Alain YVER

Alain YVER

BERTRAND BURGALAT (partie 2)

BERTRAND BURGALAT




http://www.tricatel.com/index-xmas-fr.php

http://www.myspace.com/tricatelburgalat

Site consacré à Bertrand Burgalat et à son label Tricatel
http://okbertrand.free.fr/

Les Batignolles selon Bertrand Burgalat
http://www.lefigaro.fr/sortir-paris/2011/04/04/03013-20110404ARTFIG00779-les-batignolles-selon-bertrand-burgalat.php


http://www.google.fr/search?q=burgalat&start=10&hl=fr&safe=off&client=firefox-a&sa=N&rls=org.mozilla:fr:official&prmd=ivns&source=univ&tbm=vid&tbo=u&ei=UuO3Taa0PM288gP84OxD&oi=video_result_group&ct=title&resnum=3&ved=0CCMQqwQwAjgK

une longue interview de 2004
http://www.popnews.com/popnews/burgalatitw1/

http://eco.rue89.com/2009/03/13/bertrand-burgalat-pourquoi-je-soutiens-la-loi-hadopi

http://www.ina.fr/ardisson/tout-le-monde-en-parle/video/I09225090/bertrand-burgalat.fr.html

http://obsession.nouvelobs.com/personnalites/20120412.OBS6027/de-saint-lazare-a-suresnes-la-voie-ferree-royale-de-burgalat.html






Bertrand Burgalat est un producteur, musicien et compositeur français né à Bastia le 19 juillet 1963.

Biographie

Fils de haut fonctionnaire - son père exerçait, au moment de sa naissance, la fonction de sous-préfet en Haute-Corse - Bertrand Burgalat est élevé, selon ses propres termes, « dans des palais ». Durant sa scolarité, il découvre le rock et décide de faire carrière dans la musique.

Carrière musicale

Peu satisfait de sa carrière et confronté dans les années 1980 à une forme de « vide existentiel », Bertrand Burgalat se rend en 1987 en Slovénie et y rencontre le groupe Laibach, dont il devient l'arrangeur et le producteur. Revenu en France au début des années 1990, il travaille sur divers projets comme la bande originale du film Les Nuits fauves. En 1994, il monte son propre label, Tricatel[1].

Il est connu pour divers projets éclectiques :

    * production et arrangements pour des artistes et groupes tels que Alain Chamfort, Pizzicato Five, Adamo, Dominique Dalcan, Jad Wio, Einstürzende Neubauten, Ollano, Laibach, Katerine, Valérie Lemercier, Mick Harvey, April March, Supergrass, Michel Houellebecq (Présence humaine), Christophe Willem, Alizée, Les Shades, Depeche Mode. Il participe au projet Gruesome Twosome (avec Samy Birnbach et A.S. Dragon ;
    * fondateur du label Tricatel (http://www.tricatel.com/site/) dont le nom est tiré du film de Claude Zidi L'Aile ou la Cuisse et dont la première sortie fut l'album de Valérie Lemercier ;
    * organisateur des soirées Tricatel, dans un bowling de l'avenue Foch, puis à Mains d'Oeuvres ;
    * bandes originales des films Les Nuits fauves de Cyril Collard, Quadrille, et Palais Royal ! de Valérie Lemercier;
    * nombreux remixes : Easy Tiger de Depeche Mode, Soul II Soul, ou Sexy boy de Air ;
    * trois albums sous son propre nom : The Sssound of Mmmusic, Portrait Robot et Chéri B.B. (qui comporte un titre chanté par Robert Wyatt), ainsi qu'un album avec A.S. Dragon : Bertrand Burgalat meets A.S. Dragon.

Les productions Tricatel, appréciées de la critique, demeurent relativement confidentielles jusqu'en 2006, quand Bertrand Burgalat est contacté pour écrire des chansons pour Christophe Willem, passant du simple succès d'estime au succès commercial[1].

Il a été décoré de l'Ordre des Arts et des Lettres en avril 2009 par la ministre de la Culture, Christine Albanel. Etaient présents lors de la remise des insignes : Valérie Lemercier, Marc Lavoine, Jean-Paul Rouve, Philippe Manœuvre, et Jean-Charles de Castelbajac.

Vie privée

Bertrand Burgalat a été durant plusieurs années le compagnon de Valérie Lemercier[2]. Ils se sont séparés en 1997, mais sont restés des amis proches[1].

Selon le journaliste René Monzat, Bertrand Burgalat a été membre, dans les années 1980, du mouvement d'extrême-droite Troisième voie, dirigé par Jean-Gilles Malliarakis[3]. Il abandonne ensuite cet engagement pour se consacrer exclusivement à la musique. En 1999, Bertrand Burgalat déclare dans une interview accordées aux Inrockuptibles : « J'ai fait des conneries. (...) [Vers 18 ans], tu peux faire vraiment des grosses conneries, des trucs dangereux, violents. Y compris sur des histoires politiques... Je ne m'en vante pas : non pas sur le plan moral, mais parce que je n'ai absolument aucune nostalgie pour cette période de ma vie »[4].

   1. Å™ a, b et c Benjamin Locoge, Les échecs réussissent à Bertrand Burgalat [archive], Paris Match, 16 août 2007
   2. Å™ Bertrand Burgalat [archive] sur RFI musique
   3. Å™ René Monzat, Enquêtes sur la droite extrême, Le Monde éditions, 1992, page 120
   4. Å™ Bertrand Burgalat - Goûte mes disques [archive], Les Inrockuptibles, 19 mai 1999







Bertrand Burgalat,
producteur, auteur, compositeur, interprète, directeur du label Tricatel.


Burgalat ! Juste le nom. Comme pour les grands… Evidemment il y a ceux qui savent, et les autres… Qui savent l'homme musicalement plus que lettré. Et surtout plus baraqué que cette simple étiquette de « Fils de la vengeance de Gainsbourg »… La filiation, souvent audible, n'est pas à remettre en cause, simplement l'univers de Monsieur Bertrand s'étend savamment de la chanson au rock'n'roll, de la soul à la pop, de l'electro barjo à la B.O. rétro. Et plus si affinités. Affinités avec des Roubaix, Goraguer, Vannier, Polnareff, Wyatt certes mais à tant d'autres choses aussi… Producteur, musicien, compositeur et directeur de label (Tricatel), sa route croise celle d'un casting fou où la lecture des noms déroute finalement autant que le personnage lui-même : Robert Wyatt ou April March, Alain Chamfort ou Pizzicato Five, Adamo ou Supergrass, Dominique Dalcan ou Einstürzende Neubauten, Laibach ou Katerine, Michel Houellebecq ou Christophe Willem, Alizée ou les Shades… Derrière ses lunettes pompidoliennes et ses cravate Ted Lapidus, Burgalat est surtout homme de goût. L'ouïe fine et subtile d'un « malade de musique » comme on dit, appellation revendiquée par tant mais finalement rarement méritée.






Autobahn66.com
Interviews


Bertrand Burgalat
"Je sais ce que c'est qu'un mauvais groupe de rock"

Successeur de The Sssound of Mmmusic et de Portrait Robot, Chéri B.B. constitue à la fois la parfaite synthèse et le sommet du génie de M. Tricatel (le label d'AS Dragon, April March, Valérie Lemercier, Michel Houellebecq, High Llamas, Shades...): on y retrouve cette voix maladroite et touchante, cet humour de dandy et ces mélodies intemporelles. Dans la préface du livret, Mike Always écrit d'ailleurs que "Bertrand is now at his artistic peak". Mais il y est aussi question du manque de reconnaissance de son travail; c'est là que le bât blesse. Comment se fait-il que ses disques et ceux du label en général, pourtant classieux (ces pop songs parfaitement accidulées, ces arrangements formidablement luxuriants!), n'aient jamais rencontré le grand public, voire vos oreilles...? Burgalat a " quelque chose à dire " avec cet album et vous feriez mieux de l'écouter à n'importe quelle " balise pour centre d'écoute ", " this summer night " (de préférence avec Robert Wyatt) ou à " Taverny ".


