faire des albums-labyrinthes, avec plusieurs entrées, plusieurs sorties… Et cette fois, c'est plutôt un rond point, je suis un peu face à moi-même, face à plein de possibilités. Ça ne veut pas dire pour autant que je m'éparpille. Au contraire, j'avais la volonté d'être le plus clair, le plus direct possible, d'éviter tout ce qui me semblait superflu. Je n'avais pas décidé de tourner le dos à ce que j'ai pu faire auparavant mais simplement de progresser ; je ne voulais pas m'enfermer dans des recettes. J'aime pouvoir réécouter la musique en y découvrant de nouvelles choses à chaque fois. 
En préparant la sortie du disque, je me rends compte que la confidentialité peut anesthésier. Elle peut donner des convictions erronées, tout comme le succès. Il ne faut pas se poser les mauvaises questions, du type : "comment faire un disque formaté ?", là on fait fausse route. Je n'ai pas du tout essayé de faire un disque plus abordable, j'ai essayé au contraire d'être plus exigeant avec moi-même, de faire un disque où toute trace d'auto-complaisance soit gommée. C'était l'idée.
Cette fois, les changements de direction sont négociés en douceur. On les perçoit dans la succession des différents titres plutôt qu'au cœur de chaque composition. Moins de bifurcations - mais un soin apporté à la clarté de chaque ligne instrumentale…
Pas tout à fait. Prenez un morceau comme "Sentinelle Mathématique", dont la structure est très concise, avec couplets et refrains, bref une structure normale… tout à coup il y a un pont venu de nulle part. Même dans un morceau totalement linéaire comme "Bardot's Dance", il y a quand même un moment où l'harmonie change. Et puis il y a des titres où c'est l'inverse… "Sous les Colombes de Granit", où rien ne se répète, se développe un peu comme une lettre adressée à quelqu'un. J'ai tenté d'épouser la musique interne aux paroles de Marie Möör, écrites avant que je ne compose la musique. Quand elle m'a envoyé son texte, c'était encore un premier jet. Je me suis dit qu'il ne fallait surtout pas le modifier, qu'il fallait garder tout ça, que si je le rationnalisais, le texte perdrait justement toute sa force, toute son originalité.


Il y a autre chose : j'ai naturellement tendance - c'est aussi par fatigue - à faire des choses qui soient toujours dans un tempo entre 90 et 120 battements par minute. J'aime bien le genre du "slow cosmique". Mais en ce moment, je me sens plutôt bien et je pense que cette énergie a tendance à se transmettre à ma musique. Dans l'album, il y a plus de morceaux enlevés et rapides que d'habitude. Et pourtant, c'est plus fort que moi… il y a encore quelques morceaux lents !                                 
"Bardot's Dance" sonne comme un tube idéalisé. Y avait-il, au moment de la composition ou de la production, le désir avoué de dépasser le cercle de votre public ?
A aucun moment, je ne me suis dit en studio : "ce titre, ça pourrait être un single, ça pourrait être un tube". Auparavant, chaque fois que j'ai eu cette intuition, ça ne s'est jamais produit ! Sur les quinze titres de l'album, il y en a quatre ou cinq qui ne pourraient pas sortir en single mais qui pourraient devenir le support d'un petit film. C'est même presque trop évident pour un morceau comme "Réveil en voiture". Mais on ne peut pas non plus tracer une frontière entre morceaux tubesques d'un côté et morceaux cinématographiques de l'autre. "Double Peine" par exemple est très direct, comme "La Rose de Sang", "Dubaï my Love" ou "Sentinelle Mathématique", et pourtant c'est un titre pour lequel on prépare un clip. De toute façon, même si je faisais quelque chose en pensant franchir un cap d'audience, ça serait raté… Parce qu'ensuite, si on écoutait les programmations de la radio, je serais encore un outsider, un artiste hors format.
On vit pourtant dans une période assez chouette pour la musique : quand on sort un disque, les gens l'accueillent avec l'argument "j'aime ou j'aime pas", qui est infiniment plus recevable que "je trouve qu'il est mal habillé" ou "j'aime pas son style". Ça me fait un peu de peine quand on me dit ça, c'est d'un niveau assez lamentable. Le pire, à un moment, c'était : "ah oui un tel, bah ça vend rien". Ça s'est un peu calmé parce que maintenant même ceux qui vendaient ne vendent plus ! C'est les mêmes individus qui disent aujourd'hui : "oh et puis de toute façon plus rien ne se vend". Genre : "même si t'as du public, bah va mourir quand même". En tout cas, tous ces arguments, je ne les trouve pas intéressants. Ce qui est étrange, c'est que ces dernières années j'ai eu la possibilité de faire des choses pour des artistes beaucoup plus grand public que ce que je faisais moi. Ça m'a vraiment rendu le grand public super sympathique. C'est un autre monde. Il y a une spontanéité dans le grand public ! Je ne suis pas en train de dire que si un truc se vend, c'est que c'est bon ou vice versa. Mais je pense que ceux qui achètent les disques de Lavoine, Cabrel ou Johnny, ils achètent parce que ça leur plaît ! Ils achètent peut-être parce qu'ils ont beaucoup entendu ces trucs à la télé, mais quand ils achètent, ils écoutent.

