Alain YVER

Alain YVER

CHARLES BUKOWSKI

Charles Bukowski  "Hank"   (1920-1994)


CHARLES BUKOWSKI : J' ADORE CE TYPE, J' ADORE CE QU' IL A ÉCRIT. FO TOUT LIRE, C' EST PAS DUR. JE VOUS PARLERAI UN PEUT PLUS TARD DE John Fante, Jack London, Jack Kerouac, William Burroughs ect... À VOIR : Barfly de Barbet Schroeder avec Mickey Rourke, Faye Dunaway, et Factotum de Bent Hamer avec Matt Dillon. À LIRE Buk et les Beats par Jean François Duval.



UN DOCUMENT INDISPENSABLE





TOUT SUR BUK ICI
//membres.lycos.fr/jkerouac/Bukowski.htm

Vous trouverez sur ce site :
415 documents (photos, lectures, interviews, etc.)
//charlesbukowski.free.fr/index.html

L' OISEAU BLEU ( VIDÉO )
//www.dailymotion.com/video/x2t69r_loiseau-bleu-charles-bukowski

//fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Charles_Bukowski

 

  " QUAND J' ÉCRIS JE SUIS LE HÉROS DE MES CONNERIES "


            


Poète et romancier américain d'origine allemande, auteur d'une oeuvre largement autobiographique et provocante, notamment de L'amour est un chien de l'enfer.

Né à Andernach en Allemagne le 16 août 1920 d'un père américain et d'une mère allemande, Bukowski s'installe avec ses parents à Los Angeles en 1922, ses parents ayant l'espoir d'y faire fortune. Il passe une grande partie de sa jeunesse dans la pauvreté, son éducation se faisant de gifles en coups de lanière (jusqu'au jour où, complètement ivre, il mit son père KO), exerçant tour à tour les métiers de postier, de magasinier et d'employé de bureau. Il exerce une foule de petits métiers dont il se fait en général virer très rapidement. Misère et médiocrité, taule à l'occasion. Il n'arrive réellement à la littérature qu'à l'âge de 35 ans (il publie sa première histoire à 24 ans). Ecrivain extrêmement prolifique (il 'arrêtait d'écrire que pour boire et chercher une fille), il réussit à produire plus de 45 ouvrages de poésie et de prose avant de mourir, à l'âge de 73 ans entouré de Linda, sa dernière femme.

Même lorsqu'il eut embrassé la carrière d'écrivain, Bukowski resta toujours un marginal; il refusa de s'intégrer au monde des lettres, et continua à fréquenter les vagabonds et les ivrognes de sa jeunesse. La plupart de ses oeuvres furent publiées dans des brochures à tirage limité. Aux poèmes absurdes et provocants (L'amour est un chien de l'enfer, 1977; Viande de cheval, 1982) se joignent des romans (Postier, 1971; Women, 1978; Souvenirs d'un pas grand-chose, 1985) et des nouvelles comme Mémoires d'un vieux dégueulasse (1969) ou Contes de la folie ordinaire (1976), qui fut adapté au cinéma par Marco Ferreri (avec Ben Gazzara et Ornella Mutti).

Le style de Bukowski est nettement influencé par les écrivains de la beat generation (Ginsberg, Kerouac, ...), à tel point qu'il est parfois considéré comme appartenant à la seconde vague de ce mouvement. Mais Bukowski puise aussi la matière de ses livres dans sa propre existence : il décrit ses débuts difficiles, son alcoolisme, ses bagarres d'ivrognes. Ses personnages, à son image, sont des êtres désespérés, susceptibles d'accomplir à n'importe quel moment les actes les plus absurdes et les plus violents.

L'originalité de Bukowski réside dans sa façon d'écrire les détails crus de la misère et de l'isolement pour atteindre une poésie paradoxale. Sarcastique et âpre, il montre dans ses textes un certain humour noir, porteur malgré tout d'une lueur d'espoir. Pulp, son ultime roman, est un hommage aux polars, alors que Mémoires d'un vieux dégueulasse est un tumulte où l'imprécation côtoie le rire. Bukowski meurt le 9 mars 1994 à San Diego.








                      POÈME



NÉS COMME ÇA, DANS ÇA,
TANDIS QUE LES VISAGES BLAFARDS SOURIENT,
TANDIS QUE LA MORT RIT,
TANDIS QUE LES PAYSAGES POLITIQUES S' ÉVANOUISSENT,
TANDIS QUE LE POISSON GRAS CRACHE SA PRIE GRASSE.


ON EST NÉS COMME ÇA, DANS ÇA,
DANS LES HÔPITAUX TELLEMENT CHERS,
QUE C' EST PLUS ÉCONOMIQUE DE MOURIR,
LES AVOCATS FACTURENT TELLEMENT,
QUE C' EST PLUS ÉCONOMIQUE DE PLAIDER COUPABLE,
UN PAYS OU LES PRISONS SONT PLEINES,
ET LES ASILES DE FOUS SONT FERMÉS,
UN ENDROIT OU LES MASSES ÉLÈVENT DES IMBÉCILES,
AU RANG DE RICHES HÉROS.


NÉS DANS ÇA, MARCHAND ET VIVANT DANS ÇA,
MOURANT À CAUSE DE ÇA,
CASTRÉS, DÉBAUCHÉS, DÉSHÉRITÉS,
À CAUSE DE ÇA.


LES DOIGTS SE TENDENT VERS UN DIEU IMPASSIBLE,
LES DOIGTS SE TENDENT VERS LA BOUTEILLE,
LE CACHET, LA POUDRE.
ON ESR NÉS DANS LA TRISTE MORTALITÉ.
IL Y AURA DES MEURTRES IMPUNIS DANS LES RUES.
IL Y AURA DES ARMES ET DES BANDES ERRANTES.
LA TERRE SERA IMPUISSANTE.
LA NOURRITURE SERA UNE RÉCOMPENSE DE PLUS EN PLUS RARE.
LE POUVOIR NUCLÉAIRE SERA AUX MAINS DE LA MAJORITÉ.
DES EXPLOSIONS SECOUERONT CONTINUELLEMENT LA TERRE.
DES HOMMES IRRADIÉS MANGERONT LA CHAIR D' HOMME IRRADIÉS.
LES CORPS EN PUTRÉFACTION D' HOMME ET D' ANIMAUX
PUERONT DANS LE VENT,
ET IL Y AURA LE PLUS BEAU SILENCE QU' ON AIT JAMAIS ENTENDU.


NÉS DE ÇA, LE SOLEIL CACHÉ LÀ-BAS,
DANS L' ATTENTE DU CHAPITRE SUIVANT.




Charles Bukowski (1920-1994)
 
Scénario rebattu: un nouvel écrivain apparaît. Son écriture ne respecte ni les conventions ni les modèles littéraires en cours. Il choque. On lui reproche son style, sa grossièreté, sa vulgarité. Bien sûr, au début, cet auteur ne trouve des débouchés que dans l'auto-publication ou les magazines à tirage confidentiel. Puis la rumeur se répand chez des lecteurs qu'attirent la vie et la nouveauté qui émanent de cette nouvelle voix. Malgré une popularité et une influence grandissantes, les critiques, les professeurs et les éditeurs reconnus refusent de le consacrer. On ne peut pas le prendre au sérieux. Après sa mort, des articles, des essais, des livres, commencent à s'intéresser au phénomène. Les oeuvres de l'auteur apparaissent dans les anthologies et on l'enseigne à l'université.
 
La carrière littéraire de Charles Bukowski suit ce scénario réplique par réplique. Après avoir été consciencieusement ignoré, méprisé, voire voué aux enfers des bibliothèques, il est maintenant considéré comme l'une des figures majeures de la littérature américaine.
 
Né en 1920 à Andernach, en Allemagne, Charles Bukowski part pour Los Angeles dans les bagages de ses parents à l'âge de deux ans. C'est la Grande Dépression, et le père de Bukowski déverse sa frustration sur son fils, maniant une pédagogie à base de fouet. Adolescent solitaire, isolé par une acnée qui le défigure, Bukowski se plonge dans les livres et l'écriture, jusqu'à la rupture avec sa famille. Il survit alors, de petits boulots en appartements minables, de cuites mémorables en tentatives infructueuses pour se faire éditer. C'est à 35 ans, après le conseil d'un médecin de cesser de boire sous peine de mourir, qu'il change de vie: il prend un travail régulier de postier, écrit frénétiquement. Peu à peu, ses poèmes et ses nouvelles paraissent dans la presse underground, puis chez des éditeurs marginaux. A partir des années 70, il se consacre uniquement à l'écriture (ainsi qu'au sexe et à l'alcool, car, comme il le dit: "un homme doit être soigneux sur la façon dont il mélange l'alcool et le sexe.")
 
Le succès vient d'abord en Europe, avec la traduction de ses Notes of a Dirty Old Man ("Mémoires d'un vieux dégueulasse") dans la très confidentielle collection "Speed 17" des Humanoïdes Associés, mais surtout avec ses Contes de la Folie Ordinaire en 1977.
 
Il a l'insigne privilège d'être, en 1978, renvoyé en direct, et ivre-mort, du plateau d'Apostrophes, l'émission littéraire de Bernard Pivot. On peut d'ailleurs se demander si, au nom du dieu Audimat, Bukowski n'a pas été victime d'un traquenard peu élégant. On sait que le scandale fait de l'audience - et les assistants de Bernard Pivot ne se privent pas, avant l'émission, de faire boire un Bukowski dont la réputation de poivrot n'est plus à faire. Il est facile, après, de l'expédier, ivre et insultant, hors de l'arène - non sans avoir fait de cette émission l'une des plus célèbres de la série.
 
Il reste de cette vie hasardeuse, de ces scandales plus ou moins légendaires, des livres: Mémoires d'un vieux dégueulasse, Contes de la Folie Ordinaire, Le Postier, L'Amour est un chien de l'enfer, un style direct, cru, qui ne sauve pas les apparences, une tendresse qui n'est ni volupté ni amour, mais celle que l'on peut trouver la nuit, dans une chambre d'hôtel ou un bar, quand les néons éclairent la détresse. Charles Bukowski est l'homme de ces moments là.
 
 
Folie Ordinaire, le site de Brakc sur Charles Bukowski.











Information publiée le samedi 9 février 2008 par Matthieu Vernet)


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Charles Buchowski. Une vie de fou

Howard Sounes

Monaco : Editions du Rocher, coll. "Le serpent à plumes", 2008.

- 396 pages
- 23.00€
- ISBN 978 2 268 06426 0

Présentation de l'éditeur

Charles Bukowski (1920-1994) demeure l'un des auteurs américains contemporains les plus lus depuis trente ans. Révélé au début des années 1970 par son roman Le Postier et ses chroniques recueillies dans les Mémoires d'un vieux dégueulasse (en France, il faut attendre 1978 et son scandale à Apostrophes), il devient l'une des icônes de la littérature américaine, dont l'influence sur ses pairs sera considérable et dépassera largement le milieu littéraire. Alcoolique, provocateur et punk avant l'heure, il fit de sa vie et de ses frasques la matière de son œuvre, non sans parfois arranger la réalité à sa manière. Courtisé par le cinéma dans les années 1980 (Contes de la folie ordinaire de Marco Ferreri, et surtout Barfly de Barbet Shroeder avec Mickey Rourke et Faye Dunaway), il poursuivra une œuvre romanesque et poétique largement autobiographique jusqu'à la fin de sa vie.

Ce livre paru en 1998 et inédit en France est la biographie de référence sur Charles Bukowski. L'Anglais Howard Sounes a mené une véritable enquête longue de plusieurs années auprès de la famille, des proches, des amis et des maîtresses de Bukowski. De son enfance sous la coupe d'un père violent aux années de vaches maigres, d'alcool et de petits boulots, des premières publications poétiques au succès international qui le mènera jusqu'à Hollywood (où il fréquentera Sean Penn, Madonna ou encore Bono du groupe U2), Sounes retrace la vie d'un homme convaincu très jeune, envers et contre tout, de sa vocation d'écrivain, et spécifiquement de poète. Loin de l'image du loser semi-clochardisé au succès tardif, on découvre ainsi que Bukowski fut édité dès 1946 dans une revue de poésie au côté de Sartre, Genet, Garcia Lorca et Henry Miller (alors qu'il prétendait n'avoir commencé à écrire qu'au milieu des années 1950), et qu'il publiera pas moins de douze recueils dans les années 1960, qui reçurent un accueil élogieux. On en apprend aussi plus sur la mystérieuse Jane Cooney Baker, sa première compagne, qui servit de modèle au personnage de Wanda, interprété par Faye Dunaway dans Barfly. On comprend surtout, à la lecture des nombreux poèmes et extraits de textes de Bukowski dont l'auteur émaille son récit, que Bukowski, en marge de courants comme la Beat Generation, fut l'un des grands poètes américains de son époque.
Riche d'une profusion de documents, lettres, textes et photographies inédits, de témoignages de personnalités tels Norman Mailer, Allen Ginsberg, Sean Penn, Mickey Rourke ou encore Robert Crumb, cette passionnante biographie se dévore comme un roman, émouvant et cocasse, parfois cru et excessif – bref, du pur Bukowski.


Url de référence :
//www.editionsdurocher.fr/ouvrage_rocher-494-Charles_Bukowski-EdR.html











auteur
titre
Les «Contes de la folie ordinaire», ou l'étude ethnologique,
entre cuite et cul, d'une certaine faune de la West Coast par celui qui descendait les feuillets aussi vite que les canettes de bière.

JEAN-FRANÇOIS FOGEL
13 octobre 1977

out paraît simple : Charles Bukowski est âgé, il a une gueule de vicelard, et publie le Bloc-notes d'un vieux dégueulasse dans le Los Angeles Free Press. Le territoire favori de sa prose s'étend dans les muqueuses les plus secrètes de l'organisme. Il n'y a plus qu'à dresser un procès-verbal pour attentat littéraire à la pudeur. Un délit à la mesure du saisissement de l'Amérique devant les poèmes et les écrits de cet ancien postier goûtant les délices de l'édition en livres de poche. Non que Bukowski soit plus salace ou plus lubrique que la cascade d'écrivains et de cinéastes qui bloquent la pendule des Etats-Unis à l'heure du sexe. Mais jamais personne, et pas même Miller, n'avait parlé si directement de la baise dans les grandes villes, entre des canettes de bière et des coussins de Skaï où la peau colle forcément un peu.



CHARLES BUKOWSKI.
1920-1994.
Ecrivain américain
né en Allemagne.
«Journal d'un vieux dégueulasse»,
«Contes de la folie ordinaire»,
«le Postier»,
«L 'Amour est un
chien de l'enfer».
Collection
de poche «Cahiers rouges» (Grasset).

D'abord, le mythe. Bukowski a bourlingué entre Atlantique et Pacifique. «J'ai fait une longue route, constate-t-il dans son premier roman, Post Office, pour un gars qui a travaillé dans les abattoirs, qui a traversé le pays avec des pilleurs de trains, qui a travaillé dans une fabrique de biscuits pour chiens, qui a dormi sur les bancs publics et qui a travaillé au pourboire dans une douzaine de villes.»

Inutile de reprendre les paysages traversés. Un seul compte : celui du visage de Bukowski. «Il y a une certaine beauté dans la laideur», avouait une dame à Alain Bombard, bouffi de plancton après sa dérive à travers l'Atlantique sur du caoutchouc vulcanisé. Que dire de Bukowski, le naufragé des métropoles américaines ? Ses chairs sont soufflées par l'alcool. Une maladie de sang a laissé des traces de brûlure sur ses pommettes. Quelques putes ont labouré ses joues à coups d'ongles. Et son nez ferait la fierté d'un marchand d'oignons de tulipes hollandais. C'est bulbeux, pétant de pus et de veinules à fleur d'épiderme. Un coup de rouge et on croirait Gugusse prêt à entrer en piste à Médrano. Bukowski n'est vraiment pas beau. Il a évidemment dû faire avec sa gueule, et aussi avec ses mains fines que remarquent tous ceux qui l'approchent. «Je dis aux femmes que mon visage, c'est mon expérience, et que mes mains sont mon âme, n'importe quoi pour qu'elles baissent leur culotte», plaisante Bukowski quand on détaille son anatomie. Pirouette de vieil écorché.

On va, ici, rapporter des propos fort intimes de Bukowski. Et sans aller plus loin, il convient de rendre hommage à Glenn Esterly, un journaliste de Los Angeles, qui a su les recueillir et les reproduire dans Rolling Stone. Ouvrez Atlantic Monthly, ou New York Review of Books, ou même Esquire ou le New Yorker, enfin l'une de ces vénérables revues qui fondent les réputations littéraires outre-Atlantique, et l'accablement vous saisit. On y parle de Bukowski bien sûr, mais avec cette effroyable sensation que l'œuvre est vue par un gars armé d'un télescope et qui se tient à des années-lumière du moindre texte. Glenn Esterly, lui, a eu de l'estomac pour travailler. Il est allé voir Bukowski avec des packs de bière et le désir de vider plus de canettes que l'écrivain. Il a perdu, bien sûr, mais a pu ramener des propos empreints de chaleur et de vapeur d'alcool qui collent mieux à l'œuvre du «vieux dégueulasse».

Devant Esterly, Bukowski a longuement vomi dans un parking avant de venir lire ses poèmes à un auditoire d'étudiants. Il a gagné la scène avec une Thermos pleine de vodka en confiant à l'auditoire, sur le ton admirable de fourberie des vrais alcoolos : «Ce sont des vitamines C, je dois prendre soin de ma santé.»

Et un petit poème. Et un petit coup de vodka. Et un petit bout de roman, dans ce style si direct et cru qui affole même les adolescents les moins tourmentés. C'était à la California State University : « Elle se jeta sur moi, et j'étais écrasé sous cent dix kilos de quelque chose qui était un peu moins qu'un ange. Sa bouche était au-dessus de moi et elle dégouttait de la bave et sentait l'oignon et le vin fermenté et le sperme de quatre cents mâles. Je lui ai fermé le bec et je l'ai virée. Avant que je bouge, elle était à nouveau sur moi. Elle m'agrippait les couilles avec les deux mains. Sa bouche s'ouvrait, sa tête descendait, elle me l'avait prise. [...] D'énormes bruits de succion résonnaient sur les murs et on entendait Mahler à la radio. Ma queue grossissait, s'empourprait, se couvrait de bave. Je pensais : si j'éjacule, je ne me le pardonnerai jamais...» Le coup de foudre existe chez Bukowski.

La vraie tendresse, qui ne se confond ni avec la volupté ni avec l'amour, on peut la trouver dans la nuit, à l'heure où les néons réchauffent les détresses. Bukowski est l'homme de ces instants et de ces lumières. La crudité de son langage constitue l'ultime clin d'œil du vrai dériveur urbain qui ne veut plus même sauver les apparences. La vie, il connaît : «Ce ne sont pas les grands événements qui envoient un homme à l'asile. La mort, il y est préparé, tout comme le meurtre, l'inceste, le vol, le feu, l'inondation. Non, c'est la succession continuelle des petites tragédies.»

Cet enchaînement d'accrocs qui vous foutent une existence en lambeaux, Bukowski en a eu sa part. Il y a l'enfance à Los Angeles de Charles Bukowski, né en Allemagne. Son père pratique une psychopédagogie fondée sur le maniement du fouet. Bukowski en tire un caractère renfermé, buté, avant de rompre avec son père. A 16 ans, quand on rentre bourré et que l'on gerbe sur la moquette du salon, on supporte difficilement de se faire mettre le nez dans le vomi. Une pêche sur papa Bukowski. Voilà pour le meurtre du père. Survient la fréquentation frénétique des bibliothèques. Lectures anarchiques, écrits à tous crins, et aucune publication. Bukowski laisse tomber la littérature à 25 ans et se tire. Petits boulots. Taules minables. Grosses cuites. Dix ans de maraude de job en job. Une liaison qui lui fait découvrir, enfin, la tendresse. La gueule qu'on supporte un peu mieux dans le miroir quand on se croit aimé. Et enfin, à 35 ans, un avertissement solennel des toubibs de cesser de boire sous peine de mort, une menace si sérieuse que seules des cuites quotidiennes peuvent dissiper l'angoisse.


SCANDALE CHEZ PIVOT
1977 marque la découverte en France, avec les «Contes de la folie ordinaire», de ce romancier californien.
Il aura le privilège,l'année suivante, d'être le seul invité de l'histoire d'«Apostrophes» à être viré en direct par Bernard Pivot, scandalisé par son inconduite.


Bukowski change pourtant de vie. Il trie le courrier la nuit et écrit chaque matin, sur fond de musique classique. Petit à petit, ses poèmes, ses nouvelles sont acceptés par la presse underground. Des éditeurs marginaux suivent. En 1970, Bukowski laisse tomber le courrier et se bloque derrière sa machine. Il écrit, il boit et il baise. «Un homme doit être soigneux sur la façon dont il mélange l'alcool et le sexe.» Bukowski surveille ce cocktail délicat dans son appartement à 105 dollars par mois de Western Avenue à Hollywood. Et aujourd'hui il a de quoi parvenir à un mélange harmonieux. Du pognon pour la bière et les alcools. Quant aux filles : «Elles préfèrent baiser des poètes plutôt que quoi que ce soit d'autre, même des bergers allemands. Si j'avais su ça plus tôt, j'aurais pas attendu d'avoir 35 ans pour commencer à écrire des poèmes.»

Sur sa sexualité, Bukowski est intarissable. A Esterly, il a confié entre deux gorgées : «Je suis pratiquement de la merde, mais mes jambes sont de la dynamite. Et mes couilles. J'ai des couilles franchement magnifiques. Je déconne pas : si ma queue était proportionnelle à mes couilles, je serais l'un des plus grands étalons de tous les temps. Mais en dehors de mes couilles, l'imagination est un élément clé.» Encore quelques canettes et Bukowski avoue sa découverte récente du cunnilingus. Rien n'est gratuit : «Cela prouve au moins une chose, qu'il n'est jamais trop tard pour un vieil homme qui veut apprendre de nouveaux trucs.»

L'homme qui tient ces aveux cliniques sur le sexe est évidemment un moraliste. Et Bukowski, conteur de la folie ordinaire, travaille dans le dénuement. Récits courts de vingt pages en plus. Style direct. C'est de la poésie et non du roman, selon sa définition : «La poésie en dit long, et c'est vite fait, la prose ne va pas loin et prend du temps.» Donc le poète Bukowski va au plus vite, esquive tout superflu et «tient» malgré tout le lecteur en frôlant le style télégraphique, tel ce début de nouvelle : «J'entends la sonnette. J'ouvre la fenêtre à côté de la porte, il fait nuit. Je demande, qui c'est ?»

Kerouac, et son écriture si spontanée qu'elle méritait d'être dégraissée, est loin. Le poète Bukowski a une expression autonome. Ce n'est ni la Beat Generation vingt ans après. Ni la SF anglaise ou américaine. C'est du Bukowski. Et sûrement pas du «Céline punk» comme le proclame un bandeau apposé sur les Contes de la folie ordinaire parus au Sagittaire. On songe avec douleur à l'élaboration de cette pub. «C'est bon ça, coco. Céline, c'est comme de la langue parlée, et le punk, c'est dans le coup actuellement, les épingles de nourrice, tout ça... ça fait vendre.» Quelle déprime de voir un bon ouvrage, à la traduction inspirée, affligé d'un label aussi fallacieux ! Bukowski devra boire un énorme coup pour oublier ça .



Je t'aime, Albert

Le grand Buk nous revient. Celui qui, fidèle à sa dive bouteille, représente désormais pour certains critiques ce que l'Amérique a fait de mieux depuis Faulkner et Hemingway. Dans ce recueil de trente-six nouvelles, on retrouve les thèmes et personnages des Contes et des Nouveaux Contes de la folie ordinaire. Mais on les retrouvera, tels qu'ils sont à jamais dans l'univers "bukowskien" : des hommes et des femmes tranquillement désespérés qui soudain commettent des actes qui semblent gratuits, et d'une immense violence. Un univers terrifiant, un style sarcastique et âpre, un humour noir, léger filet d'espoir généralement caché, qui n'apparaît que pour taquiner le lecteur, lui faire croire que Bukowski lui-même ne croit pas que les choses vont aussi mal qu'il le dit.






Je t'aime, Albert

C'est un recueil de 36 nouvelles généralement assez courtes, parues au départ dans diverses revues puis regroupées sous le titre de « Hot water Music » (Musique de l'eau chaude). Une série de petites histoires toutes simples en apparence, pleines de mélancolie ou de désespérance, dans la ligne des « Contes de la vie ordinaire », « Le postier » et surtout « Journal d'un vieux dégueulasse », mais un cran au dessous. Bukowski décrit de petites scènes de la vie quotidienne de personnages qui lui ressemblent tellement qu'on se demande si ce ne sont pas des tranches de sa propre vie (il utilise son pseudo « Chinaski » ou d'autres) Le personnage s'occupe accessoirement de lectures publiques de poésies et d'écriture, mais surtout d'alcool, de femmes et de paris sur les courses de chevaux. Tout est sinistre, glauque et souvent médiocre et se termine parfois carrément dans l'horreur la plus absolue. L'univers de Bukowski est assez terrifiant et n'est pas trop à conseiller si l'on n'a pas le moral ou si l'on cherche juste une lecture pour se détendre. Toutes les femmes sont des putains aux yeux charbonneux et au rouge à lèvre dégoulinant ; tous les hommes des obsédés sexuels ou des gogos…
Mais ce qui sauve le livre, c'est le style si particulier de l'auteur. Bukowski c'est Hemingway en moins verbeux, Céline sans les imprécations et Fante avec encore plus de noirceur et de désespérance. Avec des phrases d'une simplicité limpide, il va à l'essentiel. Il dit tout avec un minimum de mots. Il ne s'embarrasse d'aucune description, d'aucune explication, d'aucune des habituelles finasseries des romanciers de gare, il va droit à l'essentiel et fait mouche à tous les coups. Un petit reproche (je peux me le permettre car on a compris que je suis assez fan du phénomène) : pas mal de nouvelles tombent à plat avec des fins banales ou décevantes, ce qui montre que ces textes devaient être assez « alimentaires ». Si vous ne connaissez pas le génial poète alcoolique obsédé sexuel américain (mort en 1994), commencez plutôt par ses meilleurs titres (cités plus haut). Celui-ci vient en complément. Pour les aficionados









Souvenirs d'un pas grand-chose
(Grasset, 1992, 350 pages)
Quatrième de couverture

Dans Souvenirs d'un pas grand-chose, dédié à " tous les pères ", Bukowski passe sur le divan : il se raconte, sans délirer, tel qu'il fut, en commençant par le début. Un premier souvenir ? Allemagne, 1922. Et puis c'est l'arbre de Noël, des bougies, des oiseaux, une étoile. L'Amérique ? La Ford T de son père. L'école où il découvre la violence, la cruauté, l'injustice. Trop de saloperies à avaler d'un seul coup.






Souvenirs d'un pas grand-chose

Bukowski n'a rien oublié : ni la violence, ni la douleur des premières années de sa vie. Il parle vrai et dur. Les coups reçus et donnés, les désespoirs d'un jeune homme laid qui n'a jamais la bonne « attitude », les mesquineries des petits débrouillards, la bouteille, la guerre qui se prépare et n'engloutira pas indistinctement tout le monde, tout cela est dit sans détour.
Le constat est effrayant, mais drôle : on sait rire aussi, que diable ! La machine à durer en verra bien d'autres, c'est évident. Les outrances, ici, ne sont, après tout, que celles de la vie elle-même. Et puis l'émerveillement n'est jamais loin, même derrière le souvenir de jeunesse le plus cruel. Chez Bukowski, le cœur est tendre, mais bien accroché.







Souvenirs d'un pas grand-chose

Voici l'ouvrage le plus ambitieux de Bukowski. Une tentative autobiographique ratée mais passionnante.

On part du tout premier souvenir (celui d'un enfant caché sous la table au milieu des cris) jusqu'à une vie presque d'adulte. En fait, et c'est bien ce qui rend cette lecture compliquée, Hank va de son enfance jusqu'à la période racontée dans "Factotum", en sautant tous les passages narrés dans "Post-Office", que ses lecteurs connaissent déjà. Ce postulat un peu tordu posé et le récit fractionné clairement, la lecture n'en pati pas vraiment. A priori, je dirais que c'est LE livre qu'il faut lire pour s'initier à Bukowski. Parce que c'est celui où il dévoile pour la première fois sa face tendre, la réelle et touchante humanité qui n'était présente qu'en filigranes jusque là.

C'est également l'histoire d'un gamin qui découvre la littérature, et comprend que ce qu'il sent en lui de si différent depuis toujours, c'est ce potentiel, cette profonde nature d'écrivain. La naissance d'une passion qui devient peu à peu vocation...:

"Tourgueniev était un monsieur très sérieux, qui me faisait beaucoup rire. Parce que sa vérité dérangeait les autres. Et aussi parce que c'était la mienne, et qu'un monsieur d'une autre époque qui prononce la même vérité que vous, c'est forcément comique. Voilà comment tout a commencé. Je me suis dit qu'il y avait peut-être là encore un créneau à occuper." (Désolé la traduction est de mon cru, donc sans doute un peu "surtraduite"...)




N.B : Petit point agaçant, je trouve que le titre français est complètement nul. Ça sonne très mal, et franchement, quand on passe devant en librairie, on ne peut pas dire que ça accroche. Il faut dire que l'expression "Ham On Rye" est impossible à traduire littéralement... il existe néanmoins une expression française équivalente, "Du pain sur la planche", qui à mon sens reflète bien plus l'esprit du livre.



Le titre français du livre ment et dit la vérité à la fois. Souvenirs, oui - Bukowski se raconte, en partant de sa toute petite enfance à l'âge adulte (je ne peux pas être plus précise, parce que je ne sais pas quel âge a le héros, Chinaski, à la fin), et nous parle de son père, ultra-violent, qui passe sa vie à dénigrer son fils, il nous parle de l'école, où il se sent mal, des bagarres (passage obligé pour montrer qu'on est un dur, sinon, on est cuit), de son adolescence qui l'enfonce encore plus (une acnée monstrueuse recouvre son corps), il nous parle des bibliothèques et de l'alcool, ses deux refuges. Il parle aussi des femmes, partout, tout le temps, mais le jeune Henry Chinaski est trop laid pour les intéresser.

"Je ne savais plus si j'étais malheureux. Je me sentais bien trop mal pour l'être. On aurait dit que le monde entier s'était transformé en pelouse à tondre et que moi, je commençais seulement à m'y attaquer."

Je disais donc que le titre était mensonger, parce que le pas grand-chose est l'avis personnel du traducteur, Bukowski n'emploie jamais ces mots, et surtout : il n'est PAS un pas grand-chose. Ce fut mon premier roman du bonhomme, je n'avais jusque-là lu que des chroniques, poèmes et nouvelles, et forcément, ce n'est toujours pas aujourd'hui que je vais être dégoûtée de Bukowski... Il y a une humanité incroyable dans ce bouquin, si Chinaski joue les durs, ce n'est que pour (sur)vivre, mais au fond, c'est juste un gars paumé, malheureux, seul. Mais l'humour est présent aussi - Bukowski est tellement intelligent qu'il est forcément (très) touchant et (très) drôle.

"- Tes parents te donnent pas beaucoup d'amour, c'est ça?
- C'est pas un truc dont j'ai besoin, lui renvoyai-je.
- Voyons, Henry : l'amour, tout le monde en a besoin.
- Moi, j'ai besoin de rien.
- Pauvre petit."

Je n'aurais pas aimé découvrir Bukowski à travers ce livre, parce que j'ai l'impression qu'il faut connaître un peu le personnage avant de se lancer dans ce récit de sa vie... J'avais débuté ma découverte par "Journal d'un vieux dégueulasse", et au moins, ça permet d'entrer dans le bain bukowskien d'emblée... j'ai d'ailleurs retrouvé dans "Souvenirs d'un pas grand-chose" des épisodes que Bukowski avait racontés ailleurs.

Je m'embrouille... Bukowski écrit comme il vit, sans arrondir les angles, c'est un détail qui a son importance, puisqu'il emploie un vocabulaire très cru, mais pourtant, je ne le trouve pas vulgaire. C'est juste violent, Buk nous dit à chaque page qu'il ne sait pas comment on fait pour vivre, et qu'à partir de là, à part écluser des litres de vin bon marché, qu'est-ce qu'on peut faire?

"Je m'assis sur le canapé. Se soûler était agréable. Je décidai que j'aimerais toujours me soûler. Ça faisait disparaître ce qui était évident et peut-être qu'en réussissant à se tenir assez longtemps loin des évidences on évitait d'en devenir une soi-même."

Là, pour le coup, c'est la souffrance qui permet à Bukowski d'écrire, et c'est l'écriture qui le maintient en vie...

"Tu te caches la réalité, c'est tout, reprit Becker.
- Et alors?
- Et alors tu seras jamais un écrivain si tu continues comme ça.
- Mais qu'est-ce qu'il te prend? Comme si les écrivains, ils faisaient jamais autre chose!"

Des personnages attachants rôdent autour du petit Chinaski, je ne parlerai que de sa mère, qui personnellement me fend royalement le coeur : mariée avec un homme qui passe des heures à battre leur gosse, mère d'un enfant qu'elle aime, mais qu'elle ne peut pas comprendre ni aider... Une femme qui a dû se taire toute sa vie, à se demander si elle a elle-même réussi à sourire un jour.

"Mais enfin, Henry, me demandait ma mère, t'as donc pas envie d'être heureux? Jamais un sourire. Mais souris donc! Sois heureux!"

Bukowski nous donne des claques, et pourtant, on a envie de le prendre dans nos bras. Et franchement, c'est pas maintenant que je vais arrêter de le lire!



Il s'agit en effet du récit de la vie de Bukowski de l'enfance jusqu'à l'âge de jeune adulte ayant quitté le domicile familial et devant se débrouiller tout seul pour survivre, et commençant à écrire.

C'est un récit extrêmement fort, dans un langage très direct, cru parfois, mais en effet comme le dit Louve, jamais vulgaire, parce que tout simplement Bukowski arrive à transformer cette enfance et adolescence plutôt épouvantables en très grande littérature, où sans détours et sans surtout rendre tous ça plus présentable, il nous fait partager son univers intérieur, transfiguré par l'écriture.

J'ai été littéralement happée par ce récit, la force et l'intensité du style de l'auteur m'ont fasciné tout d'abord. Mais je dois avouer que vers la fin du livre, j'ai été de moins en moins touchée par le personnage, il commençait même à carrément m'agacer, je n'y ai pas trouvé l'humanité et la fragilité que d'autres lecteurs semblent y avoir vu, je l'ai trouvé franchement indifférent aux autres, s'enfermant de plus en plus dans son monde à lui et absolument insensible aux gens de son entourage. Trop froid finalement, trop détaché de tout.






Souvenirs d'un pas grand-chose

C'est une sorte d'autobiographie de Bukowski, de sa plus tendre enfance jusqu'à la déclaration de guerre de l'Amérique à l'Allemagne (biensûr Bukowski n'y participera pas...).
Je trouve ce récit assez émouvant tout de même car l'enfance de Buk est dur à vivre, son père commence à le battre à 6 ans et sa mère est complètement absente, l'école est une souffrance pour lui aussi, il ne semble attirer à lui que les rejetés, les tarés, les pervers et ce fait lui-même déjà considérer comme un marginale. A l'adolescence commence une acné ravageuse pour lui, alors il fait un trait jusqu'à ses 23 ans sur une possible relation avec une fille, son acné est tellement horrible qu'il se fait virer de son lycée par son directeur pour entamer un traitement inefficace. La suite est délectable, il sombre dans l'alcool, frappe son père et commence à écrire et lire quelques nouvelles. Son infidèle paternel républicains jusqu'à la moelle malgré une pauvreté qui touche toute les classes américaines dans ces années 30 fini par tomber sur une des ses nouvelles et Charles doit quitter à tout jamais le domicile parentale. L'aventure la plus nauséabonde qu'il soit s'ouvre alors à lui...







Contes de la folie ordinaire
de Charles Bukowski



Bukowski. Si ce nom n'évoque rien pour vous, peut-être une anecdote vous mettra-t-elle sur la piste ; chacun d'entre vous a probablement gâché une fois dans sa vie une soirée à voir « les 100 plus grandes anecdotes inédites », qui nous repassent les mêmes sempiternelles images, accompagnées des rires intelligents de quelque décérébré de service et, pour faire bonne mesure, d'une potiche quelconque. Bref, une des images couramment passée est celle de cet écrivain américain complètement torché chez ce brave Bernard Pivot, qui finit par quitter le plateau, bouteille à la main. Cet écrivain, c'est Bukowski. Le décor est planté.



Contes de la folie ordinaire
de Bukowski


Alcoolique, jouisseur, Bukowski n'est pas exactement le genre idéal. Père alcoolique, enfance chaotique, vie de misère et imbibée d'alcool. On passera les détails de sa vie pour le moins mouvementée et les flots d'insultes alcoolisées qu'il jette à la face des auditeurs occasionnels des lectures publiques. Il reste un des plus grands écrivains américains, en tout cas unique en son genre.

Ses écrits ne sont pas moins édulcorés que sa vie. Depuis le Journal d'un vieux dégueulasse à Women, son autobiographie pour le moins suggestive, Bukowski décrit comme personne la misère, le sexe, l'alcool, et, généralement, les trois ensemble. Phrases courtes et incisives, vocabulaire fleuri, aucune complaisance. Le narrateur est la plupart du temps un alter-ego de l'auteur, généralement nommé Bukowski, d'ailleurs. Une sorte de San-Antonio avec 3 grammes d'alcool dans le sang en plus et les expressions d'argot français en moins. Bukowski enchaîne avec talent des descriptions détachées des pires atrocités.

Les Contes de la folie ordinaire ayant pour titre original Erections, Ejaculations, Exhibitions and general tales of ordinary madness, on comprendra que cette œuvre ne fait pas exception. Il s'agit d'un recueil de vingt courtes nouvelles, toutes plus infectes et géniales que les autres, toutes dérangeantes. Certaines vont jusqu'à côtoyer le fantastique (Le petit ramoneur), d'autres sont des minuscules textes « coups de poing » (Comme au bon vieux temps décrit de minuscules histoires en 2 paragraphes dans une prison sordide).

Contes de la folie ordinaire de Bukowski

Toutes accrochent dès la première phrase, fût-elle d'une vulgarité extrême (pas de chaussettes). Carnets d'un suicidé en puissance est une nouvelle sans début ni fin réels, sans queue ni tête, sans fil narratif, sans réelle histoire, et pourtant, le texte est d'une puissance redoutable, accrocheur, on n'en demande pas plus. Bukowski ne perd pas de temps à introduire ses personnages, son histoire, il tranche dans le vif. Certaines, sans avoir recours à une vulgarité excessive, réussissent, en trois pages, à donner un profond sentiment de malaise (Autant qu'on veut). Quel que soit le biais utilisé, toutes y arrivent, d'ailleurs.

Cela est pour beaucoup dû aux fins des nouvelles, fins totalement ouvertes, laissant retomber une histoire et en commençant une autre. Certaines histoires se terminent simplement sur un « Et vous, qu'auriez-vous fait ? », ou encore un simple « Mouais. » Sans pour autant donner une impression d'inachevé. Simplement, ça finit comme ça, on passe d'une histoire sordide et miséreuse à une autre, avec autant de sexe et d'alcool. Un style particulier, vous l'aurez compris, qui ne plaira peut-être pas à tous. Mais original et fort, sans aucun doute. Grand classique à avoir lu dans sa vie, les coutres histoires des Contes de la folie ordinaire constituent sans nul doute une introduction parfaite à Bukowski.

Bukowski est mort en 1994 d'une leucémie, et Wikipédia nous apprend qu'est écrite sur sa tombe l'inscription DON'T TRY.



4ème de couverture

" Quelles raisons à ce livre? Le pur plaisir de retrouver Buk et la Beat Generation, de se plonger un peu dans leur légende, à l'heure où tout ce mouvement fait l'objet d'un regain d'attention aux Etats-Unis, en France et ailleurs. Le plaisir aussi de retrouver Charles Bukowski, auteur culte dont la renommée ne cesse de grandir en Europe, comme de l'autre côté de l'Atlantique - où l'on n'hésite plus à le comparer, question stature, à Hemingway. Le plaisir enfin de décortiquer les liens et les contradictions entre Bukowski et la constellation Beat, faite de haine, de ressentiment et, parfois, de quelque admiration, entre les enfants terribles de la littérature américaine.

Jean-François Duval, écrivain et grand reporter, nous livre ici un essai inspiré accompagné d'une bibliographie, d'un Who's Who exhaustifs et de quelque 80 illustrations originales. L'essai se clôt par une interview inédite - Un soir chez Buk - réalisée, le verre à la main, en février 1986, au domicile de Bukowski à San Pedro. Une petite pièce de théâtre à elle toute seule, avec les coups de gueule de l'écrivain, ses souvenirs et ses défaites quotidiennes. Un moment rare. "

Intro

(Février 1986, chez Buk, à San Pedro, Californie, en compagnie de sa femme Linda Lee.)

La rencontre a lieu un lundi soir. Quelques semaines plus tôt, de l'autre côté de l'océan, nous avions reçu une carte de Buk, avec ces simples mots, tapés à la machine: Interview o.k. Skim over Hades. C'est à dire, à peu près: D'accord pour l'interview. Glissez sur la surface du fleuve Hadès... La carte était accompagnée d'un petit dessin marrant comme Buk a l'habitude d'en faire. Le dimanche soir, j'avais appelé depuis mon hôtel - le postmoderne Western Bonaventure - pour être bien sûr que ça jouait toujours, notre rendez-vous, demain, à 2 p.m. C'est Linda Lee, sa femme, qui avait répondu: Buk, après tout, préférait qu'on vienne à 8 p.m., ce serait mieux... Mieux? Okay. Et le lendemain soir à la sortie de l'hôtel, nuit déjà tombée - nous sommes en février - un chauffeur de limousine désœuvré nous propose son véhicule long comme trois Cadillac pour le prix d'un simple cab, et c'est en grand équipage, avec bar, salon et TV, que nous débarquons à San Pedro, devant la maison de l'ex-bum le plus célèbre de l'histoire de la littérature américaine, dissimulée par la verdure, où Charles Bukowski et Linda vivent depuis quelques années. Une allée bordée de rosiers pantagruéliques aux inquiétantes épines conduit jusqu'à la porte d'entrée, où il ne reste plus qu'à frapper: toc-toc-toc.
Combien de temps sommes-nous restés dans le living à peine éclairé par une bougie, Buk et moi sur le sofa, Linda, jeune, mince et belle, assise à même le sol, avec devant nous la table basse, où reposent la bouteille incarnat et les grands verres? Tout était silence alentour, à peine l'éclat par instants d'un ustensile dérangé par un chat. On voyait dehors les grands arbres bruisser. Et la soirée reste mémorable.


Extraits de l'interview

EXTRAIT No 1:

J.-F. D. - Hey! Il n'y a que la petite lumière de cette bougie allumée sur la table pour nous éclairer. Vous préférez l'obscurité?
LINDA BUKOWSKI. ? Oh! Cela vous dérange?

J.-F. D. - Oh, non, pas du tout.
LINDA. - Hank préfère généralement qu'il y ait peu de lumière...
CHARLES BUKOWSKI. - Seulement quand je bois...

J.-F. D.  - Au téléphone, hier soir, vous m'avez dit que vous préfériez que je vienne à huit heures p.m. plutôt qu'en début d'après-midi, comme nous l'avions d'abord prévu, ça a un sens, ça?
C. B. - Oh oui, ça en a un. Je ne suis pas du tout vivant pendant la journée. Durant tout le jour, je marche comme une chose morte. J'ai toujours été comme ça. Enfant, jusqu'à ce que le soleil se couche, j'étais sombre, je ne m'éclairais pas. Ma mère me disait: mais qu'est-ce qui se passe avec toi!? Tu ne fais rien avant qu'il fasse nuit, et alors tu te mets à bouger...   Alors voilà, je suis parent de la nuit. Elle est pour moi plus vivante, plus romantique, plus réelle que le jour. Le jour est si blanc qu'il m'en donne le vertige.  Je ne l'aime pas. Alors, c'était mieux que vous veniez le soir. Si vous étiez venu de jour, je serais simplement assis ici à vous dire: ... oui... okay...hon hon hon... Peut-être que c'est ce que je vais faire maintenant... (rires)

J.-F. D. - Et pas de nuit sans vin? Vous le préférez désormais à la bière?
C.B. - C'est le sang des dieux. Vous pouvez en boire beaucoup tout en restant relativement sain. Je buvais énormément de bière. Mais le vin est mieux.  Vous pouvez écrire trois, quatre heures... Le whisky est source de problèmes... Je n'en boirai pas tant que vous serez là, parce qu'alors je me sens devenir violent. Et quand je me sens devenir violent, je dois le prouver.

J.-F. D. - (rires) Ça vous arrive encore de devoir le prouver?
C.B. - (rugissements). Seulement quand je sens que ça devient nécessaire... Ça a toujours été comme ça.

J.-F. D. - (rire vaguement inquiet) Euh, que voulez-vous dire par "seulement quand c'est nécessaire"?
C. B. - Quand j'en ai envie, c'est nécessaire. Même si c'est injuste... Hé, mec, ne nous prenez pas trop au sérieux, Linda et moi!

J.-F. D. - La vie est une lutte du début à la fin?
C.B. - On le dirait. Mais je crois que le secret est dans l'allure. Lutter un peu, se reposer un peu... Se battre à nouveau...Trouver un rythme... Le rythme pour faire les choses.

J.-F. D. - Mais nous avons besoin de la lutte?
C. B. - C'est ce qu'on nous raconte. Et qu'il nous faut souffrir. Mais qui nous dit ça?... Tout ce que je veux, c'est du bonheur. Si je peux en avoir, je le prendrai vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mais je ne semble pas l'obtenir... D'autres questions?

J.-F. D. - (rires) Bien sûr! Nous n'en sommes qu'au début...

Ce fragment d'interview est extrait de: Jean-François Duval. Buk et les Beats, essai sur la Beat Generation, suivi d'Un Soir chez Buk, entretien inédit avec Charles Bukowski, Paris, éd., Michalon, 1998.

Avec l'autorisation de l'auteur. Tous droits réservés. © Jean-François Duval et et Editions Michalon.



EXTRAIT No 2:


J.-F. D. - Est-il vrai que dans les années trente, après la Grande Crise de 1929, vous avez sérieusement pensé à vous lancer dans des hold-ups à la Dillinger?
C. B. - Ça m'a traversé l'esprit, et vous ne pouvez jamais savoir dans quelle mesure une chose est vraie tant que vous ne l'avez pas faite.
Avant de faire quoi que ce soit, on y pense toujours un peu...  C'est déjà le commencement de la chose... Je crois que j'aurais fait un bon dévaliseur de banques.

J.-F. D. - Ah oui? Pourquoi?
C. B. - Parce que j'ai des tripes, de l'humour et du style (rires). Mais je ne pouvais trouver personne qui soit prêt à m'accompagner. Vous savez, deux ou trois bons gars. Ou même un seul.

J.-F. D. - (rires) Vous auriez dû me rencontrer...
C. B. - Oh, vous étiez probablement au berceau... Hey babe, tu veux attaquer la banque? Tiens, suce plutôt ton biberon (rires).... Bon, c'est juste pour rire. Vous n'avez pas une cigarette?

J.-F. D. - Désolé, je ne fume pas.
C. B. - Moi non plus. Mais j'espérais que...

Linda essaie d'en trouver

J.-F. D. - Pendant toute cette période de votre vie, vous avez préféré être isolé, caché, à boire votre vin?
C. B. - Il semble que je reçoive plus de bonheur quand je suis entre quatre murs que lorsque je vois des gens, ou que je les écoute, c'est tout.

J.-F. D. - Vous en êtes arrivé à apprécier la solitude plus que de vous mêler aux gens? Au commencement, la solitude est dure, puis on y devient si accoutumé qu'on ne sait plus vivre avec les autres, qu'on a besoin
d'elle?
C. B: - Well, pour moi, ça n'a jamais été dur d'être seul. C'était toujours mieux... Ça m'était naturel. Il y a des animaux qui creusent dans le sol, qui pénètrent  sous terre, qui vont underground, qui se sentent mieux seuls dans un trou. Je suis comme eux. C'est mon instinct naturel. Quand je suis seul, je charge mes batteries. Je construis.
C'est juste comme ça: je me sens bien... Alors, je n'ai jamais été seul. J'ai été déprimé, j'ai été suicidaire. Mais être seul, ça veut dire qu'une autre personne peut résoudre ton problème. Etre seul, ça veut dire que tu as besoin de quelque chose ou de quelqu'un: je n'ai jamais été seul dans ce sens-là. Je n'ai jamais eu l'impression que quelqu'un d'autre pouvait résoudre mon problème. J'ai toujours senti que je pouvais résoudre mon problème. Tout ce dont j'avais besoin, c'était de moi-même.

J.-F . D. - Et le suicide...
C. B. - Le suicide?

J.-F. D. - Oui, vous venez d'en parler, mais l'idée du suicide n'est pas
très présente dans votre oeuvre.
C. B. - Le suicide, c'est juste se laisser décourager par le jeu qu'on a en mains. Vous voudriez relancer les dés une seconde fois, tenter une nouvelle donne - parce qu'on sent bien que c'est un jeu. L'idée du suicide naît de là. L'ennui, c'est que vous devez vous trancher cette foutue gorge, c'est salissant, éprouvant. Un tas de pensées vous poussent au suicide, et un tas d'autres vous retiennent: hé! attends! peut-être que tu ne te la trancheras pas bien nette! Et que tu ne parleras plus qu'avec la moitié de la gueule pendant le restant de tes jours! Moi, c'est ce que je me disais: que je pourrais me retrouver dans une situation bien pire. Et ça, ça me redonnait toujours de la force.
Donc, j'ai fait mon choix contre le suicide. Enfin, je crois.

J.-F. D. - Certains devaient sentir cette force chez vous. Les seules personnes qui vous approchaient étaient des losers, des perdants, non? Vous les attiriez?
C.B. - Yeah. J'ai attiré quelques mauvais numéros, de vrais imbéciles. (à Linda) Comme Baldy, hein? Ça m'a pris une vie entière pour me débarrasser de certains...

J.-F. D. - Comment expliquez-vous ça?
C. B. - Ils trouvaient quelqu'un qui les nourrissait avec quelque chose.  Une sorte de force. Quelque chose qui les faisait sentir mieux. Alors, ils me collaient aux basques. Parfois, je disais: allez, casse-toi! marre de toi, lâche-moi les baskets!  Et ils se tiraient pendant un bout de temps. Puis ils revenaient... Les perdants semblent m'aimer. Peut-être parce que je les symbolise. Ou plutôt, que je symbolise un perdant qui ne s'est pas encore fichu en bas d'une falaise.... Je reçois des tas de lettres de gens qui sont en prison, en Nouvelle-Zélande, en Orient, en différents lieux... Ils aiment ce que j'écris. Un type de Nouvelle-Zélande... non, c'en était un d'Asie, me disait: vous êtes le seul écrivain que les détenus lisent ici, on se passe vos livres de cellule en cellule. Pour moi, c'est un grand
honneur. Parce que les gens les plus difficiles à duper sont toujours en enfer. C'est un bon gang qui me lit là-bas. Un gars, ça c'est le type de Nouvelle-Zélande, un garde lui dit un jour: tu me prêtes ton bouquin? Et lui, il lui hurle contre: NOOON!!!  BUKOWSKI N'AIMERAIT PAS ÇA! Le garde s'est tiré avec le rouge au front. Alors voilà, il y a des gardes et des prisonniers en Nouvelle-Zélande qui s'engueulent à cause de moi... Les losers ont tendance à m'aimer, oui. Et il y a même quelques gagnants qui commencent à m'aimer! Ça, ça me préoccupe, mais c'est une autre
histoire.

J.-F. D. - Vous vous sentez encore un perdant, vous-même?
C. B. - Je n'ai jamais été un perdant. Je perdais, simplement. (Claquement d'un briquet). Certains jours, je suis un perdant, et certains autres, je ne le suis pas - comme vous. Ça dépend de ce qui se passe ce jour-là, ou cette nuit-là. Aux courses, vous savez, chaque jour est différent... Et la vie est comme ça, certains jours je me sens un perdant, et certain jour un gagnant, et certains jours, je ne me sens fichtrement rien du tout... Buvons.

J.-F. D. - Si vous en avez assez, si vous êtes fatigué, dites-le moi.
C. B. - Oh, hell! Vous plaisantez! Moi, fatigué? Je peux parler pendant huit ou dix heures. Pourvu qu'il y ait assez de vin, je peux parler pendant des jours...

Ce fragment d'interview est extrait de: Jean-François Duval. Buk et les
Beats, essai sur la Beat Generation, suivi d'Un Soir chez Buk, entretien
inédit avec Charles Bukowski, Paris, éd., Michalon, 1998.

Avec l'autorisation de l'auteur. Tous droits réservés. © Jean-François
Duval et et Editions Michalon.

Jean-François DUVAL

Journaliste et écrivain, auteur d'une demi-douzaine de livres, dont le dernier paru est Boston Blues: routes de l'inattendu, paru chez Phébus en 2000 dans la collection "d'ailleurs". Jean François Duval a rencontré plusieurs acteurs de la mouvance beat (sur laquelle il a un autre ouvrage en chantier) comme Allen Ginsberg, Carolyn Cassady, Ken Kesey, Joyce Johnson, Timothy Leary, Anne Waldman. Jean-François Duval vit actuellement à Genève.

A lire l'interview donnée par Jean-François Duval à lors de la sortie de Buk et les Beats
//www.construire.ch/SOMMAIRE/9815/15entret.htm






Nouveaux contes de la folie ordinaire
(LGF - Livre de Poche, 1985, 315 pages)

Dans mon souvenir, les "nouveaux contes" étaient très supérieurs aux premiers... eh bien pour une fois, mes souvenirs étaient bons!

Il est forcément difficile de critiquer un recueil de nouvelles, je ne vais pas vous faire un "one by one" ce serait fastidieux pour tout le monde et qui plus est totalement inutile puisque comme dans tout recueil, il y a du bon et du moins bons, du génial même parfois - mais point de médiocre (pas dans celui-ci du moins). A plus forte raison dans ces vrais/faux "nouveaux contes" : en réalité, il s'agit d'une collection dont le principal maître d'oeuvre est l'éditeur de Bukowski, dans le but avoué de capitaliser sur le succès des premiers. C'est-à-dire qu'il n'y a pas réellement de ligne directrice dans ce livre-ci et qu'il regroupe des textes écrits entre 1965 et 1972, ce qui fait une sacrée marge. Certains ont été publiés dans des revues littéraires, d'autres au milieu de recueils de poésie comme "Crucifixion in Deathland", et d'autres encore ont été écrits pour les "premiers contes" et tenus à l'écart de leur édition définitive. Bref c'est un peu comme en musique, quand un artiste publie les chutes de studio de son album précédent! Sauf que bizarrement, ce côté dilettante, bordélique et j'menfoutiste va comme un gant à Hank. Hank, dont ce recueil marque d'ailleurs la naissance (c'est-à-dire que c'est le premier livre où Bukoswki/Chinaski se voit surnommé Hank).

Dans "New Tales Of Ordinary Madness", il y a des choses drôles, des choses horribles, et surtout beaucoup de choses horriblement drôles... les deux premières nouvelles font frôler le haut le coeur (notamment la mort atroce de Ramon Vasquez) et c'est là que je me dis que j'ai mal vieilli car bizarrement je n'ai pas souvenir que ces textes m'aient heurtés durant mon adolescence. Pourtant paradoxalement, les deux zonards nécrophages ou les deux blaireaux torturant l'ex-star du muet sont aussi pourris que terriblement attachants... Et que dire de la double apparition de son idole et rival Hemingway? totalement géniale et délirante : la première fois, Hemingway téléphone pour s'excuser, il ne pourra venir à leur rendez-vous parce qu'il est retenu ailleurs, il vient de mourir (et lâche au passage : "quand ils ont adoré mon "The old man and the sea" j'ai compris que l'humanité était cinglée"); la seconde il est bien vivant, et c'est Bukowski qui s'excuse de s'être envoyé sa femme la veille au soir!

Bukoswki est un genre d'éboueur : il est l'Eboueur de l'Humanité. Même pas par provocation, juste parce qu'il est comme ça : il parle de ce que les autres taisent, il jette un regard aussi lucide que cruel et hilarant sur le monde de fou qui l'entourent. Ça passe par des mésaventures tragi-comiques comme celle de l'araignée qui le fixe du regard et le stresse au point qu'il n'arrive pas à faire son caca... je sais, écrit par moi ça n'a aucun intérêt. Ça n'a même aucun intérêt écrit par qui que ce soit - exception faite de Bukowski. Ça passe aussi (surtout) par des moments poignants, cette incroyable humanité avec laquelle il traite les marginaux, les toxicos, les putes oeuvrant avec un crucifix au-dessus du lit, les pauvres qui crèvent de la tuberculose dans les hôpitaux parce qu'ils n'ont pas les moyens de s'offrir les soins nécessaires (je peux vous dire que quand on repense à certains évènements récents, l'ouragan Katrina en tête, ça n'a pas vieilli)...

Comme toujours, il y a Bukowski côté pile (la violence, la rage, les sentences définitives aux arrière-goûts de fin du monde) et Charles côté face (deux nouvelles où il évoque, sous couvert de fiction, sa toute récente paternité).

Un peu comme les deux faces de cette société occidentale sur laquelle il fait semblant de cracher tout en étant partie prenante.









BANDE DESSINÉE Charles Bukowski

Un pas grand-chose de génie

Dix ans tout juste après sa mort, les Editions Grasset commencent à publier les «Œuvres complètes» de l'Américain Charles Bukowski. On commence avec les contes et les nouvelles. Une magnifique occasion de se replonger dans l'univers de ce poivrot génial.

Charles Bukowski, un pas grand-chose peu ordinaire dont la vie et l'œuvre sont étroitement liées

«Un jour viendra où ils diront: "Bukowski est mort", je serai alors redécouvert, et on m'accrochera à quelque fronton illuminé. Et ça m'apportera quoi? Les vivants n'ont pas inventé plus stupide que l'immortalité. Alors, comprenez-vous pourquoi les courses me bottent? Tout y est tracé au cordeau. Entre l'épouvante et l'émerveillement.»
Dix ans, déjà, que Charles Bukowski ne hante plus les hippodromes, ne sirote plus de vin, ne caresse plus son Mac. Dix ans qu'il s'est échappé de ce monde de dingues pour accéder à cette immortalité raillée dans Le capitaine est parti déjeuné et les marins se sont emparés du bateau, son journal. Pour marquer cet anniversaire, les Editions Grasset entament la publication des œuvres complètes de l'écrivain et poète américain. Une sacrée bonne idée. Le premier t


31/12/2006
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