Alain YVER

Alain YVER

DIEGO GARY

Alexandre Diego Gary


LE BLOG D’ ADÉLAÎDE
http://www.pointdevue.fr/blog/?2009/05/12/482-diego-gary-durant-des-annees-jai-derive

Alexandre Diego Gary est un écrivain français né le 26 octobre 1963. Il est le fils de Romain Gary et Jean Seberg

Oeuvre
ou l'espérance de vie, Editions Gallimard, mai 2009.


Résumé du livre

Quel est cet homme qui vient s'installer à Saint-Sébastien et qui dit s'appeler Sébastien Heayes ? Son histoire est celle d'un personnage qui essaie de se reconstruire. Mais voici que, de temps en temps, la vraie vie, celle de l'auteur, fait irruption dans le récit. Il cite alors des vers de Claude Roy qui le bouleversent. Ainsi, tout le livre, entre fiction et vérité, exprime l'extrême difficulté d'exister par soi-même et non en tant que fils de Romain Gary et de Jean Seberg. Cela ne l'empêche pas d'aimer sa mère et de vénérer son père. Et il n'en oublie pas pour autant deux autres êtres qui ont été importants dans sa vie : Eugénia, sa gouvernante qui a été comme une mère, et Jean-François, son meilleur ami, mort jeune du sida.


EXTRAIT

J'ai trente ans – cela fait quinze années que j’ai trente ans – et je m’appelle Sébastien Heayes. J’aime mon nom. J’ai l’impression qu’il forme un abri, un refuge, un camouflage.

Bien entendu ce nom qui me protège n’est pas mon vrai patronyme. En réalité je me nomme David Alejandro. Mais ce nom est devenu trop difficile à porter. D’emblée, il m’expose. À toute une vie. À toute une histoire. Deux vies. Deux histoires. Celles de mes parents. Qui furent célèbres. Et dont le nom, justement, est passé à la Postérité. Et la postérité, pour ceux qui restent, ce n’est pas une vie. […]

Ça commence par une photographie. Mon histoire. C’est un jour d’hiver, ils portent tous deux un manteau, ils se trouvent sur un promontoire. Ils sont enlacés, la tête de ma mère contre le cou de mon père, Ivan Alejandro, et lui serre son épaule avec son bras, sa main.

Ils sourient. Ils sont heureux. Radieux. Ça saute aux yeux. Je suis né de cette photographie.

C’était le temps de la Splendeur des Amberson. Ils s’étaient rencontrés quelques mois auparavant à une réception du consulat de France à Los Angeles.

Et maintenant, ils vivaient en France, mariés, amoureux. Il y a trop d’amour dans cette photo. Trop de promesses de bonheur. Ils semblent résolument à l’abri des coups de griffes des fauves de la vie. Je la garde, bien cachée, au fond d’un placard. Cette photographie. Je ne peux pas les voir. Pas les voir ainsi, quand on pense à tout ce qui s’est passé après. Elle fait trop mal cette image, cette icône.





Références

    * "Paris Match" du 19 décembre 1980, interview, propos recueillis par Jean-François Chaigneau.
    * Diego Gary, la vie devant lui, Anne Crignon, "le Nouvel Observateur" du 23 avril 2009
    * Romain Gary, son fils Diego sort de l'ombre, Ingrid Bernard, "France Soir" du 09 mai 2009
    * Enfin la vie devant soi, Thierry Clermont, "Le Figaro" du 07 mai 2009
    * Genette, Fariba Hachtroudi, Derrida, Richard Rossin, Diego Gary : remords de fin de saison, Bernard-Henri Lévy, "Le Point" 16 juillet 2009
    * Diego Gary. La promesse de... l'autre ? interview, propos recueillis par Marie Brette, "Le Télégramme" du 19 juillet 2009
    * Diego Gary par Yves Simon, Yves Simon, "Paris Match" du 25 juin 2009.
    * La vie devant lui, "L'express" du 11/06/2009.
    * Les blessures et les colères de Diego Gary, "fils de", Pierre Maury, "Le Soir" du 15 mai 2009.
    * Radio Canada, émission livre du 12 juillet 2009







Rencontre avec Alexandre Diego Gary
Diego Gary, la vie devant lui
Par Anne Crignon

Trente ans après le suicide de ses parents, le fils de Romain Gary et de Jean Seberg sort enfin de ses années noires. Rencontre

Diego Gary ne s'est pas suicidé. Il est assis en cette fin d'après-midi dans un café non loin de Saint-Germain-des-Prés, où quelques habitués ont connu son père arpentant la rue du Bac dans ses extravagants panchos boliviens.

Diego Gary a 45 ans. Il vit à Barcelone, où il tient un café-librairie. Son livre de chevet est "Tendre jeudi" de John Steinbeck.

Diego Gary a hérité du charme paternel: une allure de prince khazar, mais qui contraste singulièrement avec sa simplicité et la douceur désarmante dans son regard de convalescent. Il vit à Barcelone, où il a ouvert un café qui fait aussi librairie, à moins que ce ne soit le contraire, ça dépend des jours. Il sera bientôt père pour la première fois, d'une petite fille. A 45 ans, la tentation de tout foutre en l'air est derrière lui.

Sans doute ce livre écrit avec le souci de ne pas franchir le cap «de l'impudeur et de l'indécence» est-il pour beaucoup dans cette libération. Fils de deux suicidés célèbres : Romain Gary, dont «la Promesse de l'aube» continue d'éblouir, et Jean Seberg, éternelle petite marchande de journaux des cinéphiles attendris. L'embarras du fils est constant. Personne, depuis les «événements», pour ignorer sa filiation («et imaginer toutes les casseroles», dit-il) et sa cohorte de dommages collatéraux: les biographes macabres sur les traces de sa mère, les rumeurs d'assassinat alors qu'elle lui a écrit un petit mot pour demander pardon, les questions pesantes, les contrevérités. «Il n'y a aucune protection de la vie privée des morts, dit-il. On peut dire et écrire ce qu'on veut, n'importe quoi. Aucun texte ne les protège. Le droit des morts, voilà ce qu'il serait temps d'instaurer.»


Seberg et Romain Gary

Dans son récit, on découvre un jeune homme anéanti au milieu des tableaux, des livres et des photos, reclus dans le mausolée familial. «Tout Paris avait perdu de sa consistance, s'était effacé, étiolé pour moi, comme si la ville entière avait été dévorée, dérobée depuis que mes parents, depuis que mon père n'y pouvait plus poser son regard. Il me restait l'Institut médico-légal, le Père-Lachaise et, toujours, la rue du faubourg Saint-Germain.» Tout cela, Diego Gary le transpose élégamment en mettant en scène un double de lui- même baptisé Sébastien Heayes dans un livre où se reconnaîtront les naufragés de l'enfance, les inconsolables, ceux qui par loyauté s'interdisent toute rancune.

    «Silence les morts, écrit Diego Gary, malgré tout le respect que je vous dois. Maintenant c'est à moi de prendre la parole. Laissez-moi juste en toucher un mot. De toi, d'elle, de moi. Moi surtout avec toute la modestie, toute l'humiliation due à mon rang Mon rang de progéniture, de rien du tout, de moins que rien. Ni diplomate. Ni aviateur. Ni grand écrivain. Simplement vivant. Désespérément vivant aspirant à vivre enfin après ces années de pénombre.»

«Diego Gary n'a pas connu son père», s'est autorisé un «expert», quand l'enfant vivait depuis l'âge de 7 ans dans le vaste duplex de l'écrivain, à l'étage inférieur avec Eugénie, sa gouvernante espagnole qu'il appelait maman. Romain Gary était descendu un matin pour confier à Diego un secret : il allait publier un nouveau roman sous le pseudonyme d'Emile Ajar. Après la mort d'Eugénie, Gary avait pris la relève, autorisant son fils à interrompre à tout moment son travail d'écriture. Accordé par un écrivain, le droit de déranger est un privilège.

«L'amour d'Eugénie m'a sauvé la vie»

Il y a de si belles pages sur Eugénia Muñoz Lacasta, à qui le livre est dédié, qui a veillé sur lui, l'a protégé, depuis ses premiers jours, palliant de son mieux la désertion parentale. «Eugénie, écrit-il, dont l'amour m'a sauvé la vie - me la sauve tous les jours encore - car je n'ai jamais pu me résoudre à faire du mal ou à tuer le petit garçon qu'elle a tant aimé.» Emile Ajar avait juste à descendre un étage pour trouver les deux personnages de «la Vie devant soi».

Voici plus tard Sébastien Heayes à Barcelone, noctambule parmi les in somniaques, les esseulés, les grands accidentés de la vie, après une rupture sentimentale:

    «L'archange Gabriel m'avait quitté, il me fallait trouver une autre main. Dans l'urgence. Sinon c'était quatorze-dix-huit tous les jours, la terreur dans les tranchées de l'existence. J'ai peur depuis que je suis né, peur depuis que je suis seul. Alors maintenant c'était Nadia qui me tenait la main.»

De belles pages aussi sur les amours fugitives «baby-sitters» de Sébastien Heayes, la fraternité des bas-fonds, les bordels, la tendresse des prostituées. Au détour d'un chapitre, on découvre parfois une tournure d'esprit commune aux Gary père et fils, comme dans ce reproche pour le moins peu commun adressé par sa chère Nadia au cours d'une dispute mémorable: «Tu as utilisé ma chatte comme un exilé politique qui cherche une terre d'asile.» Du Gary. Mais Diego aujourd'hui.

A. C.

"S. ou l'espérance de vie", Alexandre Diego Gary, Gallimard, 170 p., 15 euros.








A 46 ans, le fils du célèbre écrivain Romain Gary a décidé de publier une autobiographie relatant son enfance brisée par le décès de sa mère et le suicide de son père.

De l’ombre à la lumière. Le fils de l’écrivain français Romain Gary et de l’actrice américaine Jean Seberg publie à 46 ans son premier récit, autobiographique. Hanté par le souvenir de ses parents – sa mère est décédée alors qu’il avait 17 ans et son père s’est suicidé l’année suivante –, Diego Gary a tenté durant ces longues années de survivre tant bien que mal. Se tenant à l’écart de la vie publique pendant près de trente ans, Diego Gary a décidé de sortir de son refuge à Barcelone, où il tient aujourd’hui une galerie d’art, pour publier son premier livre S. ou l’espérance de vie, aux éditions Gallimard. De la rencontre de ses parents au début des années 1960 à Los Angeles, aux dérives de sa mère qui bascule dans l’alcool, le délire et tente de se suicider jusqu’à ce que l’on retrouve son corps à l’arrière de sa voiture près de son domicile parisien, Diego Gary livre un témoignage à la fois poignant et troublant.
Hanté

Adolescent, Diego Gary vit avec son père, écrivain charismatique, diplomate, compagnon de la Libération, ayant reçu le prix Goncourt en 1956 pour Les Racines du ciel. Alors que la vie semble enfin lui sourire, Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980. Malgré son enfance brisée, Diego Gary tentera pendant de longues années d’être lui-même dans le souvenir de ses parents. Il s’enferme alors dans le grand appartement familial de la rue du Faubourg-Saint-Germain, encombré de tableaux, de livres et de manuscrits. Seul le souvenir d’Eugénie, la gouvernante espagnole qui a souvent remplacé sa mère, le préserve du suicide. Aujourd’hui encore, le souvenir de ses parents reste vif. Mais « hanté par les mots autant que par les morts », Diego Gary a réussi à trouver la force de se raconter.








Alexandre Diego Gary
Alexandre Diego Gary : S. ou l'espérance de vie.
Par Noël Blandin / La République des Lettres, vendredi 17 juillet 2009.

"Mon existence ressemble à une succession de mots rayés jusqu'au sang, biffés jusqu'à la moelle. Au point que le papier sur lequel je les couche, sur lequel ils gisent, s'en trouve déchiré, troué par endroits", écrit Alexandre Diego Gary dès la première page de S. ou l'espérance de vie. Entre l'autobiographie, la thérapie et l'hommage, Alexandre Diego Gary -- fils de Romain Gary et Jean Seberg -- publie un premier roman sombre, dans lequel la douleur de vivre suinte à chaque ligne. Etre le "fils de" n'est pas toujours simple, mais les exemples prouvant qu'il est possible de se réaliser dans l'ombre de parents connus ne manquent pas. Ce n'est pas le cas d'Alexandre Diego Gary, qui eut à supporter très jeune le suicide de ses deux parents à un an d'intervalle. C'est par l'écriture que l'auteur cherche aujourd'hui à apaiser ses blessures. Mais si écrire un livre lui permet de réaliser un rêve d'enfant, il se sent néanmoins encore coupable de parler de ses morts. "Si je le pouvais, si cela ne m'empêchait pas de vivre, je préférerais ne rien dire, je préférerais ne pas, ne pas parler des absents, mais je les sens en souffrance, si je me tais (si je les tais ?), si je me tue", écrit-il. S. ou l'espérance de vie est un récit torturé et complexe, pas toujours facile à suivre, mais dont la sincérité et la poésie ne peuvent que toucher le lecteur








Diego Gary. La promesse de... l'autre?

Trente ans après le suicide de ses parents -l'actrice Jean Seberg et le double lauréat du Goncourt Romain Gary-, le fils accouche d'un récit émouvant et gracieux, marqué par la figure du père. Ce livre au titre énigmatique, «S.ou l'espérance de vie», chez Gallimard, en présage d'autres de ce Gary-là.

Comment s'est déroulé l'accouchement de ce livre?
Depuis l'âge de 15 ans, j'écris. Des chansons, des poèmes. J'ai toujours tenu des petits carnets et j'ai écrit trois romans que je n'ai pas trouvés assez bons pour les montrer à un éditeur. Mais ce livre-ci, concrètement, je l'ai écrit en trois mois pendant l'hiver 2007. Je l'ai ensuite recorrigé pendant un mois. C'était fulgurant, viscéral. Je l'ai gardé six mois sous le bras en me disant qu'il était hors de question de le publier. Et puis un soir, à 22h, il a fallu absolument que je fasse les dernières corrections et que je l'apporte chez l'éditeur le lendemain. J'ai une grande confiance en Roger Grenier (ndlr: écrivain et éditeur chez Gallimard), un ami de mon père. Je me suis dit qu'il serait de bon conseil et que si jamais il trouvait le livre intéressant, ce serait pour de bonnes raisons. Il m'a répondu au bout de trois jours. Il m'a laissé un message sur mon téléphone : «J'ai trouvé ça très bien, c'est très bien écrit». J'étais aux anges.

Comme votre père, vous vous réfugiez derrière des pseudonymes, des personnages dans ce livre: «L'homme de San Sebastian», «Sébastien Heayes», «David Alejandro». Votre père lui-même est surnommé Ivan. Votre mère, Jean Seberg, est, en fait, la seule qui conserve son prénom et son nom. Pourquoi?
Pour Sébastien, je ne sais pas. David, c'est parce qu'Eugénie rêvait d'avoir un petit-fils qui s'appelait David. Ivan Alejandro, c'était censé être un pseudonyme que je me réservais pour un autre livre. Ivan, c'est Ivan le Terrible. Mon père m'impressionnait beaucoup quand j'étais enfant. Il se montrait très doux mais il pouvait piquer de grosses colères si je faisais une bêtise et j'ai toujours eu un peu peur de lui. J'ai un rapport plus pacifié avec ma mère qu'avec mon père. Par exemple, j'ai été blessé par le dernier mot qu'il a laissé pour la presse: «Rien à voir avec le suicide de Jean Seberg». J'ai presque trouvé ça un peu vache. Mais je le comprends. Il attendait presque le suicide de ma mère pour partir lui aussi. C'est quelque chose que j'ai cru comprendre par la suite. J'ai beaucoup souffert de la façon dont il est mort.

Lui en avez-vous voulu?
Je me suis permis très tard, dans mes moments d'ivresse à Barcelone, de lui en vouloir. Avant non. J'étais même plutôt pris dans un sentiment de culpabilité. Je m'en voulais de ne pas avoir été plus attentif, de ne pas m'être rendu compte de ce qu'il lui arrivait.

Avez-vous compris et accepté maintenant?
Oui. Malraux dit que le suicide impose le silence et le respect. Il faut s'incliner et respecter. Maintenant, je comprends les problématiques qu'il avait à l'époque. Pour être Ajar, il fallait qu'il meure, ne serait-ce que ça.

Et vous? Comment s'en sort-on?
J'ai fait une psychanalyse pendant très longtemps... qui m'a fâché avec la psychanalyse. J'ai eu pendant18 ans un psychanalyste lacanien, un type qui ne parlait presque pas. Après l'Espagne, j'ai rencontré une psychologue et, en trois séances, c'était réglé. J'ai aussi pris des antidépresseurs. J'en prends toujours. Et j'ai toujours eu des familles de remplacement. Je me suis fâché avec mes grands-parents maternels. Ma mère les a beaucoup aidés mais personne n'est venu à ses funérailles. Ils se sont fait représenter par quelqu'un de l'ambassade américaine. Je n'ai pas pu leur pardonner. Il faut dire que mon père m'avait remonté contre ma famille américaine en me disant que c'étaient de cons, des luthériens, qu'ils étaient responsables de son sentiment de culpabilité. J'ai été formaté par mon père. J'ai été très seul.

«S.» comme «Suite» aussi? Envisagez-vous d'écrire d'autres livres maintenant?
Ce livre a permis de tourner une page. Après lui, il y a eu tout un enchaînement de choses qui allaient vers la vie. Je recommence à prendre des notes. Mais rien de très élaboré pour l'instant. Ce serait un roman, une fiction. J'aurais beaucoup aimé écrire«Via Amalia», de Pascal Quignard, par exemple. Ma femme m'a demandé de me remettre à l'écriture pour notre fille qui naît en août. J'espère d'autres livres. C'est mon voeu le plus cher. J'aurais vraiment un sentiment d'échec si je n'arrive pas à en écrire un autre. C'est vital pour moi.

Propos recueillis par Marie Brette








Avec "S. ou l’espérance de vie", Alexandre Diego Gary se lance dans un exercice périlleux. Mais, il faut bien l’avouer, l’écrivain s’en tire avec grâce.
A travers un récit qui mêle successivement autobiographie et fiction, l’auteur se raconte doublement : sous son vrai visage, fils de l’écrivain Romain Gary et de l'actrice américaine Jean Seberg, orphelin de deux parents partis trop violemment, et sous celui d’un personnage, sorte de double hypothétique.
Le certain Sébastien Heayes ère, dans les rues de Saint Sébastien, à la recherche de lui même. Si la première personne se distingue de la troisième, les deux discours se rejoignent sur la quête identitaire : comment parvenir à exister ?

Sans jamais sombrer dans le pathos ou le sentimentalisme, se refusant à l’épanchement inutile, Diego Gary fait des maux de l’âme une grande force littéraire. Par le biais d’une écriture dépouillée, nette et précise, l’auteur livre une série d’anecdotes inédites comme il rend un bel hommage à ceux qu’il a aimé. Si chaque page transpire l’extrême difficulté à être dans les spectres de deux monuments accablés par la douleur de vivre, l’écrivain parvient à concilier, selon un genre de paradoxe, deux qualités fondamentales à la narration de soi : pudeur et intensité.

Quelques éléments de la vie de l'écrivain Diego Gary :

Adolescent, Diego Gary a connu trois grands deuils. Il a 14 ans quand survient la mort d'Eugénie, sa gouvernante, la femme qui s'occupait de lui au quotidien. Il lui dédie le livre. Il a 16 ans lorsque le submerge, en septembre 1979, le décès de sa mère, Jean Seberg, devenue une figure de la Nouvelle Vague après son interprétation dans A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960). Elle est retrouvée plusieurs jours après sa disparition, à l'arrière de sa voiture. L'autopsie conclura à une surdose d'alcool et de barbituriques.


Jean Seberg, actrice américaine et maman de l'écrivain Diego Gary

L'année suivante, c'est le suicide de son père d'une balle dans la tête, chez lui, en décembre 1980.
Il lui faudra cinq années pour ne plus habiter dans l'immense appartement de son père, reprendre des études de lettres et une vie normale.

Danielle_Darrieux_Romain_Gary_Jean_Seberg

Danielle Darrieux, Romain Gary et Jean Seberg dans "Les Oiseaux vont mourir au Pérou" (de Romain Gary)

30 ans après le suicide de sa mère et 29 ans après celui de son père, Diego Gary a 46 ans et il passe à la littérature pour ne pas devenir fou, bref pour revivre. Il a heureusement un talent inné.
Aujourd'hui, Diego Gary assure ne plus avoir peur de rien, "pas même d'écrire", parce que l'écriture a toujours été essentielle pour lui, même s'il ne publiait rien. Il n'aurait pas cherché à éditer ce livre si un conseiller littéraire de chez Gallimard ne lui avait pas donné son imprimatur. "Il a créé quelque chose, le vrai sujet, c'est tout simplement comment exister par soi-même, et il y parvient", explique le journaliste et écrivain, qui était un proche de Romain Gary.

Diego_Gary
Diego Gary vit à Barcelone où il a ouvert un café qui fait aussi librairie (ou l'inverse). Il sera bientôt père pour la première fois, d'une petite fille. A 46 ans, la tentation de tout foutre en l'air est derrière lui.

Via le mag Femmes et lemonde.fr

Le pauvre ! Quelle vie ! Il lui aura fallu près de 30 ans pour enfin parler de son enfance brisée par le décès de sa mère et le suicide de son père, avec pudeur et intensité.
Posté par Kyoko TBE






Les blessures et les colères de Diego Gary,
« fils de »
PIERRE MAURY

Alexandre Diego Gary ne déjeunerait probablement pas avec Jean-Marie Rouart. Celui-ci a écrit Ils ont choisi la nuit. Celui-là s’attaque à « un prétendu écrivain [qui] relate par le menu, comme s’il y était, le suicide de chacun de mes parents. Suicide-toi toi-même ! je lui rétorque, à ce notable des lettres ». Jean Seberg d’abord, Romain Gary quinze mois plus tard sont morts volontairement. Héritage pesant, comme pèse sur le fils leur encombrante célébrité. Surtout celle du père qui avait demandé au fils de se consacrer à son œuvre, après sa disparition.

« Je ne veux perpétuer personne. C’est une mission impossible, affolante », écrit un homme que l’on sent, à travers son livre, plus préoccupé de disparaître que de se placer dans la lumière. S. ou l’espérance dit les blessures. Il dit les colères dirigées en particulier contre tous ceux qui ont donné de sa mère une image déformée à ses yeux. C’est aussi un « mausolée intime » où l’alphabet devient une longue liste de deuils. Une vie en forme de rature et une condition romanesque plutôt qu’une condition humaine…

Longtemps, Alexandre Diego Gary semble avoir écrit sans envie de publier, avoir noirci des carnets à son seul usage. Il a aujourd’hui franchi le pas. Règle ses comptes avec lui-même, avec ses parents, avec le monde entier. Et se souvient de quelques moments heureux, quand même.

Quant à savoir si S. ou l’espérance est un livre nécessaire, c’est autre chose. Pour l’auteur, probablement. On imagine que le récit participe d’une autothérapie pour échapper à ses démons.

Parmi ceux-ci, il en nourrit un : le voyeurisme qui sommeille en chacun de nous et qui se repaît de scènes familiales comme personne d’autre n’aurait pu les raconter. La position d’Alexandre Diego Gary est donc assez ambiguë. Et le lecteur se demande si sa place est bien entre ces pages inconfortables, à l’écriture plutôt prévisible en dehors de quelques fulgurances.
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07/02/2010
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