Alain YVER

Alain YVER

BERTRAND BURGALAT partie 3 "Toutes directions"

BERTRAND BURGALAT  




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REMIX
//soundcloud.com/tricatel

Toutes directions



Ce nouvel album de Bertrand Burgalat s'ouvre magnifiquement avec une sorte interlude, un petit intermède musical comme un clin d'œil ou un hommage à la musique de Michel Magne, avant d'enchaîner logiquement sur des pop songs chics et de bon goût comme lui seul sait les écrire.
Sur une musique labellisée "100% Tricatel", pop et easy listening à la fois, héritée des années 60/70, Burgalat prête sa voix douce aux textes décalés écrits par Charles Berling, Barbara Carlotti, Laurent Chalumeau et les autres pour un recueil de chansons globalement assez délicieuses.
 Si son meilleur album reste encore à ce jour "The sound of music", Il y a fort à parier que, lorsque l'on fera le bilan discographique de Monsieur Tricatel dans quelques années, celui-ci ne pas loin derrière tant il recèle tout ce qui fait la beauté et l'originalité du style Burgalat depuis toujours.
Depuis sa maison de Saint-Bertrand-de-Comminges, en Haute-Garonne, Bertrand a construit cet album tranquillement, entouré de ses nombreux claviers et de tout son matériel vintage pour donner vie à un album clair et lumineux, nostalgique et évocateur d'un cinéma en technicolor mais aussi d'une certaine forme d'insouciance.
Avec son titre en trompe-l'œil, "Toutes directions" est bel et bien album qui avance dans un seul et unique sens, qui tend vers l'excellence, pour un esthète post-moderne et patron de label plus que jamais dans l'air du temps.







Bertrand Burgalat :
quand toutes les directions mènent à la beauté…


2 mai 2012par Fils de France
bertrand-burgalat

En 1996, Bertrand Burgalat fonde le label Tricatel. Depuis, abonné aux bonnes critiques et à des ventes qui le sont moins, il persiste dans son grand œuvre d'alchimiste pop, sachant qu'il n'est pas forcément nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. Avec près de deux cents albums en tant que producteur ou arrangeur, il signe aujourd'hui son quatrième disque en solo,Toutes directions. Analyse et rencontre.

Écoutez Toute directions. Mais écoutez-le plus d'une fois, cet album étant de ceux qui mettent du temps à vous entrer dans la tête. Oubliez aussi tous les poncifs journalistiques le concernant : « Nouveau Phil Spector français » ou « Pape de l'easy listening ».

Car Phil Spector, c'est le Wall Of Sound, soit quatre batteurs, cinq bassistes, huit guitaristes et autant de choristes, le tout ayant sûrement eu vocation à avoir été divisé par dix. Le travail de Bertrand Burgalat, même si parfois un peu surproduit dans ses jeunes années, se situe à l'inverse de ces grosses meringues musicales.

Pis, « l'easy listening », c'est de la musique facile à écouter, alors que celle de notre homme ne l'est pas au premier abord. Les mélodies sont complexes et les suites d'accords si inventives qu'en fin de vers, on tombe généralement sur la note que l'on n'attendait pas. Paul Mc Cartney et Brian Wilson savaient ça aussi, ayant deviné la recette de l'élixir de l'éternelle musique. Bref, Toutes directions est un petit miracle musical, une sorte d'OMNI (Objet musical non identifié).

Car nous sommes là au croisement de cette grâce issue de la "grande" musique française – Claude Debussy, Erik Satie, voire même de Déodat de Séverac – et d'une musique, aussi populaire qu'élégante, se situant dans la droite ligne d'un Christophe, d'un Art Mengo ou d'une Françoise Hardy dont, en termes de puissance vocale, Bertrand Burgalat tendrait à devenir le pendant masculin : amateurs de voix à la Joe Cocker, passez donc votre chemin !

La caractéristique de notre homme consiste à l'évidence à ne pas être esclave de ses ventes et encore moins condamné à retrouver la recette d'un tube qui l'aurait rendu célèbre ; l'infortune commerciale a parfois ses bons côtés… Mieux, un récent mariage et une paternité qui ne l'est pas moins semblent lui avoir conféré une plénitude qu'on ne lui connaissait pas avant. Ainsi, la Berceuse dédiée à sa petite fille est renversante de tendresse. Mieux encore, au-delà de mélodies bouleversantes de beauté, les textes n'ont jamais été aussi pertinents de profondeur. Dubaï My Love ? On n'avait encore jamais rien écrit d'aussi juste sur ces villes sans âme : « De l'or, du verre et du vent. J'aime ton soleil climatisé… » Ceux qui ont cru passer de bonnes vacances dans ce banthoustan consumériste ne sont pas tôt de s'en remettre. Quant à l'univers de la nuit et de ses paillettes, quoi de plus juste que sonSurvet' vert et mauve ? Avec, notons-le, les paroles hilarantes de Laurent Chalumeau, jadis l'une des plus belles plumes du mensuel Rock And Folk : « Mais c'qui assure le mieux si tu veux qu'elles oublient qu't'es chauve. Joue-la trancoolos dans un survet' vert et mauve ! » Mais, de pépites en pépites, le sommet est peut-être atteint avec l'énigmatique Sous les colombes de granit et ses quelques secondes d'éternité musicale, ces chœurs féminins, angéliques, qui, descendant des Cieux, viennent transcender une mélodie belle à tomber.

Bref, s'il y a un disque à acheter en 2012, c'est bien celui-ci, galette magique qui redonner à la musique française des lettres de noblesse qui ne semblent pas être la préoccupation première d'une industrie musicale en plein désarroi. En un mot comme en cent : merci Bertrand. Cette musique nous rend heureux…

Fils de France







Boris reçoit Bertrand Burgalat :
compositeur et éditeur de musique
Musicien et producteur, Bertrand Burgalat a travaillé sur plus de 150 albums, composé pour le cinéma, la télévision, la publicité.

Tricatel, la maison de disques qu'il a fondée en 1995, est entièrement consacrée aux artistes inclassables et aux projets hors-norme.

Son prochain album, intitulé "Toutes directions", sortira le lundi 16 avril prochain.

Quand Bertrand Burgalat décide d 'intituler son album Toutes directions, c°òest aussi pour retrouver ce vertige délectable et suavement angoissant. Oser soudain se dire que l°òon ne sait pas où l°òon va, tout en sachant qu°òaucune route ne conduit vraiment nulle part…
Cet album est celui d°òun maître français de la pop, d°òun expérimentateur forcené, d°òun joaillier du son, d°òun arrangeur inquiet, d°òun virtuose instinctif…

Toutes directions raconte Burgalat le post-moderne, Burgalat le futuriste, Burgalat le baroque, Burgalat le janséniste, toutes les manières qu°òon lui connait ou qu°òon rêve de lui.

En quinze chansons, il nous rappelle combien sa position est singulière dans le paysage musical et il nous entraine loin ailleurs.







nouvel album
BERTRAND BURGALAT : "Toutes Directions"


Publié le 16 avril 2012 par unitedstatesofparis

C'est le Printemps! Et Bertrand Burgalat, n'a pas hésité à sortir son nouvel opus, Toutes Directions, en cette saison qui manque parfois de dérision.
Certes, il y a bien Sebastien Tellier qui lance la promo de My God is Blue, mais ses nouvelles facéties vont-elles nous attendrir?

Les beaux jours reviennent et la suffisance parisienne aussi: « T'as vu mes pecs sous mon tee-shirt acheté chez Colette? J'y ai passé tout l'hiver dessus. »
« Je te capte même pas sous mes sunglasses Marc Jacobs. » Sans compter la nouvelle mode pour les Louboutin homme. La semelle rouge sous la basket, c'est moins glam que sous un escarpin talon haut, accompagnant une cuisse épilée de près.

Dans ce dédale de précieuses ridicules 2.0., l'invitation « Danse, danse, la vie se danse » (Bardot's Dance) de sieur Burgalat tombe forcément à pic.
On a tous en nous un peu de légèreté à revendre. Et quand les accords sonnent aussi bien, notre estime pour le genre humain s'en trouve soudain rafraîchi.

Introspection spatio-nébuleuse à travers un Voyage Sans Retour et une Sentinelle Mathématique. Amour en slowmotion avec Berceuse et Dubai my love –  saviez-vous que la capitale des Emirats arabes unis avait détrôné Paris en matière d'ouvrage romantique? Fallait oser.

L'esprit furieusement décalé de cet artiste protéiforme et producteur au flair certain ne gâche en rien la qualité des compositions.
Bien au contraire, l'accompagnement musical est un régal de dentelle fine et classe. Pas étonnant que le titre de l'album soit un instrumental et non une chanson. Un autre pied de nez complice avec l'auditeur qui prêtera toute attention à ces créations.

Sinon, ça ne vous surprendra certainement pas si on trouve des accords très eightie's dans la dernière création de Mister Burgalat. La Rose de Sang et Réveil en Voiture en sont de parfaits exemples. Un revival délicat et réjouissant qui réchaufferait les oreilles du froid électro ou de la fadasse bouillie que nous réserve la variété française.

Croisé, quelques jours avant la publication de ce billet, devant le bureau son label Tricatel, Bertrand B. affiche un sourire timide mais contagieux.
Il est surpris par autant d'attentions, lui qui était plus habitué à des piques en son endroit qu'à de sincères déclarations.
Toutes directions augure-t-il un nouveau rapport aux journalistes des pages et chroniques musique de nos magazines et radio?
Les Inrocks n'ont en tout cas pas raté l'occasion d'un rendez-vous avec l'artiste.

Toutes Directions de Bertrand Burgalat
En CD, Vinyle édition luxe ou édition sérigraphiée
Tricatel







Pop française
Bertrand Burgalat, orfèvre rétro-futuriste
Nouvel album, Toutes directions

Serge Leblon
20/04/2012 -

Hors du temps, aussi nostalgique que science-fiction par le son, aussi hédoniste que mélancolique dans ses textes, le nouvel album de Bertrand Burgalat, Toutes directions, est un manifeste d'élégance pop distanciée.

La pop n'est pas seulement affaire d'inspirations limpides et de cieux enchantés. La pop est une contrée qu'arpentent de patients assembleurs, des artisans tenaces, des mages de la justesse. Depuis des années, on connait Bertrand Burgalat pour ses aventures élégantes : des disques personnels semés d'arcs-en-ciel généreux et de visions fulgurantes, des productions infiniment classieuses pour son label Tricatel (April March, les Shades, Count Indigo, High Llamas, Michel Houellebecq…), des collaborations volontiers diagonales (Christophe Willem, Chamfort, Adamo, Einstürzende Neubauten, Katerine, Mick Harvey, Supergrass, Alizée…).