Du côté du public des musiques dites "indépendantes", il y a des amateurs sincères, mais il y a aussi des gens qui achètent les disques pour des raisons "sociétales" ; pour dire "je ne suis pas un beauf qui regarde TF1". Et c'est pourquoi la plupart des disques réputés "de qualité", aujourd'hui, ne se vendent qu'une fois, qu'ils soient bons ou mauvais. Les gens de l'industrie n'ont toujours pas compris ça. En général ils vendent un disque, mais pas le suivant…J'ai compris ça avec l'album de Henri Salvador : quand il a fait son grand retour, il en a vendu des pelletées et c'était mérité. Après, il a fait un autre album qui ne s'est presque pas vendu ! Pareil pour le premier disque de Carla Bruni qu'elle a vendu à 400 milions ! L'album d'après, elle en vend deux mille et pourtant c'est la même chose. Alors, les responsables des maisons de disques se disent : "on aurait peut-être dû faire la photo autrement". Les choses s'effondrent… Avant tu faisais un disque qui se vendait à 400 000 exemplaires ; et après, même si tu faisais le pire disque de ta vie, tu en vendais 200 000. Aujourd'hui, on passe de 400 000 à 10 000 sans aucun problème. Ça, c'est ce que j'appelle le "disque de table basse" : on l'a chez soi et quand on à des amis qui viennent, on le met en fond sonore. Un chercheur a fait une étude très intéressante : dans les années 80, on a commencé à acheter des produits pour affirmer son statut social. On consommait en fonction de son milieu et de sa classe. Les choses ont progressé et maintenant le plaisir ne se manifeste plus dans la possession mais quasiment au moment de l'achat, avec la certitude d'être quelqu'un de raffiné… Donc si demain, par hasard, mon disque se vendait plus que les autres, il y a de grandes chances pour que le suivant soit un retour au point de départ.
Actuellement, on prépare la sortie du disque et j'ai plutôt confiance. Bon peut-être que c'est présomptueux. D'habitude, je joue le remboursement des frais de campagne, là je peux encore rêver au deuxième tour, tant que le disque n'est pas encore sorti. Le plus important, c'est d'avoir eu l'impression de ne pas me répéter, de progresser. Pour moi, c'est une victoire. Ça m'apporte une certaine sérénité, une certaine assurance. En tout cas, je suis extrêmement touché par toutes les réactions que j'ai recueillies depuis qu'on a commencé la promo. Ça me fait plaisir de sentir que le disque est compris. Après, on peut comprendre et ne pas aimer...
Mieux compris que les précédents ?
Oui sûrement. Parce qu'il est plus clair, probablement. En tout cas, je ne me sens pas du tout dans la posture de l'incompris. Ce qui serait marrant, ce serait de vendre soit 20 albums, soit 40 000 ! 20 albums, c'est pas si mal parce qu'on peut toujours dire : "je me suis cassé le cul pour faire un truc et j'en ai vendu 20 !". Alors que 2000, c'est énervant, tout le monde te dit que c'est bien alors que ce n'est pas suffisant pour s'en sortir.
A propos du succès, Jean-Jacques Schuhl a l'habitude de dire qu'au delà de 10 000 exemplaires vendus, c'est un malentendu. Pas nécessairement ! Ce qu'on appelle la musique pop c'est justement un art "populaire". L'un des premiers disques qui m'a vraiment influencé, c'est "Dark Side of the Moon". C'est extraordinaire, l'inventivité, la recherche, l'ambition de cet album, et le succès incroyable qu'il a rencontré. Au hasard de recherches sur Internet, je suis tombé sur le site d'un fan de Pink Floyd et j'ai lu un article qui m'a fait pleurer. Le premier concert que j'ai vu de ma vie, c'était Pink Floyd à Colmar, le 22 juin 74. Sur le site, le mec disait qu'il était lui aussi à ce concert à Colmar ! Il avait 14 ans à l'époque. Moi j'avais dix ans et demi. J'étais avec un ami plus vieux que moi. C'est un concert un peu mythique des Pink Floyd, des disques pirates circulent, c'était pas une tournée mondiale, il y avait juste 4 dates en France, le groupe se rodait … en fait, c'était la fin de leur ancien répertoire, ils jouaient quelques morceaux de la période " Ummagumma" une dernière fois, et ils commençaient à jouer ceux de la période Roger Waters, que j'aime moins. C'était dans un amphithéâtre moderne, de style romain. Il s'est produit cette chose que je croyais avoir rêvée, mais que le type confirme dans son article : un avion s'est posé sur l'aérodrome de Colmar ! Et le mec raconte que c'était l'avion du groupe ! Il y avait 15 000 mecs venus de toute l'Europe qui attendaient ce concert. Ce sont des choses réconfortantes : à ce moment, l'opposition entre underground et mainstream volait en éclats. "Dark Side", personne n'avait fait ça avant, l'utilisation des synthés, l'influence de Terry Riley… Même avant "Sergent Pepper", il y avait eu "Pet Sounds" - qui n'avait pas rencontré un tel succès. Le champion du crossover, c'est Bowie : il s'inspirait de choses, il les citait, mais à l'arrivée il faisait un truc très différent. Ce que je n'aime pas dans l'époque actuelle, c'est qu'on pique des trucs sans dire qu'on les a écoutées ; du coup, on fait pareil mais en moins bien. Bowie, il écoutait Kraftwerk et il composait "V-2 Schneider ", l'hommage était assumé ! Et pourtant, ça n'avait plus rien à voir avec Kraftwerk. Quand il écoute de la soul, ça donne l'album "Young Americans" ou un titre comme "Golden Years", rien à voir avec la soul traditionnelle !  Ça, c'est magnifique.
Le clip de "Bardot's Dance" est très soigné plastiquement. Qui l'a réalisé ?
             