OLIVIER RIGOUT: Bonjour Bertrand, j'ai vu que tu avais quasiment tout fait tout seul sur ce nouveau disque: écriture, instruments, prises, mix et tu sors ça en digital dans un premier temps. Une forme de retour à l'artisanal en réaction à la crise du disque?
Bertrand Burgalat: Pour ce qui est de l'enregistrement ça a toujours été le cas, j'ai toujours fait des albums avec des moyens 8 à 10 fois plus bas que des productions indé équivalentes et avec un budget marketing proche du néant. Donc ça implique de jouer soi-même un maximum d'instruments etc. Mais il y a longtemps que je trouvais qu'on restait assez conventionnels dans la façon de sortir les disques et que ça  ne nous avait servi à rien. Quand on est comme moi assez maladroit côté commercialisation il y a toujours des donneurs de leçons qui expliquent qu'on ne peut pas s'en sortir si on ne fait pas çi ou ça, si le clip n'est pas fait de telle façon etc. En fin de compte ces concessions ne nous ont servi à rien donc on essaye de rester fidèles à ce que doit être le label, une structure d'autoproduction qui sort des disques qui demandent parfois un petit effort pour être trouvés, effort finalement pas si important comparé à ceux qu'on déploie pour le faire.

Ton nouvel album s'appelle "Chéri B.B.", c'est un moyen de conjurer le sort ou tu aurais pu l'appeler "Maudit B.B."?
C'est toujours pareil quand un disque est terminé et va sortir, je   suis heureux de l'avoir fait et en même temps je suis découragé   d'avance à l'idée que le plus compliqué est à venir. Je ne me sens pas du tout maudit, souvent les gens me jettent à la figure mon manque de succès, comme si ça leur posait des problèmes et pas à moi; j'ai beau avoir un côté râleur je trouve que j'ai beaucoup de chance de faire de la musique, c'est à dire ce que j'ai toujours rêvé de faire; ce qu'il y a de plus difficile ce n'est pas de ne pas cartonner c'est de devoir me battre pour financer mes disques et pour les sortir. Ca n'est pas très excitant de se rendre compte que chaque fois que tu veux t'exprimer il faut cracher, que tu dois tout payer de ta poche et ensuite chercher des commandes pourries pour trouver le fric.

Sur le disque on retrouve Wyatt de Soft Machine (sa femme avait écrit des textes pour Portrait Robot), Hervé Bouetard (As Dragon) et April March. As-t toujours cette vision de club, de famille Tricatel?
Sur mes albums il y a surtout des amateurs et je n'ai jamais cherché à faire un de ces disques où on étale son carnet d'adresses, ce ne sont pas des featurings, les collaborations sur mes   disques ce sont surtout de vieux amis, ça va du professeur de Portugais au copain qui a tourné Syd Barrett.

Si tu pouvais revenir en arrière, que changerais-tu en Tricatel?
J'aurais fait quelque chose d'encore plus autarcique, je n'aurais pas vendu les disques dans des magasins qui n'en voulaient pas, je n'aurais fait aucun envoi promo, bref j'aurais fait mes petits pâtés dans mon coin.

Tu as écris des chansons pour Christophe Willem (gagnant de l'émission La Nouvelle Star). Ca fait un pied de nez aux détracteurs qui disent que Burgalat c'est du kitsch pour branchouilles? Ca te rassure de voir que ton travail peut plaire à des gens qui à priori n'achètent pas du Tricatel?
Oui, c'est agréable de savoir qu'on ne porte pas complètement la poisse; pour le reste, j'ai fait suffisamment de trucs qui foirent   pour être conscient que je ne suis pas pour grand chose dans le   succès de ce disque; c'est la personnalité de Christophe qui a fait la différence; et aussi des morceaux plus rassurants que les miens comme ceux de Zazie.

En ce qui me concerne, "Ma rencontre", "Another year gone by" ou "Nous étions heureux" sont faits pour être des tubes. Qui verrais-tu pour les chanter?
C'est une question très intéressante que je ne me pose jamais, peut   être parce que je n'ai pas su intéresser certaines voix comme Françoise Hardy. L'idéal ce serait des gens très éloignés de ce que   je fais, disons Blossom Dearie pour Ma Rencontre, Bowie pour Another Year Gone By, et Annie pour Nous étions heureux.

Quand tu chantes "Nous étions heureux mais nous n' le savions pas", ça fait référence à l'innocence de l'enfance, du débutant ou bien c'est   un aveu : tu es triste et conscient de l'être à l'heure actuelle?
Je suis plus dans le deuxième cas : pas du tout dans une nostalgie de l'enfance mais dans l'incapacité de profiter de certaines choses au moment où elles se passent.

Pour te réconforter, quel est le meilleur compliment qu'on pourrait te faire?
Avec moi ça ne sert à rien d'être encourageant, j'ai plus de sang- froid face aux difficultés que quand tout se présente bien.

Dernièrement tu t'es entouré de jeunes, Les Shades et Allegra. Une façon de renouveler le label?
On en apprend plus en fréquentant des gens plus jeunes ou plus âgés que des gens de son âge, dans mon cas les gens qui ont mon âge ont été bousillés par Mercury Rev, Radiohead et tous ces trucs tristounets pour buveurs de mojitos. Certains adolescents d'aujourd'hui ont un niveau technique assez exceptionnel et une curiosité musicale exacerbée par internet, c'est très agréable. J'ai eu la chance d'avoir 18 ans au moment du Rose Bonbon donc je sais ce que c'est qu'un mauvais groupe de rock, les Shades sont exceptionnels et Allegra tout aussi atypique.

Qu'as-tu écouté et aimé dernièrement?
La production du single de Fergie, Fergalicious, m'avait bien bluffé. A part ça je ne décolle pas du dernier album des High Llamas ainsi   que de Fallen Snow et Walking on Air sur le nouvel album de Louis Philippe.

Que peut-on te souhaiter pour le futur?
J'aimerais continuer à garder un peu d'appétit pour la musique, c'est   quelque chose dont j'attends tellement que je me dis régulièrement qu'il vaudrait mieux que j'arrête plutôt que de continuer à me casser le cul pour me faire défoncer par les Inrocks. J'en ai marre de devoir me battre pour sortir des trucs, on n'a jamais fait un album sur le label qui se passe bien, qui ne soit pas une galère à sortir; parfois on me dit "pourquoi vous ne faites pas un autre disque avec April March?" mais ce n'est pas facile de se remettre à enregistrer quand on a fait tant de trucs qui se sont ramassés; j'ai mis cinq ans à sortir l'album de Count Indigo, résultat on n'a même pas eu une chronique, seul Nova a passé Trinity. J'ai participé à beaucoup de disques donc à la fin ça fait une espèce d'effet de masse, on a l'impression qu'il y a tout le temps des papiers sur ce que je fais, en tout cas il n'y a jamais beaucoup de chroniques, et en même temps je me sens extrèmement redevable envers toutes les personnes qui   m'ont aidé.