Il y a en lui du Géo Trouvetou et de l'aquarelliste, de la grâce Beach Boys et de la liberté beatlesienne. Avec le temps, il est devenu un expert reconnu dans la science touffue du studio. Il s'est d'ailleurs construit un studio, dans une maison vénérable du bourg médiéval de Saint-Bertrand-de-Comminges, en Haute-Garonne. "J'ai pu y installer tous mes claviers, tous mes instruments, tout mon matériel, ce que je n'avais jamais pu faire. J'avais toujours des choses entreposées ici ou là et je devais souvent faire mes disques avec ce qui était disponible."
 
Alors, il a pu tout choisir méticuleusement, employer toujours la bonne couleur au bon instant. Et il a donc joué de tous les instruments, seulement accompagné à la batterie par Julien Barbagallo (Aquaserge, Tahiti 80, Lecube) et pour certaines guitares par Benjamin Guibert. Il a donc eu à sa disposition l'espace, le matériel et surtout le temps, sans contraintes d'horaires de studio et de rendu du résultat. Il a donc eu la liberté de la vérité, sans sons ni outils à la mode, sans non plus l'obligation de faire résonner sa musique comme celle d'un groupe de scène. Et il n'est dans un autre studio que pour ajouter des cordes sur quelques chansons.
 
Voici aussi pourquoi Toutes directions est un titre naturel pour ce nouvel album : Burgalat est allé partout où il le souhaitait et sans se restreindre jamais. C'est d'ailleurs pourquoi, aussi, il a choisi de ne pas écrire ses propres textes : "Bizarrement, je ne suis jamais vraiment arrivé à me lâcher en chantant mes propres textes. Je trouve presque plus vrai de chanter les textes d'autres auteurs."
 
Nombreuses collaborations
 
Alors il a largement ouvert la palette, suggérant un thème à un auteur, un titre à un autre… Il a collaboré avec des débutants, de vieux complices, des compagnons de rencontre : le comédien (et maintenant chanteur) Charles Berling, Barbara Carlotti, Laurent Chalumeau, Marie Möör, Élisabeth Barillé, Hélène Pince, Pierre Robin, Matthias Debureaux et Alfreda Benge, l'épouse de Robert Wyatt.
 

Tout parle d'amour sans illusions, de nuit, de rues vides, de douceurs étranges, de regrets à peine avoués. Les entrelacs de références sixties ou seventies, la froideur des rythmiques et la chaleur des mélodies, la délectation de poser sa voix de manière très clinique : Toutes directions peut être pris comme une sorte de manifeste de la touche Burgalat. On y sent de bout en bout une sérénité et une profondeur qui manquait à ses précédents albums (The Sssound of Mmusic, Portrait-robot, Chéri BB), peut-être trop vite accomplis. "J'ai toujours fait mes disques en m'accordant moins de confort et de moyens que les autres disques du label. J'enregistrais en un minimum de temps, dès que je trouvais un peu de temps de studio, sans jamais vraiment y investir ce que j'aurais investi pour un autre artiste de Tricatel."
 
Son label a conservé son indépendance mais aussi sa gourmandise : Toutes directions sort en CD, en vinyle mais aussi dans une édition limitée sérigraphiée par Jean-Pierre Muller, le créateur des visuels de l'album. Une édition de cent exemplaires à 200 € pour porter encore plus loin la passion de l'objet d'art pop. "Jamais sans la crise nous n'aurions tenté des choses pareilles", dit Burgalat.
 
Il navigue entre autarcie opiniâtre dans la création et générosité fervente dans les propositions musicales. Car la plupart des productions françaises du moment ont un son étroit, par modicité des effectifs à l'enregistrement, puis par souci de clarté sonore pour la frange importante du public qui écoute les nouveautés sur ordinateur. "Je n'arrive pas à m'habituer à l'effondrement de la qualité sonore des productions de ces dernières années", avoue Burgalat. D'où le soin mis au mixage, pour obtenir un son aussi équilibré sur les classiques chaînes de salon et sur les ordinateurs. Et, au bout du compte, Toutes directions sonne comme une rêverie rétro-futuriste.
 








Bertrand Burgalat :
 « C'est con mais un musicien, ça s'apprend »

En 2010 il pensait arrêter la musique. Deux ans plus tard Bertrand Burgalat revient avec ce qui pourrait être son meilleur disque, Toutes Directions. Pour lui, un voyage sans retour, à 48 ans. Pour moi, un aller simple vers la Lune, en 48h. Rencontre au carrefour de la pop française, chez lui, à Tricatel. Et on y parle pêle-mêle French Touch, Karl Lagerfeld, Thénardier, Rock&Folk et Roland Moreno, l'inventeur de la carte à puce.

cafebabel.com : Es-tu content de l'album ?

Bertrand Burgalat : Oui. Je suis très content. Il ne faut pas dire ça parce que d'abord ça peut faire prétentieux et tout. Mais je suis content d'être allé au bout, d'avoir l'impression d'avancer, de ne pas faire exactement ce que je fais d'habitude. Je suis content sur le fond et sur la forme.

cafebabel.com : Il constitue une étape particulière ?

Bertrand Burgalat : Je ne pense pas en tant que carrière, simplement je trouve que ça n'a pas de sens de faire un disque s'il n'apporte pas quelque chose de différent de ce qu'on a fait. Il y a des gens, qui ont un public : tous les ans par exemple, il y a des livres d'Amélie Nothomb. Moi, je ne suis pas dans ce cas-là. J'ai d'autres équations en fait. Mais c'est pas mal ! Cela m'oblige à me botter le cul. Je ne peux pas avoir de certitudes.

 
cafebabel.com : Qu'est-ce qui fait vraiment la différence avec les disques précédents ?

Bertrand Burgalat : Je n'ai pas enregistré pareil parce que c'est le premier disque que j'ai enregistré de façon presque normale en studio. Souvent, je fais des prises dans des endroits qui ne sont pas vraiment pour ça. Je mettais des instruments dans des pièces qui ne sont pas traitées. Donc, il y a ce côté pratique. Puis après, je pense aussi que je suis plus nerveux, plus concis. J'essaie de voir. Je pense que c'est plus direct dans les textes. Finalement, je pense que c'est un peu moins abstrait.  Vu de l'intérieur hein. Peut-être que pour quelqu'un qui l'écoute ce ne sera pas pareil. En tout cas, j'ai l'impression d'avoir évolué dans ce domaine-là et de m'exprimer désormais d'une façon plus claire, plus directe.

cafebabel.com : Nous, en fait, on a fait le chemin inverse. Je m'explique, on ne te connaissait pas et on t'as appris par ce disque. Le premier truc que j'ai remarqué, pour traiter de la différence avec The Ssssound of Music, Portrait-Robot et Chéri BB, c'est la voix. Dans Toutes Directions, tu accordes une place beaucoup plus importante à la voix.

Bertrand Burgalat : Oui car j'ai beaucoup plus confiance aujourd'hui. J'ai enregistré les voix, je me suis installé dans le studio et je me suis dit « allez ok tu fais la voix d'un coup ». Après je suis un peu revenu dessus. Genre un matin je me lève et j'avais la voix super grave, je me suis dis « tiens c'est super cool, tu vas tout refaire et tu vas enregistrer un truc à la Barry White ». Donc je le fais. Et je réécoute en fin de journée. Putain, c'était épouvantable alors que j'avais passé une demi-journée à tout rechanter. En fait, je fais des prises de façon très spontanée mais c'est vrai que c'est une question de confiance, un truc psychologique. Et c'est en ça que je ne me considère pas comme un chanteur. J'essaie de chanter comme je parle, si tu veux.

cafebabel.com : T'as fait un travail sur la voix non ?

Bertrand Burgalat : Non c'est à dire que je suis plutôt revenu à ce que je faisais sur The Sound of music. Avant, j'ai toujours fait des voix sur les disques des autres mais plutôt des chœurs à la Beach Boys. Mais dès que l'on en revenait à moi, je me posais des questions. Et plus je me posais des questions, plus je perdais confiance en ma voix. La seule chose qui a changé c'est ça : ne pas me poser de questions. De chanter comme je parlerais. C'est vrai aussi que j'ai commencé à enregistrer des textes au moment où, selon moi, la technique et la sensibilité coïncidait plus chez les chanteurs. Dans les années 90, soit il y avait des chanteurs à voix – qui hurlaient,  c'était ignoble – soit il y avait des gens qui chantaient avec beaucoup de sensibilité mais au détriment de la technique. Je préférais quand même ceux-là aux hurleurs. Et je pense que l'on est quand même aujourd'hui dans un période où les deux coïncident mieux. Les gens jazzifient moins. Mais il y a dix ans, c'était horrible. Les gens attaquaient toujours en jazzifiant, en foutant toujours des vagues dans leurs trucs. Donc j'étais dans cette opposition et mêmes les autres artistes du label, comme April March par exemple, je les signais parce qu'ils étaient en dehors de ça. Maintenant, je trouve qu'on trouve plus des gens qui chantent justes et bien et qui n'en font pas des caisses.

cafebabel.com : Et c'est ça qui t'intéresse ?

Bertrand Burgalat : Ouais parce que plus c'est démonstratif, plus ça se fait au détriment de l'émotion. Et je trouve que c'est beaucoup plus difficile de chanter doucement que de chanter fort. D'être juste et tout ça quand on chuchote, ce n'est pas facile. Je trouve ça techniquement plus compliqué et je n'aime pas ma voix quand je chante fort.

cafebabel.com : Dans ton premier album, il y a beaucoup plus de parties instrumentales et dans Toutes Directions les morceaux sont très fournis au niveau du texte …

Bertrand Burgalat : Pour moi, The Sssssound of music, c'était un prototype où le message était beaucoup plus abstrait. C'était important de faire ce disque mais justement une fois que c'était fait – une espèce d'essai comme ça, à la fois triste et solaire – je pouvais passer à autre chose quoi. Dès l'album suivant, je n'étais pas du tout dans le même état d'esprit et ainsi de suite. Après un disque comme Toutes Directions, je peux être sûr d'une chose : ça ne m'emballerai pas de faire la même chose. J'essaierai de trouver une autre façon de m'y prendre. Parce que c'est toujours pareil, il faut essayer de proposer quelque chose, il faut essayer d'avancer.

cafebabel.com : Toujours d'un point extérieur, et toujours en prenant Toutes Directions en premier, je ne trouve pas qu'au niveau musical, au niveau du fond, il y ait une énorme différence. Je ne sais pas si l'on peut parler d'un prolongement mais tu penses que ce disque marque une rupture ?

Bertrand Burgalat : Non pas du tout. Je pense que c'est une progression et j'essaie vraiment de m'améliorer. Je ne suis pas Karl Lagerfeld qui va dire « le XVIII siècle c'est pourri ». Je suis pas un styliste, voilà. Quand je dis 'j'aimerais bien rebattre les cartes' ça veut dire : 'j'aimerais bien faire un disque où il y aurait que des graves et que des aigus.' Mais j'ai toujours essayé de me démarquer de la mode dominante. Quand tout le monde était French Touch, je n'étais pas vraiment French Touch. Je n'ai pas non plus admiré la nouvelle chanson française. Je ne suis pas folk-rock non plus. En France, il y a une tradition dans le domaine de la variété. J'ai travaillé avec certaines personnes - Adamo par exemple - ça ne s'est pas bien passé du tout parce qu'il faisait des chansons avec des intuitions incroyables mais après il venait me voir et il me disait « ouais faudrait que tu me fasses un truc reggae ». Je l'ai appelé « Jadamo » après. Bref, tout ça parce qu'il y a une tradition dans la variété selon laquelle on obéit aux influences du moments. « Il faut disco ? Faisons du disco ». Et caetera.

cafebabel.com : Et on touche à quoi là ? Tu penses pas que c'est parce qu'ils ont peur d'affirmer une certaine différence à l'égard d'une industrie musicale…(il coupe)

Bertrand Burgalat : Je pense qu'ils ont raison d'avoir peur. Je prends l'exemple de Tricatel où on a essayé de faire gaffe à ne pas avoir deux fois la même chose, de ne pas avoir deux artistes dans la même veine. Et ben, on n'a pas du tout été compris par les magasins. Donc le fait de ne pas trop vouloir se mettre une étiquette, ça nous désavantage. Mais après sur le fond, je n'ai pas dut tout de regret. Parce que c'est pas parce qu'on aurait une étiquette que ça marcherait.

cafebabel.com : Pour revenir à l'album, t'as laissé tous tes textes aux bons soins de la plume de paroliers. Pourquoi ?

Bertrand Burgalat : Ils écrivent bien. Ils écrivent sûrement mieux que moi. Et encore mieux que moi si c'était moi écrivant pour moi (sic). Ce qui est important c'est qu'en passant par des paroliers, je me tiens beaucoup plus près de ce que je voudrais exprimer alors que si c'est moi qui écris, je sais qu'inconsciemment je vais avoir l'impression d'auto-analyser ce que je fais. Enfin, je vais avoir l'impression de me mettre à nu, ce qui n'est pas le cas. Puis j'estime qu'un disque comme ça, ce n'est pas mon disque. Je ne suis pas en train de vendre mon personnage, ma personnalité à travers un disque. Je suis en train de proposer une œuvre, une œuvre collective. Même si c'est moi qui suis sur la pochette même si c'est moi qui ai fait beaucoup de choses, je considère que mon travail est indissociable de celui des auteurs et des musiciens qui participent au disque. C'est pas « moi Bertrand Burgalat ». Et c'est une joie. Parce que déjà le fait de ne pas être un groupe, c'est déjà moins bien : la musique c'est quand même un truc collectif. En même temps, il y a un aspect assez solitaire. Et moi j'aime bien ce mélange.

cafebabel.com : Est-ce que tu penses que c'est plus personnel d'écrire tes textes mais de ne pas les chanter ou l'inverse ? En gros est-ce que tu sens ce disque plus intimiste que les précédents par le fait que tu as laissé l'écriture à des paroliers ?

Bertrand Burgalat : Ils étaient tous très intimistes mais ce qui est sûr c'est que j'ai fait des chansons pour d'autres, parfois, qui étaient extrêmement personnelles. En fait, l'idéal pour faire des trucs plus personnels, c'est d'arranger un morceau que l'on n'aime pas. Au final, ce sera le morceau avec lequel je me sentirai le plus libre parce que si je ne travaillais pas avec un autre artiste, je n'oserai pas y toucher. Et il m'est arrivé de faire des trucs qui sonnaient mieux que d'autres morceaux auxquels je tenais plus. On est plus libre, plus détaché.

cafebabel.com : Souvent dans tes interviews, tu dis que t'as un côté anachronique. Est-ce que tu cultives une certaine différence ?

Bertrand Burgalat : J'ai un défaut : aujourd'hui il ne faut pas essayer de se démarquer parce que finalement, on fait les mêmes choses que les autres. Je pense qu'il ne faut pas essayer de suivre la mode mais ne pas non plus essayer d'en prendre le contre-pied. Moi, j'ai toujours eu tendance quand il y avait une mode dominante, d'aller à l'inverse. Je pense que c'est une erreur. Je ne veux pas être singulier, je m'en fous. Etre singulier, selon moi, c'est bête et il y a un exemple que m'avait raconté Manœuvre il y a longtemps. Un jour, il accompagne sa fille à un concert de Marilyn Manson et au Zénith, il y avait 5OOO clones de Marilyn Manson parce que tous étaient persuadés chacun dans leur coin d'être les seuls à l'imiter. Donc, je crois qu'il ne faut pas chercher ça. Quand je dis anachronique c'est parce que les gens me considèrent comme quelqu'un de nostalgique. Ce qui n'est pas le cas mais il y avait un terme à l'époque – horrible et que je revendique surtout pas. On disait « il est branché-décalé ». Je pense que ça c'est une connerie. Je ne veux pas être décalé. J'admire les mecs comme Bowie qui disent aujourd'hui « tout est neuf tout est génial ». Il a une espèce de positivisme que j'admire. Moi, je ne peux pas être là. Je ne suis pas encore assez vieux pour affirmer : « putain c'est génial, j'y comprend rien mais c'est génial ! ». Je n'en suis pas là mais ça viendra, c'est sûr. Et il y a eu des mecs en France comme ça qui disaient « ah j'ai mis un remix drum&bass. C'était trop énorme ». Je considère simplement qu'en musique comme dans le reste, plus on connait ses admirations plus on peut avancer. En studio je passe énormément de temps à bannir tout exercice de style ou toute resucée du passé, j'essaie de les éviter. En même temps ces approximations là, elles m'amusent. En général, c'est quand même un style de fainéantise. Je laisse dire. Ça me fait rire. Parce que j'ai vu avec le temps, quand les gens avaient des espèces de raccourcis un peu faciles, ça les renvoie à eux. Beaucoup m'ont collé un artiste sur la tronche, parce que ma musique leur rappelait ce que je faisais. Des artistes que je connaissais mais que je n'avais pas écoutés depuis 20ans. J'ai eu Gainsbourg, Burt Bacharach, les compils d'easy-listening. Parce que c'était eux, parce que c'est ce qu'ils écoutaient. Chaque fois, je trouve ça intéressant parce qu'ils m'apprennent. Mais beaucoup plus sur l'interlocuteur que sur moi.

cafebabel.com : Tu as dit un truc intéressant dans ton petit film de promo, tu as dis que ton album tu l'avais écrit il y a très longtemps. Et je me demande si l'album n'est pas fait des petites sommes de choses que tu n'aurais pas faites avant.

Bertrand Burgalat : Il y a des strates. Sur un disque comme ça il y a des choses qui trainent qui je n'arrive pas à résoudre. Il y a des équations insolubles. Il y a des morceaux comme « Berceuse » qui a 22 ans. Parce que je n'arrivais pas à retrouver la musique qui allait dessus. J'ai dû sortir une disquette de mon Atari pour retrouver le truc. Il y a des choses comme ça qui trainent. Et c'est l'inverse des fonds de tiroirs parce que sont des trucs super importants mais que je n'arrive pas à bien résoudre. Puis, il y a des choses qui se font à tel moment. La plupart des morceaux ont été fat juste après mon troisième album puis « Voyage sans retour » est un texte qu'Elisabeth Barillé a dû écrire peu de temps après. Et je me suis dit « quand j'en aurais 14 ou 15 comme ça » je ferai un album.

cafebabel.com : On te considère aussi beaucoup comme « un esthète de la pop »  avec une musique très recherchée, architecturale, ficelée presque ésotérique. Est-ce que tu te considères comme un travailleur besogneux ?

Bertrand Burgalat : Oui et non. Je ne suis pas un pinailleur dans le sens où je fais les choses très spontanément. J'improvise beaucoup. Pour moi, le studio c'est un jeu. Je vois des gens en studio, ils font la gueule. Ils sont dans le mythe bourgeois de la souffrance. D'un autre côté, il y a des choses sur lesquelles j'essaie d'être très précis pour trouver le bon alliage, les bonnes combinaisons, la bonne couleur. Et s'il faut mettre un an pour faire un truc, je vais mettre un an. Je compose assez vite en revanche. Donc c'est un mélange de spontanéité et de rigueur. Pour le reste, la plupart des projets que j'ai faits, c'était des projets assez difficiles. C'est con mais un musicien ça s'apprend. J'ai préféré faire 10 projets un peu acrobatiques où je n'allais pas gagner beaucoup d'argent plutôt que de faire le gros truc. C'est pour cela que je suis content de ne pas être l'artiste qui fait ses douze chansons tous les deux ans. Je suis aussi obligé de travailler, de faire des choses, de faire des commandes. Parfois on peut perdre l'appétit pour la musique à cause de ça parce qu'il ne faut pas que cela devienne juste un boulot quoi. Autant on peut garder une certaine fluidité.

cafebabel.com : En même temps, tout le monde n'est pas dans ta position. Tout le monde n'est pas artiste et dans le même temps fondateur et directeur de label…

Bertrand Burgalat : Parfois c'est même décourageant de faire tout ça. On se dit pourquoi on le fait ? Et puis bon, quitte à le faire, autant faire les choses bien. Faire ce qu'on aime avec des gens que l'on apprécie. C'est quand même un luxe.

cafebabel.com : T'es passé par une période difficile… (Tricatel a connu une situation difficile au début des années 2000, à l'époque Bertrand aurait annoncé vouloir arrêter la musique, ndlr)

Bertrand Burgalat : Le disque est sorti hier. Là, je suis encore content de l'avoir fait. Deux, c'est le disque sûrement le mieux accueilli par la critique. Donc c'est déjà une victoire. Après, je veux voir le résultat dans trois mois. Si on n'est pas arrivé à passer certaines strates, si je n'ai pas réussi à élargir mon public, je me dirai pas « j'aurais dû faire le disque autrement » mais simplement peut-être que je me poserai des questions. Je me dirais « est-ce qu'il faut continuer à lutter comme ça ? ». Dans ces  moments là, de promotion, juste après la sortie, alors que je ne mets pas la barre haut commercialement– remarque j'étais en dessous de mes attentes même quand je plaçais la barre bas. Ce que je veux c'est juste la capacité future à faire d'autres choses. Mais là je suis très positive attitude.

 

cafebabel.com : Quelle formation musicale tu as ?

Bertrand Burgalat : J'ai commencé le piano à 6ans, formation classique que j'ai abandonnée à 12 ans.  J'ai arrêté trop tôt surtout parce que c'était un période où il y avait soit la formation conservatoire classique, soit le délire autodidacte. Donc j'ai lâché classique et je me suis retrouvé avec une formation théorique trop sommaire. Si je lis un traité d'harmonie et tout ça, il y a toute une grammaire que je ne connais pas. Je connais l'orthographe de la musique mais je n'en connais pas la grammaire. C'est comme si on me disait « ne mettez jamais de cravates à pois sur des chemises rayées ! » «  Ah bon ? Je ne savais pas… » J'ai des regrets parce que du coup, ça ne me pose de problème quand j'écris mes arrangements. Mais j'aimerais lire à vue. Et je suis en aide à la musique au CNC (Centre national de la cinématographie, ndlr). Il y a des gens qui sont premiers prix de conservatoire. Des gens qui ont la compétence technique suffisante pour faire des supers trucs. Mais dans le même temps, j'ai l'impression que ce type de formation les restreint dans un enseignement qui ne leur apprend que « la manière de ». Après 12 ans, j'ai appris sur le tas. J'ai essayé de progresser. L'an dernier, j'ai été voir un compositeur classique. Il faudrait que je réapprenne tout dès le début. C'est comme si tu conduis dès 30 ans et que d'un coup, tu devais repasser le code.

cafebabel.com : Et dans le milieu de a musique en tant que tel. Tu es fils de préfet comme un certain Jean-Louis Aubert, j'imagine que tu n'as pas vraiment été bercé dans un cocon musical ?

Bertrand Burgalat : Ah ben non pas du tout. J'ai été fils de préfet mais bon je ne l'ai pas été très longtemps parce que quand mon père est mort, j'avais 20 ans. Et donc je n'ai plus jamais eu de liens avec les gens que connaissait mon père. Je me suis retrouvé seul. Puis même quand il était en vie, il était ami avec Tino Rossi. Je regrette parce qu'à l'époque je me souviens : voir Tino Rossi, c'était voir le diable, l'incarnation du mal absolu. Je refusais absolument. Maintenant je me dis « quelle connerie ! » J'aurais adoré voir sa baraque.

cafebabel.com : Et t'as grandi où ?

Bertrand Burgalat : Un peu partout parce qu'un préfet ça bouge tous les deux-trois ans. J'ai été en Corse, dans les Landes, dans le Morbihan, à Colmar, en Seine Saint Denis, en Bourgogne. J'ai même vécu à Londres, tout seule à 14 ans. Mon père était en poste à Ajaccio et le climat politique était un peu compliqué. Puis on m'a dit « ah t'as un bon niveau d'anglais, tu pourrais au lycée français ». J'étais près d'Heathrow chez des Thénardier, je me caillais. Et ils me filaient des tricots de corps. Bref, c'était en 77-78.

cafebabel.com : Et ton style alors ?

Bertrand Burgalat : Je m'habille comme je détestais la mode des gens qui s'habillaient comme ça à l'époque. Mais quelque part on en revient à l'album. Bon mon père est mort quand j'avais 20 ans puis plus j'ai progressé, plus j'ai vécu des choses bien et plus je ressentais le besoin de partager ces choses avec mes parents. J'ai perdu mon père, ma mère, ma sœur. Et je pense qu'inconsciemment la façon de me saper doit venir de là. Avec le temps je me suis aussi rendu compte combien mes parents m'avaient adoré. Donc peut être que je fais une sorte de transfert en me sapant comme ça.

cafebabel.com : Tu sais que mon père aime bien Burgalat ?

Bertrand Burgalat : (Il se poile). C'est marrant parce que normalement le truc typique avec les vedettes vieillissantes, c'est genre « ma grand mère te kiffe ». Non c'est la première fois que quelqu'un que je rencontre me dis ça, je trouve ça génial.

cafebabel.com : Je dis ça parce qu'à la maison, dans les chiottes, il y a Rock&Folk et que c'est quand même un canard qui t'a vachement soutenu ?

Bertrand Burgalat : J'ai une gratitude énorme pour Rock&Folk parce que je trouve que Philippe Manœuvre a toujours eu un côté ado éternel dans tout ce que ça a de touchant. C'est un mec qui a des enthousiasmes assez rafraichissants car il se fout complètement de savoir ce que l'on va en penser. Donc pendant des années il s'est battu à Rock&Folk  pour des groupes improbables ; genre Mötley Crüe. Putain, Mötley Crüe. Et moi, j'étais le cœur de cible qu'il allait normalement dézingué. Des mecs comme ça - rockeurs purs et durs - ils vont nous dézinguer. Et c'est tous les anciens rockeurs  - Marc Zermati, Alain Dister – qui ont été d'une bienveillance assez géniale. J'ai donc une gratitude éternelle envers Manœuvre. Pour le dernier numéro, il m'a appelé pour le shooting et Philippe est venu en taxi. Et je me suis dit « putain le mec il est venu, alors qu'il est rédacteur-en-chef, qu'est-ce qui se fait chier ». Tout ça pour dire que je trouve que faire des interviews c'est un privilège. Parler avec des gens qui ont écouté ce que tu fais etc…Et quand je vois des gens qui se plaignent pour faire des interviews ben je leur dis « allez en enfer bande de cons ». C'est quand même une chance. En plus pour moi, il n'y a pas de hiérarchie là-dessus. La taille des journaux, pour moi, n'a aucune importance. Je ne consens pas à donner une interview. Pour moi, c'est une chance. Puis aujourd'hui, il y a beaucoup d'indifférence dans la musique c'est normal.

cafebabel.com : On est à la bourre mais explique-moi un peu ce label qu'est Tricatel.

Bertrand Burgalat : Je n'avais pas du tout l'idée d'en faire un label. J'ai sorti un premier disque, comme ça.

cafebabel.com : Enfin t'as vu L'aile ou la Cuisse quand même avant…(Tricatel est un personnage du film, nldr)

Bertrand Burgalat : À l'époque au milieu des années 90, il y avait plein de rediffusions. Ça me rappelle Roland Moreno, l'inventeur de la carte à puce qui avait aussi inventé une machine à faire des néologismes. C'est un mec à interviewer, génial. La carte à puce, t'imagine ?? Et à l'époque, beaucoup de noms apparaissaient comme ça : Alcatel, Cegetel. Bref, je ne voulais pas en faire un label, on avançait à vue. On se disait tiens on va sortir ce disque, on y va. Puis après c'était un rêve comme ça, de fonder une petite écurie.

cafebabel.com : C'était aussi un coup de gueule contre les majors…

Bertrand Burgalat : Ouais aussi mais avec le temps je suis devenu beaucoup plus pro-majors. (Ah bon ???) Oui, parce que je pense que nous sommes dans un monde où il faut des artisans comme nous mais aussi des gros. On a beaucoup plus souffert avec des gros indépendants dans la pratique qui nous considéraient assez mal et qui jouaient sur le côté très vertueux mais qui se conduisaient très mal. Le moment où l'industrie musicale a foutu le marketing dans la musique avec la pub et tout, évidemment, je voyais le diable. Aujourd'hui, Universal par exemple c'est un peu le LVMH du disque c'est à dire que c'est des gens qui ont fait du marketing mais en même temps, si l'on regarde bien sur la longueur, ce sont des personnes qui ont viré le moins de gens, qui ont fait le moins de plans sociaux. Dans l'absolu, ce ne sont pas ceux qui se sont conduits le plus mal. Je ne dis pas que tout ça a été fait avec beaucoup de goût et beaucoup de discernement mais je respecte. Pour des gens comme nous, ils ne nous font aucun mal. Quand Universal rachète EMI, que des gens qui se revendiquent comme « indépendants » déposent plainte devant Bruxelles, ben je trouve ça scandaleux. Parce qu'en fait, ce qu'ils veulent ce n'est pas du tout empêcher l'achat d'EMI. Ils veulent que Bruxelles oblige Universal à le vendre, à des prix défiants toute concurrence des parts du catalogue d'EMI. Donc ils attendent qu'on leur donne Virgin Classic et tout ça. On instrumentalise Bruxelles pour utiliser des fonds de catalogues et c'est assez dégueulasse. En tout cas, je ne suis plus dans cet affrontement de la même manière que je ne suis plus dans l'affrontement avec les magasins. Avant lorsque l'on était en marge, la Fnac et les megastore faisaient la loi c'est à dire que s'ils nous soutenaient pas, on était mort. Quelqu'un qui faisait des trucs grand-public, ils pouvait toujours aller voire Leclerc ou Auchan. Mais nous, on était trop en marge et on était vraiment confrontés à de lourds problèmes. Et aujourd'hui, s'attaquer à la Fnac, c'est tirer sur une ambulance. Les mecs en bavent. Le disque à la Fnac, c'est foutu.

cafebabel.com : Et comment ça va Tricatel maintenant ?

Bertrand Burgalat : Ben on tiens parce que je considère que c'est une entreprise qui est à mi-chemin entre la fondation et le truc associatif.

cafebabel.com : Dernière question et je t'avais dit que tu ne pouvais pas y échapper. Pourquoi t'as appelé ton album Toutes Directions ?

Bertrand Burgalat : J'avais lu un bouquin d'Eric Neuhoff où il parlait de plusieurs personnages comme l'écrivain Dominique De Roux qui prenait tous les temps les panneaux « Toutes Directions. » Et c'est un bon parrainage pour disque comme ça. C'est l'idée de se dire je vais essayer de sortir de mon petit labyrinthe, d'essayer de pas tourner en rond en quoi.

Interview réalisée par Matthieu Amaré et Marine Leduc, le 17 mars 2012, à Tricatel avec un café Nespresso et un verre d'eau du robinet.








Interview
//www.brain-magazine.com/article/interviews/9348-Bertrand-Burgalat---C_%C3%A9tait-Mieux-Apr%C3%A8s
     
        Bertrand Burgalat - C'était Mieux Après
        Mardi, 03 Avril 2012
        Depuis plus de 15 ans, Tricatel est LE label pop que le monde nous envierait si le monde connaissait ce label. De Michel Houellebecq en rappeur mou aux chefs d'oeuvres d'April March, en passant par la réhabilitation d'arrangeurs méconnus ou aujourd'hui Jef Barbara ou Chassol, c'est le refuge exigeant de l'audace harmonique, de l'élégance rétro-futuriste, et des gens qui chantent moyennement juste. Rencontre avec son créateur, Bertrand Burgalat qui, à 48 ans, vient de s'acheter des enceintes, et accessoirement, de réaliser son 4ème et meilleur disque.
 
        C'est facile aujourd'hui pour toi de sortir un disque ?
Bertrand Burgalat : Cette fois j'ai essayé de n'enregistrer qu'une fois la route libre. Parfois on est tenté d'enregistrer le disque au fur et à mesure des possibilités matérielles, mais après on se retrouve avec des morceaux mixés 4 ans avant. Ça m'était arrivé sur mon premier disque (The Sssound of Mmmusic, en 2000 ndlr). Là, même si les morceaux étaient prêts depuis un petit moment, j'ai attendu que les feux soient verts pour aller en studio et enregistrer. J'ai fait les rythmiques, les instruments, les cordes, j'ai chanté, tous les morceaux en même temps. En général, c'est plus par petits bouts. C'était agréable de changer les méthodes de travail cette fois.

"Microcon"

Tu t'es même construit un studio dans les Pyrénées pour ce disque ?
Bertrand Burgalat : Oui c'est la première fois aussi. J'ai plus facilement tendance à mettre les autres artistes du label dans des studios normaux, conventionnels. Mais pour moi, c'était un peu comme les cordonniers, qui sont les plus mal chaussés. J'avais tendance à faire les choses de bric et de broc, à mixer chez moi, sur du matériel plutôt semi-pro. J'ai fait des albums et des albums avec une 02R (console typique des années 1990, généralement peu appréciée par les initiés ndlr) et un Atari, notamment The Sssound of Mmmusic. Ensuite je suis passé au 24 pistes Mackie, et j'ai fait 40 disques avec un expandeur Proteus et un Vintage Keys en rack. En ce moment j'ai aussi un synthé qui s'appelle Microcon, j'adore le nom, c'est suisse. C'est super bien foutu, mais ça vaut que 200 euros. Bref c'est du matériel que j'adorais mais que n'importe quel ingénieur du son pro considère comme du matériel de home studio. Ça ne me gênait pas du tout : c'est un poncif mais dans le matériel ce qui intéressant c'est l'usage qu'on en fait. Mes choix sont plus fondés sur l'ergonomie que sur le rapport signal/bruit ou autre. Et parfois aussi par réaction à des albums de gens dont je trouvais le songwriting très prévisible, mais qui ergotaient sur des choix de micros et de compresseurs... C'était un peu prétentieux de ma part : « moi j'ai pas besoin que ça soit bien enregistré », c'était un peu con.

C'est un snobisme aussi...
Bertrand Burgalat : Non, mais de toute façon je n'avais pas le choix, je n'avais pas les moyens de faire autrement. Mais j'ai toujours essayé d'utiliser cette contrainte de façon positive. Comme il s'agissait de disques où j'essayais de faire une certaine recherche sur les timbres, il me fallait un peu de temps. J'avais peur aussi qu'aller quelques jours en studio ne recentre le truc et qu'au final ça sonne un peu comme tout le monde. Je savais qu'il y aurait des maladresses, mais je préférais ces maladresses là à un coté un peu propre où j'aurais pas trouvé les couleurs que je cherchais. Je ne regrette absolument pas les disques précédents sur le son, mais je mettais mon énergie sur la couleur, pas sur le fait que ça ait la pêche ou des choses comme ça. Je suis content qu'il y ait les deux sur Toutes Directions. Ne pas faire de compromis sur les couleurs sonores, mais en même temps les rendre plus claires, plus directes.
     
       Oui le son paraît plus gros, plus « produit » que d'habitude.
Bertrand Burgalat : Je ne l'ai pas mixé mais j'essaie de progresser, d'aller plus dans l'extrême grave et l'extrême aigu. Et j'ai de nouvelles enceintes. A 48 ans je me disais, c'est le bon moment.

Et puis ça y est tu chantes juste ! Tu utilises l'Autotune enfin ?
Bertrand Burgalat : Non non c'est pas Autotune, c'est pas ça. Je suis beaucoup plus à l'aise pour chanter qu'avant. Quand j'ai fait The Sssound of Mmmusic, les gens réagissaient surtout sur ma voix, ils la trouvaient bizarre. Pendant très longtemps je me suis dit « il faut que je chante juste », ce qui est la pire des conneries. Tu prends les critiques des programmateurs radio en pleine poire et du coup tu perds toute spontanéité. Ça fait quelques années que j'essaie au contraire de chanter comme je parle. Marc Lavoine (avec qui il a collaboré en 2009, ndlr), qui chante remarquablement m'a conseillé deux choses : il suffit de regarder le micro et d'articuler. Maintenant c'est que je fais.

On ne s'en doute pas forcément, mais il y a un rapport profond entre toi et l'After Foot, le talkshow sportif de RMC ?
Bertrand Burgalat : (rires) Oui c'est Philippe Auclair, qui est venu faire des guitares et des chœurs pendant une semaine dans les Pyrénées. C'est un mec génial, qui a fait Normal Sup et est parti comme cuistot à Bruxelles, puis à Londres au début d'Él Records de Mike Halway, dont il a été le couteau suisse. Après il a fait des disques sous son nom, Louis-Philippe, dont un que j'ai produit un en 1994, Sunshine. Et en effet, il est aussi spécialiste du foot anglais chez France Football et RMC. Quand je l'entends qui parle à coach Courbis « oui je crois que Benzema a fait ci oui ça... », je me dis « si les mecs qui écoutent ça écoutaient ses chansons... ». C'est un des premiers à avoir fait des choses post Pet Sounds dans les années 1980, à un moment où on était pas du tout dans ce trip là. Des choses extrêmement sophistiquées, pas très RMC Info.

« Ne pas trop jazzifier »

Dans ce disque comme auparavant, il y a quelque chose qui est très frappant, ce sont tes suites harmoniques uniques, bizarres, imprévisibles. Comment tu définirais ce style ?
Bertrand Burgalat : Quand j'enregistre, je réagis d'abord en tant qu'auditeur. Ces accords, quand je les fais, j'ai envie de les entendre. C'est pas du tout savant, en plus je ne suis pas savant, je ne rationalise pas l'harmonie. Après j'essaye de rendre l'ensemble fluide. Mon rêve c'est de faire des suites d'accords inattendues mais qui s'entendent pour l'auditeur comme une chanson normale. Mais ça pose un problème car même quand j'ai l'impression d'être plus concis et fluide, je me rends compte que je suis complètement en dessous du cahier des charges des radios. Le songwriting a tendance à se rétrécir. On a enlevé les ponts depuis longtemps, et le refrain a tendance à n'être que le couplet avec une ligne de voix légèrement différente. Mais il n'y a pas de snobisme : faire une belle chanson avec des accords très simples c'est magnifique. C'est pour ça que j'essaye de me forcer à pas trop jazzifier certains accords, ne pas coller des 7e partout. J'adore Bowie pour ça : il arrive à faire des choses imprévues, des accords très simples et en même temps c'est pas exactement ce que tu attendais. J'aime partir d'un truc et ne pas trop savoir où je vais arriver harmoniquement, et essayer après de retomber sur mes pattes. Pour moi le roi du pont dans la pop c'était Gilbert O'Sullivan, des chansons très commerciales et tout d'un coup un OVNI qui arrivait, tu sais pas comment il faisait, mais il revenait sur le couplet sans que tu t'en rendes compte. Je me souviens d'un de mes morceaux, Je suis seul dans ma Chanson, ce sont des suites d'accords imprévues, mais il fallait pas d'inconfort pour l'auditeur. S'il existe, cet inconfort n'est pas du tout recherché.

« Je n'ai jamais chanté le générique de l'Île aux enfants »

Mais la majorité des gens sont baignés dans une musique populaire qui est en train de s'appauvrir, comment espères-tu être entendu ? Ta musique leur évoque immanquablement le passé, voire le kitsch...
Bertrand Burgalat : Ce qu'on m'a reproché dans ce registre, ce sont des choses plutôt en avance sur l'époque. Chaque époque a ses systématismes, et quand tu essaies de faire un petit pas de côté, ce n'est pas forcément pour revenir en arrière, mais pour anticiper un énervement qui deviendra général. A chaque période il y a des façons de jouer et d'enregistrer que tout le monde a envie d'entendre à ce moment là et plus personne 6 mois après. Quand j'ai appelé l'album Toutes Directions c'était aussi pour dire on est pas obligé de faire des choses qui étaient déjà datées quand j'étais bébé. Quand quelqu'un entend ce que je fais et dit c'est kitsch, je me dis « c'est un con ». Enfin pas forcément en tant que personne, mais ça définit davantage cette personne que ma musique. Je mets beaucoup d'énergie à faire ce que je crois bien, mais moins après à convaincre. Y'a une paresse générationnelle la-dessus, mais cette paresse, c'est pas à moi de la démentir. Les gens qui trouvent mon truc kitsch c'est les gens qui faisaient des soirées y a 10 ans chez eux à chanter des génériques télés et mettaient des perruques afro pour aller à des anniversaires. Moi je n'ai jamais chanté le générique de l'Île aux enfants.
       
Tu as développé ton style en partie pendant la période de l'avènement du téléchargement et de la disponibilité immédiate pour tous de toutes les références. Cette évolution te sert-elle ou te dessert-elle ?
Bertrand Burgalat : Je pense que ça me sert. Quand on a commencé à sortir des choses, ce qui arrivait c'était les compilations easy listening. On te prémâchait le travail. Comme les gens qui vont chez Conran Shop ou chez Colette et qui se disent « j'ai pas de goût, mais j'ai du pognon, on va choisir pour moi ». Enfin ils disent pas « j'ai du pognon » mais « j'ai pas le temps ». Internet c'est plus vaste, c'est ça qui est intéressant, il y a moins de filtres. Je parle pas des forums façon lettre anonyme où les gens s'insultent. Mais Internet qui favorise une approche instinctive. J'adore aller sur iTunes, c'est comme le disquaire de mon enfance, sauf que lui il avait pas tout ce qu'on cherchait, il était pas toujours de bonne humeur, il faisait la gueule quand tu avais écouté 4 disques sans rien acheter. Là tu as tout de façon instantanée. Il m'arrive de taper juste un mot et voir ce qui arrive. Ce qui est dommage, c'est lorsque Internet recrée les mêmes hiérarchies qu'auparavant. Quand on vend des disques sur Amazon, on est obligé de faire les mêmes marges que quand on passait par les disquaires. Je trouve ça dingue qu'aujourd'hui un musicien puisse pas vendre directement et simplement au public, tout le monde s'est démerdé pour que ça ne soit pas possible.

Tricatel peut toucher aujourd'hui un public beaucoup plus large via Internet, mais est-ce que vous gagnez plus d'argent pour autant ?
Bertrand Burgalat : On avait, déjà bien avant, un mode de vie spartiate parce qu'on vendait peu de disques. On a intégré depuis longtemps le peu de vente de disques. Ce qui nous a sauvé par rapport à d'autres labels, c'est qu'on a arrêté avant les autres de dépenser de l'argent dans du marketing débile genre « vous pouvez pas vendre de disques si vous prenez pas de pages de pub dans les journaux ». Il y a 5 ans on est sortis des magasins, ça nous a sauvés, on les vend en direct, on les vend sur iTunes. Ce truc un peu autarcique nous a permis de mettre notre énergie ailleurs. Notre rôle n'est pas de suivre le public, ni de le contredire, on ne fait pas de la musique par sondage. Dans ce cas-là c'est un cercle vicieux car comme le public est influencé par le marketing, on se retrouve au final avec Grégoire. On a toujours cherché à faire des choses qui apportaient quelque chose de différent. Dès qu'un artiste vient nous voir alors qu'il intéresse d'autres labels, on lui conseille d'aller les voir. On vend tellement peu de disques qu'on a peur qu'il soit déçu. Et paradoxalement l'absence de grand succès commercial nous a aidés. Souvent un label indé qui a un gros succès s'effondre après, car tout d'un coup il faut grossir. Notamment parce que le public « dit averti », les bobos, n'achète jamais un disque du même artiste deux fois, c'est ma grande thèse.

"Un peu autarcique"

C'est-à-dire ?
Bertrand Burgalat : Le grand public, c'est assez touchant, achète le disque au Super U, vient au concert, connaît les paroles par cœur, parce qu'il aime vraiment le mec. J'ai vu ça avec Marc Lavoine. Mais les gens qui pensent qu'ils ne sont pas des ploucs, qui pensent qu'il y a TF1 et qu'il y a eux - sans se rendre compte que c'est les mêmes boîtes qui les manipulent - n'achètent jamais deux fois deux disques d'un même artiste. Ils achètent des disques parce que ça fait bien, et quand on achète pour ces raisons là, on ne rachète pas derrière. Si autour de mon dernier disque il y a un emballement - je ne dis pas que je serai la prochaine Lana del Rey, mais admettons que j'en vende plus que d'habitude, l'album d'après, je peux faire le plus grand album de tous les temps, je te garantis que j'en vendrai moins. Je me suis rendu compte de ça avec l'album de Carla Bruni, un truc évidemment pas terrible à la base, qui fait pourtant un million, mais qui passe au 2ème à 10 fois moins. Katerine a connu ça aussi.

Mais tu voudrais vendre des disques au grand public non ? Des fois tu cherches le tube plus facile, comme sur Ma Rencontre à l'époque ou ton single Bardot's Dance aujourd'hui ?
Bertrand Burgalat : Je ne veux pas être incompris, mais je veux pas être compris à tout prix. J'aime à la fois des trucs avec des canevas imprévisibles et des choses très simples. Un ou deux accords ou 47, j'ai un peu de mal entre les deux. Mais en revanche je me dis à chaque fois que je fais un morceau : c'est ce que j'aimerais entendre à la radio, un tube ça devrait être ça. Une fois j'étais allé chez Fun Radio pour Count Indigo, qui au final n'a pas marché et est un peu notre accident industriel - alors que c'est un des meilleurs disques qu'on ait sorti. La programmatrice  me faisait écouter leur playlist, et là je réalisais que c'était pas possible. C'était comme essayer de vendre une adhésion au Ku Klux Klan dans un ghetto noir du Missouri. Pour faire le mec sympa genre je suis pas hostile à la nouveauté, je lui dis « j'adore Toxic », elle me dit « ah ouais c'est le titre qui a pas marché ». A l'époque quand Toxic est sorti, ils étaient un peu accablés car ils en étaient restés à Ooops I Did It Again. C'est des Suédois qui ont fait ça non (Bloodshy & Avant ndlr) ?  Ca m'énerve parce qu'à lépoque tout le monde croyait que c'était cet imbécile de Pharrell Williams, mais non, il devait être en train de se faire un vélo en or massif. Donc oui, il y a des trucs qui passent à la radio qui sont encourageants. Can't Get You Outta My Head, c'était bien écrit, ça fait plaisir.
      
« Je ne veux pas être compris a tout prix »

C'est ça que tu cherchais en produisant l'album d'Aeroplane ?
Bertrand Burgalat : C'était vraiment des gens intéressants. Vito est un très bon musicien. On avait tous fait des prises intéressantes, mais il y a un syndrome quand on fait son premier album : on a peur, et on peut être très destructeur. Je pense que Vito avait sous les mains de quoi faire une bombe totale, mais par peur et par désir de contrôle, il s'est rapproché au mixage d'une mise au propre de ses maquettes. Au début je me suis souvent disputé avec des gens dans leur intérêt, maintenant je dis « c'est pas mon disque », c'est à toi de choisir. Le mixage aurait pu être fait extrêmement simplement, mais Vito s'est fait couillonner par des Anglais, il a été très déçu et il a mixé lui-même. Mais c'est un mec très intéressant, moi je l'ai vu comme un gâchis, il était vraiment pas loin.

En écoutant le disque, si je n'avais pas su que tu l'avais produit, j'aurais été incapable de le deviner, tu traverses le disque de manière fantomatique...
Bertrand Burgalat : Dans un projet comme ça, je propose, mais je ne vampirise pas le disque. C'est l'artiste qui choisit. Je fais des suggestions. Le métier de producteur j'ai de plus en plus de mal, chaque fois je me dis que je ne le ferai plus. Dans le meilleur des cas tu te retrouves comme un prof de ski, ok merci connard, le prochain disque je le ferai sans toi. Après, toi tu vois le mec skier devant toi...
       

Comme Air par exemple ?
Bertrand Burgalat : Je dis du mal des gens quand ils sont au sommet, je dis pas de mal des petits vendeurs. Air ça m'énervait quand ils mettaient la planète en coupe réglée. Là maintenant ces deux mecs Toni & Guy, avec le brushing, ça n'a pas d'importance. J'ai jamais écouté leurs disques à part Moon Safari. A l'époque j'ai été blessé parce que c'était des amis, et les idées, les inspirations, c'est fait pour être échangé. Mais c'est eux paradoxalement qui étaient assez jaloux et envieux, alors qu'il y avait pas de quoi. Il y a des gens qui ont une attitude un peu scolaire et qui débinent après les gens dont ils sont proches. Ils auront fait le papier peint d'une génération de bobos, et tant mieux pour eux, j'aurais peut-être été content de le faire. Moi c'était moins malin, moins marketé, mes trucs n'auraient jamais pu marcher comme ça. Mais c'est sûr que c'était une erreur de ma part d'attendre que le label de Air sorte mon disque, c'était pas très étonnant qu'il sorte 4 ans après...

« Réac, jamais »

Depuis sans doute ta collaboration avec Laibach (groupe provoc jouant avec les symboles totalitaires ndlr) dans les années 1980, tu te traînes une méchante répute de dandy de droite voire d'extrême-droite...
Bertrand Burgalat : Si tu veux faire des choses, il faut pas lire ce qui te concerne. Je n'ai jamais lu ma fiche Wikipedia, je sais qu'il y aura des choses exactes et inexactes. Mais je ne la corrigerai jamais non plus. Dans toute rumeur, il y a toujours un fond de vrai. Ma réputation je m'en fous et je ne ferai rien pour la démentir. Quant au côté dandy c'est plus les fantasmes des autres qu'autre chose. Je ne me vois pas du tout comme quelqu'un de réactionnaire. Politiquement j'ai été beaucoup de choses, mais pas réac, jamais. Le côté conservateur, la défense de l'ordre établi n'a jamais été ma tasse de thé. Dans l'époque actuelle, je ne suis pas pour le retour de l'uniforme à l'école, ce genre de chose. Mon jugement sur l'époque n'est jamais fondé sur la nostalgie. J'en suis à la 6e décennie que je connais, et aucune époque ne me paraît meilleure que l'autre dans sa globalité. Les années 60 étaient géniales musicalement, mais pas du tout pour plein d'autres choses. Je n'aurais pas voulu naître plus tôt, plus tard ça aurait été mieux.
    •    Propos recueillis par Josselin Bordat    


  
 





    •    écrit par Samuel Ramon
       26 septembre 2011

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    •    BERTRAND BURGALAT
    •    Interview au coeur de Tricatel
    •    
    •    On ne va pas refaire ce que Bester a déjà parfaitement énoncé dans un de ses derniers papiers sur Tricatel, de style ma vie à travers ces disques, ça ferait doublon. Ce n'est d'ailleurs pas un article qu'il faudrait écrire mais un bouquin, incomplet forcément tant la musique proposée par l'écurie en question est totalement indescriptible. Des peintures peut être ? Qu'à cela ne tienne, il faudra encore enfoncer le clou, quitte à rabâcher aux nouveaux arrivants ce que les anciens savent déjà : Tricatel est essentiel.
    •    Le label, hier coincé dans une crise financière et morale d'assez grande ampleur, aujourd'hui revit et signe de nouvelles splendeurs (la BO du film My Little Princess, un double album de titres rares, des inédits, des rééditions vinyles et celui de Christophe Chassole qu'on attend de pied ferme). Il aura fallu le courage, la dextérité et l'acharnement propres à Tricatel pour relancer convenablement cette machine à tubes hédoniste qui, dans des temps meilleurs, aurait déjà été portée au pinacle et connaîtrait sans aucun doute l'ivresse des charts. Bien sûr, c'est sans compter sur la bêtise des animaux de ferme, troupeau bêlant, mugissant, piaillant devant leur mini-chaîne en plastique de bureau. Kitsch ! Fastoche ! Branchouille ! Parigot ! Élitiste ! Invendable ! Même pas rock ! Toutes les merdasses habituelles en sortie de bouche par ceux qui à l'époque se pignolaient sur les boucles sans fin des Daft Punk (Dieu sait qu'on aura passé des nuits à chercher le pourquoi) ou les prochains Oasis ; comme constat navrant, ça se pose là. D'ailleurs, rock, pas rock, et quoi d'autre ? Qu'est-ce qu'on en a à foutre au juste ? Qu'on me cite aujourd'hui dix groupes de rock inventifs, dangereux, romantiques au sens propre du terme, et dont les dents ne rayent pas le parquet, quand ça ne fait pas le tapin devant les salles de musiques actuelles pour gagner l'ultime droit de se la faire mettre en profondeur  par ceux qui n'en veulent pas, justement, du rock ! Pas bézef (en cherchant bien, et contrairement à d'autres dont c'est censé être le métier, on en trouve, n'est-ce pas). Pour rester dans le sujet : seul le plaisir compte, la beauté vraie et une vision des choses plus en altitude que les poses ras de plancher. Loin du retour en arrière perpétré par les groupes pseudo arrogants n'ayant dans leur iPod qu'un tas d'albums – certes fabuleux – 60¢s, trois références punk, une compile de Gainsbourg et deux horreurs de Bashung enfournées à la béquée, Bertrand Burgalat reste en France le dernier des stylistes modernes, pour ne pas dire moderniste.
    •    
    •    À deux encablures du bureau Tricatel dans le 18ème, se trouve engoncé dans la rue Championnet l'un des plus mythiques studios parisiens, ayant vu passer la crème variéteuse française, de Cloclo à Sardou, via Bibi et d'autres (Dana Dawson !). Tous, autant qu'ils sont, ont pu décrocher la timbale, en partie grâce aux oreilles d'or de feu Bernard Estardy, ancien organiste pour Nino Ferrer qui aura finalement construit son studio, le CBE, comme il l'entendait, avec perfection. Et Bertrand m'avait invité avec toute l'amabilité qui le caractérise à me faufiler entre les câbles, les claviers – ici un Chamberlain désossé afin de remettre sur pied un Mellotron, là un Rhodes – tout un cirque accumulé au fil des années de gloire, sans compter qu'à l'étage s'empilaient certaines reliques dont je tairai le nom pour ne pas fâcher les envieux, et qu'en bas se terrait une véritable chambre d'écho (comme tout studio digne de ce nom devrait posséder – voir au rayon Gold Star, histoire de savoir de quoi il s'agit), pas visible et mise sous clé. C'est dans cet antre (d'aspect inchangé depuis des lustres) que Burgalat enregistra en partie My Little Princess et un nouveau groupe prochainement signé (La Classe, c'est leur nom), en pleine prise de son ce jour-là. C'est du boulot – on n'est pas à la baignade – mais, et c'est frappant, tout restera léger : le ton, les conseils prodigués, les discussions entre musiciens et producteur, qui d'habitude en studio,  s'étiolent rapidement en des pinailleries pénibles, engueulades pour rien et finalement perte de temps totale. Et puis qui d'autre enfin pourrait parler à voix haute de Spookie, croisement black entre Prince et Suicide, apparu seul avec son Casio sous les doigts à la fin des 80's, aussi rapidement signé que disparu, ayant sorti un seul et unique album chez CBS ? Qui d'autre nous conseillerait d'écouter certains disques de R. Stevie Moore, jusqu'alors inconnu au bataillon ?
    •    Tandis que la France entière cacophonait dans chaque ruelle – 21 juin oblige (notons : La nuit des porcs vivants, texte au vitriol écrit par Philippe Muray, que tout musicien devrait se prendre dans le groin au moins une fois) – Burgalat m'avait filé rencard dans un bistrot à l'angle de la rue Cardinet, face au parc des Batignolles. Tricatel venait de ressortir ce truc magique que je tiens entre les mains, un vinyle double garanti sans ukulélé (un sticker le précise) : le Chrominance Decoder d'April March (née Elinor Blake), impossible madeleine découverte au sortir des 90's électroniques. Alors que les radios françaises boudaient la totale modernité de Garçon Glaçon ou encore Mignonnette (The Headcoatees aux chœurs, s'il vous plaît), ces singles parfaits, une radio belge nommée Radio 21 les matraquait sans relâche jusqu'à ce qu'on se rue ventre à terre dévaliser le disquaire du coin, parce qu'avec pareils trucs entêtants, il nous fallait tout. On découvrait, volume et yeux grands ouverts, un véritable ovni sonore aux antipodes de ce qui pouvait s'écouter en 1999. De plus, en fixant bien la pochette, on voyait la belle Elinor sur fond de carte routière de Haute Garonne et ce pic n'apparaissant sur aucun autre plan : le Pic Adrien (2001 m). Il ne neigeait pas encore que la piste était ouverte, ne restait plus au bloc optique laser que d'ouvrir la malle au trésor, et roulez jeunesse !
    •    Comment s'est faite la rencontre avec April March ?
    •    Bertrand Burgalat : Je l'ai connue grâce à Jean Emmanuel Dubois, qui montait son label Euro Visions, c'était en 1994 et il allait sortir le EP de reprises yéyé Gainsbourgsion ! produit par Andy Paley. Je reçois le disque avec un mot de cette fille " Je viens bientôt à Paris… ". J'écoute ce truc arrivé de nulle part et je me dis bon sang mais qu'est ce que c'est que cette Américaine ? Finalement on se rencontre, elle me parle et balance " Tu sais, tu t'entendrais bien avec Brian Wilson ", carrément ! C'était l'époque où il composait des morceaux jamais sortis avec Paley justement, et April March chantait pour lui certains titres. Moi j'avais le fantasme de créer un label, j'étais en plein sur le disque de Valérie Lemercier, j'avais d'autres pistes, comme celle de faire un disque avec Momus, monter une écurie, et je lui ai donc dit oui, faisons quelque chose ensemble. Le disque s'est fait comme ça, enregistré entre Paris et Londres pour la plupart des morceaux. Le seul souci était que je ne savais pas comment le sortir, personne ne voulait prendre ça en licence, raison pour laquelle le disque est d'abord sorti au Japon, puis plus tard en France, beaucoup plus tard.
    •    Sur Chrominance Decoder, on note la présence des Headcotees. Tu étais en contact avec Billy Childish, la scène Medway ?
    •    C'est Elinor qui était proche de Billy Childish, de toute cette scène rock (voir The Shitbirds, l'ancien groupe garage d'April March, NdA), les Headcotees sont venues chanter, très sympas comme filles. C'était marrant, mais tout s'est fait de manière assez décousue, pas très facile.
    •    Sur l'ancien pressage CD, on ne voit nulle trace de Zoo Daddy, somptueux morceau démarrant la face D…
    •    Oui, c'est un titre qu'on a enregistré à l'époque et qui avait dû tout de même sortir au Japon. On ne l'avait pas mis sur l'album parce que je pense que le texte la gênait un peu ; on venait tous les deux de perdre un parent proche – tragédie qui se répétera d'ailleurs sur l'album suivant – et sur le moment… J'avais co-écrit le texte avec Mick Harvey des Bad Seeds. En 1996-1997, Nick Cave avait ce tube avec Kyle Minogue et le jouait un soir pour Canal +, j'ai dû à cette occasion arranger la section de cordes. Donc j'étais là avec eux dans ce train parti de Londres, à ne pas savoir comment terminer ce texte. Mick Harvey s'est penché et m'a dit : " fais voir… ". C'est comme ça qu'on a terminé les paroles de Zoo Daddy, comme un jeu, dans un Eurostar entre Londres et Paris.
    •    Et ces fameuses histoires de pochettes différentes ?
    •    Alors c'est très simple : pour l'album, la première séance photo qu'on avait faite est celle de l'actuelle réédition, avec Rocky Schenck, super photographe. Il faut savoir qu'à l'époque on se prenait dans la gueule cette image easy listening, kitsch et tout ça, et je pense qu'on a eu peur de sortir un truc aussi éclatant, d'une certaine façon, c'était presque trop classe, on se serait fait allumer. Il y avait tous ces préjugés débiles ; c'était tellement vexant de se donner du mal pour justement ne pas faire un truc nostalgique, et au lieu de dire " ben ouais, c'est comme ça, je vous emmerde ", on a préféré faire autre chose. Aujourd'hui, vu toutes les pochettes pseudo-glamour sorties, ça ne paraît plus du tout nostalgique, au contraire.
    •    Alors tout autre chose : dans le double album Tricatel Rare, on peut entendre l'hilarante chanson des traders ! Qu'est ce que c'est que cette farce ?
    •    Ah ça, ce clip était une commande de Volkswagen, ils avaient eu l'idée de faire une sorte de Band Aid pour les traders, et donc j'avais fait ça en ramassant tous les poncifs du genre, bien ignoble. On n'avait pas trop mal réussi notre coup, parce qu'avant que ça ne passe à la télé, ils l'ont d'abord mis sur Dailymotion et, c'est assez génial, on peut voir là le cheminement des forums internet – autant internet je trouve ça formidable, mais il y a un truc avec les forums qui peut devenir complètement dingue. Et donc le week-end où c'est sorti, il y a eu 300 000 vues et là, ça y allait : " Putain les salauds, après toute la thune qu'ils nous ont piqué, etc. " Et alors tu vois d'heure en heure, ça commence à dévier : les mecs ont des théories " Ouais mais faut voir, c'est quand même un boulot très stressant, c'est pour ça qu'ils sont bien payés" et, vingt heures plus tard à peu près, tu as le point Godwin qui est atteint avec des " Oui mais c'est comme si je disais que Hitler était sympa ". C'est là qu'on voit comment n'importe quelle discussion sur le net, sur n'importe quel sujet, dégénère en n'importe quoi, en délire total, et c'était super marrant. Une semaine après tu n'avais plus une seule vue du truc, c'est extrêmement fugace. Au départ, la marque Volkswagen n'apparaissait pas, certains désamorçaient tout de même la chose en balançant que ce n'était qu'une farce, mais beaucoup ont pris ça vraiment très au sérieux… Il y a du monde qui chante là-dessus, on avait fait venir des copains pour se marrer : Etienne des Shades, Benjamin Diamond qui, à la voix, a battu tout le monde en chanteur de variète. La french touch ! Très impressionnant.
    •    Et cette version de The Sssound Of Music ?
    •    C'était pour Rock & Folk Radio Show, une émission de radio qu'ils avaient à un moment. On enregistrait en condition live au studio Garage. Sur la compilation il y a The Sssound Of Music, mais aussi les Suédois d'Eggstone.
    •    Comment va le label ?
    •    Tricatel tient le coup, on essaye d'être autarciques, de dépendre le moins possible des ventes de disques, de faire des choses, des commandes ; mais je ne sais pas, je n'ai pas d'amour propre là-dessus, même si certaines choses ne marchent pas forcement, on continue à aller de l'avant.
    •    Les Shades !
    •    Ils sont motivés et en même temps un peu perdus, au sens où ce qui arrive est très déstabilisent pour eux. Bon, ils ont d'abord fait un EP, ensuite est venu l'album, mais même en se débrouillant correctement, on a bien vu qu'il y avait des verrous qu'on n'arrivait pas à passer, comme certains réseaux de radio, et on s'est dit qu'on n'avait pas le bras assez long. Le même coup s'est produit avec AS Dragon, le label a dû s'adosser à quelqu'un de plus gros – Naïve pour les Dragon, Sony pour les Shades – parce qu'on s'est dit : on fait plus pour ces groupes que pour nous, et on ne voulait pas qu'ils nous reprochent de ne pas avoir tenté le coup de la major, dans le cas où Tricatel n'y serait pas arrivé. On a fait ce deal, qui était de dire à Sony " On vous les refile à prix coûtant, vous les signez en artistes, et si vous ne faites pas mieux que nous avec le premier album – c'est-à-dire au moins quinze mille albums au bout d'un an – on les récupère ". Si les Shades avaient cartonné, on se serait dit tant pis, voilà, on se les ai fait piquer, tant mieux pour le groupe, et si ils ne font rien… On vient donc de les récupérer. Mais au moins on ne les a pas revendu en disant « bon, maintenant vous êtes pieds et poings liés à Sony, démerdez vous ». Ce qui est chiant, c'est qu'un groupe arrivé à ce stade va se poser trop de questions, et pas forcément les bonnes. On a tendance à tout remettre en question, et c'est là justement que l'on peut se perdre et faire l'erreur commise par AS Dragon avec leur deuxième album. Il ne faut pas écouter les sirènes, s'obstiner, garder le cap, ne pas changer de ligne ; nous essayons vraiment de lutter pour cela. On est dans un milieu rock, en France, où la tendance est de ne pas tirer les choses vers le haut, et ces jeunes gens qui ont vraiment du mérite et des qualités ne doivent en aucun cas perdre la confiance qu'ils avaient au départ. Il faut se battre contre ce milieu, mais aussi contre soi-même, contre la tentation d'abdiquer face à tout ça. Tiens, même en étant chez Sony, les Shades n'ont jamais eu la chance d'être pris dans un festival de type Rock En Seine parce que le fonctionnement du système actuel de ces festivals ne leur permet pas d'y accéder. La programmation reste un échange de bons procédés entre gros tourneurs, et là-dessus on n'a pas la main… Ca ne me gêne pas quand c'est pour moi, mais pour les autres artistes ça me fait chier. En revanche, ce qui me motive vraiment dans le rock, c'est la façon dont le genre à tendance à tirer les choses vers le bas – trois, quatre accords et basta – c'est ça qui est drôle. Tout est encore à faire, il y a de la marge, ce serait trop facile autrement.
 






Bertrand Burgalat
//www.franceinter.fr/personne-bertrand-burgalat

Les piétons ne connaissent pas cette émotion presque métaphysique que l'on ne connait qu'au volant. Au carrefour, un panneau « toutes directions ». Est-ce vraiment une route qui mène partout? Si on osait, soudain, partir vers « toutes directions » ? Et si on y va, jusqu'à quand les panneaux promettront-ils « toutes directions » ?
         Quand Bertrand Burgalat décide d'intituler son album Toutes directions, c'est aussi pour retrouver ce vertige délectable et suavement angoissant. Oser soudain se dire que l'on ne sait pas où l'on va, tout en sachant qu'aucune route ne conduit vraiment nulle part…
         Cet album est celui d'un maître français de la pop, d'un expérimentateur forcené, d'un joaillier du son, d'un arrangeur inquiet, d'un virtuose instinctif… Toutes directions raconte Burgalat le post-moderne, Burgalat le futuriste, Burgalat le baroque, Burgalat le janséniste, toutes les manières qu'on lui connait ou qu'on rêve de lui. En quinze chansons, il nous rappelle combien sa position est singulière dans le paysage musical et il nous entraine loin ailleurs.
         À part une séance de cordes à Paris, tout l'album est construit dans le studio que Burgalat a aménagé au milieu des Pyrénées. Vieux murs, instruments en tout genre, électronique sophistiquée et beaucoup d'espace, de temps, de liberté. Il y a quelques lustres, Burgalat était autarcique par nécessité. Il l'est aujourd'hui par plaisir, par confort, presque par luxe.
         Il a joué de tous les instruments, accompagné par Julien Barbagallo à la batterie, Benjamin Glibert à la guitare (tous deux membres d'Aquaserge, groupe toulousain expérimental) et par son vieil ami Louis Philippe. Mais il a aussi beaucoup brouillé de pistes, retranchant les prises superflues tout en doublant d'autres instruments afin de créer des alliages surprenants. Pas de sons à la mode, pas de compressions complaisantes, pas d'énergies rabotées. « Pour moi le défi technique, aujourd'hui, n'est plus que la musique soit forte mais qu'elle respire. Et je crois en la spécificité du travail en studio : un album n'a pas nécessairement vocation à être la photographie de la scène. »
         Alors les chansons ne jouent pas aux bonnes copines habillées en tous-les-jours, rassurantes et sans risques. Si elles sont vite familières, elles n'en ont pas moins leur part de mystère, d'opacité, de gravité. « C'est un jeu : il faut trouver la vérité de la chanson, même si elle n'est pas encore faite. Cela ressemble à une grille de mots croisés. Je me tends des pièges. Je ne me facilite pas la vie. »
         Et il en résulte des splendeurs d'une limpidité et d'un éclat de diamant. Mélodies enveloppantes et aériennes, moire des couleurs instrumentales inattendues, fulgurances romanesques ou méditatives des paroles. Burgalat n'a jamais été très à l'aise pour chanter ses propres textes : « Je peux interpréter des choses plus gênantes ou plus intimes si elles sont écrites par d'autres. » Ces autres, ce sont Élisabeth Barillé, Alfreda Benge, Barbara Carlotti, Laurent Chalumeau, Matthias Debureaux, Marie Möör, Hélène Pince et Pierre Robin. Ils parlent d'amour, d'errance, de deuil, de paternité, de nuit, de lumière…
         Le mixage a été confié à Stéphane Lumbroso avec une priorité : jouer la clarté tout en préservant les arrières-plans et la subtilité des arrangements, garder les mêmes exigences dynamiques et esthétiques qu'on écoute l'album sur une chaîne hifi ou sur un ordinateur. Et tout Bertrand Burgalat est dans ce choix, qui met la musique à la fois au cœur du quotidien et sur le trône de majesté.
         Oui Burgalat est ailleurs, encore et toujours, avec l'ivresse des aristos du verbe, avec la grandeur des inventeurs de styles, avec la ferveur des découvreurs de mondes. Parce que décréter la beauté dans une chanson est devenu plus révolutionnaire que bien des vacarmes…
Source : Tricatel
 








Bertrand Burgalat, une rencontre-podcast

//www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/RENCONTRES/Bertrand-Burgalat-une-rencontre68370
Com?po?si?teur, mu?si?cien, chan?teur, pro?duc?teur, ar?ran?geur et pa?tron de label, Ber?trand Bur?ga?lat est l'un des hommes-or?chestres les plus pas?sion?nants de sa gé?né?ra?tion. Un mu?si?cien à 360° qui pu?blie son nou?vel album, le bien nommé Toutes di?rec?tions.


Oubliez durant quinze secondes toute cette batterie d'adjectifs et d'étiquettes régulièrement collés aux mocassins de Bertrand Burgalat : rétro, kitch, dandy, décalé… Car l'homme est plus que ça. Il est déjà musicien. Et chanteur. Passionné, cultivé, raffiné et surtout doué. Dans la chanson pure et dure, la partition pour le grand écran, la production ou les arrangements, Burgalat orchestre ses fantasmes pop, ses passions à tiroirs et ses constructions osées ou épurées, au choix. Pour Toutes directions, son nouvel album à lui tout seul (le quatrième), qui parait sur son label à lui tout seul (Tricatel), il épure un peu plus son art et opte pour le tout pop. Sur des textes que lui ont écrits notamment Elisabeth Barillé, Barbara Carlotti, Laurent Chalumeau, Matthias Debureaux, Hélène Pince et quelques autres, Burgalat saute d'atmosphères en univers, de mini symphonies chiadées en vignettes sucrées. Un monde, des mondes même, qu'il évoque le temps d'une rencontre-podcast.








Bertrand Burgalat : pourquoi je soutiens la loi Hadopi
//www.rue89.com/2009/03/13/bertrand-burgalat-pourquoi-je-soutiens-la-loi-hadopi
François Krug | Journaliste
    
La loi Hadopi est-elle simplement un cadeau fait aux majors du disque ? Bertrand Burgalat, musicien, producteur et patron du petit label Tricatel, explique à Eco89 pourquoi il est, lui aussi, favorable au texte. Tout en défendant un meilleur accès à la musique sur le Web, il dénonce la « logique de gloutonnerie » des pirates.
Bertrand Burgalat (Audrey Cerdan/Rue89)

Les députés se sont pour l'instant contentés de défricher le projet de loi. Ils en ont débattu mercredi et jeudi, et n'en reprendront l'examen que le 31 mars. Le temps de se pencher sur des textes jugés plus urgents par le gouvernement, mais aussi d'affûter leurs arguments.
Les deux jours de débats ont déjà permis à Christine Albanel et à la majorité de rejeter la principale proposition du PS : la « contribution créative », plus connue jusqu'ici sous le nom de « licence globale ». Le principe ? Plutôt que de réprimer le piratage, libéraliser l'échange des chansons ou des films sur le Web en échange d'un forfait payé par les internautes.
Les majors n'en veulent pas. Burgalat non plus, même si son public compte sans doute plus de pirates que de fans de la Star Ac. Il a enregistré trois albums sous son nom, et a travaillé avec Valérie Lemercier, Michel Houellebecq, A.S. Dragon, Robert Wyatt ou, dans un autre registre, Christophe Willem ou Alizée.
« Les gens en marge seront laminés »
Il dirige aussi un label à l'équilibre financier précaire, Tricatel. Et tout en soutenant la loi Hadopi, il ne tient pas à être confondu avec Pascal Nègre, le patron d'Universal : « Moins il y a de majors, mieux je me porte. »
Selon lui, la répartition des sommes récoltées avec cette licence globale serait défavorable aux « gens en marge », qui seront « complètement laminés ». (Ecouter le son)
« Une loi faite pour ne pas être appliquée »
Le volet répressif de la loi Hadopi n'inquiète pas Burgalat :
« C'est une loi qui est faite pour ne pas être appliquée de manière effective, une façon de marquer le coup. On n'est pas dans un clivage droite-gauche. Ce n'est pas une histoire de gros ou de petits. »
Pour Burgalat, les majors ne sont pas pour autant innocentes : « C'est une industrie qui faisait n'importe quoi, qui sortait des disques horribles à coup de marketing. » Mais selon lui, le piratage a d'abord nui aux genres les moins populaires. Et il aurait favorisé l'essor d'artistes plus consensuels. (Ecouter le son)
« Une pyramide de profits complètement inversée »
Pour le patron de Tricatel, le piratage n'explique pas à lui seul la crise de l'industrie musicale :
« En musique, plus on essaie d'être sincère dans sa musique, plus on de mal à en vivre. Et ce problème-là existait avant Internet. »
Dénonçant « le duopole Fnac-Virgin », il veut d'ailleurs « aller au bout de la logique du numérique, en établissant un lien direct avec les acheteurs, sans interférence du marketing ».
Tricatel a d'ailleurs tenté l'expérience il y a deux ans. Devant les faibles ventes de son fonds de catalogue (les disques les moins récents), le label a décidé de les retirer des magasins pour les vendre uniquement sur Internet. Expérience concluante, selon Burgalat : « En un mois, on a vendu plus de disques qu'en deux ans. »
Décomposant le prix d'un disque entre le label, le distributeur et les magasins, Burgalat dénonce « une pyramide de profits complètement inversée par rapport au risque qui est pris ». (Ecouter le son)
« Une logique de gloutonnerie »
Et si le piratage reposait avant tout sur « une dévalorisation » de la musique ? Burgalat veut distinguer « les amoureux de la musique » et « les consommateurs de musique ». Ceux-ci obéiraient à « une logique de gloutonnerie, qui a été façonnée par les grosses boîtes comme Universal ». (Ecouter le son)
Sur son iPod, Burgalat n'aurait « que » 4 000 morceaux. Mais il avoue utiliser parfois, lui aussi, des réseaux peer-to-peer comme Limewire. Paradoxal ? Il y cherche des disques jamais réédités ou des compilations de soul assemblées par des labels peu scrupuleux : « On sait très bien qu'ils ne reversent pas les droits aux musiciens, qui étaient déjà rarement payés à l'époque. »
Amusant : ces arguments sont justement avancés par beaucoup d'opposants à la loi Hadopi. Mais ils font peut-être aussi la différence entre les « amoureux de la musique » et les « gloutons ».
Photo : Bertrand Burgalat (Audrey Cerdan/Rue89)
Aller plus loin



11/05/2012
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