C'est l'équipe de Parfum de Films, que j'avais rencontrée l'an dernier. L'une de mes amies, Agnès Guillaume, une artiste contemporaine, avait travaillé avec eux. Ils se nomment Pierre Maillard, Christophe Gand, Alexandre Icovic…ils ont 23 ans, ils sont brillants, cultivés, ce ne sont pas des "clippeurs". Ça faisait longtemps que je rêvais de travailler avec des gens de l'image. On avait eu l'occasion de travailler avec des cinéastes à rebours de tout ce qui m'agace dans la façon de faire des clips actuellement. Quand Serge Bozon a réalisé le clip de Count Indigo, c'était exactement ce qu'on recherchait. Dans le cas de Parfum de Films, il a suffi de dix minutes, lors d'une première rencontre, pour que je leur dise : "Les mecs, maintenant vous dirigez le département audiovisuel Tricatel Vision !". Maintenant, ils nous accompagnent dans tout ce qu'on fait : clips, captations de sessions et de concerts… Là, ils sont en train de finir un clip pour "Double Peine" ; ça va être formidable. Ce matin, on a tourné avec eux un EPK (= Electronic Press Kit = film promotionnel, n.d.r), ils sont parfaits. Ça fait longtemps que je rêvais de ça : une vraie collaboration, qui ne soit pas juste un truc de prestataire avec une maison de disques. Pierre Maillard, qui est extrêmement jeune, est un authentique réalisateur. C'est-à-dire qu'il "dirige". Il a une idée en tête, il s'y tient avec une vraie cohérence. En plus, tout ça se fait avec des moyens financiers assez faibles. J'ai toujours en tête des trucs sur le principe du scopitone : plutôt que faire 40 plans avec des mecs qui s'agitent en coulisses à toute vitesse, prendre le parti de l'épure. Le clip de "Bardot's Dance" a été fait très vite : on cherchait un endroit pour le faire, ils ont pensé à une usine de mannequins et nous l'ont appris la veille. Pierre Maillard a écrit le scénario et le découpage dans sa tête la veille… Il doit y avoir 8 plans. Il me disait : "là tu fais ceci, là tu fais cela", c'était une vraie chorégraphie. En fait, j'avais pas tout à fait fini le morceau, donc j'ai réalisé le play-back sur la voix-témoin de la maquette. Après il a fallu que je réenregistre la voix en me calant sur les images - un peu chiant ! (rire)
Vos précédents albums reposent sur un savant dosage entre textures acoustiques et synthétiques. Cette fois, vous avez nettement privilégié les synthétiseurs. Pour vous rapprocher de la grammaire musicale contemporaine ?
Je ne me rends pas compte. Sur l'album, j'ai utilisé des batteries, des guitares, de la basse, des claviers, du piano, des percussions d'orchestre, un peu de marimba. Ensuite le synthétiseur, c'est toujours le même : le "Microcon II" ! En général, je trifouille avant de trouver le son qui me plaît, mais toujours sur le Microcon - acheté 250 euros chez Music Power. Parfait ! En revanche, c'est l'album pour lequel j'ai écrit les lignes de cordes les plus épurées : moins de glissandi, de doubles croches... Je voulais que les instruments acoustiques aient presque un côté artificiel, plastique… justement pour confondre les timbres électroniques et acoustiques… une bonne partie du travail a consisté à faire en sorte qu'on ne sache plus ce qui est synthétique et ce qui ne l'est pas. 
En revanche, j'ai cherché à éviter les cordes synthétiques : les cordes sont vraiment "des cordes" ! Mais épurées… Sur la deuxième moitié de "Bardot's Dance", les cordes sont très souvent sur une note, il y a moins d'accords que d'habitude, une seule ligne mélodique ou un seul contre-chant. Toujours sur cette deuxième partie, j'ai doublé la ligne mélodique des cordes au Fender Rhodes, pour rajouter de la brillance.
La seule chose que je m'interdis, c'est d'utiliser des "sons d'usines". Il est vrai aussi qu'il y a des sons de Pro Tools que j'utilise tels quels… parce que je les aime bien. En tout cas, je me méfie du son qu'on croit original et qu'on va finalement entendre partout ailleurs. C'est plus intéressant de fabriquer son propre alliage sonore. Parfois aussi, du coup, le résultat est moins spectaculaire : pendant la phase préparatoire, je manipule des textures sonores faites sur Logic et qui sonnent d'enfer. Mais quand on délaisse le système numérique pour reproduire les mêmes choses avec de vrais instruments, ça a l'air moins bien ; parce que c'est moins bien joué, moins bien exécuté que par une machine capable de tout "recaler". En plus je crois que l'ordinateur a un effet psychologique délétère : quand on sait qu'on peut tout recaler, qu'on peut rattraper les choses, on joue moins serré. Non pas que les gens jouent moins bien qu'il y a vingt ans. Mais avant, avec la bande, ça pardonnait moins… les musiciens étaient beaucoup plus concentrés, plus à cheval sur la mise en place. 
Prends des enregistrements qui ont une trentaine d'années, lorsque les groupes de rock jouaient tout le temps ensemble : les gens se connaissaient bien, il y avait une "cohésion". Quant aux musiciens de studio, c'étaient toujours les mêmes équipes. Les choses deviennent plus délicates quand les gens ne jouent pas assez souvent ensemble, qu'ils perdent l'habitude de jouer en groupe. Chacun joue un peu dans son coin, et c'est plus difficile d'obtenir du relief, de la cohérence. A chaque fois qu'il m'est arrivé de jouer avec des musiciens moins chevronnés, la première chose sur laquelle j'attire leur attention, c'est ça ; je leur dis : "faites attention, ne pensez pas que l'ingénieur du son va vous baisser à tel moment… on joue ensemble, il faut s'écouter". 
A cela s'ajoute le danger de villes comme Paris : l'immobilier haussmannien n'est pas très propice à la musique ! Il y a 15 ans, quand j'allais en Suède, je me disais "purée, tous ces groupes, ils jouent ensemble". Mais bon, ils ont tous une maison. En Angleterre, c'est pareil ; aux Etats-Unis aussi. Tout le monde répète dans le garage. Quand on est dans une ville comme Paris, à chaque fois c'est une affaire d'état, ça coûte les yeux de la tête pour répéter trois malheureuses heures. Il n'y a pas cette fluidité, cette habitude de jouer naturellement ensemble. Ça joue beaucoup. Il y a de très bons musiciens aujourd'hui mais ils n'ont pas si souvent l'occasion de jouer en groupe.                                    
Pour "Toutes Directions", vous avez collaboré avec les musiciens d'Aquaserge. Quel a été leur apport dans le choix des instruments, l'élaboration des textures sonores ?
C'est un album construit sur les rythmiques, sur les batteries. Par rapport à d'autres disques, c'était difficile et ça devait être frustrant pour un formidable batteur comme Julien Barbagallo. En général je suis plus instinctif, on essaye des choses… mais là je voulais que les batteries gardent un côté faussement artificiel... Et Julien a fait tout ça avec une subtilité, une retenue, une économie extraordinaires… l'exercice est beaucoup plus difficile que celui qui consiste à mettre des "ride" et des "crash" partout. L'énergie devait paradoxalement se loger dans la retenue. En ce qui concerne les guitares, Benjamin Guibert est un musicien avec plein de "gimmicks" ; il les a proposés spontanément et c'était super. D'autres lignes de guitare étaient déjà écrites, comme sur "Bardot's Dance". Sur "Bar Hemingway", en revanche, il y a des parties de guitare qui surgissent au moment où la voix disparaît, et on entend plein de choses ; là, c'est vraiment Benjamin ! 
Au cours de l'enregistrement, en studio, il ne faut surtout pas brider les musiciens, il ne faut jamais être fermé à leurs suggestions, surtout si elles viennent de gens qu'on apprécie ! Mais pour cet album les choses étaient déjà très écrites. Sur mes premiers albums, il y avait des morceaux comme "Kim", des improvisations psychédéliques… J'enregistrais basse et batterie, et on se lançait dans de pures  improvisations. Ensuite, il m'arrivait de changer complètement les harmonies, de réenregistrer complètement la ligne de basse… je gardais juste la batterie et je faisais un autre morceau ! C'étaient des morceaux plus abstraits, plus impressionnistes. Mais pour "Toutes Directions", ce ne fut pas le cas.
"Toutes Directions" est aussi un hommage à l'écriture, aux auteurs. Les paroles se sont-elles greffées sur des embryons de mélodies ou vous ont-elles inspiré la musique ? Des titres comme "Réveil en voiture" ou "Sous les colombes de granit" trouvent selon nous l'alchimie parfaite entre paroles et musique.
En fait, il y a eu tous les cas de figure. Certains textes ont été écrits en pensant à moi, m'ont même été apportés. Je pense à "Double Peine" d'Elisabeth Barillé. Je me suis mis au piano une fois que j'ai eu le texte.