Une plamade pour finir, qu'est ce tu que prefererais entre:
-écrire maintenant un hit international puis être obligé de te retirer et ne plus jamais rien sortir (à la Born to Be Alive)
-ou sortir pendant 30 ans des disques qui ne se vendent pas puis être soudainement à la fin de ta vie l'objet d'un culte (être samplé, faire un concert sur la muraille de Chine, t-shirt à ton effigie) et profiter d'enormes royalties pour 5 ans avant de mourir.
Le pire c'est la deuxième proposition: être reconnu par les suiveurs qui t'ont snobé, c'est vraiment déprimant; quand j'entends les mêmes tocards qui ont dématé April March, frétiller maintenant que Tarantino lui a rendu justice, je me dis qu'il faut essayer de prendre tout ça avec détachement (ce que je n'ai toujours pas réussi à faire...).

Chéri B.B (Tricatel 2007)







Interview Bertrand Burgalat
Le 22/01/2009 par Davy Bailly Basin


French touch atout
Sur l'arbre généalogique de la musique, le nom de Bertrand Burgalat se place au centre, au départ de multiples branches. L'une s'appelle Tricatel, son label, au bout de laquelle on trouve AS Dragon, Helena Noguerra, April March, Les Shades, Ladytron ou Michel Houellebecq. D'autres branches amènent aussi bien vers le groupe dark-wave slovène Laibach, que vers Alizée, Christophe Willem, Alain Chamfort, Philippe Katerine et Nick Cave. En près de vingt ans, Bertrand Burgalat aura collaboré à environ 150 projets différents auxquels s'ajoutent les BO des Nuits Fauves et de Palais Royal de Valérie Lemercier. Ce n'est qu'en 2000 qu'il se décide à sortir des albums sous son nom. Albums qui ne rencontrent qu'un succès d'estime.

th-burgalat-parkBertrand Burgalat fait de la musique d'ascenseur, oui. Mais d'ascenseurs intergalactiques tous droits sortis d'un épisode de Cosmos 1999, ou d'ascenseurs qu'emprunteraient Shaft ou Steve Mc Queen avant de faire ronfler sa Mustang dans les rues de San Francisco. Un mélange éclectique, électronique et chic entre pop sixites, jazz, électro-ambient et soul "blacksplotation". Bertrand Burgalat monte une dernière fois sur scène, en ce début d'année 2009, pour défendre son troisième album, "Chéri BB". Lunettes en écailles, costume bleu cobalt, cravate blanc-crème, écharpe en laine, mèche de côté, un sourire de premier de la classe qui aurait reçu un bon point vissé sur le visage. Rencontre.

"Chéri BB" c'est ton troisième album studio, seulement. Pourquoi si peu d'albums, en presque dix ans, par manque de temps ?
Non tu sais, souvent on fait des choses, mais après on passe plus de temps à essayer de les sortir qu'à les faire. Sinon le temps, je l'ai. Je n'ai pas d'enfants et je ne sors pas. Ma seule perte de temps c'est d'habiter Paris. C'est une ville où l'on perd son temps. Mais les gens qui me disent qu'ils n'ont pas le temps, sont souvent ceux qui, en y regardant de plus près, perdent surtout leur temps à des conneries. Notamment les ministres. S'ils restaient chez eux, ils travailleraient peut-être mieux.

A quoi passes-tu tes journées, alors ?
Je passe moins mes journées à faire de la musique qu'à essayer de la sortir. Mais c'est une frustration qui a aussi de bons côtés puisqu'au final la musique reste un plaisir. En fait, je suis dans la même situation que quelqu'un qui aurait un travail "normal" et qui ferait de la musique le week-end pour son plaisir. Peut-être même que j'en fais moins.

Est-ce que ta musique passe en second plan, comme une récréation ou est-ce qu'elle reste ta priorité ?
Je ne fais pas de différence entre ma musique et celle que je fais pour les autres. On peut être tout aussi personnel et sincère, à travers l'univers des autres. Et parfois il est même plus difficile de travailler pour soi, parce qu'on ne se met pas le même type de pression. Il y a des mauvaises questions qu'on ne se pose que pour soi et pas pour les autres.

Chacun de tes albums a son identité, avec une couleur musicale différente. Est-ce une manière pour toi d'exploiter l'éclectisme qui te caractérise ?
C'est vraiment le hasard qui fait les choses. Je n'ai jamais changé ma façon de faire, j'utilise à peu près les mêmes instruments depuis au moins quinze ans, mais ce qui change, c'est la façon dont est perçue ma musique. Elle renvoie plus à ce que les gens écoutent au moment où sortent mes albums. Par exemple, à l'époque de "The Sssound Of Mmmusic", les gens écoutaient beaucoup d'easy-listening, moi pas. Mais ils avaient l'impression que je faisais du easy-listening. Aujourd'hui ils écoutent plus de rock et tout le monde dit que "Chéri BB" est plus rock. Je pense que quand on écoute une musique, on a tendance à la situer par rapport à son contexte musical.

La musique de Bertrand Burgalat serait donc perméable à son environnement ?
Mais toutes les musiques sont perméables et pour moi il est très important de revendiquer ses influences. Un des plaisirs de la musique c'est d'aimer celle des autres et d'en faire autre chose. Donc je suis toujours méfiant face à ceux qui citent en référence le Velvet Underground et deux ou trois trucs un peu chicos. En général c'est pour masquer leurs vraies influences qu'ils copient bêtement. Et le danger c'est de composer en réaction à ce qui se fait sur le moment ce qui devient une sorte de conformisme. Moi je ne cherche pas à copier ou à reproduire, la seule question que je me pose, que ce soit pour moi ou les autres, c'est "qu'est-ce que j'ai envie d'entendre ?"

th-burgalat-nbLes autres, justement, avec qui tu as été amené à travaillé. Ont-ils une influence sur ta musique ?
Oui parce que je n'ai pas de recette à proprement parler. Quand on fait un tube énorme, on peut être prisonnier d'une recette. Ma musique étant restée confidentielle, j'ai toujours essayé de ne pas refaire deux fois la même chose. Et puis, toutes ces collaborations sont aussi des aventures humaines où on apprend psychologiquement. Les Laibach, par exemple, m'ont appris ce qu'était la liberté, de par leur détachement vis-à-vis de la technique. Et plus surprenant, parfois, avec des artistes grand public, on se rend compte qu'ils sont beaucoup plus sincères que des gens qui avaient l'air plus intransigeants. Avant certaines collaborations je disais que ça allait être un plaisir et ça s'est avéré être un cauchemar et d'autres où j'y allais plus à reculons ont donné les résultats les plus intéressants.

Des exemples ?
Il y a deux jours, j'ai travaillé avec une actrice très connue qui est vraiment quelqu'un de très gentil, mais qui en studio m'a fait vivre un des pires moments de ma vie. Et en ce moment, je fais des morceaux pour Marc Lavoine, qui a un univers très différent du mien et j'ai découvert un type extrêmement élégant dans sa façon de travailler.

Même si on te demande de travailler avec un artiste très commercial, tu y vas ?
Oui toute expérience est bonne à prendre et il y a aussi un désir de revanche qui m'anime. Quand on baigne dans le monde de la musique et qu'on a un mauvais caractère comme moi, on n'a pas que des sympathies. Le milieu du rock indépendant, par exemple, ne m'intéresse pas. Je trouve que c'est devenu exactement l'inverse de ce qu'il y a de beau dans le rock en générant le même type de bêtise et de sectarisme que la génération de mes parents vis-à-vis du rock. Pour moi c'est une musique qui, aujourd'hui, représente tout ce qu'il y a de plus socialement ahurissant et oppressant. Je le constate avec les artistes de mon label. Que les grosses radios nous aient snobé, à la limite ça parait concevable, mais celles qui se targuent d'être rock, indé et sympa, souvent, sont celles qui nous ont donné le plus de fil à retordre. Alors quand je collabore avec Alizée ou Christophe Willem, c'est sûr il y a une forme de pied de nez, pour moi. Je ne peux pas le faire de façon cynique avec mes albums. Je ne vais pas claquer des doigts et faire un truc commercial. Ce serait moche et ça ne marcherait pas. Je préfère faire toujours la même musique mais pour des gens pour qui ça marchera mieux. La musique commerciale ne me dérange pas et quand il y a quelque chose de bien, au milieu, je trouve ça encourageant. Ce qui me révolte c'est la fausse qualité, les attrape-bobos que les gens achètent mais n'écoutent pas.

