Alain YVER

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DANIEL DARC

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Le tour de son âme

Le journal de bord vidéo de Daniel Darc en tournée
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ENTREVUE SUR LA DROGUE
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DANIEL DARC ET JACNO
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portrait | 27 janvier 2012
Daniel Darc, dans une autre veine

Par SABRINA CHAMPENOIS
    
A 52 ans dont vingt de toxicomanie, l'ex-Taxi Girl plie mais ne rompt pas, croit toujours en Elvis, l'amour et Dieu.

Daniel Darc, dans la Taille de mon âme, son nouvel album : «Crade est Darc de temps en temps/ Darc est crade à chaque instant.» Ouh là ! Dans quel marigot s'est-on encore fourré, était-ce bien nécessaire en ces temps saturniens, d'aller à la rencontre d'un zombie cassé dedans dehors? Mais si. Parce que la Taille de mon âme plaît à la nôtre, et parce que Darc.
Rappel, pour les moins de 40, qui peuvent ne pas connaître: Daniel Darc est apparu sur les écrans radars hexagonaux en fin de Giscardie. Tête de pont de Taxi Girl, quintet parisien en rouge et noir qui fait entrer la cold wave dans les charts français, l'auteur-chanteur était aussi le beau gosse de l'affaire, petite frappe brune de 19 ans à regard noir défiant et lippe gourmande. Ecoulé à 300 000 exemplaires, le single Cherchez le garçon sera l'hymne de l'année 1980. Darc, à l'époque, sent déjà le soufre sinon la poudre. Il s'est notamment tailladé les veines live au Palace, en première partie des Talking Heads. Et la suite confirmera l'option destroy. Mort par overdose du batteur Pierre Wolfsohn. Sépulcral album Seppuku - «hara-kiri», en japonais. Scission qui aboutit au duo Darc-Mirwais (futur producteur à succès de Madonna) avant split définitif. Darc entame alors une carrière solo en dents de scie. Il est avant tout connu comme le loup blanc tox (dope, alcool). Au point que son come-back en 2004 avec Crève Cœur suscite de la «résurrection» à la pelle. Depuis, chaque article sur Darc convoque le champ lexical du miracle : «survivant», «revenant», «rescapé».
Il y a de ça. Darc est cabossé, bancal, sur scène émouvante tour de Pise. Mais au Polichinelle, son café-QG du XIe arrondissement où il donne rendez-vous, Darc est bien vivant. Adorable comme réputé, neurones moins fusillés qu'attendu. Pas besoin de mettre à exécution sa supplique : «Quand je te fais chier, tu m'arrêtes, hein, tu promets ?» Il a le débit fébrile, le ton nasillard et la digression facile, l'autodidacte Darc, fils d'un coupeur de fourrure et d'une comptable dans la confection, même pas titulaire du bac. Mais le lecteur avide, de la beat generation et de romans noirs américains notamment (Bruen, Bunker, Hammett…), est un bon conteur qui ne perd pas le fil, de sa propre histoire pour commencer. Avec un penchant pour l'autodérision qui rappelle C'est moi le printemps, morceau à succès de l'album en cours.
Darc dit pourtant d'emblée qu'il a la trouille, qu'en «phobique social», diagnostic établi à Montévidéo («la clinique [spécialisée dans l'addiction, ndlr], pas la ville»), il redoute la rencontre de nouvelles têtes, ou de faire face à plus d'une personne. Appréhension qu'il atténue par l'alcool. «Quand j'ai pas bu du tout, c'est une galère… T'inquiète pas, là, j'ai déjà pris une bière. A l'hôpital, ils m'ont filé des bêtabloquants mais ça empêche de bander, c'est tout ce que j'en ai retiré. Alors que la bière, ça agit comme des verres correcteurs.» Darc s'est aussi remis à boire, dit-il, par nécessité esthétique : «J'étais totalement clean depuis un an et demi mais je pesais 95 kilos - là, à 78-79 kilos, il faudrait que j'en perde encore dix… Je bouffais tout le temps, fallait bien remplacer une addiction par une autre.» Par moments hyperthéâtral, ange dark déchu à mort, DD a comme ça des saillies pragmatiques, qui l'aiguisent et le redressent, qui font dépasser le simple «attachant».
La dope, l'héroïne, qui lui ont valu un mois à Fleury-Mérogis pour deal, reste, assure-t-il, une affaire classée. Comment a-t-il décroché ? Pirouette : «Elle était devenue moins bonne ! Bon, y'a de ça, et puis j'ai eu une endocardite, le staphylocoque doré, une pleurésie, une septicémie, une hépatite…» Il y a un côté palmarès junkie dans l'énumération, à laquelle il faut ajouter 5 grammes d'héroïne par jour, une vingtaine d'overdoses, une chute de mezzanine briseuse de dos… Et Darc, quand on propose, «A un moment, vous étiez le chat noir de la chanson française», répond : «Oui, et j'aimais bien.» Mais quand il s'exclame : «Déjà, j'ai pas le sida !» Darc n'a plus rien d'autocomplaisant, plutôt cancre sidéré de décrocher une bonne note. Ce que le bad boy surtatoué fan d'Elvis se souhaite ? Ce qu'on se souhaite à son âge : «Vivre en bonne santé.» Et «ne plus traîner, faire un disque par an et le reste du temps, tourner». L'ex-anarchiste votera Hollande aux deux tours, acte raisonnable s'il en est. Darc ajoute : «L'époque est pourrie, molle, fait chier, mais en même temps, c'est la première fois que je suis avec une femme et que ça se passe si bien.» Darc alors pas du tout Vador, a l'air d'un jouvenceau débordant de poèmes. L'aimée Sophie passera, lumineuse et discrète, il demandera qu'on en dise le moins possible comme pour conjurer le mauvais sort.
La faute à pas de chance ? Darc n'a pas ce discours-là, ni celui de la nostalgie. S'il date son «hypertimidité» de l'enfance, gamin «dans son coin» jusqu'à ce qu'il fraie ado avec des bandes du XVIIIe, fils unique coincé entre une mère «hyperprotectrice» et un père «dur, d'abord avec lui-même», il souligne aussitôt le soutien jamais démenti de ses géniteurs. Originaire de Moulins, près de Vichy, la première est pendant l'Occupation tombé amoureuse d'«un mec de la Wehrmacht», médecin. Elle épousera après-guerre le second, juif d'ascendance russe dont la mère a disparu à Auschwitz après transit par le Vel d'Hiv'et Drancy… Association pour le moins binaire ou «clivante», diraient d'aucuns. Leur fils confirme dans un sourire, pas plus : «C'est ça, binaire.»
Sa mère est toujours vivante, malgré deux cancers. Son père est mort. C'est à son chevet, aux soins palliatifs, que Daniel Darc a rencontré une bonne sœur qui lui a donné envie de revenir à la religion. Le circoncis né Rozoum qui sollicita une éducation religieuse à ses parents qui n'en demandaient pas tant, qui se rêva rabbin, s'est fait baptiser protestant en 1997. Il lit depuis des extraits de la Bible sur scène, figure agenouillée dans une église sur la pochette de son album. Illuminé, Darc, après avoir été totalement piqué? Lui réfute la piste opium du peuple, produit de substitution. «Croire ne m'apporte pas concrètement quelque chose.» Il y trouve plutôt matière à élévation, à «faire des trucs biens» quand il se reproche d'avoir «fait du mal autour de moi, je baisais les femmes de mes potes, ce genre de trucs». Comme épitaphe, le porteur de croix huguenote choisirait: «Tout m'est permis mais tout ne m'est pas utile», du premier épitre de Paul aux Corinthiens.
Il habite un studio prêté par une tante, après avoir vécu en appartement thérapeutique. Il a «de quoi payer les charges, la bouffe», n'en demande pas plus, étrille les rappeurs et «leurs conneries bling-bling, nous, on s'en branlait du fric.» Il entonne Jungleland de Springsteen, c'est magnifique. Cabossé, repenti, vacillant, mais flamme intacte, Darc.
En 11 dates
20 mai 1959 Naissance à Paris.1978 Rejoint Taxi Girl. Novembre 1979 Se taille les veines sur scène. 1986 Fin de Taxi Girl. 1987 Sous influence divine, premier album solo. 1994 Nijinsky, prison. 1997 Conversion au protestantisme. 2004 Crève Cœur. 2008 Amours suprêmes. 2011 La Taille de mon âme (Sony/Jive Epic).27 janvier 2012 Début d'une tournée.









Interview
Daniel Darc - Le Survivant

Jeudi, 28 Juin 2012

On ne s'attend pas vraiment à voir Daniel Darc chanter sur la scène écrasée de soleil d'un festival d'été. Cette vision de Darc faisant face en plein jour à des milliers de braves festivaliers paraît quasiment impossible, tant l'ancien chanteur de Taxi Girl évoque des images de violence (le punk et le début des années 80), de défonce (quinze ans d'addiction à l'héroïne), de traversée du désert (de beaux disques solo passés inaperçus malgré une production signée Jacno ou Daho) ou d'austérité (sa récente conversion au protestantisme). Il va pourtant falloir s'y faire, et c'est tant mieux, car Darc (né Daniel Rozoum en 1959) défend en ce moment les couleurs de La Taille de mon Âme, son nouvel album solo, le troisième depuis son retour parmi les vivants. Brain Magazine se devait de faire le point avec cet artiste au parcours rock'n'roll et, heu, hors normes.
 
Le rendez-vous est calé dans un café de la rue de Charonne où il a ses habitudes. Il déboule avec plus de trente minutes de retard, s'excuse et m'entraîne dans l'arrière-salle. Ça sera plus calme si tu veux enregistrer, explique-t-il. Il commande à boire, précise qu'il attend un coup de fil de sa copine et que, quand il dira des choses qui sont off, il le signalera.
 
Comment ça se passe pour le disque ?
Daniel Darc : Bien, très bien, plus que je ne le pensais… Les ventes, je ne sais pas, faut voir avec la maison de disques. Par contre, j'ai plein de concerts et ils se passent bien. On alterne : dès fois, on est trois, je suis avec un violoncelle et un pianiste. D'autres fois, on est avec tout le groupe c'est-à-dire qu'il y a en plus un batteur, un guitariste et un bassiste. On fait des salles plus grandes quand il y a tout le groupe. On va faire des festivals aussi. De toute façon, le seul truc qui m'intéresse c'est tourner et faire mes disques, le reste du temps je me fais chier.
 
Dans une interview, tu disais n'avoir jamais été aussi « content » et non pas « heureux » puisque tu n'aimes pas ce mot. C'est dû à quoi ? (le téléphone sonne)
Daniel Darc : Attends, je regarde si c'est ma meuf… Bon, c'est pas elle ! C'est parce que je me suis débarrassé de mes addictions sauf de l'alcool, ça fait des vacances. Ça fait de l'argent en plus, enfin des découverts en moins plutôt. (rires) Je viens d'avoir 53 ans, la santé c'est plus ce que c'était, donc il faut que je fasse gaffe. Je suis trop vieux ou trop jeune pour mourir. Mourir à l'âge d'Hemingway, à l'âge auquel il s'est foutu une balle, c'est bien… Ou mourir quand t'as 27 ans c'est pas mal. Mais à 53 ans, c'est pas très classe, donc j'ai envie de vivre. Et j'ai une femme ! On est amoureux tous les deux… Ou alors elle me ment bien. Donc, je suis amoureux, je tourne, je fais des disques et je prépare le prochain album et voilà.
 
Quel genre de mec t'es dans la vie privée ?
Daniel Darc : Je suis une galère, je pense. Quand je suis amoureux, je suis peut-être moins galère ou peut-être plus, je ne sais pas. Il y a les bons et les mauvais côtés de mon âge : je bande moins vite pour les mauvais côtés. Dans les bon côtés, il y a que j'éjacule moins vite, que je ne suis pas jaloux pour des conneries et que si elle se barre, même si pour le moment elle ne se barre pas, je ne serai pas malheureux comme la pierre, je me dirai que ça arrive, voilà.
 
(Le serveur nous apporte nos bières, des Duvel à 8,5°) Daniel me tend sa bière pour trinquer…
Daniel Darc : Le Haïm ! (à votre santé en yiddish).
 
T'as envie d'arrêter l'alcool ?
Daniel Darc : Ouais, mais pas du tout parce que c'est bien de s'en débarrasser, ça j'en ai rien à foutre. Parce que j'ai une hépatite C et que pour le traitement, il faut arrêter de boire. Jusqu'à présent, il était hors de question d'arrêter. Mais en ce moment, je suis un traitement pour l'hépatite et de 8 à 10 litres de bière par jour plus une demi-bouteille de whisky, je suis passé à deux litres de bière…
 
4 pintes, pas mal.
Daniel Darc : Dix litres, c'était beaucoup…
 
Même pour un Anglais…
Daniel Darc : J'ai toujours eu la cote avec les Anglais dans les pubs parce que je bois plus qu'eux et que je joue mieux aux fléchettes qu'eux…
 
En parlant d'Anglais, tu as lu le livre de Keith Richards ?
Daniel Darc : Oui, j'ai adoré (radieux).
 
Quand il parle de son rapport avec la musique, tu te reconnais ?
Daniel Darc : Ah ouais, complètement. J'ai lu à peu près tout ce qui existe sur lui donc je vais peut-être citer des trucs qui ne sont pas dans son bouquin… J'adore quand il parle des bluesmen au début. J'adore aussi quand il parle de Jagger. Parfois, j'avais l'impression de lire des trucs sur Mirwais… J'aime bien aussi le passage où on lui demande s'il aime l'electro, tout ça. Il répond : file une guitare à ces mecs, qu'ils me jouent une chanson et on verra après… Je suis devenu un vieux con mais j'en ai conscience. Maintenant, je raisonne un peu comme les mecs qui avaient 53 ans quand le punk est arrivé. Je trouvais qu'ils disaient des conneries alors que maintenant je suis capable de dire les mêmes choses. Quand t'as une guitare acoustique ou un piano ou que tu chantes a capella et que tu peux jouer une chanson, si c'est une belle mélodie, elle sera bien quels que soient les arrangements.
 
Et quand Richards parle de l'héroïne, tu te reconnais ?
Daniel Darc : Ouais, ouais, tout à fait. T'as des questions plus précises sur ce sujet?
 
Comme il est millionnaire, il a dû avoir moins de problèmes d'approvisionnement que toi et plus de facilités pour décrocher…
Daniel Darc : Moi, j'ai arrêté parce que j'ai fait un peu de prison, même si ça n'a pas duré trop longtemps, et aussi parce que l'héroïne était moins bonne. J'ai arrêté parce qu'elle était devenue pourrie.
 
C'était quand ?
Daniel Darc : J'ai arrêté, heu, en 95, un truc comme ça… Non, ne dis pas ça, c'est la honte. En fait, j'ai arrêté il y a deux mois (rires) ! J'en ai pris un peu après de temps en temps à « titre récréatif » comme disent les squares mais maintenant, les mecs prennent de la vraie merde, il n'y a plus de blanche… J'ai tout fait : les Alcooliques Anonymes, les Narcotiques Anonymes. Et j'ai compris ce que voulait dire Dr. John… Bon, c'est anonyme donc on n'est pas censé en parler mais il disait : « j'ai changé d'avis sur les Alcooliques Anonymes quand, à la fin de la première réunion, on m'a demandé un autographe. J'ai trouvé ça bizarre pour quelque chose qui est censé être anonyme ! » Au bout d'un certain temps, j'en ai repris… J'aime pas sniffer, ça me fait chier. Je la fixe, je la shoote… Donc, j'en ai repris mais j'ai développé une sorte d'allergie à ça. En plus, comme elle est mauvaise, j'ai pas aimé, je n'aime plus. Le seul truc que j'aime encore, c'est l'alcool. Mais j'ai jamais pensé que c'était un problème. Pour moi, l'héroïne et l'alcool sont des solutions. Et l'alcool est peut-être une solution que je suis en train de régler… Je suis classé comme phobique social, je suis un timide maladif, j'ai toujours été comme ça. Quand des mecs te disent qu'ils ont pris de l'héroïne parce que leur petite amie les a quittés, c'est une connerie : tu prends de l'héroïne parce que tu veux en prendre et tu arrêtes parce que tu veux arrêter. Pour l'alcool, c'est pareil. Je peux trouver des raisons à tout ça : j'ai été élevé d'une façon un peu étrange. Mon père était alcoolique. Ma grand-mère et une grande partie de ma famille sont mortes à Auschwitz… Je peux toujours trouver ça comme explication mais, au fond, je m'en fous… J'en ai pris parce que c'était bon et parce que ça me permettait de répondre aux interviews. Avant, je n'aurais pas pu faire cette interview sans avoir pris un shoot d'héro alors que, aujourd'hui, j'ai pas bu, juste un demi avant de venir… Je n'ai même pas touché à la bière qui est devant moi et ça ne m'empêche pas de parler.
 
Dans son bouquin, c'est étonnant la façon qu'a Richards d'insister sur le fait qu'il ne se shootait pas dans les veines…
Daniel Darc : Là, c'est un des moments où j'ai eu un doute. J'en ai parlé à mon médecin qui m'a dit c'est n'importe quoi. Mais pourquoi pas ? On va dire que c'est une licence poétique…
 
Comment c'était de grandir à Montmartre dans les années 60, 70 ?
Daniel Darc : Il y avait vraiment beaucoup de rockers. Il y avait une bande aux Abbesses. J'avais des problèmes avec eux donc j'étais avec la bande de la Trinité.
 
Quels problèmes avais-tu ?
Daniel Darc : J'en avais parce que j'étais habillé comme un rocker et qu'à cette époque tu ne pouvais pas porter de cuir si tu n'étais pas affilié à une bande. C'est pour cette raison que je me suis affilié à la bande de la Trinité.
 
Sinon tu te faisais planter ou dépouiller ?
Daniel Darc : Tu te faisais dépouiller. Les gens ne se rendent pas compte. Maintenant, c'est quand tu portes un survêtement ou une casquette que tu te fais dépouiller mais, à l'époque, c'était quand tu portais un cuir. Et quand je suis devenu punk, je me suis fait dépouiller par mes anciens potes. Et tu risquais de te faire planter, ouais.
 