Ensuite, il y a eu des morceaux où j'ai d'abord composé la musique, avec une idée de mélodie de voix. Je soumettais le thème aux auteurs qui s'y greffaient de façon très précise. Là, je pense à "La Rose de sang" écrit par Hélène Pince. Pour "Bar Hemingway", elle s'est également calée sur la mélodie de voix, méticuleusement. Bon, en même temps, pour "Bardot's Dance", écrit par Hélène aussi, je suis parti du texte ! Sur "Très Grand Tourisme", j'avais une idée de mélodie de voix et mon ami Pierre Robin a fait un texte extraordinaire ; et puis quand j'ai essayé la chanson en studio, je me suis dit : "Mais ça cadre absolument pas ! C'est pas du tout le même nombre de pieds !". J'appelle Pierre, je lui dis : "Non mais tu te fous de ma gueule, c'est quoi ce truc ? » (rire). Il me répond : "Ah, j'ai peut-être pas été très précis !". Je lui dis que son texte était parfait, qu'il ne fallait pas le changer, et j'ai donc pris le parti de changer la mélodie en fonction des paroles.
Après, il y a des textes qui sont de vraies commandes. Par exemple pour "Sous les Colombes de Granit", j'avais dit à Marie Möör que j'aimerais faire un texte sur la mort. J'avais en tête une espèce de manifeste, celui d'un… "croyant triste". En général, quand on fait des chansons sur l'absence de Dieu, c'est pour dire : "Génial, jouissons et consommons sans entrave !". Et là, je voulais raconter l'histoire d'un type qui meurt et qui dit : "Hé je voulais vous dire, il n'y a RIEN après, Nada !", il avertit les autres qu'ils vont disparaître un jour. Donc elle m'envoie ce texte que je trouve extraordinaire, et du coup, je me dis que je n'y touche plus. A chaque fois, c'est un peu différent…
Pour "Réveil en voiture", avec Matthias Debureaux, on est parti du poème de Nerval qui porte ce titre. Matthias me parle de ce poème, et moi ce titre me rappelle mes 20 ans : l'alcool, le diabète… je faisais des semi-comas… j'avais une Mazda 121, je mettais le contact ivre mort… je me souviens d'une fois, rue Fontaine, où je me suis réveillé le nez sur le volant avec le moteur qui tournait toujours, quatre heures après avoir démarré (rire). Je me rappelle aussi un réveil à Gennevilliers, au milieu des containers, tout ça… je me dis : "mais qu'est ce que je fous là !". A Londres, à un moment, quand j'étais à court de thunes, je dormais dans la bagnole… Voilà, je raconte tout ça à Matthias, il le malaxe, et ça donne : "Dans la brume de mes jeunes années/ Les vitres sont couvertes de buées/ Plus de carbure pour payer l'hôtel/ Et le jour qui me tend son verre/ Ai-je rendez-vous avec le ciel ?". Franchement, c'est trop fort.

Avec ce disque, je suis tellement heureux de rendre hommage à tous ces paroliers qu'on admire, qu'on essaie toujours de "pousser" sur d'autres disques en disant aux gens : "Faites-les bosser !". Mon seul regret, c'est d'avoir fait mon premier album sans Pascal Mounet, un parolier que j'adore ; son style est extrêmement abstrait, très poétique, et malheureusement ses paroles ne collaient pas avec l'orientation du disque. Donc le seul qui manque sur la photo, c'est Pascal.
De manière symptomatique, l'un de vos albums s'intitule "Portrait-robot". Toute votre discographie forme  un autoportrait musical diffracté, impressionniste, en pointillé. D'où vient l'impression que les textes que vous interprétez, mais dont vous n'êtes pas l'auteur, portent votre empreinte au même titre que vos musiques ?
Si j'écris un texte et que je l'interprète, j'ai vraiment l'impression d'être impudique, d'ennuyer, d'être horriblement nombriliste. Quand j'interprète des paroles écrites par quelqu'un d'autre, cette impression se dissipe. Je suis un peu comme…Michael Jackson. Apparemment, pendant les répétitions, il s'adressait à quelqu'un qui faisait l'interface avec les musiciens : "Michael voudrait que vous jouiez de façon plus funky" ! (rires). L'auteur-compositeur-interprète, je trouve que c'est formidable dans certains cas, mais compositeur-interprète, ça suffit déjà largement. On n'est pas obligé de tout faire sur un disque. Pour les musiques de films, je mets un point d'honneur à écrire les orchestrations et les arrangements moi-même. Mais dans le cas d'un disque que j'ai initié, et que je compose, arrange, interprète, produis… là,  je n'hésite pas à faire appel à de vrais auteurs. En plus, je n'ai pas la sensation désagréable de vendre ma propre personne, de dire : "que ceux qui m'aiment achètent mon disque !" Pour cette raison, je pense qu'on peut ne pas aimer mes lunettes - et c'est un peu mon cas, même moi j'en ai marre de mes lunettes ! - et malgré tout aimer ce disque. Je ne suis pas en train de vendre un personnage ! Il y a des gens que j'aime bien, comme Katerine, qui se sont un peu laissés prendre à ce piège. Aujourd'hui, on est habitués à ce que l'artiste se construise un personnage ; moi je ne vends rien d'autre que mes disques. Je ne pense jamais à la façon dont mon travail sera perçu. Ma seule stratégie, c'est de faire du mieux que je puisse, avec les moyens modestes dont on dispose. En vieillissant, je me dis que "Toutes Directions", c'est ça aussi… j'ai 48 ans et je n'ai jamais rien planifié dans ma vie. Je ne sais jamais ce que je vais faire, je n'y pense pas, la seule chose que je peux faire, c'est d'aller droit au but.
Votre musique est un précipité d'influences diverses (de la pop music au jazz, en passant par Ravel, Debussy, Poulenc…) Des influences particulières vous ont-elles inspiré pendant la genèse de l'album?
Pas vraiment. En tout cas, ces dernières années, quand on décèle des influences dans ma musique, elles sont toujours un peu en décalage avec ce que j'écoute. Plus précisément, on me parle souvent de choses que j'écoutais auparavant. Ces dernières années, j'écoute très peu de nouveautés pop-rock, c'est trop passéiste. En revanche ce qui est neuf pour moi, c'est d'écouter des choses dans des domaines que je connaissais mal. Duke Ellington, par exemple, ses morceaux très lents. Il y a quatre ans, j'ai lu les mémoires de Claude Bolling : il parlait des morceaux lents de Duke comme "Lady of the Lavender Mist" ou "On A Turquoise Cloud" qui sont fantastiques. J'ai acheté ça un peu par hasard sur Itunes et ça m'a vraiment ébloui. Je pense aussi à une chanson que je ne connaissais pas de Serge Reggiani, qui s'appelle "Parler d'amour"… et qui m'a dévasté. De tout façon, en chanson, ça fait quinze ans que je n'écoute plus que Caussimon, Ferré... Tout ça se retrouve dans ma musique, mais d'une façon complètement indirecte, et souvent bien des années après. 
Poulenc, Ravel, ça fait longtemps que je n'ai pas écouté. En revanche, récemment, j'ai davantage écouté certaines pièces de Messiaen. Il y a un morceau, "Le Banquet céleste", qui est fou. Ou l'un de ses "Prélude pour piano", "La Colombe" : incroyable ! Au milieu des années 90, je suis allé à la rencontre de Jeanne Loriod, la belle-sœur de Messiaen, la spécialiste des ondes Martenot ; je voulais ressortir des trucs qu'elle avait faits avec Messiaen, la "Fête des Belles Eaux" en particulier. Elle vivait comme une bonne sœur, dans une tour du 13e, super gentille. Finalement, ça ne s'est pas fait parce qu'à l'époque je savais pas encore comment sortir des disques !

Lors de la création de Tricatel, vous dites avoir été influencé par la démarche de "El Records" (cocktail de dilettantisme, de cocasserie et d'érudition légère). Qu'est-ce qui constitue, selon vous, l'identité profonde de votre label ? En quoi la signature de Chassol, par exemple, vient-elle nourrir le projet initial ?
La spécificité de Tricatel , c'est peut-être la volonté de ne pas rester confiné dans un style musical, le désir d'aborder tous les styles, toutes les musiques, à la condition de le faire d'une façon différente. On ne tient pas à devenir des sous-traitants de l'industrie du disque, on ne signera jamais des choses par opportunisme, avec des discours du genre : "Vous voulez de la French Touch , ben on va vous en filer ! Vous voulez du retour du rock, ben en voilà !" On ne signe que les musiciens qui nous intéressent, pour qu'ils puissent enregistrer des disques. On essaie de les faire connaître, tout en sachant qu'on ne pourra pas leur offrir les moyens et les facilités qu'ils trouveraient chez d'autres. Lorsque nos artistes sont convoités par d'autres labels, notre mission s'arrête là … je leur dis à chaque fois : "allez-y !".
Quand on signe Chassol ou Jeff Barbara, c'est parce qu'ils abordent la musique d'une façon différente de la nôtre. Chassol écrit des suites d'accords magnifiques, comme pour « Wersailles (Planeur) », mais en plus il a une utilisation de l'image absolument inédite. C'est aussi une joie de travailler avec des gens plus jeunes, comme La Classe ou les Shades, qui possèdent à la fois le bon goût et le savoir-faire technique. Moi, je n'impose jamais le final cut, c'est toujours l'artiste qui prend la décision. Je ne prétends pas avoir la science commerciale infuse ! Si je n'aime pas un morceau, une partie de guitare, je vais le dire ; mais à la fin, c'est l'artiste qui tranche. Comme il y a peu de chances qu'il gagne beaucoup d'argent avec son disque, la moindre des choses c'est qu'il soit heureux de son travail !
Si je savais comment faire passer des titres en radio, je ferais aussi certaines choses en sens inverse, selon la méthode de Mike Alway, le patron d'El Records : "Maintenant, on va faire un groupe, ça va s'appeler comme ça, et puis tiens, toi, t'es super charmante, tu vas faire la chanteuse, on va fabriquer ça comme un boys band".  La pop, ça peut aussi être ça ! Sauf qu'en procédant de cette manière, on risque encore de se ramasser ! Alors autant que les gens soient heureux.
Je ne suis pas le mogul dans un fauteuil en cuir – ce qui ne m'empêche pas d'admirer certains d'entre eux aussi. Je ne supporte pas l'angélisme, je n'emploie jamais le mot "indépendance". La plupart de ceux qui le prononcent sont financés par la Caisse des dépôts. J'ai ça en horreur. La musique, le cinéma, ça n'a jamais été fait par des petits saints. Il y a longtemps, des aristos commandaient des œuvres ; on y revient, puisque malheureusement la musique sera bientôt un art entièrement subventionné. On se retrouvera à la merci d'un conseiller général, ça sera d'une grande injustice. Le mécène esthète, je m'en méfie aussi. Je ne suis pas nostalgique du tout de la cour de Versailles, de Louis XIV. Il faut toujours se confronter à quelque chose : avant, c'étaient les aristocrates, maintenant c'est le marché ! Même chose avec ceux qui ont toujours l'"exception culturelle" à la bouche : ce ne sont pas forcément ceux qui font les choses les plus élevées sur le plan artistique. Si je suis un Maurice Nadeau de la musique ? Ah, pourquoi pas. Découvrir les talents... mais sans sacrifier le sens du commerce. Bref, un Nadeau qui n'aurait rien contre Fixot (rires).
Album disponible : "Toutes Directions" (Tricatel)

http://www.popnews.com/popnews/bertrand-burgalat-interview/1







Bertrand Burgalat

Né(e) : 1963 à Bastia (France)
Pays : France
Langue : Français
Qualité : Auteur / Chanteur / Compositeur / DJ
Genre musical : Electro / Pop
 
Ce musicien à l'univers glamour et désuet à la fois semble décliner les années 60 à l'infini. Et pourtant, son inspiration, qui va de Ravel à Kraftwerk, fait de lui un personnage érudit, prisé pour son polymorphisme musical : arrangeur, compositeur, producteur, remixeur, Bertrand Burgalat est un véritable entrepreneur.
Bertrand Burgalat est né à Bastia en Corse en 1963. Son père, haut fonctionnaire, est alors en poste en tant que sous-préfet. Comme le veut cette profession, la famille Burgalat déménage souvent à travers l'Hexagone. Elevé dans un cadre bourgeois, le petit Bertrand commence le piano classique à 6 ans.
A 10 ans, il voit Pink Floyd en concert et dès ce jour, sa curiosité musicale est en permanence en éveil, prête à intégrer toutes influences. A l'adolescence, il monte divers groupes de rock ou de jazz. Dans les années 70, il se passionne pour les débuts de l'électronique, via le groupe allemand Kraftwerk.
Premiers pas
Au cours des années 80, c'est via la production et les arrangements qu'il se fait d'abord connaître. Bertrand Burgalat prend une route singulière en produisant, à 25 ans, l'album du groupe slovène d'électro gothique Laibach. Puis, il travaille avec d'autres groupes confidentiels tels les Allemands Einstürzende Neubauten ou Samir Birnbach du groupe belge Minimal Compact.
Avec les années 90, la musique électronique se développe et une de ses multiples variantes est l'easy-listening. Cette nouvelle jeunesse pour des musiques très années 60/70 permet à Bertrand Burgalat de faire connaître sa passion pour cette époque, son esthétique et cette musique de variété, genre "feuilleton télé" (certains diront "musique d'ascenseur") qui revient alors à la mode. Ce mariage entre années 60 et années 90 se caractérise par des nappes de cordes habillées de musique électronique, le tout revendiquant une certaine légèreté de ton. Déjà bien rempli, le curriculum vitæ de Burgalat ne cesse alors de s'enrichir de multiples collaborations avec nombre d'artistes (même si peu d'entre eux sont connus du grand public).
Polyvalence
Au cours des années 90, on peut citer son travail de production avec Dominique Dalcan ("Cannibale", 94), Jad Wio ("Fleur de métal", 92), Julien Baer ou la star japonaise Kahimi Karie. Il fait des arrangements pour Ollano, l'Anglais Mick Harvey pour un hommage à Gainsbourg en 95, les Japonais de Pizzicato Five, l'Australien Nick Cave, Katerine, entre autres.
En 92, il travaille sur la bande originale du film "les Nuits fauves" de Cyril Collard et renouvelle l'exercice en 97 en composant entièrement cette fois celle de "Quadrille" de Valérie Lemercier. On fait appel à lui également pour des publicités. Il signe une dizaine de ces musiques dont certaines pour Yves Saint-Laurent.
A son actif, citons également nombreux remixes, parfois pour des stars tels le groupe Depeche Mode ("Easy going"), Jamiroquai, Soul II Soul ou Air ("Sexy boy"). Très créatif, cultivé et brillant, fort d'une personnalité difficile à cerner, Bertrand Burgalat se voit surnommer par certains le "Phil Spector français".
Tricatel
Mais la réalisation qui fit de lui un personnage important de la scène musicale est sans aucun doute son label Tricatel. Créé en 1995, ce label est très novateur et se propose de faire découvrir une palette d'artistes d'horizons très variés en développant une couleur artistique originale et pourtant homogène. Parmi ses productions les plus intéressantes, citons l'Américaine April March, la jeune Française Hélèna (sœur de Lio), des stars confirmées tels David Whitaker (arrangeur mythique des cordes pour Gainsbourg, entre autres), la chanteuse allemande Ingrid Caven ou André Popp, orchestrateur et compositeur très à la mode dans les années 60/70. Sa polyvalence et sa curiosité le mènent à travailler avec de nombreux labels étrangers, japonais, allemands, au gré de ses découvertes.
A son actif, Burgalat a aussi l'album de la comédienne Valérie Lemercier, sa compagne d'alors, en 1996 ("Valérie Lemercier chante") et celui de l'écrivain Michel Houellebecq ("Présence humaine" 2000), deux œuvres originales pour certains, snobs et "branchées" pour d'autres. Cette dualité correspond bien à l'image de Bertrand Burgalat dans le public. Il n'est pas un artiste populaire mais s'inspire beaucoup des musiques dites de "variété".
A cheval entre un certain répertoire passéiste des années 60/70 et des tendances très pointues, même avant-gardistes, de la musique électronique, il en sort un travail de qualité mais parfois considéré comme élitiste, image qui ne lui déplaît pas. Burgalat est aussi un homme aimant organiser des fêtes grandioses et insolites comme il le fit une fois dans un bowling.
2000 : "the Ssssound of music"
Mais après des années à travailler pour les autres, Bertrand Burgalat se décide en 2000 à sortir son premier album solo, "the Ssssound of music", signé de son seul prénom. En chantier depuis la création du label, ce disque renferme toute l'essence de l'artiste. On y retrouve les mêmes inspirations, la culture pop, une touche de psychédélisme, de l'électro, des chœurs, des cordes synthétiques, un grand sens de la mélodie, mais un humour très "private joke" qui en fait une fois de plus un artiste cultivant sa différence.
Sur ce disque, Burgalat chante au milieu de nombreuses plages instrumentales, mais invite également les voix de ses amis Katerine ("Ma rencontre", "l'Observatoire") et Michel Houellebecq ("Gris métal"). Mais c'est surtout son groupe, l'A.S. Dragon qui donne sa musicalité à l'ensemble. Avec eux, ce Parisien symbole d'une certaine "branchitude" se confronte à la province au cours d'une tournée qui démarre fin 2000. Il est présent sur maints festivals tel les Transmusicales de Rennes, le Printemps de Bourges, le Four Festival en Belgique ou les Francofolies de La Rochelle.
Parallèlement, il continue de travailler pour Valérie Lemercier, qui fin 2000 monte un nouveau "one-woman show", en l'aidant à peaufiner ses textes et en créant une bande son.
Rencontre, hommages, ...
En juin 2001, l'œuvre déjà bien remplie de Burgalat est l'occasion pour un label allemand, Bungalow, de sortir une compilation hommage dont le titre célèbre "the Genius of Bertrand Burgalat".
A la fin de l'été, le 29 septembre, Burgalat organise une rencontre musicale avec Alain Chamfort en revisitant son répertoire sur scène et à ses côtés lors d'un concert donné au festival belge des Nuits Botanique. Une seconde édition de cette rencontre a lieu en février 2002 à la Cité de la Musique à Paris. A l'automne 2001, c'est l'album live de la tournée qui sort déjà sous le nom "Bertrand Burgalat meets A.S. Dragon". On y trouve deux reprises inédites : "Follow me" de la chanteuse jet set époque disco Amanda Lear et "the Tears of a clown" de Smokey Robinson.
Outre ses activités au sein de Tricatel, il participe en 2004 à l'album de la chanteuse Barbara Carlotti "Chansons". On le retrouve la même année sur "The Meal" de Château Flight.
2005 : "Portrait-robot"
En juin 2005, l'artiste sort un nouvel album intitulé "Portrait-robot", album qu'il a enregistré dans son home studio parisien. Plusieurs interprètes viennent apporter leur contribution : Regina Janssen, chanteuse de Donna Regina et Peter Van Poehl, qui lui, assure certaines parties de guitare. Si Burgalat compose l'ensemble des musiques de cet opus, il laisse aux autres le soin d'écrire des textes (sauf un, "Vestibule d'ombre") : la romancière Elisabeth Barillé, la musicienne April March, le journaliste Gregori Alexandre et la compagne de Robert Wyatt, Alfie, qui signe quatre titres. Cet objet electro/pop est évidemment à l'image de son créateur, éclectique et foisonnant parfois complexe, et toujours aussi inclassable.
La sortie de "Portrait-robot" est accompagnée d'une série de concerts en France. Burgalat  signe par ailleurs la bande originale du film de Valérie Lemercier, "Palais Royal" sur les écrans en 2005.
Mettant de côté ses travaux personnels, il continue d'écrire des musiques pour la publicité. Il est aussi sollicité par la nouvelle coqueluche musicale de la télévision, Christophe Willem, pour son album "Inventaire" (sortie 2007). Il participe aussi à celui de la jeune Alizée (dont la sortie est programmée en novembre 2007).
2007 : "Cheri B.B."
En mai 2007, Bertrand Burgalat sort "Inédits", une série de quinze instrumentaux et chansons, album que l'on ne trouve d'ailleurs que sur le site de Tricatel et sur une plate-forme de téléchargement. C'est aussi le sort que connaît le troisième album studio de celui qui est considéré par beaucoup comme un ovni dans le paysage musical français. En août 2007, Burgalat sort donc "Cheri B.B." Il fait appel à deux auteurs Elisabeth Barillé et Matthias Debureaux qui lui concoctent des textes sur mesure, alors que lui, compose une pop ciselée et imaginative. Sur cet album, on peut découvrir un duo "This Summer night", avec le musicien anglais, Robert Wyatt.
En 2007 et 2008, Bertrand Burgalat donne une poignée de concerts en France mais sa présence sur scène s'intensifie vraiment en 2009, avec une date le 28 janvier 2009 au New Morning, à Paris.
Il enfile bientôt à nouveau sa casquette de producteur avec un nouveau projet, initié par les DJettes parisiennes Tania Bruna-Rosso et Cécile Togni, les Putafranges. L'idée : faire chanter des titres ultra-connus de Niagara, Alain Bashung, Sylvie Vartan ou encore les Rita Mitsouko par des actrices françaises. Quatorze comédiennes, dont Valérie Lemercier, Emma de Caunes, Isabelle Carré, Isabelle Huppert ou encore Nathalie Baye se prêtent au jeu. Bertrand Burgalat signe tous les arrangements du disque avec Philippe Uminski. L'album, nommé "Madame aime", sort le 6 avril 2009. Ce même mois, l'artiste reçoit l'insigne des Chevalier des arts et des lettres des mains de la ministre de la Culture Christine Albanel.
Cette année-là, il participe aussi à la composition des albums de Christophe Willem et de Marc Lavoine.
En 2011, Burgalat met en musique le film "Little Princess" de la réalisatrice Eva Ionesco, avec Isabelle Huppert en vedette. Ses pièces instrumentales se trouvent disponible sur la BO du film, produite par son label Tricatel.
Avril 2012 marque le retour de Bertrand Burgalat avec un quatrième album, intitulé "Toutes directions". Pour ce nouvel opus enregistré dans sa maison des Pyrénées, l'orfèvre pop a préféré chanter les mots des autres (Charles Berling, Barbara Carlotti, Laurent Chalumeau entre autres). Dans le confort d'un studio aménagé par ses soins, il a pris le temps de peaufiner le son pour habiller ces quinze chansons d'une pop élégante, hors du temps.
Il donne quelques concerts en France et à l'étranger. Il se produit notamment à la Gaieté-Lyrique à Paris le 23 février 2013.
Mars 2013
RFI Musique

http://www.rfimusique.com/artiste/electro/bertrand-burgalat/biographie








Bertrand Burgalat :
quand toutes les directions mènent à la beauté…

2 mai 2012par Fils de France

En 1996, Bertrand Burgalat fonde le label Tricatel. Depuis, abonné aux bonnes critiques et à des ventes qui le sont moins, il persiste dans son grand œuvre d'alchimiste pop, sachant qu'il n'est pas forcément nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. Avec près de deux cents albums en tant que producteur ou arrangeur, il signe aujourd'hui son quatrième disque en solo,Toutes directions. Analyse et rencontre.
Écoutez Toute directions. Mais écoutez-le plus d'une fois, cet album étant de ceux qui mettent du temps à vous entrer dans la tête. Oubliez aussi tous les poncifs journalistiques le concernant : « Nouveau Phil Spector français » ou « Pape de l'easy listening ».
Car Phil Spector, c'est le Wall Of Sound, soit quatre batteurs, cinq bassistes, huit guitaristes et autant de choristes, le tout ayant sûrement eu vocation à avoir été divisé par dix. Le travail de Bertrand Burgalat, même si parfois un peu surproduit dans ses jeunes années, se situe à l'inverse de ces grosses meringues musicales.
Pis, « l'easy listening », c'est de la musique facile à écouter, alors que celle de notre homme ne l'est pas au premier abord. Les mélodies sont complexes et les suites d'accords si inventives qu'en fin de vers, on tombe généralement sur la note que l'on n'attendait pas. Paul Mc Cartney et Brian Wilson savaient ça aussi, ayant deviné la recette de l'élixir de l'éternelle musique. Bref, Toutes directions est un petit miracle musical, une sorte d'OMNI (Objet musical non identifié).
Car nous sommes là au croisement de cette grâce issue de la "grande" musique française – Claude Debussy, Erik Satie, voire même de Déodat de Séverac – et d'une musique, aussi populaire qu'élégante, se situant dans la droite ligne d'un Christophe, d'un Art Mengo ou d'une Françoise Hardy dont, en termes de puissance vocale, Bertrand Burgalat tendrait à devenir le pendant masculin : amateurs de voix à la Joe Cocker, passez donc votre chemin !
La caractéristique de notre homme consiste à l'évidence à ne pas être esclave de ses ventes et encore moins condamné à retrouver la recette d'un tube qui l'aurait rendu célèbre ; l'infortune commerciale a parfois ses bons côtés… Mieux, un récent mariage et une paternité qui ne l'est pas moins semblent lui avoir conféré une plénitude qu'on ne lui connaissait pas avant. Ainsi, la Berceuse dédiée à sa petite fille est renversante de tendresse. Mieux encore, au-delà de mélodies bouleversantes de beauté, les textes n'ont jamais été aussi pertinents de profondeur. Dubaï My Love ? On n'avait encore jamais rien écrit d'aussi juste sur ces villes sans âme : « De l'or, du verre et du vent. J'aime ton soleil climatisé… » Ceux qui ont cru passer de bonnes vacances dans ce banthoustan consumériste ne sont pas tôt de s'en remettre. Quant à l'univers de la nuit et de ses paillettes, quoi de plus juste que sonSurvet' vert et mauve ? Avec, notons-le, les paroles hilarantes de Laurent Chalumeau, jadis l'une des plus belles plumes du mensuel Rock And Folk : « Mais c'qui assure le mieux si tu veux qu'elles oublient qu't'es chauve. Joue-la trancoolos dans un survet' vert et mauve ! » Mais, de pépites en pépites, le sommet est peut-être atteint avec l'énigmatique Sous les colombes de granit et ses quelques secondes d'éternité musicale, ces chœurs féminins, angéliques, qui, descendant des Cieux, viennent transcender une mélodie belle à tomber.
Bref, s'il y a un disque à acheter en 2012, c'est bien celui-ci, galette magique qui redonner à la musique française des lettres de noblesse qui ne semblent pas être la préoccupation première d'une industrie musicale en plein désarroi. En un mot comme en cent : merci Bertrand. Cette musique nous rend heureux…
Fils de France

http://www.filsdefrance.fr/breves/bertrand-burgalat-quand-toutes-les-directions-menent-a-la-beaute/







Toutes Directions de Bertrand Burgalat
chronique d'album

Pour l'angoissé qu'est Bertrand Burgalat, un titre comme Toutes Directions équivaut sûrement moins à une volonté d'émancipation encourageante et positive, à une envie de liberté, qu'à une nouvelle occasion de se ronger les sangs. Toutes Directions, oui, mais laquelle prendre ? Est-ce d'ailleurs pour cela que cet album ne démarre qu'au bout de quinze secondes de murmure musical, comme si BB hésitait avant de se lancer, restait un dernier instant dans le vestibule avant de trouver l'impulsion pour libérer cordes, orgues millésimés et autres vibraphones qui d'habitude, font sa marque ? En réalité, dans toutes ces directions, il y a aussi la fausse piste. Ce disque, au cours duquel on pensait découvrir notre gentleman de la pop faire la girouette avec anxiété et schizophrénie, est paradoxalement son plus équilibré depuis The Sssound Of Mmmusic (2000). Contrepoint solide et divertissant (mais tout aussi électronique) au compliqué Portrait-Robot (2005), Toutes Directions révèle le chanteur, auteur, compositeur, producteur et patron du label Tricatel essayer plus que jamais de s'affranchir de la tristesse en poussant le comique de son personnage.

Mais ici, il le fait efficacement, par des morceaux brefs et percutants, une production plus concise et alerte, un phrasé affecté délicieux et des paroles qui, cette fois, ne sont jamais cryptées ("Tu me voyais comme un sultan, mais ce cœur, c'est un cœur de mendiant"). Quasi quinquagénaire, toujours myope, toujours élégant, mais toujours pas mondain, ni superficiel, il s'amuse de tous les malentendus et anachronismes qui ont jalonné son parcours ("La vie facile, c'est de cela qu'on meurt") sur des chansons agréables, mais qui prennent tout de suite, et qui causent une émotion noble et durable (à l'exception peut-être de Très Grand Tourisme et surtout Survet' Vert Et Mauve, où il paraît faire un gros clin d'œil à son vieil ami Katerine). Gagné par l'insécurité, Bertrand Burgalat s'est souvent caché derrière sa musique. Pourtant, Toutes Directions, au lieu de le projeter encore davantage dans son labyrinthe tout personnel, riant mais sombre, favorise plutôt son meilleur côté philanthrope, relevé et ludique.
Julien Welter

http://www.magicrpm.com/artistes/bertrand-burgalat/a-lire/chroniques/toutes-directions







Bertrand Burgalat, chanteur réaliste


culture-match | lundi 28 mai 2012
Depuis plus de dix ans, il est faussement branché. Avec son nouveau disque, il aimerait qu'on l'entende.
Benjamin Locoge - Paris Match

Officiellement, les branchés l'adorent. Mais Bertrand Burgalat est réaliste. Pour ce dandy pop de la chanson française, « les bobos achètent des disques qui font joli sur leurs tables basses. Ce ne sont pas les miens ! ». Il n'a pas tort. Musicalement, Bertrand est plus proche d'un compositeur à l'ancienne (Gainsbourg, Michel Legrand, Michel Colombier) que d'un farfouilleur sonore. Souvent cité dans les magazines tendances comme un exemple du chic parisien ou de « ce qu'il faut écouter » pour être dans l'air du temps, l'intéressé plaide contre « ces clichés que l'on véhicule », bien loin de la réalité.
Car sa carrière en solo a démarré en 2000. Et depuis, difficile de dire qu'il est devenu une star de la musique. « Si tous ceux qui disent aimer mes chansons achetaient mes albums, je serais numéro un des ventes depuis longtemps », soupire Bertrand. « Chéri B.B. », son précédent opus paru en 2007, s'est vendu – par correspondance uniquement – à 5 000 exemplaires. Un score infime qui ne chagrine pas plus que cela l'artiste. « C'est autant que lorsque j'étais distribué par un grand label ! Heureusement que d'autres projets me ­permettent de toucher le grand public. »
Puisque Burgalat est une référence, les chanteurs en manque de crédibilité viennent à lui. En 2009, Marc Lavoine lui demanda quelques chansons de « Volume 10 », le public répondit en masse. « Marc a eu l'élégance de m'inviter à chanter en duo sur scène, raconte Bertrand. Pour la première, au Havre, il ne savait pas trop comment me présenter. Il a dit à son public : "Voilà j'ai une surprise pour vous, un ami qui a fait l'honneur de venir depuis Paris." Je ne te dis pas la tête des gens quand ils ont entendu mon nom. Ils pensaient voir Florent Pagny ! »
Alors depuis cinq ans, Burgalat avait décidé de ne pas se précipiter pour retourner en studio. Patron du label Tricatel (41 albums à son actif), il a continué à produire les autres : des chansons pour Aeroplane, une expérience malheureuse avec Charles Berling. Et sur le plan privé, ce grand pudique a fini par accepter d'avoir un enfant. « Pendant longtemps, je n'ai pas supporté les donneurs de leçon sur ce sujet. Surtout pour les femmes qui n'en ont pas. J'avais aussi la trouille, mes beaux-parents me mettaient la pression… » L'arrivée de Jacqueline, sa fille, le 10 mai 2010, fut donc un bouleversement, heureux. « Je me suis construit un studio dans les Pyrénées pour pouvoir enregistrer à mon aise, sans être dérangé. Là, dès que je m'éloignais deux jours, je culpabilisais. »
Un album intime et contemporain
La musique et l'écriture de chansons sont passées au second plan, pendant un certain temps. « Je savais que si je refaisais un album, je devais m'y consacrer pleinement, pas de manière empirique, comme j'ai eu trop tendance à le faire dans le passé. » Ironiquement, son nouveau disque s'appelle « Toutes directions » et jamais Bertrand n'avait composé un album aussi homogène. Ses chansons pop n'ont rien de rétro, au contraire. Il cherche à faire sonner l'ensemble de la manière la plus contemporaine possible. Pour les textes, le chanteur a fait appel à des écrivains amis. Elisabeth Barillé, Marie Möör, Hélène Pince, Matthias Debureaux ou Laurent Chalumeau lui font chanter des thèmes aussi variés que la mort, Dubai, les berceuses, la conduite ou Brigitte Bardot… ­
Etonnamment, « Toutes directions », sous la plume d'auteurs, est le disque le plus intime de Burgalat. L'album se termine par une jolie ballade en forme d'autoportrait ironique. « Suis-je une erreur de la nature ? Car on peut lire dans mon regard, la devise tatouée des ­bagnards : tout me fait rire. » Pour la première fois de sa carrière (Bertrand a 48 ans), il a même entendu sa chanson « Bardot's Dance » sur les ondes nationales. Qui dit mieux ?

http://www.parismatch.com/Culture-Match/Musique/Actu/Bertrand-Burgalat-chanteur-realiste-400175/



22/04/2013
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