Alain YVER

Alain YVER

ELLSWORTH KELLY

ELLSWORTH KELLY







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ELLSWORTH KELLY

Ellsworth Kelly, né le 31 mai 1923 à Newburgh, dans l'État de New York, est un peintre abstrait américain dont l'œuvre peut être apparentée au courant du minimalisme.

Il commence en 1941 des études d'art à New York, que la guerre interrompt bientôt. Mobilisé en tant que soldat de l'US Army, il vient pour la première fois à Paris en 1944, puis y retourne, aidé par la G.I. Bill, qui lui permet d'étudier la peinture en 1948 après deux années d'études de 1946 à 1948 à Boston.

Il s'installe à Paris de 1948 à 1954, où il trouve l'orientation de son art, une simplification abstraite du tableau et une mise en volume de la peinture. Sa peinture ne prend toutes sa dimension qu'avec l'espace qui l'entoure, elle n'existe alors plus en tant qu'objet mais comme motif sur le mur du musée. Kelly exploite la peinture comme élément architectural, comme si elle avait un poids et ainsi il crée un ensemble de liens et de relations entre les formes et les couleurs qui forme un nouvel équilibre visuel caché.

Sa première exposition se tient à Paris en 1951. Puis, il retourne à New York de 1954 à 1969, où il expose assez régulièrement et effectue sa première vente vers un musée important en 1956. Par la suite il reçoit diverses commandes destinées à des espaces architecturaux.

Entre 1959 et 1963 il expose successivement pour le Museum of Modern Art à New York, à la Washington Gallery of Modern Art.

En 1969 il s'installe au nord de New York et le Museum of Modern Art de New York organise une rétrospective de son œuvre en 1973.

Il commence à faire des sculptures monumentales, reçoit divers prix et fait de nombreuses expositions aux États-Unis comme pour la sculpture en 1982 au Whitney Museum of American Art à New York ou en 1987, une Print Retrospective au Detroit Institute of Arts et Works on Paper au Museum of Fine Arts à Boston

Mais il expose aussi en Europe avec en 1981 une exposition à Amsterdam et au Musée national d'art moderne de Paris.

Au début des années 90, il fait une exposition de ses années de travail à Paris (1992). Il est aussi dans l'exposition New Displays à la Tate Gallery de Londres.

En 1996 on remarque l'exposition Ellsworth Kelly on the Roof au Metropolitan Museum of Art à New York. En 1999, Works on Paper 1948-1955 au Fogg Art Museum à Harvard et en 2002 Tablet: 1948–1973 dans The Drawing Center à New York.

Liens externes
//www.insecula.com/contact/A009243_oeuvre_1.html









1923, Newburgh, New York

//www.fondationbeyeler.ch/fr/content/ellsworth-kelly

Il a dû interrompre ses études d’art à Brooklyn, Boston et Paris à cause de la guerre, qui le conduit en Angleterre et en France en 1944-1945. Inspiré par le principe artistique du hasard de Jean Arp et de Constantin Brancusi et par leur procédé de collage, il réalise les premiers « Shaped Canvases », des tableaux réalisés sur plusieurs châssis qui renoncent à la forme rectangulaire. La découverte de l’œuvre tardive de Monet en 1952 apporte à Kelly une nouvelle liberté d’expression picturale sous l’aspect de formats surdimensionnés ; sous son influence, il adopte également le concept de la série et la monochromie. Alors que dans les années 1960, il crée des toiles en forme de coins, il y ajoute dans les années 1970 les éléments nouveaux de la forme en arc. Dans les années 1980, il renonce à son chromatisme réduit au profit de couleurs éclatantes et d’un façonnement biomorphique. Depuis les années 1960, Kelly s’est aussi fait connaître comme graveur. Plus de 130 éditions ont déjà vu le jour en collaboration avec l’atelier Gemini G.E.L. de Los Angeles.

Ellsworth Kelly est un des principaux représentants, et des plus originaux, de l’art américain d’après 1945. Ses œuvres séduisent par la réduction extrême de leur langage pictural. Les formes monochromes, au découpage acéré, se positionnent devant le mur en tant que corps picturaux en volume, changeant d’aspect selon l’angle de vue du spectateur. Elles s’effilent ou semblent, en fonction de leur couleur, s’élargir subtilement et se bomber. Le mur, fond pictural, forme antagoniste et espace intermédiaire, est ainsi activé et intégré dans l’événement créatif. À partir des années 1950, Kelly se lance également avec passion dans la sculpture, à laquelle il se consacre désormais parallèlement à la peinture et avec le même intérêt. White Curves — la sculpture pliée blanche du parc — se transforme par son angle unique en « voile » de la Fondation dotée de perspectives multiples, dont les différents aspects ne se révèlent au spectateur que lorsqu’il en fait le tour. En même temps, sa surface miroitante absorbe la lumière et l’environnement.









Ellsworth Kelly

Peintre et sculpteur américain (Newburg, New York, 1923).

Après de brèves études à l'École du M. F. A. de Boston (1946-1948) où il pratique une figuration de type expressionniste, il s'inscrit en 1948 à l'E. N. B. A. de Paris. Dès cette période, son refus de toute subjectivité le conduit à chercher des méthodes de création impersonnelle. Il recourt au strict décalque de la réalité.

   Il utilise également le hasard : Meschers (1951) est fait d'un dessin découpé puis assemblé aléatoirement : avec Fenêtre (1949, Paris, M. N. A. M.), le bois utilisé pour la représentation d'une fenêtre se confond avec celui de la fenêtre représentée. C'est durant cette même période que Kelly découvre la " puissance de la couleur pure ". Sa technique consiste alors à assembler des panneaux de mêmes dimensions, peints chacun d'une seule couleur et sans modulation tonale. Kelly élabore ainsi plusieurs séries de tableaux où la couleur devient l'objet même de la représentation (Couleurs pour un grand mur, 1951, New York, M. O. M. A. ; Peintures pour un mur blanc, 1952). À son retour à New York en 1954, il participe au grand mouvement de réaction contre la peinture " lyrique ". Ses toiles " hard edge " introduisent des formes nettes, aux contours tranchants qui reprennent la silhouette d'objets réels (Atlantic, 1956, Whitney Museum), où le traditionnel rapport entre les figures et le fond se trouve aboli par la disposition des surfaces de couleurs pures qui limite l'espace pictural à deux dimensions (Charter, 1959, Yale University Art Gal. ; Green, Blue, Red, 1964, New York, Whitney Museum). Après une grande exposition à la Washington Gal. of Modern Art (1964), Kelly s'attache à partir de 1966 à la création de compositions qui lient indissolublement les formes colorées à leur support. Il utilise une couleur par panneau qu'il assemble à 90° dans la série des Pièces d'angle ou tout à fait frontalement, comme dans le White Angle (1966, Guggenheim). En 1972-73, il revient à l'affrontement de deux couleurs sur une toile triangulaire dans la série des Curves, avant de se consacrer essentiellement à des œuvres monochromes où il s'attache à explorer les tensions entre vision et littéralité, entre subjectivité et objectivité. Des expositions rétrospectives furent présentées au M. O. M. A. de New York en 1973 et au M. N. A. M. de Paris en 1980. Ses formes simples peuvent être transposées dans l'acier corten et ainsi donner lieu à des sculptures, peintes ou non. C'est le cas des formes de la série Curve, dont, par exemple, celle qui porte le numéro XXII et qui fut installée au Lincoln Park de Chicago en 1981. Une rétrospective de ses sculptures a été présentée à New York (Whitney Museum) en 1983. Une exposition consacrée aux années parisiennes de Kelly (1948-54) a circulé en 1993-94 à Paris, Münster et Washington.








    Ellsworth Kelly

    Le Haus der Kunst à Munich présente une imposante rétrospective d'Ellsworth Kelly en se limitant strictement aux peintures en noir et blanc du 7 octobre 2011 au 22 janvier 2012. Le résultat est absolument impressionnant. Parallèlement la Pinakothek der Moderne propose les dessins de plantes du 7 octobre au 8 janvier 2012.

    La Villa Médicis à Rome propose une confrontation entre Ingres et Ellsworth Kelly du 20 juin au 26 septembre 2010.

    La Serpentine Gallery présente 18 travaux récents d' Ellsworth Kelly réalisés depuis 2002 jusqu'au 21 mai 2006. Ces toiles explorent les formats horizontaux, verticaux et la superposition de deux toiles l'une sur l'autre légèrement décalées qui forment des bas-reliefs, mais toutes les toiles sont destinées à être considérées comme des objets. Les associations de couleur s'étendent sur toute l'étendue du spectre coloré y compris le noir et le blanc. Il joue sur les superpositions de couleur sur deux plans ou dans le même plan. La beauté des salles et leur enchaînement contribue particulièrement à la mise en valeur de chaque pièce.

    Ellsworth Kelly né en 1923 est un artiste particulièrement mis en évidence en 2002-2003, il y eut ce printemps la belle exposition Henri Matisse / Ellsworth Kelly : dessins de plantes au Centre Pompidou déclinée sous la forme d’une filiation, d’un passage de témoins. Et puis sans que cela soit coordonné au départ il y a deux expositions en Suisse: à Bâle à la Fondation Beyeler où sont présentées les grandes peintures et les sculptures et à Lausanne une exposition montrée en premier au Drawing Center de New York, puis au Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne en étroite collaboration avec l’artiste : Ellsworth Kelly Tablet 1948-1973.
    Ellsworth Kelly, Fondation Beyeler

    L’exposition se déploie dans quatre salles auxquelles il faut ajouter le foyer et une pièce où sont montrés trois films sur l’artiste. Par ailleurs on découvre une grande sculpture blanche dans le parc. La première salle propose des dessins pour des sculptures et des interventions sur des cartes postales. La deuxième évoque les années 1957-1965 par une dizaine de toiles. La troisième salle est consacrée aux « Curves », la recherche sur les courbes, de 1980 à aujourd’hui. Enfin une dernière salle plus petite présente des « sculptures ». La géométrie, l’abstraction de Kelly apparaît comme facétieuse et inventive (un peu dans l'esprit de François Morellet). Son exploration des relations entre l’espace et la surface peinte le conduit à élaborer des pièces d’une efficacité extrême qui ont un impact visuel très fort. On peut penser qu’il est un peu trop efficace peut-être, mais l’on est pris par l’originalité des formes, la séduction des courbes. On est loin du carré dans le carré, il refuse systématiquement l'angle droit. L’invention des formes et la réalisation maîtrisée des confrontations colorées dégagent quelque chose de jubilatoire et d’euphorique. La feuille explicative remise aux visiteurs, basée sur le texte de Gottfried Boehm, parle d’une « force vitale et positive ». Il y a une part d’interactivité avec le spectateur dans la mesure où la perception varie selon le point où l’on se trouve. Je serais tenté de dire que contrairement à Barnet Newman ou à Mark Rothko, il n’y a aucun mysticisme dans cette peinture. Pourtant dans l’un des films présentés Kelly revendique une certaine spiritualité dans ses recherches, mais ce qui frappe c’est la décantation du réel comme source d’invention.
    Ellsworth Kelly, Tablet 1948-1973 musée des beaux-arts Lausanne

    Depuis l’exposition du Musée du Jeu de Paume à Paris, Ellsworth Kelly, Les années françaises, 1948-1954, Paris, Galerie nationale du Jeu de Paume, 17 mars – 24 mai 1992 et le texte d’Yve-Alain Bois, Kelly en France ou l’anti-composition dans ses divers états, c’est le processus créatif de Kelly qui est mis en évidence. On ne parle plus tellement de hard edge painting, d’expansion de la couleur pure. On nous propose au contraire d’assister à l’élaboration, à la naissance de formes à partir de l’étude des encadrements d’une fenêtre, des formes de wc turcs dans les bistrots parisiens ou de l’ombre d’une barrière. L’exposition lausannoise présente d’autres aspects de ce cheminement. On a l’impression de découvrir des patrons de couturière assemblés en collages par l’artiste ou les projets d’un bijoutier. Une salle de documentation bien fournie et un film de 52 minutes (Au diable les oiseaux. Regarder avec Ellsworth Kelly, 1995) précèdent l’exposition proprement dite. Celle-ci par son côté de documentation strictement visuelle sans aucune explication annexe peut paraître désarçonnante, d’autant plus que cet artiste n’est pas très connu en Suisse romande. Il est vivement conseillé de voir le film avant la visite et, ou, de visiter l'exposition de la Fondation Beyeler. La présentation, conçue et mise en scène par lui-même, offre une véritable descente dans le laboratoire du peintre. Il a documenté ses recherches de 1948 à 1973 en assemblant sur des cartons, esquisses et dessins, on suit le cheminement des idées, les intuitions et l’on assiste à la naissance d’une écriture qui est en fait une signalétique très personnelle. Soudain on reconnaît en tout petit une grande pièce connue.

    Le livre-catalogue qui accompagne l'exposition permet de retrouver cette documentation passionnante qui devient le film d'une vie ou plutôt des idées d'une vie Ellsworth Kelly, Tablet 1948-1973 conçu par Yve-Alain Bois, The Drawing Center New York, Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne, 2002.

    Il existe une bonne introduction générale à la peinture abstraite aux Etats-Unis: Eric de Chassey, La peinture efficace, une histoire de l'abstraction aux Etats-Unis (1910-1960), Paris, Gallimard, 2001.

Patrick Schaefer, L'art en jeu, 2006








Ellsworth Kelly : la peinture en présence
L'Oeil - n° 539 - Septembre 2002

La Fondation Beyeler expose l’une des grandes figures de l’abstraction américaine, Ellsworth Kelly. Né en 1923, les débuts de sa carrière se déroulent entre New York et Paris où il séjourne de 1948 à 1954. Intéressé entre autres par l’architecture romane, par le travail de Brancusi ou encore de Arp qu’il a rencontré, il s’éloigne des visées de l’abstraction picturale pour s’attacher à l’objet, la structure.
Dès lors, ses peintures questionnent moins une abstraction comprise comme écriture picturale personnelle que les possibilités de présenter un objet sous une forme personnelle. Kelly explique l’emploi qu’il fait de la couleur et le caractère fragmenté de ses peintures-objets, par l’observation des formes naturelles comme celles des scarabées, des oiseaux, des feuilles, des poissons, plutôt que par une influence de De Stijl ou des constructivistes. Tout comme chez Arp, son abstraction part des formes de la nature et retourne à leur essence. Il s’agit non pas de représenter sur une toile la vision abstraite d’un objet mais de « présenter » un objet dans un alphabet propre à la peinture : « Ligne, Forme, Couleur », pour reprendre le titre qu’il avait lui-même projeté de donner à un livre resté finalement inachevé. Dans ses notes de 1969, Kelly écrit : « les signes sur les panneaux m’intéressent moins que la présence des panneaux eux-mêmes ». En dérive une des particularités des peintures de Kelly : leur rapport avec l’espace réel. L’artiste développe d’ailleurs de façon parallèle une activité de peintre et de sculpteur. Pour sa première exposition personnelle en Suisse, il a conçu une sculpture qui sera installée dans le parc, tandis qu’il a agencé, en relation avec l’espace du musée, une série d’œuvres réalisées entre 1956 et 2002. On pourra notamment voir pour la première fois rassemblées, au nombre de neuf, les Curves des années 80 et 90.

Halimi Carole









Né en 1923 à Newburgh aux États-Unis.
Ellsworth Kelly fait ses études d’art au Pratt Institute de York (1941-1942) et à la Boston Museum School (1946-1948). En juin 1944, il participe au débarquement allié en Normandie et à la Libération Paris. Il revient vivre à Paris de 1948 à 1954 et les cours de l’École des beaux-arts. Sa première exposition personnelle a lieu en 1951. Il peint toiles abstraites qui se situent à la limite de la peinture et de la sculpture. Il vit et travaille à New York
Œuvre

Ellsworth Kelly expose en 1951 Peintures à panneaux, tableaux uniformes assemblés, totalement abstraits, «qui ne décrivaient plus rien» et qui interviennent en relation avec l’espace. En 1954, il entreprend des séries de toiles apparemment impersonnelles, hard-edge, qui sont en firn des agrandissements, comme avec un microscope gigantesque, de détails de choses vues (le porche d’une église, le bord d’un trottoir, l’ombre d’une fenêtre). Il construit de grandes sculptures aux géométries complexes ou donne des formes nettes au contour de ses toiles (shaped canvas). Il utilise le métal peint (acier, bronze, aluminium, etc.) et le bois à partir de 1973 pour les séries monumentales des Stèles, des Totems et des Courbes (White Curve 2000). Depuis 1949, il dessine toutes sortes et végétaux; de la manière la plus plate possible, sari ombres ni interprétation ni couleur. La forme de ss peinture «est le contenu».
Propos de l’artiste

«Les dessins de la première époque jusqu’à ceux d’aujourd’hui ont toujours été linéaires. Ils sont le résultat de l’observation exacte se a forme d’une feuille, d’une fleur ou d’un fruit. Rien n’est modifié ou ajouté : pas d’ombre, pas de signes sur la surface. Il n’y a là ni approximation de la chose vue, ni expression formelle ou abstraction. Ils sont le résultat d’une observation impersonnelle de la forme. »

 







Londres, Ellsworth Kelly.

Ellsworth Kelly, Serpentine Gallery dans Regent’s Park, à Londres, jusqu’au 21 mai. C’est gratuit. Il y a un petit livret gratis aussi, mais qui ne donne aucune explication ou presque- donc ce n’est pas la peine de le prendre. Il y a aussi à vendre, un catalogue assez cher.

A Londres en ce moment, l’abstraction, l’Amérique et le modernisme dominent la saison artistique : à part l’exposition posthume de Kippenberger à la Tate Modern (on y reviendra) qui fait tache ou exception, on a vu hier une présentation du travail récent d’Ellsworth Kelly (né en 1923), un match amical Albers/Moholy-Nagy (deux artistes du Bauhaus, passés aux Etats-Unis après la prise du pouvoir par les nazis en Allemagne)également à la Tate Modern et enfin une illumination colorée de la Hayward Gallery par le minimaliste américain Dan Flavin (l’expo vient à Paris).

Time Out (pariscope local et très amélioré) de la semaine passée titre « C’est le monde MODERNE », rendant grâces également à l’exposition Modernism, Designing a New World au Victoria and Albert Museum (qui ouvre le 6 avril) et revenant sur l’idéologie utopiste du Bauhaus fondé à Weimar en 1919. Le magazine pousse la vertu jusqu’à lister les bâtiments modernes remarquables de Londres. C’est plutôt intéressant.

Mais revenons à notre Ellsworth Kelly. L’espace de la Serpentine -un pavillon dont les salles, ouvrant sur le parc par de larges baies, entourent une rotonde centrale - sert à merveille ses tableaux mono, bi, ou tricolores, en bi-ou tri dimensions, tous fabriqués depuis 2002. Il y en a 18 en tout.

Car il s’agit de perfection. C’est-à-dire, de géométrie.
Et, par force, de la destruction de ces deux termes : il s’agit donc aussi d’illusions. La lumière et ses ombres, en quelque sorte.

Il faut d’abord que chacun de ses tableaux, installés sur des murs immaculés, les uns tripartites, faits de trois bandes horizontales colorées (ou noires, ou blanches), les autres constitués de deux panneaux-rectangles inscrits perpendiculairement l’un par rapport à l’autre, ou encore, de deux zônes entièrement blanches, ou enfin, simplement monochromes (mais répétés quatre fois, en quatre couleurs) s’installe véritablement dans le regard. Et s’installer, c’est d’abord se stabiliser. Comme dans une maison.

La couleur est appliquée bord à bord. Pas de geste, pas de traces de brosse ou de pinceau. Du noir au blanc, du rouge au jaune ou au rose, chaque panneau est uniforme (sauf peut être sur un panneau bleu, qui porte quelque légère trace de fabrication). Cette unité forme-couleur pose les choses.

Mais dès qu’on a pris ses aises, alors la perception se met à évoluer. On remarque, dans chacun des tableaux, tout ce qui échappe à la stabilité : les illusions d’optique rejoignent les illusions matérielles, celles qui sont imprimées dans le processus de fabrication. Par exemple un tableau tripartite rouge, noir et blanc (de haut en bas) se met à rétrécir, à se courber légèrement dans sa partie inférieure. Un rectangle blanc plaqué sur un rectangle noir montre son relief réel (il s’agit de deux tableaux agencés l’un sur l’autre), en même temps qu’il s’aplatit en une seule composition découpée. L’artiste s’est rendu célèbre, autrefois, pour ce qu’on appelait à l’époque Hard-Edge Painting (peinture aux bords durs), soit l’utilisation de panneaux monochromes courbes ou aux contours irréguliers, placés sur les parois blanches des galeries ou des musées : l’illusion première de la peinture (la figure avance, le fond recule) est rejouée du côté (si l’on peut dire) des côtés, du côté des limites de ces plans colorés, dont les découpes sont réelles, solides, opaques : Kelly s’intéresse alors à toutes sortes de manipulations autour de ces données fondamentales de l’illusion, qui les mettent en évidence et les prennent en défaut.

On les voit à l’œuvre, également, dans ces magnifiques blancs sur blanc présentés dans l’exposition : un carré plus ou moins déformé, sur lequel vient se poser une forme courbe, provoquant à la fois des illusions optiques (on se déplace, les formes changent) et lumineuses. A la jonction de rencontre des deux panneaux blancs, se dessine une ligne de lumière, un dessin en blanc. On sait que l’artiste s’intéresse également à la question des ombres portées par ses reliefs, rejouant, là encore, les limites du tableau.

La (seule) sculpture Totem, dans son environnement blanc, est une fine stèle blanche, convexe verticale, frontale et isolée. Elle se détache, tout simplement et « d’un geste totalisant, constitue l’espace du monde comme son fond même, le neutralisent et le sémantise tout à la fois » (Yve-Alain Bois, catalogue Kelly, Les Années Françaises, 1948-54, Paris, Jeu de Paume, 1992. PS: Bois communiquera à Londres le 5 mai, à la Serpentine, sur le travail de l'artiste).

Car ce qui se passe dépasse les jeux d’optique, les interrogations autour d’imperfections qui viendraient signaler la perfection, comme le défaut, la beauté parfaite. C’est que ces formes limitées (triangles, formes courbes etc.), à force , font littéralement péter leurs limites, explosent le cadre (qu’elles n’ont pas), témoignent d’une force qui n’est jamais autorité, puisqu’elle est laissée au regard, à l’imagination à la perception de chaque spectateur. Regardez la Danse de Matisse au Musée d’art Moderne de la ville de Paris, ces corps, qui, dans leur dynamisme, sortent d’eux-mêmes par le biais de votre regard. C’est cela que j’aime chez Ellsworth Kelly : cet échange que la peinture donne quelquefois, en vous, en me dotant du pouvoir de la détruire en la contemplant.
Publié par élisabeth








01/06/2012
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