Ton premier contact avec le rock ? La première grosse claque ?
Daniel Darc : Elvis Presley : King Creole et Crawfish. J'avais peut-être entendu Elvis à la radio car mon père écoutait FIP 514 mais la rencontre a eu lieu devant Tati à Barbès. Maintenant, ils vendent des peignes africains, ce genre de choses, mais à l'époque, ils vendaient des disques sans pochettes, un peu comme maintenant on vend des DVD pourris. Ils en vendaient trois pour cinq ou dix francs. Mon père en a choisi deux. Je m'en souviens, c'était un Erroll Garner et un EP 3 titres de Dizzy Gillespie avec Caravan - génial -, The Champ et The Sunny Side of the Street. Il m'a proposé de choisir le troisième et j'ai pris Elvis Presley : King Creole et Crawfish. Et là, ma vie a changé ! J'ai tout de suite voulu être guitariste. Je ne voulais pas être Elvis, ça me semblait hors de portée. J'ai voulu être guitariste junkie... J'ai réussi à moitié ! Je suis devenu junkie mais je n'ai pas pu jouer de la guitare, je n'étais pas bon.
 
A quel moment as-tu eu envie de devenir un guitariste junkie ?
Daniel Darc : J'ai eu envie d'être guitariste tout court, à onze ans et guitariste junkie un peu plus tard, quand j'ai découvert les Rolling Stones et que j'ai commencé à lire des interviews de Keith Richards. J'ai voulu aussi être trompettiste de jazz parce que j'avais flashé sur Dizzy Gillespie. Côté guitaristes j'avais aussi flashé sur Scotty Moore (guitariste d'Elvis Presley ndlr), je ne savais pas encore qu'il s'appelait comme ça. Après j'ai flashé sur Cliff Gallup et Paul Burlison (respectivement guitaristes de Gene Vincent et Johnny Burnette ndlr).
 
Dans les années 60/70, les rockers français écoutaient Johnny Hallyday, Vince Taylor, Eddy Mitchell. Et toi ?
Daniel Darc : Vince Taylor, oui, j'écoutais. Je n'ai jamais écouté Johnny Hallyday, ça me semblait ridicule. J'écoutais vaguement les Chaussettes Noires…
 
Et les yéyés ?
Daniel Darc : Pour moi, c'est un truc pourri… Dans ce qu'on peut appeler les yéyés, je respectais Françoise Hardy et Jacques Dutronc, c'est tout. Et puis Moustique et Ronnie Bird quand j'ai connu un peu plus. Le reste c'était n'importe quoi, juste des copies toutes pourries. Je peux encore te chanter Eddie réveille-toi (il chante puis embraye sur Dactylo Rock).
 
Et tu te mets au punk comment ?
Daniel Darc : Je l'ai découvert d'une façon un peu bizarre, grâce à un pote qui s'appelait Charly. Il sortait de prison, c'était un voyou. Il était classe. Depuis, je crois qu'il est mort d'alcool, il était devenu clodo. J'aimais bien les voyous à cette époque-là déjà. Je trouvais ça beau et très vite j'ai intellectualisé le truc genre Jean Genet. Charly sortait de prison et il m'a dit : « putain, j'ai des disques de pédés qui sont encore plus violents qu'Eddie Cochran ». C'était Raw Power (d'Iggy and the Stooges NDR), qu'il avait volé et Tyranny And Mutation du Blue Öyster Cult. J'ai écouté ça et j'ai trouvé ça génial. C'était en 73… J'avais encore une banane en 75, 76. A cette époque, j'ai découvert le pub rock avec Dr. Feelgood et Eddie & The Hot Rods, puis le punk et… j'ai coupé ma banane.
 
Comment c'était Montmartre à la fin des années 1970 ?
Daniel Darc : Il y avait encore ce qu'on appelait les crainquebilles, c'est-à-dire les marchands des quatre-saisons. Je me rappelle… (Il imite une certaine Fernande en train d'héler les ménagères). Il y avait des bandes de rockers qui traînaient… C'était pas Amélie Poulain, c'était Montmartre.
 
Et que penses-tu de ce que sont devenus les autres quartiers populaires comme Strasbourg St-Denis ?
Daniel Darc : J'ai pas d'avis particulier… J'étais souvent à Château Rouge et Strasbourg St-Denis quand j'achetais de l'héroïne. Maintenant, j'évite d'y passer parce que faut croire que c'est marqué sur ma peau. Ça fait quand même longtemps que j'ai arrêté, et pourtant les mecs continuent de m'arrêter pour me demander si je veux de la poudre. Mais j'aime pas acheter du plâtre, et puis j'achète pas dans la rue et puis j'achète pas de toute façon.
 
A cette époque, tu étais un habitué des cinémas de quartier. Il y en avait partout dans le nord et l'est de Paris…
Daniel Darc : Quand j'ai commencé le karaté, c'était l'époque des films de Bruce Lee. Il y avait aussi les films de kung-fu. Il y avait des merdes mais il y avait aussi des films sublimes. Je suis devenu pote avec Max Armanet (journaliste de Libération ndlr) autour des arts martiaux. Il a pratiqué pendant longtemps, il est allé à Shaolin et adore le cinéma de kung-fu, comme moi.
 
Les films de Bruce Lee, tu les voyais à l'Hollywood Boulevard (cinéma disparu depuis qui se trouvait à l'angle du boulevard Montmartre et de la rue du Faubourg Montmartre ; il appartenait à René Château, l'ancien agent de Belmondo et le mari de Brigitte Lahaie, et programmait dans ses trois salles des films de Bruce Lee et des films d'horreur comme La Nuit des Vers Géants ndrl) ?
Daniel Darc : Oui ! On entrait par la sortie jusqu'au moment où un videur nous a tellement fait peur qu'on a préféré payer nos places. J'ai vu là-bas les films de James Dean. Ça aussi, ça a changé ma vie.
 
Et comment s'est passée la formation de Taxi Girl ?
Daniel Darc : On s'est formés très rapidement. Je suis arrivé en dernier. Avec Laurent Sinclair, le clavier, on a commencé à écouter Brian Eno, Kraftwerk, tout ça alors que les autres écoutaient les Stones puis du punk. Ils nous faisaient chier avec les Sex Pistols alors que nous on écoutait Kraftwerk. Ils cherchaient un chanteur et ils m'ont demandé si j'en connaissais un. J'ai répondu que non et j'ai dit que je pouvais essayer, ce que j'ai fait et ça a été, ça a été…
 
Ça peut paraître étonnant que tu passes d'Eddie Cochran et des Stooges aux synthés ?
Daniel Darc : Entre temps, j'avais découvert le punk et les Doors. Laurent était fan de Ray Manzarek et des Stooges. Mes groupes préférés à moi, c'étaient les Doors et les Stooges.
 
Tu allais voir beaucoup de concerts à l'époque ?
Daniel Darc : Oui. Le premier que j'ai vu, c'était David Essex. J'étais allé au premier Gala des Arts martiaux et il y avait des places gratuites pour ce concert, alors on y est allés. Mais le premier truc pour lequel j'ai payé, c'est Blue Öyster Cult, c'était à Pantin en 75. J'ai aussi vu Aerosmith, les Flamin'Groovies et Ted Nugent.
 
Tu traînais beaucoup dans les clubs ?
Daniel Darc : Je suis allé très vite au Gibus (QG des punks parisiens de la fin des années 70 ndlr). Après, avec Taxi Girl, on jouait au Rose Bonbon (club situé au sous-sol de l'Olympia ndlr), donc on y était tout le temps (le manager de Taxi Girl, Alexis Quinlin était partie prenante du Rose Bonbon ndlr). J'allais aussi au Palace et au Privilège (club situé au sous-sol du Palace ndlr).
 
Donc tu côtoyais les premiers punks parisiens, Pacadis (un des premiers journalistes français à s'être fait l'écho du mouvement punk ndlr), et tout ça ?
Daniel Darc : Oui, et puis des gens pas connus qui sont tous morts maintenant (il énumère une liste de disparus et d'individus réputés dangereux habitués des armureries parisiennes).
 
Tu t'intéresses aux armes ?
Daniel Darc : Oui, je collectionne les couteaux, surtout les pliants mais aussi les dagues. En ce moment, je me renseigne aussi à l'INPI, la SACEM des couteaux, pour savoir si je peux déposer un modèle de couteau. Tu connais les gentleman's folders ? C'est des couteaux pliants.
 
Heu, franchement, non… Tu t'es arrêté à quel niveau au karaté ?
Daniel Darc : Pour différentes raisons, j'ai arrêté à la marron. Mon professeur voulait que je devienne prof mais c'était difficile puisque j'étais junkie. En plus avoir la ceinture noire, c'est pas bon parce que si t'as un problème dans la rue, t'es supposé, en tant que ceinture noire, graduer ta défense en fonction de l'attaque. Si tu tues un mec, tu peux pas dire que tu l'as pas fait exprès. Il y a plein de mecs qui s'arrêtent à la ceinture marron pour cette raison.
 
Il va falloir que l'on parle du jour où tu t'es tailladé les veines sur scène au Palace, le jour où Taxi Girl faisait la partie des Talking Heads…
Daniel Darc : Pour commencer, je pensais que je serais mort et je ne pensais surtout pas qu'on m'en parlerait encore si longtemps après.
 
Et comment ont réagi les Talking Heads ?
Daniel Darc : Ils ne me parlaient plus mais, tu me diras, ils ne me parlaient pas avant non plus. Pour eux, ce n'était pas de l'art. Les Talking Heads, j'ai jamais aimé, ça me faisait chier.
 
C'est à l'époque de Taxi Girl que tu tombes dans la dope ?
Daniel Darc : Ouais, ouais. Ça s'est passé comme dans un mauvais film, t'y croirais pas si tu voyais ça sur la Six c'est pour te dire ! T'y croirais même pas si ça passait sur Direct 8. Des mecs sont venus backstage. Ils nous ont dit : « on a de la dope, vous voulez quelque chose ? On a de l'héro… » On n'en avait jamais pris. Pierre (Wolfsohn, batteur de Taxi Girl ndlr) et moi on s'est fait faire un shoot. On ne savait pas comment faire. Les autres ont sniffé. Mirwais n'en a pas pris, je crois. J'étais en train de vomir alors que le mec était encore en train d'envoyer le truc et je me suis dit « j'ai découvert ma raison de vivre ! »
 
Pierre Wolfsohn est mort d'une overdose à 21 ans. Ça ne t'a pas dissuadé de continuer ?
Daniel Darc : Laurent et moi on s'est dit : « on arrête ». Et c'est là qu'on a commencé à en prendre énormément. En fait, quand tu ne veux pas arrêter, ce genre de choses ne change rien.
 
A l'époque, Indochine était un sujet de plaisanterie. Trente ans plus tard, ils jouent au Stade de France, passent pour être le premier groupe de rock français puisque Noir Désir n'existe plus, et sont sur la même maison de disques que toi… Qu'est-ce que ça t'évoque ?
Daniel Darc : Je me souviens qu'ils ont commencé en faisant nos premières parties… Mais pour moi, rock et Indochine, c'est une sorte d'oxymore. Ça me fait quand même mal de penser qu'après Noir Désir, c'est eux.
 
Tu discutes avec Nicola Sirkis quand tu le croises ?
Daniel Darc : On se croise de temps en temps. Je pense qu'il m'en veut, peut-être inconsciemment, pour la mort de son frère. A un moment, on avait le même dealer, je suis un petit peu responsable, je suppose. Mais je dis ça, il ne me l'a jamais reproché… Mais je ne lui en veux pas d'avoir réussi, chacun son truc (rires).
 
Tu as des relations avec Mirwais ?
Daniel Darc : On se croise de temps en temps, on s'appelle tous les six mois, c'est mon pote. Quand il a fait Madonna, il m'a appelé. Au début, il n'y croyait pas, il pensait que c'était une connerie. Maintenant, il veut refaire un truc « pop » pour reprendre ses mots. Il veut refaire des trucs « pop » chantés en français. Je lui ai dit « mais qu'est-ce t'as besoin de faire ça ? Fais ce dont t'as envie ! » Il m'a répondu « mais c'est ça que je veux faire ! » Mais j'étais content quand il m'a appris qu'il ferait Madonna parce que je me suis dis « c'est toujours ça que les Versaillais n'auront pas ! » Et là, c'est pas off c'est on : je suis content quand Air et Daft Punk n'ont pas quelque chose parce qu'ils me font chier ceux-là.
 
Pourquoi ?
Daniel Darc : Daft Punk, c'est des branleurs pour moi. Mais, en fait, Air je sais pas… J'ai bien aimé leur BO de Virgin Suicides. Non, en fait, je n'écoute pas ce qu'ils font, donc je ne peux rien dire. Par contre, Daft Punk, j'ai du mal. Mais j'aime bien les Chemical Brothers et j'adore Underworld. En, plus ce sont des gens qui viennent du rock : les Chemical Brothers sont fans (du) des Clash. Je pense qu'il manque des chansons à ces gens-là, mais c'est le vieux qui est en moi qui parle.
 
Et la house, la techno… ?
Daniel Darc : Je ne connais pas assez pour en dire du mal.
 
Tu écoutes des groupes de rock actuels comme les Black Keys ou les Black Lips ?
Daniel Darc : J'aime les Black Keys et les Kills. J'aimais bien les White Stripes. Je trouve que ce que fait Jack White est vachement bien : il se sert de sa notoriété pour produire Loretta Lynn et des bluesmen. J'ai beaucoup de respect pour ça. C'est un mec qui a des influences country et blues et qui ne les cache pas. J'écoute moi-même de la country et du blues.
 
Tu es déjà allé aux Etats-Unis ?
Daniel Darc : J'y suis déjà allé mais seulement à New York.
 
Et tu as envie d'y retourner, visiter Graceland et tout ça ?
Daniel Darc : Oh oui. J'ai décidé que si je me marie, même si c'est pas vraiment mon but, ça sera à Graceland.
 
Donc tu fantasmes toujours sur l'imagerie classique du rock ?
Daniel Darc : (Il montre ses tatouages) J'ai Takin' care of business (la devise d'Elvis ndlr)…J 'ai aussi ses dates de naissance et de mort… Regarde, mon dernier tatouage (il montre un beau portrait d'Elvis jeune). C'est fait d'après la pochette qu'on appelle blue jean. Entre rockers, les deux premières pochettes on les appelle la pochette blue jean et la pochette batterie. Elvis détestait porter des jeans, ça lui rappelait quand il était pauvre.
 
Les débuts de ta carrière solo ont été assez chaotiques même si tu as travaillé avec des gens…
Daniel Darc : Moins chaotiques !
 
Quels souvenirs t'en as ?
Daniel Darc : Je ne regrette pas mais ce qui me fait chier c'est que je ne savais pas écrire à l'époque de Taxi Girl à part deux ou trois trucs comme Les Armées de la Nuit.
 
Je suis déjà parti, elle est super…
Daniel Darc : Oui, mais là c'est déjà moi tout seul. Ah non, c'est Taxi Girl.
 
J'aime beaucoup les chœurs doo-wop de cette chanson…
Daniel Darc : Celle-là, c'est moi qui l'ai faite, enfin, c'est Mirwais et moi. Pour Aussi Belle qu'une Balle, on s'était inspirés du riff de Spanish Bombs des Clash (il chante Spanish Bombs in Andalucia etc.). A un moment, on écoutait James Brown, Grandmaster Flash… Avec Mirwais, ça nous obsédait. J'avais découvert les Last Poets et les Watts Prophets, on les écoutait vachement. Après, le rap m'a fait chier. Mirwais, je crois, continue à en écouter. Il s'est toujours tenu au courant de ce qu'il se passait, l'electro tout ça, moi non.
 
Crèvecœur, le premier album que tu as fait avec Frédéric Lo en 2004, est considéré comme l'album de la « résurrection »…
Daniel Darc : Ouais (rires), j'ai même eu la Victoire de la Musique de la Meilleure Découverte ! Didier Wampas (musicien en activité depuis 1983 ndlr) m'a dit qu'il avait eu le même truc il y a quelques années, ça m'a fait marrer !
 
La chose la plus importante pour toi, c'est l'écriture. Comment procèdes-tu ?
Daniel Darc : J'écris tout le temps même si j'ai pas écrit une ligne depuis que je suis là. Mais j'ai toujours un carnet en moleskine (il le sort) et j'écris tout le temps dedans. Je prends des notes, j'écoute France Culture ou Fréquence Protestante la plupart du temps. Je note des choses sur lesquelles je dois me renseigner ou des phrases que je trouve flash. Comme je suis insomniaque, j'écoute souvent la nuit. Je dors par cycles de ¾ heure, deux, trois fois ¾ heure, ça me fait une nuit. C'est comme ça pour ceux qui ont fixé de l'héroïne pendant longtemps.
 
Tu t'es converti au protestantisme il y a quelques années. Tu disais dans une interview que tu commençais à douter…
Daniel Darc : J'ai toujours douté ! A un moment, j'étais comme les nouveaux convertis. Je ne t'aurais peut-être pas parlé sans te demander si tu étais protestant et, si tu ne l'étais pas, pourquoi. Mais j'ai toujours douté. Les théologiens qui m'ont marqué comme Dietrich Bonhoeffer (pasteur luthérien exécuté par les nazis ndlr) ont toujours douté. Je ne vois pas comment on peut croire sans douter…
 
Et tes tatouages genre maori c'est pour cacher quelque chose ?
Daniel Darc : C'est pas du tout maori… Effectivement, ça cache des choses, mais ce n'était pas le but initial. A un moment, tout le monde se faisait tatouer. Moi, je le suis depuis l'âge de dix-sept ans et, plus ça allait, plus je voyais de gens tatoués. Je suis allé voir un mec qui s'appelle Yann Black. Il ne faisait que du noir et je lui ai dit recouvre tout.
 
Un bras entier, ça prend combien de temps ?
Daniel Darc : Entre 20 et 30 heures. Yann Black était le premier à ne faire que du noir. Maintenant, il est parti à Montréal et désormais, il ne fait que du rouge… (Son portable sonne). C'est ma copine. Tu m'excuses ?
 
Il se lève, sort et revient très vite. On parle depuis une heure, il est temps d'arrêter. Je lui dis que c'est fini pour aujourd'hui et le remercie. Il me salue, tourne les talons et part rejoindre sa petite amie.









Daniel Darc l'interview
Le mer,4 janvier, 2012
Un article signé Charles
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A l'écoute de La Taille de mon Âme, le nouvel album de Daniel Darc, on avait trouvé le pari audacieux et le casting intéressant. Produit par Laurent Marimbert, qui cachait son talent de créateur d'ambiances en réalisant les disques des 2Be3, cet album est surprenant par sa cohérence, la puissance des textes et leur mise en valeur parfaite. On a profité de ce nouveau CD pour le rencontrer, tant on le savait passionnant.
Pour que cette discussion soit à la hauteur de notre ambition, nous avons réalisé cette interview en double, avec Rafaël Corcostegui, qui nous a permis de rentrer en profondeur dans l'aspect littéraire de ces nouveaux titres. Nous avons fait face, ce soir-là, à un homme réconcilié avec lui-même qui nous a parlé du punk, de sa famille, de la religion et avec qui on aurait pu continuer à tailler la bavette des heures durant…
Avant parler de ton nouvel album, on t'a entendu dire que tu n'avais finalement pas aimé Amours Suprêmes, ton disque précédent…
Ouais, ouais. Quand je le réécoute… Parce que sur le moment, je trouvais ça très bien, mais en me le repassant, je trouve que c'est Crève-Coeur en moins bien. Mais c'est peut-être aussi parce que ça se cassait un peu la gueule avec Frédéric (Lo, le producteur, ndlr). Le premier, c'était un peu une lune de miel. C'est allé très très vite, ça se passait super bien, je crois que pour lui aussi, vraiment… Le deuxième, on se connaissait déjà. C'est un peu comme un couple, tout simplement. Ça a commencé à merder, et puis l'argent aussi… Parce qu'il est devenu éditeur, et qu'on n'avait plus de thune pour le faire, et du coup, on a pris le batteur et le pianiste des Attractions, de Costello. J'en n'avais rien à secouer de ça. J'aime bien les mecs, Steve Nieve et Pete Thomas, mais ça ne m'intéressait pas. Et puis bon, il y avait une façon de réaliser lequel n'était pas celui que je préférais… Je voudrais pas dire que j'avais raison et qu'il avait tort, et le contraire non plus, mais simplement, on n'était plus prêt à bosser comme ça. Lui est plus du genre à dire ce qu'il veut dès le départ, alors que si je prends des gens que j'aime bien, c'est pour les laisser faire, genre : « Ecoute ça, fais ce que tu veux dessus ». Et puis si à la fin, il n'y a rien, ben… Je dis des trucs. Mais si ça se passe bien sans que j'aie à dire quoi que soit, je préfère. Et il y a eu Robert Wyatt, peut-être pour me faire plaisir, mais c'était génial. Il y a eu des grands moments, bien sûr, comme ce que j'ai fait avec Alain Bashung… Cette chanson, c'est le piano… J'aime beaucoup ce qu'il a fait, Robert, dessus. Frédéric et l'ingé s'étaient barrés, il n'y avait plus que lui et moi. Il me dit : « Qu'est-ce que je fais ? ». Je lui réponds : « Ben je sais pas… Ce dont t'as envie ». Au début, il était un peu largué, parce que c'était le contraire de tout ce qu'il avait fait avant et puis au bout d'un quart d'heure, ça a commencé à venir, je trouve ça super. J'aime bien quand c'est accidentel, quand il y a des trucs qui se barrent.
Et La Taille de mon Âme, avec Laurent Marimbert, a été réalisé dans cet esprit-là ?
Oui… (rires). Quand on s'est rencontré, on pensait plus au cinéma, tous les deux. Quand on parlait, c'était vachement plus des images que du son. Ça s'entend, je pense. C'est pour ça aussi que j'ai pris Les Enfants du Paradis, tout ça. Et ouais, ça a été très vite. Je pensais à Chet Baker, Dylan. Le micro était toujours branché.
Les moments parlés viennent de là ?
C'était pas du tout prévu, au départ. Je l'ai laissé faire, je savais même pas ce qu'il mettrait. J'ai juste demandé à ce que le violoncelliste joue, à la fin d'Anna, la Septième Suite pour Violoncelle de Bach. Qui n'existe pas, bien sûr. Ça l'a fait marrer, il a essayé de faire un truc comme ça aurait pu être. Le reste, vraiment… Genre Laurent a été jusqu'à mettre, au milieu d'un titre, Besoin de Quelqu'un qui n'a pas Besoin de Moi, un truc où j'allais pour me barrer. Il pleuvait dehors et, du studio, on voit la pluie qui tombe, et je dis : « Merde, la pluie », et, je sais plus, je parle de mon cuir… C'était pas du tout prévu. Je me suis vraiment bien entendu avec lui, et j'espère qu'on va pouvoir en refaire un autre.
Il y a déjà une idée d'en refaire un autre ensemble ?
Pour moi ouais, pour Laurent, je sais pas…
Tu jouais My Funny Valentine au Palace, et l'influence Chet Baker se ressent énormément sur l'album. Tu l'as rencontré ?
C'est un mec que j'ai vu peut-être une quinzaine, une vingtaine de fois. Quand il venait à Paris, je le voyais tout le temps ! Et ouais, c'est un des chanteurs qui m'a le plus marqué. Il y a deux chanteurs, pour moi : Van Morrison et Chet Baker. Et Elvis, mais c'est différent. Ces deux-là arrivent à passer par-dessus leurs défauts. Surtout Van Morrison. Après, ouais, je l'ai rencontré, mais vraiment pas pour les bonnes raisons.
Comment expliques-tu l'aspect hyper religieux de ton disque ?
Je ne savais pas que Laurent les mettrait, ces phrases. Il a inséré vraiment ce qu'il voulait. Il m'a fait écouter, mais je m'en rendais pas compte, vraiment, je m'en rendais pas compte, à quel point c'était Dieu tout le temps. En même temps, c'était des conneries. Enfin non. Mais à la fin, il me disait : « Excuse-moi, je te fais pas chier, avec ton Dieu ? » (rires). Je suis pas mystique, je crois en Dieu, oui, je crois en Dieu. C'est une partie de moi, quoi.
La création des morceaux en eux-mêmes se passait comment ?
La plupart du temps, c'était lui qui me jouait des trucs ou on pensait à rien, il commençait à prendre le piano et j'arrivais dessus… C'était plein de fulgurance. Oui, voilà, de fulgurance.

Il dit d'ailleurs qu'il n'a vu dans sa vie que deux fois des mecs capables d'écrire un texte pendant une improvisation : toi et Roda-Gil.
Dans les trucs de Roda-Gil pour Julien Clerc, il y a un truc tellement fort. J'arrêtais pas de chanter Danses-yà Laurent (il commence à chantonner).
D'ailleurs, écrire pour les autres, tu l'as un peu fait…
Ouais, un peu. Mais il y a des gens pour lesquels j'adorerais écrire. Françoise Hardy, Jacques Dutronc. Il me l'avait proposé, mais j'étais môme, et j'avais fait des merdes. Je ne sais même pas s'il les a lues…
Il y a des similitudes entre ton album et celui de Miossec. Parler des amis qui sont partis, de l'occupation… Les « c'était mieux avant », qu'on trouve aussi dans sa Chanson du Bon Vieux Temps… Sans compter les références à Drieu de la Rochelle. D'ailleurs, comment es-tu tombé sur cet auteur ?
Oh putain, je vais écouter ! Merci. J'essaie de chercher pour Drieu de la Rochelle. Ah.
Si. Je trainais avec des gens d'extrême droite. Même si je suis d'extrême gauche. Enfin j'étais… L'époque du punk, les gens s'en font une idée super cool, mais c'était pas du tout ça. Il y avait de tout, et ça se barrait dans tous les sens. Ce qui fait que tu pouvais très bien parler avec un maoïste et cinq minutes plus tard, avec un nazi. Et puis on se connaissait tous. C'est ce qui a pu se passer au Etats-Unis au tout début du bop ou même en France à Saint-Germain-des-Prés. Il y avait un truc à essayer, fallait le faire, on s'en foutait de ce qui se passait. C'est étrange. Je crois qu'avec Drieu, c'est ce qui s'est passé, d'ailleurs. Mais c'est surtout Jacques Rigaud, pour moi. Comme pour Le Grand Jeu. C'est une revue avec Daumal, Roger Gilbert-Lecomte. Pour moi, ils ont un rôle assez proche de celui de Jacques Rigaud, là-dedans. Daumal est plus articulé… Il y a ceux qui arrivent à s'adapter et puis les autres. C'est assez darwinien comme truc, en fait. Je sais plus ce que je voulais dire. C'est bien, parce que ça me touche, en fait… Ah oui, si, Drieu. Je l'ai connu par un mec d'extrême droite. Non, en plus c'est pas vrai, je me fais une sorte de légende, là. Je l'ai connu parce que je lisais. Mais la littérature est plus intéressante, pour moi, à l'extrême droite qu'à l'extrême gauche…
Genre Céline, à qui tu fais référence, aussi ?
Ben tu vois, ses pamphlets, je m'en fous, mais Le Voyage… Même Rigodon ou D'un Château l'Autre… Il y a un truc énorme. Et j'ai appris qu'à cette époque, mon oncle était planqué avec lui, mais ils ne se connaissaient pas… Enfin quand je dis mon oncle, je commence juste à pouvoir dire mon oncle. Avant, je n'ai jamais reconnu le côté de ma mère. Ce n'était pas la même famille. Ma famille, c'était du côté de mon père… Ça ne fait que deux ans que je peux dire ça, ça doit être la troisième ou quatrième fois que je le fais. Ma famille était juive en Espagne, et ils ont eu la mauvaise idée de venir en France. Il y en a qui se sont barrés aux États-Unis et puis en Israël, mais ceux qui sont en France, c'est ça ma famille. Du côté de ma mère, c'est pas ça. C'est une famille catholique, et le frère de ma mère avait été à… Je sais plus… Mais ma mère a été condamnée à mort par procuration. De la collaboration horizontale, comme on dit, elle n'a pas été très résistante. Autant le frère de ma mère était dans la baston, autant ma mère n'a jamais été nazie. Mais elle était amoureuse d'un Allemand. Tout ça pour finir amoureuse d'un Juif qui lui a fait un petit Juif (rires). Parce que moi, dès que je suis né, hop, on m'a coupé la queue, et c'était fait. Tout ça, ça je l'ai retrouvé avec les meubles. Prends-moi pour un dingue, c'était les meubles. Ma meuf vient habiter avec moi maintenant, et il y avait tellement de trucs partout que je me suis dit : « Faut jeter ». Et plus je jetais de trucs, plus je me retrouvais en face de choses que j'avais oubliées, de souvenirs. C'est vraiment les soldes avant fermeture, ces temps-ci, chez moi. Fermeture provisoire, hein. Pour réassortiment. Je me débarrasse de plein de trucs. Et il y a des choses dont je ne pouvais pas parler avant qui reviennent… Maintenant, ma mère, elle est toujours vivante, et je l'aime comme elle est. Mon père, il est mort mais je l'aime. Et puis je suis content, là, vraiment content, c'est génial. Je suis pas scientologue, mais c'est un truc que j'ai fait plus tard que les autres. J'ai 52 ans, mais je dois pouvoir parler avec des mecs de trente ans. Je crois qu'il y a une vingtaine d'années de retard entre mon physique et ma tête. Et c'est peut-être pour ça, si on veut me donner un peu de talent, que c'est bien, ce que je fais.

Dans un autre registre, tu as souvent rendu hommage à Alain Kan. C'est une grande inspiration, pour toi ?
On peut très vite penser que j'en ai beaucoup parlé, mais ce qu'il y a, c'est qu'on me dit toujours : « Et Alain Kan ? ».
Alors parle-nous des autres qu'Alain Kan, de ceux qui ont été importants pour toi.
Non mais Alain, il allait loin dans le truc. Il était respecté par à peu près tout le monde, parce que c'était un « pauvre PD », mais un « pauvre PD » qui s'habillait en nazi, qui s'en foutait de s'en prendre plein la gueule, qui se battait… Et puis moi j'avais des potes dans le FHAR, un mouvement homosexuel révolutionnaire… Il y a Alain Pacadis et Alain Kan, parce que c'était les plus célèbres. Mais il y avait plein de gens tout autour. Mais c'était ça. T'avais Alain Kan, qui arrivait habillé en nazi, t'avais Alain Pacadis, qui était un genre de clochard céleste, si on veut. La personnalité parfaite pour parler du punk, je crois que c'est Pacadis. Quand il te parle, il dit un truc génial, mais tu peux pas écouter tellement tu gerbes, parce qu'il pue. C'est ça, c'est parfaitement ça.
Tu as fait un album en duo avec Bill Pritchard. Pourquoi lui ?
On était tous les deux sur PIAS. A l'époque, c'était qu'en Belgique, et moi j'avais signé chez eux. Il avait écouté mes disques, et il voulait me rencontrer, parce qu'il avait envie de faire un disque en français. Il pensait qu'il n'écrivait pas assez bien pour ça, même s'il parle très bien le français. Il m'a fait écouter des trucs de lui, j'ai trouvé ça vachement bien. Au début, c'était des chansons de lui, que de lui, et j'ai fait des versions françaises, pour voir si ça lui plaisait. Je pensais qu'il allait refaire les voix, mais il les a trouvées super. Jusqu'à Nijinsky, qu'a fait Pritchard ivre mort, et que je lui ai rejouée le lendemain, en lui assurant qu'elle était de lui. Il a failli me casser la gueule parce que je voulais mettre son nom sur la pochette.
Les textures sonores sont assez variées et les morceaux sont ponctués par les phrases enregistrées par hasard. Comment vas-tu retranscrire ça sur scène ?
On a prévu de faire des dates avec Jean-François Assy au violoncelle, il prendra peut-être la guitare, aussi… De temps en temps, on sera quatre, cinq, ça dépendra des morceaux. Un peu comme au concert qu'on a fait au Palace. J'aime bien ça, parce que j'écoute pas trop de rock, plutôt du jazz et de la country, John Coltrane, tout ça… Enfin c'est comme l'écriture, on s'en fout. Flaubert disait : « J'aimerais écrire un livre qui ne parle de rien ». Céline, c'est la même chose, il n'y a que le style. Entre les chansons, ce qui change, c'est la façon d'écrire. C'est toujours le même thème.
Des anciens de Taxi Girl, tu es celui qui a le plus « récupéré » les fans, selon Mirwai. Tu peux expliquer pourquoi ?
Je suis pas sûr que ce soit entièrement vrai. Enfin si… Pour des raisons très longues. Mais je pense que la France n'est pas forcément un pays qui se rappelle des musiciens. Les gens se rappellent plus d'une voix que d'un style de guitare. Je pense qu'il y a les textes, ensuite…
Est-ce que tu as l'impression de progresser dans ton écriture ?
Oui, mais je pense que c'est pour plein de gens la même chose. J'écris forcément de mieux en mieux… Quand je repense au moment où j'écoutais Dylan quand il sortait Saved, un truc très chrétien, je comprends qu'on puisse me dire qu'on préfère ce que je faisais avant. J'ai fait ce que j'ai fait. Mais je crois que maintenant, je n'ai plus besoin d'une manière. Avant, j'étais en permanence dans un état extrême, même si je ne sais pas s'il y a un état normal. Avant, je pouvais écrire bien, et puis en relisant les trucs maintenant, je me dis : « Qu'est-ce que c'est chiant ! ». Maintenant, je peux trouver un mot, un verbe, pas besoin de durer des plombes. C'est de plus en plus naturel.
D'ailleurs, les textes sont plus narratifs. Tu pourrais écrire un roman ?
C'est comme courir un marathon. Moi, je fais du 100 mètres. C'est aussi lié à un mec que Miossec cite pas mal, qui est Henri Calet. Je l'ai découvert, et j'ai eu l'impression de lire Céline, mais sans la haine. Et ça fait du bien. Céline, petit nerveux, un peu. Il y a toute la beauté du monde à portée de main, mais il va pas aller voir, il a trop peur et il va rester à fixer le sol en disant : « Enculé de Juif, enculé de Juif ». Il y a Rigaud aussi. Dans Le Feu-Follet, il a une chance de s'en sortir, mais il ne s'en sort pas. Je pense que si Rigaud avait pu écrire, il s'en serait sorti. Mais je ne pense pas qu'il faille privilégier ceux qui n'y arrivent pas, même si j'ai tendance à le laisser entendre, des fois. Il faut arriver à faire son truc. Mais peut-être que je suis né pour décevoir.
La musique fonctionne comme un écrin pour les textes. C'était volontaire, où cela s'est-il imposé au fil des sessions ?
C'était voulu. Évidemment, parce que tu peux pas enculer un mec sans lui sourire avant (rires). J'exagère un peu, mais il y a de ça…
Pour finir, t'es encore en vie, tu sors encore des disques, tu as gardé une certaine aura… Tu incarnes un peu le survivant du punk…
Manoeuvre aussi. Mais il est critique. J'ai voulu être critique, je l'ai fait un peu, mais Dieu merci, j'étais pas doué pour ça, je crois. Parce que je pense que si j'avais fait critiques rock, j'aurais été comme Eudeline, à rien branler.
Tes disques sont quand même meilleurs que les siens…

J'espère, putain, j'espère.

On t'as pas vu sur les hommages à Jacno ou Bashung alors qu'on s'y attendait un peu. Pourquoi ?
Jacno et moi, on était fâché. C'était de ma faute parce que j'ai pas assuré. J'étais junkie à l'époque donc je ne pensais qu'au prochain fix. Et lui, il s'occupait des crédits… des croquis… des pochettes, je crois, et j'avais rien assuré, c'est moi qui avais tort. J'aimais pas forcément ce qu'il faisait et je ne vois pas trop l'intérêt de dire : « Je suis connu » et de venir faire les pleureuses. Si je suis allé sur la tombe d'Alain, c'est parce que c'était un pote… Et de toute façon, on ne me l'a pas demandé, d'être sur les disques. Ça me semblait un peu trop… vite fait. J'aime pas ce truc-là.
La suite, ce sera quoi ?
J'ai envie de refaire un album vite, de plus traîner, de tourner, tourner, tourner, avant d'enregistrer, j'espère avec Laurent Marimbert. Pour le coup, j'ai besoin d'alter-ego musicaux, je ne peux pas être complètement seul. Laurent Marimbert est vraiment exceptionnel. Parce que chez moi, je lis, j'écoute France Culture, ma caution intellectuelle… (rires). Mais en studio il faut quelqu'un à côté de moi qui me dit : « Faut que tu te magnes ».









Daniel Darc - Interview
08/02/2012, par Luc Taramini

On a tout dit sur Daniel Darc, inutile de rabâcher les sempiternels clichés destroy pour faire genre. Oui, ce monsieur a vécu à fond la vie rock'n'roll et oui, c'est un miraculé. And so what ? A l'EMB de Sannois (Val d'Oise), où il était en résidence fin janvier avant sa tournée française, on a vu un chanteur appliqué, rodant son septième album "La taille de mon âme" avec ses musiciens. Un homme un peu perdu au milieu de cet équipage, arrimé à son pied de micro comme à un mât. Jetant ses mots comme des bouteilles à la mer. Un artisan humble, trop heureux de faire encore la seule chose qu'il sait faire : écrire et chanter des bonnes chansons. Un peu de lumière pour Mister Darc.
 
Qu'est-ce qui aujourd'hui te met en joie ?
Déjà de me réveiller le matin, d'être bien vivant, d'avoir mal nulle part et d'être en bonne santé. Ce qui était assez imprévisible il y a quelques années. Ce n'était pas évident parce que, comme beaucoup de gens le savent, j'ai vachement abusé de mon corps. Ce qui me met en joie, c'est aussi de faire la musique que j'aime et d'être amoureux de ma femme. Chaque matin quand je me réveille, c'est un jour de bonus car j'aurais dû y passer plusieurs fois.
Donc tu vas plutôt bien ?
Oui ! J'ai une chance incroyable. Je gagne à peu près ma vie, j'arrive à vivre en faisant ce que j'aime. C'est un luxe. Autour de nous, il y a plein de gens qui se font chier 8 heures par jour pour des trucs qui leur déplaisent complètement. Il y a cinq ans, un enculé a dit qu'il y aurait zéro SDF dans la rue en France à la fin de son mandat. Il y en a de plus en plus. Quand je vois ça, je suis malade physiquement et bien conscient de la chance que j'ai.
Revenons 30 ans en arrière, imaginais-tu une seconde avoir cette vie-là ?
J'ai 52 ans, j'ai commencé à écrire des chansons à l'âge de 18 ans. Je me voyais mort vers 24/ 27 ans. Je me défonçais énormément, je n'avais pas envie de vieillir. Mais je pensais pas à l'avenir. Par contre, il a toujours été hors de question que je travaille. Je me voyais plutôt mort ou gangster.
Comment tu pourrais te définir artistiquement ?
Je sais pas… Il me semble que quand on commence à se définir, on est mort. Je crois pas être un chanteur. Avant punk, je voulais être romancier. J'aurais aussi voulu être guitariste. J'ai flashé sur Elvis Presley mais je voulais être Scotty Moore, j'ai flashé sur Gene Vincent mais je voulais être Cliff Gallup, j'ai flashé sur Johnny Burnette mais je voulais être Paul Burlison. Mon rêve c'était d'être romancier puis guitariste junky. J'ai réussi qu'à moitié car je n'ai jamais su jouer de la guitare.

Au fond, as-tu accompli ce que tu voulais ?
Mon plus grand rêve, c'était de vivre le rock'n'roll' roll. Ce que je fais toujours.
Est-ce que tu es l'homme des lunes de miel quand tu fais un album ?
C'est exactement ça. Avec Frédéric Lo, on a fait deux albums. Le deuxième était déjà un peu foireux parce qu'on se connaissait trop. C'est un peu comme un couple : au début tu fais des efforts et puis c'est la cristallisation. Sur « crève-cœur », c'était beau. Sur « Amours suprêmes », on avait plus de budget mais on a fait moins bien. On avait les mecs de Costello, je n'aime pas Costello. Il y avait aussi Robert Wyatt que j'adore et Alain Bashung que je connaissais à la fin. Avec Laurent Marimbert (co-auteur du dernier album de Daniel), on ne va pas tarder à en refaire un à deux. J'ai vraiment envie d'aller vite. Je veux plus attendre. Avant je faisais des albums tous les 4 ou 5 ans, c'était plus dur, on me faisait moins confiance. Je mettais du temps parce que j'étais perfectionniste. Et puis j'ai compris que c'était des conneries, que je ne ferai jamais de chef d'œuvre, alors autant y aller à fond, faire des disques tous les ans. A chaque fois que je fais un disque, j'ajoute une pierre, à la fin il y aura peut-être un mur…
Vous aviez une idée précise en vous attaquant à ce disque ?
Non c'est venu naturellement. On s'est écouté mutuellement, on s'est plutôt bien compris. Laurent ne m'a pas mis de barrières.  Il laissait tourner les micros et a gardé plein de trucs qui n'étaient pas prévus. Au final, ça donne quelque chose d'un peu accidentel qui me plait bien. On a voulu vraiment faire une espèce de bande originale d'un film qui n'existerait pas.

Est-ce que tu as l'impression d'avancer, d'évoluer dans ton écriture ?
On refait tous la même chose dans n'importe quel art. Tout a déjà été fait. Après Bob Dylan qu'est-ce que tu veux écrire ? Donc, j'essaie juste de faire mon truc simplement. Dans la rue, les gens me remercient "grâce à tes chansons, ça va mieux, avant ça n'allait vraiment pas". Je sais pas, je ne me pose de moins en moins de questions.
C'est la maturité ou une forme de sagesse…
Ou une forme de connerie peut-être !
Est-ce que pour toi c'est naturel de monter sur scène ?
C'est une super épreuve mais j'aime ça. Je suis extrêmement timide. Les médecins disent que je suis phobique social. J'ai vachement de mal avec tout ça.
Daniel, pour finir, qu'est-ce que tu ne seras jamais ?
Un mec qui monte sur scène et qui sait déjà comment sera le concert. Je déteste la répétition, les trucs prévisibles, les recettes. Et puis je serai jamais un mec qui vote à droite, je crois. J'ai plus envie de voir ces gens-là au pouvoir.














Nom
Daniel Rozoum
Naissance
20 mai 1959 (53 ans)
Paris, France
Pays d'origine
 France
Activité principale
Chanteur
Années d'activité
1978 à aujourd'hui
Labels
Sony Music/Jive Epic

Entourage
Frédéric Lo

Daniel Darc (né Daniel Rozoum le 20 mai 1959 à Paris) est l'ancien chanteur du groupe Taxi Girl de 1978 à 1986 ; il mène, depuis, une carrière solo.
Biographie
En 1978, alors qu'il est élève au lycée Balzac à Paris, Daniel Darc rejoint le groupe Taxi Girl, fondé par Mirwais Stass (guitares), Laurent Sinclair (claviers), Stéphane Erard (bassiste) et Pierre Wolfsohn (batteur). Alexis Quinlin le fondateur du Rose Bonbon deviendra le manager du groupe.
Le chanteur de Taxi Girl a toujours été inclassable dans la scène rock française dont il est l'une des figures marquantes. Très influencé par l'explosion punk, les Sex Pistols, et Kraftwerk, c'est d'abord un faux dandy à la voix fragile et traînante, inspiré par Berlin et le Japon, qui s'habille en rocker et qui pousse l'autodestruction jusqu'à se trancher les veines lors d'un concert au Palace en première partie de Talking Heads en novembre 1979 pour faire réagir le public parisien.
Après la fin de Taxi Girl en 1986 (marquée par le décès par surdose du batteur, Pierre Wolfsohn, en juillet 1981, et le départ des deux autres membres), il poursuit une carrière solo. Il apparaît dans quelques films dans son propre rôle : Les Enfants de la Blank ou Le Garçon sauvage de Marc Dufaud.
Sur son premier album solo (Sous influence divine), sorti en 1987, il est épaulé par Jacno (ex-Stinky Toys, ex-Elli et Jacno) qui avait accepté de travailler avec lui sur la base d'un single, mais réalisera l'album entier. Sur ce disque qui sonne beaucoup comme du Jacno, côté musical, Daniel Darc conserve l'écriture simple et immédiate qui est sa marque de fabrique depuis l'époque Taxi Girl. Au milieu de cet album assez policé, on relève la présence d'un titre très rock'n'roll (Le Seul garçon sur terre) et d'une reprise de Comment te dire adieu, titre écrit par Gainsbourg et popularisé par Françoise Hardy.
En 1988, après sa rencontre avec Bill Pritchard (ils partagent alors le même label, Play It Again Sam), ils enregistrent en 7 jours l'album-concept Parce que traitant de l'ambivalence humaine. Sur cet album, on retrouve une reprise d'Aznavour (donnant son titre à l'album) et une adaptation du Velvet Underground (Stephany Says). Tiré volontairement à 3 000 exemplaires seulement, cet album salué par la critique, scellera des liens indéfectibles entre les deux artistes qui vivront même un temps ensemble à Paris.
Toujours en 1988, Daniel Darc enregistre La Ville, single produit par Etienne Daho qui, ne sera pas suivi d'un projet d'album, comme cela avait été le cas avec Jacno. Il se débat alors avec ses addictions.
Il faut attendre 1994 pour découvrir un nouvel album de Daniel Darc : c'est chez Bondage Records, un indépendant, que sort Nijinsky, disque beaucoup plus abouti que les précédents tant du point de vue des arrangements musicaux que du soin et de l'inventivité apportés aux textes. Accompagné, pour ce disque, par Georges Betzounis (ex-Pure Sins et actuel Delaney Blue), Daniel Darc semble avoir eu, plus que par le passé, la possibilité d'imposer une orientation musicale proche de ses goûts fondamentaux (rock new-yorkais, littérature du mal, jazz...). Les Pure Sins accompagnent Daniel Darc dans la tournée censée promouvoir le disque, mais l'absence de succès commercial, conjugué à des problèmes envahissants d'addictions diverses et un passage en prison, met la carrière de Daniel Darc entre parenthèses pour quelques années.
Daniel Darc est passionné de mythologie « rock » autant que de littérature et d'arts martiaux (comme Jean-Jacques Burnel des Stranglers qui a produit un album de Taxi Girl). Il a écrit de nombreux articles sur ses icônes : premiers rockers, bluesmen, acteurs... de James Dean à Nijinsky. Bien qu'ayant à plusieurs reprises annoncé qu'il écrivait un roman, voire qu'il était sur le point d'en achever un (le titre L'Ange glacé fut avancé), Daniel Darc ne parviendra pas à faire aboutir ses désirs d'écriture autrement qu'en publiant de courtes nouvelles aux Éditions Cahiers De Nuit ou Derrière La Salle De Bains à partir de la moitié des années 1990. Il publie également des critiques dans Best et traduit William Burroughs. Les textes de ses chansons portent la marque de son style d'où la poésie n'est jamais absente. Voulant rompre avec près de vingt années d'excès divers, il s'est ensuite converti au protestantisme, ce qui se sentira par la suite avec des références visuelles, des lectures de psaumes en musique sur scène par exemple, il y fera même référence lors d'interviews.
En 2003, le label Pias sort une compilation.
L'année 2004 marque véritablement sa renaissance auprès du grand public: un nouvel album, Crèvecœur, conçu en tandem avec Frédéric Lo, compositeur, réalisateur et producteur du disque, mais surtout artisan de la sortie du désert pour Daniel Darc. Les critiques sont excellentes. L'album gagne la victoire de la musique catégorie Album Révélation. Il entame une tournée avec un groupe formé et orchestré par Frédéric Lo.
Darc participe ensuite à diverses productions avec Cali, Buzy, Tchéky Karyo, Elisa Tovati, Thierry Amiel ou Alizée. Début 2007, il participe à la tournée Les Aventuriers d'un autre Monde avec Jean-Louis Aubert, Alain Bashung, Cali, Richard Kolinka et Raphael.
En janvier 2008 est sorti l'album successeur de Crèvecœur, composé, arrangé et réalisée à nouveau par Frédéric Lo. Le titre de cet opus est Amours suprêmes1, en référence à A Love Supreme, un album de John Coltrane dont Daniel Darc a fait l'un de ses disques de chevet. Alain Bashung, Robert Wyatt, Morgane (chanteuse de Cocoon) et Steve Nieve y font des apparitions. Le premier single s'intitule J'irai au paradis.
En novembre 2011 sort La taille de mon âme, nouvel album composé et arrangé avec le musicien Laurent Marimbert (que Christophe a présenté à Darc), et dont le premier single s'intitule C'est moi le printemps. Il contient aussi des extraits du film Les Enfants du paradis de Marcel Carné avec Arletty.
Daniel Darc est le cousin d'Hervé Rozoum (de), guitariste, compositeur et producteur qui vit à Berlin.
Discographie
En solo
    •    1987 : Sous influence divine
    •    1988 : Parce que avec Bill Pritchard
    •    1994 : Nijinsky
    •    1998 : 18/12 avec 19 torsions
    •    2003 : Le Meilleur de Daniel Darc
    •    2004 : Crèvecœur composé et réalisé par Frédéric Lo
    •    2008 : Amours suprêmes composé et réalisé par Frédéric Lo
    •    2011 : La taille de mon âme
Avec Taxi Girl
    •    1979 : Mannekin, maxi
    •    1980 : Cherchez le garçon, en maxi & LP
    •    1981 : Seppuku
    •    1983 : Quelqu'un comme toi
    •    1989 : Suite & fin ?
    •    1990 : Quelque part dans Paris
    •    1990 : 84-86
Collaboration
    •    1993 : L'Équipe à Jojo - Les chansons de Joe Dassin, 1 CD Le Village Vert VIVE003. Divers interprètes. Daniel Darc reprend Les Champs-Élysées
    •    Comme un seul homme avec Diabologum
    •    1997 : Écriture de Las, dans le ciel et Ne laisse pas le jour pour l'album Marie-France de textes pour Marie-France
    •    2002 : Écriture de Ghost pour l'album Platinum Deadstar de Brent
    •    2004 : Chante sur le titre "Jeunesse éternelle" du groupe Operation S
    •    2005 : Reprise de She's so untouchable de Johnny Thunders avec The Weird Sins sur l'album hommage Tribute to Johnny Thunders
    •    2005 : Reprise de Rondeau de Nino Ferrer sur l'album hommage On dirait Nino
    •    2005 : Duo sur Pauvre garçon avec Cali sur l'album Menteur
    •    2005 : Duo sur Comme des papillons avec Buzy sur l'album Borderlove
    •    2005 : Duo sur "Mes amis" (D. Darc/Frédéric Lo) avec Jane Birkin sur le DVD "Rendez-vous avec Jane"
    •    2006 : Duo et écriture du texte de Comme disait l'ami Johnny Rotten sur l'album Mauvaise étoile de Patrick Eudeline
    •    2006 : Écriture d'un texte sur Ce lien qui nous unit de Tchéky Karyo
    •    2006 : Écriture du texte du single Cœur Sacré pour Thierry Amiel
    •    2006 : Écriture du texte Ca ne sert à rien d'aimer pour l'album Je ne mâche pas mes mots, d'Élisa Tovati
    •    2007 : Écriture d'un texte sur Psychédélices d'Alizée
    •    2008 : Duo avec Frédéric Lo sur une reprise de Promesses d'Étienne Daho sur l'album hommage Tombés pour Daho
    •    2008 : Duo avec Berry sur la reprise de la chanson d'hélène sur la réédition de l'album Mademoiselle
    •    2008 : Duo avec Superbus sur le plateau de Tarata reprise de Chercher le garçon
    •    2009 : Reprise de O Caroline sur l'album Around Robert Wyatt de l'ONJ (Orchestre National de Jazz)
    •    2009 : Duo sur Ne plus y penser avec Asyl sur l'album Brûle, brûle, brûle
    •    2009 : Duo sur La Romance des Cruels avec Nosfell sur l'album Nosfell
    •    2009 : Reprise de Pas pour moi de Boris Vian sur l'album hommage On n'est pas là pour se faire engueuler
    •    2012: Ecriture du texte "Les Passagers" sur le 2e album de Berry
Récompenses
    •    2005 : Victoires de la musique Album révélation de l'année ex-æquo avec celui de Ridan
Références
    1.    ↑ http://www.lesinrocks.com/musique/musique-article/article/amours-supremes/ [archive] Site des Inrockuptibles]









La biographie de Daniel Darc

Provocations, excès et autodestruction font de Daniel Darc une icône du rock français des années 80. Il brûle sa vie par les deux bouts. Mais de ses cendres, tel un Phénix, il renaît. Au début du 21ème siècle, Daniel Darc n'est pas six pieds sous terre parmi les légendes du Père Lachaise, mais est une référence, un modèle à suivre, pour toute une nouvelle génération de chanteurs. Daniel Rozoum, alias Daniel Darc, naît écorché vif, à Paris, le 20 mai 1959, écartelé entre le judaïsme, hérité de son père, et le catholicisme maternel. Les Sex Pistols rentrent dans la vie de Daniel en 1976. Deux ans après le choc musical, Daniel Darc rejoint ses amis – Mirwaïs Stass, Laurent Sinclair, Stéphane Erard et Pierre Wolfsohn – et le groupe Taxi Girl. Daniel Darc prend les filles en taxi, mais aussi les garçons. Partagé entre deux religions, il l'est aussi entre deux sexes. Homosexuel et hétérosexuel, il est bisexuel. Habitué aux provocations, sa bisexualité n'est pas faite pour scandaliser, même si ses déclarations peuvent heurter les mentalités. Pour Daniel Darc, aimer les deux moitiés du monde n'a rien de choquant. Daniel Darc prend surtout l'aventure Taxi Girl très à cœur. « Taxi driver » pendant huit ans, Daniel Darc se lance à corps perdu dans le rock et prend des postures provocatrices à la Iggy Pop. En 1979, en première partie de Talking Heads, Daniel Darc ne prend pas le mot performance à la légère : il joue, mais s'ouvre aussi les veines. Les maisons de disques freinent devant la réputation sulfureuse de Taxi Girl. Mais EMI signe le groupe. En 1980, il sort « Mannequin ». Le titre suivant, « Cherchez le garçon », est un succès. Tout arrive très vite, trop vite pour calmer les démons intérieurs : en juillet 1981, le batteur, Pierre Wolfsohn, meurt d'une overdose. Le bassiste, quant à lui, a préféré partir, quelques mois avant le décès de juillet. Taxi Girl sort son premier véritable album en 1982. Pour signer une partie des textes à tendances suicidaires ou meurtrières, l'artiste divisé s'invente un double féminin : Viviane Vog. « Seppuku » a de bonnes critiques, mais elles n'influencent pas les ventes. En 1983, le groupe continue à se réduire. La mort n'est pas la cause du désistement, mais Laurent Sinclair part. « Quelqu'un comme toi » sort tout de même, mais Taxi Girl ne fait que survivre. En 1986, le succès des débuts n'est plus au rendez-vous et la formation se sépare. Daniel Darc doit alors faire face en solo à ses démons : l'alcool et la drogue. Jacno l'extirpe de sa solitude et réalise avec lui son premier album solo. En 1987, Daniel Darc est sous influence, mais « Sous Influence Divine ». Dieu lui inspire l'amour, mais l'amour impossible. Serge Gainsbourg, l'homme alcoolisé, au dieu fumeur de Havane, et surtout « Je suis venu te dire que je m'en vais » trouvent leur place dans l'opus de Daniel Darc. L'amour lui inspire des textes poétiques, mélancoliques, moins provocateurs, qui déçoivent les fans puristes du Daniel Darc de Taxi Girl. Après Jacno, Daniel Darc rencontre Etienne Daho, en 1988. Daho lui produit « La ville ». La même année, Daniel Darc enregistre « Parce que » et reprend, après Serge Gainsbourg, Charles Aznavour. En 1994, celui qui s'est mis à écrire, à traduire, à rédiger des critiques musicales pour un magazine, sort « Nijinsky ». Le deuxième album solo ne connaît toujours pas le succès commercial. En 2004, tout change : la veine revient. Alors que le tout Paris s'attend à retrouver le Daniel Darc errant des années 90, marqué par les abus, il découvre un nouvel homme. Ressuscité par le compositeur Frédéric Lo, qui lui a proposé de collaborer au nouvel album de Dani, Daniel Darc livre un « Crève cœur » aux airs de Gainsbourg, où l'amour fréquente l'amitié et la rédemption. Le succès est total, aussi bien critique que public !









LES
INROCKS

Daniel Darc, âme XXL
 
Daniel Darc - La taille de mon âme
Jive - Sony
L'éternel rescapé du rock français parvient
encore une fois à nous crever le coeur. Critique et écoute.

Le sachant séparé artistiquement de Frédéric Lo, qui orchestra son retour parmi les vivants avec le splendide Crèvecoeur (2004) et le moins aimé Amours suprêmes (2008), on ne donnait pas cher de la peau tatouée de Daniel Darc. C'était mal connaître la force de résistance et l'appétit de combat de celui qui, depuis Taxi Girl, défie en parallèle les lois de la médecine et celles de l'attraction pour toujours se sentir férocement en vie quand de la plupart de ses semblables des années poudreuses ne restent que des cendres.
Désormais en tandem avec Laurent Marimbert, revenu quant à lui d'enfers encore plus terribles (2B3, Jenifer et la plupart des purges musicales de la télé réalité), Darc en reprend pour quelques saisons et convoque le Céline de Mort à crédit – C'est moi le printemps, single enjoué – pour mieux enfoncer le clou d'une renaissance perpétuelle qui intrigue autant qu'elle ravit.
Malgré un départ engourdi (Ira), ce nouveau tour de force se déploie bientôt en une suite majestueuse de chansons-travellings entrecoupées de Variations parfois cocasses, dialogues de films ou de studios dans lesquels Darc n'est jamais plus émouvant que lorsqu'il s'amuse de sa légende cabossée. C'était mieux avant est en l'espèce un sommet, poignant et hilarant à la fois – "J'ai peur des noix de coco depuis Keith Richards, j'irai en enfer avec Richard Hell".
Et Marimbert, qui a aussi oeuvré pour Christophe et pour le cinéma, a su trouver l'équilibre parfait entre chanson sous influence divine, BO de film et rock racé (My Baby Left Me, Quelqu'un qui n'a pas besoin de moi), épousant chaque pas de ce rôdeurparleur- chanteur comme si la musique avait été taillée à même sa carnation, sa démarche et sa diction si particulières. Du très léger Les filles aiment les tatouages au plus profond Sois sanctifié, c'est sans doute l'album qui révèle le mieux Daniel Darc, son âme de maudit et son âme d'enfant entremêlées. Taille XXL.








LES INROCKS

The cool side of the (Daniel) Darc
19/01/2012 | 15h32
 
Toujours debout, Daniel Darc part sur les routes avec La Taille de mon âme, son récent album clair et radieux. Comme lui, qui s'est mis au vélo et au tai-chi, qui veut se marier et lit la Bible tous les jours : rencontre.
Il commence par vouloir enlever son T-shirt Rosa Parks pour vous l'offrir. Daniel Darc n'a pas changé. Il y a trente ans, c'était une paire de sandales de plomb, servant à se muscler les abdos, dont il vous faisait cadeau. Taxi Girl venait d'enregistrer Seppuku, album maudit du rock français produit par Jean-Jacques Burnel, bassiste des Stranglers et ceinture noire de karaté. Entre deux prises au studio Aquarium, Burnel racontait ses stages d'endurance au Japon où il fallait se lever à 4 heures du matin et partir courir pieds nus dans la neige.
Dans la foulée, Daniel et moi nous sommes inscrits aux cours de maître Ignacio, rue du Faubourg-Poissonnière à Paris. Deux à trois fois par semaine, on se retrouvait là, à suer dans un dojo qui servait aussi de salle de danse. Daniel trimballait dans son sac de sport les oeuvres de Yukio Mishima, qui à l'adolescence s'était mis à pratiquer l'haltérophilie et les arts martiaux pour endurcir un corps défaillant. De manière assez solidaire, rock et arts martiaux nous semblaient constituer la meilleure voie pour procéder à ce que l'écrivain japonais appelle, dans Le Soleil et l'Acier, "la vérification ultime de l'existence".
Le culte du corps, de la pureté, de la puissance infinie dopait nos âmes chétives et vacillantes. Parvenu au sommet de son potentiel physique, préférant la mort au déclin, Mishima s'était finalement suicidé en 1970, à l'âge de 45 ans, selon le rituel propre aux samouraïs, le seppuku. Au fond, Daniel aurait bien aimé en faire autant. "Mais ça n'a pas marché. Alors je me suis dit : autant aller jusqu'au bout."
A 52 ans, et malgré un corps abîmé, il se sent encore loin du bout. "Quand je me lève le matin, je me dis que c'est du bonus, que chaque jour qui commence est une bénédiction." Depuis quelques mois, il a repris l'exercice physique, parcourt à vélo la distance entre Bastille et le parc Monceau, pratique le tai-chi et le krav-maga (close-combat israélien). Du coup, vous n'imaginez pas son déplaisir lorsqu'on le tarabuste encore sur l'épisode pathétique du Palace en 1979. Cette fameuse première partie des Talking Heads où il se trancha les veines sur scène… Au Daniel Darc tragique et suicidaire, il aimerait bien offrir des vacances.
La meilleure preuve de sa farouche envie de vivre, il l'a sans doute donnée la fois où, au réveil d'une nuit en gruyère, il a basculé de la mezzanine de son appartement et s'est retrouvé sur le carreau avec deux vertèbres lombaires explosées. "Je suis con de te dire ça. J'ai toujours prétendu que j'avais eu un accident de moto." Au diable le prestige dylanien. La vérité, quoique plus crue, n'est pas moins héroïque. "Je suis resté immobile pendant deux jours sans pouvoir atteindre le téléphone. Incapable de prévenir quiconque, j'ai même dû boire ma pisse pour ne pas crever de soif."
Jeune, il ressemblait à Alain Cuny dans Les Visiteurs du soir de Marcel Carné. Depuis son accident, il marche un peu voûté comme le Quasimodo de Notre-Dame de Paris. Lui qui adore les églises et le son des cloches ne saurait s'offusquer. Au demeurant, il semble enfin avoir trouvé son Esmeralda. Elle s'appelle Sophie. Il l'a connue il y a un an et demi. Elle a quinze ans de moins et ça le panique un peu. Il a fait graver leurs deux prénoms sur les bagues en or blanc qu'ils se sont échangées lors des fiançailles. Grand fan d'Elvis Presley, membre du fan-club, il espère célébrer leur mariage à Graceland. "Sauf qu'elle s'en fout d'Elvis, déplore-t-il, elle, c'est plutôt Metallica qui la branche."
A part ça, il revient de loin, du côté de l'alcool, des drogues dures, de l'autodestruction, de la pulsion de mort, de tout ce qui tourne autour de la "grande fêlure existentielle". Inutile de préciser qu'être encore de ce monde l'étonne. "Je me suis shooté avec des mecs qui, depuis, sont morts du sida et je ne suis même pas séropositif. J'ai bien une hépatite C, mais elle s'est endormie." Comme le Daniel de la Bible, il a même survécu à la fosse aux lions après une condamnation pour deal et un passage en prison à Bois-d'Arcy. "Je partageais ma cellule avec un Antillais particulièrement odieux avec moi. Jusqu'au jour où il m'a demandé ce que je faisais. Quand j'ai dit chanteur, il a voulu que je lui chante quelque chose. J'ai commencé Redemption Song de Bob Marley. A la fin, il s'est mis à pleurer et m'a dit : si quelqu'un te touche, je serai là pour te protéger."
Métaphore d'une vie où la musique l'a souvent sorti du trou et veille encore à son salut. Ainsi La Taille de mon âme, son nouvel album, serait presque une manière d'ex-voto, une offrande en remerciement d'une grâce obtenue, d'une prière exaucée. Sur la photo du disque, Darc est agenouillé dans l'allée d'une église, coude posé sur une valise, poitrine recouverte d'un tatouage représentant un coeur surmonté d'une croix. "Je me le suis offert avec les royalties de Coeur sacré, une chanson écrite pour Thierry Amiel", glisse-t-il, sourire espiègle aux lèvres. Un de ses nouveaux titres, Les filles aiment les tatouages, s'en inspire.
Sauf que Daniel ne se contente pas d'exhiber ses tattoos ou de prendre la pose. Il s'est vraiment converti, a même été baptisé en juillet 1997, quelques mois après la mort de son père, et fait depuis partie d'une fraternité protestante. "J'essaie d'aller au temple tous les dimanches. Je lis la Bible tous les jours." Cela étant, La Taille de mon âme ne se répand pas spécialement en bondieuseries, sauf peut-être à la fin avec l'absolution de Sois sanctifié : "Sois pardonné, ta douleur te bénit/ Sois ordonné saint parmi les maudits de l'amour."
Quelques mots sur un chapelet de notes au piano qui en disent long sur la difficile remontée des abysses vers la lumière. Car lumière il y a dans cet album, et même joie de vivre et humour. On est loin du Daniel d'Inutile et hors d'usage sur Crève-coeur (2004), de ces aveux désespérés : "Déjà en moi je sens l'automne qui doucement ronge mon corps." Non, aujourd'hui, il chante sur un ton un peu folâtre C'est moi le printemps, avant d'éclater de rire.
Laurent Marimbert, qui a réalisé le disque et coécrit les chansons, parle d'une "belle rencontre", d'une "superbe aventure". "On riait beaucoup en studio. Un matin, près de la machine à café, je lui ai dit qu'une chanson joyeuse serait la bienvenue. Comme il est du mois de mai et moi aussi, il a commencé à fredonner 'C'est moi le printemps…' C'est venu comme ça." Pour une première collaboration, ce travail étalé sur toute une année fut du bonheur pour l'un et l'autre. "Je n'ai jamais connu une telle complicité, excepté aux débuts de Taxi Girl", insiste Daniel.
Quand l'émulation se teinte de respect et d'affection, le rendu est souvent imparable. L'habillage évoque parfois le Gainsbourg des années Initials B.B. (My Baby Left Me), voire celui plus tardif d'Aux enfants de la chance (Ira), avec cette voix devenue plus profonde avec les années : "Les épreuves sont là, gravées. Personnellement, je la préfère comme ça." Question de tessiture et d'attitude. Plus relâché, parfois goguenard, Daniel se fait moins dark et plus "crade", cet autre lui-même.
Préférant ironiser sur son déclin et prendre le parti d'en rire, il détricote l'histoire de sa vie, celle d'un enfant du paradis ("du purgatoire aussi") qui a trouvé amour et foi en chemin. Avec les années, la mélancolie a perdu en âpreté (Seul sous la lune). Dans ce monde imparfait, Daniel semble avoir enfin trouvé sa place. Celle incertaine des foudroyés dont Kafka dans son journal disait qu'elle est "extorquée à l'incompréhension, à la pitié, à la lâcheté, à la vanité et où seul un mince ruisselet digne d'être appelé amour coule dans les profondeurs du sol". Quant à ce corps dont il faisait jadis grand cas, qu'il glorifiait par la contrainte et l'endurance, il le réduit aujourd'hui à que dalle : "Si tu savais mes bras… rien. Si tu savais mes jambes… rien". Mais si vous saviez la taille de son âme…










écrit par Martin Rahin
21 novembre 2011

DANIEL DARC
Interview punch drunk love

Si nous étions des hommes, il s'agirait d'une rencontre d'hommes. Mais je manque de réflexes et Darc frappe en dessous de la ceinture. On échange quelques coups. Un crochet passe, Darc entre dans ma sphère, je porte mon coude lentement vers son visage, Darc pince déjà ma braguette. J'ai perdu.
Darc aime la boxe, le kyokushinkai, cherche le K.O., s'accroche au vide, du tranchant de sa main il assomme un taureau : « Dans la vie il faut être un fils de pute pour rester en vie ; excuse-toi toujours, mets en confiance avant de cogner. Deux claques sur les oreilles, la paume dans le nez, pas de couteau mais un stylo – moins de problèmes avec la police – au pire tu plies un journal en deux et tu vises le cou. »  Darc a foutu son bushido au clou, pas sa gentillesse.
Entre la tonnelle cinétique et l'écoulement dogmatique de la fontaine, la véranda du Musée de la Vie Romantique accueille une apologie sincère et tendre de la traîtrise. Une lâcheté pardonnée, comme les arrangements de ce nouvel album, « La Taille de mon âme », dont on accuse Laurent Marimbert, producteur de Nolwenn, Tarkan, 2 be 3… Dante, enfer, troisième cercle. Un Fred Lo congédié, il aimait trop Costello. Deux albums parfaits et à la porte, enfin on ne juge pas, on n'est pas dans les arcanes, et quand on aime on ne sonde pas. Certaine choses ne doivent pas durer. Malheureusement, l'accumulation des « on » ne sauvera pas un album gueule cassée, défiguré par des cordes froides et loin d'être raides, un manque de profondeur dans la production – qui égale à peine celle d'un bassin pour enfants dans une piscine municipale – et pour finir, des cuivres qui méritent un premier accessit de non parti-pris. Bref, Darc prêche dans le désert. Il s'en fout, les assassins lui confient leurs secrets et dehors il pleut très fort.
Les textes, oui. La diction aussi terrible que l'addiction, c'est lui qui le dit. Le savoir dire. Des thèmes nouveaux, purs : vieillir, la déperdition du corps. Moins nouveaux : la Bible, perdre les copains. Comment lui en vouloir ? Darc n'est pas un lâche, mais il n'a pas le courage de bien s'entourer. Il redressera la table du Festin nu avec le gluant Marimbert pour un album de jazz en quartet. On espère le Vian du changement.
Non, Darc n'est pas lâche, c'est un courageux. Vingt ans à vivre dans une valise c'est long ; des volontaires ?
Si la musique ne répond plus, pourquoi pas le roman, la poésie ? « Écrire un livre qui ne parle de rien comme Flaubert, la plus belle chose au monde, ce n'est pas pour moi. » Manque de souffle pour Darc, lucidité qui force tous les blindages de l'admiration. Il a tout dans les jambes, il me fait faire la chaise, je ne fais pas le poids, je m'écroule. La seule et vraie puissance de Darc c'est la chanson et son absence de règles, le format court, né pour courir le cent mètres. Quel gâchis ! Les plus beaux textes français sont bien à lui, et qu'on ne vienne pas me repasser les roustons avec Alister, alors filez-lui un Vannier, un Goraguer, un orchestre, un big band… Un disque de country ?
Il veut faire un album par an, voire plus. Il parle de guitares à la Reinhardt, de Miles, qu'on le laisse faire. Merde c'est vrai, la crise remonte la rue Chateaudun à contresens. On sera patient.
« Darc est crad et card et darc Elvis versa. » Mais Darc est surtout un enfant du paradis, et le fait savoir par l'intermédiaire d'Arletty : « Je ne suis pas belle, je suis vivante, c'est tout ». Tu ne nous dois rien d'autre. Des pièces roulent de sa poche, tintent. La responsable du musée lui propose d'en jeter une dans la fontaine, ça porte bonheur, et avec un peu de chance on assomme une carpe fluo. L'espérance de vie d'une carpe est de cent ans. Darc regarde ses pieds, tout sourire : « Oh moi, le bonheur…» Tu n'es pas beau, tu es vivant, tu ne nous dois rien. Abi gesind Chavver.
Daniel Darc // La taille de mon âme // Sony
Réalisation interview: Rod (Hiboo)








Propos recueillis
en janvier 2008
DERNiÈRE SORTIE :
"Amours Suprêmes"
Par Christophe Labussière 
Photos Rudy Waks 

Une rencontre avec Daniel Darc n'est jamais quelque chose d'ordinaire. Car Daniel connaît aussi bien l'histoire du rock que les ficelles de la presse musicale. Il en maîtrise les ressorts, les méthodes, les attentes et il en connaît très bien les protagonistes. Et surtout, il sait pertinemment qu'il en est lui-même un acteur, un bon acteur, et il ne manque jamais de le rappeler. Il joue. Pas un rôle, il joue, simplement, à être Daniel Darc, dans ce film dont il écrit lui-même le scénario. Et il le fait avec un plaisir évident. Derrière un discours en apparence désordonné (Daniel est un personnage hallucinant), on se surprend toujours à le découvrir guidé par une intelligence, en apparence instinctive, mais pourtant toujours très, très, réfléchie.

Prémonition ? Je connais, mais je ne sais plus ce que c'est, je te jure je connais... J'ai pas écrit pour vous ?

Si si, il y a pas mal d'années, tu nous faisais régulièrement des papiers.
Oui oui. Je me souviens bien de toi. On se voyait régulièrement à l'angle de la rue Lepic et de la rue Cauchois. Tu te rappelles ?

Oui, très bien ! Ça s'est bien passé les interviews aujourd'hui ?
Tu sais y a des moments où je deviens un peu taré. Là, juste avant, le mec était agressif... Tu enregistres là ? Faut le dire que tu enregistres !

Ça tourne oui.
Quand je te dis c'est "off" c'est off.

Oui oui, bien sûr.
Il était super gentil en fait, mais au début il me faisait flipper j'avais l'impression qu'il me faisait la gueule. Mais en fait je ne crois pas, je crois qu'il était carrément impressionné. Franchement je sais pas pourquoi... c'est vrai, c'est pas de la fausse modestie. Donc tu coup j'ai pété les plombs, j'ai fait n'importe quoi, j'imitais Artaud, j'ai fait le départ de Giscard d'Estaing !

C'était pour la chaîne Ciné Cinéma ?
Ouais, Ciné Cinéma je crois... mais je ne sais pas, j'ai même pas de télé.

Tu as enchaîné un paquet d'interviews...
Oui justement, c'est ce que je disais. D'ailleurs, ne t'inquiète pas, c'est possible qu'au cours de la conversation je ne sache plus si je viens de te dire un truc ou si je l'ai dit la fois d'avant. Ne te vexe pas si je te pose la question, je fais attention à toi, mais il y a des fois où je ne sais plus. Donc oui, j'en ai fait toute la journée.

Tu as fait récemment la couv de Technikart ?
Ouais, Rock n' Folk, Technikart et un autre truc... le journal du TGV je crois.

C'est bien pour toi ou alors ça te fait chier ?
Bien sûr c'est bien. Qu'est-ce qui est bien ? De faire les couvertures ?

D'être tant demandé. En fait, ça ne te pèse pas ?
Tu sais, je pense qu'il y en a beaucoup qui font ce que je fais et qui vont te dire que ça les fait chier. Mais moi non. Même sur mon site, que je ne regarde pas souvent parce que je n'ai pas internet non plus en ce moment, il y a des gens qui crachent sur ce que j'ai fait, des fans de la première heure, parce que maintenant ça se vend. Je pense que pour toi c'est pareil, si tu montes une revue tu espères qu'elle se vende, c'est normal. Parce que pour moi, sans même parler de l'argent, même si évidemment je préférerais avoir de l'argent que de ne pas en avoir, si j'écris quelque chose, c'est pour que les gens le lisent, sans ça, tu gardes ton truc chez toi.

C'est une montre, c'est quoi, qu'est ce que c'est ?

(Il regarde ma montre)

Ha ouais, ha c'est marrant. Ça fait autre chose ou pas ?

Non, ça donne juste l'heure.

Régulièrement, tu parles de tes amis qui sont morts, dans tes chansons, sur scène ; toi, tu n'es pas mort, il y a une raison ?
Oui, je pense.

C'est parce que tu crois en Dieu, tu es plus fort que les autres, tu as pris des drogues de meilleure qualité, c'est juste le hasard ?
C'est un peu tout ce que tu viens de dire. Alors bon, sur scène j'ai arrêté ça un peu, je crois, et puis dans les interviews, faut voir que je ne parle pas que de ça. Mais effectivement, c'est toujours ça qui reste.

Oui effectivement, et pour le coup, c'est moi qui en parle.
Alors non, je ne pense pas que ce soit parce que je crois en Dieu. Je pense effectivement que peut-être il y a quelque chose de Dieu... mais en même temps mes amis qui sont morts, je ne vois pas pourquoi ils auraient dû être punis, tu vois. Pour rester très simple, je pense déjà qu'il y a un truc tout con, c'est que j'ai fait beaucoup de karaté et je pense que j'ai un corps assez résistant, et puis, et puis voilà quoi. Effectivement, j'ai eu des drogues un peu meilleures que les mecs dans la rue, enfin je sais pas, j'ai pas testé la leur, mais je pense. C'est aussi pour ça que je parle de mes amis morts. Je sais pas. Ça me gêne vachement, j'ai pas envie trop de parler de ça. Tu vois, enfin ça n'a rien à voir, mais quand j'entends les témoignages des gens qui sont revenus des camps de concentration, effectivement ça n'a absolument rien à voir, mais quand même, ils se sentent parfois coupables, et moi, des fois, je me sens coupable.

D'être encore là alors que tes potes sont morts ?
Ouais. Enfin, quelques fois, moins maintenant, beaucoup moins maintenant, mais il y a encore quelques années oui. Maintenant non. Maintenant, à la limite c'est plutôt positif parce que je me dis que je suis un des derniers qui puisse témoigner.

Mais tu ne te drogues plus du tout maintenant ?
Je bois encore.

Ha, donc tu picoles...
Non pas énormément. Pour une interview, avant trois demis je ne me sens pas à l'aise. À trois demis c'est bon.

Si tu ne prends plus de drogue, tu es reparti pour 40 ans de plus.
Tu sais, c'est pas forcément bon de ne pas prendre de drogue. Les gens disent qu'ils ont eu des problèmes de drogue, je n'ai jamais eu de problème de drogue, j'ai eu des solutions de drogue et d'alcool. Sans les drogues, sans l'alcool, je me serais tué depuis longtemps. Donc ça m'a aidé, ça m'a vraiment aidé. L'héroïne m'a aidé.

On parle de la vie et de la mort et...
Ben tu veux parler de quoi d'autre ?

Je ne pense pas qu'il y ait d'héroïnomanes qui tiennent jusqu'à 90 ans...
Tu connais un mec qui s'appelle William Burroughs, il est mort à 83 ans.

C'est vrai.
Je vais essayer de battre le record.

T'es parti pour.
Il y a 23 ans tu chantais "Sommes jeunes sommes fiers". C'est toujours valable aujourd'hui ?
Si tu avais Daltrey tu lui demanderais si c'est toujours valable de chanter Hope I die before I get Old ?

Peut-être.
Alors moi, j'ai envie de te répondre "fier toujours", "jeune non". Quand j'ai écrit ce titre-là, je me souviens très bien de ça, j'ai écrit justement en pensant que pour moi, dans ma tête (j'étais tellement plus jeune), que dans trois ans je ne pourrai plus le chanter. Je le savais très bien. C'était pas parfait du tout ce texte, mais je me suis dit, faut le faire vite. Je voulais mon My Generation. Je l'ai fait vite et voilà.

T'as lu le bouquin du mec de Technikart ?
Gros enculé Benoit Sabatier, de la merde son livre de pourriture. Par contre, tu peux dire que j'aime beaucoup Technikart, à part Sabatier.

Ha bon, il est pas bien son livre ?
T'en penses quoi ?

J'ai lu le début, et ça m'a appris des choses sur les années 50, sur Elvis Presley...
Ça peut-être, je sais pas. J'ai pas lu le début. Elvis Presley... il connaît rien sur Elvis Presley.

Je trouve ça intéressant le fait qu'avant, la jeunesse n'existait pas, et que d'un coup elle s'est mise à exister.
Je trouve ça complètement...

C'est un truc que je ne savais pas.
Toi qui est intellectuel, qui est intelligent en tout cas, il suffit que tu lises un mec qui dise ça pour que tu dises je ne savais pas ? Tu peux pas penser que peut-être il se trompe ?

J'en ai parlé à mon père...
Pour moi, il se trompe.

...qui n'a jamais été fan d'Elvis Presley, mais qui m'a dit qu'effectivement, avant, ils étaient un peu tous formatés, rien que physiquement, au niveau des fringues...
Et moi je peux te dire que mon père était Zazou, il est né en 24. Tu vois ce que c'est les Zazous ? Ils étaient tous habillés pareil, c'était un mouvement de jeunes, il écoutaient Glenn Miller, Benny Goodman... Et les parents, pas spécialement ceux de mon père, mais les parents trouvaient ça honteux, dégueulasse. Avec les filles qui mettaient des robes courtes qui s'arrêtaient là, mais à cette époque c'était court. Sabatier, son bouquin, pour moi, du début à la fin c'est une connerie. Excuse-moi. Tu peux le dire en plus, ça me gêne pas.

C'est pas ton pote...
Juste un truc, mais vraiment je t'explique, c'est pour ça que je te pose la question. Ça m'étonne vraiment ce que tu dis, en disant "Je savais pas". Attends, tu vois, si tu lis un truc d'un nazi qui dit "Les juifs sont des sous-hommes", tu ne vas pas dire "Je savais pas, il doit avoir raison".

Oui mais...
C'est pas méchant ce que je dis..

Je sais bien. Mais si je lis le bouquin d'un mec dont la démarche est d'expliquer des choses... Elvis Presley, je ne connais rien, c'est pas mon truc, moi j'ai commencé à écouter de la musique avec la musique des années 80.
(il me montre les tatouages sur ses poignets) Date de mort. Date de naissance.

Ha putain..
1935, 1977.

Tu ne te considères donc plus comme jeune aujourd'hui ?
C'est assez compliqué ce truc-là. Je vais répondre, mais ça peut durer des heures. En fait, en allant au plus simple, il n'y a rien pour moi de plus pathétique que les mecs qui disent "Je suis toujours jeune" et qui ont 70 balais. Tu vois, Guy Marchant, j'aime beaucoup Guy Marchant en plus, quand il se marie avec une pute russe de 30 ans, il peut dire "Je suis resté jeune, t'es resté jeune", mais derrière lui il a beaucoup plus de temps que devant. J'ai plus de temps derrière moi à 48 ans que devant. Voilà, c'est mathématique. Pour moi, jeune ça veut quand même dire que tu as toute la vie devant toi. Moi, dans le meilleur des cas, il me reste un peu moins de la moitié. 1/3 disons, il me reste 1/3. Tu vois ce que je veux dire ? Donc en même temps on peut dire ce qu'on veut, mais... Effectivement, il y a des gens de quinze ans qui sont vieux. Tu prends par exemple Fillon, le soi-disant ministre qui fait rien, lui, quand il était môme, il avait un poster de Charles de Gaulle dans sa chambre. Donc là tu peux dire...

...qu'il n'a jamais été jeune.
Il a été au mouvement Occident, Ordre nouveau. Avec Charles Fillon.

(Le serveur) Daniel, tu veux un shot de quoi toi ? Un shot normal ?
Ben un shot de moi.

(Daniel s'adresse à moi) T'en veux un de moi ?

De quoi ?
Un shot de moi. Ça s'appelle "le Darc". Je te jure ça s'appelle le "Darc". C'est un petit verre.

Avec de l'alcool ?
(Il me regarde et se fout de moi) Non non, il y a deux jus de fruit super bien. Y a pamplemousse et un truc rare, goyave, encore plus rare.

J'en veux bien un.
Excuse-moi, je vais essayer de faire moins de digressions.

Non non, ça ne me pose pas de problème.

Donc, ce que je te disais, c'est que j'ai 48 ans. Je ne suis pas un teenager. Si on parlait anglais ce serait mieux, tu vois, je ne suis pas un teenager, teenager ça s'arrête à 19 ans. Qu'est ce que tu veux que je te dise, forcément, si tu me montres un vieux de 102 ans qui n'entend plus rien et qui pisse sous lui, à côté, je suis jeune. Quand t'es une femme, c'est facile, tu te repères très bien parce qu'on ne te dit plus mademoiselle, on te dit madame, mais quand t'es un mec c'est moins facile.

Et quand tu vieillis, si tu n'as pas fait de gamin, tu ne peux plus en faire...
Oui, mais tu peux en adopter.

(La patronne du bar passe à côté de nous)
Moi ça ne sera qu'avec elle si j'en fais un. Elle le voulait avec Leotard, elle m'a dit "À part Leotard t'es le seul mec qui me touche".

Leotard, le frère...
Je pensais pas à François, je pensais à Philippe. Mais j'aime beaucoup François, parce que je l'ai vu à Ruquier... Haaaaa digression. Je l'ai vu à Ruquier, il a écrit un livre sur son frère, et tu vois, la vieille, la vieille qui parle comme une merde et qui a un cheveu sur la langue, celle qui fait des pièces de théâtre...

...Isabelle Mergault...
Voilà. Elle lui dit (il l'imite) "Ça me dégoûte, c'est un peu comme Gainsbourg (parce que Thunders, elle connaît pas), c'est un peu comme Gainsbourg, parce qu'ils ont raté leur vie on les trouve bien". T'as envie de lui dire, putain, si tu pouvais rater ta vie ça serait pas mal pour toi.

À ce propos, tu dis "Rater sa vie". Je lisais Télérama hier et tu disais...
Pourquoi y a un truc dans Télérama ?

Oui oui, du rédactionnel, je pense qu'ils t'ont rencontré, mais c'est du rédactionnel.

Tout le monde, tous les journalistes te présentent comme "le loser", "l'écorché".
Magnifique !

Le mec qui a raté sa vie...
Gâché, gâché.

Ça te plaît ? Tu n'aimerais pas qu'on te considère comme un mec "normal" qui fait de la musique et qui a du talent ?
Quelques fois j'aimerais. J'aimerais être un mec normal, mais j'ai essayé deux, trois fois, ça ne marche pas très longtemps. Me lever tôt pour "travailler plus, pour gagner plus", c'est pas mon truc.

C'est bien "le Darc" non ?

Oui oui, c'est super bon.

Tu l'écris pas ça. Non mais, Off. Je te jure, vraiment tu l'écris pas.

(Je coupe l'enregistrement et il me donne la composition du "Darc")

Donc ce côté loser, ça te va vraiment bien ?
Mais non. Tu sais quoi, à un moment ça me faisait chier. Maintenant ce qui m'éclate c'est qu'on me traite de loser au moment ou enfin je commence à gagner de l'argent. Tout le monde me demande, me demande des textes, tout se passe bien pour moi. Tu sais, c'est comme, je sais pas... ouais ouais j'aime bien ça. Tu vois perdant, je pense que c'est à peu près comme youpin. Avec mes potes, entre nous on se traitait de youpins, même les blacks entre eux ils se traitent de nègres. Perdant, je m'en branle, je suis un perdant et c'est bien. J'en ai rien à foutre. Franchement, j'en ai plus rien à foutre, ça ne me gêne pas.

Ça te va.
Ça me va, attends. Les gens, les personnes qui écrivent ça, ça les regarde, et s'ils ne trouvent rien de plus inventif, je ne vais pas écrire leurs textes. Je pourrais trouver un truc mieux, mais ils ne me demandent pas d'écrire pour eux.

Mais quand tu dis dans tes chansons "j'ai gâché ma vie".
Ouais ?

Tu le penses ?
J'adore, j'adore ça.

Tu le penses vraiment ?
Gâché, gâché, pas raté. Encore une fois c'est une chanson...

Ha oui, "gâché" pas "raté".
Je pense que j'étais...

...que tu aurais pu faire mieux..
...que j'aurais pu faire beaucoup, beaucoup, mieux. Mais bon voilà.

Mais tu n'as pas de regret sur ce que tu as fait ?
Pourquoi j'ai une chanson qui s'appelle Les Remords d'après toi ? Excuse-moi hein. C'est pas Les Regrets, mais ça aurait pu s'appeler comme ça. Mais Souchon il avait déjà une chanson qui s'appelait Les Regrets, donc j'ai fait Les Remords. Je pense qu'ils restent. Je pense qu'ils restent, et j'aime bien ça.

Quand tu as commencé avec Taxi Girl, tu avais quoi comme but ? Tu pensais à autre chose qu'aux 5 mn qui allaient suivre ? Tu avais de vraies envies ?
T'as arrêté le lycée en quelle... t'as fait des études après toi ?

J'ai fait 2 ans après le bac.
Et tu pensais à quoi ? Après, quand tu as arrêté, tu pensais à quoi ?

Heu... Je sais pas. À prendre un appart.
Quand t'avais 16 ans tu pensais à 5 mn plus tard ?

Non, je pensais au week-end qui arrivait.
Ben voilà. Sauf que le week-end, c'est un long week-end depuis 48 ans.

Tu n'as jamais eu de vision d'une carrière, de quelque chose comme ça ?
Tout ce qui m'intéressait c'était l'écriture. J'ai écrit. J'écris. Je vais écrire. Il n'y a que ça qui m'intéresse. Voilà.

Et aujourd'hui, c'est pareil, tu as toujours la même envie ?
Écrire, écrire, écrire, toujours. Tu sais, je pense sincèrement, sincèrement, que Taxi Girl ce n'était pas le meilleur groupe de l'époque. Vraiment pas. C'était pas un "bon" groupe. Et c'était surtout pas le meilleur. On était simplement les seuls. On se disait "Jamais on va travailler, jamais on va faire autre chose, rien à foutre de ça". Moi, si ça n'avait pas été ça, je prenais les armes et je braquais. Qu'est ce que j'en avais à foutre de travailler 8 heures par jour ? Mais attention, parce qu'une fois un journaliste a interprété ça et j'étais vraiment en colère, ça ne veut pas dire que je n'ai pas de respect pour les travailleurs, bien au contraire. Mon père était travailleur, et justement, je ne voulais pas vivre comme il avait vécu, je le voyais malheureux, ça me faisait chier, je ne voulais pas ça.

Tu n'as jamais travaillé 8 heures par jour ?
Mais si. J'ai travaillé à la Fédération protestante, puis quand j'étais môme, pour acheter ma première guitare, j'ai dû travailler à Babyliss, et aussi à Félix Potin. Après, j'ai fait de l'intérim un peu partout, dans des usines à la con, je me suis niqué le dos parce que j'allais à Simca Poissy. Si, j'ai travaillé, mes parents sont des prolétaires.

Au niveau de ta vie personnelle, tu n'as pas de regret, tu n'as pas de gamin...
À ma connaissance non. Je ne pense pas. Je n'ai pas de femme, je n'ai pas d'enfant.

Et ça te tente pas ?
(Silence)

Je sais que c'est idiot, c'est pas un truc qui tente, c'est un truc qui se fait...
Ouais, non...

Tu ne te dis pas "J'ai 48 ans et j'ai "toujours" pas de gamin" ?
Bien sûr, tous les jours, je me dis ça. Simplement voilà, c'est dur à suivre un mec comme moi pour une femme. Mon ancienne femme a résumé le truc en me disant "J'ai pas envie d'être veuve".

T'as été marié ?
Non, enfin quand je dis femme, "woman", pas "wife". Non, j'ai pas été marié. J'aimerais avoir un enfant et je me dis plus le temps passe, plus je me dis que je n'ai pas envie d'être un petit vieux... Tu vois, j'ai pas envie à 60 balais d'un môme qui me dise "Papa tu cours avec moi" et que je lui réponde "Ben non", parce que je peux pas."

On en est tous là, sauf que j'ai pas 48 ans moi...
T'as quel âge ?

J'ai eu 40 il y a 3 jours...
Ha ouais, je croyais que t'avais moins que ça.

Merci.

40 ans, ça va. Quoiqu'en même temps, je me rappelle mes parents quand ils avaient 35 ans, ils venaient me chercher à l'école et ça me faisait flipper. Je les trouvais trop vieux par rapport aux autres. C'était une autre époque, aujourd'hui c'est différent... Keith Richards et tous ces rockers qui sont vieux et qui font des mômes, ils savent que quand ils ne seront plus là quelqu'un s'occupera de leurs gamins et que tout se passera bien. Mais quand t'es un prolo et que tu crèves, ton gosse après, il a toutes les chances de faire un groupe de rock tellement il sera malheureux. Qu'est-ce que tu veux qu'il fasse d'autre ?

On n'a pas parlé de l'album. Tu le trouves bien ?
Non non, c'est pour ça que je l'ai fait.

Sérieusement...
J'ai fait une grosse merde et je me suis dit, tiens on va la commercialiser. Qu'est ce que tu veux que je te réponde ?

Mais je n'ai pas dit "Est-ce que tu trouves que c'est une grosse merde" ?
Tu m'as dit "Tu le trouves bien ?". Non non, je le trouve nul.

Si tu mets "Crève-Coeur" et "Amours Suprêmes" côte à côte, tu le trouves comment le dernier ? Mieux ? Pareil ? Identique ? Non, mais je te jure, c'est pas pour t'emmerder que je dis ça...
J'hésite entre "pareil" et "identique". Quelques fois je le trouve un peu mieux, mais quelques fois un peu pire. "Pareil", "identique", il faut que tu m'expliques la différence. J'ai du mal.

Il s'est quand même passé quelques années entre les deux.
Voilà. La différence c'est ça.

Mais le nouveau est pourtant vraiment dabs la continuité.
La différence pour moi... c'est ce que tu viens de dire. Là j'arrête de déconner. Il y a eu un paquet d'années effectivement, les années ont passé, la foi que j'avais à l'époque, c'était une foi de nouveau converti. Je dirais que maintenant j'ai toujours la foi, mais j'ai le doute qui est revenu, ce qui est tout à fait normal, et ce qui à mon avis approfondit la foi. Et puis, j'ai fait une sorte de deuil sur le sujet. Quand je l'ai écrit, je ne sais pas si ça se comprend, mais avec "Crève Coeur", le sujet principal c'était une relation qui s'arrêtait, sans le faire complètement, mais en le faisant, tout simplement. Voilà, je sais pas, Kerouac a très bien résumé ça en disant que les histoires inventées c'est pour les petits enfants. J'écris pas des contes de fées, j'écris ce que je vis, j'écris ce que je vois, je parle de mes potes. Je raconte ça et le temps a passé, il y a des choses qui ont passé. Si tu veux que je rentre dans ton truc, j'ai des amis qui sont encore morts, et voilà, donc j'écris d'une façon encore différente et en plus, là, on avait un peu d'argent et on a pu se permettre d'inviter des gens. Sur le premier tout le monde trouvait ça sublime que ce soit minimal, mais c'était minimal parce qu'on n'avait pas une thune, on faisait tout à deux, mais pour le dernier, on a pu avoir des gens, on a pu aller dans un meilleur studio, on a pu mixer d'une meilleure façon. Tu comprends ?

Oui.
Bois, allez, cul sec.

Le prochain, il sort quand, dans quatre ans ?
Cul sec !

Si je bois, quand je vais partir je vais oublier le walkman...
Mais on s'en fout, je ne vais pas te le voler, on s'en fout. Je ne prends plus d'héroïne ! Ha tiens, tu veux que je te raconte un truc drôle ou pas ?

Dis-moi.
La première fois que j'ai rencontré Frédéric Lo, c'est lui qui me l'a rappelé parce que moi... En fait, il jouait dans un groupe qui s'appelait Léonora. Éléonora ? Léonora ? Éléonora ? Faudra que tu vérifies, je crois que c'est Éléonora (c'es bien Éléonora -ndlr) . Et donc, il m'a rappelé simplement qu'un jour il faisait notre première partie, je ne sais plus où en France, il faisait notre première partie, et il m'a raconté en fait que je discutais avec lui et qu'il s'est rendu compte que je lui avais piqué une pédale wah-wah. Pour la revendre, évidemment, pour me faire un shoot ou deux. Il m'a raconté ça... j'étais grave, je suis désolé.

On n'arrête pas de parler de "Crève Coeur" et d'"Amours Suprêmes", pour toi, ce n'est pas important ce que tu as fait avant ? Je ne parle pas de Taxi Girl, je parle de "Sous Influence Divine", "Parce que" et "Nijinsky" ?
Ouais, c'est important... Mais je m'en fous. Je sais pas si t'as vu dans l'émission sur Ciné Cinéma le truc de Claude Ventura... non c'était autre chose... on interrogeait Godard, c'était un truc sur "À Bout de Souffle". À la fin ils finissent par appeler Godard au téléphone parce qu'il ne veut pas les rencontrer et le mec appelle Godard en disant "On fait un reportage sur "À bout de souffle", est-ce que vous voulez bien nous voir ou parler de ça avec nous au téléphone". Godard répond "Moi, je travaille". Ben voilà, moi je travaille, je suis sérieux. Je travaille, ouais, y a des trucs biens, y a des trucs pas biens, moi je crois sincèrement que j'écris beaucoup mieux qu'avant et je veux continuer à écrire. Je ne te demande pas d'être d'accord, je te dis ce que je pense.

Tu n'écris que les textes ?
Sauf le titre avec Alain (Bashung -ndlr), où c'est moi presque entièrement. Enfin bon, il y a un refrain très bien qu'a trouvé Frédéric. Mais le reste du temps il arrive avec sa suite d'accords et puis après, soit il me dit sa mélodie et je modifie, ou bien je la fais moi tout seul. Plus ça va, plus c'est moi qui fais tout seul, et si ça ne lui plaît pas il me dit "Là tu devrais faire gaffe". Et dans ce cas, on la refait ensemble. Et après, je fais le texte en fonction de la mélodie que j'ai trouvée .

J'adore l'album "Sous influence divine".
Je trouve qu'il est mal mixé. Il y a de bonnes chansons. Ce qu'il y a dans tes yeux, je l'aime beaucoup, et puis Juste toi et moi.

Il n'y a pas un seul morceau à jeter, tout est bien.
Le single est un peu un morceau à la con.

Quel titre ?
Je ne sais plus... avec les violons. C'est Jacno qui a voulu ça, alors que moi je voulais le faire à la Burt Bacharach. Ça s'appelle... ha oui, j'aime bien le titre : (Ne m'en veux pas si je) Pars sans te retourner.

Le titre avec Bashung, ça s'est fait comment ?
On se connaît depuis un certain temps. Pour moi, c'est le meilleur chanteur français, vraiment, mais vraiment. Et puis j'aime bien ce mec, plus que bien, c'est mon ami. On a fait une mini-tournée ensemble qui s'appelait "Les Aventuriers", on était deux par loge, on parle pas beaucoup tous les deux, mais moi je trouve qu'il y a un truc mieux que parler. Il a un côté Cassavetes, quand je suis avec lui j'ai l'impression d'être dans un film de Cassavetes. En plus, à un moment donné on avait le même tourneur, Laurent Castagné. J'ai dit à Laurent "J'aimerais bien faire quelque chose avec Alain parce que je crois que ça pourrait être bien" et Alain a dit "Si c'est pour Daniel j'arrive". Et voilà, il a lu le truc, il a dit "Ok on y va". Et il y avait deux rai... je peux parler un peu de ce titre ou pas ?

Oui, bien sûr.
Ce titre, je l'ai fait en anglais, volontairement. Il y a plein de raisons. Pour moi, quand tu as tout un album en français, si tu as un truc en anglais, quand tu l'écoutes pour la première fois, tu fais moins attention. Enfin, je pense ça, c'est peut-être le contraire pour d'autres, enfin pour moi c'est comme ça. J'en ai profité pour parler de choses précises dans le texte, j'ai utilisé des expressions qui en français n'auraient pas permis de faire un single. Je voulais aussi un peu faire oublier le fait qu'on était deux chanteurs, c'est pour ça qu'on parle et qu'on ne chante pas. La veille, j'avais écouté, j'avais entendu par hasard, Le Bolero de Ravel et puis c'était une période ou j'écoutais beaucoup Le Sacre du Printemps et je voulais un truc très rythmique. Je me suis dit, avec nos voix, on va faire quelque chose. Et une des raisons pour laquelle j'ai pensé à Alain, c'est qu'Alain est pour moi une sorte de tom bass et moi une sorte de cymbale.

Vos voix collent effectivement super bien ensemble.
Je sais pas pour moi, mais lui il est super. Justement, le truc, c'est marrant, je crois qu'on a un truc, je trouve qu'on a le même background, on connaît les mêmes choses. Donc je pense qu'il y a une unité, même si en même temps on est très différents.

Pour parler d'autres collaborations, j'ai vu que tu avais bossé pour Thierry Amiel...
Ouais.

Et pour Alizée...
Alizée. Ouais. Et ça, c'était un truc. Je l'ai rencontrée. C'est quoi ce sourire à la con ?

J'ai pas souri du tout ?!
Elle avait un mec avec elle, Benjamin je-sais-pas-quoi... Chatelain.

Jérémy Chatelain.
J'ai refusé des gens.

Tu as refusé qui ?
Je vais pas te dire les noms. Maintenant, quand j'y pense, je me dis que j'aurais peut-être dû le faire. Mais bon j'ai refusé deux personnes très connues. Ok ? Un qui est très connu pour être de droite, et l'autre qui est très connu.
Tu connais l'histoire de Marlon Brando avec Truman Capote ?

Non...
Le dernier verre qu'a bu Marlon Brando, tu sais ce que sais, tu connais ça ?

Non...
Marlon Brando était limite alcoolo, enfin il était baiseur surtout, mais il buvait, il buvait beaucoup. Truman Capote lui dit "Faut que je te vois, je voudrais faire une grande interview". Il dit "Attends, je bois moi, j'en ai besoin, tu veux boire avec moi ?". Alors il arrive, sur ses gardes, mais il commence à boire. Et alors qu'il était complètement pété, il commence à raconter qu'il enculait ses potes quand y avait plus de meuf, enfin tout ça, et de ce jour-là , il a lu le truc, il a foutu des mecs sur le dos de Truman Capote, et il n'a plus bu un seul verre d'alcool jusqu'à la fin de sa vie. Donc voilà, c'est pas parce que j'ai bu que je vais te donner les noms. Paye-moi encore un shot et tu verras, y a rien qui sort. Mais paye-m'en un pour essayer, on va voir.

Donc, concernant Alizée c'est un vrai choix ? Ou bien c'est juste une opportunité et...
Pas une opportunité, d'accord ? C'est un choix. À vrai dire, je me voyais aussi un petit peu comme Gainsbourg avec France Gall.

Et le résultat est bien ?
Je ne l'ai pas écouté, mais oui je pense que le résultat est bien. Je crois que c'est une meuf bien. J'ai aussi écrit pour Marc, Marc Lavoine, c'est un mec que je respecte vraiment. Pour Tchéky Kario, je ne le connais pas bien, mais je crois aussi que c'est un mec bien.

Et Thierry Amiel ?
Thierry Amiel, c'est un peu plus compliqué parce que je ne l'ai pas rencontré lui. C'est le seul. J'ai demandé à voir des interviews de lui. Et franchement, je trouvais qu'il était pas con, vraiment. Et en plus celui qui s'occupait de ça, c'est le mec qui a mixé "Crève Coeur" et "Amours Suprêmes", François de la Bruyère. C'est lui qui m'a dit, il m'a dit comme ça, "Écoute, je sais que tu ne vas pas aimer parce que c'est Star Ac et tout ça, mais je pense que c'est un mec bien".

Tout ça, ça te fait en plus de belles rentrées d'argent.
Ça, ça me fait chier ça par contre.

Qu'est-ce qui te fait chier ?
Qu'est ce que tu poses comme questions attends...

Mais c'est pas une question !
Évidemment, je suis content d'avoir de la thune.

Mais je sais bien, c'est ce que je te dis.
Encore une fois, les nouveaux rockers à la con qui te disent, parce qu'il y a des "nouveaux rockers", c'est le nouveau truc, ils disent "Ha c'est pas bien, ils sont vendus". Qu'ils aillent se faire enculer. Eux ce sont des fils de riches, moi je viens de chez les pauvres. J'aime bien l'argent d'ailleurs.

C'était vraiment pas un reproche Daniel.
L'argent en plus, tu sais, l'argent il me sert à quoi ? À payer.

On va le dire autrement, c'est mieux d'écrire des chansons pour des mecs qui vendent que pour des mecs qui vendent pas du tout. En plus dans ce cas personne, n'"écouterait" ce que tu as écrit.
Ben putain, j'y avais pas pensé, mais je pense que t'as raison en fait.

Daniel se lève, m'entraîne avec lui et me présente un vieil ami, un homme au physique incroyable, "C'est un des premiers qui m'a fait marcher". Qui rectifie lui-même, "Qui t'a aidé à te relever Daniel, quelque soit le sens."







INTERVIEW DE DANIEL DARC Les confessions
Propos recueillis par Julien Demets pour Evene.fr - Janvier 2008 - Le 22/01/2008

Depuis 2004 et la sortie de l'album 'Crève-Coeur', beaucoup de gens se sont rendu compte qu'il existait en France un rocker sans banane mais aux textes bouleversants : Daniel Darc. Quatre ans après, l'ancien chanteur de Taxi Girl sort 'Amours suprêmes'. Le disque de la reconnaissance par le grand public ?

Dire qu'on présente souvent Daniel Darc comme un type sinistre ! Certes, en le voyant arriver dans son QG, un bar parisien où il a écrit tous les textes d''Amours suprêmes', on se doute que le chanteur ne va pas monter sur une table pour entonner 'L'Hymne à la joie' : il est légèrement en retard, paraît sortir d'une nuit blanche et s'excuse timidement. Mais dès qu'on lui tend un micro, Daniel Darc se montre éloquent, grand amateur de digressions délirantes, parfois vindicatif et souvent extrêmement drôle. En un mot, vivant.
'Crève-Coeur' a été un triomphe critique et vous a remis en selle. Vous n'étiez pas un peu paralysé à l'idée de devoir lui donner un successeur ?
Ça s'est fait dans la continuité. Il s'est passé beaucoup de temps avant 'Crève-Coeur', mais ça ne veut pas dire que je ne faisais rien. Je ne demandais pas mieux que de faire des disques. Simplement, plus personne ne me faisait confiance. Pour les maisons de disques, je n'étais qu'un junkie. C'est à ce moment-là que j'ai trouvé Frédéric Lo et Laurent Castanié, mon tourneur-manager, et que j'ai pu faire un album. Mais je n'ai jamais arrêté d'écrire, j'écris tous les jours.
Qu'est-ce que 'Amours suprêmes' a de différent ou de plus que 'Crève-Coeur' ?
 Quand je l'ai enregistré, pour moi, c'était mieux que 'Crève-Coeur'. Sinon, ça ne servait à rien de le faire. J'ai aussi changé ma façon de travailler. Avant, j'essayais toujours de faire l'album parfait, un truc à la 'Berlin' de Lou Reed. Maintenant, je fais les choses plus naturellement. Ce qu'il a de mieux ? On avait plus d'argent, donc on a pu avoir de vrais instrumentistes : Robert Wyatt mais aussi Pete Thomas et Steve Nieve des Attractions, l'ancien groupe d'Elvis Costello.
Vous espérez en vendre davantage ?
Les mecs qui disent qu'ils ne veulent pas avoir de succès, je ne les comprends pas. En allant au bout de ce raisonnement, ça voudrait dire qu'ils s'en foutent que leur album sorte ou pas. A partir du moment où tu estimes avoir quelque chose à dire, plus il y a de gens qui l'entendent, mieux c'est. Je ne vais pas défiler tout seul dans la rue en levant le poing…
Quel est votre morceau préféré sur l'album ?
'La Seule Fille sur terre', pour le texte. C'est la première fois que j'arrive à faire une histoire. Kerouac disait : "Inventer des histoires, c'est pour les enfants." Moi, je n'ai pas inventé une histoire, je l'ai juste racontée. Par exemple, la première phrase du refrain, "Elle a, tatoué sur le bras, un poignard et une croix", ça m'est venu en pensant à ma grand-mère, qui était à Auschwitz.
Après avoir été élu "meilleure révélation" aux Victoires de la musique avec 'Crève-Coeur', quelle récompense visez-vous avec 'Amours suprêmes' ?
 Je ne connais même pas les catégories ! La dernière fois, j'ai donné le trophée à ma mère, elle était contente. Je vais essayer de lui ramener un autre de ces trucs en or… Meilleure retraite, ça existe ? Mais bon, je me fous un peu des récompenses. Imaginez qu'on me propose une Légion d'honneur de chevalier des Arts et des Lettres, un truc de ce genre. Eh bien je refuserais tant que c'est un gouvernement de droite…
Vous abordez des thèmes plutôt introspectifs. Pourriez-vous écrire sur des thèmes de société, sur la politique ?
Je ne suis pas Bernie Bonvoisin ! Tu me vois écrire un truc sur l'écologie ? Je vais reprendre une chanson de Gainsbourg et après je vais me marier avec Sarkozy ? Non, laisse tomber… Par contre, j'aimerais bien sortir avec Marine Le Pen, comme dans le film 'Permanent Midnight' quand Ben Stiller, qui joue un scénariste juif, flirte avec une nazie. Une scène géniale !
Tout espoir n'est pas perdu : vous avez déjà pensé faire du cinéma ?
On me l'a proposé plusieurs fois mais j'avais toujours des rôles de dealer. J'ai déjà fait de la prison pour ça, je n'ai pas envie d'en faire des films…
Y aura-t-il des clips pour certaines chansons d''Amours suprêmes' ?
J'espère. On m'a proposé d'en faire un avec Christophe Honoré, mais sans me demander mon avis. Quelqu'un me l'a présenté : "C'est lui qui va faire ton clip." Je n'étais pas au courant alors j'ai été odieux avec lui. C'est con parce qu'en fait, c'est un mec très bien. Donc j'en profite, sinon il va me prendre pour une merde : "Christophe, je ne voulais pas te dire ça, je suis désolé !"

Voir la vidéo de Daniel Darc
A moins qu'il ne s'agisse d'un improbable hasard, le titre de ce nouvel album fait référence à l'album 'A Love Supreme' de John Coltrane. Pourquoi l'avoir mis au pluriel ?
C'est une idée d'un ami à moi, l'écrivain Marc Dufaud. Je lui ai fait écouter l'album et il m'a dit de mettre le titre au pluriel. J'ai trouvé ça vachement bien. C'est déjà lui qui avait trouvé le titre 'Crève-Coeur'. A l'époque, en écoutant les morceaux, il avait dit : "C'est bien de faire un vrai crève-coeur." J'ai gardé ça.
Puisque vous aimez mentionner vos artistes préférés, pourquoi ne trouve-t-on pas davantage de reprises sur vos album ?
Normalement, je vais bientôt faire un disque de reprises. Mais des reprises de chansons de Cole Porter, 'My Funny Valentine', du jazz, quoi. Je vais voir s'il existe des traductions pour les textes, j'ai un accent anglais un peu merdeux…
Ecrire pour les autres, ça vous permet aussi de faire quelque chose de différent…
Quand j'écris pour Alizée, ce n'est pas un fond de tiroir que je ressors. J'ai parlé avec elle, je la connais un tout petit peu, c'est de ça que je pars. Je m'adapte. Dans un autre genre, si j'écrivais pour Johnny, je ne mettrais pas de "ou" dans mon texte parce qu'il dirait "u".
Comment un ancien junkie réagit-il face au mythe de la drogue dans le rock ? On le voit avec Pete Doherty ou Amy Whinehouse : dans l'esprit d'un tas de gens, le fait de se défoncer, ça donne une crédibilité…
 Quand j'étais au lycée, je voyais des mecs se défoncer et je trouvais ça effectivement cool. Dans le même genre, Mick Jones des Clash a dit un jour : "Quand j'étais petit, je voulais être guitariste et junkie." Guitariste, c'est compliqué, junkie c'est plus facile. Mais en ce qui me concerne, je n'ai pas eu des problèmes de drogue, j'ai eu des solutions de drogue. Ça m'a évité de me foutre en l'air, au même titre que le fait d'être myope m'épargne toutes les merdes qui nous arrivent en face. Je pense que certaines personnes ont une certaine sensibilité et que la dope est un moyen rapide d'y remédier. Après, la différence entre Amy Winehouse et Pete Doherty, c'est que j'ai envie de faire l'amour avec elle et de lui écrire des chansons : elle a une voix sublime. Alors que lui, pour moi, il n'a pas spécialement de talent. Ce qu'il reste d'Edith Piaf ou de Billie Holiday, ce n'est pas qu'elles se défonçaient, c'est que c'était des chanteuses sublimes. Il y a des génies et des cons. Le reste, on s'en fout.
Par la force des choses, vous êtes vous-même devenu un archétype du poète-maudit-torturé-revenu-de-tout. Ça vous énerve ou vous trouvez ça plutôt classe ?
Ça n'est pas réfléchi, je ne fais que parler de ce que je connais. Je connais des junkies, des mecs qui sont morts du sida, des voyous, des gangsters… Mon monde, c'est ça. Et puis je ne suis pas poète, ça ne veut rien dire, ce n'est pas un métier.
(S'ensuit une longue digression sur l'enseignement de la littérature à l'école. Sachez simplement que Daniel Darc a eu son Bac de français en parlant de Kerouac à sa prof qui lui proposait un sujet sur 'L'Etranger' et un autre sur 'Le Rouge et le noir', et qu'il adore Abd al Malik. D'ailleurs, l'école ferait bien de s'inspirer de la pédagogie du slammeur pour éduquer ses élèves plutôt que de les soumettre à des exercices abstraits, comme repérer l'hémistiche dans des poèmes de Rimbaud.)
Ecrire un bouquin, ça vous ferait envie ?
 J'ai écrit deux romans dont un que j'ai balancé et l'autre que j'ai perdu chez moi, parce que c'est le bordel. J'ai écrit quelques nouvelles qui ont été publiées et je continue actuellement, je pense que ça va sortir. Mais entre un roman et une chanson, c'est un peu la même chose qu'entre le marathon et le 100 mètres. Je crois que je suis plus doué pour le 100 mètres.
A ce propos, faites-vous toujours du sport ?
Non. J'ai fait quinze ans de karaté. J'aurais dû être professeur à Kyoto, c'était un sacré challenge, surtout pour un Européen. Et puis la dope est arrivée… Aujourd'hui, je fais juste un peu de musculation.
Comment vous imaginez-vous vieillir ?
Comme Bob Dylan, ce serait parfait. Il sort un album, il tourne, il est tout le temps sur la route. Comme je n'ai ni femme ni d'enfants, pas d'attaches, je peux faire pareil. "A House But no Home" - désolé si ça fait Jean-Claude Van Damme de le dire en anglais. Ce serait parfait de vieillir comme Dylan, Iggy Pop ou Keith Richards. Mais les trois, à leur âge, ont plus de talent que j'en ai actuellement.
Keith Richards, vous trouvez qu'il vieillit bien ? Sur scène, il est plutôt pitoyable…
Quoi ? (il exhibe son t-shirt à l'effigie du guitariste des Stones) Allez, t'as gagné, l'interview est finie.






vendredi 16 mai 2008
Daniel Darc - N'écoute pas les idoles...


A vous je ne mentirai pas : le second anniversaire de ce blog m'a plongé dans des abymes de mélancolie. Le premier s'était fait dans la liesse. Le second, bizarrement, a été l'occasion d'une espèce de rétrospection aussi nécessaire que désagréable. Arrivé à un certain stade de sa vie bloguienne vient l'heure des bilans...et le Top of the Flops ne fait pas exception à la règle. Rubrique phare du Golb au moment de sa création, restée chère au cœur des lecteurs les plus anciens...cette dernière est de loin celle des catégories golbiennes à avoir le plus souffert de l'épreuve du temps. C'est même peut-être l'aspect de ce blog qui témoigne le plus de mon évolution personnelle. Autrefois je tirais à boulets rouges sur tout et n'importe quoi. Aujourd'hui entre le moment où j'ai l'idée d'un TOTF et celui où je l'écris il se passe plusieurs mois, et on ne tire plus vraiment sur les ambulances. Seuls les artistes bénéficiant d'une hype raisonnable y ont désormais droit, ceux qui réussissent encore à fédérer quelques fans sans s'attirer les moqueries des esthètes. Bref : hier c'était Jean-Louis Murat plutôt que Madonna. Aujourd'hui c'est Daniel Darc plutôt que... Madonna, aussi (enfin : non plus).
 
Mais le plus triste dans cette histoire c'est qu'après un bref retour en arrière je me suis aperçu que les TOTF n'étaient jamais aussi réussis (c'est à dire vengeurs et teigneux) que lorsque je cognais sur des gens que j'aimais bien. Ca, ça m'a vraiment beaucoup angoissé...à tel point que j'ai presque été tenté, durant un bref mais interminable instant, de chroniquer le dernier Darc en faisant preuve de bonne foi. Idée allant évidemment à l'encontre du concept même de cette rubrique. C'est à peu près à ce moment-là que j'ai songé à mettre la clé sous la porte : ma rock'n'roll attitude s'en était définitivement allée. Et là...u n miracle a eu lieu. Rien moins. Figurez-vous que mon lecteur MP3 en shuffle a eu l'idée folle (mais salvatrice) de passer « Aussi belle qu'une balle » (classique taxigirlien de 1986). En entendant ce titre irréprochable...j'ai tout simplement, comme Daniel avant moi, retrouvé la foi. Sauf que la mienne était mauvaise. Pas de bol pour Daniel.
 

La Foi justement ne serait-elle pas le principal problème de Daniel Darc ? A l'instar de son idole Johnny Cash, l'ex-leader de Taxi Girl a retrouvé la sienne en cessant de se droguer. On est ravi pour lui. Fallait-il en faire toute une discographie pour autant ?... la question mérite d'être posée. Plus de vingt ans après son premier opus en solo (adorable Sous influence divine) Darc n'a toujours pas compris qu'il ne suffisait pas d'écrire les mots Paradis, Enfer, et Dieu quatorze fois par album pour que l'auditeur ressente sa Foi la plus profonde. On ira même jusqu'à avancer sans trop se découvrir que ce serait plutôt l'inverse : la Foi inébranlable n'a guère besoin d'être scandée à longueur de chansons. Elle est là, elle se sent et ne se discute pas. L'indicible requiert un minimum de subtilité lorsqu'on souhaite l'exprimer, non ? Nick Cave n'a jamais eu besoin de parler d'Enfer de Paradis ni de Purgatoire pour que se dégage de son oeuvre un mysticisme poignant, complètement barré à ses débuts et d'une sobre élégance depuis une dizaine d'années. A l'inverse de celles de Darc et de tant d'autres, ses chansons les plus profondément mystiques (« Into My Arms », « God is in the House ») sont construites contre les clichés, colifichets, et images d'Épinal - allant jusqu'à détourner le langage biblique traditionnel pour bâtir tout un univers dessus. C'est infiniment plus touchant que quand Darc cite la Bible au milieu d'une chanson (très bien) arrangée par Jacno (« Sous influence divine ») ou met en musique le « Psaume 23 » (sur Crève-cœur). Dans le fond (et c'est quelqu'un qui a retrouvé la Foi il y a peu qui vous le demande) que penser d'un type qui au bout de vingt ans a encore besoin de raconter à la terre entière qu'il croit en Dieu ? De la part de n'importe quel chanteur de variété on trouverait sans doute ça absolument grotesque ou vulgairement prosélyte. Dans le meilleur des cas on se dirait que ça commence à salement sentir la méthode coué, un peu comme un gosse qui réciterait chaque soir le Notre Père en espérant qu'un truc va se produire qui n'arriverait jamais - mais va continuer quand même hein... dans le doute. La vérité c'est que si Obispo adaptait le « Psaume 23 » avec un clavier Bontempi tout le monde serait d'accord pour dire que c'est de la merde. Quand cela vient de Daniel Darc, artiste censé être crédible... c'est profondément émouvant, c'est merveilleux, c'est Crève-cœur, album vendu par palettes entières qui fit découvrir l'ex leader de Taxi Girl à toute la génération Cali (la double peine en somme). L'expression vaste fumisterie ne semblera pas déplacée dans ce cas précis.
 
Johnny Cash ! Répondront alors en chœur les (forcément) fervents supporters du damné du rock français. Ah bah oui alors : Johnny Cash. Il a bon dos, le pauvre Homme en Noir. Sous prétexte que la Statue du Commandeur a chanté sa Foi en long en large et travers il faudrait donc se coltiner sans broncher tous les caprices de rockstars récemment converties au christianisme comme d'autres se mettent au bouddhisme ? Loin de moi l'idée d'accuser Darc de ne pas être sincère dans sa Foi (on admettra qu'il y a sans doute plus hype et vendeur que la Foi inébranlable en notre Seigneur). Néanmoins on frôle le révisionnisme musical dans la mesure où les albums les plus mystiques de Cash sont sans doute ses plus mauvais et de très loin. Pas parce qu'ils sont mystiques, mais parce qu'on y retrouve absolument rien de ce qu'on aime chez lui - à savoir sa rage et son ironie souvent cruelle. A Believer Sings the Truth pourra sembler attachant à quelqu'un de plus tolérant que son auteur, ça n'en reste pas moins un album affreusement médiocre dans lequel Cash interprète principalement des niaiseries sans intérêt mis à part pour quelques grenouilles de bénitier. Bien sûr il est sincère... mais depuis quand la sincérité permet-elle d'évaluer la qualité d'une œuvre ? Non, les morceaux mystiques de Cash qui vont droit au cœur sont ceux (pas si nombreux) qu'on retrouve au gré des compiles des années 60, et bien sûr ceux qu'il a enregistré sur le tard, dans les années 90 et 2000... et une demi-seconde d'écoute de « Spiritual » suffit à souligner que même si le texte est simplissime on est à des années lumières de ce que le même Cash pouvait produire vingt ans plus tôt sur le même sujet. A croire que la Foi, comme tout dans ce bas monde, gagne à être mûrie et domptée.
 
Cette question évacuée (et vous noterez avec quelle délicatesse j'a évité de souligner que les disques de Dylan que Darc préfère sont Saved et Shot of Love - je ne voudrais pas le charger) revenons à Crève-cœur, ce disque si émouvant de Darc le survivant qui a enfin trouvé la Rédemption avec un grand R. Enfin c'est ce qu'on a cru à l'époque, parce que force est d'admettre que la rédemption par la médiocrité n'a quand même rien de très excitant. Attention : je ne dis pas que Crève-cœur est un disque médiocre. Ce serait pousser la mauvaise foi à un degré tel que ça n'en serait plus crédible. C'est assurément un bon album, son problème est juste d'avoir été atrocement surestimé à sa sortie. Faut-il ne pas l'avoir écouté longtemps pour ne pas se rendre compte que l'ouvrage, effectivement poignant par moment, est aussi long que répétitif, manque de nerf autant que de compositions ambitieuses, et qu'après avoir eu pendant toutes les années 80-90 la sensation que Darc était en train de crever... on avait désormais la sensation qu'il chantait depuis son cher Paradis - c'est à dire de manière absolument désincarnée. D'ailleurs il ne chantait plus vraiment, syndrome dit du Survivant Renaud oblige - à la différence notable que si Renaud a toujours très mal chanté, Darc fut quant à lui un chanteur au talent indéniable. Le voir sombrer dans un talk-over de plus en plus envahissant pour faire mode avait en 2004 quelque chose d'un peu triste, ça ne s'est pas arrangé depuis puisqu'en 2008 Darc ne chante carrément plus du tout - il ne fait même plus grand chose sur son album (on y vient). Bref ce Crève-cœur, l'histoire en retiendra assurément quelques fulgurances (« La Pluie qui tombe », « Rouge rose ») mais en faire la pierre angulaire de la nouvelle chanson française (dixit un journaliste a priori drogué avec qui j'ai interviewé un jour ledit Darc en conférence de presse)... ça relève carrément de l'escroquerie. Surtout si l'on considère que « Mes amis », n'en déplaise aux Rock&Folk, Inrocks et autres prosélytes (hum...) de la néo-darcomania, est avant tout un titre variétoche des plus putassiers. Sans vouloir être méchant on a quand même du mal à croire que quiconque ayant déjà posé une oreille sur Nijinsky ou Seppuku soit capable de qualifier le mignon Crève-cœur de disque magnifique (notez que magnifique est, ceci étant, un terme foutrement galvaudé de nos jours).
 

Or donc on espérait pas vraiment que Daniel Darc inverserait violemment la tendance pour ce nouvel album... on avait raison. Amours suprêmes n'est ni plus ni moins que la copie conforme de son prédécesseur, à tel point qu'on pourrait graver un CD-R avec les titres de l'un et de l'autre dans le désordre... quelqu'un ne les connaissant pas serait bien incapable de les différencier. Une seule écoute des « Remords » suffit à s'en convaincre : on est toujours dans une espèce d'electro-pop assemblée de bric et de broc, avec des synthés dissonants juste ce qu'il faut pour ne pas choquer l'auditeur et une scansion laissant supposer que le chanteur a été pris par surprise au saut du lit (commentaire presque trop gentil : à vrai dire on a presque toujours la désagréable impression que Darc se fout complètement de ce qu'il chante). Si l'argument de l'artiste qui se répète est toujours un peu bébête (l'artiste par définition ne fait que se répéter), le cas échéant force est de reconnaître que ce qui pouvait charmer il y a quatre ans est juste absolument bassinant aujourd'hui. Mais bon : c'est Daniel Darc. Alors on y revient, on s'accroche quand n'importe quel autre album de ce niveau aurait été revendu au bout d'une semaine. On essaie de deviner le concept, la couleur, les ambitions... Darc a la spécificité d'avoir jusqu'alors enregistré quatre disques solos totalement différents les uns des autres. Chacun avait sa propre couleur, son son caractéristique, chacun de ces quatre premiers albums apportait quelque chose à l'univers du chanteur. On était en droit d'attendre cela d'Amours suprêmes... et on dira gentiment qu'on est tous en droit de se tromper de temps en temps. Car plus le disque tourne plus le constat est limpide, évident, cruel mais indéniable : le péché (décidément...) d'Amours suprêmes n'est pas tant d'être une copie carbone de Crève-cœur... que d'en être une copie foirée quasiment du début à la fin. A vrai dire on a plus souvent l'impression d'avoir affaire à quelqu'un imitant Darc plutôt qu'à Darc en personne. Un peu à la manière de Robert Smith lorsque Cure a publié Wish, l'ex alter ego de Mirwais se retrouve sur son nouvel album à sonner comme ses clones. C'est flagrant sur « Serais-je perdu », morceau usant qui donne une définition merveilleuse du terme autoparodie.
 
Car l'autre problème majeur d'Amours suprêmes c'est que ce qui devait arriver est arrivé : Daniel Darc est bloqué. Coincé en mode résurrection. Non pas uniquement musicalement... mais à tout point de vue. Lui dont on a vu la musique évoluer parallèlement à son cheminement personnel (vers la rédemption, donc) s'avère ici tout aussi incapable de se réinventer dans le fond comme dans la forme. Crève-cœur paraissait dix ans après Nijisky. Qu'on aime ou pas ce terme, il s'agissait bel et bien d'une résurrection, d'un retour en grâce. Daniel Darc ne jouait pas au survivant : il en était bel et bien un. En 2008 la donne n'est évidemment plus la même et la suite logique aurait été un album peut-être proche dans la forme (pourquoi pas ?) mais a priori plus apaisé - sinon lumineux. Alors quand Darc nous refait le coup du blasé qui a survécu à tout, cette fois, ça ne passe pas. La seule chose à laquelle il ait survécu ces quatre dernières années c'est la gloire, l'amour du public et la druckérisation de sa carrière. Désormais quand il nous chante que « La Vie est mortelle » on a juste l'impression qu'il se fout de notre gueule. On y croit plus. On ne peut plus y croire parce que ça sonne faux, et que rien n'est fait pour nous donner envie de suivre le sympathique Daniel. Ni la production clinquante ni le duo jet-set pitoyable avec Bashung - deux mythes brisés pour le prix d'un (les gars, quand on a rien à dire mieux vaut se taire). On se demande franchement ce que Robert Wyatt est venu faire dans cette galère, à vrai dire sa contribution est juste insipide (« Ca ne sert à rien », oui - en effet) et tape dans un registre sous-Radiohead qui à l'heure du Jugement Dernier risque de peser lourd dans la balance de cet artiste monumental. Difficile de comprendre comment la critique a pu recevoir si complaisamment un disque aussi faiblard parfaitement résumé par son premier single : Quand je mourrai j'irai au Paradis / C'est en Enfer que j'ai passé ma vie. A seize ans on sourit et l'on excuse. A presque cinquante... on s'inquiète. L'album entier pourrait vraiment tenir dans ce morceau : mélodie éculée et texte d'une naïveté confinant à la niaiserie. Daniel joue les midinettes torturées du début à la fin, parodie (involontairement) le Gainsbourg de Melody Nelson comme mille autres avant lui (« Amours suprêmes » - Coltrane est mort rassurez-moi ?)... combien de temps encore avant le duo avec Indochine ?
 
Triste cocktail, vraiment, que cet album décousu et décourageant. On devine l'idée : Darc a décidé qu'il était le Cash français. Le survivant. Il n'en finit plus de revenir et, après avoir été miraculeusement remit en scelle par une rencontre (Frédéric Lo pour Rick Rubin - chacun sa croix) s'est lancé dans ses French Recordings. Il y en aura d'autres des comme ça, n'en doutons pas. Ca ne fait que commencer. Dommage hélas que la seule vraie légende dont on puisse le rapprocher soit Iggy Pop, avec qui il partage la particularité fâcheuse de n'avoir finalement jamais été foutu de composer une seule bonne chanson tout seul. Lorsque ses comparses s'appellent Mirwais, Jacno ou Betzounis (moins connu soit, mais on ne saurait que trop recommander le superbe album de Delaney Blue, paru il y a déjà deux ans) le résultat est grandiose. Lorsque c'est un gentil décorateur d'intérieur comme Lo... c'est au mieux sympa. Au pire cela s'appelle Amosurs uprêmes et c'est... lourd, trop lourd. Sauf sur un titre lumineux placé en milieu d'album : « La Seule fille sur terre ». Référence au « Seul garçon sur terre » de 1987, tant pour son titre que pour son swing. Là, dans ce petit interstice rapidement noyé par le reste, Darc retrouve la Grâce. La vraie. Tout n'est peut-être pas perdu pour lui. Ca pourrait peut-être même le remotiver de savoir qu'une rédemption est toujours possible. Il aime tellement ça, les rédemptions...


Amours suprêmes, de Daniel Darc (2008)














































02/08/2012
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