Alain YVER

Alain YVER

BORIS MIKHAILOV

BORIS MIKHAILOV








//www.facebook.com/media/set/?set=a.333095500054672.80686.179531498744407&type=3


//www.suzanne-tarasieve.com/fr/node/51_boris-mikhailov/index

//www.saatchi-gallery.co.uk/artists/boris_mikhailov.htm

//www.actuart.org/article-expo-photographie-contemporaine-boris-mikhailov-tea-coffee-cappuccino-97242972.html

//videos.arte.tv/fr/videos/l_art_la_maniere_boris_mikhailov--3830976.html

//destrictedrevue.com/photography/917793.html

//englishrussia.com/





Boris Mikhailov «Promzona / Men's Talk»
Du 18 octobre 2012 au 01 décembre 2013
Galerie : SUZANNE TARASIEVE PARIS
7, rue Pastourelle, 75003 Paris

Moins d'un an après sa dernière exposition, Boris Mikhailov s'invite à la Galerie Suzanne Tarasieve pour une présentation inédite en France des deux dernières séries : Promzona (2011) et Men's Talk (2011).

Promzona a été réalisée avec le soutien d?IZOLYATSIA, plateforme d?initiatives culturelles. Toutes les prises de vues ont été effectuées dans la région de Donetsk, bassin minier et industriel historique, connu depuis les années 1960.
L'architecture industrielle est au coeur de cette nouvelle série de Boris Mikhailov. Cet environnement lui est plus que familier puisqu?il fut ingénieur dans une usine soviétique dans les années 1960. Il s?était alors vu confier un appareil photographique afin de réaliser un reportage sur son lieu de travail. Boris Mikhailov préférera photographier sa femme nue et la découverte des clichés mit un terme à sa place dans l'usine.
Plus de quarante ans après, il est l?un des invités de la première Biennale de Kiev. Comme une revanche sur le passé, il revient sur ces mêmes sites aujourd?hui en friche. Si l'on peut déceler une esthétique intimement liée au constructivisme et au cubisme de Braque ou Picasso, de par le cadrage et le choix des éléments architecturaux, nous pouvons aussi y voir un hommage à tous ces espaces témoins d?une ère révolue, d?une industrie jadis glorieuse et dorénavant victime des mutations socio-économiques.
Boris Mikhailov oscille entre la nostalgie qu'il éprouve devant une photo évoquant un passé vécu et la recherche d'une esthétique reflétant un «ici et maintenant».

À travers Men's talk, l?artiste renoue avec son habitude de photographier des personnes restées en marge de la société. Boris Mikhailov dépeint la relation qu?entretiennent deux hommes qu'il a rencontré. La vie en cellule met le temps entre parenthèses ; et ces deux hommes semblent déconnectés de la réalité, comme ayant leur propre vie, leur propre temporalité.
Boris Mikhailov nous laisse découvrir ce souvenir entretenu par les deux personnages dans l'ombre. Il expose les deux visages d?une conversation entre hommes : à la fois quelque chose de grave, telle une redoutable partie de bras de fer et quelque chose plein de sincérité. Des confidences sur le bonheur de communiquer, une pureté des sentiments, sans feinte ni orgueil. Men's Talk agit comme le révélateur d'un interdit sous l'emprise du régime soviétique. 

Boris Mikhailov est né en 1938 à Kharkov en Ukraine. Il vit et travaille à Berlin et à Kharkov. Il est le seul artiste ukrainien, et le seul de l'ex-URSS, couronné par le prestigieux prix Hasselblad (en 2000). Cette année, une première rétrospective en Allemagne lui a été consacrée à la Berlinische Galerie. La série Promzona (2011) actuellement à la Galerie Suzanne Tarasieve a été exposée recemment à la première Biennale de Kiev. Elle sera présentée prochainement en 2013 au Sprengel Museum à Hannovre en Allemagne.

//fondation-entreprise-ricard.com/galeries-mode-d-emploi/exposition/boris_mikhailov






Boris Mikhaïlov

Boris Andreïevitch Mikhaïlov (en russe : Борис Андреевич Михайлов), né le 25 août 1938 à Kharkiv (Ukraine), est un photographe ukrainien parmi les plus réputés au niveau international, et qui a travaillé activement dès l'époque soviétique.
Son travail est très influencé par le art conceptuel ainsi que par la photographie sociale et documentaire.
Il vit et travaille à Berlin et à Kharkiv.

Biographie
Né dans l'ancienne Union soviétique, il vit et travaille pendant plusieurs décennies dans sa ville natale de Kharkiv, en Ukraine. Il suit une formation d'ingénieur et commence à enseigner la pratique de la photographie.
À la fin des années 1960, il présente sa première exposition. Après que le KGB a trouvé des photos de nu de sa femme, il lui est interdit d'exercer son métier d'ingénieur et il commence à pratiquer la photographie à plein temps.
Il fait une série de scènes de la vie quotidienne. Son œuvre la plus célèbre au cours de cette période (1968-1975) est la « Série Rouge », où il utilise principalement la couleur rouge pour prendre des personnes, des groupes et la vie de la ville. Le rouge est la couleur représentative de la révolution d'Octobre, des partis politiques et du système social de la société soviétique.
Dans Klebrigkeit (1982), il ajoute des notes explicatives, qu’il écrit comme un journal intime.
Comme une part importante de l'art contemporain, son travail est considéré comme un témoignage historique. Fortement critique de la situation politique actuelle en Russie, son œuvre est l'une des meilleures de la photographie documentaire sociale.
Après la chute du régime soviétique, Mikhaïlov présente trois séries qui donnent une image de celle-ci : « By the ground » en 1991, « At dusk » en 1993 et « Case History » en 1997. Il y étudie les conséquences de l'échec de l'Union soviétique pour la population. Il fait des séries de personnes sans-abri, qui lui ont rapidement fait confiance. Plus de 500 photographies montrent la situation des personnes qui, après l'échec de l'Union soviétique n'ont pas été en mesure d’entrer dans un système de garanties sociales. De façon très directe, Mikhailov rappelle sa critique contre le « masque de beauté » qui émerge de l'ère post-soviétique lors du passage au mode de vie capitalisme.
En 2004, Boris Mikhailov a exposé une première série sur Berlin. Là encore, son attention est attirée sur les personnes vivant à la lisière de la société.
Il est élu membre de l'Académie des arts de Berlin en 20081.

suite ici
//fr.wikipedia.org/wiki/Boris_Mikha%C3%AFlov_%28photographe%29








BORIS MIKHAILOV / RESISTANCES

Publié par julcrenn le 2 février 2012 ·

PHOTOGRAPHIE : Expositions Boris Mikhailov à Rennes et Paris.
Le travail photographique de Boris Mikhailov bénéficie  actuellement d’une double actualité : une exposition à La Criée (Rennes)  présentant la série Salt Lake (1986)  et une double exposition à la Galerie Suzanne Tarasiève (Paris).
 
De manière  simultanée le public découvre les séries Tea, Coffee, Cappuccino (2000-2010) à la  galerie et I am Not I au LOFT 19.  L’occasion pour nous de revenir sur la carrière du photographe ukrainien (né en  1938 à Kharkov) qui depuis les années 1960 ne cesse de dépeindre les ravages de  l’ère communiste sur son pays, qu’il observe principalement à travers  l’évolution de sa ville natale. Une société marquée par la vie soviétique (de  1922 jusque 1991) dont il rend compte : pendant, après et maintenant. Inspiré  par l’iconographie propagandiste, qu’il s’amuse à détourner et à critiquer, il a  construit un véritable documentaire photographique de l’histoire contemporaine  de l’Ukraine.
Boris Mikhailov est un autodidacte. Ingénieur de  formation, il entre dans la photographie d’une manière improbable : le KGB  découvre dans ses affaires personnelles des photographies amateurs de sa femme  nue, prises avec un appareil d’état prêté par son employeur. Les images sont  confisquées car considérées comme contraires à la morale imposée. Il est  immédiatement renvoyé de l’usine où il travaillait. La photographie vient à lui  par réaction à la censure. Il entre alors dans une subtile dissidence avec le  pouvoir en place qui réprime non seulement la culture ukrainienne, contrainte de  se conformer aux exigences soviétiques, mais aussi toute forme de pensée  alternative. Avant la naissance du photographe, entre 1931 et 1933, Staline  provoque une famine désastreuse en Ukraine qui a ravagé plusieurs millions  d’individus. Une « extermination par la faim » élaborée pour éradiquer  férocement les nationalistes, les contrevenants au pouvoir et à l’idéologique  unilatérale. Une idéologique contre laquelle Boris Mikhailov sa se battre grâce  à une production photographique unique, inestimable, non seulement d’un point de  vue esthétique, mais aussi historique car elles témoignent de l’emprise d’un  système sur toute une société. Au départ, il décide de colorier des images pour  des clients (une technique rependue en Ukraine car les photographies couleurs  étaient hors de prix) : portraits, photographies de familles, de mariages etc.  Là, il manipule et retouche ce qui lui apparaît comme une ressource  iconographique formidable et emblématique de l’esprit  soviétique.
Dans les  années 1970, il reprend la technique de colorisation artisanale des images, se  l’approprie et l’applique à une recherche visuelle personnelle, critique et  politique. Ainsi il accentue les couleurs et le caractère kitsch des images afin  de produire un commentaire ironique du régime en place, de remettre en cause ses  préceptes et ses codes qui ont donné naissance à une imagerie artificielle,  formatée et propagandiste. François Prodromidès écrit : « Déployant ses stratégies photographiques, développant  dans sa salle de bains assis sur les toilettes, Mikhailov ne s’invente pas non  plus héros de la dissidence. Ses images ne sont pas dissidentes. Disons plutôt  dissonantes : elles gênent, touchent aux limites de l’autorisé, transgressent en  secret. Certaines attendent leur heure. »
À Rennes…
Il entame alors plusieurs séries de reportages qui  donnent un visage à un pays réprimé. Salt  Lake (1986) est le fruit d’une expédition de Boris Mikhailov sur les rives  d’un lac près de Slavansk dans le sud de l’Ukraine, un lieu que fréquentait son  père dans les années 1920. Celui-ci lui avait parlé de gens qui se baignaient  dans ce lac dont l’eau était considérée comme bénéfique pour la peau et la  santé. En 1986, il passe une journée près et dans le lac. À sa plus grande  surprise, soixante années plus tard, les baigneurs sont au rendez-vous : ils se  prélassent, bronzent et s’exposent sans pudeur dans une eau et des boues dont  ils louent les vertus thérapeutiques et bienfaisantes. Pourtant cette eau,  chaude et salée, est extrêmement dangereuse, puisqu’elle est rejetée par une  usine de soude. Une eau usée, toxique et bouillonnante dans laquelle des  familles entières se détendent joyeusement. Le lac, qui dans les années 1920  était vierge de toute activité industrielle, est aujourd’hui encerclé de tuyaux,  de cheminées, de briques et de bâtiments, témoins de la grandeur industrielle  ukrainienne sous l’ère soviétique. Le photographe s’est immiscé, de manière  totalement clandestine (comme pour tout son travail avant les années 1990), dans  ces étranges scènes, capturant ainsi des images des corps en maillots, dénudés,  insouciants, des visages souriants, mêlés aux paysages mécanisés, deshumanisants  et toxiques. Cinquante photographies sépia, retraçant des scènes surréalistes,  où des individus, apparemment indifférents aux méfaits de leur environnement,  profitent d’une liberté et d’un bien être immédiats,  éphémères.
Voilà… J’ai dû tout photographier en une  fois, en deux heures. Trois heures maximum. Quel que soit l’endroit où je  regardais, il y avait toujours une photo à faire. Tout était intéressant. Là, il  y a une sorte de jeu où l’ancien et le nouveau se mélangent. L’ancien, parce que  c’est quelque chose que mon père avait vu. Et en même temps, c’était une réalité  qui existait encore. Une sorte de jeu avec le postmodernisme. Un jeu  photographique avec le postmodernisme. Ça prolongeait une vieille idée que  j’avais eue un peu avant : on est à la fois là et pas là. À la fois on est là  aujourd’hui, et on est là il y a très longtemps.[1]
À Paris…
À la galerie, Suzanne Tarasiève est présentée la série Tea, Coffee, Cappuccino (2000-2010)  qui apparaît comme un prolongement de l’exposition rennaise. En effet, elle est  composée de 177 photographies qui constituent une documentation de la société  actuelle en Ukraine. Une série qui a été présentée lors de la Biennale de Venise  en 2007 et qui n’avait encore jamais été exposée en France. À travers l’œil  toujours curieux de Mikhailov, nous sommes plongés au cœur d’une société  postsoviétique goûtant pleinement aux joies et aux failles du système  capitaliste. Avant 1991, les Ukrainiens ne buvaient pas de cappuccino… Des  photographies de rue, crues, brutales, prises lors de ses ballades dans Kharkov.  Il fait le constat d’une surmarchandisation, de l’avènement d’une ère  commerciale et d’un décalage flagrant entre les différentes classes sociales.  Les classes aisées avant 1991 se sont enrichies de manière considérable, au  détriment des autres couches de la population qui souffrent d’une précarité  inquiétante et injuste. Les images sont colorées, couleurs témoins des effets de  la mondialisation non seulement sur l’environnement urbain mais aussi sur les  gens, leurs vêtements, leurs objets, leurs voitures etc. Tea, Coffee, Cappuccino fait suite à la  célèbre série Case History (1997) où  le photographe avait mis en scène les personnes sans abris de Kharkov. Contre  rémunération, ceux-ci prenaient la pose dans les rues de sa ville natale, où,  pendant la période soviétique, il n’avait jamais vu ce phénomène s’installer.  Sans jugement de valeur ni moralisation, il rend compte des changements  (évolutions négatives comme positives) sur le cours de vies ordinaires. Il parle  d’une « responsabilité sociale » envers les victimes du système  global.[2]
Le documentaire ne peut pas être la vérité. Les images  documentaires sont un côté, une seule partie d’une conversation.[3]
Au LOFT  19 sont présentées une quinzaine de photographies extraites de la série I am Not I (1992). Une collection  d’autoportraits, réalisée un an après la proclamation de l’indépendance du pays,  où l’artiste pose entièrement nu et adopte des poses grandiloquentes, faussement  athlétiques. Il se présente en héro : le héro de sa propre vie. Un héro  ordinaire, libre, qui a résisté toute sa vie contre la dictature visuelle,  morale et politique. Il dit : « le héros en Union soviétique n’était pas  possible, il était déjà bousillé par l’idéologie. Il y avait eu des héros, des  gens qui s’étaient jetés sur les mitrailleuses, mais on finissait toujours par  plaisanter en racontant que quelqu’un les avait poussés. Il ne pouvait donc y  avoir qu’un antihéros. Cette série est dédiée à ce nouveau antihéros, au nouveau  capitalisme. »[4]
Les trois expositions sont complémentaires et nous  offrent un aperçu de l’œuvre de Boris Mikhailov. Une partie clandestine, durant  la période soviétique (des années 1960 à 1989), une partie intime révélée par  ses autoportraits où le photographe apparaît avant tout comme un homme libre de  son corps et de sa pensée, et une troisième partie dédiée à l’Ukraine actuelle.  L’apogée, la chute et le dépassement du régime soviétique transparait dans une œuvre photographique hors du commun, précieuse et déroutante. Son histoire  personnelle rejoint celle de l’Ukraine. Ses photographies sont traversées par  une vision à la fois autobiographique et documentaire, personnelle et  collective. Nicolas Bourriaud écrit : Chez Mikhailov, la photographie est à la  fois le reste d’un univers disparu, et le lien qui nous unit à cet univers ».[5] Passé et présent se télescopent sous  l’œil humaniste, soucieux et solidaire du photographe, pour mieux nous révéler  l’histoire récente d’un pays en quête de sa propre  identité.
Julie Crenn
Exposition Salt Lake – Boris Mikhailov,  du 20 janvier au 11 mars 2012, à La  Criée (Rennes).
Plus d’informations sur l’exposition : //www.criee.org/.
 Exposition Tea, Coffee, Cappuccino (2000-2010), du  14 janvier au 3 mars 2012, à la Galerie Suzanne Tarasiève  (Paris).
Exposition I am Not I (1993-2002), du 13 janvier au  10 mars 2012, Suzanne Tarasiève / LOFT 19.
Plus d’informations sur les expositions  : //www.suzanne-tarasieve.com/

[1] I have been here once before, de D. Teboul, Ed. Hirmer Verlag / Les presses du  réel.
[2] Entretien  avec Eva Respini, juin 2011. En ligne : //www.moma.org/explore/inside_out/2011/06/01/a-conversation-with-boris-mikhailov/.
[3] Ibid.
[4] I have been here once before, de D. Teboul, Ed. Hirmer Verlag / Les presses du  réel.
[5]  Ibid.

//inferno-magazine.com/2012/02/02/boris-mikhailov-resistances/







Un portrait du grand photographe ukrainien basé sur les entretiens réalisés dans le cadre d'un film de David Teboul sur Boris Mikhailov, avec deux essais de Nicolas Bourriaud et François Prodromidès.

Le livre Boris Mikhailov – J'ai déjà été ici un jour est le prolongement du film de David Teboul. Le livre est à la fois un document et un portrait en trois dimensions du photographe ukrainien.
Trois parties le composent en effet, qui se répondent :
– Une préface du critique Nicolas Bourriaud, puis un texte de François Prodromidès évoquant l'œuvre de Mikhailov, à travers le regard de David Teboul. Ce texte  restitue, de façon presque narrative, le mouvement de l'œuvre du photographe depuis ses années soviétiques jusqu'à aujourd'hui, quand le cinéaste vient le filmer. Il met en scène la rencontre du photographe sous l'œil du cinéaste. Il éclaire également certains aspects des entretiens auxquels il fait référence.
– Le cœur du livre est constitué d'un ensemble de photographies, établi à partir des images du film. Il donne à voir Mikhailov aujourd'hui, face à ses propres photographies et dans son environnement. Ces images témoignent de façon fragmentaire des entretiens, elles placent le photographe sous l'œil silencieux d'un autre regard. Le travail éditorial établit une sorte de montage avec les photographies. Un battement animant la lecture, où les pages s'ouvrent sur deux images proches. Elles recomposent le film autrement et font de Mikhailov une sorte de personnage : elles lui donnent un corps, une présence.
– Place à la parole : la voix de Mikhailov se fait entendre à travers la retranscription des entretiens réalisés par David Teboul. Ils ont été retranscrits en conservant leur caractère oral. Mikhailov décrit des images – que nous apercevons parfois dans les photographies du livre, mais pas toujours –, il les donne à « imaginer » au lecteur : c'est comme un second film fait de ses photographies. Les entretiens constituent par ailleurs un véritable document (inédit) sur la carrière de l'artiste, et plus généralement sur la vie d'un artiste sous le régime soviétique et après la chute. Un témoignage vivifiant sur les rapports de l'artiste et de l'Histoire. Ils ont été ordonnés de façon à créer une certaine progression dans la lecture : depuis l'ouverture d'une boîte d'anciennes photos dont Mikhailov se demande ce qu'il va bien pouvoir faire, en passant par la traversée des différentes époques de sa vie, jusqu'à l'intervention de Vita, sa femme, et le dialogue, tumultueux, du couple au sujet de la vie, de la photographie, de la vérité et des symboles.
Le livre redistribue ainsi la bande-image et le film des mots d'une rencontre avec Boris Mikhailov pour en faire un nouvel objet, singulier – une sorte de prisme où se donnent ensemble le visage, la vie et l'œuvre de l'artiste.
Le livre n'est pas une monographie de Mikhailov, en revanche son dispositif même fait sienne une question qui traverse son œuvre : comment faire un livre avec des images, que veut dire « ouvrir un livre » ?
Considéré comme l'un des artistes les plus importants de l'ex-URSS, Boris Mikhailov (né en 1938 à Kharkov, Ukraine, vit et travaille à Berlin et à Kharkov) interroge la réalité en multipliant les points de vue. Son œuvre photographique, qui accorde au corps une place centrale, possède un caractère documentaire non dénué d'humour et de critique.

//www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=2077







Boris Mikhaïlov

Né en 1938 à Kharkov (Ukraine)
Vit et travaille entre Kharkov et Berlin
Boris Mikhaïlov est un photographe ukrainien qui s’est fait connaitre grâce à ses clichés pris durant l’époque soviétique. Le photographe est né en 1938 dans la ville de Kharkov en Ukraine, du temps de l’ancienne Union soviétique. Il mène jusqu’aux années 1960 une brillante carrière d’ingénieur, jusqu’à ce que le KGB lui retire le droit d’exercer son métier pour avoir trouvé chez lui des photographies de sa femme nue. Boris Mikhaïlov décide alors de se consacrer complétement au travail de la photographie et au professorat de cette pratique qu’il va enseigner durant dix ans dans sa ville natale de Kharkov.
A la fin des années 1960, il monte sa première exposition en Ukraine. Les photographies présentées par Boris Mikhaïlov proposent une vision acerbe de la vie quotidienne durant l’époque soviétique. Sa série de photographies intitulée Série Rouge lui permet de se faire connaitre sur la scène internationale. Cette série est composée de portraits et de scènes urbaines vus au travers de l’actualité politique du pays qui se matérialise dans son œuvre par un filtre de couleur rouge, couleur représentative de la révolution d’octobre et des parties politiques soviétiques.
Suite à la chute de l’URSS en 1991, Boris Mikhaïlov va s’intéresser aux personnes restées en marge de la société et plus précisément des victimes de l’échec de l’Union soviétique se retrouvant démunies et incapables de s’adapter au passage à une économie capitaliste.
En 2012, la galerie Berlinischer en Allemagne organise une rétrospective du travail de Boris Mikhaïlov, où le photographe réside depuis 2008 comme membre de l’académie des arts de Berlin.

//institut-bernard-magrez.com/artistes/boris-mikha%C3%AFlov







Boris Mikhailov, 'Tea, Coffee, Cappuccino'

Boris Mikhailov, Untitled from the series ‘Tea, Coffee, Capuccino’, 2000-2010 Courtesy Galerie Suzanne Tarasiève, Paris
L’avis de Time Out
Mar fév 7 2012

Ah, Kharkov... Ses terrains vagues, ses mini-jupes fanées et ses canettes de bière émiettées sur le bitume comme des confettis. Bienvenue dans le nord-est de l’Ukraine, où les sacs poubelle matelassent les rêves des sans-abri et où le « M » scintillant du McDo perce la grisaille de l’aube, comme l’étoile du berger, filant la tête la première vers une flaque d’eau. Dans la ville natale du photographe Boris Mikhailov, défigurée par le capitalisme post-soviétique, tout s’achète et tout se vend. Même les enfants.

Et si ce n'est pas beau à voir, ce n'est pas pour autant que ce spectacle ne mérite pas le coup d'œil critique et doux-amer d'un des artistes ukrainiens les plus talentueux de notre époque. Au contraire. Entre 2000 et 2010, Mikhailov a écumé les rues de cette Gomorrhe de la démerde, du marché noir et du tout monnayable, érigeant un fabuleux monument aux perdants du système. Avec ses airs de roman-photo ou de grande fresque historique, la série 'Tea, Coffee, Cappuccino' documente les ravages de l'après chute du Mur en se concentrant sur la comédie humaine qui se joue sur le pavé, comme pour mieux saisir ce moment de transition qui s’enfuit, ces existences anonymes, bafouées, fragiles, vouées à disparaître ou à s’endurcir à l'aune des mutations politiques.

Serrés les uns contre les autres le long des murs de la galerie Suzanne Tarasiève (rue Pastourelle), les portraits éclatants de morosité et de couleurs se répondent et se croisent, créant une sensation de mouvement. Les mêmes lieux, les mêmes visages reviennent encore et encore, imprimant sur la rétine une impression d’habitude, de familiarité, comme pour nous faire pénétrer au plus profond de ce quotidien mitraillé sur le vif, du bout de l'objectif bringuebalant de Mikhailov. 

Lunettes de soleil vissées sur le nez, sac à dos noir à l’épaule, petit classeur sous le bras : c’est l’uniforme de ceux qui refusent de passer pour des parias dans ces rues minables. Ceux qui jouent au jeu du capitalisme : une nouvelle faune d'hommes d'affaires indépendants, venue s’agglomérer à l’ancienne communauté. Les autres - cette communauté figée dans l'hier -, on les voit qui pissent près des pigeons, s'encrassent sur les marchés, cachent leur misère sous de gros manteaux de fourrure… Toutes les nuances de précarité se mélangent dans la chambre noire du photographe.

Comme les romans graphiques de Frans Masereel ou de Lynd Ward, grands graveurs de l’ère industrielle et de la condition ouvrière, le regard fraternel de Boris Mikhailov, immédiat et percutant, sublime la classe des laissés-pour-compte. Et transforme, par on ne sait trop quelle prouesse alchimique, cette réalité brutale en une mine d'or en deux dimensions.

Auteur : Tania Brimson
//www.timeout.fr/paris/art/boris-mikhailov-tea-coffee-cappuccino







Boris Mikhailov


Du 20 janvier au 11 mars 2012, La Criée présente pour la première fois en France la série Salt Lake du photographe ukrainien Boris Mikhailov. Datant de 1986, cette série de 50 photographies nous transporte dans une Ukraine soviétique au bord de l’implosion, où la douceur de vivre avait pour cadre les berges d’un lac cerné par la pollution industrielle.
Boris Mikhailov est né en Ukraine en 1938. Sa carrière de photographe débute réellement en réaction au régime soviétique qui s’oppose à certains de ses travaux. Ingénieur de formation, il se fait renvoyer de l’usine où il travaillait suite à la découverte par le KGB de clichés de nu qu’il avait pris de son épouse. Dès lors, depuis plus de quarante ans, il se consacre exclusivement à la photographie, documentant la vie et la chute de l’ère soviétique puis les transformations qui l’ont suivie, au travers de portraits humanistes et crus de ses contemporains. Il est aujourd’hui l’un des photographes de l’ex-union soviétique les plus reconnus sur la scène artistique mondiale, représentant de l’Ukraine à la biennale de Venise en 2007 et exposé au MOMA de New York en 2011.
À propos de la série Salt Lake : 
En 1986, Boris Mikhailov se rend sur les berges d’un lac au sud de l’Ukraine. Son père, habitant la région dans les années 1920, s’en souvient comme d’un lieu très fréquenté par la population locale, persuadée des vertus thérapeutiques de ses eaux chaudes et salées. Le photographe, curieux de voir si cet endroit existe toujours y découvre que les habitudes n’ont pas changé mais que le lac est désormais cerné par les cheminées d’usines, les entrepôts en briques aux tuyaux de taille industrielle qui y déversent leurs eaux usées. Tout au long de l’année, les familles se rassemblent sur le rivage et vu de l’extérieur, on pourrait croire à un Baden-Baden soviétique.
L’une après l’autre, Boris Mikhailov capture ces scènes étranges, nous donnant à observer une population insouciante se baignant dans ces eaux troubles, indifférente au paysage chaotique alentour. Les hommes trapus et les femmes en bikinis les cheveux attachés par des foulards, se prélassent, semblent profiter allégrement du moment présent. On aperçoit ici des corps étendus bronzant au soleil, là un groupe de femmes discutant joyeusement. Le calme qui se dégage de cette série en devient l’élément pictural et peut évoquer certaines photographies d’Henri Cartier-Bresson prises au moment des premiers congés payés en France ou encore la toile de George Seurat Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte.
Salt Lake dépeint une union soviétique méconnue voire secrète et pour cause, cette série ayant été réalisée de manière clandestine, comme beaucoup de travaux de Mikhailov. Un contexte dans lequel la population semble faire fi de son environnement, du moins le tolère surement faute d’alternative, afin de pouvoir profiter d’une liberté même furtive. Ces gens avaient-ils le choix dans leurs lieux de détente, se posaient-ils la question d’un ailleurs meilleur quand le meilleur était peut-être déjà de pouvoir avoir cette liberté ?
Découvrir cette œuvre aujourd’hui nous engage dans un travail de mémoire, similaire peut-être à celui que le photographe a fait, revenant sur les traces de son père. On ne peut s’empêcher de la resituer dans le temps, un an avant la catastrophe de Tchernobyl, trois ans avant l’effondrement du système soviétique. L’Histoire confère à Salt Lake une valeur de témoignage précieux qui démontre la justesse et la permanence du regard que l’artiste porte sur son temps. 
« Là, il y a une sorte de jeu où l’ancien et le nouveau se mélangent. […] Ça prolongeait une vieille idée que j’avais eu avant : on est à la fois là et pas là. À la fois on est aujourd’hui, et on est il y a très longtemps. * »
* Boris Mikhailov, I’ve been here once before / J’ai déjà été ici un jour, David Teboul. Édition Hirmer Verlag GmgH, Munich / Édition Les Presses du réel, Paris (2011). Extrait du film Boris Mikhailov, L’Art et la Manière, de David Teboul, ©Arte France - Images et compagnie, coproduit par Suzanne Tarasieve.

//www.criee.org/SALT-LAKE






Boris Mikhailov
05 nov.-23 déc. 2005
Paris 19e. Galerie Suzanne Tarasiève. Loft 19

Images ambiguës, éventail de styles et de décors, échantillon d'humeurs et de techniques, le travail du photographe ukrainien Boris Mikhailov interpelle immanquablement le spectateur. Devenu une figure de proue de la photographie contemporaine depuis une dizaine d'années, Mikhailov peut se vanter d'une œuvre extrêmement riche et de figurer parmi les photographes les plus marquants ayant émergé de l'ex-Union soviétique.



Par Natalia Grigorieva

Provocant voire scandaleux, salace et pourtant subtil, Boris Mikhailov est un artiste aux mille visages ne cessant de surprendre. Jonglant avec les styles et les thèmes, il refuse de se condamner à un genre précis ou de développer une thématique récurrente. Son travail est une combinaison de techniques, d'idées et de messages qui peuvent être décryptés à plusieurs niveaux, abordés sous une multitude d'angles. C'est précisément cet aspect-là qu'explore la galerie Suzanne Tarasiève qui, pour l'occasion, a investi un espace supplémentaire au 5, rue Louise-Weiss. 
Les images des débuts de Boris Mikhailov, issues des séries «Salt Lake», «Red», «Calendar», «Luriki» et «At Dusk», vacillent à la frontière de l'art et du documentaire. Ambivalentes, elles sont extraordinairement conceptuelles, tout en constituant un témoignage visuel incontestable, notamment sur la vie quotidienne sous le régime communiste. 
Ainsi, «Salt Lake» (1986) relate les vacances des Soviétiques pataugeant plus au moins gaiement sur fond d'usines et «Red» (1968-1975) met l'accent sur le désarroi et la peur sur les visages des contemporains du photographe derrière le rouge des drapeaux et la multitude de symboles chers à l'idéologie communiste. 

Ces photographies contournent le style réaliste-socialiste grâce au refus systématique du photographe de devenir un photojournaliste à part entière enregistrant un documentaire social à la gloire du régime. Boris Mikhailov, que l'on devine tendre et terre-à-terre à travers «Calendar», devient apôtre du pop art en repeignant des photos de familles pour donner naissance à sa première série véritablement conceptuelle «Luriki» (1971-1985) puis installe une atmosphère plus sombre, nostalgique et affligée dans la série «At Dusk» (1993), images panoramiques, teintées de cyan. 

Ayant découvert une liberté d'expression lui permettant de se laisser aller à sa nature licencieuse dès les premiers chancellements de l'URSS, le travail de Boris Mikhailov se teinte de violence et d'extrémisme. Se plonger dans ses images post-soviétiques revient alors à faire un tour sur les montagnes russes. En atteste la série visuellement insupportable «Case History» (1997-1998). Les clochards de Kharkov, ville natale du photographe, se métamorphosent en acteurs tragi-comiques d'un drame existentiel en échange de quelques billets. Les visages bouffis, les yeux que la raison a désertés, les corps difformes et nus sont autant d'éléments que Boris Mikhailov manie pour ses mises en scène grotesques, d'une bouffonerie inattendue, voire inappropriée. Bien que cette démarche soit incontestablement douteuse du point de vue éthique, les images arrachent un sourire. Dès lors, le spectateur est dans l'obligation de plaider coupable de complicité malgré lui. Le photographe l'oblige à s'impliquer, à prendre parti. 

Boris Mikhailov, malhonnête et inhumain? Certainement pas. S'il refuse d'adopter un ton larmoyant de circonstance, il n'en est pas moins consterné par la condition des victimes du démantèlement du mythe soviétique. Mais appliquant la méthode de Figaro, il se «presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer». 

Le spectateur est à nouveau sollicité dans l'espace de la rue Louise Weiss où il découvre «If I were a German» (1994). Non content de mettre à mal ses émotions, le photographe tient à l'impliquer physiquement en accrochant les clichés horizontales verticalement, le contraignant ainsi à se tordre le cou pour contempler les images dans le bon sens. 
Série en noir et blanc particulièrement controversée, «If I were a German» est rarement montrée dans son intégralité. Et pour cause. L'uniforme nazi est un accessoire récurrent et les scènes sexuellement explicites rythment les clichés mettant en scène Boris Mikhailov et ses proches. 
La connivence suggérée entre bourreaux et martyrs, victimes se complaisant dans leur rôle, le plaisir tiré de jeux sadomasochistes, voilà les thèmes que l'on dégage au premier abord et qui ont suscité à maintes reprises de vives réactions. 
Il est évident qu'il serait arbitraire et simpliste de réduire les propos du photographe à une insulte aux victimes du nazisme ou à un pastiche de l'identité allemande. La parodie occupe certes une place privilégiée, mais est-il nécessaire de rappeler qu'il ne faut jamais se fier aux apparences particulièrement en ce qui concerne le travail de Mikhailov? 

Les références à Goethe ou à Wagner, les allusions à la littérature, à la peinture ou à l'Histoire fleurissent ici et là en dévoilant un artiste réactif face au passé et à son environnement. Ses plaisanteries d'un goût suspect ne manquent pas toujours de subtilité. Les mystérieuses légendes des images le confirment. On y découvre la version cocasse de la rencontre des Alliés sur l'Elbe ou de la signature du Pacte germano-soviétique.
Les boutades d'un humour particulier donnent du piquant supplémentaire aux photographies, truffées de symboles, pour peu qu'on accepte de suivre leur auteur malgré les premières impressions peu convaincantes.

A travers l'ensemble de son œuvre, il affiche une indépendance insolente et presque prétentieuse. Le spectateur est libre de l'exécrer, mais il doit bien en convenir, si l'œuvre de Mikhailov n'est pas destinée aux âmes sensibles, elle ne l'est pas non plus aux paresseux.







Look At Me I Look At Water
CRITIQUES
Par Magali Lesauvage

A l'entrée de la galerie Suzanne Tarasiève un panonceau met en garde les personnes sensibles contre la dureté des images exposées. Il est vrai que la contemplation des photographies de la série Look At Me I Look At Water de Boris Mikhailov est parfois insoutenable. Dans une lumière crue, l'artiste ukrainien montre des corps déformés, des visages dévastés, des sexes nus ou des scènes érotiques grotesques dans des intérieurs insalubres. 

L'exposition, accrochée par Boris Mikhailov lui-même, est dédiée «à tous ceux qui ont été obligés de partir et à tous ceux qui l'ont choisi ; à ceux qui sont encore en mouvement et à ceux qui ont décidé de s'arrêter ; à tous ceux qui essaient, errent et réussissent…». 

L'ensemble des photographies constitue un tout, issu d'une proposition faite par la Heiner Müller Gesellschaft, et qui a abouti à la composition d'un ouvrage paru en 2004 aux éditions Steidl, où se mêlent les mots de l'écrivain est-allemand et les photos de l'artiste ukrainien, auteur déjà de plusieurs livres d'artiste. 
Présentée précédemment au Centre de la Photographie de Genève, en 2005, l'année suivante au Crac Languedoc-Roussillon à Sète, puis récemment, en novembre 2007, au Sprengel Museum de Hanovre, la suite est constituée de photographies, anciennes ou récentes, entre lesquelles sont intercalés des textes de Heiner Müller, dont la disposition est chaque fois différente.

Boris Mikhailov a de fait conçu Look At Me I Look At Water, où les images nourrissent le texte et inversement, comme une «recherche expérimentale pour s'approprier l'œuvre» de Heiner Müller, bâti sur la réinterprétation des mythes anciens et leur déplacement dans le contexte contemporain. Boris Mikhailov voit dans ses photographies et dans l'œuvre de Müller un même «état d'esprit, une tension interne». A l'instar de Heiner Müller, il est tiraillé entre «l'Est et l'Ouest», et construit son œuvre sur les restes, les résidus de l'Histoire. 

Boris Mikhailov est un photographe moraliste, dans le sens où il porte une réflexion sur les mœurs et la morale de son temps, à la manière des philosophes du XVIIe siècle, pointant avec acuité et cruauté les travers de leur époque pour mieux les dénoncer. Cette démarche se double chez l'artiste d'une forme de compassion pour les sujets représentés, dont on ne perçoit au premier abord que le voyeurisme. 

Dédié à «ceux qui partent», Look At Me I Look At Water fut entamé à une période de voyages incessant entre l'Est et l'Ouest, l'artiste ressentant alors un sentiment de perte d'identité. Il montre les conséquences sociales catastrophiques et le terrible chaos physique et mental qui a suivi la chute de l'Union soviétique, Etat totalitaire qui pendant des décennies formata les corps et les esprits. 

Si la série fait référence à l'exil, c'est à celle des Russes exilés dans leur propre pays, à celle d'êtres perdus dans leur propre corps et leur propre esprit. Entre document et travail photographique à part entière, le travail de Boris Mikhailov fait un parallèle entre les mutations sociales et les corps mutants, la dégénérescence d'une civilisation et la corruption des mœurs. Ses images choquantes ébranlent la conscience, car elles montrent une réalité vraie que la pratique photographique de l'artiste ne saurait enjoliver.

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Boris Mikhailov

Il est fort possible que l’historien du futur considérera ce début du vingt-et-unième siècle comme l’époque au cours de laquelle la photographie aura radicalement changé de statut — quittant celui d’outil permettant de représenter la réalité, pour adopter celui d’un élément constitutif de la réalité elle-même, ni plus ni moins consubstantiel à nos vies quotidiennes que l’eau du robinet ou l’asphalte des trottoirs. Nous considérons de moins en moins une photo en tant que trace ou que support de souvenir, ni même comme l’enregistrement d’un moment : ce sont les moments vécus eux-mêmes, lourds d’une pluie d’images immobiles, qui appellent le cadrage et les retouches numériques. Paparazzi, mondains munis de portables, journalistes, techniciens, touristes, parents consciencieux, R.P de soi-même sur myspace ou facebook.com, nous sommes tous pris dans cette temporalité iconique, que rythme la petite syncope de l’image gelée. En un ! mot, dans un monde qui se définit par la représentation, qui s’enregistre en permanence et se contemple en train de s’enregistrer, l’image fixe est un simple moment du mouvement.
Peu de photographes, peu d’artistes, sont les contemporains de cette métamorphose. Mais Boris Mikhailov l’est, car sa pratique ne s’indexe pas sur un quelconque mode ancien de la photographie, mais les convoque tous. Ses œuvres ne se limitent jamais à des instants capturés. La valeur cultuelle de l’image photographique s’est effacée, tout comme l’aura des choses en général, mais Mikhailov est un braconnier, pour qui le fameux « coup d’œil » du professionnel importe moins que la matière que l’image contient — et peu importe comment elle se retrouve chez lui. La scène primitive par laquelle débute son activité de photographe est à ce sujet éclairante : utilisant un appareil confié par l’entreprise d’état dans laquelle il travaille comme ingénieur, il en détourne l’usage pour faire des clichés érotiques de sa femme ; il est découvert, et immédiatement renvoyé. Il gagne alors sa vie comme photographe populaire, et en retouchant de vieilles photos de famille qu’on lui confie ça et là. D’emblée, la pratique photographique s’indexe chez Mikhailov sur le détournement, l’interdit et la manipulation d’images provenant de multiples sources.
Numérisée donc, comptée en dpi, customisée par des logiciels qui, comme photoshop, permettent d’altérer à l’infini ses rapports avec la réalité enregistrée, la photo n’a plus grand chose à voir avec la magie lumineuse qui a bouleversé au dix-neuvième siècle la relation entre l’artiste et le réel. Les expérimentations de Daguerre ont jadis permis aux peintres impressionnistes de repenser la figuration à partir de l’impact lumineux ; aujourd’hui, les pixels des caméras numériques autorisent les artistes à concevoir l’espace humain comme une construction sans fondement, comme une pile d’illusions faite de strates d’images. Le « Grand récit » soviétique, fiction qui ne s’est vite plus donné la peine de s’incarner dans du réel, a permis à Mikhailov de percevoir le monde comme une fantasmagorie, une pléthore d’images qu’il s’agissait de creuser d’un côté, de retoucher de l’autre.
« Case history » (1997-1998), est un opéra urbain, la série la plus brutale et la plus folle de Mikhailov : en un incroyable tourbillon de photographies (plus de cinq cents), il met en scène la vie des clochards de Kharkov, dirigeant ses acteurs rémunérés comme s’il était le Vicente Minelli des bas-fonds. Il fait partie de l’image, et celle-ci n’est que le produit de cette participation : le réel n’est pas une matière brute que l’acte de la prise de vue aurait pour tâche de révéler, mais une simple modalité de l’image.
Dans les œuvres de Boris Mikhailov, le statut de la photographie est celui d’une féerie déjà passée : les scènes sont parfois empreintes de nostalgie, et les clichés eux-mêmes semblent être des retirages, énième version d’un original perdu. C’est qu’en tant que pratique, elle appartient à un continent perdu, à un univers suranné dont Mikhailov se contente d’assembler les fragments. Stan Douglas explique qu’il utilise des technologies d’hier pour ses installations filmiques, car « les formes obsolètes de communication deviennent un index pour la compréhension du monde que nous avons perdu. » C’est pour des raisons identiques que Rodney Graham installe au centre d’une de ses expositions un lourd projecteur d’antan, ou que William Kentridge utilise les techniques du film muet pour ses animations en noir et blanc. Chez Mikhailov, la photographie est à la fois le reste d’un univers disparu, et le lien qui nous unit à cet univers.
Comme toute technologie, la photo produit des spectres, explique Jacques Derrida. Plus précisément encore, des revenants : cette image, que l’on vient de prendre de mon visage, sera celle que d’autres verront après ma mort… Bref, sitôt qu’existent une inscription, un enregistrement, le futur et le passé s’entremêlent, et ce qui est passé devient à venir. Toute trace produit une hantise, un univers peuplé de revenants : « la technologie décuple le pouvoir des fantômes », comme l’écrit Derrida. Mais en même temps, ces spectres intensifient la vie, la dédoublent, la remplissent de nouveaux potentiels. L’on pourrait ainsi dire de Boris Mikhailov qu’il construit la maison hantée du monde soviétique, une étrange collection d’images qui chacune porte la trace d’une espérance collective, de rêves intimes, de sensations oubliées.
Nicolas Bourriaud
















20/04/2013
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