Alain YVER

Alain YVER

DANIEL DARC, à plus tard

DANIEL DARC







http://www.danieldarc.fr/

http://www.danieldarc.com/

http://www.facebook.com/danieldarcofficiel

http://jazz.blog4ever.com/blog/lire-article-78728-9454420-daniel_darc.html


http://www.lepoint.fr/culture/le-chanteur-daniel-darc-est-decede-jeudi-28-02-2013-1634474_3.php

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/793043-deces-de-daniel-darc-la-voix-sans-issue.html

http://www.youtube.com/watch?v=Zk0CWe7ZHDk

Obsèques de Daniel Darc
http://www.20minutes.fr/tv/afp-actus/66129-les-adieux-au-chanteur-daniel-darc




Dernier hommage émouvant à Daniel Darc

Le Monde.fr avec AFP | 14.03.2013 à 14h21

Les proches et les amis de Daniel Darc, dont Jean-Louis Aubert et Etienne Daho, ont rendu un émouvant et fervent dernier hommage au musicien, mort à Paris le 28 février à l'âge de 53 ans, jeudi lors d'une cérémonie d'obsèques au temple protestant de l'Oratoire.
D'origine juive, l'ancien chanteur de Taxi Girl s'était converti au protestantisme et une profonde ferveur imprégnait ses dernières œuvres, ont rappelé ses proches, dont sa marraine, lors de la cérémonie. Le pasteur, comme ses proches, ont évoqué avec émotion un artiste attachant, simple et entier, un "homme paradoxal, qui avait connu l'enfer et aspirait à l'éternité".
JOHNNY CASH, LA DERNIÈRE IDOLE
Entourant sa famille, des membres de la communauté musicale étaient venus lui rendre un dernier hommage : collaborateurs, journalistes et artistes comme Jean-Louis Aubert, Etienne Daho, Marc Lavoine, Didier Wampas, La Grande Sophie, Lescop, Axel Bauer...
A la fin de la cérémonie, le cercueil noir a été emporté pendant que résonnait dans le temple la voix d'une de ses idoles, Johnny Cash, reprenant Hurt de Nine Inch Nails. Le chanteur devait être inhumé en début d'après-midi au cimetière de Montmartre, quartier où il avait vécu de nombreuses années.

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/03/14/dernier-hommage-emouvant-a-daniel-darc_1847963_3246.html






Daniel Darc a été retrouvé mort, jeudi 28 février à Paris. 

Daniel Darc sera inhumé jeudi au cimetière de Montmartre
DECES - Le chanteur Daniel Darc disparu la semaine dernière sera inhumé dans l'intimité, jeudi 14 mars au cimetière de Montmartre.

Le chanteur Daniel Darc, mort le 28 février dernier à 53 ans, sera inhumé jeudi au cimetière de Montmartre à Paris, "tout près de là où il a vécu de nombreuses années", a annoncé sa maison de disques, Sony, lundi dans un communiqué.
Avant l'inhumation, un culte d'obsèques aura lieu à 11H15 au temple protestant de l'Oratoire, dans le Ier arrondissement. Son corps avait été retrouvé, inanimé, dans son appartement du XIe arrondissement de Paris, le 28 février dernier.
"Daniel témoignait avec force de sa foi chrétienne"
Dans son communiqué, la Maison de disques Sony a rendu hommage au chanteur. "Dans ses chansons, ses concerts, ses interviews et ses conversations avec le public, Daniel témoignait avec force de sa foi chrétienne", rappelle Sony, qui précise que le chanteur s'est éteint "de mort naturelle" afin de stopper toutes les polémiques entourant la mort du chanteur et son hygiène de vie.
L'ancien chanteur du groupe Taxi Girl, figure marquante du rock français des années 80, a été trouvé mort dans un appartement du XIe arrondissement de Paris. Daniel Darc avait signé en 2004 un retour foudroyant avec "CrèveCoeur", l'un des meilleurs albums de cette année-là (environ 60.000 ventes), ce qui lui avait valu à 45 ans une Victoire de la musique de l'album révélation de l'année.






Le 28 février 2013, Daniel Darc, de son vrai nom Daniel Rozoum, a été retrouvé mort à l'âge de 53 ans par son producteur dans son appartement du XIe arrondissement de Paris, laissant le monde de la musique en deuil.

L'ancien chanteur du groupe Taxi Girl, connu pour son tube Cherchez le garçon (1981), sera inhumé au cimetière de Montmartre à Paris jeudi 14 mars, "tout près de là où il a vécu de nombreuses années", a annoncé sa maison de disques, Sony, lundi 11 mars.
Afin de permettre à tous de lui dire adieu, un culte d'obsèques aura également lieu à 11h15 au temple protestant de l'Oratoire, dans le 1er arrondissement de Paris.
Si le jour de son décès des rumeurs de mort liée à une absorption d'alcool et de médicaments ont fait surface, la maison de disques tient à rappeler que le chanteur est bien décédé de mort naturelle.







Entretien réalisé par Michaël Melinard

Ancien chanteur de Taxi Girl, Daniel Darc est un mythe vivant du rock français qu'il considère pourtant comme un oxymore, les deux, selon lui, n'allant pas ensemble. Ce précurseur du punk hexagonal et fin limier de la chanson sera sur la scène Zebrock de la fête de l'Huma, le 14 septembre


HD. Comment avez-vous choisi votre nom de scène, Darc ?
Daniel Darc. Darc, à l'envers, ça faisait Crad. J'aimais bien. Je me souviens qu'au début de Taxi Girl, j'étais dans une bagnole avec deux copines. Je trouvais des noms ridicules. Je ne sais même plus ce que c'était. Elles se foutaient de moi. J'ai trouvé Darc et elles ont arrêté de rire. Je ne crois pas avoir pensé à Dark (sombre - NDLR). Je voulais surtout les doubles initiales.
HD. Comment vivez-vous l'évolution de votre voix ?
D. D. Je chante mieux qu'avant. À l'époque de Taxi Girl, j'écrivais plus des nouvelles. Les mélodies venaient plus du fait que je tordais un peu des nouvelles dont j'essayais de faire des textes de chansons. Maintenant, j'écris de vraies chansons avec un couplet, un refrain. Surtout, je suis moins bavard. Je n'aime pas trop ce que j'écrivais dans Taxi Girl.
HD. Quel est votre rapport à l'écrit et à la littérature ?
D. D. J'écris encore des nouvelles. Je suis doué pour une forme courte, pas pour un truc long. Et je ne suis pas un travailleur. À la limite, j'écrirais peut-être un roman, un jour, mais comme Romain Gary l'a fait avec Émile Ajar. C'est-à-dire que je le ferai sous un autre nom. Dans ce cas, ça n'intéressera personne, de toute façon.
HD. Vous étiez un enfant du rock et du punk. Comment vous considérez-vous aujourd'hui ?
D. D. Je viens du punk. Ma vie a été sauvée par le rock. À 11 ans, j'ai découvert Elvis Presley. J'écoutais Gene Vincent et des trucs comme ça. Je voulais être guitariste. Mais je n'étais pas doué. Enfin, je n'étais pas travailleur. Avant, je voulais être romancier. Quand le punk est arrivé, je me suis dit qu'il y avait quelque chose à faire. C'est un peu prétentieux de le dire mais j'ai influencé des gens. Déjà, le fait de chanter en français. Beaucoup de gens m'écrivent et me disent qu'ils ont chanté grâce ou à cause de moi. J'ai croisé dans la rue Joseph d'Anvers. Il voulait arrêter la musique. Je lui ai dit : « Si ce n'est pas important pour toi, arrête. » Après, il s'est rendu compte que c'était important. Il a donc continué. Je pense que si tu n'es pas prêt à crever pour ça, il ne faut pas le faire. Sans ça, je serais mort ou en prison. Il était hors de question pour moi de travailler 8 heures par jour.
HD. C'est paradoxal d'être prêt à crever pour la musique tout en disant que le rock vous a sauvé ?
D. D. Oui, c'est paradoxal. Mais je ne peux faire et ne sais faire que ça. Sinon, je pense que j'aurais braqué des banques ou que j'aurais été dans la lutte armée. Ou j'aurais été un junkie…Mais j'étais aussi un junkie.
HD. Le Daniel Darc dilettante que vous présentez au monde l'est-il vraiment ?
D. D. Ce n'est pas une pose. Françoise Sagan disait : « Si seulement, je travaillais. » Si seulement, je travaillais, j'aurais fait des romans. J'écris tous les jours mais mes textes, je les fais en studio.
HD. N'est-ce pas finalement là, dans ce refus de la valeur travail, que se trouve votre côté le plus subversif ?
D. D. Je regrette. J'espère travailler plus. Mais j'étais dans la dope. Ce n'est pas un style de vie qui va avec le travail. Et chez moi, c'est le bordel, j'essaie de ranger un peu. J'essaie d'avoir un endroit où travailler.
HD. Quel est le sens de votre présence à la Fête de l'Humanité ?
D. D. La Fête de l'Huma m'intéresse. Je n'aurais pas fait la fête du Front national ou de l'UMP. Je suis de gauche. Je ne suis pas communiste du tout. J'étais libertaire. Mais j'ai de la sympathie pour les communistes. Et en plus, il y a Patti Smith.
HD. Vous arborez fièrement sur le torse une croix tatouée ?
D. D. Je prie tous les jours. Je vais au culte tous les dimanches. Cela fait partie de ma vie. J'ai toujours cru en Dieu. Je voulais être Adam. Et après, j'ai été libertaire. Donc, pendant un moment, je n'y croyais plus. Et c'est revenu. Je me suis converti au protestantisme parce que, pour des raisons théologiques, le catholicisme, ce n'était pas possible. Je ne l'ai pas fait pour réparer mes torts. Je suis toujours un junkie. Quand t'es un junkie, tu le restes.

HD. Vous avez évoqué la présence de Patti Smith à la Fête. Que représente-t-elle pour vous ?
D. D. En 1977 à Paris, il y avait une boutique qui s'appelait Harry Cover avec un juke-box gratuit. Je mettais deux titres en boucle. « Peace Factory », de Patti Smith, et « Anarchy in the UK », des Sex Pistols. C'est avec ces deux titres que je me suis dit qu'il y avait quelque chose pour moi. Dans « Peace Factory », il y avait ce côté jazz. J'ai toujours écouté du jazz. « Amours suprêmes » (un album de Daniel Darc sorti en 2008 -NDLR), c'est une référence à John Coltrane (et à son disque « A Love Suprême », datant de 1964 - NDLR). Le punk new-yorkais m'intéressait plus que le punk anglais. Il était moins « social ». Il y avait plus de références à la poésie française. Les textes de Patti Smith, ses références à Rimbaud m'ont toujours intéressé.
HD. Vous avez aussi parfois évoqué votre intérêt pour Jean-Luc Godard...
D. D. Je l'ai découvert par Patti Smith. Elle avait fait un film, « Cinéma pas mort, Mister Godard ». J'ai tout fait à l'envers. Je l'ai découvert par le rock. « Le Mépris », « À bout de Souffle » et « Pierrot le Fou » font partie de mes films préférés. J'aime tout Godard, même « Film Socialisme ».
HD. Parmi les musiciens auxquels vous vous êtes référé figure aussi Johnny Cash... 
D. D. J'ai fait une overdose de Johnny Cash. Aujourd'hui, tout le monde déteste la country sauf Johnny Cash avec le film (« Walk the Line » - NDLR) et tout ça. Avant, il était de bon ton de dire que c'était un vieux con. J'ai toujours aimé Johnny Cash, même si c'est un mec réac. J'aime aussi Merle Haggard, Willie Nelson, Waylon Jennings et des mecs moins connus. J'aime la country.
HD. Et Elvis ?
D. D. C'est lui qui m'a sauvé.
HD. Qu'entendez-vous par là ?
D. D. C'est lui qui a fait que c'était clair pour moi. Je n'allais pas travailler 8 heures par jour. Le cuir noir, les crans d'arrêt, les bottes de Harley, les bécanes…

HD. Vous aviez envie d'être un mauvais garçon...
D. D. J'étais un mauvais garçon et je suis toujours un « bad boy ». Je ne comprenais pas pourquoi les mecs travaillaient 8 heures par jour. Je voulais juste écouter du rock, boire de la bière et m'éclater.
HD. N'avez-vous pas l'impression d'être un survivant ?
D. D. En France, il n'y a pas grand-chose de rock. J'aime bien Christophe. Et Gainsbourg. J'aime bien Léo Ferré mais quand c'est trop poétique, il me fait chier. Et puis, ce n'est pas rock. J'aime bien Miossec et Dominique A. Mais Brassens et Jacques Brel, c'est horrible. « Ne me quitte pas » est l'une des pires chansons que j'ai entendue.
HD. Quel est votre rapport à la chanson française ?
D. D. Ma vie, c'est le rock. Donc je n'aime pas l'espèce de poésie française. Jacques Brel, Brassens, ça me fait chier. Et les nouveaux, Vincent Delerm, Bénabar, c'est horrible. Je n'écoute pas de musique française.
HD. Que ressentez-vous sur scène ?
D. D. J'ai peur. Je dégueule avant de monter sur scène mais j'aime ça. Ce qui m'intéresse, c'est de faire des disques et de tourner. Je veux faire un « Never Ending Tour » (une tournée sans fin, comme Bob Dylan -NDLR).
HD. Avez-vous un sentiment d'urgence ?
D. D. Mathématiquement, j'ai fait le plus gros. J'ai 53 ans. Je ne vais pas tenir longtemps. Avec un peu de chance, je vais tenir 20 ans. Le rock est devenu adulte. Quand on voit Dylan ou Iggy Pop… Je me vois bien terminer ma vie comme John Lee Hooker, tout seul avec ma guitare en train de taper du pied et de chanter.
HD. Vous vous voyez donc en vieux bluesman ?
D. D. Oui. Si j'aime la country, c'est parce que c'est le blues blanc.



Entretien réalisé par Michaël Melinard













Les passions de Daniel Darc
LE MONDE | 28.02.2013 à 20h06 Par Stéphane Davet

Ses chansons résonnaient de la conscience de s'être trop brûlé. Son parlé-chanté à la blancheur fragile possédait la lucidité du survivant, une élégance désespérée nourrie par ce que la vie lui avait donné, pris ou esquinté. "Quand je mourrai, j'irai au paradis/C'est en enfer que j'ai passé ma vie", chantait-il, en 2008, dans l'album Amours suprêmes.
Ces dernières années, Daniel Darc semblait pourtant en voie d'apaisement, mais sa santé cabossée par la fréquentation des gouffres a fini par ne pas résister.
Jeudi 28 février, l'ancien chanteur du groupe Taxi Girl, une des figures les plus attachantes et respectées de la chanson rock française, a été retrouvé sans vie par son producteur, dans son appartement du 11e arrondissement de Paris. Un mélange d'alcool et de médicaments pourrait être à l'origine de sa mort.

Vers l'âge de 12 ans, Daniel Rozoum s'amusait parfois à approcher les doigts des extrémités d'un néon de l'appartement familial, histoire de "s'électrifier" avant de partir au lycée. Cette quête d'émotions fortes, jamais loin du court-circuit, le mène sur la voie du rock dans lequel Daniel, devenu Darc, s'investit avec une ferveur mystique.
"J'ai voulu être rabbin, expliquait, en 2004, au Monde celui qui s'était ensuite converti au protestantisme, avant de devenir anarchiste libertaire et de choisir le rock. Dans les années 1970, je faisais partie d'une bande de blousons noirs. Je n'écoutais que du rock des années 1950. Le punk a changé tout ça. J'y retrouvais la même excitation, mais la musique était connectée à la réalité."
Le rock comme outil de formation

Objet de désir et de défoulement, le rock est aussi outil de formation. "Dans Rock & Folk ou Best, les articles de Patrick Eudeline, d'Yves Adrien ou d'Alain Pacadis m'initiaient à Malcolm Lowry, Huysmans ou Drieu La Rochelle ; Patti Smith me faisait découvrir Godard", confiait le chanteur. D'autres noms s'inscrivent dans ce panthéon, de préférence ceux dont les créations semblent s'identifier à un mode de vie. Mishima, Bukowski, Kerouac, Burroughs côtoient Lou Reed, Iggy Pop, Keith Richards ou Johnny Thunders. "J'ai toujours fonctionné au mythe", avouait Daniel Darc. Au point d'essayer de bâtir le sien.
Formé en 1977, au lycée Balzac, avec Mirwais, Laurent Sinclair, Stéphane Erard et Pierre Wolfsohn, Taxi Girl décroche le jackpot en 1980 avec Cherchez le garçon. Premier hymne du rock français des années 1980, le morceau est marqué par les danses synthétiques de la new wave anglo-saxonne. Avec ses allures de personnage de Jean Genet retrouvé au générique de L'Equipée sauvage, Daniel Darc évoque une sexualité embrumée par les drogues : "Réveil tragique succède/A un sommeil sans rêve/La forme de son corps/Ne veut rien dire pour moi."
La préciosité du chanteur pouvait s'allier à une tension extrême comme lorsqu'en 1981, sur la scène du Palace, en première partie des Talking Heads, il s'ouvre les veines "pour le fun", éclaboussant de sang un public trop paisible à son goût.

Produit par le bassiste des Stranglers, Jean-Jacques Burnel, Seppuku demeurera le seul véritable album du groupe, malgré le charme arrogant de singles comme Aussi belle qu'une balle, Paris ou Dites-le fort (nous sommes jeunes, nous sommes fiers).
Une carrière solo après Taxi Girl
A la séparation de Taxi Girl, en 1986, Darc se lance dans une carrière solo que peuvent justifier la qualité de sa plume et son charisme. Malgré le panache de premières tentatives – Sous influence divine (1987), produit et cosigné par Jacno ; Parce que (1988), un charmant album de duos avec l'Anglais Bill Pritchard ; La Ville (1988), superbe single produit par Etienne Daho ; l'ambitieux Nijinsky (1994), accompagné par Georges Betzounis –, son parcours est plombé par ses addictions. "Au début de Taxi Girl, je prenais du speed, racontait-il en 2004. Un mec est venu dans les loges me proposer un shoot d'héroïne. J'avais trouvé là le truc pour vaincre ma timidité maladive, ce qu'un médecin a appelé ma phobie sociale." Ses quinze années de dépendance toucheront les fonds les plus sordides, le conduisant plusieurs fois aux frontières de la mort et jusqu'à la prison.
Alors qu'il vivote en signant quelques essais littéraires et critiques (Energie dramatique de la rue, Ombremort, A Love suprême, consacré à son idole John Coltrane), Daniel Darc croise la route d'un jeune admirateur musicien, Frédéric Lo, qui fait le pari de le remettre en selle. "Personne n'y croyait, se souvenait ce dernier. Un directeur artistique m'a même demandé : "Tu donnes dans la réhabilitation sociale ?" Le fait est que Daniel a beaucoup de mal à écrire seul. Tout s'est fait dans mon salon. Je lui proposais des musiques, il écrivait sur le vif. Nous avons vite compris qu'il se passait quelque chose."
Le chemin de cette rédemption n'est pas de tout repos. "Nous avons également connu des moments difficiles, ajoutait Frédéric Lo. Daniel est d'une santé fragile, complètement esquinté par les excès passés. Pendant cette année et demie qu'a duré cette aventure, il a failli mourir trois fois." Miracle de délicatesse et de mélancolie, compensant la densité des blessures par une lumineuse musicalité, l'album Crève cœur récolte, en 2004, un formidable accueil critique et un succès commercial inattendu. Egalement récompensé d'une Victoire de la musique pour la révélation de l'année, ce disque du grand retour ouvre au rocker maudit les portes de nouvelles tournées, d'un nouveau public et de nombreuses collaborations (Cali, Buzy, Marc Lavoine, Asyl, Jane Birkin...).
En 2008, Lo et Darc publient le second chapitre de leur collaboration, Amours suprêmes, qui voit le chanteur duettiser avec deux de ses idoles, Alain Bashung et l'Anglais Robert Wyatt. En 2011, Daniel Darc s'associe cette fois au compositeur, producteur et arrangeur Laurent Marimbert pour un album plus récitatif et nourri d'improvisation, La Taille de mon âme.
Mardi 26 février, on partageait une bière avec le chanteur. Il parlait de l'enregistrement de son nouvel album, encore réalisé avec Laurent Marimbert, de l'autobiographie sur laquelle il travaillait avec notre confrère Bertrand Dicale. Il s'enthousiasmait pour un projet, ancré dans le blues, pour lequel il jouait de l'harmonica et d'une guitare africaine fabriquée à partir d'une boîte à cigares, nous disait tout le bien qu'il pensait de Lescop, un de ces nombreux jeunes chanteurs se réclamant de son héritage.
Il était amoureux, rigolait de ses bientôt 54 ans, à la fois désolé d'un âge trop grand pour un rocker épris de l'éternelle jeunesse et finalement émerveillé d'avoir survécu à tant d'épreuves.

