Alain YVER

Alain YVER

DANZA DE LA REALIDAD

Alejandro Jodorowsky
DANZA DE LA REALIDAD






http://www.pathefilms.com/film/ladanzadelarealidad

https://www.facebook.com/HomenajeALaDanzaDeLaRealidad

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_danza_de_la_realidad





Synopsis

" M'étant séparé de mon moi illusoire, j'ai cherché désespérément un sentier et un sens pour la vie. " Cette phrase définit parfaitement le projet biographique d'Alejandro Jodorowsky : restituer l'incroyable aventure et quête que fut sa vie. 
 Le film est un exercice d’autobiographie imaginaire. Né au Chili en 1929, dans la petite ville de Tocopilla, où le film a été tourné, Alejandro Jodorowsky fut confronté à une éducation très dure et violente, au sein d’une famille déracinée. Bien que les faits et les personnages soient réels, la fiction dépasse la réalité dans un univers poétique où le réalisateur réinvente sa famille et notamment le parcours de son père jusqu’à la rédemption, réconciliation d’un homme et de son enfance. 
 Il brosse ici la fresque d'une existence qui exalte, au-delà de toute mesure, les potentialités de l'être dans le but de repousser les limites de l'imaginaire et de la raison, et d'éveiller le capital de transformation de vie qui se trouve en chacun de nous.






“La Danza de la realidad”,
une fresque déraisonnable d'Alejandro Jodorowsky


Il avait disparu. On avait oublié ses films (1) aux titres ésotériques — La Montagne sacrée, Santa Sangre — qui, dans les années 1970, se voulaient des provocations, et dont les accents surréalistes paraissaient encombrants, parfois... Et voilà qu'il revient, Alejandro Jodorowsky, devenu un vieux monsieur de 84 ans au beau visage de Don Quichotte apaisé, où se devinent pourtant, telles des rides, les traces de ses déraisons passées. Il revient avec un film déraisonnable, s'il en est, où il évoque son enfance. A moins qu'il ne recrée, comme l'indique le titre, une réalité qui danse au gré de ses souvenirs réels ou imaginaires...
Ce film étonnant, insolent, extravagant, c'est son Amarcord à lui. Fellini, d'ailleurs, tel un dieu bienveillant, plane sur cette fresque. Du début (le cirque) jusqu'à la fin qui ressemble, en plus fauchée, au dénouement de Huit et demi : un petit garçon slalome entre les photos géantes des personnages de sa vie, un peu comme Marcello Mastroianni entamait avec les siens, sur la musique de Nino Rota, une farandole restée célèbre.
D'autres influences surgissent. La mère, la seule à chanter son rôle, semble sortie, au choix, d'un opéra ou d'une de ces tragi-comédies cent pour cent chantées, comme les aimait Jacques Demy. Et c'est le Luis Buñuel de Terre sans pain ou de Los Olvidados que rappellent ici les miséreux, les gueux, les pestiférés, exilés à la périphérie des villes par des nantis qui les méprisent autant qu'ils les redoutent... Salauds de pauvres ! Capables, au lieu de mourir tranquillement dans leurs bidonvilles, d'agresser ceux-là mêmes qui viennent les aider. Le père du héros en l'occurrence. C'est qu'en bon communiste, il leur offre des lendemains qui chantent. Mais eux, c'est aujourd'hui qu'ils ont faim...
C'est à ce père, sûrement trop sévère, et à sa mère, peut-être trop douce, que Jodorowsky rend hommage. Elle, elle croit en l'infinie bonté divine, et couve son Alejandrito aux boucles blondes d'une tendresse goulue. Lui, athée (« Dieu n'existe pas. Tu meurs et tu pourris... »), voudrait l'élever comme Staline, son idole, dirige l'URSS : à la dure. Son fils ne sera pas une lopette, bordel ! La virilité, il n'y a que ça de vrai : il traîne donc son gamin chez le coiffeur, pour effacer sa blondeur, et chez le dentiste, en le sommant de refuser toute anesthésie. Le pompon : pour lui inculquer le sens de l'honneur, il le fait nommer mascotte de la compagnie locale de pompiers qu'il préside, en remplacement d'un chien décédé...
C'est la tragédie de ce tyranneau domestique, vaguement ridicule, que l'on va suivre. Son odyssée. Car ce petit homme qui vend de la lingerie pour dames dans une petite ville de province s'est mis en tête de débarrasser le Chili des années 1930 du tyran qui l'oppresse. Un homme protégé, intouchable... Or le père a découvert sa faille, son talon d'Achille : l'amour éperdu qu'il porte à Bucéphale, son cheval à la blancheur immaculée — comme bien des tyrans, celui-là préfère, de loin, les animaux aux humains. Il devient donc le palefrenier de Bucéphale, presque l'ami de son ennemi. Mais, ironie d'un destin toujours cocasse, le pistolet qui devait lui permettre d'accomplir un meurtre politique ne lui servira qu'à perpétrer un vrai crime d'amour...
Sur un rythme qui ne faiblit jamais, le cinéaste mêle les styles et multiplie les personnages : silhouettes effrayan­tes, comme ce prêtre qui dépose une tarentule dans la main de celui qui lui demande l'aumône. Ou bouleversan­tes : le vieillard qui creuse sa tombe et s'y enterre sans prévenir son maître, « parce que les puissants ont trop de choses en tête pour se soucier d'un pauvre comme [lui] ». Ou la petite fem­me bossue qui connaît le bonheur avec le père, devenu paralysé et amnésique, mais guette avec effroi le moment où il recouvrera la mémoire...

http://www.telerama.fr/cinema/la-danza-de-la-realidad-une-fresque-deraisonnable-d-alejandro-jodorowsky,101791.php






Alejandro Jodorowsky :
“Ma patrie, ce sont mes chaussures”


Entretien

 Il a connu Breton, Lennon et Fellini, exercé ses talents dans l'écriture, le mime et les tarots. A 84 ans, le Chilien errant revient au cinéma. Fidèle à son flamboyant goût de l'insolite.
Le 31/08/2013 à 00h00 
Propos recueillis par Aurélien Ferenczi - Télérama n° 3320

C'est une légende : Alejandro Jodorowsky, Franco-Chilien voyageur (« Ma patrie, ce sont mes chaussures », affirme-t-il), réalisateur il y a quarante ans d'El Topo et de La Montagne sacrée (grâce auxquels l'expression « film culte » a été popularisée), scénariste star de la BD de science-fiction, ami des surréalistes et de leurs épigones. Un sacré bonhomme, autoproclamé philosophe thérapeute – fumeux ou génial, chacun décidera – qui a longtemps réuni dans divers lieux de la capitale des patients passionnés à qui il lisait, gratuitement, les tarots (il a abondamment écrit sur le sujet).
Sur le tard, à 84 ans, il est revenu au cinéma : La Danse de la réalité est une fable fellinienne sur le Chili de son enfance, un voyage à l'imagination débridée qui prend le spectateur par surprise, et le ravit irrésistiblement. « Jodo » savoure son statut retrouvé de cinéaste. Il surgit dans le hall du Negresco, un vieux palace de Nice où il passe quelques jours. Ses habits noirs font contraste avec sa chevelure blanche, il est un peu plus petit qu'on ne l'imaginait, plus ludion que patriarche. Il se raconte d'une voix chantante – l'accent chilien ne l'a jamais quitté –, égrenant souvenirs et digressions. Une odyssée unique !
Vous n'aviez pas tourné depuis vingt-trois ans… Le cinéma vous manquait ?
Enormément. Chaque film que je regardais chez moi en DVD – et j'en ai vu un par jour – me procurait une tristesse énorme. Parce que j'avais envie de tourner et qu'aucun projet n'a pu voir le jour. J'ai même fini par respecter les mauvais films : c'est tellement dur de mener un projet à bien ! Pendant toutes ces années, j'ai eu pourtant beaucoup d'activités : j'ai écrit des bandes dessinées et des livres, j'ai donné des conférences, je ne me sentais pas un raté !
Mais le cinéma, c'est autre chose. J'ai toujours pensé que c'était le plus complet de tous les arts, celui par lequel je pouvais m'accomplir le plus entièrement. C'est aussi le plus cher. Aujourd'hui, le cinéma dominant ne cherche qu'à gagner de l'argent. Pourquoi pas ? Comme on dit : « Si Dieu t'envoie un gâteau, ouvre la bouche ! » Si mon film marche, quelle merveille… Mais ça ne peut pas être la seule motivation.
Quand avez-vous compris la force singulière du cinéma ?
Très jeune. Dans le village de mon enfance, au Chili, il y avait une salle improvisée. Chaque fin de semaine, je voyais les aventures de Frankenstein, du loup-garou, ou de Zorro, qui s'appelait alors « El Crotal ». Mon respect pour le cinéma s'est accru quand j'ai fréquenté les surréalistes : ils aimaient Buster Keaton et les Marx Brothers, Antonin Artaud s'était enthousiasmé pour Shirley Temple ! Et André Breton avait un goût très sûr, il nous arrivait souvent de parler de cinéma.
Les films qui continuent de m'influencer sont ceux que j'ai vus il y a longtemps, ceux de Tod Browning ou La Nuit du chasseur, de Charles Laughton. Je préfère ne pas vous dire ce que je pense du cinéma d'aujourd'hui. Parfois, quand même, une petite surprise : je suis allé voir… comment ça s'appelle, déjà ? L'homme-loup. Vous savez, avec les griffes…

Wolverine ?
Oui. Cela m'a enchanté. Il y a quelque chose, quand même… Sauf que, com­me tous les films d'aujourd'hui, ça ne parle que d'argent ! Prenez Le Hobbit : après quoi ce nain célibataire part-il en chasse ? Un trésor de pièces d'or. C'est l'oncle Picsou !
Vous avez conversé avec beaucoup de grands cinéastes de l'âge classique…
Parfois, c'était très court : Federico Fellini voulait me rencontrer. Il avait vu mes films, il était curieux. Moi, j'avais vu La Strada quand j'étais jeune homme, ses films avaient changé ma vie ! Il tournait La Voce della luna à Rome. Il me voit, il ouvre les bras : « Jodorowsky. » Il était très grand, on s'est étreints, j'ai crié : « Papa ! » Il s'est mis à pleuvoir des cordes, tout le monde est parti se protéger, je ne l'ai plus revu.
Luis Buñuel m'avait invité à son anniversaire, pour ses 80 ans, au Mexique. Il aimait mes films, mais il me disait que j'étais fou : pourquoi se donner tant de mal avec tant de figurants, des scènes spectaculaires ? Lui, il se contentait de filmer comme d'une chaise roulante…
En 1970, El Topo vous impose comme une star du cinéma underground. Quel souvenir en gardez-vous ?
Aux Etats-Unis, c'était énorme. Les vedettes du rock m'ont adopté. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que, en art, soit on est le meilleur, soit on est différent. Je ne sais pas si j'étais le meilleur, mais j'étais différent ! Je suis arrivé à la bonne époque. Tout le monde fumait de la marijuana. Parfois, j'allais rencontrer les spectateurs à l'Elgin Theater, à New York, qui a gardé le film six mois : il y avait un nuage dense de drogue, au passage les gens me tendaient des joints. Mais je ne fumais pas. On croyait que le film avait été fait sous l'influence de la drogue. Mais non, je voulais que le film soit la drogue !
Et John Lennon a partiellement financé votre film suivant, La Montagne sacrée, en 1973…
Je l'avais rencontré : il était avec Yoko Ono et le militant Jerry Rubin. C'étaient d'immenses idoles : mon chef op, Rafael Corkidi, restait debout alors que nous prenions le thé. « Assieds-toi. – Je ne peux pas, je suis tellement impression­né que mes jambes ne veulent pas bouger ! » Lennon m'a donné un million de dollars, avec carte blanche. Et George Harrison devait jouer dans La Montagne sacrée.
Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ?
Il me disait : « J'aime le script, mais il y a une scène que je ne veux pas faire, celle où le maître nettoie l'anus du voleur dans une fontaine. Je ne veux pas montrer mes fesses. » Je lui ai répondu : « Mais ça serait formidable pour votre ego que vous montriez votre cul, ce serait une leçon pour tout le monde. » Je n'ai pas voulu sacrifier la scène et il a refusé. Je n'ai pas de regrets, mais le film aurait été un choc mondial, je serais aujourd'hui milliardaire, une sorte de Spielberg !

Au milieu des années 70, vous travaillez de longs mois avec le dessinateur Moebius sur l'adaptation du best-seller de science-fiction de Frank Herbert, Dune. Un projet finalement tombé à l'eau. Cela reste une blessure ?
Non, pas pour moi. Pour d'autres, oui : l'Américain Dan O'Bannon, qui avait travaillé avec nous et qui a fini par écrire le scénario d'Alien, est resté deux ans dans une maison de repos après l'arrêt du projet. La douleur était trop forte ! Moi, j'ai dit à Moebius : « Ecoute, Dune, c'est une œuvre littérai­re ; les images qu'elle m'a inspirées et que tu as dessinées nous appartiennent. » On a donc changé de chemin, on a fait L'Incal, qui est devenu un classique de la bande dessinée.
La BD, c'est plus petit que le cinéma, mais j'ai écrit une soixantaine d'albums, qui continuent à être publiés dans le monde entier. J'ai eu des millions de lecteurs, et ça m'a fait vivre !
Dans Dune, vous vouliez vraiment faire tourner Salvador Dalí ?
Qui d'autre pour faire l'empereur de la galaxie ? Je l'ai coursé à Paris, New York, Barcelone. Il voulait être l'acteur le mieux payé de l'histoire du cinéma : 100 000 dollars de l'heure ! J'ai accepté, mais j'ai réduit son rôle à… une heure de tournage !
Paranoïaque, l'empereur aurait fait construire un robot à son image. Je n'aurais eu besoin que de quelques plans de Dalí dirigeant le robot. J'avais eu aussi l'accord d'Orson Welles. Je lui avais promis d'engager un immense cuisinier. A l'époque, il était gros comme un hippopotame !
Y a-t-il eu d'autres projets non aboutis ?
Hélas, oui ! Par exemple King Shot, que David Lynch devait aider à produire. Nick Nolte et Marilyn Manson étaient prêts à jouer gratuitement. Mais les producteurs ont eu peur… J'ai été parfois découragé, mais La Danse de la réalité a vu le jour à la suite d'une série de rencontres qui tiennent du miracle. A un certain moment, j'ai demandé à mes abonnés sur Twitter de participer au financement.
J'écris quinze tweets par jour, je considère que c'est une activité artistique sérieuse. J'ai récolté 40 000 dollars, donnés par neuf cents personnes. Autant de gens désireux de me voir faire un film, quel encouragement extraordinaire ! On a trouvé le budget ailleurs et j'ai remboursé tout le monde, mais les neuf cents sont au générique.

La Danse de la réalité mêle autobiographie réelle et fantasmée…
J'y entrecroise des passages de deux livres autobiographiques : l'un intitulé La Danse de la réalité, l'autre L'Enfant du jeudi noir. Le jeudi noir, c'est le krach de Wall Street de 1929, qui a eu un effet terrible au Chili : 70 % des ouvriers se sont retrouvés au chômage. J'ai reconstitué mon enfance à Tocopilla, une petite ville portuaire sur la côte du Pacifique.

Quand j'y suis retourné, rien ou presque n'avait changé en près de quatre-vingts ans ! Et j'ai réalisé les fantasmes de mes parents : ma mère voulait être chanteuse d'opéra, son personnage s'exprime en chantant. Mon père, communiste, voulait tuer le dictateur Carlos Ibañez, j'ai imaginé son voyage pour assassiner le tyran. J'aimerais bien pouvoir raconter la suite, mon adolescence à Santiago, ma découverte de l'art.
Votre vie pourrait devenir une longue série de films ! Pourquoi êtes-vous parti pour Paris en 1953 ?
J'avais 23 ans, et trois ambitions : travailler avec le mime Marceau et devenir meilleur que lui ; rencontrer André Breton et sauver le surréalisme ; suivre les cours de philosophie de Gaston Bachelard, à la Sorbonne. J'ai pris le bateau à Valparaíso et, au bout de cinq semaines, j'ai débarqué à Cannes. J'ai pris le train pour Paris, j'avais 100 dollars en poche.
Par miracle, le soir même, je rencontre des Chiliens exilés. Ils me trouvent un logement, repas compris, un mois pour 100 dollars ! Je me suis débrouillé jusqu'à ce que j'entre dans la compagnie de Marcel Marceau. Et je ne pouvais pas être meilleur que lui parce qu'il était génial. J'ai fini par écrire quelques-uns de ses numéros : La Cage, Le Fabricant de masques, etc.
Et Breton ?
Je l'ai appelé dès mon arrivée. Des surréalistes chiliens m'avaient donné son numéro. Il était 3 heures du matin. Je le réveille : « Allô, qui est à l'appareil ? – Jodorowsky, je suis celui qui sauvera le surréalisme, je veux vous voir tout de suite. – Non, demain. – Tout de suite. – Non. » Je m'énerve : « Si c'est non, c'est que vous n'êtes pas un vrai surréaliste. Je ne vous reparlerai jamais. » J'ai fini par le rencontrer quelques années plus tard, mais le groupe était surtout politique, des trotskistes en cravate ! Et je me suis faufilé aux cours de Bachelard, qui m'a beaucoup appris.

Ensuite, vous êtes parti vivre au Mexique ?
J'ai suivi Marceau en tournée. Là-bas on m'a proposé d'ouvrir une école de mime. J'avais envie de théâtre, j'ai commencé à faire des mises en scène, j'en ai fait plus de cent. Notamment Fando et Lis, de Fernando Arrabal, dont mon adaptation au cinéma quelques années plus tard allait faire scandale au Mexique. C'est à cette occasion que je l'ai rencontré et qu'avec lui, Roland Topor et quelques autres, nous avons fondé le mouvement Panique. Une scission avec les surréalistes, qui n'avaient pas accepté les changements de l'époque : Breton n'aimait pas la peinture abstraite, le rock, l'art publicitaire, la pornographie, la science-fiction…

La première expression du mouvement Panique a été un spectacle que j'ai créé en 1965 au Centre américain, là où se tient aujourd'hui la Fondation Cartier. C'était un festival de happenings, ces spectacles spontanés et transgressifs à la mode de l'époque. Les autres troupes faisaient ça avec rien, moi j'y ai mis tous les droits d'auteur que Marceau avait tardivement fini par me payer. Je voulais être le Cecil B. de Mille du happening ! J'ai engagé des danseurs, des rockeurs. Cette soirée a beaucoup influencé Jérôme Savary.
A Paris, dans les années 80, vous êtes célèbre pour lire les tarots dans les cafés…
Pour moi, les tarots ne prédisent pas le futur, ils sont un langage pour mieux se comprendre, résoudre ses problèmes personnels. Les cartes forment une phrase qu'il faut interpréter : on n'en tire rien d'autre que ce qui est déjà en nous. Ce langage des tarots, il fallait que je l'enseigne pour pouvoir le parler avec d'autres ! Et j'ai organisé des consultations de ce que j'ai appelé la « psychomagie », une technique dérivée de la psychanalyse que j'ai mise au point.
Si vous n'avez pas résolu votre complexe d'Œdipe, que vous voulez coucher avec votre mère, le psy ne peut rien faire. Moi, j'ai découvert que l'inconscient accepte la métaphore : pour lui, une photo, c'est une personne. Tu veux faire l'amour avec ta mère ? Habille ta maîtresse avec les habits de ta mère, confectionne-lui un masque avec le visage de ta mère et couche avec elle. Tu résoudras ton problème !
Et euh… ça marche ?
Bien sûr. Et ça a fait école. Il y a des consultations de psychomagie un peu partout dans le monde…
Ce rituel rappelle un peu comment, dans Hamlet, le théâtre dans le théâtre permet de troubler les meurtriers et de les démasquer…
Absolument, c'est du théâtre pur. Je crois en un art thérapeutique. Comme tout artiste, j'ai longtemps tourné autour de mon nombril, moi, moi, moi. Et puis j'ai perdu brutalement un fils alors qu'il avait 24 ans. J'ai fait une dépression, je me suis interrogé sur la fonction de l'artiste. Et j'ai voulu faire un art pour guérir. On s'occupe des problèmes économiques, politiques, mais qui gère les problèmes émotionnels ? La pénurie émotionnelle est immense ! Depuis ce deuil, chaque œuvre a été une expérience thérapeutique, pour ceux qui y ont participé comme pour les spectateurs…
Vous avez dit ne pas avoir peur de la mort…
Ah oui, éclairons ça, c'est un sujet important. Je crois qu'il y a en chaque être quatre énergies : intellectuelle, émotionnelle, sexuelle, corporelle. Elles dirigent les idées, les émotions, les désirs, les besoins. Intellectuellement, j'ai compris, j'accepte de disparaître. Mais mon corps ne le veut pas, il trouve que mourir est atroce. Si je pouvais vivre jusqu'à 150 ans, je serais ravi, mais je trouverais quand même que c'est peu…
 
Alejandro Jodorowsky en quelques dates
1929 Naissance à Tocopilla, au Chili.
1953 Arrivée à Paris.
1962 Création du mouvement Panique, en l'honneur du dieu Pan.
1968 Premier film, Fando et Lis, d'après Arrabal.
1970 El Topo, western surréaliste, contribue largement au phénomène des « midnight movies », films cultes projetés aux séances de minuit.
2013 Présentation au festival de Cannes, à la Quinzaine des réalisateurs, de La Danse de la réalité, son septième film, et de Jodorowsky's Dune, documentaire de Frank Pavich sur le projet inachevé.

http://www.telerama.fr/cinema/alejandro-jodorowsky-ma-patrie-ce-sont-mes-chaussures,101502.php







Alejandro Jodorowsky nous tire les cartes

Festival de Cannes 2013 | Avec "La Danza de la Realidad", présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, Alejandro Jodorowsky revient au cinéma et évoque le Chili de son enfance. Nous lui avons soumis notre questionnaire sur petits papiers colorés, qui lui ont évidemment rappelé les cartes du tarot, lui qui étudie cet art depuis plusieurs dizaines d'années.

Le 24/05/2013 
Interview et réalisation : Thomas Bécard et Jean-Baptiste Roch.

Rencontre vidéo avec Alejandro Jodorowsky, Cannes 2013
Extrait de la critique de “La Danza de la Realidad” (“La Danse de la Réalité”) :

Ce sera sans doute l’inventaire le plus extravagant du festival : une armée vociférante d’éclopés (manchots, culs-de-jatte, etc.), une pluie de sardines convoitées par des mouettes et des pestiférés, une mère au physique opulent qui ne s’exprime qu’en chantant comme une cantatrice – et jouit en vocalise –, un père vendeur de dessous et stalinophile convaincu. Ajoutez des clowns, le cheval d’un dictateur, un charpentier qui s’appelle Joseph et vous avez le monde enchanté, foutraque, surréaliste, irrésistiblement attachant du franco-chilien Alejandro Jodorowsky.
Le cinéaste de 84 ans, révélé par son western El Topo en 1970, mais également auteur de BD (L'Incal, avec Moëbius, notamment), spécialiste de tarot, fondateur du légendaire groupe Panique (avec Topor et Arrabal), n’avait pas touché une caméra depuis vingt ans. Il fut un temps question d'un film produit par David Lynch, qui ne vit pas le jour, alors il repartit au Chili, faisant appel au crowdfunding, mais soutenu également par le producteur français d'Alain Cavalier, Michel Seydoux. La Danse de la réalité porte le titre de son livre éponyme et autobiographique, publié en 2004, mais se concentre surtout sur le parcours de son père, Jaime, militant communiste sous la dictature de Carlos Ibanez… (...)

http://www.telerama.fr/festival-de-cannes/2013/alejandro-jodorowsky-interview-video,97924.php?xtatc=INT-41







DANZA DE LA REALIDAD

    •    Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
    •    Film culte
    •    Réalisateur : Jodorowsky, Alejandro
    •    Acteurs : Axel Jodorowsky, Brontis Jodorowsky, Pamela Flores, Jeremías Herskovits, Adan Jodorowsky
    •    Genre : Biopic
    •    Nationalité : Chilien
    •    Date de sortie : 04 septembre 2013

le dernier bijou de Jodorowsky retrouve la voie de l’excellence et installe une bonne fois pour toute le cinéaste au firmament des poètes du septième art.
L’argument : "M’étant séparé de mon moi illusoire, j’ai cherché désespérément un sentier et un sens pour la vie." Cette phrase définit parfaitement le projet biographique d’Alexandro Jodorowsky : restituer l’incroyable aventure et quête que fut sa vie. Le film est un exercice d’autobiographie imaginaire. Né au Chili en 1929, dans la petite ville de Tocopilla, où le film a été tourné, Alejandro Jodorowsky fut confronté à une éducation très dure et violente, au sein d’une famille déracinée. Bien que les faits et les personnages soient réels, la fiction dépasse la réalité dans un univers poétique où le réalisateur réinvente sa famille et notamment le parcours de son père jusqu’à la rédemption, réconciliation d’un homme et de son enfance.

Notre avis : Réalisateur remarqué d’œuvres devenues cultes au fil des années, mais également prolifique scénariste de bande-dessinée, Alejandro Jodorowsky revient derrière la caméra après une éclipse cinématographique de près de 23 ans – son dernier long était le peu convaincant Le voleur d’arc-en-ciel en 1990. Le moins que l’on puisse dire est que cet artiste hors norme nous revient en pleine forme, comme si il avait voulu faire de La danza de la realidad une œuvre-somme ou plus encore un testament cinématographique (comme le suggère d’ailleurs la superbe dernière scène du film). Cette autobiographie fantaisiste sonde non seulement le passé du cinéaste, mais pénètre également au plus profond de son univers poétique. Excessif par nature, son cinéma reste également largement influencé par un certain fantastique sud-américain, tout en s’inscrivant dans la veine surréaliste du mouvement Panique dont il fut un des fondateurs avec Roland Topor et Fernando Arrabal. Fidèle à l’esprit de ses œuvres précédentes, Jodorowsky divisera donc une fois de plus ses partisans les plus farouches et ceux qui ne supportent pas les provocations du bonhomme.

En revenant filmer la terre de son enfance, le cinéaste ne se laisse pas pour autant gagner par la nostalgie. Ainsi, il insiste une fois de plus sur les relations très difficiles entretenues avec un père doctrinaire (un communiste intransigeant) qui n’a eu de cesse de le maltraiter. Pour autant, Jodorowsky ne règle en aucun cas ses comptes avec son paternel, de même qu’il ne cherche jamais à apitoyer le spectateur sur son enfance difficile. Loin de céder à un quelconque naturalisme mélodramatique, le réalisateur opte pour l’intrusion de l’imaginaire dans le quotidien, transformant une banale scène en un délire surréaliste (ainsi, la scène de la plage où le jeune garçon jette un simple caillou dans la mer et provoque un tsunami tuant des centaines de poissons échoués). Bigger than life par principe, le film aligne ainsi les morceaux de bravoure avec une étonnante constance, retrouvant par-là le foisonnement d’un Fellini ou d’un Kusturica.

Ceux qui ont toujours admiré les audaces un peu trash ne seront pas déçus puisque Jodorowsky a également convoqué un nombre impressionnant de freaks devant sa caméra comme aux plus belles heures de Santa Sangre. Il ose une scène de massacre d’un âne par une foule de déshérités affamés, avec quelques détails bien gore à la clé, et s’aventure une fois de plus dans le bis en proposant une séquence hallucinante où une femme obèse urine sur la figure de son mari pour le sauver d’une terrible maladie. Toutefois, il serait trop simple de résumer La danza de la realidad à une suite de scènes à faire puisque le réalisateur parvient tout de même à dire deux ou trois petites choses sur l’importance de l’éducation, mais aussi sur le devoir de chacun à embellir sa vie par le rêve. Furieusement poétique, résolument foutraque et bordélique, inégal par nature, le dernier né de Jodorowsky a décidément tout pour devenir un film culte. Le moindre plan de ce long-métrage contient en tout cas plus d’idées cinématographiques que tout ce que l’on a pu voir sur les écrans depuis ces derniers mois. Et ça aussi, ça fait du bien.

http://www.avoir-alire.com/la-danza-de-la-realidad-la-critique







«La Danza de la Realidad»: Danse avec l’hallu

Culs-de-jatte. Alejandro Jodorowsky s’évade avec ses propres souvenirs, entre Fellini et Hergé.
A 84 ans, Alejandro Jodorowsky jouit d’un statut singulier, sans grand équivalent dans le panorama cinéphilique actuel, celui de cinéaste underground (lire ci-contre). Avec son septième long métrage, «Jodo» adapte son autobiographie parue en 2001 et fait sa Nathalie Sarraute, imbriquant dans sa narration des réflexions très semblables à celles qui enclenchaient l’Enfance de la romancière, elle-même alors octogénaire : «Alors, tu vas vraiment faire ça ? […] Tu veux évoquer tes souvenirs… il n’y a pas à tortiller, c’est bien ça.»
Sardines. Se confrontant au défi autobiographique, il est donc retourné dans sa ville natale, Tocopilla au Chili, et il y a tourné, dérivant sur ses souvenirs, accolant des faits (un père autoritaire, communiste tendance stal) à des détails filmiques. Entre autres, la mère (hystérique) ne parle pas, mais chante en permanence des arias de cantatrice. Jodorowsky s’amuse, il installe une bande de manchots et de culs-de-jatte antisémites dans une ruelle crade, dépose un clochard céleste sur un ponton. Des sardines descendent du ciel, un cirque itinérant se parfume d’angoisse.
Mais dans cet ensemble de saynètes mémorielles et felliniennes (Amarcord est dans le coin), il pose toujours, avec malice, la question de l’autorité. Celle du père, évidemment, mais aussi de l’engagement politique qui vire au martyre. Et il s’amuse de celle du cinéma, ce continent dont il a toujours emprunté les chemins de traverse. Comme lorsqu’il vagabondait vers la bande dessinée, travaillant avec Moebius. Avec La Danza de la Realidad («la danse de la réalité»), il délaisse l’ésotérisme, lorgne vers le comic strip, et surtout vers la ligne claire, qu’il applique en refusant tout esthétisation outrancière de l’image, laissant le burlesque surgir de lui-même.
Branlette. Comme si, au fond, le cinéma et ses effets étaient secondaires, et que seule comptait l’action, quasi théâtrale, quelle qu’elle soit : branlette collective entre jeunes garçons, drame familial ou révolution… Et il évoque Hergé avec un personnage de dictateur qui ressemble à s’y méprendre au général Alcazar, prouvant à nouveau son statut de gamin irrespectueux et sa posture (paradoxalement) adolescente à l’égard du cinéma.
Clément GHYS

http://next.liberation.fr/cinema/2013/09/03/danse-avec-l-hallu_929149







"La Danza de la realidad"
 la vie rêvée d'Alejandro Jodorowsky


LE MONDE | 03.09.2013  Par Jacques Mandelbaum

De la boîte de Pandore cinématographique des années 1970, quelques fléaux d'une radicalité qu'on croyait éteinte sont ressortis ces dernières années pour nous hanter. Après Werner Herzog, Jerzy Skolimowski, Monte Hellman ou Terrence Malick, c'est le tour d'Alejandro Jodorowsky. Autant annoncer le retour de l'Antéchrist.
Zoom sur le pedigree : naissance en 1929 à Tocopilla, trou chilien, en provenance de l'URSS stalinienne et d'un judaïsme russe pogromisé par l'Empire tsariste. L'enfant se mue en voyageur chronique et en agent provocateur universel : clown, mime, auteur de bande dessinée, romancier, performeur, maître du tarot. Le cinéma (sept longs-métrages en quarante-cinq ans de non carrière, dont les mythiques El Topo et La Montagne sacrée) aura fait de lui le pape de l'underground psychédélique, divisant le public et le camp cinéphile. Absent au septième art depuis vingt-trois ans, le vieux judéo-sioux revient avec La Danza de la realidad (La Danse de la réalité), lançant à quatre-vingt-quatre printemps cette flèche tardive, trempée dans l'effervescent poison de son cœur et de sa mémoire intime.
UN GARÇONNET ET DEUX TITANS
Certains, pour se débonder, écrivent Les Mémoires d'outre-tombe ou A la recherche du temps perdu. Chacun son style : "Jodo", cocktail atomique d'extravagance slave et de fièvre latino-américaine, réalise La Danse de la réalité, adapté d'un récit autobiographique homonyme déjà daté (Albin Michel, 2001). Il s'agit cette fois de sa propre histoire, ce qui ne contribue pas peu à rendre ce film le plus émouvant de tous ceux qu'il a commis. Quand bien même il parle de la réalité, ce roman de formation halluciné ne se prive pas de la faire danser. La part du fantasme s'y révèle aussi importante que celle du réel, Jodorowsky n'ayant jamais conçu que la vérité puisse s'énoncer hors de cette alliance. L'histoire, qui se déroule dans la bonne ville de Tocopilla, est donc celle d'un frêle garçonnet élevé à l'ombre de deux titans.
Jaime, le père, est une virilité vociférante et un bloc communiste à lui seul, cultivant l'imitation de Staline et élevant sa mauviette de fils dans le culte de l'héroïsme soviétique. Sara, la mère, est une matrone aux seins gigantesques qui y abrite sa progéniture et se rêve cantatrice, ne s'exprimant qu'en chantant. Les deux géants ont élu résidence Casa Ukrainia, qui est le nom de leur boutique de lingerie. Bon. Sur cette base déjà spectaculaire, le film avance par succession de tableaux, comme on dit, hauts en couleur.
FELLINI MULTIPLIÉ PAR CENT
Quelques exemples, ternes sur le papier eu égard à l'exubérance allégorique et plastique qu'affectionne l'auteur. L'attaque de la Casa Ukrainia par une bande d'estropiés christiques plus ou moins antisémites. L'épreuve de résistance aux gifles infligée par le père à son fils. La séance de masturbation des lycéens avec phallus en bois. Le jeu de cache-cache sexuel avec la mère. Le projet avorté du père d'assassiner le président chilien, fasciste sauvé par sa ressemblance avec Staline. Sa conversion en palefrenier de dictateur. Son arrestation par les fascistes qui le torturent. Sa rédemption.
Galerie de monstres, parades douloureuses, abîmes de la subjectivité, grand cirque convulsé de l'Histoire : Jodorowsky ne quitte jamais vraiment la ligne de crête du cinéma visionnaire. L'homme multiplie Fellini par cent, et règle ses comptes avec son père en le faisant interpréter par son propre fils. C'est trop, bien sûr. Mais on le sent, cette fois, désireux d'un apaisement, d'une délivrance. Ils viennent à la fin du film, jetant une lumière tendre sur le sombre tumulte de sa création.

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/09/03/la-danza-de-la-realidad-la-vie-revee-d-alejandro-jodorowsky_3470154_3246.html






Après vint-trois ans d’absence, l’extravagant cinéaste chilien revient avec une autobiographie fellinienne et habitée.

Cette année marque un revival inopiné pour le cinéaste-shaman-tarologue Jodorowsky : un docu (Jodorowsky’s Dune) se penche sur sa version avortée du classique de la littérature SF, finalement adaptée par David Lynch ; le pape de l’underground seventies livre enfin un film, vingt‑trois ans après son dernier (Le Voleur d’arc-en-ciel, pas terrible).
Le moment, à 84 ans, de revenir sur sa vie, mais jamais comme il faut, forcément. Dans La Danza de la realidad, Jodorowsky déroule son enfance chilienne en la faisant valdinguer au gré de visions, du “réalisme magique” cher aux écrivains latino‑américains tels Julio Cortázar ou Gabriel García Márquez.
Ici, jeter un caillou dans la mer tue des milliers de poissons sans que l’on cille. Une goutte dans un torrent d’images poétiques et provocatrices qui donne le tournis, la sensation que Jodorowsky trousse des dizaines de films en un pour rattraper le temps perdu. Avant qu’il ne soit trop tard.
Le réalisateur d’El Topo sait toujours bâtir des univers ésotériques en ébullition. Sa jeunesse de fils de Juifs russes émigrés à Tocopilla, “Jodo” l’évoque comme si c’était du Tod Browning (le cirque, les éclopés à la Freaks) ou Fellini (le cirque, le train de souvenirs qui déraillent à la Amarcord) sans grand souci de vraisemblance (du Chili des années 30 de Jodorowsky gamin à celui de Pinochet, il n’y a qu’un pas).
Le beau geste du film est d’exorciser coûte que coûte les démons familiaux par le fantasme, avec générosité et perversité : Jodorowsky se réinvente en gamin queer à boucles d’or, imagine sa mère ne s’exprimant qu’en chantant comme à l’opéra et veillant sur lui comme la fée de Pinocchio.
Mais c’est le père, communiste stalinien menant le foyer d’une main d’acier, qui devient la figure centrale lorsque ses projets d’assassinat politique tournent à l’odyssée barrée dans la seconde moitié du film. Humaniser ce géniteur pas tendre, c’est aussi lui faire subir un calvaire christique, torture par des agents anachroniques de la CIA comprise.
Le traitement de choc par procuration sur papa est en fait beaucoup plus tordu, puisque c’est Brontis, le propre fils de Jodorowsky, qui joue le père (et donc son grand-père). De la “psycho-magie” selon l’auteur, soit commettre un acte symbolique pour surmonter une peur, un trauma. Ici, on se peinturlure en noir pour ne plus avoir peur de l’obscurité, on se dénude pour être invisible.
Qu’on y croie ou non, la thérapie familiale passe merveilleusement à l’écran. Ingérer l’ennemi, réunir ce qui est irréconciliable pour laisser le champ libre à une poésie constante : la magie peut‑être, le cinéma sans doute.

http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/danza-realidad/






L'astéroïde Jodorowsky bouscule le cinéma français
Par Olivier Delcroix Publié le 06/09/2013

Ces derniers temps, Alejandro Jodorowsky est partout. Non seulement La Danza de la realidad, son nouveau film, sort actuellement les écrans, mais l'astronome Jean-Claude Merlin vient de baptiser une petite planète à son nom.

Depuis le temps qu'il sillonne l'espace et l'imaginaire, Alejandro Jodorowsky, 84 ans, ne pouvait rêver mieux que de se voir transformé en astéroïde. Imposant corps rocheux d'environ 5 km gravitant entre Mars et Jupiter, «261690 Jodorowsky» a été découvert il y a sept ans par l'astronome français Jean-Claude Merlin, et officiellement baptisé en hommage à l'artiste franco-chilien, surtout connu pour être le co-créateur avec Moebius de la bande dessinée de science-fiction L'Incal, sans oublier des séries comme «La Caste des Méta-Barons», «Les Technopères», «La Folle du Sacré Coeur», «La Cathédrale invisible» ou «Le Bouncer»..
«Avoir une planète baptisée à son nom, c'est un rêve, un peu comme devenir une sorte de Petit prince de Saint Exupéry, se rejouit Jodorowsky. Pour moi, ce Jean-Claude Merlin est, comme son nom l'indique, une sorte de magicien de la Table Ronde qui m'a fait un très beau cadeau. C'est le sommet de l'ego. Mon nom a atteint le cosmos. J'ai d'ailleurs tout de suite envoyé un email à mon ami Arrabal pour le rendre jaloux!» (Rires)

Quant à l'astronome, il a expliqué qu'il avait«découvert cette petite planète le soir de Noël, le 24 décembre 2005, avec un télescope de 80 cm situé en Arizona que j'utilise via Internet depuis mon domicile». Il aura ensuite fallu plus de sept ans d'observation au Minor Planet Center, organisme rattaché à l'Union Astronomique Internationale (IAU), pour confirmer la découverte de «261690 Jodorowsky», sympathique corps astral qui tourne autour du Soleil avec un temps de révolution de 5 ans et demi et s'approche au plus près à 290 millions de km de la Terre.
Enfance dans la violence chilienne
Affectueusement surnommé «Jodo» par ceux qui le connaissent, le scénariste-réalisateur (fondateur du mouvement «Panique» avec Roland Topor et Fernando Arrabal) ne peut que se réjouir de cette actualité concomittante. Non seulement cette petite planète baptisée à son nom a fait son apparition dans le ciel, mais après vingt-trois ans de silence, le réalisateur La Montagne Sacrée vient de faire un vibrant retour sur le devant de la scène médiatique dans les salles avec son nouveau film La Danza de la realidad .
Avec le producteur Michel Seydoux, Jodo a également bien failli réaliser l'ancêtre du «blockbuster» au milieu des années 70. En se lançant dans l'adaptation du roman-culte «Dune» signé Frank Herbert, il comptait bien bouleverser les données de l'économie créative du cinéma de divertissement américain. Ce ne fut malheureusement pas le cas. Mais quelque trentre cinq ans après, toujours grâce à son ami Seydoux, Jodorowsky a pu réaliser La Danza de la realidad , qui aura même été sélectionné à Cannes à La Quinzaine des réalisateurs.
On constate que la verve surréaliste de l'auteur y est restée intacte. Plus vivant que jamais, Jodo plonge le spectateur au coeur de sa propre enfance chilienne. Le tournage a d'ailleurs eu lieu à Tocopilla, ville natale de l'artiste. Onirique, violent, parfois gore, La Danse de la réalité raconte surtout la relation conflictuelle du jeune «Jodo» avec son père, un homme doctrinaire, intraitable, communiste militant incarné à l'écran par son propre fils Brontis.
Fidèle à l'esprit subversif et provocateur qui l'a toujours animé, Jodorowsky signe un film qui doit se regarder comme un astéroïde cinématographique total et poétique. Son imagerie liée au cirque, à la monstruosité, rappelle bien sûr l'exubérance du cinéma fellinien ou le Freaks de Tod Browning. Mais la voix off de Jodorowsky, rauque et profonde, est là pour nous rappeler qu'il est bien l'auteur de ce trip initiatique halluciné, véritable expérience cinématographique pure.

http://www.lefigaro.fr/cinema/2013/09/06/03002-20130906ARTFIG00437-l-asteroide-jodorowsky-boucsule-le-cinema-francais.php


























06/11/2013
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres