Alain YVER

Alain YVER

BRIGITTE FONTAINE " j'ai l'honneur d'être "

BRIGITTE FONTAINE   " j'ai l'honneur d'être "


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J'ai l'honneur d'être

J'ai l'honneur d'être est le dix-huitième album de Brigitte Fontaine sorti en septembre 2013.
Cet album marque son passage de la maison d'édition Polydor à Universal et un resserrement de ses collaborations avec Areski Belkacem qui a composé et arrangé la totalité des titres sauf La Pythonisse et Les Crocs confiés à Jean-Claude Vannier. Il est préfacé par Benoît Delépine et Gustave Kervern.
L'auteur-interprète navigue entre triste constat social (Amour poubelle, Crazy Horse qui traite de l'internement), attaque contre les clergés, sublimation du réel (L’île au Coeur d’enfant sur l'île Saint-Louis), évasion fantastique (La pythonisse, Delta), humour (Les hommes préfèrent les hommes, Les Crocs), émotion (Père), autoportrait (J'aime) et référence littéraire (J’ai l’honneur d’être évoque les personnages du roman Les Liaisons dangereuses).
Pour l'anecdote la chanson Les Crocs avait été écrite pour Annie Cordy.


//fr.wikipedia.org/wiki/J%27ai_l%27honneur_d%27%C3%AAtre






J’ai l’honneur d’être… Brigitte Fontaine

Brigitte Fontaine, une déjantée ? Le jugement serait réducteur. Dire que c’est un être radicalement poétique dans un monde qui tourne à l’envers serait plus proche de la réalité. Cette grande artiste intrigue par son physique, son élocution, ses tenues, ses textes ou encore ses déclarations. Une notoriété qu’elle n’a pas hésité à mettre au service de combats humanistes. À l’orée d’une tournée avec un nouvel album à la clé, entretien maltraité (rire).
Depuis les années 2000, vous enchaînez les albums. L’époque vous rend-elle particulièrement inspirée ?
Brigitte Fontaine Probablement. Allons-y !
Vous sentez-vous plus libre que dans les années 60 ou 70 ?
Oh, c’est à peu près pareil. Sous Sarkozy, c’était pas la joie. Mais moi, je me démerde, voilà. J’ai eu un disque interdit sur les ondes nationales qui s’appelait justement « Prohibition ». Je sais ce que j’ai à faire. J’avance, j’avance.
Vous êtes une artiste atypique…
Si vous le dites, oui !
… et on se demande si tout l’est aussi dans votre quotidien. Vous arrive-t-il d’être conformiste ?
Pourquoi le serai-je ? Je ne vais pas me forcer. Je suis comme je suis et comme je peux.
Votre personnage, votre image n’est-il qu’un jeu ?
Bien sûr que non !
Vous considérez-vous comme une provocatrice ?
Mais non, pas du tout. Simplement comme quelqu’un qui fait et qui écrit ce qu’il veut.
Etes-vous animée par la même démarche que vous écriviez un livre ou une chanson ?
À peu près. Evidemment, la forme est différente. Mais ça a la même importance. Et pour moi, c’est le même plaisir, la même passion et le même jeu. D’ailleurs, il faut que je finisse un livre que l’éditeur attend depuis des mois ! J’ai été paresseuse mais je me suis remise à écrire. Il s’appellera « Les hommes préfèrent les hommes ».
Vous multipliez les collaborations avec des musiciens masculins, la plupart du temps. Vous n’admirez pas d’artistes femmes ?
Je suis misogyne, voilà ! Non, ce n’est pas vrai. Vous oubliez Grace Jones qui est une femme fantastique avec laquelle j’ai écrit trois chansons. Mais en France, excusez-moi, j’ai beau regarder, ben… Je ne vois que Catherine Ringer, qui ne m’aime plus ! Je ne sais pas pourquoi.
Et quelqu’un comme Camille ?
Disons que c’est la moins chieuse des pisseuses. Mais je ne la connais pas beaucoup. Il y a aussi l’espagnole, là, avec qui j’ai fait… Olivia Ruiz ! Elle est très sympathique. Sur scène, elle se défend très bien.
Le tandem que vous formez avec Areski semble inébranlable. Sur scène, cette complicité fait évidence. À se demander qui est l’égérie de l’autre ?
Chacun. Et chacune. Je l’ai beaucoup influencé et il m’a beaucoup influencée. Je le considère comme le plus grand compositeur du pays. Ce n’est pas du tout parce que c’est mon époux que je demande toujours à lui. Et parfois à Jean-Claude Vannier, avec qui j’apprécie énormément de travailler aussi. Particulièrement pour la chanson « Duel », sur l’avant-dernier disque (« L’un n’empêche pas l’autre », NDLR).
Musicalement, vous avez exploré beaucoup de tendances. Est-ce pour chercher à rester actuelle ?
Je ne cherche rien ! Je m’en fous. C’est mon plaisir et mon désir qui comptent. C’est tout. La première fois que nous avons voulu travailler ensemble avec Noir Désir, nos mails se sont croisés le même jour. Moi, pour leur disque et eux, pour le mien.
Ne trouvez-vous pas que l’art comme la pensée est en panne d’engagement, d’audace, que le monde de la création est un peu fade ?
Non. Les artistes, les artistes… C’est le public qui est important. C’est principalement des jeunes, surtout en province. Et ils sont beaucoup plus simples, gentils et marrants que quand j’étais moi-même très jeune. Mais j’aime beaucoup Beth Ditto, de Gossip. Elle y va ! Amy Whinehouse aussi. Les dernières chansons de Bob Dylan sont encore formidables. Et j’aime toujours les Stones, les vieux briscards, quoi. Comme nous.
Vous êtes connue pour certaines prises de position. Qu’est-ce qui vous mobilise aujourd’hui ?
Le racisme et l’antisémitisme. C’est très inquiétant en France. Mais les artistes qui disent des choses là-dessus, ça ne sert à rien. Je l’ai fait pendant longtemps et ça n’a aucune influence.
Va-t-on vous revoir sur les planches ou les écrans ?
Il y a un documentaire (1) sur moi qui est sorti dans quelques salles. C’est un portrait très vivant.
Votre succès public est croissant avec les années. N’est-il pas compliqué de devenir une artiste populaire quand on vient d’un milieu plutôt alternatif ?
Le milieu alternatif, je ne comprends pas ce que cela veut dire. Je souhaite être populaire. Et mes débuts, j’aime pas du tout ! Je ne renie rien à part mon premier disque. J’écrivais n’importe quoi, je disais que j’étais décadente. Je préfère ce que je fais maintenant.
Est-ce qu’il vous arrive de penser à arrêter ?
À m’arrêter ? Mais jamais, mon pauvre ami !
Propos recueillis par Matthieu Burgos


//www.cesar.fr/brigitte-fontaine-itw-322-2013


 

 

Le Mot de l'éditeur : J'ai l'honneur d'être


« J’ai l’honneur d’être » ne laissera personne indifférent. Ce 18ème album est une véritable confession pour Brigitte. Sa voix nous atteint encore. Les auditeurs ont le privilège d’être invités dans le cœur de l’artiste. Aucun texte n’est anodin et chaque mot a son importance, à l’image du premier single "Crazy Horse". L’émotion transpire dans ce nouveau disque, tel un diamant brut. La chanteuse se livre comme jamais, notamment dans "Père", un hommage à cet homme "plein de douceur, la pureté au cœur". Brigitte Fontaine est inqualifiable. L’artiste n’a rien perdu de ce qui l’anime depuis toujours. Son goût pour la provocation et sa folie l’amènent à écrire des textes poignants, miroirs de notre société. Comme pour ses précédents albums, elle s’est entourée d’Areski Belkacem, son compagnon de toujours, qui a composé, réalisé et arrangé "J’ai l’honneur d’être".

//musique.fnac.com/a6494583/Brigitte-Fontaine-J-ai-l-honneur-d-etre-CD-album






Chanson

Si Brigitte Fontaine n'existait pas, il faudrait l'inventer. Sauf qu'autant de liberté, d'impertinence et de virtuosité, ça ne s'invente guère. Ça se déguste, comme un plaisir un peu coupable — et donc doublement savoureux. En 2009 déjà, Prohibition nous avait retournés par la modernité de son regard, salutairement subversif. Ce disque-ci nous enchante encore davantage, tant la druidesse s'y montre piquante (« J'aime les avis les moins partagés », clamet-elle avec malice), mais aussi bouleversante, dévoilant une tendresse inattendue dans les mots comme dans la voix, si marquante.
Elle qui depuis des années semblait cultiver son étrangeté nous apparaît soudain plus proche, sorte de soeur de coeur qui nous ressemblerait — ou plutôt à qui on rêverait de ressembler. ­Affranchie des conventions, et nous consolant des idées rances, quand elle se lance dans une délectable chanson gay (Les hommes préfèrent les hommes), ou quand elle chante les corps et le désir, fustigeant les « hontes imbéciles » et confessant avec brio préférer « les lascars un peu vieux » aux jeunes plus vigoureux. Chantant encore avec une élégance désespérée la lente glissade d'une intouchable (Crazy Horse). Ou semant le trouble dans une fresque finale grandiose, contant la relation d'une fille à son père (Père). Brigitte Fontaine, à l'univers éclatant, éclaté, nous trimbale au gré de ses humeurs et d'une écriture jouissive. On la suit, même dans ses moments les plus ardus, car le périple sort trop de l'ordinaire pour qu'on s'en détourne. « J'ai l'honneur d'être », nous dit la chanteuse. A nous celui de l'écouter.— Valérie Lehoux
 | 1 CD Silène éditions/Universal/Decca.
Le 14/09/2013
Valérie Lehoux - Telerama n° 3322







Brigitte Fontaine a "L’honneur d’être" géniale
Publié le 16-09-2013  Par Sophie Delassein

Entre poésie pure et provocation, comme à son habitude, Brigitte Fontaine vient bousculer nos certitudes avec "J'ai l'honneur d'être", son nouvel album.
Est-ce parce qu’elle aime "Les avis les moins partagés" qu’on apprécie tant Brigitte Fontaine ? Ou parce qu’elle reste éternellement jeune, résolument moderne et toujours si surprenante ? Il faut un certain courage pour extraire de sa pochette un nouveau disque de Brigitte Fontaine, car l’on sait d’avance que rien ne sera plus comme avant. Elle va bousculer nos certitudes en poussant chacun d’entre nous à toujours tenter de voir la vie autrement : avec lucidité, poésie ou humour. Avec distance, toujours. C’est précisément ce que l’on est en droit d’attendre de l’œuvre d’un artiste. "J’ai l’honneur d’être" sort lundi 16 septembre.
"Au diable Dieu"
Outre la poésie pure, la provocation a toujours été l’un des terrains de jeux favoris de Brigitte Fontaine. La native de Bretagne, silhouette spectrale de l’Ile-Saint-Louis, persiste avec "Au diable Dieu", l’un des temps forts de l’album "J’ai l’honneur d’être". Il fallait oser s’attaquer, même avec un sourire en coin, aux culs bénis de tout poil. Sur des arrangements orientalistes qui ondulent, elle n’y va pas de main morte : "secte d’escrocs", "Collabos niqueurs d’ados", "Lécheurs de cierges", etc. Il faut se rendre au bout de la chanson pour entendre son vrai propos, son message de paix, son invitation à la prière secrète et individuelle qui va droit au cœur du grand miséricordieux : Dieu lui-même, en personne.
"Les hommes préfèrent les hommes"
A sa manière, Brigitte Fontaine fait entendre sa voix caverneuse dans le grand débat autour du Mariage pour Tous, sujet de société au premier plan de l’actualité au moment où l’artiste, supposée folle-dingue, écrivait les morceaux du disque qui sort aujourd'hui. On n’a pas compté sur elle pour aborder un thème de front, au premier degré. "Les hommes préfèrent les hommes" remonte à la destruction de Sodome et Gomorrhe pour nous compter, le temps d’une chanson, la grande épopée du sexe dit fort, tour à tour sanguinaire et sodomite. A l’ère du Verseau, les hommes préfèrent les hommes, donc. "Puisqu'ils sont tous pédés, songeons à nous armer", suggère Brigitte Fontaine en costume d’amazone.
"Père"
C’est par une ode à son défunt père au son d’une ballade au piano que Brigitte Fontaine achève son disque. C’est par cette chanson qui révèle sa part de sensibilité et son âme d’éternelle petite fille qu’elle nous abandonne. Portrait intime autant qu’universel, puisque la plupart des petites filles du monde pourrait s’adresser à leur père, un "Astre pudique", par ces mêmes mots tendres et mélancoliques.


//tempsreel.nouvelobs.com/culture/20130916.OBS7099/brigitte-fontaine-a-l-honneur-d-etre-geniale.html







Brigitte Fontaine, toujours libre
Nouvel album, J'ai l'honneur d'être
Brigitte Fontaine
19/09/2013 -


A 74 ans, l’indémodable Brigitte Fontaine commet un nouvel album, J’ai l’honneur d’être : un disque bouillonnant de musique, de créativité, d’enthousiasme et – bien sûr – d’un grain de folie. Rencontre avec la diva au look de libellule, au cœur de Paris, sur l’Ile Saint-Louis.

Un puzzle : il faut chercher Brigitte Fontaine au travers des pièces qu’elle livre, éparses, des pièges qu’elle disperse, au creux de ses silences, de ses respirations, au flow lent de son discours, dans ses esquives d’explication, jusque dans ses grognements – "personne ne me comprend plus, je fume trop..." Aux questions, elle se suspend, laisse planer un temps infini, avant d’étirer un sourire à malices, préambule à trois mots pesés…
Et puis, il y a ses digressions, ses bagues à chaque doigt (météorite, argent, or blanc, saphir, toc), ses regards accrochés sur un passant, la coupe aperçue d’un beau manteau… Dans ce joyeux fourre-tout, il y a bien sûr des pièces maîtresses, ce lieu où elle nous donne rendez-vous, par exemple, le café Les Fous de l’Ile, sur ce petit bout de terre, l’Ile Saint-Louis : son cocon depuis des temps immémoriaux.
Dans ce quartier du cœur de Paris, flottant sur la Seine, Brigitte change d’appartements, "comme l’on changerait de chambre dans une maison"… Pour rien au monde, elle ne quitterait son havre, qu’elle décrit, via les hasards heureux de son écriture, dans une troisième chanson consacrée à l’Ile Saint-Louis, L’Ile au cœur d’enfant, sur son dernier album. "J’aime son côté innocent, candide, sans punition. À part, bien sûr, quand pullulent le week-end, ces cochons de touristes…" Rien à faire : Brigitte leur marche dessus, les pousse, leur donne des coups, au cri triomphal de "US Go Home !"
Un disque retardé
Pour l’heure, le silence et la pluie planent sur cette fin d’été désertée. Lady Fontaine trépigne d’impatience de présenter son dernier disque, J’ai l’honneur d’être. Tout court. Telle qu’elle. Sans fioriture, mais avec cette coquetterie sans âge : "Il faut s’en montrer digne". Depuis trois ans, la majorité des textes de ce nouvel opus piaffaient dans ses tiroirs.
Les besoins marketings en décidèrent autrement. Malgré le refus obstiné de la chanteuse deux mois durant, son ancien label, Polydor, s’entête à sortir un album de duos. De guerre lasse, Brigitte accepte. C’est L’un n’empêche pas l’autre (2011), avec Higelin, Christophe, Arno, Bertrand Cantat, Grace Jones, etc. Et… rien. Au rendez-vous, nul succès. La colère affleure. Brigitte claque la porte, pour sortir ses réalisations chez Universal Jazz. Quelques délais supplémentaires la rendent folle de rage et de chagrin. Mais le voici enfin, J’ai l’honneur d’être, "ce disque proche de moi, dans mon cœur, peut-être plus explicite que les autres…"
Les surprises de l’écriture
Car dans les carcans imposés par la vie, Brigitte retrouve sa liberté originelle par l’écriture, devant la page blanche, mue par un appétit féroce, un désir pressant, la passion. Au fil du jeu, d’un "je" qui se conte au détour des mots, le verbe charrie son lot de surprises, emmène l’auteur vers d’improbables rivages.
Ce sera, pour J’ai l’honneur d’être, un texte à fleur de peau sur son père, un hommage, qu’elle ne peut évoquer sans larmes : "Je ne le chanterai pas sur scène : trop d’émotion", confesse-t-elle. Il y a aussi cette vanne, ce bon mot qu’elle déroule, Au Diable Dieu, dans une ritournelle joyeusement anticléricale. Quant à la truculente J’aime, elle égrène la litanie de ses petits plaisirs et grandes aversions, comme le café au lait : "Cette nourriture ignoble : horrible, horrible, horrible".
La magie Areski
Comme la Pythonisse de sa chanson, l’artiste paraît, au long de son œuvre, rendre des oracles avec ses mots, dévoiler ce qu’elle cache, en une fulgurance : "Je passe rarement plus d’une heure sur un texte. Puis je retouche le lendemain". Elle tend ensuite la feuille à son complice, son arrangeur de toujours, son mari Areski Belkacem, qui met en musique ses vers, révèle, comme un photographe, ses chansons. "Il me surprend souvent, mais toujours il me séduit. Il ne discute pas mes textes. Je ne discute pas ses musiques."
Sur l'album, il signe tout, à l’exception de deux titres, La Pythonisse et Les Crocs, concoctés par l’ami Jean-Claude Vannier, l’un de ses "chouchous" musicaux. 
Enfin, pour incarner ses fantasmes à l’écran, la diva a fait appel à un copain, Enki Bilal. Le cultissime dessinateur réalise en effet, le clip de Crazy Horse, premier single de son disque : "Pendant le tournage, j’étais ivre de fatigue et d’enthousiasme. Ce sera merveilleux…"
Et Brigitte de digresser à l’envi, car tout commence et tout finit ainsi… Sur sa hantise obsessionnelle des plateaux TV, sur sa lecture enthousiaste des 1001 Nuits, traduite par Joseph-Charles Mardrus, sur l’écriture d’une série noire pour Flammarion (Les Hommes préfèrent les Hommes). Sur le film Brigitte Fontaine, reflets et crudités, aussi, que prépare son biographe Benoît Mouchart (auteur de Brigitte Fontaine, Intérieur/Extérieur, Castor Astral, 2011), à paraître au cinéma Le Nouvel Odéon, le 2 octobre.
Elle n’y parle pas d’elle, ou alors par détours, des flashs de ce qu’elle aime, de ce qu’elle est, de ce qu’elle hait. Brigitte, aussi impressionniste qu’impressionnante : sans doute son "honneur d’être".


//www.rfimusique.com/actu-musique/chanson/album/20130919-brigitte-fontaine-honneur-%C3%AAtre







Parade en hiver : Brigitte Fontaine "J'ai l'honneur d'être"
17 octobre 2013 |  Par Sefronia


On en apprend souvent plus avec un bon disque qu'en dix ans d'analyse ou quelques séances chez le juge d'application des peines. Dans les nouvelles chansons de Brigitte Fontaine, Lola finit aux Assises, Dieu la tête sur le billot et quant aux autres, entre deux poèmes d'amour ou de tendresse enfantine, ils en prennent tous plus ou moins pour leur grade. Ce nouvel album prend parfois la forme d'un réquisitoire mais qui lui en voudrait ? N'est-ce pas souvent le sort des meilleurs disques ?
L'entrée en matière témoigne d'un frimas peu jovial. "Crazy Horse", en effet, est un vent de guitares givrées sous lequel déferlent, vitesse grand V, telles une bande-annonce, les aventures de Lola – épopée en solitaire et martyre au féminin qui culmineront sur la fin du morceau en véritable délire assassin. Société, c'est sûr, tu n'emporteras pas ce 45 tours au paradis. Pas plus que l'Église et ses adhérents, d'ailleurs, ne danseront la gigue sur le mémorable "Au diable Dieu". On dirait qu'on avance dans ce disque comme sous le soleil d'hiver. Des portes claquent, des gifles aussi. Dans "Delta", Brigitte chante son propre corps transmué. De la pure poésie, vous l'aurez bien compris, où l'on vante l'amour et le sexe à plus de soixante ans. Et attention, parental advisory, s'il vous plaît. En filigrane, les barbeaux et les kékés sont gentiment mis au pilori. Sans oublier le pied de nez, l'air de ne pas y toucher, aux poids-lourds de la punchline – désolé Booba, et Rohff rendez-vous chez les beaufs, vous faites juste pas le poids.
Sur la lancée, "J'ai l'honneur d'être" est une fin de non recevoir sèchement troussée, à l'adresse des détracteurs anonymes et autres personnes mal intentionnées. Mais cela dit, après avoir réglé quelques comptes, rien n'empêchera Madame Fontaine de danser car un peu plus loin, finalement, "J'aime"envoie les vilains valser et la chanteuse déploie sa garde-robe sous nos yeux comme une garde rapprochée. Son art ressemble alors à une véritable fête où, sur un air de bastringue signé Areski Belkacem, Eros canaille et alcool malin convolent en folles noces dans le tourbillon des jours.
Madame Fontaine, s'il est désormais de notoriété publique que vous haïssez l'Orangina et l'affreux Coca-Cola, quant à nous, c'est simplement avec joie que nous venons boire de votre eau. Il est d'ailleurs tellement rafraîchissant de découvrir sur le tard, sans l'avoir vu venir, que "Les hommes préfèrent les hommes". Car Brigitte nous l'avoue simplement, au détour d'une chanson, et nous offre au passage, par procuration, un coming out comme qui dirait, euh, général. Rapide et bien envoyé, à consommer sur place ou à emporter. Que voulez-vous, on a le coming out qu'on mérite. En l'occurrence, c'est violemment sociologique et c'est aussi simple qu'un refrain. A écouter sans modération.


//blogs.mediapart.fr/blog/sefronia/171013/parade-en-hiver-brigitte-fontaine-jai-lhonneur-detre






Brigitte Fontaine - J'ai l'honneur d'être

Encore un grand album poétique et humain de notre mamie Zinzin à tous. Critique et écoute.

Il aura fallu attendre l’avant-dernière chanson de son antépénultième disque (Prohibition, 2009) pour que Brigitte Fontaine daigne nous livrer son secret. “Je rêve et je flashe sur les lueurs du liquide vaisselle…”, salivait dans Je suis un poète celle qui en cinquante ans de carrière, entre textes à chanter et pièces de théâtre, romans et nouvelles, n’a jamais lâché la plume. Endurance à laquelle il faut ajouter le bonus offensif d’un constant équilibre entre son envie folle et communicative de s’amuser et le voeu de partage de ses visions rimbaldiennes toutes aussi contagieuses.
Avec elle, la poésie n’a jamais été une pratique salonarde mais une gymnastique de la sensibilité, une alchimie du banal, un psychédélisme de l’anodin où les lueurs du liquide vaisselle peuvent effectivement révéler une étrangeté digne des paysages de Max Ernst. Cette capacité à lire autrement la réalité donne à chaque nouveau rendez-vous avec la Dame de l’île Saint-Louis une saveur particulière.
Et sur ce vingtième envoi, la féconde bipolarité de son esprit fait à nouveau des étincelles. Du désopilant chaabi blasphématoire de Au diable Dieu (qui, c’est sûr, ne passera pas sur Radio Notre Dame) à la ballade onirique de La Pythonisse à laquelle nous invite cette fille de Brocéliande, l’art fantasque de la druidesse Brigitte reste intact, comme si la poésie en elle veillait à sa propre imputrescibilité. Bouleversante dans son hommage au Père, piquante et sensuelle dans Delta, où elle se projette en “nymphette de plus de 20 000 ans”, elle est musicalement drapée de guitares américaines ou de piano bastringue pour un inventaire (J’aime) dans la tradition des plus grands comiques troupiers. Brigitte barjot ? Peut-être. Mais frigide, ça non !

par Francis Dordor
le 31 octobre 2013

https://www.lesinrocks.com/musique/critique-album/brigitte-fontaine-encore-un-grand-album-poetique-et-humain/







L’honneur d’être Brigitte Fontaine
16 septembre 2013


Mystique laïque, vieille ado, la chanteuse envoie Dieu au diable, tance ses amants, se plaint de ses dents!
Été comme hiver, Brigitte Fontaine écrit au fond de cafés ordinaires mais dans ses chansons, toujours, le luxe de palais et forêts imaginaires peut surgir. À Saint- Servan, quartier paisible d’où la mer scintille face aux remparts de Saint-Malo, c’est au bar-tabac du coin, non loin de son appartement d’été, qu’elle apparaît miaoût, assise en terrasse, coiffée du casque de cuir qui la protège du vent. Affublée d’une jupe à volants et d’un blouson de jean, elle ne bouge qu’avec lenteur ou brusquerie, théâtrale lorsqu’elle joue de ses silences antédiluviens et de son regard d’enfant.
Pour évoquer son album J’ai l’honneur d’être, "tout simplement, disque évidemment formidable et na-na-na", elle mâchonne ses mots. Ouvrir la conversation sans sombrer dans un piteux interrogatoire ne peut se faire qu’à tâtons, avec du temps. Mais son mystère et sa vieille aura n’interdisent pas "le charme de l’enchantement", qui est aussi celui de sa Bretagne, dont elle se dit "fière et même assez chauvine".
"Les religions sont des poisons"
"J’habite là une partie de l’année. Saint-Malo, j’y venais déjà petite, en vacances avec mes parents." Élevée à Morlaix ("dans de merveilleux vergers") puis à Brest (ville "dure"), Brigitte Fontaine reste fidèle à ses racines celtiques contées dans Les Charmeurs de pierre, ce livre pour lequel elle avait dévoré toute une bibliothèque. Les druides y révèlent "cette incroyable et merveilleuse définition de Dieu : un point de liberté où toutes oppositions se font équilibre. Pas mal pour des sauvages, non?"
Depuis ce choc, Brigitte Fontaine se sent "des racines et des ailes. Oui, des ailes de libellule. Ou peut-être d’Hirondelle, c’est le nom d’un personnage que j’ai joué, jeune, dans une pièce de Plaute." Allez savoir. Une chose est sûre, Dieu préoccupe cette mystique érudite qui adore Noël, mais dit que "les religions sont des poisons", et ne dédaigne pas honorer ses parents et ancêtres, tous instituteurs laïcs. Dans J’ai l’honneur d’être, au rythme d’une mélopée soufie, elle chante le provocant Au diable Dieu, "ce vieux mafieux/ roi des bigots, secte d’escrocs de collabos/niqueurs d’ados/brûleurs de vierges lécheurs de cierges".
Dans le dernier couplet, Fontaine ouvre tout de même son coeur à l’Unique, car "s’il s’agit du grand A-miséricordieux/Oh vive Dieu, vive la vie…" Intransigeante avec ses visions, elle n’estime pas pour autant être une femme libre. "Personne, à mon sens, ne l’est. Je ne suis libre que quand j’écris, et un peu quand je joue sur scène."
Son idole : Madame de Tourvel
Une scène où elle fonce toujours vaillante, forte des récents disques Libido et Prohibition, et maintenant ce J’ai l’honneur d’être qui jongle avec l’humour et les registres, élégiaque ou jazzy, lyrique et un peu dingo, composé par son époux, Areski. On y découvre Les Crocs, comptine déjantée sur les maux de dents, et Les hommes préfèrent les hommes sur la banalisation de l’homosexualité.
"Eros en a assez des vamps et des poupées/Il lui faut un grand nombre de dards et d’oeillets sombres." Brigitte Fontaine ne reste pas moins dame "prude et orgueilleuse". Sur Dîner en ville, obligée de tancer un amant insistant, la voilà qui se met dans la peau de son idole… Madame de Tourvel, l’héroïne des Liaisons dangereuses. "Je m’identifie fortement à elle, et j’aime beaucoup ce style très 18e. Avec Bridinette, un roman de Charles Vildrac, qui narre les aventures champêtres d’une Parisienne dénommée Brigitte, le roman épistolaire de Choderlos de Laclos est l’un de ces livres fétiches que je relis tous les ans."


//www.lejdd.fr/Culture/Musique/L-honneur-d-etre-Brigitte-Fontaine-629245







Brigitte Fontaine, fidèle à elle-même
LE MONDE | 22.09.2013 Par Francis Marmande


Nouvel album, J'ai l'honneur d'être (Decca, Universal Music), plus un film : Brigitte Fontaine, reflets et crudité, de Benoît Mouchart et Thomas Bartel (en salles le 2 octobre). Brigitte Fontaine revient en majesté par le grand escalier. Robe de princesse ou fringue dénichée au dépôt-vente de Saint-Malo. Quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle chante, elle reste elle, irrémédiablement elle, Brigitte Fontaine.
Cheveux longs, hublots fumés sur ses yeux bruns, bracelet africain, gris-gris, à moins que ce ne soit quelque bijou celte, elle sort du studio d'enregistrement, rue Lavoisier, à Montreuil. Poète, écrivain, conteuse, cantatrice, c'est une perfectionniste. Cap sur l'île Saint-Louis, où elle réside avec Belkacem Areski. Elle y a ses habitudes dans une brasserie au nom intéressant.
TREIZE MINIATURES
L'album ? Treize chansons brèves. Enfin, brèves comme sont les chansons. Treize miniatures. 3'35 de bonheur, de douleur, de douceurs, de drôlerie, de gros mots, de fées, de forts gaillards, de caresses furtives, d'assassins qui rôdent dans les coins.
Treize chansons de son cru, dont elle a confié composition et réalisation à Belkacem Areski, sauf La Pythonisse et Les Crocs (Jean-Claude Vannier). La fidélité est son fort. Grâce de la voix, scansion de poète. Album coécrit ? "Comment, "coécrit" ? Non, Areski com-po-se. Mais moi, j'écris seule, seule, toute seule."
Cela, elle l'assène, non sans emphase, dans le film qui porte son nom. "Documentaire" ? Pitié, organisons un concours pour remplacer ce mot très cucul de documentaire et son cortège d'oiseaux aquatiques. Brigitte Fontaine, le film de Thomas Bartel et Benoît Mouchart, son biographe, a la densité d'un poème fluide, lumineux, précis. Tout ce qu'elle dit, elle, est lucide, pensé, pesé et dosé dans cette langue qu'elle s'est forgée, inimitable jusqu'en son articulation.
AVEC UN SÉRIEUX DE PAPESSE
Elle est de celles, de ceux qui inventent leur langue par amour de la langue. Au début du film, Benoît Mouchart, dans un bistro, lui lit un article de presse sur elle. Un article plutôt bien fait. Avec un sérieux de papesse, elle met son grain de sel à chaque phrase, et c'est irrésistible. Par petites touches imparables, elle anéantit l'article.
Elle, elle parle de sa singularité, et elle y tient. Un instant de grâce, à l'image, on la voit danser avec Higelin rue Saint-Louis-en-l'Ile. Ou alors papoter à voix feutrée avec Moustaki. On la revoit, en document d'archives, avec Higelin et Rufus (Maman j'ai peur, 1965), l'émotion est intacte. Depuis son ahurissante apparition en première partie de Brassens à Bobino, fin 1964, l'émotion n'a pas bougé d'un cil. Longtemps, on s'est couché très tard, se disant : oui, d'accord, en 1965, on avait tous 20 ans, on se sera monté le bourrichon. Eh bien non, trois fois non ! Les faits sont là. La brève séquence de Maman j'ai peur, le duo si bien filmé sur Cet enfant que tu m'avais fait, avec Higelin (Discorama, 1970), encore en 2013, c'est du jamais-vu.
Convictions, fidélités, autonomie, cinquante ans plus tard, sa chanson Au diable Dieu ne "bouffe pas du curé" : c'est une kyrielle moqueuse de blasphèmes qui bouffent du Dieu. Dans ses tonalités comme dans les climats, J'ai l'honneur d'être, l'album, a la douceur des recueils (Alcools). La fantaisie alliée avec le sérieux. Elle dit "je" comme elle dit "je" en lieu et place des autres, celles qui n'ont pas voix au chapitre (Crazy Horse). En toute simplicité, sur des accents de rock. Giflées de guitares, certaines chansons apaisent (Sur une mer gelée), d'autres font vraiment mal (Amour poubelle).
J'ai l'honneur d'être, le titre ? Une fin de non-recevoir, un adieu, définitif : "Vos poursuites m'offensent/Hier soir à la danse/Vous m'avez murmuré/Des propos déplacés/Remettant une lettre/Propre à me compromettre/Que j'ai brûlée sans lire/Je vous défends d'écrire/J'ai l'honneur d'être/Et caetera et caetera." De toute façon, elle prend acte de cette nouveauté, Les hommes préfèrent les hommes.
"MON GRAND CHÉRI, C'EST GAINSBOURG"

Le "etc." a des airs de Gainsbourg ? "Mon grand chéri, c'est Gainsbourg. Et Bashung, évidemment." Mais Gainsbourg écrivait bien avec un dictionnaire de rimes. "Ça alors, c'est inconcevable. Comment se priver de l'effet jouissif des mots, des allitérations ? Enfin, lui, c'était sa façon." Elle, au bout de quatre générations bretonnes d'instituteurs et -trices de la République, elle a manqué finir en professeur. Elle aurait été parfaite : "J'aimais beaucoup la philosophie. Concours général, etc., et le bac, où j'ai obtenu 19/20. Mais je voulais faire du théâtre." Elle lit toujours Nietzsche, s'emporte contre Sartre, trouve Beauvoir insipide "mais très belle femme".
Elle adore Nabokov et ne peut supporter Lolita que dans la première traduction d'Eric Kahane. Elle "apprécie beaucoup Françoise Sagan". "Quand on lui demandait : "Qu'aimez-vous chez les gens ?", elle répondait : "La gentillesse. – La bonté ? – Non, la gentillesse." Ou alors : "Qu'auriez-vous aimé faire ?" Elle disait : "Ecrire."" Egérie de l'Art Ensemble of Chicago, à la Vieille Grille, en 1969, Brigitte Fontaine déteste le jazz. Enfin, elle le proclame très fort. Mais alors, le texte que Sagan consacre à Billie Holiday ? "Mais ça n'a rien à voir. Billie Holiday reste LA PLUS GRANDE de tous les temps et de tous les pays."
Beaucoup d'amour dans l'album, beaucoup d'amour pour les êtres, les objets, la lune. "En revanche, je hais l'odieux café au lait, le vil Orangina, l'affreux Coca-Cola, la bière plébéienne." Et Delta, ce blason personnel qu'elle décline en se rêvant, et qui fait frissonner ? "J'avais commencé dans le genre : j'ai un cou de crapaud, des dents de pierre tombale, etc. Tout le monde m'a dit : non, pas ça ! Alors j'ai fait l'inverse : "J'ai un joli delta/Un ventre de cobra/Des poignets de Kanak/Des chevilles de yak/Ma croupe de pur-sang/Fait rêver les enfants…""
La dernière chanson, la plus longue, déchirante, s'intitule Père. Longue déclaration qui répond à ses chansons anciennes : "L'amour, c'est ce que tout le monde sait ce que c'est sans avoir besoin de faire un dessin."
Depuis Maman j'ai peur, en passant par Cet enfant que je t'avais fait ou le mythique Comme à la radio avec l'Art Ensemble of Chicago (Saravah, 1969), on a su que la liberté n'a pas de prix. Le vérifier fait encore peur.


//www.lemonde.fr/culture/article/2013/09/22/brigitte-fontaine-fidele-a-elle-meme_3482480_3246.html






"Reflets et crudité" :

un portrait, libre et impertinent, de Brigitte Fontaine
Le Monde.fr | 01.10.2013 Par Sandrine Marques
C'est sous l'autorité de Brigitte Fontaine qu'on aurait voulu écrire cette critique, histoire de ne pas la froisser, avec de regrettables approximations. Car au début du documentaire que lui consacrent les journalistes Thomas Bartel et Benoît Mouchart, la chanteuse passe à la moulinette un portrait d'elle, paru dans la presse. "Cette Bretonne vient à Paris à l'âge de dix-sept ans pour être comédienne", lui lit Benoît Mouchart, à l'occasion d'une cocasse entrée en matière. Eventail à la main, Brigitte Fontaine marque une courte pause, avant de lancer : "Je l'étais avant mais ce n'est pas grave."
Et de poursuivre sur le même mode tatillon, en affirmant que Jacques Higelin, avec qui elle collabora après avoir abandonné le théâtre pour la chanson, n'est pas son "complice" car selon elle, "cela donne l'impression qu'on a commis des forfaits !". Elle sort de ses gonds tout à fait quand l'article évoque la nationalité "kabyle" du musicien Areski Belkacem, son époux et compositeur sur la plupart de ses albums. "Pourquoi kabyle ? C'est un musicien. Il est kabyle, ok. Et alors ? Pourquoi on ne dit pas le chanteur belge, alsacien Jacques Higelin ?"
UN TON LIBRE ET IMPERTINENT
Le ton du documentaire est donné, libre et impertinent, grâce à cette amusante séquence introductive. Elle présente le "personnage" Brigitte Fontaine, sans les pesanteurs académiques propres au portrait. Sous l'influence de l'artiste rebelle qu'ils accompagnent, les deux auteurs bousculent à leur tour les conventions. Ici, point de voix off pour égrener la biographie sur fond d'images d'archive. Benoît Mouchart et Thomas Bartel n'abusent pas davantage du classique dispositif questions-réponses, trop sclérosant pour une personnalité affranchie et bondissante comme Brigitte Fontaine. Ils ont compris que cette fabuliste des temps modernes était irréductible, autant qu'allergique, à toute forme de catégorisation.
Leur film se met au diapason de la divine diva qu'ils filment dans son environnement naturel, comme on peut le dire d'un animal sauvage. Ce qu'elle est également un peu. Ne chantait-elle pas d'ailleurs, dans Brigitte, une chanson qui date de 1972 : "Brigitte, toujours au fond des cafés, comme au fond des bois. Tu ne veux pas qu'on te voit. Pourquoi ?" Acceptant précisément pour la première fois qu'on la "voie", Brigitte Fontaine assène vérités métaphysiques, déclame absurdités cosmogoniques et confirme son statut d'artiste iconique. Avec ses aphorismes souverains, son irrévérence majestueuse, la belle insoumise se livre à travers une série de confessions déstabilisantes, pleines d'humour et de profondeur.
UN PORTRAIT IMPRESSIONNISTE
Thomas Bartel et Benoît Mouchart privilégient le portrait impressionniste, au mépris du simple exercice pédagogique. C'est là la vertu de ce film que de raconter Brigitte Fontaine, à travers des extraits de ses spectacles, mais surtout à travers ses discussions avec sa "famille". On la voit ainsi converser avec Georges Moustaki, assise sur un banc, enregistrer avec son alter ego déjanté Philippe Katerine, danser dans la rue avec Jacques Higelin, prendre l'air à la terrasse d'un café de l'Ile Saint Louis où elle a ses habitudes.
Regarder Brigitte Fontaine vivre, aimer, chanter et être à l'aise dans semblable exercice de dévoilement, contribue à la réussite d'un film qu'elle contamine de sa liberté folle. Au moment où sort son nouvel album intitulé J'ai l'honneur d'être, Brigitte Fontaine est précisément à l'honneur dans ce documentaire, drôle et intelligent.


//www.lemonde.fr/culture/article/2013/10/01/reflets-et-crudite-un-portrait-libre-et-impertinent-de-brigitte-fontaine_3487409_3246.html







Brigitte Fontaine – J’ai l’honneur d’être
Par Killer Queen Dimanche 29 septembre 2013

En 1968, la question était posée quant à savoir si Brigitte Fontaine était folle. Au bout de cinquante ans de carrière comptabilisant une vingtaine d’albums et quasiment autant de livres, la réponse n’est toujours pas si tranchée.
Certes, Brigitte Fontaine reste pour beaucoup la vieille Bretonne azimutée au regard d’aigle et au crâne rasé ‘qui ous encule, avec [s]on look de libellule’, et qui ‘fume à [s]‘en relever la nuit’. Les plus connaisseurs se souviennent sans doute de ses ébats musicaux décalés avec Jacques Higelin, Mathieu Chédid ou Étienne Daho, entre autres, ou de ses prises de position de féministe libre. Mais n’y a t-il donc que cela ? Loin s’en faut.
Brigitte Fontaine est une artiste. C’est là toute la classe et la grâce de ce nouvel album J’ai l’honneur d’être, nouveau maillon d’une carrière très riche. Fantasque et allumée, baladant sa carcasse excentrique sans retenue, la sage sorcière équilibriste réussit depuis toujours à avoir un pied dans la lune et l’autre solidement ancré sur la Terre, dans la terre. Et, comme dans les albums précédents, c’est souvent au fond des morceaux les plus légers ou poétiques que se cachent les pépites les plus suaves voire érotiques (ce joli « Delta » si délicatement décrit) comme les plus brutes et acerbes, notamment sur la vacuité des mondanités (« Dîner en ville »).
Brigitte Fontaine est différente. Alors évidemment, tout a déjà été dit mille et une fois sur la dame. Qu’elle était givrée, rouge, dérangeante, pénible, géniale, baroque n roll… Mais ce qui est trop peu mis en avant, probablement car moins visuellement racoleur, c’est cette constante volonté de livrer des brûlots sociaux sur ses frères et sœurs à la dérive, sur les injustices quotidiennes. Ainsi ce « Crazy Horse » et son clip claustrophobe réalisé par Enki Bilal, rappelant cette sombre histoire d’une femme arrêtée puis incarcérée pour un vol de nourriture et de jouets destinés à ses enfants démunis, ou cette nouvelle charge anticléricale violente : ‘Au diable Dieu, ce vieux mafieux, roi des bigots, secte d’escrocs, de collabos, niqueurs d’ados, brûleurs de vierges, lécheurs de cierges’, qui ne pardonne rien au dogme et à ses suiveurs, sur un fond musical léger et pétillant. De même, un hommage en règle à la population homosexuelle haineusement malmenée dernièrement avec le très naturel « Les hommes préfèrent les hommes ».
Brigitte Fontaine est folle, en effet. De musique. À travers son amour immodéré pour les grosses guitares électriques saturées et lancinantes  (« Amour poubelle ») et les envolées virtuoses au piano (la perle sidérale « Sur un mer gelée »), Brigitte Fontaine fait évoluer son regard sur ce qui l’entoure, ce monde dont elle fait décidément partie, bien plus et bien plus fort que tous ceux qui la pensent hors du temps et piégée dans son image de druidesse d’un univers barré.
L’album J’ai l’honneur d’être est un recueil de chansons réalistes d’aujourd’hui entrecoupées de légèretés à picorer en se léchant le bout des doigts, à l’instar de « J’aime », à l’ambiance années trente bondissante.
Final surprenant, une ode à son père, extrêmement touchante et intime, inhabituelle et qu’elle a déjà annoncé ne pas avoir la force de porter sur scène.
Brigitte Fontaine est. Et qu’elle en soit louée.


//www.lesimmortels.com/blog/chronique-musicale/6240/2013/09/29/brigitte-fontaine-jai-lhonneur-detre-2013-universal-jazz/







Brigitte Fontaine "J'ai l'honneur d'être"


Brigitte Fontaine dans son dernier album J'ai l'honneur d'être fait la démonstration de son écriture plus acérée que jamais et d'une vigueur toujours plus neuve. Elle réussit une synthèse ambitieuse : parler de notre époque et quitter les rives pour rejoindre un continent universel de luxe et de volupté.
Notre demi-mondaine, notre clocharde princesse est resplendissante. Elle peint la laideur et la cruauté en poète et renverse les codes et les normes pour créer une profusion de sens et d'émotions. J'ai l'honneur d'être est une chronique détachée du temps, du présent à la bêtise au front de taureau comme dit Baudelaire. La traversée prend de nouvelles dimensions avec une bibliothèque sous la main. Baudelaire évidemment dans maintes évocations de préciosité, de dandysme dans une nature réenchantée et un désarroi d'Albatros aux ailes de géant. Brigitte veut des becs et pas des crocs, plus oiseau que mammifère, plus Icare que Minotaure. Les bals allument les désirs et le prétendant enflammé est gentiment éconduit : encore un Nemours qui reste sur le carreau : sa lettre brûlée avant que d'être lue. Rrose Selavy et les renoncements font aussi de bon roman, ah Princesse de Clèves bien prudente.
Nichée sur l'Ile Saint-Louis, elle est des beaux quartiers, enfin du bout des griffes, et au con d'Irène elle répond par un joli delta, blason/gazon de femme fatale au désir vivant. Les mots sont des bijoux indiscrets, dessous chics, dans le flou des gestes de Manet, le regard perçant. Brigitte nous parle de la permanence des mythes, en ciblant droit le système nerveux, fêtant le lexique, le français avec l'appétit d'une entomologiste. Un peu trop à l'étroit dans son époque, derrière une étiquette aussi petite qu'un timbre poste, Brigitte Fontaine a pourtant de quoi fasciner. Il suffit de s'arrêter sur "Les hommes préfèrent les hommes". Marivaux n'a pas dit autre chose dans l'Ile aux Esclaves. Car enfin nous avons des preuves : les photos des équipes de sport, de défilés/parades militaires, des conseils d'administration, du personnel politique, des groupes de rock, des enterrés au Panthéon, des collectifs d'artistes (surréalistes, Nouvelle Vague, Monty Python...).
Brigitte Fontaine est inflexible, incorruptible. Elle n'a jamais varié de ses principes : tendre avec les exclus et raide avec les escrocs. Elle ne dit pas autre chose dans "Au Diable Dieu", exaspération nuancée devant toutes ces guerres de chapelles et ces prétextes à la haine. Merle moqueur, merle railleur.
Cette exigence hors catégorie s'allie (avec deux ailes) à l'inventivité d'Areski Belkacem, qui compose et arrange la presque totalité de l'album. Jean-Jacques Vannier est venu apporter son coup de patte sur les deux titres : "La pythonisse" et "Les crocs", dans un respect profond pour l'univers de Brigitte Fontaine. Cette recherche formelle imprégnée des musiques du monde donne une saveur intemporelle à ce nouvel album.
J'ai l'honneur d'être est une oeuvre majeure. A bon entendeur.


//www.froggydelight.com/article-14104-Brigitte_Fontaine.html






Brigitte Fontaine délivrera son nouvel album "J'ai l'honneur d'être" le 16 septembre
Brigitte Fontaine est de retour ! La chanteuse déjantée et indémodable annonce la sortie le 16 septembre 2013 de son 18ème album "J'ai l'honneur d'être". Un disque de titres originaux, qui sera défendu en live dans la foulée. Un concert au Bataclan est prévu le 13 novembre et la billetterie est ouverte !

A 73 ans, Brigitte Fontaine a encore des choses à dire, et surtout à chanter. L'artiste et comédienne, dont l'univers très singulier ne laisse personne indifférent, sera de retour chez les disquaires le 16 septembre avec un nouvel opus, le 18ème, intitulé "J'ai l'honneur d'être". Ce disque succédera à "L'un n'empêche pas l'autre", sorti en 2011 et soutenu par les singles "Dancefloor" et "Gilles de la Tourette". Un album sur lequel plusieurs autres artistes de renom ont travaillé, comme Matthieu Chedid, vieux compagnon, Bertrand Cantat, Jacques Higelin et Arno. On ne sait pas de quoi sera fait "J'ai l'honneur d'être" à ce jour, si ce n'est qu'il fera l'objet d'une tournée. Brigitte Fontaine, qui s'est produite au Trianon en janvier 2012, chantera de nouveau dans la capitale le 13 novembre prochain. C'est dans la salle du Bataclan que le concert est programmé. La billetterie est ouverte, tout comme celle du concert prévu le 13 décembre au Théâtre Sébastopol de Lille.

Cependant, les auditeurs attentifs ont pu entendre quelques extraits de ce nouvel album au mois de février. Brigitte Fontaine a accordé une interview à France Inter, ouvrant par la même occasion les portes de son "Atelier de création". Pas moins de cinq chansons inédites ont été dévoilées. La première, dont le titre n'a pas été annoncé, évoque son père. On a pu également entendre "Au diable Dieu", qui écorne la religion, et "Les hommes préfèrent les hommes", dont le texte très explicite évoque la sodomie. L'artiste n'a pas froid aux yeux, comme toujours !

Dernièrement, Brigitte Fontaine a fait une prestation remarquée sur la scène du Centquatre à l'occasion de plusieurs concerts hommage à Alain Bashung les 29 et 30 mars. Avec Christophe Miossec et Albin de la Simone, Brigitte Fontaine a participé au spectacle "Dernières nouvelles de Frau Major", une pièce musicale écrite par Pierre Mikaïloffet Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, et dont la direction musicale a été confiée à Yan Péchin. Discrète mais relativement active, Brigitte Fontaine était présente à l’inhumation de Georges Moustaki au cimetière de Père Lachaise le mois dernier.

Jonathan HAMARD

//www.chartsinfrance.net/Brigitte-Fontaine/news-86158.html














22/12/2013
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