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/02/28/daniel-darc-retrouve-mort_1840999_3246.html








Icône du rock français, Daniel Darc a "foutu l'camp"
publié le 28/02/2013 | 19:39

"D'un ventre épais, j'ai foutu l'camp / Un ange déçu, ange de néon / Un ange de plus, ange de néon", chantait Daniel Darc en 2011. L'artiste est mort, jeudi 28 février, dans un appartement du 11e arrondissement de Paris à l'âge de 53 ans. Contactée par francetv info, Sony Music, sa maison de disques, a confirmé l'information révélée par Le Parisien.
Icône torturée du rock et de la new-wave française, l'ancien chanteur du groupe Taxi Girl serait mort d'une surdose d'alcool et de médicaments, selon une source proche de l'enquête. Une autopsie devrait être effectuée durant le week-end.
Révélé avec Taxi Girl
Né en 1959 à Paris, Daniel Darc rejoint Taxi Girl en 1978, alors qu'il est élève au lycée Balzac. Avec ce groupe, il connaît deux ans plus tard son plus grand succès, la chanson Cherchez le garçon. "Ecoulé à 300 000 exemplaires, le single sera l'hymne de l'année 1980", rappelle Libération.L'histoire de Taxi Girl, groupe dans lequel a aussi débuté le futur collaborateur de Madonna Mirwais Stass, annonce déjà son rapport avec les addictions. En 1981, le batteur Pierre Wolfsohn succombe à une overdose. Le groupe éclate cinq ans plus tard. Il n'empêche. Avec l'ambigu Cherchez le garçon et son unique album, Taxi Girl s'est imposé comme un des fers de lance de la new-wave à la française, apportant une nouvelle esthétique au rock hexagonal.
Prisonnier de démons
Très influencé par le mouvement punk, Daniel Darc fait du rock un mode de vie. Amoureux de Johnny Cash, Elvis Presley, John Coltrane et James Dean, il était passionné d'arts martiaux, fasciné par Berlin et le Japon. Et pouvait se montrer extrême : en 1979, en première partie du groupe Talking Heads, il n'hésite pas à se trancher les veines sur scène.
Visage racé, silhouette voûtée et bras entièrement recouverts de tatouages, le chanteur a emprunté des chemins tortueux.
Mort dans sa 54e année, "dont vingt de toxicomanie", Daniel Darc a connu un parcours de galère, d'abus de drogue et d'alcool qui ont abîmé sa santé, rappelle  Libération. "Endocardite, staphylocoque doré, pleurésie, septicémie, hépatite, dos cabossé par une chute de moto puis d'une mezzanine...", égrène le quotidien, vendredi.
Le temps du retour et du succès
En 1987, il sort Sous influence divine, réalisé avec une autre figure de la new-wave, Jacno, puis Parce que, en 1988. Longtemps considéré comme un pestiféré par l'industrie du disque, il signe en 2004 un retour foudroyant avec Crève Cœur. L'album est vendu à 60 000 exemplaires et lui vaut, à 45 ans, une Victoire de la musique de l'album révélation de l'année, en 2005.
"Sans le punk et l'écriture, je serais forcément mort ou en prison, parce que rien d'autre ne m'intéresse. Il n'y a qu'avec ça que j'arrive à me débarrasser un peu de tout ce qui me fait chier", confie-t-il alors. Il entretient toujours sa relation avec le drogue : "Quand les gens disent 'problèmes de drogue', je dis 'solutions de drogue'. Sans les drogues, je serais mort depuis longtemps, j'aurais pas pu supporter tout ce qui se passe."
Sa conversion au protestantisme
Cependant, pour tenter de rompre avec ses années d'excès, le chanteur d'origine juive s'était converti au protestantisme. Sa ferveur, qu'il évoquait souvent pendant ses concerts ou en interviews, imprègne ses derniers disques Amours suprêmes (2007) et La Taille de mon âme (2011). Deux albums salués par la critique, sans pour autant connaître le succès de Crève Cœur. Il apparaît même au Collège des Bernardins, à Paris, en décembre 2011, où il mêle musique et spiritualité.
 "J'aime la scène mais j'ai super peur, confiait-il en 2012 au Parisien. Sauf que maintenant, je ne dégueule plus avant d'y aller." Il était encore sur scène au printemps dernier, notamment au Printemps de Bourges. Il devait se produire en mars à Chaumont et Ajaccio. "Quand je mourrai, j'irai au paradis / C'est en enfer que j'ai passé ma vie", chantait-il en 2007.
Francetv info

http://www.francetvinfo.fr/le-chanteur-daniel-darc-est-mort_271393.html







Daniel Darc vient de s'éteindre

28/02/2013 | 20h12

La nouvelle est aussi triste que l'homme sera inoubliable : Daniel Darc s'est éteint à l'âge de 53 ans.
C'est une nouvelle qu'on attendait, en la craignant, depuis des années : la mort de Daniel Darc. Depuis qu'on le connaît, à l'aube des eighties, il aurait pu dix fois finir dans le fil noir des dépêches d'agences, mort d'un abus de vie ou d'un autre. Sans Daniel Darc et les errances sublimes de Taxi Girl, le rock, ou la pop, de France n'en seraient pas là : de Daho à Lescop, de Miossec à La Femme, c'est une armée des ombres qu'a levé ce bien piètre et timide porte-étendard, malgré lui. On ne pouvait plus écrire en yéyé, en variété, après Daniel Darc : on ne le remerciera jamais assez d'avoir déniaisé le rock d'ici. Daniel Darc avait 53 ans mais en vérité, il en avait au moins 150 : le privilège de ceux qui vivent le jour, la nuit, qui existent à l'extrême, sans répit, en parfaite frénésie de rencontres, de sensations, de risques aussi. On a souvent dit qu'il brûlait sa vie : il l'éclairait au contraire.
>> Tous nos articles sur Daniel Darc
Aux Inrocks, on l'a souvent rencontré, longuement interviewé : on gardera le souvenir d'un homme toujours attentif, lucide et drôle. Un passionné de tout, romanesque et meurtri, qui jamais ne se plaignait, jamais ne virait aigre, malgré la vie chaotique qu'il s'était choisie. Pas seulement par romantisme : juste par goût du gouffre, par obligation de liberté.
Petite anecdote personnelle : au tout début des années 80, trois jeunes écoliers fanatiques déjà de rock se retrouvaient, un vieux magnéto à bandes en bandoulière, sous un chapiteau d'Arcachon. Ils s'étaient mis en tête d'interviewer Taxi Girl, qui jouait ce soir-là. Et réussirent (lire le récit de Christophe Conte). Ce soir là, des années avant qu'ils ne travaillent aux Inrockuptibles, Christophe Conte, Pascal Bertin et moi-même sommes devenus pour la première fois journalistes. Grâce à la gentillesse de Daniel Darc.
par JD Beauvallet

http://www.lesinrocks.com/2013/02/28/musique/dark-daniel-darc-vient-de-seteindre-11367903/







Taxi Girl, garçons de joie
(lire le récit de Christophe Conte)
14/07/1999 | 01h01

Voir Taxi Girl sur scène en 82 était une expérience unique. Ressac de la vague punk, le groupe parisien a réussi à conjuguer succès populaire et démarche radicale, mais s'est lentement replié dans les marges avant de disparaître. Récit d'un septennat unique dans l'histoire du rock en France.
Un groupe de pédés. Aimer Taxi Girl dans la France provinciale du début des années 80 était un sport de combat. Un art martial. Loin de Paris (P.A.R.I.S.), sa résidence et donc son théâtre quotidien, Taxi Girl n'avait pas d'image, pas de chair, pas d'audience sinon celle des radios périphériques qui connaissaient mieux SA chanson (Cherchez le garçon) que son nom. Pour les instances rock locales, bourrins de la presse régionaliste ou organisateurs de concerts crapoteux, Taxi Girl était quantité insignifiante. Un faiseur de tubes (la honte), propre sur lui (la super-honte), dont la musique était en partie constituée de synthés (la méga-honte) et la voix une espèce de filet fragile menaçant en permanence de craquer. Un groupe de pédés, dont l'insistance à chercher le garçon ne pouvait qu'induire des comportements pas très rock'n'roll.
Une ville de province, donc, pendant l'été 1982. Une station des bords de mer, gluante de mouches estivales et de suceurs d'esquimaux. La tournée européenne de Taxi Girl était venue s'échouer là, on se demande encore comment. Les seuls rockers ayant jamais visité ces parages balnéaires étaient Starshooter (Podium RMC) et Bernard Lavilliers (Podium Bullworker), autant dire qu'il ne s'y était jamais rien passé. Sous chapiteau, comme pour le cirque Jean Richard, la foule mal informée venait voir Taxi Girl, le groupe de LA chanson, la chanson de LA radio. Cherchez l'erreur. Elle repartit mi-dépitée, mi-scandalisée, à deux doigts d'exiger remboursement et excuses de la part d'un office du tourisme coupable d'avoir invité ces fauteurs de troubles, ces pseudo-musiciens incapables de tenir un instrument et encore moins d'en jouer. Et, comble de l'escroquerie, ils n'avaient même pas fait LA chanson. De toute manière, dans cette cacophonie globalement informe, il aurait fallu faire un sacré tri pour la reconnaître. Ça bardait sec à la sortie.
Certains avaient passé là la pire soirée de leurs vacances, d'autre la pire soirée de toute leur vie. Pour nous, qui du punk n'avions eu droit qu'à des miettes, c'était un jour exquis, une date historique. Un second service s'offrait à nos appétits féroces, nous étions jeunes (un peu cons, faut avouer) et fiers de tenir un groupe à nous, un groupe honni par les vacanciers et par la plupart des crétins du lycée. A eux La Bombe humaine (tu la prends dans ta main), Antisocial (tu perds ton slip), à nous Les Armées de la nuit, Avenue du crime, N'importe quel soir. Ce groupe ne nous tutoyait pas mais il nous parlait à la première personne du (très) singulier. Il nous disait des choses qu'on avait du mal à saisir et c'était exactement ce qu'on attendait du rock : qu'il nous donne le goût de déflorer l'inconnu, d'arpenter à rebours le cours accidenté de sa mythologie. Parce que Taxi Girl, ce soir-là, bousilla dans un éclair mécanique et païen All tomorrow's parties, on a couru le lendemain acheter le premier Velvet. A travers eux, surtout à travers ce qu'on écrivait sur eux, on découvrit ainsi les Stooges, les Doors, Eno, Devo, Magazine, Kraftwerk, Burroughs, Mishima, Jerry Rubin et quantité d'autres noms merveilleusement barbares qui nous détournèrent à jamais de Supertramp.
Un groupe de fachos. A Paris (M.E.R.D.E.), on l'apprit par la suite, ça n'avait pas non plus toujours été très rose bonbon pour Taxi Girl. Fondé en 78 dans les travées du lycée Balzac par quatre volontaires qui s'étaient trouvé des amours communes, la première mouture de Taxi Girl n'était pas taillée pour aller bien loin. Laurent Bielher (claviers), Mirwais Ahmazaï (guitare), Pierre Wolfsohn (fils de Jacques, grand directeur artistique des sixties/seventies, batterie) et Stéphane Erard (basse) cherchaient péniblement leur voie dans un répertoire de breloques sixties (Who, Doors, Troggs). Mais, problème, il leur manquait une voix. Avec Daniel Rozoum, ils trouvèrent non seulement un ton (ce timbre désincarné, tellement en en accord avec la vague növö qui pointait à l'horizon), un auteur pétri de références littéraires morbides et fanatique de Dylan, mais aussi une allure, une gueule, une gestuelle. Pas mal pour un seul homme.
La rencontre suivante, avec le manager du Tout-Paris punk en décrépitude, Alexis, qui avait déjà accompagné les premiers crachats de Métal Urbain et autres Asphalt Jungle, introduisit Taxi Girl aux jeunesses chic qui s'apprêtaient à écrire les années 80. Programmateur du Rose Bonbon, Alexis y laissa ses protégés se faire les dents des semaines entières, sur scène presque tous les soirs, pendant que lui mettait au point un plan d'attaque. Une gestation qui accoucha de quelques idées rances mais terriblement efficaces, comme celle qui consistait à les vêtir de costumes noirs et de chemises rouges, panoplie des jeunes gens modernes qu'à leurs dépens ils incarneraient jusqu'au dégoût. Façonné comme un boys' band avant l'heure, Taxi Girl fut cette créature dont rien n'échappait à son mentor (ami de Malcolm McLaren, précision utile), quitte à ce que les humeurs réactives de Daniel, rebaptisé Darc comme dark, n'en viennent parfois à déchirer les coutures de ces pantalons droits comme des défilés militaires. On se souvient d'ailleurs qu'à la même époque les membres d'Echo & The Bunnymen se voyaient obligés d'enfiler des treillis de camouflage pour d'aussi absurdes raisons d'identification visuelle. Le plus grave, concernant Taxi Girl, fut cette réputation de nazis qui leur collait aux mocassins durant ces années d'apprentissage où d'imbéciles commentateurs mondains confondaient l'expressionnisme allemand avec le Troisième Reich.
Qu'importe ces clapotis dans les eaux prénatales, car une fois lancé, plus rien ne semblait pouvoir faire ombrage à Taxi Girl, groupe élu d'une génération qui vit tant de Modern Guy, de Suicide Roméo ou d'Electric Callas promettre sans tenir, tomber au front dès les premières batailles des années 80. Les deux maxis que Taxi Girl publie en 1980 suffisent à projeter le groupe sous deux feux croisés : celui d'un accueil critique qui manie à leur endroit la dithyrambe comme rarement à propos d'un groupe français, et celui d'un public avide de nouvelles têtes à brandir sur l'autel des hit-parades. Carton plein en six chansons qui basculent d'une ambiance à une autre avec la même fougue novatrice, du Mannekin robotique et glacial au Triste cocktail très after hours en passant par un Jardin chinois délicieusement Lotus bleu. Et il y a surtout V2 sur mes souvenirs et Cherchez le garçon, deux compositions de Laurent Bielher ­ rebaptisé Sinclair, comme Brett ­ largement arrosées de ces pluies d'orgues acides qui entrecroisent les Seeds empoisonnées du psychédélisme et la fulgurance new-wave de Magazine.
Trois cent mille singles du seul Cherchez le garçon viennent sanctionner l'habileté tacticienne d'Alexis et, parmi les coups publicitaires qu'il imagine en rafale, il y a celui, particulièrement absurde, qui entraîne le groupe à parcourir à pied le trajet Paris-Chamonix en dix-sept jours. Flambeur parvenu à ses fins ­ ramasser le pactole sans entamer son crédit warholien de manipulateur underground ­, Alexis ne manque pas l'occasion de prendre la main et de jouer toute la mise sur la création d'un label, Man'kin Records, affilié à Virgin et destiné à servir de tremplin à la jeune scène frenchy but chic dont les deux Alain ­ Pacadis le fêtard et Maneval l'homme de radio ­ sont, en ces premiers matins de la mitterrandie, les principaux ambassadeurs.
C'est à partir de là que le temps se gâte. D'abord avec la mort par overdose, en juillet 81, de Pierre Wolfsohn. Après le forfait, quelques mois plus tôt, de Stéphane Erard, retourné au bercail poursuivre ses études, c'est cette fois une amputation à vif qui menace l'existence du groupe. Réduit à trois, Taxi Girl commence sérieusement à boiter. Pourtant, durant les quatorze mois pendant lesquels le trio enregistre son premier album et embarque pour sa première véritable tournée ­ de fin 81 aux premières heures de 83 ­, les turbulences internes n'altèrent pas la vitesse ni la beauté de son élan. Produit par le bassiste des Stranglers Jean-Jacques Burnel, Seppuku est une oeuvre au noir, fermée des quatre côtés, dont il faut pour en libérer le poison d'abord sacrifier au rituel de la lame, comme la geisha de la pochette signée Mondino. Tel un jumeau envoyé d'outre-tombe par le Closer de Joy Division, Seppuku est un catalogue assez complet de toutes les obsessions de Daniel Darc, obsessions recentrées sur un seul et unique sujet : l'autodestruction, ce détournement du destroy punk à des fins personnelles qui dépasse chez Darc la simple parade mortuaire de salon comme on la pratique pas mal à l'époque. Qu'il fasse écho dans ses textes aux messes noires d'Aleister Crowley (La Femme écarlate et son final en forme de prière récitée à l'envers), aux délires apocalyptiques de Charles Manson (John Doe 85) ou à la morbidité ordinaire des films noirs (13ème section) et à l'univers BD façon Fu Manchu (Le Musée Tong), Darc n'en tire au final que des leçons de (mauvaise) conduite pour lui-même, ne paraît animé d'autre intention que d'inscrire sa propre fin dans ce déballage sanguinolent de faits d'armes et de faits divers, nous prenant individuellement pour témoins.

Pour une fois, un disque de rock français provoque un malaise. Il est facile d'en rire aujourd'hui, de plaisanter des tournures affectées et des mots désuets pour exprimer l'effroi et les gerçures du mal de vivre ­ "Le soir elle ira, entre les tombes vides. Une cicatrice, sur son épaule glacée", ce genre-là ­ mais à l'époque, on n'en menait pas large. En dépit des guirlandes de claviers sautillantes comme du pop-corn, Seppuku est dans l'ensemble aussi accueillant qu'un tombeau. Une prise de son brute et sèche comme un coup de nuchaku derrière les oreilles, logiquement proche du Feline des Stranglers, contribue à rendre plus livides et maigres qu'elles ne l'étaient à l'origine ces chansons qui ne donneront naissance qu'à des tubes mort-nés : trop tordues, trop froides, trop noires pour la FM débutante. Le (grand) public leur préférera les aventures inoffensives d'Indochine.
Un peu pour la gloriole, mais un peu aussi pour la légende éternelle du rock français, Daniel Darc est celui qui, en première partie des Talking Heads, n'hésita pas à s'ouvrir les veines sur scène et à arroser de son sang les premiers rangs. Les concerts de Taxi Girl, même s'ils ne furent pas tous aussi spectaculaires, ont laissé des empreintes indélébiles dans les mémoires les plus sélectives. La tournée anglaise de 82 en ouverture des Stranglers, notamment, figure au rang de ces grandes épopées du rock'n'roll dont on a entendu autant de versions qu'on a croisé de témoins. Une chose est certaine : face au public de bikers karatékas qui était celui des Men in black à l'époque, il fallait un certain cran pour tenir le crachoir (au premier sens du terme, la pluie de glaviots étant encore en ce temps-là un signe de reconnaissance amical), ce que Darc fit apparemment avec une morgue exemplaire. Tout comme Laurent Sinclair, impérial en Ray Manzarek épileptique, premier au balcon lorsqu'il s'agissait de provoquer l'ire des Anglais à coups de doigts pointés et de giclailles dissonantes de Farfisa. Une version anglaise de Seppuku fut d'ailleurs mise sur le marché, agrémentée d'un Find the boy (Cherchez le garçon) qui aurait pu réaliser quinze ans avant l'heure la même performance que le Sexy boy d'Air.
Finalement, d'avoir été trop à l'avant de la génération qu'il était censé tracter dans le monde interlope et fascinant des eighties, Taxi Girl a fini par se trouver seul. Incontrôlable à l'heure où il était obligatoire de tout contrôler (l'image, le discours, les ventes de disques), Daniel Darc passait alors pour un vieux punk résistant et donc pour une anomalie dans ce contexte fun et coloré qui glaçait les magazines de sa superficielle branchitude. A l'intérieur du groupe lui-même, autant en raison de luttes égotistes que de divergences musicales (et surtout en raison de la paranoïa consécutive à la valse des seringues qui planait sur leurs têtes), ça n'allait pas fort non plus.
Laurent Sinclair, le virtuose de la bande, prenait alors ses cliques et ses claviers et disparaissait de la photo ­ il ne devait d'ailleurs plus jamais reparaître nulle part, hormis sur un seul single solo, Derrière le miroir, constituant l'un des gâchis les plus tragiques de cette histoire. Mirwais et Daniel, sans autre issue que de poursuivre le chemin de croix en binôme, jetteront leurs dernières forces dans une bataille perdue à l'avance. Le mini-album Cette fille est une erreur en 83, malgré le mini-hit Quelqu'un comme toi, ne parvient qu'à rapiécer grossièrement le trou béant laissé par le départ de Sinclair. Les chansons figurent sans doute parmi les plus aventureuses de toute l'histoire de Taxi Girl (surtout Monna, qui occupe une face entière et ne ménage pas les nerfs avec des stridences dignes d'un simulacre sadomaso), mais le groupe dès lors n'est plus, à l'image de son leader, qu'une ombre fantomatique qui rase les murs au lieu de les couvrir, ou encore mieux : de les abattre.
Ce groupe parti pour la gloire n'avait plus dès lors qu'une balle dans son barillet : prendre tout le monde à revers et s'offrir un tube, boucler la boucle et tirer sa révérence. Trois tentatives auront lieu, plus ou moins heureuses. D'abord en 84 avec Dites-le fort (nous sommes jeunes, nous sommes fiers), apostrophe funky calquée sur l'invective de James Brown (Say it loud, I'm black and I'm proud), dont on préférera toujours la face B gainsbourgienne (Les Jours sont bien trop longs), et qui de toute façon n'ira pas bien loin. Puis arrivera Paris (P.A.R.I.S.), second maxi voulu comme une bombe à fragmentation, quasiment rap dans la forme comme dans le fond ­ qui ratera pourtant une nouvelle fois sa cible. Embarqués malgré eux à bord du pire album hommage de l'histoire de la musique enregistrée (Les Enfants du Velvet), ils sauvent l'honneur en adaptant la parole divine de Stephanie says à leur langue vivante et blafarde (Je rêve encore de toi). Une ultime détonation, au printemps 86, assez explicitement intitulée Aussi belle qu'une balle, mettra un terme définitif à ces sept années d'errance, Darc poussant le panache jusqu'à glisser au verso un Je suis déjà parti qui nous interdira tout espoir de retour.
En sept ans (de malheur ?), Taxi Girl n'a publié sur disque que trente chansons, sorti qu'un seul véritable album, ne sera passé à la télé et ne sera monté sur les scènes de l'Hexagone qu'en de très rares occasions. Sans tenir à jour la comptabilité de son influence sur les générations de groupes et chanteurs qui lui emboîtèrent le pas ­ de Daho à Diabologum (qui a repris Aussi belle qu'une balle), d'Air à Julien Baer ­, on peut aisément tirer la conclusion suivante : parmi la vague (ou la mini-vague) punk-new-wave française, Taxi Girl est l'un des rares groupes qui méritent qu'on encourage les novices à se pencher à nouveau sur cette page racornie de notre histoire. Parce qu'il fut au cours de toutes ces années noires l'une des exceptions qui confirmaient la règle selon laquelle le rock français était un perroquet tricolore arriéré et ridicule, Taxi Girl demeure, dans tous les sens qu'on voudra du terme, un groupe exceptionnel.
par Christophe Conte

http://www.lesinrocks.com/1999/07/14/musique/taxi-girl-garcons-de-joie-11229582/2/







Le chanteur Daniel Darc est mort
28 février 2013 à 19:47

Ecorché vif du rock français depuis ses débuts dans les années 80 avec Taxi Girl, Daniel Darc, est décédé jeudi à l'âge de 53 ans. Le chanteur a été retrouvé mort dans un appartement du XIe arrondissement de Paris, selon une source proche de l'enquête, qui a précisé que sa mort serait liée à une absorption d'alcool et de médicaments.Un autopsie devrait être effectuée ce week-end.
Né le 20 mai 1959 à Paris, très influencé par le mouvement punk, Daniel Darc ne masquait pas un penchant vers l'auto-destruction qui pouvait aller jusqu'à l'extrême. «J'aime pas jouer les vieux cons mais je viens d'un moment où le rock était dangereux. J'aime ce danger-là», disait cet amoureux de Johnny Cash, Elvis Presley, John Coltrane et James Dean. En 1979, il n'avait pas hésité à se trancher les veines sur la scène du Palace.
Passionné de littérature et d'arts martiaux, fasciné par Berlin et le Japon, il avait rejoint Taxi Girl en 1978, alors qu'il était élève au lycée Balzac. Avec l'ambigu Cherchez le garçon et son unique album, le groupe s'était imposé comme un des fers de lance de la new-wave à la française, apportant une esthétique trouble au rock hexagonal.

L'histoire de Taxi Girl, où a aussi débuté le futur collaborateur de Madonna, Mirwais, était déjà marquée par les addictions. En 1981, le batteur Pierre Wolfsohn succombait à une overdose.
Le groupe avait éclaté cinq ans plus tard et Daniel Darc s'était lancé dans une carrière solo. Un premier album Sous influence divine, réalisé avec Jacno, autre figure marquante de la new-wave, décédé en 2009, était sorti en 1987, suivi en 1988 par Parce que.
Mais Daniel Darc avait emprunté des chemins tortueux, entre «galères» qui l'ont conduit en prison et abus de drogues et d'alcool. Longtemps considéré comme un pestiféré par l'industrie du disque, il avait signé en 2004 après dix ans d'absence un retour foudroyant avec Crève Coeur. L'album, l'un des meilleurs de cette année-là et un succès public, lui avait valu à 45 ans une Victoire de la musique de l'album révélation de l'année. «Sans le punk et l'écriture, je serais forcément mort ou en prison, parce que rien d'autre ne m'intéresse. Il n'y a qu'avec ça que j'arrive à me débarrasser un peu de tout ce qui me fait chier», confiait-il alors.
Il entretenait des relations complexes avec la drogue: «Quand les gens disent "problèmes de drogue", je dis "solutions de drogue". Sans les drogues, je serais mort depuis longtemps, j'aurais pas pu supporter tout ce qui se passe», affirmait-il.
Pour tenter de rompre avec ses années d'excès, le chanteur d'origine juive s'était converti au protestantisme. Sa ferveur, qu'il évoquait souvent pendant ses concerts ou en interviews, imprégnait ses derniers disques Amours suprêmes (2007) et La taille de mon âme (2011). Deux albums qui n'ont pas connu le succès de Crève Coeur. Visage racé, silhouette voûtée et bras entièrement recouverts de tatouages, il était encore sur scène au printemps dernier, notamment au Printemps de Bourges où il avait donné un concert habité. «Quand je mourrai, j'irai au paradis/C'est en enfer que j'ai passé ma vie», chantait-il en 2007.

http://next.liberation.fr/musique/2013/02/28/le-chanteur-daniel-darc-est-decede-a-l-age-de-53-ans_885384







portrait
Daniel Darc, dans une autre veine

27 janvier 2012 à 00:00
Par SABRINA CHAMPENOIS

[Archive. Portrait publié le 27 janvier 2012] A 52 ans dont vingt de toxicomanie, l'ex-Taxi Girl plie mais ne rompt pas, croit toujours en Elvis, l'amour et Dieu.

    
Daniel Darc, dans la Taille de mon âme, son nouvel album : «Crade est Darc de temps en temps/ Darc est crade à chaque instant.» Ouh là ! Dans quel marigot s'est-on encore fourré, était-ce bien nécessaire en ces temps saturniens, d'aller à la rencontre d'un zombie cassé dedans dehors? Mais si. Parce que la Taille de mon âme plaît à la nôtre, et parce que Darc.
Rappel, pour les moins de 40, qui peuvent ne pas connaître: Daniel Darc est apparu sur les écrans radars hexagonaux en fin de Giscardie. Tête de pont de Taxi Girl, quintet parisien en rouge et noir qui fait entrer la cold wave dans les charts français, l'auteur-chanteur était aussi le beau gosse de l'affaire, petite frappe brune de 19 ans à regard noir défiant et lippe gourmande. Ecoulé à 300 000 exemplaires, le single Cherchez le garçon sera l'hymne de l'année 1980. Darc, à l'époque, sent déjà le soufre sinon la poudre. Il s'est notamment tailladé les veines live au Palace, en première partie des Talking Heads. Et la suite confirmera l'option destroy. Mort par overdose du batteur Pierre Wolfsohn. Sépulcral album Seppuku - «hara-kiri», en japonais. Scission qui aboutit au duo Darc-Mirwais (futur producteur à succès de Madonna) avant split définitif. Darc entame alors une carrière solo en dents de scie. Il est avant tout connu comme le loup blanc tox (dope, alcool). Au point que son come-back en 2004 avec Crève Cœur suscite de la «résurrection» à la pelle. Depuis, chaque article sur Darc convoque le champ lexical du miracle : «survivant», «revenant», «rescapé».
Il y a de ça. Darc est cabossé, bancal, sur scène émouvante tour de Pise. Mais au Polichinelle, son café-QG du XIe arrondissement où il donne rendez-vous, Darc est bien vivant. Adorable comme réputé, neurones moins fusillés qu'attendu. Pas besoin de mettre à exécution sa supplique : «Quand je te fais chier, tu m'arrêtes, hein, tu promets ?» Il a le débit fébrile, le ton nasillard et la digression facile, l'autodidacte Darc, fils d'un coupeur de fourrure et d'une comptable dans la confection, même pas titulaire du bac. Mais le lecteur avide, de la beat generation et de romans noirs américains notamment (Bruen, Bunker, Hammett…), est un bon conteur qui ne perd pas le fil, de sa propre histoire pour commencer. Avec un penchant pour l'autodérision qui rappelle C'est moi le printemps, morceau à succès de l'album en cours.
Darc dit pourtant d'emblée qu'il a la trouille, qu'en «phobique social», diagnostic établi à Montévidéo («la clinique [spécialisée dans l'addiction, ndlr], pas la ville»), il redoute la rencontre de nouvelles têtes, ou de faire face à plus d'une personne. Appréhension qu'il atténue par l'alcool. «Quand j'ai pas bu du tout, c'est une galère… T'inquiète pas, là, j'ai déjà pris une bière. A l'hôpital, ils m'ont filé des bêtabloquants mais ça empêche de bander, c'est tout ce que j'en ai retiré. Alors que la bière, ça agit comme des verres correcteurs.» Darc s'est aussi remis à boire, dit-il, par nécessité esthétique : «J'étais totalement clean depuis un an et demi mais je pesais 95 kilos - là, à 78-79 kilos, il faudrait que j'en perde encore dix… Je bouffais tout le temps, fallait bien remplacer une addiction par une autre.» Par moments hyperthéâtral, ange dark déchu à mort, DD a comme ça des saillies pragmatiques, qui l'aiguisent et le redressent, qui font dépasser le simple «attachant».
La dope, l'héroïne, qui lui ont valu un mois à Fleury-Mérogis pour deal, reste, assure-t-il, une affaire classée. Comment a-t-il décroché ? Pirouette : «Elle était devenue moins bonne ! Bon, y'a de ça, et puis j'ai eu une endocardite, le staphylocoque doré, une pleurésie, une septicémie, une hépatite…» Il y a un côté palmarès junkie dans l'énumération, à laquelle il faut ajouter 5 grammes d'héroïne par jour, une vingtaine d'overdoses, une chute de mezzanine briseuse de dos… Et Darc, quand on propose, «A un moment, vous étiez le chat noir de la chanson française», répond : «Oui, et j'aimais bien.» Mais quand il s'exclame : «Déjà, j'ai pas le sida !» Darc n'a plus rien d'autocomplaisant, plutôt cancre sidéré de décrocher une bonne note. Ce que le bad boy surtatoué fan d'Elvis se souhaite ? Ce qu'on se souhaite à son âge : «Vivre en bonne santé.» Et «ne plus traîner, faire un disque par an et le reste du temps, tourner». L'ex-anarchiste votera Hollande aux deux tours, acte raisonnable s'il en est. Darc ajoute : «L'époque est pourrie, molle, fait chier, mais en même temps, c'est la première fois que je suis avec une femme et que ça se passe si bien.» Darc alors pas du tout Vador, a l'air d'un jouvenceau débordant de poèmes. L'aimée Sophie passera, lumineuse et discrète, il demandera qu'on en dise le moins possible comme pour conjurer le mauvais sort.
La faute à pas de chance ? Darc n'a pas ce discours-là, ni celui de la nostalgie. S'il date son «hypertimidité» de l'enfance, gamin «dans son coin» jusqu'à ce qu'il fraie ado avec des bandes du XVIIIe, fils unique coincé entre une mère «hyperprotectrice» et un père «dur, d'abord avec lui-même», il souligne aussitôt le soutien jamais démenti de ses géniteurs. Originaire de Moulins, près de Vichy, la première est pendant l'Occupation tombé amoureuse d'«un mec de la Wehrmacht», médecin. Elle épousera après-guerre le second, juif d'ascendance russe dont la mère a disparu à Auschwitz après transit par le Vel d'Hiv'et Drancy… Association pour le moins binaire ou «clivante», diraient d'aucuns. Leur fils confirme dans un sourire, pas plus : «C'est ça, binaire.»
Sa mère est toujours vivante, malgré deux cancers. Son père est mort. C'est à son chevet, aux soins palliatifs, que Daniel Darc a rencontré une bonne sœur qui lui a donné envie de revenir à la religion. Le circoncis né Rozoum qui sollicita une éducation religieuse à ses parents qui n'en demandaient pas tant, qui se rêva rabbin, s'est fait baptiser protestant en 1997. Il lit depuis des extraits de la Bible sur scène, figure agenouillée dans une église sur la pochette de son album. Illuminé, Darc, après avoir été totalement piqué? Lui réfute la piste opium du peuple, produit de substitution. «Croire ne m'apporte pas concrètement quelque chose.» Il y trouve plutôt matière à élévation, à «faire des trucs biens» quand il se reproche d'avoir «fait du mal autour de moi, je baisais les femmes de mes potes, ce genre de trucs». Comme épitaphe, le porteur de croix huguenote choisirait: «Tout m'est permis mais tout ne m'est pas utile», du premier épitre de Paul aux Corinthiens.
Il habite un studio prêté par une tante, après avoir vécu en appartement thérapeutique. Il a «de quoi payer les charges, la bouffe», n'en demande pas plus, étrille les rappeurs et «leurs conneries bling-bling, nous, on s'en branlait du fric.» Il entonne Jungleland de Springsteen, c'est magnifique. Cabossé, repenti, vacillant, mais flamme intacte, Darc.
En 11 dates
20 mai 1959 Naissance à Paris.1978 Rejoint Taxi Girl. Novembre 1979 Se taille les veines sur scène. 1986 Fin de Taxi Girl. 1987 Sous influence divine, premier album solo. 1994 Nijinsky, prison. 1997 Conversion au protestantisme. 2004 Crève Cœur. 2008 Amours suprêmes. 2011 La Taille de mon âme (Sony/Jive Epic).27 janvier 2012 Début d'une tournée.

http://next.liberation.fr/musique/01012386087-dans-une-autre-veine







Darc, j'adore

9 avril 2004 à 00:10
Par PONCET Emmanuel
   
Je me souviens, je me rappelle avoir entendu Taxi Girl pour la première fois sur un parking désert du Val-d'Oise dans une R4 blanche. La chanson s'appelait Mannequin. Je me souviens, je me rappelle que j'ai vite compris que Daniel Darc n'était pas le fils de Mireille. Je me souviens que son partenaire dans Taxi Girl avait un nom très compliqué. Je me souviens, je me rappelle qu'ils étaient réputés pour s'ouvrir les veines sur scène. Je me demandais comment ils en réchappaient d'un concert à l'autre. Je me souviens, je me rappelle la voix zézayante et maniérée de Daniel Darc, son timbre posé, sa bouche à la fois charnue et pointue, et ses yeux qui tournaient. Je me souviens, je me rappelle que les premières notes de Cherchez le garçon me mettait en transes comme le début de Smalltown Boy de Bronskie Beat et celui de Video Killed The Radio Star des Buggles. Je me souviens, je me rappelle que ces chansons étaient considérées comme très pédés, mais je ne voyais pas en quoi. Je me souviens, je me rappelle que, du jour au lendemain, je n'ai plus entendu parler de Taxi Girl. Je me souviens, je me rappelle que mon coeur s'est de nouveau soulevé le jour où j'ai entendu les premières notes de Quelqu'un comme toi. Je passais des heures sur TV6 pour tomber sur le clip dans lequel il y avait, je crois, une caravane et des enfants qui couraient. Je me souviens, je me rappelle que mon exaltation fut presque équivalente pour Aussi belle qu'une balle, mais que la boule de flipper de Corinne Charby vint tout gâcher. Je me souviens, je me rappelle que je n'ai vraiment plus du tout entendu parler de Taxi Girl. Je me rappelle que j'ai longtemps cherché dans les bacs vides une compilation de leurs hits. Je ne trouvais qu'un maxi où Daniel Darc épelle P.A.R.I.S. comme M.E.R.D.E. Je me souviens, je me rappelle que je n'ai réussi à prononcer le nom de Mirwais que lorsqu'il est devenu le producteur adulé de Madonna. Je me souviens, je me rappelle avoir adoré l'album de Madonna produit par Mirwais. Puis l'album solo de Mirwais. Enfin le nouvel album de Madonna produit par Mirwais. Je me souviens, je me rappelle m'être dit que son parcours était finalement très punk. Je me souviens, je me rappelle qu'un de ses titres, Naïve Song, a servi à vendre l'I-book d'Apple. Pendant ce temps-là, je croisais Daniel Darc errant dans le quartier Bastille. Je me disais que l'un avait la gloire et l'autre seulement à boire. Je me souviens, je me rappelle du retour émouvant de Daniel Darc ces jours derniers avec son single Je me souviens, je me rappelle et son album Crève coeur. Je me souviendrai, je me rappellerai longtemps que le premier titre de l'album fait quelque chose comme : «La pluie qui tombe, m'effraie un peu/ comme les larmes qui coulent de tes yeux.»

http://next.liberation.fr/next/0101484928-darc-j-adore









Critique
Daniel Darc bande encore

16 janvier 2008 à 01:58
Par PERRIN Ludovic
  

«Quand je mourrai, j'irai au paradis, parce que c'est en enfer que j'ai passé ma vie.» Dans la bouche de Daniel Darc, cela prend évidemment un autre sens que dans celle d'Alizée. Le rapprochement n'est pourtant pas fortuit. Ces quatre dernières années, le monde merveilleux de la variété a beaucoup chanté Daniel Darc. D'Alizée à Marc Lavoine en passant par Elisa Tovati ou Thierry Amiel, c'est un frisson cathartique qui semble avoir traversé des voix soudainement parcourues d'idées noires. Avec l'altruisme qu'on lui connaît, on peut aussi imaginer que tout ce beau linge n'a pas été insensible au retour en grâce d'un artiste qu'on donnait effectivement pour mort.
Préparation. Il y a quatre ans, l'album Crève-Coeur avait montré qu'on n'a pas toujours besoin de claquer des budgets pharaoniques pour un truc qui accroche l'oreille. Composé, arrangé et réalisé à demeure par Frédéric Lo, devenu voisin de Daniel Darc, ex-figure de l'emblématique groupe des années 80 Taxi Girl (une compilation en préparation), ce disque s'est vendu à 50 000 exemplaires. Ce qui est finalement peu au regard de son retentissement : des succès (Rouge rose, Je me souviens, je me rappelle), une tournée costaud, des featurings (Buzy, Cali), des droits d'auteur et un dossier de presse douillets.
Confession. Amours suprêmes en signe la suite. Et il n'y a aucune raison pour qu'elle soit boudée. Sans oublier sa griffe d'arpèges en berceuse, cet objet en nerfs plus rock propose un beau duo (L.U.V) avec Bashung (retrouvé au sein de la tournée des Aventuriers d'un autre monde, avec Cali, Raphaël, Aubert, Kolinka), d'autres invités de choix (Robert Wyatt, Steve Nieve, le pianiste de Costello et Chamfort) et deux singles au moins (J'irai au paradis, la Seule Fille sur Terre).
Si l'ensemble n'est pas franchement guilleret, il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre, prévient Daniel Darc, devant une bière à 9 degrés. «Ce sont des histoires, des chansons. Quand Lou Reed chante Heroin, ça ne veut pas dire qu'il veut mourir avec une aiguille dans le bras.» Oui, mais quand vous dites «j'ai gâché ma vie», c'est une confession ? «Mais je ne dis pas "raté". Différent. Alors, oui, j'ai gâché une partie de ma vie. Car je n'ai pas su choisir. Au lieu de tout lire jusqu'à 30 ans, les bons comme les mauvais écrivains, je me suis pris pour Sid Vicious. Mais c'était un gamin. Il pensait que tout était vrai, alors que ce sont des rôles. On n'est pas des voyous.»
Rédemption. Les livres à lire, les films à voir, Daniel Darc dit les avoir découverts grâce au rock : Godard par Patti Smith, Coltrane par Iggy Pop, puis Albert Ayler par Coltrane. S'inspirant du titre coltranien Love Supreme, Daniel Darc n'a pas eu à chercher bien loin pour retrouver ses thèmes. Portant toujours sur le regret, le pardon et la rédemption, les dix chansons d'Amours suprêmes le présentent juste dans un style affiné sous le même jour : Daniel Rozoum, enfant juif converti au protestantisme à la mort de son père, ancienne vedette ayant survécu à mille overdoses, ex-braqueur cueillant des framboises chez les soeurs (dans les Cévennes) quand il n'a plus un radis, érudit autodidacte penché sur une vieille machine à écrire au milieu des vinyles d'Elvis.
Puis, devant une autre bière, on a parlé de ses cinq grammes d'héro par jour avant de décrocher («le truc le plus rock que j'ai fait»), de ses grands-parents russes, de son amour perdu, des modes de vie dissemblables avec Frédéric Lo, de la cinquantaine qui approche et de sa dernière répartition Sacem (17 500 euros) : «Etre encore en vie ? Bien sûr, ça me surprend. Dans mes cauchemars, je me vois vivre aussi longtemps que William Burroughs : 83 ans.» Et ça vous dérange qu'on vous associe tout le temps à la défonce ? «Non. Parler de drogue, c'est toujours mieux que de parler de Sarkozy.»
Daniel Darc CD : Amours suprêmes (Mercury). En tournée française à partir de mars. En concert à l'Olympia le 17 mai.

http://next.liberation.fr/culture/010171864-daniel-darc-bande-encore






Daniel Darc est mort
Par LEXPRESS.fr, publié le 28/02/2013 à 19:38

Le chanteur du groupe Taxi Girl, figure du rock français, a été retrouvé mort chez lui par son producteur, annonce BFM TV.
Daniel Darc, chanteur du groupe Taxi Girl, a été retrouvé mort chez lui par son producteur, annonce la chaîne d'info en continu BFM télé. Information confirmée par France Télé Info.  
Né Daniel Rozoum le 20 mai 1959 à Paris, il a chanté pour Taxi Girl de 1978 à 1986, aux côtés de Mirwais. "Grâce à ses prestations musicales sur le fil et à l'attitude jusqu'au-boutiste de son chanteur (il s'ouvre les veines sur scène en première partie d'un concert de Talking Heads en novembre 1979), Taxi Girl acquiert très vite une réputation sulfureuse qui fait hésiter les maisons de disques.", commente RFI.
Il se lance ensuite en solo. "Seul, Daniel Darc a du mal à surmonter ses problèmes de dépendance à l'alcool et à la drogue", ajoute le site de la radio. "De la même étoffe que Bashung, Gainsbourg et Christophe, mais moins médiatisé que ses aînés, Daniel Darc poursuit une route pleine de cicatrices", écrivait L'Express en 2011.
Il est mort ce jeudi, à l'âge de 53 ans. Dans son album Amours Suprêmes, que Les Inrocks décrivent comme "un bel album à fleur de derme qui romance encore et toujours la même histoire du loser magnifique", il écrivait: 'Quand je mourrai, j'irai au paradis/C'est en enfer que j'ai passé ma vie'."

http://www.lexpress.fr/culture/musique/daniel-darc-est-mort_1225809.html








Daniel Darc, hommage à l'écorché vif
Par Marie Le Douaran (LEXPRESS.fr), publié le 01/03/2013 à 11:51
La voix de Taxi Girl s'est éteinte à l'âge de 53 ans. Partout, les hommages à ce loup solitaire fleurissent.

Daniel Darc s'est éteint, à l'âge de 53 ans. L'heure est aux hommages.
AFP/JEFF PACHOUD
Toujours là, toujours en marge, on a cru Daniel Darc inoxydable. Pourtant, le rockeur s'en est allé, à 53 ans. De nombreux hommages sont aujourd'hui rendus à cet homme pudique, coutumier de la drogue et solitaire, qui aurait succombé à une surdose d'alcool et de médicaments.
"Faux dur à cuire, vrai coeur d'artichaut"
Télérama, sous la plume d'Hugo Cassavetti, dresse le portrait de Daniel Darc le maudit. S'il a été la voix de Taxi Girl, "il n'a jamais réellement fait partie d'une bande. Trop solitaire et individualiste. Punk pour de vrai."
>> Lire l'article de Télérama, Daniel Darc l'écorché.
Ce que la new-wave lui doit
Ceux qui l'ont rencontré en parlent le mieux. Olivier Nuc, dans Le Figaro, revient sur la carrière d'un parolier d'exception, de l'adolescence punk à sa dernière apparition publique, le 23 février, en passant par le standard Cherchez le garçon.
>> Lire l'article du Figaro, Daniel Darc, un chanteur d'enfer est mort.
"Daniel Darc m'a d'abord fait peur"
L'auteur du blog Zik Zag, Emmanuel Marolle, se souvient aujourd'hui de sa première rencontre avec le rockeur et dresse un portrait en creux d'un homme profondément pudique. "Une interview avec Daniel Darc serait forcément une mise à nu pour lui".
>> Lire le post de blog de Zik Zag, Daniel Darc: je me souviens, je me rappelle.
La vie rêvée de Daniel Darc
Sur Libération, Sabrina Champenois évoque Daniel Darc le parisien, aperçu au métro Voltaire, rencontré dans son QG de Bastille... Une "tournée sans fin à la Dylan", voilà de quoi il rêvait. Et puis "ne pas perdre les pédales sans m'en rendre compte, Alzheimer par exemple."
>> Lire l'article de Libération, Daniel Darc, crève-coeur.
Daniel Darc, en quête de sensations fortes
Dans Le Monde, Stéphane Davet revient sur la carrière, le tempérament et les croyances du chanteur. "Cette quête d'émotions fortes, jamais loin du court-circuit, le mène sur la voie du rock dans lequel Daniel, devenu Darc, s'investit avec une ferveur mystique."
>> Lire l'article du Monde, Les passions de Daniel Darc
http://www.lexpress.fr/culture/musique/daniel-darc-hommage-a-l-ecorche-vif_1225965.html








Daniel Darc, crève-cœur
28 février 2013 à 22:36
Par SABRINA CHAMPENOIS
       
Disparition. Figure destroy abonnée à tous les excès, le chanteur sensible et cultivé a été retrouvé mort chez lui, à Paris. Il avait 53 ans.

Son dernier SMS, doux comme une bise, remontait au 25 décembre : «Merry Punky Xsmas [Joyeux punky Noël], Sabrina. Daniel D.» On lui avait retourné pareil, et plein de bonnes choses pour l'année à venir. A mille lieues d'imaginer que deux mois plus tard, bam, la Faucheuse le rattraperait. Car à force, il nous apparaissait inoxydable, Daniel Darc, capable de tirer encore et encore sur l'arc d'une vie tendue comme une flèche, quoiqu'empoisonnée par la dope. Il le disait lui-même, spontanément : «Déjà, j'ai pas le sida, j'en reviens pas ! […] Ce que je me souhaite ? Vivre en bonne santé !» Endocardyte, staphylocoque doré, pleurésie, septicémie, hépatite, dos cabossé par une chute de moto puis d'une mezzanine… Le palmarès était tel qu'on l'avait trouvé plutôt d'aplomb, lors de la rencontre qui allait faire portrait, il y a un peu plus d'un an. Et adorable, surtout, quand son regard onyx, sa gueule en lame de couteau et ses tatouages XXL pouvaient laisser craindre une tannée, avinée et/ou capricieuse. Sans compter ce soir qui nous restait en tête où on l'avait aperçu, des années plus tôt, oscillant dangereusement sur un quai de la station de métro Voltaire, les Fleurs du mal en main…
Trouille. Au Polichinelle, son QG du quartier de la Bastille, il avait pourtant d'emblée averti d'une possible tétanie : «Je vais mettre un peu de temps à dire les trucs… Avec une personne ça va, et encore si je ne la connais pas, comme toi, c'est une galère… Mes potes, ils repèrent tout de suite mon malaise : ma voix change, elle devient toute petite, elle s'éteint. […] En tout cas, quand je te fais chier, tu m'arrêtes, hein, tu promets ?»Il précisait que la trouille, avant d'entrer en scène, le rendait littéralement malade, à vomir, à ne plus pouvoir échanger un mot avec quiconque dans les trois quarts d'heure précédents. Et pourtant, sa «vie rêvée», c'était «la tournée sans fin à la Dylan». «Moi, maintenant, j'ai envie de me magner, je ne veux plus traîner.» Après un come-back réussi en 2004, avec le bien nommé album Crève-Cœur, Darc était parvenu à rester dans la course avec Amours suprêmes, puis la Taille de mon âme, dont la ritournelle C'est moi le printemps contrebalançait le cafardeux C'était mieux avant(«"C'était bien mieux avant" / Elle dit ça lentement / Moi je sais que le temps / N'attend personne pourtant / C'est vrai de temps en temps / Je me dis "Si seulement"»).
Ce jour-là au Polichinelle, sa voix avait parfois baissé, mais à aucun moment, on n'avait eu besoin d'arrêter Daniel Darc. Qui, pour commencer, aussi foisonnant pouvait être son récit, n'en perdait pas le fil, excellent conteur qui faisait écho au lecteur avide, de la Beat Generation et de romans noirs américains notamment (Bruen, Bunker, Hammett…). On s'y serait crus, par exemple, quand ce fils d'un coupeur de fourrure et d'une comptable dans la confection, né Daniel Rozoum le 20 mai 1959 à Paris, racontait ses errances en pleine vague Taxi Girl : «Je crois que je suis un Beat : là, où je pose mon blouson et ma tête, c'est chez moi. J'ai vécu comme ça. Quand j'étais connu, à l'époque de Taxi Girl, les gens pensaient que j'avais de la thune, tout ça, mais comme a dit un pote, j'ai une Porsche là, et une Rolls là [il montre ses avant-bras] et même si mes parents ne m'ont jamais fermé la porte, je dormais dans le métro, à Caumartin souvent. Je sortais au Rose Bonbon [club parisien mythique des années 80, dans les sous-sols de l'Olympia, ndlr], et j'allais dormir dans le métro, et j'aimais ça même si des fois j'avais la trouille.»
Bible. Darc était lucide aussi, concédait non sans une certaine jubilation avoir été le chat noir de la chanson française. «En même temps, j'aime bien… Un jour, un mec a écrit : "Darc, c'est comme Johnny Thunders [le chanteur-guitariste des New York Dolls retrouvé mort d'une overdose en 1991, ndlr] : on a envie d'écouter des disques, pas de l'inviter à dîner", c'est ça!» Il ne concédait pas de regrets, mais «des remords par rapport au mal que j'ai pu faire à certaines personnes, je baisais la femme de mes potes, des trucs comme ça… Bon, j'avais 20 ans mais quand même, maintenant, ça fait un peu chier.» C'est aussi qu'entre-temps, l'ex-bad boy, réputé encyclopédie ambulante du rock, avait rencontré la religion : le protestantisme auquel il s'était converti en 1997 après s'être, gamin, rêvé rabbin. Croyant au point de lire des extraits de la Bible sur scène, ou de figurer agenouillé dans une église sur la pochette de son album. Réfutant la piste opium du peuple et produit de substitution à ses addictions, il avait expliqué doucement : «Croire ne m'apporte pas concrètement quelque chose, ça me pousse juste à faire des trucs biens, comme aider quelqu'un qui est dans la merde. Et c'est juste normal de faire ça.»
On avait aussi parlé de la mort, avec laquelle il avait tant flirté. Daniel Darc avait répondu : «Je voudrais juste ne pas perdre les pédales sans m'en rendre compte, Alzheimer par exemple. Tout chrétien que je suis, je crois que je me foutrais en l'air.» C'est bientôt le printemps, et ce sera sans lui. Dommage.

http://next.liberation.fr/musique/2013/02/28/daniel-darc-creve-coeur_885481








01 mars 2013
Daniel Darc: je me souviens, je me rappelle


Je me souviens, je me rappelle que Daniel Darc m'a d'abord fait peur. En tout cas, je me demandais qui j'allais rencontrer, lors de notre première interview. J'imaginais quelqu'un de froid, perdu dans ses pensées, avec qui il serait difficile de discuter. C'était au tout début de l'année 2008, le 4 ou 5 janvier, juste avant la sortie de son magnifique "Amours Suprêmes". On s'est souhaité la "bonne année" et puis on s'est mis à parler longuement. Ou plutôt, lui a beaucoup parlé. "T'as vu, j'ai un nouveau tatouage", m'avait-il tout de suite dit. C'était un "TCB", le fameux "Takin' Care of Business", la devise de Presley.

Une entrée en matière annonçant qu'une interview avec Daniel Darc serait forcément une mise à nu pour lui, l'homme aux mille vies que l'on croyait immortel, jusqu'à hier, tant il avait survécu à tout, sans pour autant "prendre soin de son business", malgré son admiration pour Elvis.
Je me souviens, je me rappelle de ses longues digressions, qu'il freinait soudain, gêné. "Je parle trop là, je suis désolé. Ca va ce que je te raconte, c'est intéressant?" Daniel Darc était ainsi à beaucoup parler de lui, mais à aussi se passionner pour les autres, à prendre soin d'eux. Rares sont les artistes qui vous posent des questions. Daniel le faisait, parce qu'il n'était pas dans un rapport chanteur/journaliste en interview. Il l'imaginait sans doute comme une conversation éphémère, avec quelqu'un qu'il ne reverrait pas tout de suite ou jamais. Alors autant parler, beaucoup parler, passionnément, généreusement. Et lui aussi s'interrogeait: "Tu es marié? Depuis quand? Tu as des enfants? Quel âge? Ils s'appellent comment? Ils font de la zique?"
Je me souviens, je me rappelle, d'un homme amoureux. "Elle a douze ans de moins que moi et pour elle je suis Daniel, pas Daniel Darc de Taxi Girl", me confiait-il lors de notre dernière rencontre l'an passé. Nous avions titré le papier "Daniel Darc, pas si noir". Car, à chacune de nos interviews, il n'y avait pas de tristesse, pas de regrets, pas de rancoeur, quand il évoquait son parcours chaotique, mêlé à sa passion pour la musique. "Je ne suis jamais allé à Memphis, sur les traces d'Elvis. Je n'ai jamais eu les ronds pour cela. Tout ce que j'ai gagné à l'époque de Taxi Girl est parti dans la dope".
Je me souviens, je me rappelle, de séances photos, où le Daniel Darc voûté, fatigué parfois, se redressait soudain et se transformait instantanément en rock star juvénile, qui donnait tout à l'objectif sans qu'on lui demande, capables de dizaines de poses différentes à la minute.
Je me souviens surtout de "Seppuku", cet album de Taxi Girl que j'ai usé dans ma chambre dado, de concerts sur le fil, bouleversants, et de cette chanson "Je me souviens, je me rappelle", la première que j'ai eu envie d'écouter aujourd'hui.

http://zik-zag.blog.leparisien.fr/archive/2013/03/01/daniel-darc-je-me-souviens-je-me-rappelle.html







Daniel Darc l'écorché

Hommage | L'ancien chanteur de Taxi Girl a été retrouvé mort, jeudi 28 février 2013. Daniel Darc, chanteur autodestructeur, profondément attendrissant, avait 53 ans.
Le 01/03/2013 à 09h36 
Hugo Cassavetti

Daniel Darc se savait en sursis. Grand enfant cabossé, toujours à jouer avec un couteau et sa vie, il paraissait émerveillé de ne pas être déjà passé de l'autre côté. Comme si chez lui, il y avait un éternel soupçon de regret. Il aurait aimé être écrivain, ou bien jazzman, il était devenu rockeur, chanteur même, par défaut. Extrême, jusqu'auboutiste, faux dur à cuire, vrai cœur d'artichaut. Il pouvait chanter faux, il était toujours juste, fidèle à ses mots, écorchés, naïfs, amoureux, brutaux. Un peu inquiétant, profondément attendrissant.
Tel est le Daniel Darc qu'on a connu, avec qui on a pu passer quelques heures inoubliables, drôles, émouvantes, intenses. A discuter de tout, mais de musique essentiellement. Son débit pouvait se faire hésitant, sa concentration allait et venait au gré des bières qu'il descendait pour se donner le courage de surmonter sa timidité, mais il était intarissable sur ses modèles et les icônes qui l'avaient nourri, le passionnaient et guidaient sa survie. Elvis, forcément, mais tant d'autres aussi. Sa plus persistante lubie ? Son obsession pour le Blue Öyster Cult, groupe de bikers cuirs aux textes intellos, mi cosmiques, mi métallos. Ou bien Alice Cooper, impayable roi du hard gore, aussi malin qu'érudit. Un peu comme lui, en moins fracassé et autodétruit, en moins toxico.
Punk pour de vrai
Si Daniel Darc, né Rozoum, a été la voix d'un groupe, Taxi Girl, jeunes gens modernes rencontrés au lycée Balzac à Paris à la fin des années 70, il n'a jamais réellement fait partie d'une bande. Trop solitaire et individualiste. Punk pour de vrai. Cherchez le Garçon était le tube de Taxi Girl. Une pop eighties faussement enjouée qui faisait danser les minets dans les boîtes et les boums, tandis que sur scène, Darc, défoncé, n'hésitait pas à s'ouvrir les veines. Mais un ange a longtemps veillé sur Daniel le maudit, l'empêchant de rejoindre cet enfer qu'il courtisait, qu'il tutoyait. Peut-être parce qu'il savait qu'il avait des choses à dire, des chansons à écrire, des paroles à déclamer de ce timbre fragile, enfantin, candide, bouleversant. Des disques humains et amis, imparfaits, inaboutis, ponctués de fulgurances et de moments de grâce inouïs. On l'a cru si souvent perdu qu'on n'en revenait pas qu'il soit toujours parmi nous. Ses derniers disques avaient même fini par retrouver un public, touché par cet adorable chien sans collier qui paraissait à la fois vivre plus intensément et souffrir plus profondément que lui.
Daniel Darc était croyant. Il croyait aux forces de la nature, aux poètes disparus, au rock'n'roll et à tous les musiciens cramés pour et par leur art. Il croyait en Dieu, qui veillait sur tout ça. Et sur lui, aussi, évidemment. Daniel Darc avait une intuition aux allures de certitude : « J'irai au Paradis, parce que j'ai vécu en enfer. » Puisse sa prédiction s'être accomplie.

http://www.telerama.fr/musique/daniel-darc-le-chanteur-de-taxi-girl-est-mort,94197.php













Daniel Darc et Jean-Louis Aubert,
faces sombres et côtés clairs

Créé le 01-03-2013 à 13h15

Par François Armanet
Journaliste au Nouvel Observateur

Fin 2011, "l'Obs" avait fait dialoguer l'ex-chanteur de Téléphone et celui de Taxi Girl, mort jeudi. Ils menaient chacun depuis 1986 une carrière solo.
(Article publié dans "le Nouvel Observateur" du 24 novembre 2011)
Les chemins des chanteurs des deux groupes-phares de la new wave française se croisent étrangement. 1977-1978 : la boule de nerfs à la lippe jaggerienne de Téléphone et le voyou trouble de Taxi Girl brûlent la scène. "La Bombe humaine" et "Cherchez le garçon" deviennent les hymnes d'une génération.
En 1986, ils quittent leur groupe respectif et sortent tous deux l'année suivante un premier album. Après sept disques en solo chacun, le fils (de sous-préfet) des beaux quartiers et l'enfant juif converti au protestantisme se sont rencontrés, en novembre 2011, au "Nouvel Observateur". Retrouvailles inédites.
Et si vous ne reteniez qu'un titre de vos deux derniers albums ? ["Roc Eclair", de Jean-Louis Aubert, et "La taille de mon âme", de Daniel Darc, NDLR]
Jean-Louis Aubert. Heureux d'abord de retrouver un Darc toujours pas apprivoisé. Dans "la Taille de mon âme", j'aime sa manière de chanter "rien", ce rien qu'il arrive à dire. C'est dans le rien qu'on trouve quelque chose.
Daniel Darc. C'est l'album de toi, depuis Téléphone, que je préfère. J'aime "Puisses-tu" : les paroles "Puisses-tu vivre, aimer, aimer qui tu es" m'ont fait penser au "Tu seras un homme mon fils" de Kipling.
J.-L. A. J'y ai pensé après coup.
D. D. Une autre chanson m'intrigue, c'est "Marcelle". Est-elle réelle ?
J.-L. A. C'était une dame, qui était dans la chambre en face de celle de mon père, qui avait 100 ans et me paraissait morte depuis plusieurs jours. Elle me faisait très peur. Tous les jours, je lui disais "Bonsoir Marcelle" et elle ne répondait jamais. Et, un soir, sa main a bougé et je me suis approché. Ca m'a rappelé les contes de mon enfance. Elle a ouvert les yeux et s'est transfigurée. D'un coup, elle a eu 16 ans et m'a dit en souriant : "Ca fait longtemps qu'aucun homme n'est entré dans ma chambre."
C'était quelques semaines avant la mort de ton père...
J.-L. A. C'était à la Cité des Fleurs, à la Défense, où j'ai trouvé des moments d'une grande bienfaisance. Les coulisses de la vie sont plus dures que la vie, mais aussi plus douces parce qu'il y a des tendresses volées, des moments d'enfance. Ce retour au dénuement, au fait d'être désarmé, c'est ce que j'ai essayé de mettre dans ce disque.
D. D. C'est toujours intimidant de chanter le mot "âme". Je suis croyant. J'ai lu récemment le livre d'un pasteur protestant, Klaas Hendrikse, "Croire en un Dieu qui n'existe pas." Pour moi, Dieu c'est tellement au-delà de nous qu'on n'a pas à dire : "Dieu est." Et je crois que c'est un bienfait de ne pas arriver à comprendre ce qu'est Dieu.
J.-L. A. "Croyant", c'est un mot que j'ai beaucoup de mal à embrasser. Dieu, c'est l'Innommé, tout ce qui n'est pas nommé. Et la chanson de l'âme, la poésie, a été inventée pour essayer de nommer des choses qu'on n'arrive pas à comprendre mais qui sont extrêmement simples, comme l'amour.
D. D. J'ai la foi et je me moque de la connaissance. Parce que la foi n'est pas compatible avec la connaissance.
J.-L. A. La "connaissance" est un bien grand mot, je préfère l'"expérience". "Connaître", d'ailleurs on se demande si ça ne veut pas dire "renaître avec". Mais j'éprouve comme toi une certaine forme de foi, quand je suis capable de m'ouvrir au monde.
"Roc Eclair" détourne Roc Eclerc, nom de l'entreprise de pompes funèbres à laquelle Aubert a fait appel à la mort de son père...
D. D. Un rock qui éclaire et n'oublie jamais.
J.-L. A. Oui, la pierre qui éclaire, le clair-obscur aussi. Les périodes sombres éclairent la vie et on ne voit les étoiles que la nuit. Mais c'est aussi un pied de nez pour dire : non, je ne pleurerai pas.
Qu'est-ce qui a changé pour vous à la mort de vos pères ?
J.-L. A. Tout ce qui me reliait à lui. Et les découvertes depuis, parce que, évidemment, tout ce qu'on perd, on le connaît mieux après. Tout paraît avoir été un trésor. J'ai aussi perdu beaucoup d'amis ces dernières années. Comme on dit, "les meilleurs partent en premier", mais ce sont les plus audacieux qui à l'époque m'ont ouvert les yeux, les oreilles.
D. D. Mon père est mort à Jeanne-Garnier, une maison de soins palliatifs, dans le 15earrondissement. C'est géré par les Dames du Calvaire et comme mon père était juif, on m'avait dit bêtement : "Fais gaffe, c'est catholique." A la fin, mon père me disait : "Cache-toi sous le lit, ils arrivent." Il entendait la Gestapo, les bruits de bottes. Ce qui m'a aidé, c'est de m'être occupé avant, pendant deux ans, de personnes en fin de vie pour la Fédération protestante avec une amie. Après, on se retrouve tout seul, il n'y a plus rien devant. Après lui, ce sera mon tour.
"Dark" et "Roc Eclair". Votre face sombre et votre côté clair ?
J.-L. A. Je crois que je viens du sombre en espérant aller vers le clair. Le sombre, c'est mes pensées à répétition, mes replis matérialistes. Le clair, c'est le présent, le rien. Le sombre, c'est être coincé par les autres ; le clair, c'est aller vers eux. Le sombre, c'est ne pas aimer, ne pas s'aimer, se fermer. Le clair, c'est regarder avec une absence de jugement, avec compréhension et curiosité. Le clair fait du bien. Le sombre me fait du mal et fait du mal, c'est presque une équation mathématique.
D. D. J'ai fait beaucoup de mal, j'espère avoir fait du bien. La perfection, je n'aime pas ça, mais quand je fais du mal je me sens mal, quand je fais du bien je me sens bien. C'est pour ça aussi que mes peines de prison, peu importe, c'était juste. Alors, mon côté sombre, l'autodestruction, s'éloigne un peu. Mon côté clair, c'est mon alliance. Il y a gravé à l'intérieur "Sophie", ma femme. C'est plein d'amour, de confiance.
Le cap de la cinquantaine franchi, avez-vous l'impression d'être deux survivants ?
D. D. Moi oui, en tout cas. Parce que j'ai dû faire quinze overdoses, j'ai failli crever plein de fois. Alors ce répit, essayons de lui donner raison, essayons de faire le bien. [Daniel Darc est mort jeudi 28 février 2012, NDLR]
J.-L. A. Oui, mais j'ai été moins extrême que Daniel ou que mon copain Olive [Olivier Caudron, cofondateur de Téléphone, mort en 2006] que j'ai connu à l'âge de 12 ans et qui m'a emmené sur les pistes de la défonce comme un "bateau ivre". Mais je gardais toujours une amarre quelque part. Je crois que j'ai été très jeune un Petit Poucet. Dans la défonce, il y a un moment où, pour des raisons égoïstes, tu arrêtes pour toi. Parce que tu ne peux plus faire ce que tu es censé faire, comme de la musique. La musique m'a sauvé, peut-être un peu le groupe au début, parce qu'on était très soudés. Quand l'un partait trop en vrille, les autres lui disaient : "Là, tu joues n'importe comment." Du coup, ça donne une certaine mesure !
Etes-vous aussi des survivants de Téléphone et de Taxi Girl ?
D. D. Je ne me sens pas du tout un survivant de Taxi Girl, je suis passé à autre chose, c'est un truc d'enfance et voilà.
J.-L. A. Je ne vois pas de discontinuité entre la préadolescence, le groupe et la suite. Par contre, Louis [Bertignac], c'est aussi curieux à regarder qu'une partie de moi-même : mon pied, ma main ou mon bras.
Etes-vous mieux en solo qu'en groupe ?
J.-L. A. Non. En solo, je suis aussi entouré qu'en groupe. Il y a même eu des moments, à la fin du groupe, où je me suis senti plus seul que je l'ai jamais été en solo. Parce qu'un groupe, comme une famille, ça entoure, mais aussi ça peut apporter une solitude énorme. On peut être seul en famille, incompris. C'est pire. Sur scène, c'est quand je suis le plus moi-même que je peux donner aux autres.
D. D. Keith Richards le dit bien dans son livre : vous croyez que je monte sur scène pour vous, non, je monte sur scène pour moi. Keith Richards, c'est le rock'n'roll. Je n'ai jamais voulu être chanteur. Simplement je suis trop branleur pour être guitariste. J'ai d'abord voulu l'être en écoutant Scotty Moore [le guitariste d'Elvis Presley à ses débuts] et Gallopin'Clif Gallup [le guitariste de Gene Vincent et des Blue Caps], puis en écoutant Keith Richards. C'était trop fort pour moi. Avant, je voulais écrire des romans noirs. Mais je n'avais pas assez de souffle. Puis mes lectures de Kerouac et de Burroughs m'ont ouvert au Velvet ou à Patti Smith. C'est comme ça que j'ai aimé le punk new-yorkais bien avant le punk anglais. Le punk anglais me faisait chier, à part Clash. Ce que j'aimais, c'était Richard Hell, Tom Verlaine et son groupe, Television.
J.-L. A. Television, qui a peut-être donné Téléphone ! Mais ce sont les Stones qui nous ont ouverts au rock'n'roll d'avant, à Chuck Berry, etc.
Vous avez fait tous les deux en 2007 avec Alain Bashung la tournée des "Aventuriers d'un autre monde"...
D. D. Quand j'étais en mauvais état, il trouvait le moyen de faire attention à moi, et j'avais un peu l'impression d'être son fils. Il était sur les cimes et à la fois protecteur.
J.-L. A. J'étais toujours étonné par tant de gentillesse. J'aime quand on est libre et qu'on ne revendique pas la liberté. C'est comme s'il disait oui à tout, mais il ne faisait que ce qu'il voulait. Et sa magie, je l'ai comprise sur scène ; pourquoi cette voix résonnait plus fort que les autres.
D. D. Elle filtre tout ce qui est sombre, elle ne projette que le positif. Un jour, chez lui, on parlait de Gene Vincent. J'avais un DVD sur lui avec des trucs assez rares. Je lui dis : "Tu veux que je te le passe ?" Il me répond : "Tu es fou ! Je vais pleurer, je ne pourrai pas le regarder." Sérieusement. Avec une franchise nue. Mais toi, Jean-Louis, est-ce que tu ne te sens pas au bout de quelque chose, comme moi aujourd'hui ?
J.-L. A. Oui, quelquefois. Mais ça permet peut-être d'aller plus loin encore. J'aimerais bien la paix.
D. D. Moi aussi. Mais la paix, je n'arrive pas à la voir de la même façon que toi. La paix peut être dangereuse.
J.-L. A. Il y a une vieille histoire qui nous lie. Sur la tournée des "Aventuriers", je chantais avec toi "Redemption Song" de Bob Marley. Et tu m'as raconté qu'un jour en taule tu t'étais trouvé face à un grand Noir qui voulait te faire la peau. Il t'avait dit : "Toi, le rocker, chante-moi une chanson." Alors tu lui avais chanté "Redemption Song" et il s'était mis à genoux en pleurant. La preuve qu'une chanson, ça ne peut pas changer le monde, mais ça peut te sauver la vie !
Propos recueillis par François Armanet, en novembre 2011.

http://tempsreel.nouvelobs.com/culture/20130301.OBS0502/daniel-darc-et-jean-louis-aubert-faces-sombres-et-cotes-clairs.html







Daniel Darc l'interview
04 jan, 2012
Un article signé Charles

A l'écoute de La Taille de mon Âme, le nouvel album de Daniel Darc, on avait trouvé le pari audacieux et le casting intéressant. Produit par Laurent Marimbert, qui cachait son talent de créateur d'ambiances en réalisant les disques des 2Be3, cet album est surprenant par sa cohérence, la puissance des textes et leur mise en valeur parfaite. On a profité de ce nouveau CD pour le rencontrer, tant on le savait passionnant.
Pour que cette discussion soit à la hauteur de notre ambition, nous avons réalisé cette interview en double, avec Rafaël Corcostegui, qui nous a permis de rentrer en profondeur dans l'aspect littéraire de ces nouveaux titres. Nous avons fait face, ce soir-là, à un homme réconcilié avec lui-même qui nous a parlé du punk, de sa famille, de la religion et avec qui on aurait pu continuer à tailler la bavette des heures durant…
Avant parler de ton nouvel album, on t'a entendu dire que tu n'avais finalement pas aimé Amours Suprêmes, ton disque précédent…
Ouais, ouais. Quand je le réécoute… Parce que sur le moment, je trouvais ça très bien, mais en me le repassant, je trouve que c'est Crève-Coeur en moins bien. Mais c'est peut-être aussi parce que ça se cassait un peu la gueule avec Frédéric (Lo, le producteur, ndlr). Le premier, c'était un peu une lune de miel. C'est allé très très vite, ça se passait super bien, je crois que pour lui aussi, vraiment… Le deuxième, on se connaissait déjà. C'est un peu comme un couple, tout simplement. Ça a commencé à merder, et puis l'argent aussi… Parce qu'il est devenu éditeur, et qu'on n'avait plus de thune pour le faire, et du coup, on a pris le batteur et le pianiste des Attractions, de Costello. J'en n'avais rien à secouer de ça. J'aime bien les mecs, Steve Nieve et Pete Thomas, mais ça ne m'intéressait pas. Et puis bon, il y avait une façon de réaliser lequel n'était pas celui que je préférais… Je voudrais pas dire que j'avais raison et qu'il avait tort, et le contraire non plus, mais simplement, on n'était plus prêt à bosser comme ça. Lui est plus du genre à dire ce qu'il veut dès le départ, alors que si je prends des gens que j'aime bien, c'est pour les laisser faire, genre : « Ecoute ça, fais ce que tu veux dessus ». Et puis si à la fin, il n'y a rien, ben… Je dis des trucs. Mais si ça se passe bien sans que j'aie à dire quoi que soit, je préfère. Et il y a eu Robert Wyatt, peut-être pour me faire plaisir, mais c'était génial. Il y a eu des grands moments, bien sûr, comme ce que j'ai fait avec Alain Bashung… Cette chanson, c'est le piano… J'aime beaucoup ce qu'il a fait, Robert, dessus. Frédéric et l'ingé s'étaient barrés, il n'y avait plus que lui et moi. Il me dit : « Qu'est-ce que je fais ? ». Je lui réponds : « Ben je sais pas… Ce dont t'as envie ». Au début, il était un peu largué, parce que c'était le contraire de tout ce qu'il avait fait avant et puis au bout d'un quart d'heure, ça a commencé à venir, je trouve ça super. J'aime bien quand c'est accidentel, quand il y a des trucs qui se barrent.
Et La Taille de mon Âme, avec Laurent Marimbert, a été réalisé dans cet esprit-là ?
Oui… (rires). Quand on s'est rencontré, on pensait plus au cinéma, tous les deux. Quand on parlait, c'était vachement plus des images que du son. Ça s'entend, je pense. C'est pour ça aussi que j'ai pris Les Enfants du Paradis, tout ça. Et ouais, ça a été très vite. Je pensais à Chet Baker, Dylan. Le micro était toujours branché.
Les moments parlés viennent de là ?
C'était pas du tout prévu, au départ. Je l'ai laissé faire, je savais même pas ce qu'il mettrait. J'ai juste demandé à ce que le violoncelliste joue, à la fin d'Anna, la Septième Suite pour Violoncelle de Bach. Qui n'existe pas, bien sûr. Ça l'a fait marrer, il a essayé de faire un truc comme ça aurait pu être. Le reste, vraiment… Genre Laurent a été jusqu'à mettre, au milieu d'un titre, Besoin de Quelqu'un qui n'a pas Besoin de Moi, un truc où j'allais pour me barrer. Il pleuvait dehors et, du studio, on voit la pluie qui tombe, et je dis : « Merde, la pluie », et, je sais plus, je parle de mon cuir… C'était pas du tout prévu. Je me suis vraiment bien entendu avec lui, et j'espère qu'on va pouvoir en refaire un autre.
Il y a déjà une idée d'en refaire un autre ensemble ?
Pour moi ouais, pour Laurent, je sais pas…
Tu jouais My Funny Valentine au Palace, et l'influence Chet Baker se ressent énormément sur l'album. Tu l'as rencontré ?
C'est un mec que j'ai vu peut-être une quinzaine, une vingtaine de fois. Quand il venait à Paris, je le voyais tout le temps ! Et ouais, c'est un des chanteurs qui m'a le plus marqué. Il y a deux chanteurs, pour moi : Van Morrison et Chet Baker. Et Elvis, mais c'est différent. Ces deux-là arrivent à passer par-dessus leurs défauts. Surtout Van Morrison. Après, ouais, je l'ai rencontré, mais vraiment pas pour les bonnes raisons.
Comment expliques-tu l'aspect hyper religieux de ton disque ?
Je ne savais pas que Laurent les mettrait, ces phrases. Il a inséré vraiment ce qu'il voulait. Il m'a fait écouter, mais je m'en rendais pas compte, vraiment, je m'en rendais pas compte, à quel point c'était Dieu tout le temps. En même temps, c'était des conneries. Enfin non. Mais à la fin, il me disait : « Excuse-moi, je te fais pas chier, avec ton Dieu ? » (rires). Je suis pas mystique, je crois en Dieu, oui, je crois en Dieu. C'est une partie de moi, quoi.
La création des morceaux en eux-mêmes se passait comment ?
La plupart du temps, c'était lui qui me jouait des trucs ou on pensait à rien, il commençait à prendre le piano et j'arrivais dessus… C'était plein de fulgurance. Oui, voilà, de fulgurance.

Il dit d'ailleurs qu'il n'a vu dans sa vie que deux fois des mecs capables d'écrire un texte pendant une improvisation : toi et Roda-Gil.
Dans les trucs de Roda-Gil pour Julien Clerc, il y a un truc tellement fort. J'arrêtais pas de chanter Danses-yà Laurent (il commence à chantonner).
D'ailleurs, écrire pour les autres, tu l'as un peu fait…
Ouais, un peu. Mais il y a des gens pour lesquels j'adorerais écrire. Françoise Hardy, Jacques Dutronc. Il me l'avait proposé, mais j'étais môme, et j'avais fait des merdes. Je ne sais même pas s'il les a lues…
Il y a des similitudes entre ton album et celui de Miossec. Parler des amis qui sont partis, de l'occupation… Les « c'était mieux avant », qu'on trouve aussi dans sa Chanson du Bon Vieux Temps… Sans compter les références à Drieu de la Rochelle. D'ailleurs, comment es-tu tombé sur cet auteur ?
Oh putain, je vais écouter ! Merci. J'essaie de chercher pour Drieu de la Rochelle. Ah.
Si. Je trainais avec des gens d'extrême droite. Même si je suis d'extrême gauche. Enfin j'étais… L'époque du punk, les gens s'en font une idée super cool, mais c'était pas du tout ça. Il y avait de tout, et ça se barrait dans tous les sens. Ce qui fait que tu pouvais très bien parler avec un maoïste et cinq minutes plus tard, avec un nazi. Et puis on se connaissait tous. C'est ce qui a pu se passer au Etats-Unis au tout début du bop ou même en France à Saint-Germain-des-Prés. Il y avait un truc à essayer, fallait le faire, on s'en foutait de ce qui se passait. C'est étrange. Je crois qu'avec Drieu, c'est ce qui s'est passé, d'ailleurs. Mais c'est surtout Jacques Rigaud, pour moi. Comme pour Le Grand Jeu. C'est une revue avec Daumal, Roger Gilbert-Lecomte. Pour moi, ils ont un rôle assez proche de celui de Jacques Rigaud, là-dedans. Daumal est plus articulé… Il y a ceux qui arrivent à s'adapter et puis les autres. C'est assez darwinien comme truc, en fait. Je sais plus ce que je voulais dire. C'est bien, parce que ça me touche, en fait… Ah oui, si, Drieu. Je l'ai connu par un mec d'extrême droite. Non, en plus c'est pas vrai, je me fais une sorte de légende, là. Je l'ai connu parce que je lisais. Mais la littérature est plus intéressante, pour moi, à l'extrême droite qu'à l'extrême gauche…
Genre Céline, à qui tu fais référence, aussi ?
Ben tu vois, ses pamphlets, je m'en fous, mais Le Voyage… Même Rigodon ou D'un Château l'Autre… Il y a un truc énorme. Et j'ai appris qu'à cette époque, mon oncle était planqué avec lui, mais ils ne se connaissaient pas… Enfin quand je dis mon oncle, je commence juste à pouvoir dire mon oncle. Avant, je n'ai jamais reconnu le côté de ma mère. Ce n'était pas la même famille. Ma famille, c'était du côté de mon père… Ça ne fait que deux ans que je peux dire ça, ça doit être la troisième ou quatrième fois que je le fais. Ma famille était juive en Espagne, et ils ont eu la mauvaise idée de venir en France. Il y en a qui se sont barrés aux États-Unis et puis en Israël, mais ceux qui sont en France, c'est ça ma famille. Du côté de ma mère, c'est pas ça. C'est une famille catholique, et le frère de ma mère avait été à… Je sais plus… Mais ma mère a été condamnée à mort par procuration. De la collaboration horizontale, comme on dit, elle n'a pas été très résistante. Autant le frère de ma mère était dans la baston, autant ma mère n'a jamais été nazie. Mais elle était amoureuse d'un Allemand. Tout ça pour finir amoureuse d'un Juif qui lui a fait un petit Juif (rires). Parce que moi, dès que je suis né, hop, on m'a coupé la queue, et c'était fait. Tout ça, ça je l'ai retrouvé avec les meubles. Prends-moi pour un dingue, c'était les meubles. Ma meuf vient habiter avec moi maintenant, et il y avait tellement de trucs partout que je me suis dit : « Faut jeter ». Et plus je jetais de trucs, plus je me retrouvais en face de choses que j'avais oubliées, de souvenirs. C'est vraiment les soldes avant fermeture, ces temps-ci, chez moi. Fermeture provisoire, hein. Pour réassortiment. Je me débarrasse de plein de trucs. Et il y a des choses dont je ne pouvais pas parler avant qui reviennent… Maintenant, ma mère, elle est toujours vivante, et je l'aime comme elle est. Mon père, il est mort mais je l'aime. Et puis je suis content, là, vraiment content, c'est génial. Je suis pas scientologue, mais c'est un truc que j'ai fait plus tard que les autres. J'ai 52 ans, mais je dois pouvoir parler avec des mecs de trente ans. Je crois qu'il y a une vingtaine d'années de retard entre mon physique et ma tête. Et c'est peut-être pour ça, si on veut me donner un peu de talent, que c'est bien, ce que je fais.

Dans un autre registre, tu as souvent rendu hommage à Alain Kan. C'est une grande inspiration, pour toi ?
On peut très vite penser que j'en ai beaucoup parlé, mais ce qu'il y a, c'est qu'on me dit toujours : « Et Alain Kan ? ».
Alors parle-nous des autres qu'Alain Kan, de ceux qui ont été importants pour toi.
Non mais Alain, il allait loin dans le truc. Il était respecté par à peu près tout le monde, parce que c'était un « pauvre PD », mais un « pauvre PD » qui s'habillait en nazi, qui s'en foutait de s'en prendre plein la gueule, qui se battait… Et puis moi j'avais des potes dans le FHAR, un mouvement homosexuel révolutionnaire… Il y a Alain Pacadis et Alain Kan, parce que c'était les plus célèbres. Mais il y avait plein de gens tout autour. Mais c'était ça. T'avais Alain Kan, qui arrivait habillé en nazi, t'avais Alain Pacadis, qui était un genre de clochard céleste, si on veut. La personnalité parfaite pour parler du punk, je crois que c'est Pacadis. Quand il te parle, il dit un truc génial, mais tu peux pas écouter tellement tu gerbes, parce qu'il pue. C'est ça, c'est parfaitement ça.
Tu as fait un album en duo avec Bill Pritchard. Pourquoi lui ?
On était tous les deux sur PIAS. A l'époque, c'était qu'en Belgique, et moi j'avais signé chez eux. Il avait écouté mes disques, et il voulait me rencontrer, parce qu'il avait envie de faire un disque en français. Il pensait qu'il n'écrivait pas assez bien pour ça, même s'il parle très bien le français. Il m'a fait écouter des trucs de lui, j'ai trouvé ça vachement bien. Au début, c'était des chansons de lui, que de lui, et j'ai fait des versions françaises, pour voir si ça lui plaisait. Je pensais qu'il allait refaire les voix, mais il les a trouvées super. Jusqu'à Nijinsky, qu'a fait Pritchard ivre mort, et que je lui ai rejouée le lendemain, en lui assurant qu'elle était de lui. Il a failli me casser la gueule parce que je voulais mettre son nom sur la pochette.
Les textures sonores sont assez variées et les morceaux sont ponctués par les phrases enregistrées par hasard. Comment vas-tu retranscrire ça sur scène ?
On a prévu de faire des dates avec Jean-François Assy au violoncelle, il prendra peut-être la guitare, aussi… De temps en temps, on sera quatre, cinq, ça dépendra des morceaux. Un peu comme au concert qu'on a fait au Palace. J'aime bien ça, parce que j'écoute pas trop de rock, plutôt du jazz et de la country, John Coltrane, tout ça… Enfin c'est comme l'écriture, on s'en fout. Flaubert disait : « J'aimerais écrire un livre qui ne parle de rien ». Céline, c'est la même chose, il n'y a que le style. Entre les chansons, ce qui change, c'est la façon d'écrire. C'est toujours le même thème.
Des anciens de Taxi Girl, tu es celui qui a le plus « récupéré » les fans, selon Mirwai. Tu peux expliquer pourquoi ?
Je suis pas sûr que ce soit entièrement vrai. Enfin si… Pour des raisons très longues. Mais je pense que la France n'est pas forcément un pays qui se rappelle des musiciens. Les gens se rappellent plus d'une voix que d'un style de guitare. Je pense qu'il y a les textes, ensuite…
Est-ce que tu as l'impression de progresser dans ton écriture ?
Oui, mais je pense que c'est pour plein de gens la même chose. J'écris forcément de mieux en mieux… Quand je repense au moment où j'écoutais Dylan quand il sortait Saved, un truc très chrétien, je comprends qu'on puisse me dire qu'on préfère ce que je faisais avant. J'ai fait ce que j'ai fait. Mais je crois que maintenant, je n'ai plus besoin d'une manière. Avant, j'étais en permanence dans un état extrême, même si je ne sais pas s'il y a un état normal. Avant, je pouvais écrire bien, et puis en relisant les trucs maintenant, je me dis : « Qu'est-ce que c'est chiant ! ». Maintenant, je peux trouver un mot, un verbe, pas besoin de durer des plombes. C'est de plus en plus naturel.
D'ailleurs, les textes sont plus narratifs. Tu pourrais écrire un roman ?
C'est comme courir un marathon. Moi, je fais du 100 mètres. C'est aussi lié à un mec que Miossec cite pas mal, qui est Henri Calet. Je l'ai découvert, et j'ai eu l'impression de lire Céline, mais sans la haine. Et ça fait du bien. Céline, petit nerveux, un peu. Il y a toute la beauté du monde à portée de main, mais il va pas aller voir, il a trop peur et il va rester à fixer le sol en disant : « Enculé de Juif, enculé de Juif ». Il y a Rigaud aussi. Dans Le Feu-Follet, il a une chance de s'en sortir, mais il ne s'en sort pas. Je pense que si Rigaud avait pu écrire, il s'en serait sorti. Mais je ne pense pas qu'il faille privilégier ceux qui n'y arrivent pas, même si j'ai tendance à le laisser entendre, des fois. Il faut arriver à faire son truc. Mais peut-être que je suis né pour décevoir.
La musique fonctionne comme un écrin pour les textes. C'était volontaire, où cela s'est-il imposé au fil des sessions ?
C'était voulu. Évidemment, parce que tu peux pas enculer un mec sans lui sourire avant (rires). J'exagère un peu, mais il y a de ça…
Pour finir, t'es encore en vie, tu sors encore des disques, tu as gardé une certaine aura… Tu incarnes un peu le survivant du punk…
Manoeuvre aussi. Mais il est critique. J'ai voulu être critique, je l'ai fait un peu, mais Dieu merci, j'étais pas doué pour ça, je crois. Parce que je pense que si j'avais fait critiques rock, j'aurais été comme Eudeline, à rien branler.
Tes disques sont quand même meilleurs que les siens…

J'espère, putain, j'espère.

On t'as pas vu sur les hommages à Jacno ou Bashung alors qu'on s'y attendait un peu. Pourquoi ?
Jacno et moi, on était fâché. C'était de ma faute parce que j'ai pas assuré. J'étais junkie à l'époque donc je ne pensais qu'au prochain fix. Et lui, il s'occupait des crédits… des croquis… des pochettes, je crois, et j'avais rien assuré, c'est moi qui avais tort. J'aimais pas forcément ce qu'il faisait et je ne vois pas trop l'intérêt de dire : « Je suis connu » et de venir faire les pleureuses. Si je suis allé sur la tombe d'Alain, c'est parce que c'était un pote… Et de toute façon, on ne me l'a pas demandé, d'être sur les disques. Ça me semblait un peu trop… vite fait. J'aime pas ce truc-là.
La suite, ce sera quoi ?
J'ai envie de refaire un album vite, de plus traîner, de tourner, tourner, tourner, avant d'enregistrer, j'espère avec Laurent Marimbert. Pour le coup, j'ai besoin d'alter-ego musicaux, je ne peux pas être complètement seul. Laurent Marimbert est vraiment exceptionnel. Parce que chez moi, je lis, j'écoute France Culture, ma caution intellectuelle… (rires). Mais en studio il faut quelqu'un à côté de moi qui me dit : « Faut que tu te magnes ».

http://www.hartzine.com/daniel-darc-interview/








Interview
Daniel Darc - Le Survivant
Jeudi, 28 Juin 2012

On ne s'attend pas vraiment à voir Daniel Darc chanter sur la scène écrasée de soleil d'un festival d'été. Cette vision de Darc faisant face en plein jour à des milliers de braves festivaliers paraît quasiment impossible, tant l'ancien chanteur de Taxi Girl évoque des images de violence (le punk et le début des années 80), de défonce (quinze ans d'addiction à l'héroïne), de traversée du désert (de beaux disques solo passés inaperçus malgré une production signée Jacno ou Daho) ou d'austérité (sa récente conversion au protestantisme). Il va pourtant falloir s'y faire, et c'est tant mieux, car Darc (né Daniel Rozoum en 1959) défend en ce moment les couleurs de La Taille de mon Âme, son nouvel album solo, le troisième depuis son retour parmi les vivants. Brain Magazine se devait de faire le point avec cet artiste au parcours rock'n'roll et, heu, hors normes.
 
Le rendez-vous est calé dans un café de la rue de Charonne où il a ses habitudes. Il déboule avec plus de trente minutes de retard, s'excuse et m'entraîne dans l'arrière-salle. Ça sera plus calme si tu veux enregistrer, explique-t-il. Il commande à boire, précise qu'il attend un coup de fil de sa copine et que, quand il dira des choses qui sont off, il le signalera.
 
Comment ça se passe pour le disque ?
Daniel Darc : Bien, très bien, plus que je ne le pensais… Les ventes, je ne sais pas, faut voir avec la maison de disques. Par contre, j'ai plein de concerts et ils se passent bien. On alterne : dès fois, on est trois, je suis avec un violoncelle et un pianiste. D'autres fois, on est avec tout le groupe c'est-à-dire qu'il y a en plus un batteur, un guitariste et un bassiste. On fait des salles plus grandes quand il y a tout le groupe. On va faire des festivals aussi. De toute façon, le seul truc qui m'intéresse c'est tourner et faire mes disques, le reste du temps je me fais chier.
 
Dans une interview, tu disais n'avoir jamais été aussi « content » et non pas « heureux » puisque tu n'aimes pas ce mot. C'est dû à quoi ? (le téléphone sonne)
Daniel Darc : Attends, je regarde si c'est ma meuf… Bon, c'est pas elle ! C'est parce que je me suis débarrassé de mes addictions sauf de l'alcool, ça fait des vacances. Ça fait de l'argent en plus, enfin des découverts en moins plutôt. (rires) Je viens d'avoir 53 ans, la santé c'est plus ce que c'était, donc il faut que je fasse gaffe. Je suis trop vieux ou trop jeune pour mourir. Mourir à l'âge d'Hemingway, à l'âge auquel il s'est foutu une balle, c'est bien… Ou mourir quand t'as 27 ans c'est pas mal. Mais à 53 ans, c'est pas très classe, donc j'ai envie de vivre. Et j'ai une femme ! On est amoureux tous les deux… Ou alors elle me ment bien. Donc, je suis amoureux, je tourne, je fais des disques et je prépare le prochain album et voilà.
 
Quel genre de mec t'es dans la vie privée ?
Daniel Darc : Je suis une galère, je pense. Quand je suis amoureux, je suis peut-être moins galère ou peut-être plus, je ne sais pas. Il y a les bons et les mauvais côtés de mon âge : je bande moins vite pour les mauvais côtés. Dans les bon côtés, il y a que j'éjacule moins vite, que je ne suis pas jaloux pour des conneries et que si elle se barre, même si pour le moment elle ne se barre pas, je ne serai pas malheureux comme la pierre, je me dirai que ça arrive, voilà.
 
(Le serveur nous apporte nos bières, des Duvel à 8,5°) Daniel me tend sa bière pour trinquer…
Daniel Darc : Le Haïm ! (à votre santé en yiddish).
 
T'as envie d'arrêter l'alcool ?
Daniel Darc : Ouais, mais pas du tout parce que c'est bien de s'en débarrasser, ça j'en ai rien à foutre. Parce que j'ai une hépatite C et que pour le traitement, il faut arrêter de boire. Jusqu'à présent, il était hors de question d'arrêter. Mais en ce moment, je suis un traitement pour l'hépatite et de 8 à 10 litres de bière par jour plus une demi-bouteille de whisky, je suis passé à deux litres de bière…
 
4 pintes, pas mal.
Daniel Darc : Dix litres, c'était beaucoup…
 
Même pour un Anglais…
Daniel Darc : J'ai toujours eu la cote avec les Anglais dans les pubs parce que je bois plus qu'eux et que je joue mieux aux fléchettes qu'eux…
 
En parlant d'Anglais, tu as lu le livre de Keith Richards ?
Daniel Darc : Oui, j'ai adoré (radieux).
 
Quand il parle de son rapport avec la musique, tu te reconnais ?
Daniel Darc : Ah ouais, complètement. J'ai lu à peu près tout ce qui existe sur lui donc je vais peut-être citer des trucs qui ne sont pas dans son bouquin… J'adore quand il parle des bluesmen au début. J'adore aussi quand il parle de Jagger. Parfois, j'avais l'impression de lire des trucs sur Mirwais… J'aime bien aussi le passage où on lui demande s'il aime l'electro, tout ça. Il répond : file une guitare à ces mecs, qu'ils me jouent une chanson et on verra après… Je suis devenu un vieux con mais j'en ai conscience. Maintenant, je raisonne un peu comme les mecs qui avaient 53 ans quand le punk est arrivé. Je trouvais qu'ils disaient des conneries alors que maintenant je suis capable de dire les mêmes choses. Quand t'as une guitare acoustique ou un piano ou que tu chantes a capella et que tu peux jouer une chanson, si c'est une belle mélodie, elle sera bien quels que soient les arrangements.
 
Et quand Richards parle de l'héroïne, tu te reconnais ?
Daniel Darc : Ouais, ouais, tout à fait. T'as des questions plus précises sur ce sujet?
 
Comme il est millionnaire, il a dû avoir moins de problèmes d'approvisionnement que toi et plus de facilités pour décrocher…
Daniel Darc : Moi, j'ai arrêté parce que j'ai fait un peu de prison, même si ça n'a pas duré trop longtemps, et aussi parce que l'héroïne était moins bonne. J'ai arrêté parce qu'elle était devenue pourrie.
 
C'était quand ?
Daniel Darc : J'ai arrêté, heu, en 95, un truc comme ça… Non, ne dis pas ça, c'est la honte. En fait, j'ai arrêté il y a deux mois (rires) ! J'en ai pris un peu après de temps en temps à « titre récréatif » comme disent les squares mais maintenant, les mecs prennent de la vraie merde, il n'y a plus de blanche… J'ai tout fait : les Alcooliques Anonymes, les Narcotiques Anonymes. Et j'ai compris ce que voulait dire Dr. John… Bon, c'est anonyme donc on n'est pas censé en parler mais il disait : « j'ai changé d'avis sur les Alcooliques Anonymes quand, à la fin de la première réunion, on m'a demandé un autographe. J'ai trouvé ça bizarre pour quelque chose qui est censé être anonyme ! » Au bout d'un certain temps, j'en ai repris… J'aime pas sniffer, ça me fait chier. Je la fixe, je la shoote… Donc, j'en ai repris mais j'ai développé une sorte d'allergie à ça. En plus, comme elle est mauvaise, j'ai pas aimé, je n'aime plus. Le seul truc que j'aime encore, c'est l'alcool. Mais j'ai jamais pensé que c'était un problème. Pour moi, l'héroïne et l'alcool sont des solutions. Et l'alcool est peut-être une solution que je suis en train de régler… Je suis classé comme phobique social, je suis un timide maladif, j'ai toujours été comme ça. Quand des mecs te disent qu'ils ont pris de l'héroïne parce que leur petite amie les a quittés, c'est une connerie : tu prends de l'héroïne parce que tu veux en prendre et tu arrêtes parce que tu veux arrêter. Pour l'alcool, c'est pareil. Je peux trouver des raisons à tout ça : j'ai été élevé d'une façon un peu étrange. Mon père était alcoolique. Ma grand-mère et une grande partie de ma famille sont mortes à Auschwitz… Je peux toujours trouver ça comme explication mais, au fond, je m'en fous… J'en ai pris parce que c'était bon et parce que ça me permettait de répondre aux interviews. Avant, je n'aurais pas pu faire cette interview sans avoir pris un shoot d'héro alors que, aujourd'hui, j'ai pas bu, juste un demi avant de venir… Je n'ai même pas touché à la bière qui est devant moi et ça ne m'empêche pas de parler.
 
Dans son bouquin, c'est étonnant la façon qu'a Richards d'insister sur le fait qu'il ne se shootait pas dans les veines…
Daniel Darc : Là, c'est un des moments où j'ai eu un doute. J'en ai parlé à mon médecin qui m'a dit c'est n'importe quoi. Mais pourquoi pas ? On va dire que c'est une licence poétique…
 
Comment c'était de grandir à Montmartre dans les années 60, 70 ?
Daniel Darc : Il y avait vraiment beaucoup de rockers. Il y avait une bande aux Abbesses. J'avais des problèmes avec eux donc j'étais avec la bande de la Trinité.
 
Quels problèmes avais-tu ?
Daniel Darc : J'en avais parce que j'étais habillé comme un rocker et qu'à cette époque tu ne pouvais pas porter de cuir si tu n'étais pas affilié à une bande. C'est pour cette raison que je me suis affilié à la bande de la Trinité.
 
Sinon tu te faisais planter ou dépouiller ?
Daniel Darc : Tu te faisais dépouiller. Les gens ne se rendent pas compte. Maintenant, c'est quand tu portes un survêtement ou une casquette que tu te fais dépouiller mais, à l'époque, c'était quand tu portais un cuir. Et quand je suis devenu punk, je me suis fait dépouiller par mes anciens potes. Et tu risquais de te faire planter, ouais.
 
Ton premier contact avec le rock ? La première grosse claque ?
Daniel Darc : Elvis Presley : King Creole et Crawfish. J'avais peut-être entendu Elvis à la radio car mon père écoutait FIP 514 mais la rencontre a eu lieu devant Tati à Barbès. Maintenant, ils vendent des peignes africains, ce genre de choses, mais à l'époque, ils vendaient des disques sans pochettes, un peu comme maintenant on vend des DVD pourris. Ils en vendaient trois pour cinq ou dix francs. Mon père en a choisi deux. Je m'en souviens, c'était un Erroll Garner et un EP 3 titres de Dizzy Gillespie avec Caravan - génial -, The Champ et The Sunny Side of the Street. Il m'a proposé de choisir le troisième et j'ai pris Elvis Presley : King Creole et Crawfish. Et là, ma vie a changé ! J'ai tout de suite voulu être guitariste. Je ne voulais pas être Elvis, ça me semblait hors de portée. J'ai voulu être guitariste junkie... J'ai réussi à moitié ! Je suis devenu junkie mais je n'ai pas pu jouer de la guitare, je n'étais pas bon.
 
A quel moment as-tu eu envie de devenir un guitariste junkie ?
Daniel Darc : J'ai eu envie d'être guitariste tout court, à onze ans et guitariste junkie un peu plus tard, quand j'ai découvert les Rolling Stones et que j'ai commencé à lire des interviews de Keith Richards. J'ai voulu aussi être trompettiste de jazz parce que j'avais flashé sur Dizzy Gillespie. Côté guitaristes j'avais aussi flashé sur Scotty Moore (guitariste d'Elvis Presley ndlr), je ne savais pas encore qu'il s'appelait comme ça. Après j'ai flashé sur Cliff Gallup et Paul Burlison (respectivement guitaristes de Gene Vincent et Johnny Burnette ndlr).
 
Dans les années 60/70, les rockers français écoutaient Johnny Hallyday, Vince Taylor, Eddy Mitchell. Et toi ?
Daniel Darc : Vince Taylor, oui, j'écoutais. Je n'ai jamais écouté Johnny Hallyday, ça me semblait ridicule. J'écoutais vaguement les Chaussettes Noires…
 
Et les yéyés ?
Daniel Darc : Pour moi, c'est un truc pourri… Dans ce qu'on peut appeler les yéyés, je respectais Françoise Hardy et Jacques Dutronc, c'est tout. Et puis Moustique et Ronnie Bird quand j'ai connu un peu plus. Le reste c'était n'importe quoi, juste des copies toutes pourries. Je peux encore te chanter Eddie réveille-toi (il chante puis embraye sur Dactylo Rock).
 
Et tu te mets au punk comment ?
Daniel Darc : Je l'ai découvert d'une façon un peu bizarre, grâce à un pote qui s'appelait Charly. Il sortait de prison, c'était un voyou. Il était classe. Depuis, je crois qu'il est mort d'alcool, il était devenu clodo. J'aimais bien les voyous à cette époque-là déjà. Je trouvais ça beau et très vite j'ai intellectualisé le truc genre Jean Genet. Charly sortait de prison et il m'a dit : « putain, j'ai des disques de pédés qui sont encore plus violents qu'Eddie Cochran ». C'était Raw Power (d'Iggy and the Stooges NDR), qu'il avait volé et Tyranny And Mutation du Blue Öyster Cult. J'ai écouté ça et j'ai trouvé ça génial. C'était en 73… J'avais encore une banane en 75, 76. A cette époque, j'ai découvert le pub rock avec Dr. Feelgood et Eddie & The Hot Rods, puis le punk et… j'ai coupé ma banane.
 
Comment c'était Montmartre à la fin des années 1970 ?
Daniel Darc : Il y avait encore ce qu'on appelait les crainquebilles, c'est-à-dire les marchands des quatre-saisons. Je me rappelle… (Il imite une certaine Fernande en train d'héler les ménagères). Il y avait des bandes de rockers qui traînaient… C'était pas Amélie Poulain, c'était Montmartre.
 
Et que penses-tu de ce que sont devenus les autres quartiers populaires comme Strasbourg St-Denis ?
Daniel Darc : J'ai pas d'avis particulier… J'étais souvent à Château Rouge et Strasbourg St-Denis quand j'achetais de l'héroïne. Maintenant, j'évite d'y passer parce que faut croire que c'est marqué sur ma peau. Ça fait quand même longtemps que j'ai arrêté, et pourtant les mecs continuent de m'arrêter pour me demander si je veux de la poudre. Mais j'aime pas acheter du plâtre, et puis j'achète pas dans la rue et puis j'achète pas de toute façon.
 
A cette époque, tu étais un habitué des cinémas de quartier. Il y en avait partout dans le nord et l'est de Paris…
Daniel Darc : Quand j'ai commencé le karaté, c'était l'époque des films de Bruce Lee. Il y avait aussi les films de kung-fu. Il y avait des merdes mais il y avait aussi des films sublimes. Je suis devenu pote avec Max Armanet (journaliste de Libération ndlr) autour des arts martiaux. Il a pratiqué pendant longtemps, il est allé à Shaolin et adore le cinéma de kung-fu, comme moi.
 
Les films de Bruce Lee, tu les voyais à l'Hollywood Boulevard (cinéma disparu depuis qui se trouvait à l'angle du boulevard Montmartre et de la rue du Faubourg Montmartre ; il appartenait à René Château, l'ancien agent de Belmondo et le mari de Brigitte Lahaie, et programmait dans ses trois salles des films de Bruce Lee et des films d'horreur comme La Nuit des Vers Géants ndrl) ?
Daniel Darc : Oui ! On entrait par la sortie jusqu'au moment où un videur nous a tellement fait peur qu'on a préféré payer nos places. J'ai vu là-bas les films de James Dean. Ça aussi, ça a changé ma vie.
 
Et comment s'est passée la formation de Taxi Girl ?
Daniel Darc : On s'est formés très rapidement. Je suis arrivé en dernier. Avec Laurent Sinclair, le clavier, on a commencé à écouter Brian Eno, Kraftwerk, tout ça alors que les autres écoutaient les Stones puis du punk. Ils nous faisaient chier avec les Sex Pistols alors que nous on écoutait Kraftwerk. Ils cherchaient un chanteur et ils m'ont demandé si j'en connaissais un. J'ai répondu que non et j'ai dit que je pouvais essayer, ce que j'ai fait et ça a été, ça a été…
 
Ça peut paraître étonnant que tu passes d'Eddie Cochran et des Stooges aux synthés ?
Daniel Darc : Entre temps, j'avais découvert le punk et les Doors. Laurent était fan de Ray Manzarek et des Stooges. Mes groupes préférés à moi, c'étaient les Doors et les Stooges.
 
Tu allais voir beaucoup de concerts à l'époque ?
Daniel Darc : Oui. Le premier que j'ai vu, c'était David Essex. J'étais allé au premier Gala des Arts martiaux et il y avait des places gratuites pour ce concert, alors on y est allés. Mais le premier truc pour lequel j'ai payé, c'est Blue Öyster Cult, c'était à Pantin en 75. J'ai aussi vu Aerosmith, les Flamin'Groovies et Ted Nugent.
 
Tu traînais beaucoup dans les clubs ?
Daniel Darc : Je suis allé très vite au Gibus (QG des punks parisiens de la fin des années 70 ndlr). Après, avec Taxi Girl, on jouait au Rose Bonbon (club situé au sous-sol de l'Olympia ndlr), donc on y était tout le temps (le manager de Taxi Girl, Alexis Quinlin était partie prenante du Rose Bonbon ndlr). J'allais aussi au Palace et au Privilège (club situé au sous-sol du Palace ndlr).
 
Donc tu côtoyais les premiers punks parisiens, Pacadis (un des premiers journalistes français à s'être fait l'écho du mouvement punk ndlr), et tout ça ?
Daniel Darc : Oui, et puis des gens pas connus qui sont tous morts maintenant (il énumère une liste de disparus et d'individus réputés dangereux habitués des armureries parisiennes).
 
Tu t'intéresses aux armes ?
Daniel Darc : Oui, je collectionne les couteaux, surtout les pliants mais aussi les dagues. En ce moment, je me renseigne aussi à l'INPI, la SACEM des couteaux, pour savoir si je peux déposer un modèle de couteau. Tu connais les gentleman's folders ? C'est des couteaux pliants.
 
Heu, franchement, non… Tu t'es arrêté à quel niveau au karaté ?
Daniel Darc : Pour différentes raisons, j'ai arrêté à la marron. Mon professeur voulait que je devienne prof mais c'était difficile puisque j'étais junkie. En plus avoir la ceinture noire, c'est pas bon parce que si t'as un problème dans la rue, t'es supposé, en tant que ceinture noire, graduer ta défense en fonction de l'attaque. Si tu tues un mec, tu peux pas dire que tu l'as pas fait exprès. Il y a plein de mecs qui s'arrêtent à la ceinture marron pour cette raison.
 
Il va falloir que l'on parle du jour où tu t'es tailladé les veines sur scène au Palace, le jour où Taxi Girl faisait la partie des Talking Heads…
Daniel Darc : Pour commencer, je pensais que je serais mort et je ne pensais surtout pas qu'on m'en parlerait encore si longtemps après.
 
Et comment ont réagi les Talking Heads ?
Daniel Darc : Ils ne me parlaient plus mais, tu me diras, ils ne me parlaient pas avant non plus. Pour eux, ce n'était pas de l'art. Les Talking Heads, j'ai jamais aimé, ça me faisait chier.
 
C'est à l'époque de Taxi Girl que tu tombes dans la dope ?
Daniel Darc : Ouais, ouais. Ça s'est passé comme dans un mauvais film, t'y croirais pas si tu voyais ça sur la Six c'est pour te dire ! T'y croirais même pas si ça passait sur Direct 8. Des mecs sont venus backstage. Ils nous ont dit : « on a de la dope, vous voulez quelque chose ? On a de l'héro… » On n'en avait jamais pris. Pierre (Wolfsohn, batteur de Taxi Girl ndlr) et moi on s'est fait faire un shoot. On ne savait pas comment faire. Les autres ont sniffé. Mirwais n'en a pas pris, je crois. J'étais en train de vomir alors que le mec était encore en train d'envoyer le truc et je me suis dit « j'ai découvert ma raison de vivre ! »
 
Pierre Wolfsohn est mort d'une overdose à 21 ans. Ça ne t'a pas dissuadé de continuer ?
Daniel Darc : Laurent et moi on s'est dit : « on arrête ». Et c'est là qu'on a commencé à en prendre énormément. En fait, quand tu ne veux pas arrêter, ce genre de choses ne change rien.
 
A l'époque, Indochine était un sujet de plaisanterie. Trente ans plus tard, ils jouent au Stade de France, passent pour être le premier groupe de rock français puisque Noir Désir n'existe plus, et sont sur la même maison de disques que toi… Qu'est-ce que ça t'évoque ?
Daniel Darc : Je me souviens qu'ils ont commencé en faisant nos premières parties… Mais pour moi, rock et Indochine, c'est une sorte d'oxymore. Ça me fait quand même mal de penser qu'après Noir Désir, c'est eux.
 
Tu discutes avec Nicola Sirkis quand tu le croises ?
Daniel Darc : On se croise de temps en temps. Je pense qu'il m'en veut, peut-être inconsciemment, pour la mort de son frère. A un moment, on avait le même dealer, je suis un petit peu responsable, je suppose. Mais je dis ça, il ne me l'a jamais reproché… Mais je ne lui en veux pas d'avoir réussi, chacun son truc (rires).
 
Tu as des relations avec Mirwais ?
Daniel Darc : On se croise de temps en temps, on s'appelle tous les six mois, c'est mon pote. Quand il a fait Madonna, il m'a appelé. Au début, il n'y croyait pas, il pensait que c'était une connerie. Maintenant, il veut refaire un truc « pop » pour reprendre ses mots. Il veut refaire des trucs « pop » chantés en français. Je lui ai dit « mais qu'est-ce t'as besoin de faire ça ? Fais ce dont t'as envie ! » Il m'a répondu « mais c'est ça que je veux faire ! » Mais j'étais content quand il m'a appris qu'il ferait Madonna parce que je me suis dis « c'est toujours ça que les Versaillais n'auront pas ! » Et là, c'est pas off c'est on : je suis content quand Air et Daft Punk n'ont pas quelque chose parce qu'ils me font chier ceux-là.
 
Pourquoi ?
Daniel Darc : Daft Punk, c'est des branleurs pour moi. Mais, en fait, Air je sais pas… J'ai bien aimé leur BO de Virgin Suicides. Non, en fait, je n'écoute pas ce qu'ils font, donc je ne peux rien dire. Par contre, Daft Punk, j'ai du mal. Mais j'aime bien les Chemical Brothers et j'adore Underworld. En, plus ce sont des gens qui viennent du rock : les Chemical Brothers sont fans (du) des Clash. Je pense qu'il manque des chansons à ces gens-là, mais c'est le vieux qui est en moi qui parle.
 
Et la house, la techno… ?
Daniel Darc : Je ne connais pas assez pour en dire du mal.
 
Tu écoutes des groupes de rock actuels comme les Black Keys ou les Black Lips ?
Daniel Darc : J'aime les Black Keys et les Kills. J'aimais bien les White Stripes. Je trouve que ce que fait Jack White est vachement bien : il se sert de sa notoriété pour produire Loretta Lynn et des bluesmen. J'ai beaucoup de respect pour ça. C'est un mec qui a des influences country et blues et qui ne les cache pas. J'écoute moi-même de la country et du blues.
 
Tu es déjà allé aux Etats-Unis ?
Daniel Darc : J'y suis déjà allé mais seulement à New York.
 
Et tu as envie d'y retourner, visiter Graceland et tout ça ?
Daniel Darc : Oh oui. J'ai décidé que si je me marie, même si c'est pas vraiment mon but, ça sera à Graceland.
 
Donc tu fantasmes toujours sur l'imagerie classique du rock ?
Daniel Darc : (Il montre ses tatouages) J'ai Takin' care of business (la devise d'Elvis ndlr)…J 'ai aussi ses dates de naissance et de mort… Regarde, mon dernier tatouage (il montre un beau portrait d'Elvis jeune). C'est fait d'après la pochette qu'on appelle blue jean. Entre rockers, les deux premières pochettes on les appelle la pochette blue jean et la pochette batterie. Elvis détestait porter des jeans, ça lui rappelait quand il était pauvre.
 
Les débuts de ta carrière solo ont été assez chaotiques même si tu as travaillé avec des gens…
Daniel Darc : Moins chaotiques !
 
Quels souvenirs t'en as ?
Daniel Darc : Je ne regrette pas mais ce qui me fait chier c'est que je ne savais pas écrire à l'époque de Taxi Girl à part deux ou trois trucs comme Les Armées de la Nuit.
 
Je suis déjà parti, elle est super…
Daniel Darc : Oui, mais là c'est déjà moi tout seul. Ah non, c'est Taxi Girl.
 
J'aime beaucoup les chœurs doo-wop de cette chanson…
Daniel Darc : Celle-là, c'est moi qui l'ai faite, enfin, c'est Mirwais et moi. Pour Aussi Belle qu'une Balle, on s'était inspirés du riff de Spanish Bombs des Clash (il chante Spanish Bombs in Andalucia etc.). A un moment, on écoutait James Brown, Grandmaster Flash… Avec Mirwais, ça nous obsédait. J'avais découvert les Last Poets et les Watts Prophets, on les écoutait vachement. Après, le rap m'a fait chier. Mirwais, je crois, continue à en écouter. Il s'est toujours tenu au courant de ce qu'il se passait, l'electro tout ça, moi non.
 
Crèvecœur, le premier album que tu as fait avec Frédéric Lo en 2004, est considéré comme l'album de la « résurrection »…
Daniel Darc : Ouais (rires), j'ai même eu la Victoire de la Musique de la Meilleure Découverte ! Didier Wampas (musicien en activité depuis 1983 ndlr) m'a dit qu'il avait eu le même truc il y a quelques années, ça m'a fait marrer !
 
La chose la plus importante pour toi, c'est l'écriture. Comment procèdes-tu ?
Daniel Darc : J'écris tout le temps même si j'ai pas écrit une ligne depuis que je suis là. Mais j'ai toujours un carnet en moleskine (il le sort) et j'écris tout le temps dedans. Je prends des notes, j'écoute France Culture ou Fréquence Protestante la plupart du temps. Je note des choses sur lesquelles je dois me renseigner ou des phrases que je trouve flash. Comme je suis insomniaque, j'écoute souvent la nuit. Je dors par cycles de ¾ heure, deux, trois fois ¾ heure, ça me fait une nuit. C'est comme ça pour ceux qui ont fixé de l'héroïne pendant longtemps.
 
Tu t'es converti au protestantisme il y a quelques années. Tu disais dans une interview que tu commençais à douter…
Daniel Darc : J'ai toujours douté ! A un moment, j'étais comme les nouveaux convertis. Je ne t'aurais peut-être pas parlé sans te demander si tu étais protestant et, si tu ne l'étais pas, pourquoi. Mais j'ai toujours douté. Les théologiens qui m'ont marqué comme Dietrich Bonhoeffer (pasteur luthérien exécuté par les nazis ndlr) ont toujours douté. Je ne vois pas comment on peut croire sans douter…
 
Et tes tatouages genre maori c'est pour cacher quelque chose ?
Daniel Darc : C'est pas du tout maori… Effectivement, ça cache des choses, mais ce n'était pas le but initial. A un moment, tout le monde se faisait tatouer. Moi, je le suis depuis l'âge de dix-sept ans et, plus ça allait, plus je voyais de gens tatoués. Je suis allé voir un mec qui s'appelle Yann Black. Il ne faisait que du noir et je lui ai dit recouvre tout.
 
Un bras entier, ça prend combien de temps ?
Daniel Darc : Entre 20 et 30 heures. Yann Black était le premier à ne faire que du noir. Maintenant, il est parti à Montréal et désormais, il ne fait que du rouge… (Son portable sonne). C'est ma copine. Tu m'excuses ?
 
Il se lève, sort et revient très vite. On parle depuis une heure, il est temps d'arrêter. Je lui dis que c'est fini pour aujourd'hui et le remercie. Il me salue, tourne les talons et part rejoindre sa petite amie.

http://www.brain-magazine.fr/article/interviews/10288-Daniel-Darc---Le-Survivant








Daniel Darc
Par: Melchior

En allant voir Daniel Darc dans les locaux de Sony, j'avais une boule au ventre. J'avais passé une journée de taff merdique, les doigts encore plein de gerçures dû aux verres cassés et à l'eau bien trop chaude de la plonge. En arrivant dans le hall du label vers St Lazare, un agent d'accueil me demande mon passeport, je patiente dans un grand hall vide.
Sur un écran géant est diffusé l'horrible clip  » le jour de sortie  » de l'encore plus horrible Joeystarr, 5 minutes après, c'est tout le groupe section dassaut heu dachau heuu d'assaut qui passe devant moi, y a pas à dire on s'y connaît en hip-hop chez Sony.
Quand je rentre dans la salle d'interview, Daniel Darc est torse nu, il montre ses tatouages au journaliste qui était là avant moi.
J'ai l'impression qu'il lui montre un tatouage/ dessin de pollock, le journaliste a l'air de trouver ça formidable, les journalistes quand ils sont confrontés à un artiste ont de toute façon l'air de trouver tout formidable du moment que cela ait un quelconque rapport avec l'artiste : la facture EDF de Daniel Darc, un sac de course de Daniel Darc, un tatouage pollock, bref y a du rêve dans les yeux et du bonheur dans l'air.
Darc explique qu'il aurait aimé se faire marquer par Pollock himself, qu'il aurait pu lui balancer de l'acide sur le corps pour que ça laisse des marques, ensuite il en vient à parler des peintures au sang de Pete Doherty.
« Pff celui là …. j'aurais préféré qu'il s'en aille à la place d'Amy …. elle c'était une grande … remarque je m'en fous de Pete Doherty … je ne lui veux pas de mal »
On s'assoit à la table. Je pose l'enregistreur sur la table.

Comment tu vas en ce moment ?
Bien, ça va bien !

En écoutant ton album, j'ai ressenti comme une sorte de malaise, comme si t'étais préoccupé.
Tu connais ceux d'avant ou pas ?

Oui
Curieusement je trouve qu'il y a moins de malaise qu'avant, je suis préoccupé comme tout le monde, y a peut être l'age quand même, on sent peut être plus l'attention à l'âge, mais au contraire je trouve que je vais plutôt mieux qu'avant.

Presque 30 ans après le clip « Paris », est ce que tu t'y sens toujours aussi bien ?
Je m'y sens mieux qu'à l'époque, avant j'étais préoccupé par plein de choses, j'étais dans la dope, là je suis délivré je m'y sens mieux.


Et comment trouves-tu Panam actuellement ?
Paris est comme la France, comme l'époque, d'abord y a un président et une politique que j'aime pas et puis y a des gens dans la rue qui savent pas où dormir et qui crève là et ça me fait chier, enfin comme n'importe qui, mais voir des gens qui morflent j'aime pas ça.
Y a un truc que les français oublient vachement vite, c'est que Sarkozy a promis dans son programme politique que plus personne ne dormirait dans la rue et il y en a beaucoup plus maintenant que quand il a été élu.
Beaucoup de gens se rendent compte que ça peut très vite arriver et à n'importe qui, sauf à quelqu'un, l'oligarchie quoi, ceux qui sont autour de Sarkozy, putain faut que j'arrête de parler de lui d'ailleurs, j'en ai rien à foutre de ce mec, j'espère juste que ça va changer.

Tu me disais que tu te sentais vieillir, la mort c'est un truc qui te fait flipper ?
Je crois pas vraiment, j'ai peur d'Alzheimer, peur de devenir une sorte de légume avant de mourir, ça me ferait chier d'emmerder mes potes, de devenir un truc qu'on traine, mais la mort en elle même non, dès le départ tu sais que tu vas crever ou alors t'es con, j'ai pas peur de la mort, mais c'est vrai que j'aimerais continuer à vivre quelques années encore, faire quelques disques et justement je me sens plutôt bien en ce moment je suis avec une femme que j'aime, j'espère qu'elle m'aime aussi, enfin je crois et j'aimerais que cela continue.

Ton album a eu de bonnes critiques et tu es accepté dans le monde de la chanson française, tu t'y sens à l'aise ?
J'ai rien à voir la dedans, tu sais y a des gens que je croise comma ça dans une émission de télé, mais ça s'arrête la.
J'ai aucun amis dans ce milieux là, à part deux qui sont comme deux frères pour moi, il y a George Betzounis et Marc Dufaux et j'ai plein de potes mais qui sont pas connus.
Mais j'ai pas d'amis dans le milieux de la chanson française.

Et comment t'arrive à supporter les titres mielleux qui accompagnent les interviews ou sortie d'album du style  » Daniel Darc à fleur de peau », moi ça me filerait la chair de poule.
Bof …. Y en a un que j'ai adoré c'est  » je suis une légende  » ( rires), mais faut bien qu'il trouve une accroche … je m'en fous, ce qui est important, ce que je respecte, c'est quand le mec qui fait une interview de moi, au moment de se mettre à l'écrit dise exactement ce que j'ai dit, mais sans ça l'accroche, c'est leur taff.
Daniel bloque sur le tatouage « série noire  » sur mon avant bras,
« Qui c'est qui t'a fait ça ? »

Gailla, la copine d'Eric

T'en à d'autres ?
Je montre à Daniel mes plus belles pièces : le faux Basquiat, 'Gare du Nord', la spirale, Galatasaray, il se marre avec la piscine.

Tes tatouages t'ont déjà fait défaut ?
Non, mais parce que je suis un peu connu du coup ça va, c'est sur que si je cherchais du travail, ça serait un peu plus compliqué, heureusement j'en cherche pas, mais tu sais les premiers tatouages que j'ai fait, c'était aussi pour ça, j'avais 17 ans à l'époque, contrairement à maintenant ça voulait dire encore voyou et si je l'ai fait c'est pour ça, c'est pas comme un piercing, si tu le fais ça reste, tu l'enlèves pas et c'est pour ça aussi que j'ai fais mes bras tout noirs, je voyais tous ces gens supposés très bien qui se font des petits dauphins, des ptits Donalds, des ptites merdes comma ça, bah j'ai dit à mon tatoueur fais moi les bras tout noir…. Pour moi tu joue pas avec ça, t'y vas ou t'y va pas, bah moi j'y vais.

Tu vas continuer ?
Ouai je fais Elvis demain, un portrait réaliste de 56, les premiers 45 tours ils appellent ça aussi rock du bagne et ouai je suis tatoué d'un peu partout, je touche pas au visage et aux mains par contre, c'est mes potes voyous qui m'ont dit, on sait jamais …

Mais de nos jours que ce soit les tatouages ou la came, c'est très bourgeois.

Ouai, c'est exactement ça, ça veut plus rien dire . Avec mon graaaaand âge maintenant, bah quand on se défonçait, c'était une façon de vivre et y avait la culture aussi, Artaud , Bukowski, maintenant les mecs se défoncent parcequ'ils sont malheureux, moi c'était pas le cas, c'était différent je souhaitais être malheureux plus que les autres ne puissent y arriver et le comprendre. Et avec le manque tu as ça, tu te dit j'ai tellement mal, personne ne peut comprendre .

Pourquoi ce besoin de le vouloir ?
« Pour explorer des égouts , quitte à regarder les étoiles »

En parlant de sous terre, je suis allé dans les catacombes l'autre fois, t'y es déjà allé ?
Ouai mais y a longtemps ou y avait des skins partout.

Ah bah c'est plutôt hippie maintenant …. t'as une idole ?
Elvis … Mais plus sérieusement, si j'ai une idole, c'est Dieu.

Justement, tu t'est converti, ton père était de confession judaïque, des juifs qui se convertissent au protestantisme ça courent pas les rue.
Y en a quelques un, mais oui c'est assez rare, c'est moins rare que de devenir catholique. Mais moi avec ma famille morte à Auschwitz, je ne me voyais pas obéir à un pape qui avait fais partie des jeunesse SS, entre autres …

C'était tes grand parents qui ont disparu à Auschwitz ?
Ma grand-mère est morte à Auschwitz et d'autres plus éloignés, mon père et mon grand-père ont survécu ..

J'ai cru comprendre que tu voyais d'un mauvais œil le hip hop ?
Bah j'écoute toujours « The Watts Prophets », c'est pas très connu je pense mais qui est pour moi le meilleur groupe de rap de tous les temps, le premier album est sublime dessus y a un môme qui porte un kalachnikov, c'était des black-panthers macro tout ça et puis les « last poets » aussi, c'était à la même époque, après j'ai bien aimé Grand Master Flash mais tu vois j'ai pas envie d'écouter des mecs qui disent enculer de blanc tout le temps ça me fait chier parce que je suis blanc malgré tout et dans le rap , enculer des blancs, tous les bobos trouvent ça génial mais qu'un enculé de blanc dise « enculé de noir », ça passerait pas et heureusement que ça passerais pas, mais pour moi c'est pareil, faut pas déconner … je suis pas Malcolm x, je suis Marthin Luther ou Malcolm X, à la fin et c'est pour ça qu'il se fait buter, car il réalise que l'on est tous des frères et qu'il n'y a pas de race, jaune noir blanc c'est pas de la race, enfin si c'est la race humaine, on est tous comme ça.

Attend y a pas que ça dans le rap ….
Ouai un autre truc qui me fait vraiment chier, c'est que à l'époque du punk moi je viens plus ou moins de ça, on avait envie de foutre tout en l'air comme les rappeurs sauf que c'était pas pour se racheter la même chose, on en avait rien à branler, j'm'ens fou d'avoir une bagnole qui va vite, j'm'en fous des gourmettes à la con, des meufs à poil et de la coke, j'en ais rien à branler , tout ce que je veux, c'est pouvoir jouer de la guitare dans mon coin et puis voilà.

D'ailleurs toi qui a baigné dans une culture punk, tu n'as jamais eu envie de faire de la musique qui s'en rapprochait ?
J'ai fait 2/3 collaborations mais qui sont inconnues avec Diabolo Gum, tout ça, mais ce que j'ai essayé de faire, c'est de me faire entendre avec une musique qui passe peut être plus facilement que d'autres et avec des textes qui sont assez durs. Et puis je suis un vieux maintenant … j'ai pas envie d'écouter les berruriers noirs … j'l'ai fait, en fait non j'écoutais Métal Urbain mais j'écoute beaucoup de jazz et s'il faut vraiment aller vers la violence, c'est le free-jazz de John Coltrane mais en même temps c'est une violence qui est dirigée vers Dieu, ou vers quelque chose d'en haut si on croit pas en dieu, quelque chose de beau en tout cas.

Toi qui a eu une vie en dents de scie, avec des périodes pas simples, comment arrives tu à rentrer chez Sony avec tout ce que cela implique ? Dans cette immense hall avec des colonnes de marbres et des mecs en chemise, on te demande un badge pour rentrer…
On ne me demande pas mon badge ( rires). Mais on t'a fait chier ?

Bah moi je ne vends pas de disque alors … mais comment tu arrives à te conformer à toutes ces règles ?
Tout à l'heure on parlait des Beruriers noires, bah les beru, ils ont splitté au moment où il y avait de la thune en jeu … nous on a splitté pour d'autres raisons et bah il se trouve que je sais ce que je vais faire, et si je fais des disques c'est pour être écouté et la ça me permet d'être écouté, le disque est distribué en France, en Angleterre, en Suisse et ils peuvent acheter mon disque et c'est ça que je veux faire, je ne veux pas enregistré pour le donner à trois amis, j'm'en branle de ça alors à partir du moment ou personne ne me dit, « bah cette chanson tu va pas la mettre et fais plutôt comme ça », je fais ce que je veux, je vois pas pourquoi je devrais me plaindre .. et puis si un jour on me dit quelque chose , bah j'irais autre part ..

Tu sais, il faut se servir des machines, t'as lu « do it » de Jerry Robin ?
Absolument pas.
Tu devrais le lire, bah c'étaient des yeppies pas des hippies, avec le Y hein, c'étaient comme des hippies mais violents et en 67 ils voient Che Guevarra et Castro et ils leur demandent de partir avec eux pour combattre, et Guevara les regarde comme des merdes et leur dit « Vous êtes cons, vous êtes déjà dans le ventre de la bête, continuez à y combattre. »
Moi c'est pareil , je suis dans le ventre de la bête, je combats dans le ventre de la bête .

Je sors mon appareil pour faire quelques photos.

Une nana sort d'une porte mystère avec deux cd, elle claque la bise à Daniel. « Tiens, tu peux me signer ces deux la, c'est pour deux amis. » « Ouai bien sûr, tout ce que tu veux, tant qu'ils ne sont pas de droite » (rires) « Comment s'appellent ils ? » « Alors il y a jean-marie et na… » « HO BAH NON ALORS !!! ». Éclat de rires général. J'étais en train de le photographier … tant pis… ça a été quand même un chouette moment.

http://www.fier-panda.fr/magazine/rencontre/interview-de-daniel-darc/







Darc Angel
23 fév Publié par Bertrand Lamargelle

Une voix douce et hésitante me cueille au foie. Ce prince charmant tatoué, aux jeans déchirés, c'est Daniel Darc. Rescapé magnifique de tant de naufrages et d'épreuves, il est toujours là, irremplaçable, vivant, scintillant dans la nuit médiocre. Rencontre…

Quel que soit l'habilleur musical de vos chansons, c'est toujours aussi réussi. Etienne Daho, Bill Pritchard, Jacno, Frédéric Lo, aujourd'hui Laurent Marimbert (pourtant habitué à des horizons très différents du vôtre). Quel est votre secret pour toujours réaliser une alchimie avec tous ces musiciens et producteurs ?
Daniel Darc : J'essaie de m'entourer de personnes qui me comprennent, enfin qui comprennent mon univers (même si ça fait prétentieux de dire ça). Laurent vient d'un univers très différent, mais on est vraiment devenu des amis, et on va continuer à travailler ensemble. Je pensais que sa couleur plus variété donnerait un habillage plus léger à mes textes souvent glauques. Tout ce que j'aime, comme les Kinks, paraît léger mais c'est aussi très glauque et torturé. Je n'aime pas en rajouter. Si j'ai un texte un peu violent ou pessimiste, je n'ai pas envie en plus de faire une musique dessus à la Lou Reed avec Metallica !

C'est vrai que les Kinks ont écrit des chansons souvent socialement grinçantes comme « Dead End Street » ou « Dedicated Follower of Fashion »…
Daniel Darc : C'est extrêmement grinçant, et en même temps ce sont de belles ballades. Pour moi, « Waterloo Sunset » est une des plus belles chansons de tous les temps. J'adore Trenet aussi, écoute « La Folle Complainte »… ou la ficelle avec laquelle il se pend dans « Je Chante », personne ne s'en rend compte… C'est vraiment un beau truc.

Justement vous partagez ce côté poète avec Trenet. Contrairement à ce que vous dites dans l'une de vos « Variations », vous avez une voix très singulière et unique, avec une diction de poète et d'acteur. Un peu comme Lou Reed, Patti Smith ou Léo Ferré. On vous rapproche souvent de Gainsbourg (et c'est vrai encore sur un morceau comme « My Baby Left Me » dans votre nouvel album) mais rarement de Ferré. Pourtant il y a en vous deux des blessures communes et une poésie sensuelle.
Daniel Darc : J'adore Ferré. Une chanson comme « Richard ». Ou « La Solitude » avec laquelle il a réussi à faire ce que Flaubert voulait : faire un livre qui ne parle de rien. Ça m'exalte ! Récemment, on m'a aussi comparé à Antonin Artaud. Je ne sais pas si c'est pour le côté totalement barge (rires), mais j'étais content !

Vous chantez les filles et l'amour superbement. Sur cet album « Les Filles aiment les tatouages » comme « Un An et Un Jour » sur le précédent, ou « Je Suis Déjà Parti » et « Aussi Belle Qu'Une Balle » jadis… Ces chansons, vous les offrez à vos fiancées comme nous plus ordinairement des fleurs ou sont-ce plus des carnets personnels ?
Daniel Darc : C'est effectivement plus un journal qu'une offrande. Un journal au sens diary. Johnny Thunders disait « diary of a lover ».

Johnny Thunders, c'est encore quelqu'un dont on peut vous rapprocher…
Daniel Darc : Oui, Chet Baker aussi. Mais j'ai vu Thunders vingt fois sur scène, et j'avais souvent l'impression désagréable que les gens étaient là pour le voir crever sur scène, et dire : « J'y étais ». Cela dit, je suis quand même un nain à côté de Chet Baker.

Sur votre nouvel album, Crad c'est votre nouveau double, après Vivian Vog ?
Daniel Darc : Ça me faisait marrer. Peut-être pour emmerder les gens qui me cassaient toujours les couilles avec Gainsbourg. Enfin, évidemment, pendant quatre-cinq ans, je n'ai écouté que Gainsbourg. En plus, il est le seul en chanson française. Je n'écoute pas de chanson française.

Oui, je me doute que vous n'écoutez pas Bénabar…
Daniel Darc : Le mec je le connais un peu, il est gentil, je l'aime bien. Mais j'ai rien à foutre de ce qu'il fait. Ça n'a aucun intérêt. Ou plutôt je n'ai rien à voir avec lui artistiquement. De toute façon, en France, il n'y a rien qui m'intéresse. Et mes tatouages, mes fringues de rocker, tout ça vient aussi de ce que je n'ai toujours écouté que du rock. Je n'ai jamais écouté de chanson française, à part Trenet et Gainsbourg. On parle toujours de Gainsbourg car il n'y a rien autour. Aux États-Unis, y'a des centaines de groupes que l'on citerait, tous plus géniaux les uns que les autres : Alex Chilton, Robert Wyatt, Tim Hardin, Alex Harvey… En France, une fois que tu as dit Gainsbourg, qu'est-ce que tu veux mettre ?

Il y a quand même des gens très intéressants comme vous ou Bashung, justement assez inclassables, à la frontière du rock et de la chanson. Vous avez d'ailleurs tourné et enregistré (« LUV ») avec Bashung…
Daniel Darc : Comme Christophe n'écoute que du blues, Bashung n'écoutait que des trucs fifties.

Remet-moi Johnny Kid !
Daniel Darc : Ouais, je lui avais proposé de lui prêter un DVD avec des raretés de Gene Vincent. Il m'a dit : « Non, t'es fou ! Si je vois ça, je pleure et je me flingue… » On a une sensibilité rock tous, enfin tous… Nous trois et quelques autres : Dashiell Hedayat (devenu Jack-Alain Léger). Je pense que je suis vraiment, comme mon guitariste et frère Delaney Blue, je me considère comme un outlaw. Comme dans la country que j'adore (avec le free jazz). On est en dehors du circuit.

« La Taille de mon Âme » fait penser à votre « Feu Follet ». Drieu La Rochelle (qui fait son apparition au printemps dans la Pléiade), c'est un auteur qui vous touche ?
Daniel Darc : Bien sûr, et le film de Louis Malle est très réussi. J'aime encore plus Jacques Rigaut auquel Drieu a dédié son Adieu à Gonzague. Comme dans La Règle du jeu de Renoir où je suis fasciné par Roger Gilbert-Lecomte. En fait, ce qui me fascine le plus, et j'ai bien peur de m'inscrire là-dedans car, en étant prétentieux, on peut dire que leur vie est une œuvre. Sinon, ce qui me plaît le plus dans Drieu, c'est cette rédemption (par le suicide) qui me le rend plus sympathique (c'est pas difficile d'ailleurs) que Céline.

Céline a pourtant un univers noir, poétique, mélancolique, urbain qui devrait vous toucher…
Daniel Darc : Bien sûr. « C'est moi le printemps », je l'ai  piqué dans Mort à crédit. « Je suis né en mai, c'est moi le printemps » est une phrase de Céline. Ça me touche énormément. Mais le personnage est tellement déplorable.

Mais il faut toujours dissocier l'œuvre de l'homme…
Daniel Darc : Oui, j'arrive à le faire pour l'antisémitisme de Dostoïevski, mais Céline ça me touche davantage parce que ma grand-mère est morte à Auschwitz. Le Céline que j'aime c'est surtout le Voyage et Mort à crédit. Mais c'est un personnage qui me fascine aussi. Dans Nijinski, je cite aussi une phrase de son meilleur ami, La Vigue (NDA : l'acteur Robert Le Vigan), qui dit dans Quai des Brumes : « Je peins malgré moi les choses qui sont derrière les choses. Un nageur, pour moi, c'est déjà un noyé. »

Quels sont justement les quelques livres que vous emporteriez avec vous comme unique bagage ?
Daniel Darc : La Beat Generation : Howl (NDA : il m'en récite aussitôt des vers entiers en anglais) et Kaddish de Ginsberg, Sur la route de Kerouac, Le Festin nu, Junky et Les Cités de la nuit écarlate de Burroughs

Un retour du mythique astre noir Taxi Girl, c'est envisageable un jour ?
Daniel Darc : Non, non. Ça n'aurait aucun intérêt. Je vois Mirwais de temps en temps. On s'apprécie toujours, je l'aime beaucoup, on a vécu vingt ans ensemble. Le meilleur de Taxi Girl, ou la continuité si tu préfères, c'est moi tout seul et Mirwais. J'espère que ça fait pas prétentieux de dire ça. Mirwais veut sortir bientôt un album plutôt rock.

Oui, pour vous c'est vrai, mais je doute que Juliette et les Indépendants ou les prods de Mirwais (Madonna & co) soient plus intéressants que Taxi Girl…
Daniel Darc : Tu sais, c'est aussi pour ça que Taxi Girl a splitté. À la fin de Taxi Girl, j'étais de plus en plus rock et lui se barrait dans des sphères qui ne m'intéressaient pas trop.

Et Laurent Sinclair ?
Daniel Darc : Laurent n'écoute que du reggae maintenant. Sa vie, c'est du dub d'ailleurs !

Vous avez raconté votre étonnant parcours à l'excellent critique et auteur Bertrand Dicale. Quand votre livre sort-il ?
Daniel Darc : Ça dépend un peu de moi qui suis un peu branleur (sans parler des concerts qui me prennent pas mal de temps en ce moment). Il est prévu normalement pour septembre. C'est un peu en trois couches : je raconte les trucs à Bertrand, il les écrit, et je réécris ensuite derrière.

Ah, c'est vraiment à quatre mains…
Daniel Darc : Oui, plutôt à trois même, parce que moi, contrairement à Bertrand, je n'écris pas sur ordinateur mais avec un stylo !

Et un roman du plus littéraire des musiciens français, c'est pour quand ?
Daniel Darc : C'est vraiment gentil mais je crois que je n'y arriverai pas. En revanche, j'ai déjà des nouvelles que j'espère sortir un jour. Le format du roman ne me convient pas. J'en avais écrit un mais je l'ai foutu en l'air. Je ne voudrais pas que les seules personnes qui achètent mon livre soient juste les fans de Daniel Darc. J'en étais à me faire un plan à la Emile Ajar/Romain Gary…. Mais je crois que je sortirai mes nouvelles sous mon vrai nom (NDA : Daniel Rozoum).

Dernier album : La Taille de mon âme (Jive/Sony)
En concert au Bikini le mercredi 29 février 2012.

http://blog.culture31.com/2012/02/23/darc-angel/






01/03/2013
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres