Alain YVER

Alain YVER

BERTRAND BURGALAT (partie 1)

BERTRAND BURGALAT







//www.tricatel.com/

//www.facebook.com/Bertrand.Burgalat

//okbertrand.free.fr/

//lestambours.com/TRICATEL-LE-LABEL-SOUFFLE-SES-15





La biographie de Bertrand Burgalat

Homme d'une grande érudition, gentleman compositeur, Bertrand Burgalat impose un talent polymorphe. Arrangeur, producteur, remixeur, il sévit tour à tour sous ces différentes casquettes. Né à Bastia en 1963, d'un père haut fonctionnaire, ses balbutiements musicaux s'effectuent au piano classique. Pink Floyd et Kraftwerk, découverts à dix ans, chamboulent cette éducation. Dès la fin des années 1980, Bertrant Burgalat produit -entre autres- des artistes tels Laibach, Dominique Dalcan, Jad Wio, Julien Baer, Kihimi Karie, et réalise des arrangements pour Nick Cave, Katerine, ou encore les japonais de Pizzicato Five. Il compose des musiques de film (Les Nuits Fauve), des musiques de pub (Yves Saint-Laurent). Dans les années 1990, il surfe sur la vague électro de l' « easy-listening ». Ces expériences le conduisent à fonder Tricatel, son propre label en 1995, qui propose une gamme d'artiste aux horizons variés, tout en développant un son homogène, original, et novateur. Citons ainsi April March, Héléna Noguerra, Michel Houellebecq, Ingrid Caven, Valérie Lemercier sa compagne, mais aussi des compilations d'André Popp ou David Whitaker. En 2000, Bertrand Burgalat lance un album solo The Ssssssound of music, signé de son seul prénom, qui renferme la quintessence de l'esprit kitscho-électro-pop de l'artiste. Avec son groupe, A.S. Dragon, il se confronte au public et multiplie les festivals. En 2001, Bertrand Burgalat revisite le répertoire d'Alain Chamfort. Puis sort en 2005 son deuxième album Portrait Robot. Ambassadeur de la musique des années 60-70 revisitées selon les époques, incarnation d'une certaine « branchitude » parisienne, Bertrand Burgalat reste un personnage pittoresque qui se plaît à organiser des fêtes grandioses, comme celle, mémorable, qu'il donna au bowling de l'Etoile.








The Sssound Of Mmmusic

    
 Label :     Tricatel
 Sortie :    mercredi 04 octobre 2000
 Format :  Album / CD  Vinyle  
       
Sss, comme un sifflement agressif ? Mmm comme un soupir de plaisir ? Ou Sss comme un murmure délivré du bout de la langue ? et Mmm comme un vinyl qui saute ? The Sssound Of Mmmusic, le nom est classe, pour sa beauté typographique et sonore, il y a de ça, et aussi pour sa qualité d'indice : sound d'une part, music de l'autre, la forme et le fond, ou plutôt le fond mis en forme, emballage magnifique pour des airs et des mots déjà un cran au dessus.
Burgalat est un architecte, patient, méthodique, classe, et surdoué, un architecte pop, ou tout simplement un compositeur pop, un compositeur du XXe siècle, ceux pour qui il faudrait réformer la manière d'écrire de la musique en incluant tout ce que le traitement du son, qu'il soit trituré ou juste amplifié, peut changer.
Cet album... est un gros choc, Air ont un cousin, qui est même arrivé avant eux, mais n'a pu sortir cet album qu'après leur tendance amorcée, même travail en fines couches sur le son, même mélodies imparables, même invitation au voyage que dans Moon Safari.

Si on prend le côté voyage, y compris parce que le disque effleure plein de styles différents, alors "Pas Perdus" devient une esquisse des mélopées d'aéroport, "Tsom" et sa basse décollent, jusqu'à être rattrapées par "Les Cyclades", bande-son de la vue d'un hublot.
Et on arrive à la première surprise, les 60s brésiliennes, une basse pneumatique, caoutchouteuse, lentement groovy, un texte génial de Katerine, 'si je me rencontrais au coin de la rue, je me dirais : 'Bonjour Bertrand''... Postulat absurde, génial.
Et Burgalat chante, avec une voix neutre d'aéroport certes, mais le côté naïf en plus, coMmme une gentille hoteSsse. Même chose sur Nonza, même esprit de groove 60s, sur celle là c'est forcé, Burgalat est habillé en blanc, les mêmes lunettes que d'habitude, au bord de la piscine d'un hôtel brésilien, ambiance "Girl From Ipanema".

C'est sur ses chansons que Burgalat est le plus génial, "Ma Rencontre", "Nonza", "Gris Metal" (texte de Houellebecq, chanson à en pleurer), "L'Observatoire", "Le Pays Imaginaire", sont des merveilles, aux textes fins, juste beaux sans signification, du coup on profite du reste comme des intermèdes purement instrumentaux, toujours à mi chemin entre l'electro, même la house ("Attention Amiante", "OK Scorpios"), et les mélodies les plus aérées possible ("Des Yeux Roses", superbement posée).

Sur la plupart des chansons, BB tisse des fresques pop, avec des mélodies 'à la Debussy' comme dirait Manoeuvre (et c'est vrai... Ecoutez "Aux Cyclades Electroniques", vous comprendrez), j'ajoute que comme Debussy, il donne des noms rêveurs à ses chansons, et comme Gainsbourg (je soupçonne), il a du écrire ses chansons à partir du seul titre. Hautain et exigeant...Juste le temps de se rappeler un autre très grand album de pop français, où la basse est dense et aussi calmement posée, où les arrangements sont aussi riches. A l'image : une lourde Rolls-Royce, aux suspensions souples, pilotée par Gainsbourg et Jean Claude Vannier.

par Pandanloeil








bir

Bertrand Burgalat est un jeune homme à l'esprit bouillonnant qui implose littéralement dans ses compositions. Heureux papa d'un label qui se nomme Tricatel, et qui œuvre pour une musique de qualité et d'éclectisme. Pour son premier album Bertrand s'entoure d'une fine équipe de collaborateurs, avec tout le génie Tricatel et son musée à merveille. Une "Ile de béton" au coffrage électronique et burlesque qui se lisse à l'aide d'une harmonie délicate donnant l'impression architecturale d'un Le Corbusier. Voilà qui résume la sensibilité de cet album avec cette chanson. En rénovant une partie de l'édifice musical français, Bertrand sait qu'il devra supporter l'incompréhension de ses contemporains et faire face à l'hégémonisme des grosses productions plastiques. Stimulant ses compositions de vapeurs satinées, à la manière d'un Burt Bacharach, avec une aquarelle remplie de moog et de guitares vintages, il enveloppe ses chansons de retenue et laisse découvrir sous ses faces cachées l'exaltation épicurienne. Une musique électronique à l'excentrique tenue qui s'allonge sur le sable chaud, comme Bertrand sur la pochette prolongeant l'hédonisme et la pudeur. La préciosité de dandy qui lui incombe, Bertrand en a fait son romantisme, en véritable gentleman de la mélodie, il déverse des hectolitres de douceurs électro-cheap en corrélation avec les textes. Houellebeck, Katerine et Mounet dirigent les mots vers les affres ingénieux de la torpeur humaine (Ma rencontre, Gris métal, L'observatoire, Le pays imaginaire).
Mais ce qui ressort sur ce disque c'est les formes sonores que Bertrand arrive à concilier, faire correspondre la brillance édulcorée d'une vertu passée pour une intemporalité électronique, et rendre aphone la durée en étendant la litote musicale. Cette musique dont beaucoup ignore l'existence même, est ici emplie de talent et relate à merveille le goût Tricatel, qui fond dans les torsades romantiques et psychédéliques de The Ssssound Of Music. (mercredi 2 octobre 2002)








BERTRAND BURGALAT

Non, ne partez pas! "C'est le mec qui produit les Shades et autres rockers du dimanche?" peut être, c'est vrai, la première réaction qui nous vient lorsqu'on nous évoque Bertrand Burgalat. Pourtant, ce chic binoclard, fondateur du label Tricatel, est un musicien qui mérite que l'on se penche sur son œuvre, et je vais essayer de vous en convaincre, comme maintes fois j'ai tenté de le faire en soirée à mes amis goguenards. Si The Sssound of Mmmusic sort en 2000, il est, à bien des égards, plutôt évocateur d'une période début 70s. Impossible, par exemple, de ne pas avoir à l'esprit le majestueux Melody Nelson lors des nombreux longs passages entièrement instrumentaux, à l'image de "Nonza" où s'entrecroisent synthés haut perchés, orgues, et la très belle et mélodique basse pendant que Burgalat fredonne du bout des lèvres quelques lalalala bien placés. Les lyrics participent également beaucoup à cette esthétique raffinée ; sur le superbe romantisme de "Gris Métal", c'est son ami Michel Houellebecq qui a pris la plume (leur collaboration a également donné naissance à un Présence Humaine mitigé). Mais en l'an 2000, The Sssound of Mmmusic c'est aussi la modernité, avec une production avant-gardiste sur de nombreuses tracks, qui n'a pas peur de côtoyer Air et l'expérimentation à plusieurs reprises. Dans la lignée de Gainsbourg et précédant Tellier, Bertrand Burgalat a la très grande classe d'un esthète distingué tout le long de cet album vers lequel on ne cesse de revenir. Quant aux Shades... on t'pardonne mon Béber, on t'pardonne.

Publié par andmoreagain









Éminence grise du label Tricatel,
 producteur et arrangeur multicarte, Bertrand Burgalat a passé ces dernières années à développer sa modeste PME. Mais, ô joie, cette jolie rentrée voit notre Brian Wilson français passer de l'autre côté le côté obscur ? de la console et sortir The Sssound Of Mmmusic, premier album aussi attendu qu'enthousiasmant. Dandy à la mèche impeccable, Bertrand a digéré trente ans de musique populaire, synthétisant samba et ballade acoustique, reggae glacé et dérive électronique, slow irrésistible et musique d'ascenseur en un joyeux melting-pot à la cohérence étonnante. Ce disque dissipe la mauvaise humeur plus sûrement qu'un quelconque vaporisateur ! Marre de Brian Eno ? Lassé de la dernière prise de tête electro entendue partout ? Ras-le-bol des compilations de génériques télé de vos potes ? Cet album est pour vous. Sachez que notre BB préféré et complice artistique de Valérie Lemercier chante comme s'il vivait sur L'Île Aux Enfants (Ma Rencontre, Le Pays Imaginaire) et achetait ses instruments chez Cash Converters. Peaufinant, des nuits durant, son bébé dans son laboratoire parisien, Bertrand, multi-instrumentiste hors pair, a finalement accouché d'un premier album dont on ne saurait s'éloigner longtemps (les formidables Nonza, Chaque Jour et Gris Métal), à ranger tout près du nouveau Henri Savador. Croyez-le, cette mmmusique est bbbonne !

Renaud Paulik







Bertrand Burgalat - Portrait-robot


Bertrand Burgalat est vraiment un type formidable : ses bons mots, ses interviews fleuves, ses anecdotes pas croyables en font une personnalité des plus attachantes. Quand s'y ajoute une passion sans faille pour la musique, qui l'a vu produire et sortir les meilleurs disques, les plus audacieux, sur son label Tricatel (Michel Houellebecq, Etienne Charry, The High Llamas, April March), on ne peut qu'admirer le bonhomme et sa constance. Et si l'on butait parfois sur ses choix esthétiques ou son léger dilettantisme (l'inachevé Sssound of mmmusic), un nouvel album parfait vient mettre les choses au point, et fait de Burgalat une valeur sûre de la pop hexagonale, l'égal de Katerine, Christophe, Polnareff, dans la belle et longue lignée des petits maîtres français, ces outsiders qui décrochent la palme à l'arrachée, sur la longueur d'une carrière, sans faire de concessions, avec des chansons pas faciles, des intentions peu lisibles, mais des ambitions énormes.

Ce Portrait-robot avec ses 19 titres alambiqués, ses retournements imprévisibles, ses chausse-trappes et ses contre-pieds, n'a rien du disque évident (et on peut saluer le courage de l'équipe Virgin / EMI, qui sort l'album). Il est pourtant toxique au plus haut point, pour ses contre-chants, ses variations intempestives, ses arrière-plans, qui en font une mine inépuisable d'écoutes et de réécoutes. Burgalat n'a pas choisi la facilité et on ne peut que saluer son intransigeance et son obstination à faire un disque qui lui ressemble (complexe, érudit, multiple) et qui ne ressemble à rien d'autre. Burgalat semble avoir pris au mot le bonne phrase de Cocteau, "Ce qu'on te reproche, cultive-le. C'est toi", en faisant fi des critiques. Sa voix est peu assurée, un peu fausse, pas très pro ? Il en joue, en fait un élément de charme et de singularité. Ses disques partent dans tous les sens ? Celui-ci multiplie les divergences et les faux effets d'annonces. Sa musique est easy-listening, kitsch ? Il revendique les gimmicks muzak, assume le mauvais goût et le pervertit. Résultat : Portrait-robot est comme un disque-cerveau, labyrinthique comme son auteur, fragile et arty, presque conceptuel dans son dispositif (la cover est un véritable portrait-robot, réalisé dans un commissariat, sur les descriptions d'Elisabeth Barillé, l'album serait une déclinaison des différents traits de la personnalité de son auteur). Burgalat se dessine tout en brouillant les cartes et le sens de lecture, faisant son portrait à partir d'images indistinctes, de coq à l'âne, de repentirs et d'allusions. Portrait-robot avec ses lignes floues et ses couleurs paradoxales est presque un petit chef-d'oeuvre, comme on parlerait d'une belle toile ou d'un beau portrait. Il ressemble aussi au cabinet d'amateur, multipliant les épreuves, superposant les couches et les canevas, dessinant une géographie interne, aux limites d'une folie très personnelle.

Que dire ? Rythmiques discoïdes, harmonies pop, guitares dans les interstices, petites mélodies de piano inattendues, synthétiseurs qui apparaissent et qui disparaissent, Portrait-robot a aussi un côté prestidigitateur (il se joue avec les doigts, on y revient à la recherche de l'astuce). Et un cachet littéraire : on sait Burgalat abonné aux littérateurs talentueux (Houellebecq, Schuhl, Adrien ou Coe font partie de ses relations et de son panthéon), le voilà en bonne compagnie avec Elisabeth Barillé (la poésie laconique et entêtante de Noël sur ordonnance) ou d'autres invités de prestige : April March (la pop enchanteresse d'Another world gone by), Pascal Mouret (le pince-sans-rire Je suis seul dans ma chanson), Grégori Alexandre (Ma boîte à musique) et enfin, quatre magnifiques textes -notamment Pablo's dove- d'Alfreda Benje, dit Alfie, qui n'avait encore jamais écrit pour quelqu'un d'autre que pour son mari, Robert Wyatt. "C'était le monde à l'envers, sourit Burgalat : Wyatt chantait au téléphone sur mes musiques les textes de sa femme pour s'assurer que ça m'allait." Il y a aussi une comptine en suédois improvisée pour un anniversaire, puis, au détour de la plage 16, c'est Yatta-Noël, un archange classe et cramé, "un ami de vingt ans", qui prend le micro. "Je ne connais pas ce type, je ne suis même pas sûr de comprendre tout ce qu'il nous raconte, mais il a la grâce". Au final, beaucoup de mots de qualité, pour un album foisonnant, éclectique, dans la longueur duquel on se perd avec plaisir. Un vrai disque de producteur, un peu fou, un peu ovni, une boite à musique qu'on ne fermera pas de l'été, c'est sûr.

Wilfried Paris






Bertrand Burgalat
Portrait Robot
(Tricatel 2005)


par: //www.planetgong.fr/article-2247097.html

Dandy kitsch aux lunettes démesurées et à la mèche graisseuse, Bertrand Burgalat est un cas à part dans l'actuelle scène française. Une référence.

Fer de lance du rock indépendant hexagonal avec son classieux label Tricatel, ce génie du son obsédé par Brian Wilson et les ovnis sonores de toutes époques n'a pourtant que peu de disques à son actif. Si ses talents de producteur sont reconnus grâce à ses arrangements luxuriants sur les enregistrements d'April March (le petit chaperon rouge de la pop à la française), de Valérie Lemercier ou du provocateur Michel Houellebecq, peu connaissent ses talents de compositeur/interprète, pourtant mis à l'épreuve sur son premier manifeste The Ssssound Of Music et le live qui l'a suivi, le magique Burgalat Meets A.S.Dragon (qui a véritablement été l'acte de création du groupe parisien). Après plusieurs années derrière les consoles de mixage, Bertrand a remis la main à pâte pour sortir ce qui n'est finalement que son second album solo.

Comme on pouvait s'y attendre, la production sonore y est particulièrement travaillée et téléporte l'auditeur dans un autre monde dès les premières mesures. Après la courte introduction d' "Examen De Conscience", arrive un "Ripples" fracassant qui met une claque au duo Versaillais d'Air en leur exposant à la face ce qu'ils n'arrivent plus à faire depuis 2001. Ligne de basse tournoyante, chœurs aériens, orgue hammond, nappes de synthé, fuzz… on en prend plein la tête pendant une démonstration de force de trois minutes. Plusieurs bluettes s'enchaînent ensuite, souvent articulées autour de lignes de basse mélodiques qui renvoient fatalement à Brian Wilson ou à Gainsbourg période Melody Nelson. On pense là à "Spring Isn't Fair", "Je Suis Seul Dans Ma Chanson", "Noël Sur Ordonnance". L'ombre du grand Serge est en fait omniprésente sur le disque, en témoigne ce "Pablo's Dove" aux allures de "Décadanse". Qu'il est dur quand on est français de sortir de cette envahissante présence…

Plus loin Burgalat se jette à corps perdu dans l'expérimentation. On découvre des chimères splendides telles que "Ma Boîte A Musique", qui contient quelques clins d'oeil à Frank Zappa, des chœurs réminiscents des hurlements malsains du monolithe de 2001, Odyssée de l'espace et un final électronique blip-blip, qui s'enchaîne avec "Another World Gone By", ballade sunshine pop optimiste. Immédiatement après, "Demolition Derby" navigue dans les mêmes eaux funk-psychédélique que la mythique B.O. de Vampyros Lesbos. En milieu d'album, le numéro de music-hall de "Broder Kung" chanté en allemand par une jeune femme n'est pas mal non plus dans son genre. Enfin, l'enchaînement "Waiting For The Rain" / "-SansTitre-" qui commence façon Pink Floyd période Ummagumma (il fallait oser) et se transforme en spoken word disco gainsbarrien rend l'auditeur extatique.

Le talent de Bertrand Burgalat prend des formes inattendues. C'est là le point fort de ce disque : on est perpétuellement surpris. La richesse des arrangements est telle qu'on découvre des choses cachées dans les chansons à chaque écoute. La diversité des compositions fait de ce disque un éclatant arc-en-ciel sonore.

Evidemment, le principal point faible de Burgalat demeure sa voix, ou plutôt sa non-voix au timbre doux et monocorde. Toujours au bord de la rupture – et souvent pris en défaut – Burgalat n'est pas à l'aise avec son organe et décide de s'en foutre. Assumant complètement ses limites, il n'hésite pas à s'affranchir de la justesse de ton. C'est plutôt charmant et désamorce toute critique concernant le côté prétentieux de son œuvre. Cela s'applique aussi à sa pratique de l'anglais. Il paraît que les anglaises trouvent l'accent français sexy. Bertrand Burgalat est très sexy. Il dégage même un érotisme torride. Son anglais sur "The Angels Combine", "Spring Isn't Fair", "Another World Gone By" devrait lui valoir un autocollant Parental Advisory au Royaume-Uni. Tout cela confère à ces chansons un côté naïf désarmant qui rend le personnage de Bertrand Burgalat très sympathique, sans pose, un poète romantique. On sent que cela vient du cœur.

Les amateurs de rock'n'roll direct, qui ressentent la musique avec leurs tripes et ne supportent l'écrin doré dans lequel Burgalat enrobe ses chansons trouveront sans aucun l'album indigeste et interminable (54 minutes intenses). En fait, écouter cet album d'une traite est une véritable épreuve, et on met au défi quiconque de l'écouter d'une traite en intégralité. Trop d'informations, trop d'émotions, trop fort. On est submergé. Portrait Robot est un disque magnifique d'étrangeté, à classer dans la catégorie ovni, genre chéri par le bon Bertrand. La pop française sort la tête de l'eau et possède son génie culte. Un vrai bonheur.








"Qui est au bout du refrain ?
Je sens comme une distance", s'interroge Bertrand Burgalat sur l'inquiet Je Suis Seul Dans Ma Chanson. Au détour de ce Portrait-Robot en noir et blanc prêt à le faire passer, sur la pochette du moins, pour un acolyte en fuite d'Ulrike Meinhof, c'est pourtant bien lui que l'on reconnaît. Face à des temps incertains, Burgalat préfère jouer le tout pour le tout, et plus particulièrement la carte de l'introspection, au cours d'un disque en apparence austère (que sa conception berlinoise n'explique que partiellement), en réalité particulièrement culotté. Un peu à la manière de Sébastien Tellier et de son téméraire Politics l'an passé, le chanteur s'est souvenu de ce bon vieux précepte de Cocteau : "Ce qu'on te reproche, cultive-le, c'est toi". Il employait l'anglais avec un accent ? Il en a désormais fait un style à lui. On le trouve nostalgique, histoire de ne pas trop se creuser la tête ? Lui seul pouvait faire rimer "douves de chagrin" avec "baron Empain" sur l'unique texte dont il est l'auteur, tout en délivrant, avec Noël Sur Ordonnance, une superbe rumination contemporaine qui fait de Portrait-Robot bien plus qu'une simple relecture de The Sssound Of Mmmusic par Ralf Hütter et Florian Schneider. On se divertissait du "bonjour, Bertrand" sur l'inusable Ma Rencontre ? Avec Ma Boîte À Musique, il précise que "mon costume est étroit mais on y tient à deux" en allant au-delà de la blague schizophrénique. Comme une muse germanique et bienveillante, Regina Janssen, chanteuse de Donna Regina (dont la compilation a été distribuée par Tricatel), indique à Burgalat la bonne voie, en se joignant par intermittence à lui sur Paola et Waiting For The Rain. Un peu seul, donc, mais certainement pas mal accompagné.

JULIEN WELTER







Somptueux et ponctué de véritables moments de grâce, Portrait-robot installe définitivement Bertrand Burgalat dans son fauteuil d'académusicien.

Un portrait robot, c'est quoi ? Une image floue, définie sur des on-dit, des on-a-cru-voir, des on-pense-que… Cet homme a les cheveux bruns, lisses, avec une raie sur le côté, des grandes lunettes, un visage plutôt rond avec une fossette au menton. Vu sous cet angle, cet homme ne présente aucun intérêt particulier. Et pourtant, à l'intérieur de cet homme, de merveilleuses harmonies, des notes, des rythmes, des clés, des altérations, bémols, dièses, bécarres, des syncopes, des croches, des accords, secondes, tierces, sixtes, des triples croches, des siciliennes, des triolets, des da capo… Une source musicale inépuisable qui court, bouillonne et finit par jaillir sur les plages d'un disque : Portrait-robot.

L'intérieur de cet homme, un examen IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) du cerveau, un bilan audiométrique tonal, un électrocardiogramme, une échographie de profil de la tête -pourtant joints à la jaquette - ne permettent pas d'en identifier les composantes artistiques. L'origine de cet extraordinaire puits de musique est un secret impalpable et surtout indéfinissable par les techniques humaines, policières ou médicales.

Entre la première (Examen de conscience, mise en ambiance de quelques secondes) et la dernière plage (émouvant pianotage dépouillé), c'est à une bouleversante démonstration de talent pur qu'on assiste. Magistral et terriblement émouvant à la fois, cet enchaînement riche, varié et original de morceaux fourmillant de ressources, de finesse et de profondeur a - comme pour le témoin face à l'exercice du portrait-robot - quelque chose d'indescriptible, comme une peur de trahir en allant trop en décortiquer le contenu.

A l'aise dans tous les compartiments de son art, entouré de musiciens hors-pair, l'artiste nous offre un disque généreux, plein de détails magiques, de chansons parfaites, de clins d'yeux, d'orchestrations (cordes, cuivres, claviers) splendides que survolent d'authentiques instants de grâce. Une petite heure de bonheur rare et précieux à laquelle on se surprend à succomber au moins une fois par jour… depuis un mois.

La pop française a trouvé son roi : il s'appelle Bertrand Burgalat.

Roland Caduf
Juin 2005






bir


Cet homme n'est pas un criminel, initiale B.B pour les intimes, le nonchalant Burgalat revient en portrait robot. Je ne sais pas vous ? Mais moi Bertrand je ne l'ai pas reconnu sur la pochette, sur disque c'est on ne peut plus clair.
Bertrand est un personnage attachant, et très irritant pour d'autres car incontrôlable.
"Portrait robot" est un album introspectif, à la première écoute on a la sensation qu'il suggère, après approfondissement les nuages se dissipent et c'est à cet instant que la musique de Burgalat prend tout son essor. Grand pourvoyeur d'une décadence musicale, appeler aussi easy-listenning, l'homme est bien seul en France et le reste.
Il apporte à son émoi une ordonnance colorée et s'imagine parfois disco sur « Pleased me », ne reste pas aphone, ni trop bavard avec sa musique, lui applique une flopée de sensations, d'une délicate orchestration. De nombreux morceaux instrumentaux viennent éclore la beauté physique et palpable de ce nouvel opus qui fait suite au très remarqué "Meets A.S Dragon", les morceaux se plaisent entre mélancolie et survoltage élégiaque remplie de pop en stock, d'envolée kitschissisme électro. Pris entre les résonances de soft machine, d'orchestrations made in France, ça sent le comté au coulis de cerise trempée dans de la menthe sauvage, servit dans des couverts en argent véritable, fabriquée à cavaillon dans le luberon.
Monsieur B.B aime la musique, il joue du piano debout, je sais c'est peut être un détail pour vous mais aussi de la basse, en fait il joue de tout, c'est le monsieur bricolage d'une musique exigeante et raffinée, qui ne s'encombre pas de flatter, ni de plaire, elle vous happe tout simplement par son épanouissement, sa sauvagerie profonde, on peut la taxer d'élitiste si on n'écoute que ce que la radio diffuse, sinon elle est en-vie. (mercredi 14 septembre 2005)







DJ Yann   
   
Magistral ! Bertrand Burgalat n'est pas cet académicien imbu qu'en font les mauvaises langues. Il n'a d'ailleurs pas intitulé son œuvre « Initiales B.B. ». Car là où d'autres font dans l'onanisme hagiographique, Burgalat écrit un « portrait-robot » en langage universel. Un voyage introspectif, rétrospectif, prospectif, où chacun, s'il y prend garde, retrouvera une partie de soi.
Avec juste ce qu'il faut de recul, avec cette hardiesse propre aux visionnaires, B.B. revisite dans chacun de ces 19 titres un registre différent de la musique contemporaine et le transfigure en une peinture vaporeuse, aux couleurs chaudes : une musique bimillénaire aux couleurs du futur, un retour aux sources qui nous propulse en avant.
Les titres s'enchaînent, les morceaux du puzzle s'assemblent, les traits du personnage sont palpables à présent : c'est lui, c'est toi, c'est moi, c'est nous tous : un « portrait-robot » universel. (02/08/2005)





kreuztberg   
   
Un des nombreux charmes de Burgalat consiste à se jouer du désuet et du soi-disant révolu avec une aisance sans égal. Il ne cherche pas à moderniser, pas plus à remuer des flacons de formol, mais au contraire il réactive et se réapproprie des univers laissés sur la touche. En grand chef opérateur, il maîtrise le choix des éclairages, l'angle et le cadrage adéquat. Et, il nous fait son cinéma pour notre plus plaisir. Musica paradisio ! (29/01/2007)









Bertrand Burgalat (Portrait Robot)
"Ne vous fiez pas au titre "


Bertrand Burgalat, le pape de la pop francaise vient de publier son nouvel album, "Portrait Robot", sur Tricatel et Virgin. Pour feter son 42eme anniversaire Burgalat met les petits plats dans les grands, avec un disque ambitieux, genereux (19 titres) et surtout tres reussi. Ne vous fiez pas au titre, car les chansons revelent ici la personnalite tourmentee, amoureuse c'est a dire, humaine du personnage.

Apres trois albums salues par la critique ( "Quadrille", The Sssound of Mmmusic", "BB meets AS Dragon"), de multiples concerts et productions, l'infatiguable boss du label Tricatel (Michel Houellebecq, Valerie Lemercier, Count Indigo, April Mrach…) revient avec un album a la fois futuriste et reference.On pense notament a Gainsbourg, Polnareff, Kratwerk, ou encore Chic. Les titres , tous enregistres chez BB a Berlin, laisse entrevoir un homme familier mais egalement etranger…comme un portrait robot. Sauf qu'ici la fonction du portrait robot n'est pas de rechercher un dangereux criminel, mais d'acceder aux merveilles qui sortent du cerveau de cet artiste hors normes, comme en temoignent le livret et l'interieur de la pochette, ainsi que le premier titre "Examen de Conscience". Le diagnostique revele que BB souffre d'une creativite et d'un ecclectisme debordants. Ainsi, le veritable genie de BB est de combiner plusieurs genres (disco/chanson/funk/classique/pop), de transcender les cliches et de creer un univers a la fois singulier, accessible et imediatement identifiable pour l'auditeur.

Les orchestrations sont classieuses et luxuriantes. Les choeurs, envoutants et noyes dans un echo psychedelique. BB parle, chante, parfois juste et parfois faux. Parfois en francais, parfois en allemand, parfois en anglais. Les aproles de "Noel sur ordonnance", parlent des progres de la science et du desir de jeunesse eternelle". "Je suis seul dans ma Chanson" lui permet d'exprimer son malaise quasi autiste dans un monde hostile et etranger: "prisonier a l'exterieur". L'accrocheur "Another World Gone By" montre que BB est capable de composer de veritables singles. Esperons que cet album consacrera BB aux yeux du grand public comme l'artiste francais le plus doue de sa generation. "B initials, B initials, B initials, BB"…







Bertrand Burgalat - Chéri BB


Il y a deux ans, Portrait-robot, concept album et disque cerveau, avec ses lignes floues et ses couleurs paradoxales, apparut comme un vrai petit chef-d'oeuvre, une balise immanquable dans le paysage de la pop française, entre Polnareff et L'Homme à la tête de choux, belle toile, beau portrait, cabinet d'amateur, multipliant les épreuves, superposant les couches et les canevas, dessinant une géographie interne, aux limites d'une folie très personnelle. Bertrand Burgalat, chic producteur et patron de Tricatel, revient aujourd'hui avec un Chéri BB à tonalité plus rock (rythmiques en avant) et frontale (moins de jolis salmigondis, mais structures carrées et refrains hauts), sans le liant conceptuel du précédent, mais avec une fraîcheur pop renouvelée. Burgalat a récemment composé pour la Popstar™ Christophe Willem ou la lolita maison Allegra, a sorti ses bébé-rockers à lui Les Shades, et on verra dès lors Chéri BB, succession de tubes pop potentiels, comme la résultante et le prolongement de ces tentations mainstream, idéaux radiophoniques de producteur Svengali, visées pop(ulaires) des plateaux plasma, Drucker et tutti quanti. Reste que Burgalat est trop compliqué dans sa tête, franc-tireur et esthète pour accepter les compromissions du prime-time, il se tire toujours une balle dans le pied par souci d'intégrité, simple gentillesse ou faiblesse pour les marges. Et c'est en cela qu'il est irrémédiablement attachant : narcissique tension vers les sommets des charts et amour pur de l'indépendant, qui le fait distribuer son album en VPC ou simple téléchargement, Burgalat est partagé. C'est humain.

Il y aurait beaucoup à dire sur cet album, mais pour verser dans la psychanalyse de rock-critic, Chéri BB, en un sens, nous donne à voir cette ligne de partage entre un idéal du moi illuminé par d'irréels plateaux télé berlusconiens (une speakerine italo annonce l'orchestre sous les applaudissements, dans Un Sogno du televizione) et un principe de réalité marqué par une culpabilité oedipienne ("J'ai été un vilain, vilain, garçon", I've been a bad bad boy), qui ramène sans cesse le chanteur à ses démons et ses obsessions, à son enfance ("Nous étions heureux, et nous ne le savions pas", sur Nous étions heureux). Chéri BB ressemble ainsi à une "demande affective", comme une recherche de sollicitation et de sollicitude, presque enfantine. Ce besoin d'affection, d'amour, serait la condition du chanteur pop, prolongement d'une demande personnelle, oedipienne, adressée à une mère fantasmée, désormais incarnée par le public, la masse entourante et bienveillante, utérus géant applaudissant son enfant, son chéri. Et en même temps, cette condition de chanteur public, cet amour conditionné, marquerait la fin de l'amour inconditionnel, l'amour anonyme, aimer l'autre juste pour ce qu'il est, hors des apparences (comme le suggère Anonyme amour : "Quand mon nom fera vendre des parfums des lessives (…), Saurai-je plaire à quelqu'un qui n'a pas la télé ? Anonyme amour, t'ai-je déjà perdu ?"). En ce sens, ce disque est éminemment contemporain, réfléchissant à la fois sur la condition publique de chanteur pop et sur les aspirations, les idéaux, de l'artiste.

S'il y a un concept à chercher dans Chéri BB, c'est donc celui-ci : le chiasme entre le désir d'amour universel (la célébrité pop) et la nostalgie d'un amour inconditionnel et perdu (celui de la mère). Formellement, cela se traduit par une production moderne impeccable (rythmiques qui claquent, basses rondes, claviers pointilleux, groove certain) et une nostalgie qui nimbe tout : l'electro-pop régressive 80's à la Jacno (Rectangle-Nesquik-Tekilatex) de Nous étions heureux, l'italo-disco avec cordes Curtis sur This summer night (chanté par un Robert Wyatt angélique et lointain). La parfaite légèreté pop de cet album est contrebalancée par la morbidité de certaines thématiques : Mal de bright parle ainsi de la mort et de la maladie, dans sa dimension publique ("J'aurais voulu une belle affection, pour attirer l'attention"), comme un check-up au milieu de la vie. Entre futur inquiet, présent conscient et passé rêvé, l'album se clôt sur une chanson qui donnerait des leçons d'évanescence à Air, la bien nommée Happy in between. Heureux dans l'entre-deux, total borderline.

Wilfried Paris








Chéri B.B. de Bertrand Burgalat
chronique d'album


Chéri B.B. ne fait sans doute pas référence au personnage de Gaston Leroux, mais bel et bien à un Bertrand Burgalat décidé à se regarder en face, et pour le meilleur : "Nous étions heureux dans cet endroit/Pourtant, je rêvais que je n'y étais pas/Soudain comme un orage d'été/Soudain les années sont tombées", fredonne-t-il, sans rire, dans les premiers instants de ce troisième Lp. B.B. aurait surmonté l'étape du maladif Portrait-Robot (2005) et sort plus rapidement qu'à l'accoutumée (plus facilement ?) cet album direct et raffermi, mais toujours équivoque. Le véritable Horla de la chanson française, c'est lui, que certains ont pu croire farceur ou hautain, alors qu'il n'était que le prisonnier de ses effrois. Il les libère sans les apprivoiser : moyens minimaux, effets maximaux. Sur Grande Remise, plus Jean-Jacques Perrey que jamais, il parodie le phrasé de Michel Houellebecq, sept ans après leur album commun (Présence Humaine). Pour lui renvoyer l'amabilité suite à La Possibilité D'Une Île (2005) ? Avec Anonyme Amour, il invective : "Saurais-je plaire à quelqu'un qui n'a pas la télé ?" Prend-il sincèrement le taureau par les cornes pour estimer qu'à l'heure actuelle, il ne serait toujours prisé que de quelques Moujahidins de la culture disposés à ne jamais regarder le petit écran ? Ou bénéficie-t-il simplement du privilège de continuer à rêvasser, jusqu'à imaginer Tricatel en vedette sur la télé berlusconienne (le bref Un Sogno Di Televizione) ! Sur Chéri B.B., même sa solitude tant redoutée paraît battue en brèche, le temps d'un duodisco pop (This Summer Night) avec Robert Wyatt, l'aîné qui représente la bonhomie, l'atypisme et les coups du sort (tient, tiens). Une chose est sûre : de la joie sinistre de Portrait-Robot, Burgalat, ici tour à tour funky et mods, est passé aujourd'hui à un exposé concis et très divertissant de ses névroses.

Julien Welter
 





chronique
par Rémi


Bertrand Burgalat n'a jamais aimé les gémissements de tristesse, les plaintes frontales exprimées avec déchirement et pathos. Sa mélancolie à lui, sa tristesse éternelle (l'histoire tragique de sa famille, tous disparus à ce jour) il l'exprime avec distance, même parfois avec légèreté. Ainsi arrive t'il (ce que je qualifie de véritable exploit pour ma part) à nous mettre les larmes aux yeux avec une chanson de disco-pop lumineuse et enchanteresse, composée par ses soins et chantée par l'homme providentiel : Robert Wyatt qui en connaît également un rayon en mélancolie et nostalgie nuageuse.

Déjà soyons clair : avoir le nom de Robert Wyatt sur un disque français est déjà une prouesse tant l'homme est mythifié, vénéré de partout dans le monde, à commencer par, au hasard, Radiohead. Ce survivant du rock psychédélique anglais de Soft Machine a atteint ce statut quasi céleste à coup d'accident de parcours (une chute il y a bien longtemps qu'il lui vaudra d'être paralysé de ses jambes à vie), et d'albums en forme de chef d'œuvre ("Rock bottom").

Tout le monde aime Robert Wyatt, de Bjork en passant par Alain Soral et donc Bertrand Burgalat qui tout jeune a été soufflé par la beauté aquatique de "Sea song". Le duo (puisqu'on peut tout de même entendre Burgalat fredonner quelques phrases avec Wyatt) fraîchement intitulé "The summer night", rend aux amoureux de la pop un fière service : il réunit tous les tics de cette musique et les sublime insidieusement (mélodie aérienne, orchestre de cordes radieuses, rythmique sautillante, orgue et basse vintage) pour, en quelques sortes, nous faire danser sous la lune. Ou sur la lune. Ou juste à côté. En bref, c'est au choix.

Naturellement, le reste de l'album "Chéri B.B" n'est pas du calibre de cette chanson. Ni même de ces derniers essais ("Triggers" d'April March, "The sound of music", tous deux chroniqués sur ce site). Se repose t'il sur ses lauriers ? Sur une recette Tricatel bien huilée qui a fait la renommée de ce label fantasmagorique et inédit sur notre territoire ?
Clairement, on assiste ici à la suite du dernier opus en date "Portrait robot", un album introspectif et partant dans un peu près dans les sens.
On a bien compris la trajectoire de Burgalat, on commence à cerner le personnage : ce génie de la musique populaire, autrefois étiqueté "easy listening", n'aura pas une carrière de chanteur de variété ennuyeuse et redondante, non. Il veut imposer son propre style, un style qui flirte, qu'il le veuille ou non, avec le kitsch. Burgalat ne se prend pas au sérieux, et c'est ça qu'il le différencie de, au hasard, un groupe comme AIR. Et c'est ça qu'il lui vaut peut être une si faible reconnaissance public. Bertrand Burgalat c'est le André Popp des années 2000 : un artiste qui aime profondément la pop dans tous ce qu'elle a de plus noble et qui, avec un deuxième degré salutaire, impose un univers à la fois passéiste (plus vraiment à présent) et hédoniste. En exorcisant ainsi son mal être. Pas facile comme mélange. Un gars pas comme les autres.

En jetant un œil dans le rétroviseur on peut dire, que cette attitude s'est révélée au final gagnante : il est toujours debout, il est toujours indépendant et surtout pas un des albums sorties sur son fameux label Tricatel n'est à jeté : au contraire pour la plupart se sont de purs joyaux. Allez donc faire un tour du côté des disques des High Llamas, de Count Indigo, de Donna Regina, d'Eggstone, d'Etienne Charry, de Michel Houellebecq, de Major Deluxe ou de A.S Dragon…..

"Chéri BB" (puisque c'est ce disque dont il s'agit, sorti uniquement en téléchargement sur Internet et en vente par correspondance sur le site Tricatel, c'est à préciser) est à tour de rôle répétitif, funky, mods, mélancolique, poétique, groovy, chiant, popy (euh là ça marche pas), ultra kitsch, rigolo, hypnotisant... "Mal de Bright" fait de lui un Christophe Willem ringard (dont il composé pas mal de chansons sur son premier disque "Inventaire", preuve que le bonhomme n'est pas élitiste) sur fond de disco préfabriqué, "J'ai quelque chose à dire" le transforme en Nino Ferrer rigolard, tandis que "Out of touch" mélange mélodie yéyé et techniques de productions modernes. Un peu sa marque de fabrique.

Alors oui tout n'est pas bon dans ce puzzle, il y a des moments même où tout semble vain. Qui, à notre époque, peut encore apprécier la musique de ce dandy décalé et maladroit ? Burgalat a-t-il finalement encore sa place dans l'industrie du disque en 2007 ? Perdu dans nos songes, on en oublierai même ce titre nommé mystérieusement "Grande remise" qui arrive sans crier gare.Arrangement magnifique, rêverie solitaire et vintage qui invite les mots d'un poète (pas Houellebecq mais on aurai cru) dans la bouche bienveillante d'un Bertrand plus nonchalant que jamais. Un conseil : cet homme est type précieux, au lieu d'attendre sa mort et d'en faire des compilations saluant son génie, faites lui signe maintenant. (vendredi 5 octobre 2007)







Bertrand Burgalat

Il compose Quadrille, première réalisation de Valérie Lemercier, sorti en 1997. A l'époque, il est intronisé parmi les chefs de file de la nouvelle B.O. française... On le retrouve en fait en 2005, à nouveau pour Valérie Lemercier et son Palais Royal, mais sa contribution est finalement assez maigre...
               
Bertrand Burgalat l'affirme sans détour : « J'ai été heureux jusqu'à l'âge de 7 ans, après ça s'est gâté », le temps d'entendre sur un marché Puppet on a String de Sandie Shaw, un choc, le début d'une vocation… Bertrand étant né en 1963 à Bastia, on comprend alors mieux cet espèce de charme sixties rétro qui émane de ses productions : ce qui a suivi 1970 l'intéresse assez peu…

L'homme avoue d'ailleurs avoir assez peu de hobbies, assez peu de centres d'intérêts, et s'en porter pour le mieux. La musique ? Il porte un regard assez dédaigneux sur la « nouvelle vague française » à laquelle on l'associe parfois un peu vite. Le cinéma ? S'il concède quelques coups de cœur pour Fellini, Cocteau ou Duvivier, il ne s'y intéresse pas. La musique de film, alors ? Il se voit bien compositeur d'un « péplum radioactif, type Maciste et les algues tueuses »…

On le comprend donc assez vite : il y a plusieurs Bertrand Burgalat.

Celui, désinvolte et un peu mollasson, qui joue avec une image publique trop stéréotypée d'héritier vintage de Gainsbarre, et qui livre des aphorismes bien sentis à des médias ne demandant que ça, à l'instar de son ami Michel Houellebecq – il avoua ainsi à des Inrockuptibles évidemment ravis qu'un de ses rêves était de travailler avec l'ancienne ministre de la justice socialiste Elisabeth Guigou, « parce qu'elle a toujours l'air un peu triste ».

Il y a aussi celui, toujours taquin mais au contraire hyperactif, qui fonde le label Tricatel en 1996, comme pied-de-nez aux labels pseudo-indépendants des majors, et qui gambade allègrement hors des sentiers battus de la production et de la distribution nationales, en produisant le premier album de Valérie Lemercier (et son fameux Goûte mes frites ), en numérisant la voix d'Ingrid Caven ou en faisant découvrir celle d'April March, et, évidemment, en faisant chanter Houellebecq sur son album Présence humain (2000) (ou plutôt en le faisant parler, car comme le dit Burgalat, « on l'a fait chanter sur deux pistes qu'on n'a pas gardé, ça ressemblait trop à du Bachelet »).

Et puis, il y a celui, plus insaisissable peut-être, qui ne s'exprime que sur les platines, auteur, compositeur, interprète, arrangeur…

Celui-là débuta en réalisant la fameuse musique Gaumont entendue dans tous les cinémas de France (piste n°1 de l'ironique album L'âge d'or de Tricatel , sorti en 2004) ou en illustrant des pubs pour Twingo ou Saint-Laurent… Et puis, accompagné de ses excellents musiciens d'AS Dragon, lesquels ont depuis sorti des albums sans Bertrand, dont l'étonnant Spanked (2003), il livra quelques singles, puis quelques albums, le plus fameux étant sans doute The sssound of Mmmusic (2000)…

Il serait un peu réducteur de réduire le son « Burgalat » à une espèce d'easy-listening pop rétro, tant il a sa nature propre, à la fois très moderne et délibérément kitsch, au confluent finalement de ses goûts musicaux pour le moins éclectiques, puisqu'il cite aussi volontiers Maurice Ravel que Johnny Hallyday, Pierre Vassiliu que Jean Wiener, Taxi Girl que Brigitte Fontaine, Kraftwerk que Léo Ferré…

Ce style hétéroclite et farfelu avait parfaitement correspondu à la première incursion de Burgalat dans la musique de film, pour Quadrille , première réalisation de Valérie Lemercier, sorti en 1997. A l'époque, il est intronisé parmi les chefs de file de la nouvelle B.O. française et puis, l'homme, fuyant, hermétique, jamais là où il est attendu, disparaît du paysage…

Tricatel produit bien la Bande Originale du Vélo de Ghislain Lambert en 2001, par Philippe Eidel, mais Burgalat n'y participe que de loin. On le retrouve en fait en 2005, à nouveau pour Valérie Lemercier et son Palais Royal , mais sa contribution est finalement assez maigre (générique de fin, thème principal plus un projet de générique de début finalement abandonné), aux côtés d'une compilation de morceaux préexistants.

Quand on lui demande pourquoi il ne réalise pas plus de B.O., il esquive, et finalement, au détour d'une conversation, concède : « les réalisateurs ne pensent pas à moi ». Ou peut-être leur fait-il peur. Mais Bertrand Burgalat, toujours énigmatique et désinvolte, n'en semble pas plus affecté. Il suit son petit bout de chemin, avec Tricatel, qu'il conçoit toujours, malgré les succès (d'estime surtout), comme un grand terrain de jeu… Car comme il le fait dire à Ingrid Caven sur le court morceau introductif de son album Chambre 1050 , « et moi pendant ce temps là, je regarde tous ces gens là, j'écoute tous ces trucs là, et je fais la la la la ».

Texav






Inédits  Bertrand Burgalat


CD album . Paru en 30 septembre 2011

21 titres incunables de Bertrand Burgalat de 1992  à aujourd'hui
Ce disque, qu'on pourrait croire réservé aux fans, est au contraire peut-être le disque idéal pour plonger dans l'univers de Burgalat. Collection de raretés, de démos, d'instrumentaux, clefs d'entrées pour sa musique...







Bertrand Burgalat › Bertrand Burgalat meets A.S dragon



enregistrement

Enregistré par Stéphane Poitevin pendant la tournée TSOM sur système mackie hdr 24 ; mixé par BB sur console d8b
line up

Bertrand Burgalat (orgue, piano électrique, chant), Stéphanie Salvi (guitare soliste), Hervé Bouétard (basse, chœurs), Michael Garçon (orgue, synthétiseur), Fred Jimenez (basse, chœurs), Peter Von Poehl (guitare rythmique, chœurs)

 A travers le monde et tout particulièrement en France, Bertrand Burgalat et ses A.S Dragon sont devenus à grand coup de concerts psychédéliques le renouveau de l’easy-listening français. L’homme préside son label Tricatel avec de passionnantes découvertes, faites d’aplombs et de prises de risques musicaux. D’entrée, on est pris de court par une reprise d’une chanson d’Amanda Lear, aussi fugace qu’efficace.

Dans la moiteur "gris métal", le dandy français entonne "et je te sens un peu nerveuse, calme toi un peu mon amour, je te lècherai les muqueuses", dans un décor où scintille un mobilier d’aspérité sensuelle à la caresse poétique. La chanson "Ma rencontre" est prompte à un délire à la fois humoristique et attachant. Absorbés dans l’intimité, innocents et fragiles, nous abordons l’espace qui se dilate sous nos sens.

L’abandon semble alors acquis et la schizophrénie psychédélique des morceaux s’amoncelle en un fragment disparate. Dissous dans l’acide, le bonheur vivifiant (peut-être un peu ingénu quelquefois) est tenu par la fréquence rythmique d’un batteur efficace, de parenté avec le batteur des Muppets Show (c’est pas possible ou quoi ??), dans un maelström électro vintage.

Un son pop rock des seventies à la fois brut, chargé et élégant. Guitare dans l’esprit de l'"Histoire de Melody Nelson" de Serge Gainsbourg. Conçu dans l’échange, c’est un album abouti dans une relation amoureuse avec le côté Tricatel qui est en nous. Critiqués de primesautiers élitistes, Bertrand et ses musiciens s’en raillent, l’affront de leur fraîcheur et l’intemporalité de leurs morceaux forcent la bravoure. Seconde reprise pour un "The tears of a clown" en filiation pop, au final apocalyptique.

In fine, un album chic et pas toc, brillant et concis dans l’emprise visionnaire et passée. "Dandysme à la française" !!! (lundi 1 juillet 2002)









Bertrand Burgalat a créé son propre label Tricatel
 
(si vous avez vu l'aile ou la cuisse…) et il s'efforce tant bien que mal a redonner ses lettres de noblesses à la musique pop, bien mal en point actuellement avec les soupes que nous balance MTV durant les pauses inter-pub. Avouons que ce qui sort de son label est souvent très intéressant. Ce disque est l'illustration de la réussite pop. Une sorte de melting pot de tout ce que cette musique a fait de bon depuis les années 60 (années 80 comprises!). Burgalat est parti en tournée avec les A.S. Dragon et nous avons là le témoignage live de ces soirées. On débute avec un magnifique "Follow Me" (écrit par Amanda Lear!!) qui nous donne vraiment de suivre son conseil, ensuite il s'auto-rencontre (!) sur un texte de Katherine, puis on retrouve l'ambiance de son disque avec Michel Houellebecq sur des titres comme "Gris métal" ou "O.K. Scorpios" et le style se fait faux-crooner sur "Sugar". Reste d'autres titres tout aussi bons, dansants, intelligents, kitsch, classiques… bref l'avenir de la pop passe par l'hexagone et ce nouveau label.

le sto, le 11 05 2004














 


27/04/2011
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres