Alain YVER

Alain YVER

DAN FRANCK

DAN FRANCK




ENTREVUE
http://www.lexpress.fr/mag/arts/dossier/proust/dossier.asp?ida=390415


Biographie de Dan Franck

Après des études de sociologie à l'université de la Sorbonne, et quelques petits boulots, Dan Franck se consacre, depuis plus de vingt-cinq ans, à l'écriture. Prix du premier roman en 1980, avec 'Les Calendes grecques', il est aussi l'auteur de 'Le Petit Livre de l'orchestre et de ses instruments' ou 'Les Têtes de l'art'. Dan Franck écrit aussi à quatre mains, notamment avec Jean Vautrin ('Les Aventures de Boro reporter') ou Enki Bilal ('Un siècle d'amour'). Son plus célèbre roman reste à ce jour 'La Séparation', sur la rupture amoureuse, traduit en dix-sept langues et adapté au cinéma par Christian Vincent. Outre son activité d'écrivain, Dan Franck est aussi scénariste pour le cinéma et la télévision ('Jean Moulin', réalisé par Yves Boisset, prix du meilleur scénario de film de télévision au FIPA 2002).



Bohêmes
Dan Franck



    
par Michel Ostertag     

Pour tous ceux qui trouvent que la vie aujourd'hui est trop austère, trop emprunte de fatalité, "métro, boulot, dodo" où la folie dans la vie de tous les jours fait défaut, folie que la dureté de la vie a gommé quelque peu, un remède, mieux, une cure de bonheur existe, ce bienfait a un nom, un titre : "Bohèmes" de Dan Franck.
En près de 600 pages et plusieurs dizaines de chapitres, l'auteur fait revivre une époque, des lieux de Paris et des personnages. Une époque : le début du XXe siècle, la Grande Guerre et l'entre deux-guerres ; des lieux : d'abord Montmartre et son célèbre Bateau-Lavoir de la rue Ravignan, puis Montparnasse et La Ruche ; les personnages : ils ont pour nom Picasso, Braque, Max Jacob ou Apollinaire.
Pour nous, l'auteur a le talent, au fil des pages, de donner vie à tous ces personnages - semblables et différents à la fois - tous habités, tourmentés par l'œuvre portée en eux, tout en sachant goûter aux plaisirs de la vie. Il nous les rend attachants dans leur célébrité, mais aussi avec leur petitesse et leur égoïsme. Au fil des années leur mentalité se transforme, leur mode de vie change, avec l'argent qui coule à flot, on achète hôtel particulier, on roule en Bugatti, mais après tant d'années de misères certains ne sauront pas gérer cette nouvelle situation. Dan Franck nous montre les ravages de l'alcool mêlé à la drogue qui mènent jusqu'à la déchéance totale un Modigliani figure emblématique de cette époque. Nous entrons dans l'intimité de Picasso, au jour le jour, d'abord dans son galetas du Bateau-Lavoir, sans aucun confort, puant la misère et les premiers contrats avec les marchands, puis la consécration, quand l'américain Barnes, à sa première visite à Paris rafle toute sa production, l'apothéose avec son œuvre maîtresse : "Les demoiselles d'Avignon" et l'invention du cubisme. L'amitié créatrice qu'il entretient avec Georges Braque éclaire ces années riches en œuvres fondatrices de l'art nouveau, jusqu'au moment où Braque est mobilisé en 1914 pour partir au front quand l'artiste espagnol échappera à cette mobilisation du fait de son statut d'étranger. Leur amitié ne survivra pas à cette différence de traitement. De même l'amitié entre Picasso et Apollinaire finira tragiquement par la mort du poète en novembre 1918, victime de la grippe espagnole, lui qui, au front, avait survécu à une blessure à la tête et avait été trépané.
Maurice Utrillo, le fils de Suzanne Valadon, le compagnon aviné de Modigliani, survivra à la mort de son ami et ira d'une cure à l'autre en quête d'une désintoxication efficace et qui, finalement, sera sauvé par la seule peinture.
La vie à Montparnasse ne sera pas en reste de fêtes, carnavals, orgies. Une figure émergera, celle de Kiki surnommée "Kiki de Montparnasse", égérie et modèle, maîtresse (infidèle) de Man Ray et pilier des nuits chaudes de Montparnasse. Ces excentricité raviront les fêtards des cabarets du quartier, entourés des nouveaux venus, les artistes américains : Hemingway, Scott Fitzgerald. Ces deux-la passent leurs journées dans un bar de la rue Delambre, faisant de ce lieu comme une ambassade des américains à Paris. Pour se souvenir de ces bons moments Hemingway écrira "Paris est une fête".
Mais il ne faut pas oublier tous ces artistes venus de l'Est comme Soutine, Kikoïne et le sculpteur Zadkine. Il faut dire qu'à cette époque Paris opérait une réelle fascination sur tous les artistes à-travers l'Europe et qu'ils soient russes, polonais ou lituaniens, le rêve de tous était de venir s'installer soit à Montmartre soit à Montparnasse, quitte à connaître la plus noire des misères à l'exemple de Soutine qui est décrit ici comme celui qui fut le plus pauvre parmi les plus pauvres, qui connut la gloire et la fortune et qui vécut mal l'état d'homme riche, habité qu'il fut d'une rage destructive de sa propre œuvre rachetant - à bons prix - ses premiers tableaux pour ensuite les détruire, systématiquement, mû d'une sorte de folie inexplicable…
Ce livre s'appuie sur une abondante bibliographie, mémoires de ceux qui ont côtoyé de près ces artistes comme le marchand Kahnweiler, interviews de contemporains, œuvres d'historiens de l'art comme Pierre Daix.

Vous avez compris que ce livre m'a touché au point que je vante ses qualités à tous mes amis et je ne crois pas qu'ils regrettent sa lecture.
Je ne serais trop vous conseiller de vous plonger dans ce récit et dans savourer les nombreux instants de bonheur.



La suite de " bohême "  " Les années Montmartre, 1900-1920 "





19/08/2007
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