Les bobos, justement, c'est une catégorie dans laquelle on te met bien souvent, non ?
C'est vrai, mais pour moi un bobo c'est quelqu'un qui trouve qu'il y a trop de bobos.

th-burgalat-park-wideC'est frustrant ou glorifiant de travailler pour des artistes qui, au final, vendront plus d'albums que toi ?
C'est très agréable. Et puis on ne sait jamais à l'avance ce qui va marcher ou pas. Aujourd'hui, la musique est surtout liée à l'habitude. On ne peut pas forcer quelqu'un à lire cent fois un mauvais roman, en revanche on peut bastonner 240 fois la même mauvaise chanson en radio. Et au final l'auditeur se dit que ce n'est pas si mal que ça.

Crois-tu que tes albums auraient plus de succès si tu n'étais pas en France ?
Non je ne crois pas. Plusieurs fois j'ai été tenté de me barrer, mais j'aurais trop peur qu'au bout de deux ans je me retrouve face aux mêmes problèmes qu'ici. Franchement, en plus, je me considère comme un privilégié, il y a quand-même, en France, de la bienveillance par rapport à ce que je fais. Et quand je me plains c'est d'une manière générale. Les problèmes que j'ai pu rencontrer, plein d'autres y ont sûrement été confrontés aussi.

Tes projets ?
En ce moment je travaille sur un album de reprises par des actrices françaises. Et puis je vais travailler aussi avec un groupe belge Aeroplane. Ma tournée s'arrête à la fin du mois de janvier. Ensuite je ne sais pas quand sera la prochaine, il est encore trop tôt pour le dire.








4/04/2004 | par Guillaume Sautereau | Interviews  |

BERTRAND BURGALATA l'occasion de la sortie de la compilation "L'âge d'or de Tricatel", il nous semblait on ne peut plus pertinent de rencontrer le fondateur et tenancier de la maison, j'ai nommé Bertrand Burgalat, et de le questionner sur l'histoire de son label, ses projets passés, présents et à venir. Le résultat est long, constituera donc le feuilleton de printemps de POPnews, et en voici le premier volet. Slovénie, classe mannequin et liberté de penser.

Tu as commencé en travaillant à l'étranger avec des groupes dont l'image est assez éloignée de celle qu'on prête au label, Laibach par exemple, comment s'est fait ce rapprochement ?
Dans le cas de Laibach, c'est vraiment par hasard. Ils étaient assez intrigants quand même, un groupe de l'est qui faisait une musique super provocatrice, dont on sentait qu'ils étaient intelligents... ça ne collait pas trop. J'avais des amis qui étaient allés en Slovénie et qui les connaissaient, ils étaient passés par Paris aussi. Ils m'avaient fait la promesse classique : "si tu passes par là-bas, viens nous voir". Et puis je suis allé en Slovénie, j'ai fait un morceau pour eux, je pensais rester une semaine et puis je suis resté très longtemps, je ne rentrais plus à Paris que de temps en temps. Ce sont des gens qui m'ont appris une certaine liberté dans la production. Eux-mêmes n'étant pas musiciens, ils étaient très désinvoltes par rapport à la technique, alors que moi j'étais très scolaire, je lisais toutes les revues de son. Eux s'en foutaient que le son passe par tel micro ou tel magnéto. Ils m'ont aussi appris une plus grande ouverture d'esprit. Quand je repense à ces années-là, je pense vraiment que c'était un groupe très intéressant, dans le contexte de la Yougoslavie de l'époque. Ils avaient senti d'une façon incroyable ce qui allait se passer en Yougoslavie et l'avaient transposé en musique. Ensuite ils ont continué en s'attaquant au rock le plus banal, de Queen à "Life is Life". C'étaient des gens très intéressants, ils le sont sans doute toujours. Ils étaient peut-être moins le nez dans le guidon que moi vis-à-vis de la musique, ils avaient des critères qui étaient, contrairement à ce qu'on imaginait pas idéologiques mais plutôt cérébraux ; alors que moi j'avais j'avais un jugement vis à vis de la musique plus intuitif.

Tu as écouté l'album qu'ils ont sorti l'an dernier ?
Je l'ai écouté, oui... J'aime beaucoup celui qu'ils ont fait après qu'on s'est engueulé. Celui qui devait s'appeler "Kapital". Je trouve qu'il est très fort cet album. C'est très difficile d'échapper au systématisme, de ne pas refaire tout le temps la même chose. Quand on a divergé, c'était en partie parce que moi je pensais que c'était le moment pour eux de faire un vrai disque de pop, mais en sortant du côté reprises et tout ça. C'est là que ça se compliquait un peu. D'une certaine façon, ce qu'ils n'ont pas fait à ce moment-là c'est un groupe comme U2 qui l'a fait un peu plus tard, d'une façon très cynique, quand ils sont passés, sous l'influence d'Eno je pense, d'un groupe de rock héroïque, larmoyant à quelque chose de beaucoup plus cynique, d'assez totalitaire en réalité. C'est comme ça qu'ils ont passé le cap des années 80. Je ne suis pas nostalgique de cet âge-là, mais quand j'y repense, je me dis que j'ai eu de la chance de tomber sur des gens comme eux.

A la base, c'était un sacré coup de bluff, tu n'avais rien fait avant...
Si, j'avais joué dans des groupes et tout ça, le truc un peu classique, on jouait dans des groupes avec des gens, on faisait des concerts et rien ne se passait. A l'époque je jouais avec Jean, le mec d'Extraballe, des gens comme ça. La scène parisienne de l'époque était très cahotique, en particulier à cause de l'héroïne. Tout le monde en prenait dans les années 80 en France, on était encore dans ce trip-là.

Et ensuite, entre Laibach et la création de Tricatel ?
Après Laibach, je suis rentré en France, et j'avais faim de projets, je ne savais pas du tout quoi faire. Et puis je suis tombé sur Jad Wio. Je trouve que c'est un groupe qui avait la classe, ils avaient vraiment quelque chose, mais à part ça, même dans le rock, il n'y avait pas grand chose qui m'intéressait. Alors que tous les mecs que je croisais chez Mute, les Franck Tovey, Wire avaient des projets très exigeants, quand j'allais chez Squatt, ce n'était pas du tout pareil. Et encore, ce n'était pas le pire en France. Je me disais tout le temps que je n'avais pas fait assez de trucs pour qu'on me fasse confiance. On ne te fait jamais confiance par rapport à ce que tu vas faire, mais par rapport à ce que tu as déjà fait. Par Paul Kendall qui était ingénieur du son chez Mute, j'ai pu travailler avec Samy Birnbach de Minimal Compact, de fil en aiguille... Tricatel, ce n'était pas un projet. D'abord si je m'étais dit que j'allais faire un label, j'aurais pris un nom plus sérieux. Au début c'était juste une société de production, pour enregistrer, j'avais besoin d'une structure pour facturer certains trucs. Bizarrement, j'étais très optimiste, je me disais toujours que tous les projets allaient marcher, intéresser du monde, et je voyais arriver des gens de maison de disques avec des projets aberrants à essayer de sauver, dont on se demandait pourquoi il les avaient signés. Je leur disais qu'il fallait sortir des gens comme Momus, qui avaient un réel talent, une qualité d'écriture qu'aucune des personnes qu'ils signaient n'avait et ça leur paraissait ahurissant. Ce qui aurait été intéressant, c'est que des gens comme ça aient la possibilité d'aller au delà d'un public très averti. A chaque fois je me disais "bon ben je vais produire le disque et puis trouver une licence". Et puis je ne trouvais pas de licence. Donc au bout d'un moment, à force de constater qu'on franchissait une étape de plus à chaque fois, on a décidé de se structurer comme un vrai label, avant de devoir en arriver à avoir notre propre magasin de disques pour écouler nous-mêmes nos productions !

Tu parlais de Mute. Il y a d'autres labels qui t'ont influencé au départ ?
Ah ouais, El Records. Pour moi c'était le premier label un peu fantasque. Alors que jusque là, les labels se montaient avant tout pour sortir des trucs qui marchent. Même des trucs classes, comme Motown par exemple, mais Berry Gordy n'était pas un tendre pour autant. Alors que Mike Always, je ne dirai pas qu'il faisait tout pour que ça ne marche pas, mais... je crois que c'est Andrew King, l'ancien manager de Pink Floyd qui a dit de lui "je n'ai jamais vu un mec aussi fort depuis les années 60 pour faire des disques que personne n'a envie d'acheter". Mike, en fait, c'est un metteur en scène, ce n'est pas du tout un producteur dans le sens où il ne s'implique pas en studio, mais pour moi il mettait vraiment en scène son label comme un film. Il y a un autre label que je trouvais génial au début des années 80, c'est la Compact Organisation, de Tot Taylor. Lui c'était quelqu'un de beaucoup plus classique, dans le style Gershwin ou Cole Porter. C'est une toute petite écurie de songwriters et ils sortaient plein de trucs, comme Virna Lindt ou Mari Wilson. Dans un autre genre, ZTT, dans les années 80, arrivait avec Propaganda, Art of Noise, Frankie Goes To Hollywood,... c'était la grosse classe. Ce sont des aventures un peu romantiques, c'est sûr. Mais bon, pour moi le plus important, c'est quand même El Records.

La première sortie de Tricatel, c'était le disque de Valérie Lemercier...
Oui et ça ne devait pas du tout sortir chez nous en fait. C'était une commande de M6 Interactions pour Vanessa Demouy. C'est pour ça que Valérie avait écrit un texte comme "95C", c'était pour "Classe Mannequin". Je trouvais ça marrant, mais Demoy elle ne comprenait pas, elle voulait chanter du R'n'B. On s'est séparé bons amis, les morceaux étaient écrits et enregistrés, ils nous les ont laissés et c'est comme ça qu'on a commencé. On ne s'était pas dit qu'on allait faire un disque de Valérie, elle avait juste fait les voix témoins à la place de Vanessa Demouy. D'ailleurs, ses voix étaient bien meilleures quand elle les faisait pour Vanessa, parce qu'elle s'en foutait. A partir du moment où c'était pour elle, elle était plus hésitante, plus en retrait, elle disait "mais je suis pas une chanteuse...". En même temps, ça a du charme aussi.

Et là, le label était lancé pour du bon ?
Oui et non. Parce qu'après, quand j'ai voulu sortir April March, autant BMG avait été intéressé par le disque de Valérie, autant là c'était niet. Et je me suis retrouvé comme un con, je n'avais pas la structure pour avoir une distribution. Donc ça restait seulement une société de production. Ca n'a décollé que trois ans après quand on a eu une distribution par Wagram, qu'on a sorti "Au coeur de Tricatel", l'album d'Etienne Charry et celui d'Eggstone. Jusque là, on était distribué qu'au Japon, par un label nommé l'Appareil Photo, qui avait sorti l'album de Valérie, et on n'avait pas de licence en France ! Un ami, connu chez nous sous le nom de Moderato, m'a recommandé Thomas Jamois, qui était tout jeune à l'époque et qui a structuré le label, a trouvé une distribution. "Au coeur de Tricatel", c'était des trucs qu'on avait sortis au Japon et je me disais "on sort ça pour montrer qu'on a fait des choses et puis après on arrête". On ne voyait pas de perspectives pour nous. Et puis après "Au coeur de Tricatel", les gens se sont dits qu'il pouvait y avoir un public, mais qu'il était élitiste. On a toujours été en porte-à-faux, quand il fallait faire du rap commercial on n'en faisait pas, quand il fallait faire de la techno, on n'en faisait pas... et même aujourd'hui que tout le monde fait du rock, on s'en fout un peu. On est anachronique, et ça, ça fait toujours peur à l'industrie du disque.

Tu fais référence à un public Tricatel, tu penses qu'il en existe un ? Si oui, à quoi ressemble-t-il ?
Oui, je pense qu'il en existe un. En général, tous les gens que je rencontre et qui s'intéressent à ce qu'on fait, je pense justement que ce sont des gens qui s'intéressent à des choses assez différentes, qui font un certain effort. Même si aujourd'hui il y a plein de gens qui parlent de nous de manière bienveillante, ça ne flatte jamais de dire "ah je mets un disque Tricatel". C'est aussi parce qu'on a un nom à la con. Ca va faire soit trop fashion victim, soit c'est trop pointu pour eux. Ces gens-là sont les mêmes qui sont font refiler les pires trucs, justement par la mode. Je pense qu'à chaque fois ça demande une certaine liberté... j'allais dire une liberté de pensée, sauf que maintenant ça fait un peu connoté cochon d'Inde (rires). En général, je pense que le public Tricatel n'est pas fixé sur un style de musique, il n'est pas uniforme socialement aussi... Ca me paraît une bonne chose. Je trouve que les musiques sont très segmentées aujourd'hui, à la fois en terme de catégorie sociale et de classe d'âge et je ne constate pas ça dans notre public. On a une telle diversité d'artistes à notre catalogue. Ca nous dessert d'ailleurs souvent. On serait un label purement pop, ou purement rock, ou purement électronique, ça serait plus facile pour nous, ne serait-ce que vis-à-vis des magasins, parce qu'on aurait un seul interlocuteur. Quand l'album d'Ingrid Caven est sorti, on pensait qu'il serait classé en Variété Française, et il s'est retrouvé en Variétés Internationales, avec Engelbert Humperdinck ! Et comme l'achat en magasin est aujourd'hui essentiellement impulsif...

Tu penses que le label a un problème d'image ?
Mon sentiment est que les gens entendent parler de nous, mais n'entendent pas beaucoup notre musique. Les gens qui entendent parler de nous ont l'impression d'entendre beaucoup parler de nous. A chaque fois qu'on fait un projet, effectivement, on a toujours au moins trois papiers - je ne suis pas en train de me plaindre, il y a tellement de disques qui passent totalement à l'as - mais donc, on a trois papiers, parfois deux mois après la sortie, et je croise des gens qui me disent "dis donc, pour toi ça marche, j'ai lu tel article..." alors qu'en fait... Mais comme on sort beaucoup de projets, qu'on a un côté militant, on est très présent, et je pense que les gens nous surestiment. L'an dernier on a sorti quatre albums. Libé a chroniqué April March, AS Dragon et les High Llamas, mais pas Count Indigo. Le Monde n'a rien chroniqué, Télérama non plus. Il y a eu quelques articles sympathiques dans la presse spécialisée style Les Inrocks ou Technikart, mais ce n'est pas un lancement massif. Il y a des journaux qui nous ont toujours soutenus, comme Rock & Folk par exemple. Mais sur Count Indigo, on a ramé par exemple, on a eu très peu de passages radio...

C'est un peu le nerf de la guerre, le passage radio...
J'ai l'impression qu'il faut un peu tout. Nous il nous faut de la presse parce qu'on n'a pas de marketing, on n'a pas les moyens. La presse, c'est le marketing du pauvre aujourd'hui. Ca m'avait énervé, c'est pas de sa faute, au moment où Cantat a tué Marie Trintignant, je me souviens avoir lu dans un journal une phrase du style "ouais un mec d'une grande intégrité, il ne donnait que très peu d'interview". Mais ce n'est pas un signe d'intégrité, c'est le signe que sa maison de disques a beaucoup de blé pour faire du marketing. Les gens qu'on voit maintenant dans les émissions de télé, ce sont les gens qui vendent peu. Les autres ils font trois interviews ou alors ils s'engagent pour une cause humanitaire parce qu'ils se font de la pub à bon compte. Moi je n'ai jamais vu un artiste dire à sa maison de disques de ne pas faire de pub ou de marketing, ça, ça serait fort. Nous pour les Dragons, on en est à peu près à 10000 albums aujourd'hui. On estime que ce n'est pas assez car on pense que plein de gens pourraient apprécier ce groupe tellement il est bon, mais on se dit que 10000 albums avec zéro budget marketing, c'est plutôt pas mal, parce qu'il y a plein de nouveaux artistes qui sont sortis à grands frais et qui ne vendent pas 10000 albums.

Quel est le rôle d'internet dans ce marketing justement ?
On a la chance d'avoir quelqu'un, Yannick, qui est formidable et qui nous aide énormément. Le fait est qu'il n'y a pas de retombées directes au sens où les ventes de disques en direct restent marginales et c'est un peu dommage, parce que pour nous, plus ces choses évoluent, plus j'aimerais qu'on renforce un côté un peu autarcique. Aujourd'hui même les gens qui sortent des disques très commerciaux ont du mal à avoir de la visibilité en magasins, alors pour nous, c'est extrêmement difficile. Donc on se dit que quitte à faire des ventes assez faibles, on a peut-être intérêt pour certains projets à les sortir en direct, parce que dans certains cas, ce qui nous coûte le plus cher, c'est de les placer dans le circuit commercial traditionnel, de s'assurer qu'ils sont dans les FNAC, d'en faire la promotion. La solution, ce serait de sortir des vinyles en édition limitée, mais moi je trouve ça complètement contre la logique de la musique, je trouve que la qualité de la musique ne doit pas venir de sa rareté. Nous on s'est toujours battu pour faire des disques pas chers et ça nous a souvent desservis. Les gens se disaient : "oh ils vendent le disque d'Etienne Charry 90 balles, c'est presque deux fois moins cher que le dernier Cabrel, ça doit être deux fois moins bien.". C'est pour ça que le débat sur le prix du disque, ça me fait rigoler, ça fait des années que plus un disque est populaire en France, plus il est cher. Je ne sais pas où l'on va, mais pour des gens comme nous, il n'y a jamais eu de bonnes périodes, ça n'a jamais été facile et je sens que ça va être encore plus difficile. Il y a toujours beaucoup de méthode Coué, c'est-à-dire qu'il y a toujours des gens dans les maisons de disques qui disent : "oui, il va se passer de nouveaux trucs", on ne sait jamais trop quoi, des armes secrètes, des codes de protection. Il y a plein de discours que je ne comprends pas, par exemple celui sur la crise de l'offre. De la mauvaise musique, il y en a toujours eu.

Et le côté dématérialisé que prend de plus en plus la musique, avec la vente en ligne, la vente de MP3...
Moi je ne suis ni pour ni contre, de toute façon si j'étais pour ou contre, ça ne changerait rien. Je ne vois pas pourquoi tout d'un coup la musique deviendrait une activité rémunérée en fonction de ses coûts. Il y a d'autres trucs qui n'ont plus aucun rapport avec la réalité économique : les billets d'avion à 19 euros, les téléphones à 1 euro... De la même façon que la valeur d'une action à la bourse n'a plus aucun rapport avec ce que fait vraiment l'entreprise, la façon dont elle est gérée. Je ne vois pas comment le public va reprendre l'habitude de payer pour de la musique. A partir du moment où l'on est rentré dans l'ère numérique, ça a des avantages, mais ça a des inconvénients aussi : dès qu'on est en numérique, on est copiable à la perfection. Il n'y a aucune autre activité économique qui est comme cela clônable à la perfection pour le moment. Dès qu'on achète le dernier Madonna, on achète le master du disque de Madonna, pour 20 euros. Les gens disent "ça va être génial pour les artistes qui tournent". Mais c'est pareil, il y aura les mêmes hiérarchies dues au marketing. Pour attirer les gens dans les salles, il faut des moyens et de la même façon qu'il y a des artistes bidons qui sortent des disques, il y a des artistes bidons qui remplissent des salles. Ce qui est bizarre dans tout ça, c'est que le progrès technique est en train de réduire l'intérêt du travail en studio. La qualité d'écoute n'a vraiment pas progressé en 30 ans. Au mieux, on écoute sur des minichaînes pourries, au pire sur des ordinateurs. Sur le papier il y a une qualité technique incroyable, soi-disant grâce au numérique, mais tout ça finit en MP3 pourri. Le numérique a ses avantages, on n'est plus tributaire du souffle, on peut prendre plus de risque, on peut enregistrer pour moins cher aussi. Mais il y a très peu d'arrière-plan dans la musique aujourd'hui, tout est compressé à mort, tout ce qu'on entend dans un taxi ou à la radio, on l'entendra si on l'écoute sur une super chaîne, sans rien de plus, car il faut que ça séduise à la première écoute. Je pense que ça ne joue pas en ma faveur, parce que j'essaie justement de faire en sorte qu'il y ait des choses à découvrir en arrière-plan, et ça déconcerte. L'autre jour je regardais les Victoires de la Musique, il y avait très peu de chansons qui avaient un pont, c'est couplet-refrain-couplet-refrain, parce qu'il faut aller directement à la cible. Même des gens dont on sait qu'ils ne sont pas mauvais musiciens, on sent qu'ils s'autocensurent. Même des mecs très forts comme Gainsbourg... Je suis pour un certain minimalisme, mais il y a un systématisme là-dedans, et cela fait des musiques très prévisibles.

Toi dans ta musique, que ce soit en tant qu'artiste, arrangeur ou producteur, tu es attaché à une notion de complexité ?
Ce n'est pas vrai pour tous les morceaux, mais moi je trouve que c'est bien qu'on soit un peu surpris, qu'on ne sache pas ce qu'il va se passer à la mesure d'après. C'est mon problème par rapport à Mozart par exemple : bon, ok, il est très fort, un génie, mais c'est une musique qui ne me parle pas, car j'ai l'impression qu'on entend déjà la prochaine mesure dans celle qu'on est en train d'entendre. En même temps, il y a des choses que j'aime dans la musique qui sont très hypnotiques, le rock un peu stoogien par exemple. Mais bon, quand on fait du couplet-refrain, autant que ce soit un peu chiadé. Là quand j'entendais des trucs à la Brassens aux Victoires de la Musique, je trouvais ça un peu triste quand même.










BERTRAND BURGALAT : LE BILAN, 15 ANS APRÈS...


On célèbre cette année les noces de cristal du label Tricatel et comme dans toutes les relations de vieux couples, on s'interroge sur le secret de longévité d'une telle histoire d'amour, puisque Bertrand Burgalat lui même qualifie sa relation avec la musique de passionnelle. Après le "crush" de départ, comment la petite société a pu survivre durant toutes ces années et traverser la crise de l'industrie musicale ?
Rencontre avec le fondateur du label...

C'est donc au sein des locaux du label que je me suis rendu aujourd'hui. Après quelques minutes d'attente, le vrombissement d'une moto attire mon attention. C'est Bertrand. Il rentre et me salue avec bonhomie...

"Bonjour Bertrand ! Tout d'abord, qu'est-ce qui t'a poussé en 1996 à créer ce label ?"

Bertrand Burgalat : "Bonjour Mathieu ! En fait, c'était plus une nécessité, je ne voyais pas d'autre moyen de faire prendre forme aux choses qui m'intéressaient en musique que de les auto-produire. Je me suis donc lancé de façon très empirique en pensant que le plus difficile était d'enregistrer des disques mais je ne réalisais pas à l'époque tout le travail compliqué qui suivait la "fabrication" ; la distribution, rechercher des gens que ça intéressait,... Sur ce point là j'étais complètement inexpérimenté."

"Quelles seraient pour toi les dates clefs de l'histoire du label ?"

Bertrand Burgalat : "Je pense qu'il y a deux grandes phases, les années 90 et les années 2000. Dans les années 90, il y avait une certaine naïveté de ma part et je mettais encore beaucoup d'énergie à essayer de convaincre. On faisait des concerts au Bowling Avenue Foch. Ces années sont marquées par une espèce de militantisme mais qui au fil du temps a laissé place à un certain découragement. Puis vers 2002/2003, je me suis dit qu'il fallait garder le peu d'énergie qu'on pouvait avoir pour faire de bons disques et essayer de survivre aussi. Le but était alors de se débrouiller de financer ces disques sans trop dépendre des ventes. Ce qui est devenu finalement le modèle de pas mal de gens aujourd'hui mais nous étions obligé peut être d'adopter cette façon de faire avant tout le monde. Cela n'a rien changé sur la musique elle-même, mais cela a été une étape. Le "défi" était alors le suivant : Si on a du mal à séduire le public averti, essayons de faire des incursions dans le grand public . J'ai donc commencé à faire des morceaux pour Christophe Willem, Marc Lavoine et ça a finalement été pour moi une expérience assez rafraîchissante. Quand je travaille aujourd'hui avec des personnes qui ont l'âge d'être mes enfants, j'ai l'impression de passer du statut d'ado attardé à celui d'adulte d'une certaine façon."

"Dans tes nombreuses expériences musicales, tu as toujours voulu privilégier la rencontre humaine et artistique avec les gens avec qui tu as collaboré. Peux-tu nous expliquer comment tu fonctionnes quand tu travailles sur des projets qui ne sont pas des projets solo ?"

Bertrand Burgalat : "Avant que je fasse mes propres disques, je pense que j'avais tendance à faire des disques par procuration, c'est à dire à mettre toutes mes idées et tout mon univers dans les disques des autres. Ça arrangeait souvent les gens, mais il y a toujours un moment où ils voulaient se rapproprier le truc et c'était frustrant pour tout le monde. Et plus j'ai pu travailler sur mes propres disques, moins j'ai adopté cette façon de faire. Je n'essaie plus d'avoir une espèce de griffe, de patte. J'ai l'avantage, n'étant pas le genre de producteur que l'on sollicite parce qu'il a une "recette" ou un "son" prédéfini de pouvoir essayer des choses différentes à chaque fois. J'essaie d'être à l'écoute et de voir comment on peut permettre aux gens d'aller au bout de leurs idées. J'ai plus d'automatismes pour moi mais quand il s'agit des autres je bosse de façon plus instinctive et m'adapte plus facilement aux contraintes techniques. C'est marrant, on me dirait il faut faire un disque en faisant tout sur ce magnéto (il montre mon dictaphone numérique du doigt), je me dirais bon ben c'est motivant comment va-t-on se démerder ? Bon, il y a une entrée micro, pas mal,..."

"Le processus de création semble te prendre beaucoup de temps et beaucoup d'énergie. Comment arrives-tu à mener de front ton rôle d'artiste qui doute et celui de "business man" qui gère un label ?"

Bertrand Burgalat : "Ce qui est épuisant, c'est que je pense que je fais moins de musique que quelqu'un qui a un travail normal et dont la musique est la passion. J'ai cette velléité de régulièrement tout arrêter et de me dire je vais trouver un boulot, même chiant et séparer les deux pour faire de la musique par passion car je la fais par passion. Le fait de concilier les deux c'est compliqué. Je pense que labels qui réussissent sont souvent gérés par des gens un peu plus froids par rapport à ça, qui font les choses de façon moins affective. J'ai maintenant 48 ans et cela ne m'est quasiment jamais arrivé de finir un enregistrement, de le faire écouter à des professionnels et qu'ils me disent : "Ouais super, on y va..." J'ai beaucoup de mal à convaincre mais je me bats encore pour les musiques qui ne sont pas de moi même si cela peut être contre-productif parfois."

"Les gens te connaissent comme un touche-à-tout : instrumentiste, compositeur, arrangeur, producteur et remixeur. Comment appréhendes-tu ce statut "multi-casquettes". Est-ce un avantage ou un inconvénient ?"

Bertrand Burgalat : "Ce que je regrette c'est que j'arrive à un moment où j'aimerais progresser musicalement . Mais passé un certain âge, c'est très difficile parce qu'on se construit une espèce de système de fonctionnement. Par exemple quand je dois bosser sur un arrangement, j'écris les partitions, je fais tout à la main, mais je me rends compte que j'ai certaines lacunes en musique. Je pense jamais en terme de gammes, je connais le solfège mais absolument pas la théorie musicale. Disons que je connais l'alphabet mais je ne connais pas la grammaire. Quand je bosse sur un morceau je ne me dis jamais : là j'ai mis une septième diminuée donc maintenant je vais faire une résolution comme quand on écrit, on ne se dit pas bon là je vais mettre un complément d'objet direct. J'aimerais être plus à l'aise dans certaines choses mais comme je l'ai dit, la progression est compliquée quand on s'est créé un système bien huilé. Il y a une notion mathématique de la musique qui m'échappe complètement ; depuis toujours, chaque fois que je lis des traités d'arrangement, d'orchestration, ça me passe complètement au dessus de la tête. Je pense que j'ai tendance à essayer de faire de la pop comme j'aimerais qu'on fasse du jazz avec un coté un peu instinctif, un peu improvisé."

"En opposition aux grosses majors, tu as toujours privilégié l'artistique au marketing. Ne pas faire de concessions quant à ses choix artistiques c'est aussi devoir assumer une réalité économique. Comment survit donc le label ?"

Bertrand Burgalat : "Depuis très longtemps nous avons anticipé sur la mort des disquaires. Avant même qu'il y ait la crise du disque, les gens comme nous étaient déjà très maltraités en réalité par les disquaires et les distributeurs nous poussaient à investir dans le marketing sans que cela n'apporte grand chose au final alors que cela coûtait une trésorerie de dingue. Il fallait donc aussi vivre d'autre chose. On fait des travaux de commande, on est aussi éditeur, on essaie de faire des choses pour le cinéma. La vente des disque en elle même de nous rapporte pas d'argent et ne nous en a finalement jamais rapporté. Ce qui nous rend peut être plus fort c'est que nous avons été très tôt habitués à faire les choses comme ça, on est aussi habitués à produire des disques de façon ambitieuse, sans compromis en payant les musiciens, le plus correctement possible mais également de façon un peu "spartiate" c'est à dire sans jeter d'argent par les fenêtres pour des trucs qui n'ont aucune importance. Pour passer de la vente de 1000 disques à 10000 disques, il y a un investissement qui est colossal aujourd'hui et finalement 1000 disques c'est déjà pas si mal. Dans le cas de mes disques, j'ai même transformé ça en un plaisir un peu vicieux (il sourit) : je me dis que mes disques doivent être le mieux possible et vendre le moins possible (rires). Que ça ne vende pas, ça me fait marrer, mais sans aucune amertume ! Pendant longtemps j'ai eu l'impression qu'on me reprochait presque de ne pas avoir de succès comme si c'était délibéré !"

"Le premier disque que le label ait sorti est celui de Valérie Lemercier, pourrais-tu nous raconter les circonstances de cette sortie ?"

Bertrand Burgalat : "A là base, ça n'était pas du tout destiné au label mais à M6 interactions et cela devait être un disque pour Vanessa Demouy. C'était une commande, je trouvais ça super marrant. Valérie a écrit les textes, on a commencé à enregistrer et on s'est rendu compte que ce n'était pas ce qu'elle attendait de nous. Elle attendait un truc beaucoup plus R'n'B à la Ophélie Winter. Mais les gens d'M6 interactions nous ont permis de garder ce qu'on avait enregistré . Ce qui a compliqué un peu les choses, c'est que Valérie qui avait fait de super voix témoins était beaucoup plus stressée quand elle a réalisé qu'il s'agissait maintenant de son album. En plus ce n'était pas forcément ses tonalités à elle. Donc ça été un disque qui a été "bricolé" un peu comme ça, on a fait des erreurs... Je n'aime pas du tout cette pochette et je ne l'aimais déjà pas à l'époque car je trouvais qu'elle nous emmenait dans tous les clichés qu'on voulait éviter et nous collait cette image d'easy-listening alors que ce que l'on faisait était beaucoup plus subtil que ça, mais Vogue qui sortait l'album avait beaucoup insisté. Je trouve que les textes écrits par Valérie étaient formidables et je trouve que c'est un super album. Ce que j'en ai appris, c'est qu'il ne fallait pas trop se laisser influencer, sur les visuels et sur la façon dont les choses sont comprises."

"Quel est pour le coup le dernier disque en date qu'a signé le label ? Peux-tu nous toucher deux mots sur cet(te) ou ces artistes ?"

Bertrand Burgalat : " Le dernier disque qui est sorti, c'est le single des Shades, La nouvelle école et on va bientôt sortir leur 5 titres. Comme j'en parlais tout à l'heure c'est la première fois que je travaillais avec des gens qui avaient l'âge d'être mes enfants... Ce sont des garçons extrêmement talentueux et intéressants. Tous et à tout point de vue. Benjamin qui écrit les chansons à un réel talent d'écriture et tous les membres du groupe ont quelque chose. C'est difficile car on n'a pas toujours les moyens de nos ambitions, mais on aimerait les pousser pour qu'ils puissent s'accomplir chacun aussi d'une façon individuelle en dehors du groupe... Ils ont tous vocation à faire des choses en musique, et des choses différentes. Harry, le batteur est en train de faire des études de chef d'orchestre et sera sans doute compositeur Hugo est plus dans un truc électronique de son côté. Etienne fait des musiques pour une chanteuse en dehors du label. Victor fait des chansons pour lui qui sont supers.
On a plein d'autres sorties qui se précisent, on va d'abord sortir un disque de Christophe Chassol qui est un compositeur talentueux et qui nous amène aussi dans un territoire dans lequel on n'est jamais vraiment allé. Enfin on a une nouvelle signature que je trouve assez explosive qui est plus disons, de la pop synthétique ! Mais je préfère en parler plus tard quand tout sera prêt."

"Nous allons maintenant nous intéresser à tes goûts musicaux... Comment aujourd'hui découvres-tu de nouveaux artistes ?"

Bertrand Burgalat : "Ce que je trouve formidable avec internet c'est que l'on peut écouter des choses de façon absolument directe en se faisant un avis soi-même, en se faisant mettre sur les pistes par tel ou tel blog... Moi j'aime beaucoup Itunes pour ça, parce qu'il y a un coté vraiment instantané. C'est vraiment comme être chez le disquaire à la bonne époque, sauf que ça prend dix fois moins de temps, il ne faut pas faire la queue... Moi j'aime y aller complètement au hasard et découvrir des musiques dans des genres que j'ignore, de pays inconnus et en faisant complètement abstraction des recommandations."

"Tu peux nous parler de tes dernières découvertes ? Ton dernier coup de cœur ?"

Bertrand Burgalat : "Je dois avouer que rien ne me fait plus plaisir que d'entendre un truc neuf qui me plait. C'est pas souvent le cas, peut être parce qu'il y a un découragement vis-à-vis de la musique mais aussi un découragement à écouter. Les dernières choses que j'ai entendues et qui m'ont plu, c'était à la fois des trucs comme Empire Of The Sun dont j'avais trouvé l'album super bien produit et plus récemment j'ai découvert Toro y moi. J'ai beaucoup de mal à écouter de la pop ou du rock aujourd'hui car j'ai l'impression qu'il y a un poids du passé qui est vraiment trop prenant et sans beaucoup de distance par rapport aux influences. J'écoute souvent des musiques que je n'écoutais plus ; j'écoutais pas mal de jazz entre 10 et 15 ans puis plus du tout après. Je m'y suis remis avec Pharoah Sanders, par certains morceaux lents et atmosphériques de Duke Ellington, par Ahmad Jamal et d'autres gens comme ça... Je ne veux pas écouter que des choses du passé mais je n'aime pas ce systématisme de cette industrie qui doit tout le temps nous persuader que le dernier truc qui vient de sortir est formidable..."

"Tu as encore le temps d'aller à des concerts ?"

Bertrand Burgalat : "J'aurais le temps mais pas du tout l'énergie et le désir d'aller voir les concerts. J'ai déjà beaucoup de mal à aller à mes propres concerts (rires). J'ai développé une espèce de rejet un peu bête, mais disons que la société du rock en elle-même ne m'intéresse pas. Quand je vois les images des grands concerts aujourd'hui, il y a un coté vraiment oppressant dans ce que véhicule le rock qui est complètement aux antipodes de ce qu'il est censé être. Le rock en phénomène social aujourd'hui a quelque chose d'extrêmement abrutissant et est utilisé n'importe comment à la fois par les collectivités locales, par le monde de la mode et du luxe."

"Avec qui rêverais-tu de bosser ?"

Bertrand Burgalat : "Moi la personne qui m'obsède d'une certaine façon, c'est David Bowie. Pour moi c'est un mec extraordinaire et si un jour je peux avoir la possibilité de réaliser un rêve musical, ça serait de faire des choses avec lui."

"Pour conclure, nous avons tous une chanson honteuse qu'on aime écouter en cachette... Chez les Tambours, c'est le "Guilty Pleasure". Pourrais-tu nous citer un des tiens et nous en toucher deux mots ?"

Bertrand Burgalat : "Vraiment honteux ? Mais j'ai honte de rien, hein. Il y en a quand même une que je trouve vraiment sublime, c'est Les villes de solitude de Sardou, je la cite souvent... C'est de la soul française magnifique, texte génial de Pierre Delanoë je crois, musique genre Philadelphia sound, terrible. Quand on cite une chanson de Michel Sardou, en général, tout de suite ça pose le truc (rires)... Je repense aussi à l'intro de la danse des canards, le synthé était dément !

Propos recueillis par Bioxid





















11/05/2012
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres