Alain YVER

Alain YVER

EMILE GOUDEAU

EMILE GOUDEAU






Le bateau lavoir
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Emile Goudeau, la revanche des bêtes

« …marche encore et toujours ! marche ! si, d’aventure,
Tu touchait ton but de la main,
Laissant derrière toi l’oasis et la source,
Vers un autre horizon tu reprendrais ta course ;
Tu dois mourir sur un chemin ; »

Emile Goudeau.

En 1850, dans ce Périgord façonné d’esprit et de poésie, patrie de Montaigne et de la Boétie, de Brantôme et de Fénélon, naquit le romancier et poète hydropathe, Emile Goudeau.  Son père, sculpteur de talent, exécutait des monuments funéraires pour nourrir les siens.  Après de bonnes études, Emile fut quelque temps professeur.  Il quitta l’enseignement pour se retrouver à Paris comme attaché au ministère des finances.  La fibre lyrique en lui,  Emile publie ses poèmes dans plusieurs journaux.  Paraît ensuite son premier volume de vers « fleurs de bitume » en 1878, chez Lemerre.  Lancé, Emile fonde le cercle littéraire et artistique du Quartier Latin, qui, sous le nom original de club des hydropathes, est une pépinière de poètes.  Des hydropathes naît, en 1881, le Chat Noir, cabaret montmartrois notoire et dont le journal a pour rédacteur en chef Emile Goudeau.  Après « fleurs de bitume », volume qui obtient un grand succès, Emile Goudeau publie : « Poèmes ironiques », « Chansons de Paris et d’ailleurs », des romans et autres ouvrages où apparaît toujours un esprit frondeur « souple, railleur, tendre et délicat».  Il décède en 1906.

Digne de Maître Rabelais, le discours qui suit, est une cause sérieuse qui  conduit à la réflexion.  Un propos grave traité sur le mode Goudeau.  Un texte qui plaira non seulement aux amis des animaux, aux végétariens, mais aussi à tous les autres, Bref à tout le monde.
Joyeuse lecture !

J.D.


 


La revanche des bêtes – extrait

Tu tapes sur ton chien, tu tapes sur ton âne,
Tu mets un mors à ton cheval,
Férocement tu fais un sceptre de ta canne,
Homme, roi du règne animal :
Quand tu trouves un veau, tu lui rôtis le foie,
         Et bourres son nez de persil ;
Tu tailles dans le bœuf, vieux laboureur qui ploie,
         Des bifstecks saignants, sur le gril ;
Le mouton t’apparaît comme un gigot possible,
         Et le lièvre comme un civet ;
Le pigeon de Vénus te devient une cible,
         Et tu jugules le poulet…
Oh ! le naïf poulet, qui dès l’aube caquète !
Oh ! le doux canard coincoinnant !
Oh ! le dindon qui glousse, ignorant qu’on apprête
         Les truffes de l’embaumement !
Oh ! le porc dévasté, dont tu as fait un eunuque,
         Et que tu traites de…cochon,
Tandis qu’un mot quadruple et fatal le reluque ;
         Mané ! Théce ! Pharès ! Jambon !
Tu pilles l’Océan, tu dépeuples les fleuves,
         Tu tamises les lacs lointains ;
C’est par toi qu’on a vu tant de limandes veuves
         Et tant de brochets orphelins ;
Tu restes insensibles aux larmes des sardines
         Et des soles au ventre plat ;
Tu déjeunes d’un meurtre, et d’un meurtre tu dînes ;
         Va souper d’un assassinat.
Massacre par les airs la caille et la bécasse…
         Sombre destinée : un salmis !
Tandis qu’un chou cruel guette d’un air bonasse
         Le cadavre de la perdrix,
Mais est-ce pour manger que seulement tu frappes,
         Dur ensanglanteur de couteaux ?
Non.  Les ours, les renards, les castors, pris aux trappes,
         Sont une mine à paletots ;
Tu saisis le lion, ce roi des noctambules,
         Dont le désert s’enorgueillit,
Pour faire de sa peau, sous tes pieds ridicules,
         Une humble descente de lit.
Mais le meurtre, c’est peu ; le supplice raffine
         Tes plaisirs de dieu maladif.
Et le lapin (nous dit le livre de cuisine)
         Demande qu’on l’écorche vif ;
Et l’écrevisse aura, vive, dans l’eau bouillante,
         L’infernal baiser du carmin ;
Et, morne enterrement l’huître glisse vivante
         Au sépulcre de l’abdomen.

Soit ! il viendra le jour lugubre des revanches,
         Et l’âpre nuit du châtiment,
Quand tu seras là-bas, entre quatre planches,
         Cloué pour Eternellement.
Oh ! l’animalité te réserve la peine
         De tous les maux jadis soufferts ;
Elle mettra sa joie à te rendre la haine
         Dont tu fatiguas l’univers.
Or, elle choisira le plus petit des êtres,
         Le plus vil, le plus odieux,
Un ver – qui s’en ira pratiquer des fenêtres         
         Dans les orbites de tes yeux.
Il mangera ta lèvre, avide et sensuelle,
         Ta langue et ton palais exquis ;
Il rongera ta gorge et ta panse cruelle,
         Et les intestins mal acquis ;
Il ira dans ton crâne, au siège de tes pensées,
         Dévorer, lambeau par lambeau,
Ce qui fut ton orgueil et tes billevesées ;
         Les cellules de ton cerveau.
L’âne s’esclaffera, voyant l’homme de Proie
         Devenu Rien dans le grand Tout ;
Le pourceau, dans son bouge infect, aura la joie
         D’apprendre ce qu’est le dégoût ;
Et les bêtes riront, dans la langue des bêtes,
         De ce cadavre saccagé
Par la dent des impurs fabricants de squelette, -
         Quand le mangeur sera mangé.

Emile Goudeau  (Poèmes ironiques)











Présentation d'Emile Goudeau

Originaire de Périgueux, Emile Goudeau (1849-1906) monte à Paris pour occuper un poste au Ministère. En 1878, il fonde le Club des Hydropathes où se rencontrent, dans le Quartier Latin, les jeunes poètes, les fumistes, les étudiants... Mais c'est sa rencontre avec Rodolphe Salis, en 1881, qui va le lancer vers Montmartre et le Chat Noir. Il sera à la fois poète, romancier et journaliste.

Ode au vin

Ah ! si la Seine était de ce bon vin de Beaune
Et que mon ventre fût large de plusieurs aunes,
Je m'en irais dessous un pont,
M'y coucherais tout de mon long.
Et je ferais descendre
La Seine dans mon ventre
Et si le roi Henry voulait me la reprendre,
Implorant ma pitié, plutôt que de la rendre,
Je lui dirais : " Bon roi Henry
Gardez, gardez votre Paris,
Paris avec Vincennes...
Mais laissez-moi la Seine."

(Poèmes parisiens,1896)

"En 1883, le Quartier latin est, pour quelques mois encore, l'endroit à la mode. La longue tradition estudiantine de la Montagne Sainte-Geneviève s'est perpétuée jusqu'au XIXe siècle. Elle demeure le refuge favori des artistes, des poètes, de ce qu'on appelle alors "la bohème". Cela ne va pas durer. En 1881, le poète-chansonnier Rodolphe Salis avait fondé à Montmartre, 84, bd de Rochechouart, la fameux Cabaret du Chat noir. Mais ce n'est qu'en 1885, le succès du Chat noir aidant, que la butte Montmartre va supplanter la Montagne Sainte-Geneviève. Rien n'étant éternel en matière de mode, les peintres, les poètes et ceux qui aiment les observer de près retrouveront le chemin de la rive gauche à partir de 1919, vers Montparnasse d'abord, puis vers Saint-Germain-des-Prés. Mais si nous revenons à 1883, c'est encore au Quartier latin qu'un jeune provincial avide de se plonger dans l'ambiance parisienne pouvait rencontrer, sinon les gloires de la capitale, du moins ceux qui aspiraient à le devenir. Aristide Briand, avec toute la jeunesse du quartier, fréquente le Café de l'Avenir (place Saint-Michel), Le Caveau (également place Saint-Michel), Le Médicis (au coin de la rue du même nom et de la rue de Vaugirard). On boit, on parle, on fait connaissance avec quelques jeunes femmes faciles et, dans les arrière-salles, se réunit jusque tard dans la nuit toute une jeunesse intellectuelle. On discute un peu de politique, beaucoup de littérature. Les versificateurs chantent leurs chansons ou récitent leurs poèmes devant un public improvisé et parfois chahuteur. C’est une survivance de ces « sociétés chantantes » qui avaient prospéré au milieu du siècle à Paris et en banlieue et que l’on appelait, d’un mot que l’on utilise encore sans en connaître la signification : les goguettes.
Parmi ces sociétés, dont chacun peut faire partie en poussant la porte d’un café, le plus célèbre est alors le Club des Hydropathes. Son fondateur est un poète et journaliste d’une trentaine d’années, Emile Goudeau, auteur d’un recueil intitulé Les fleurs du bitume. Il ne faut pas chercher de sens précis au mot « hydropathes », pas plus qu’il ne faudrait en chercher aux « zutiques » ou aux « dadaïstes ». Tout au plus, un historien des Hydropathes raconte que Goudeau avait été frappé par le titre d’une valse viennoise, HydropathenWalz, œuvre d’un obscur compositeur autrichien, Joseph Gungl (entendu au Café Besselièvre). En bon helléniste, il n’eut pas de peine à remarquer que hydropathe signifie « qui se soigne avec l’eau » ou bien « qui souffre de l’eau ». Cette seconde acception lui rappela, par opposition d’idée, son propre nom, Goudeau, décomposé phonétiquement et, en raison de son penchant marqué pour les boissons fermentées et liquoreuses, il trouva amusant d’adopter ce vocable rébarbatif. Désormais, au Quartier latin, il ne fut plus nommé que « l’Hydropathe ».
Parmi ces Hydropathes portés sur l’absinthe, le jeune Aristide Briand a l’occasion d’entrevoir et peut-être de connaître des poètes comme Raoul Ponchon, Jean Moreas, Edmond Haraucourt l’auteur de « La Légende des sexes », Jean Richepin, Charles Cros, l’étrange compositeur et poète Maurice Rollinat, auteur des « Névroses », le chansonnier et dessinateur André Gill, des humoristes comme Alphonse Allais ou Xanrof, des polémistes comme Léon Bloy ou Laurent Tailhade, de futurs académiciens comme Maurice Donnay ou Paul Bourget, et même Sarah Bernhardt. Briand, peu porté sur la poésie, se contente d’observer et de vider des bocks en compagnie des Hydropathes. Au cours des années suivantes, le groupe se disperse. Les uns se rangent et font fortune, comme Paul Bourget. Les autres transportent leur misère sur la rive droite et se regroupent au Chat noir."
Extrait de Aristide Briand, la paix : une idée neuve en Europe de Bernard Oudin (1987, pp. 32-33)

Le 11 octobre 1878, un nouveau café littéraire ouvre ses portes dans le Quartier Latin : Les Hydropathes. Pourtant cette inauguration passe complètement inaperçue... l'Exposition Universelle de Paris a ouvert ses portes en mai 1878. Elle remporte davantage de succès qu'un simple café qui à son ouverture ressemble à tant d'autres. C'est sans compter sur la personnalité d'Emile Goudeau : il "avait inventé le modernisme et il cultivait le parisianisme qui est une invention de la province, une façon exagérée d'être parisien." (Maurice Donnay). Bientôt, on n'entend plus parler que de ce Cercle des Hydropathes qui accueille des figures marquantes de la littérature du moment. Par Hydropathes, Emile Goudeau, principal animateur de ce cercle, désigne un groupe d'artistes tels que Maurice Rollinat, Georges Lorin, Abram, Rives pour ne citer qu'eux. Les réunions du club se tiennent deux fois par semaine Rue des Boulangers.
Emile Goudeau apprécie l'endroit pour l'avantage que représente le jardinet et surtout le piano...la musique est déjà présente. Malheureusement, il se voit bientôt contraint de fermer son établissement : certains habitués ont monté un cercle de baccara. La police qui est très vigilante à ce moment-là fait fermer l'établissement. Emile Goudeau n'en reste pas là, et devant le succès des réunions, déménage d'abord Rue Cujas pour s'installerdéfinitivement Rue de Jussieu où il trouve enfin un lieu permettant d'accueillir un public toujours plus nombreux.
Jules Jouy annonce la naissance du cercle dans l'édition du Tintamarre du 2 février 1879. Rapidement, Emile Goudeau décide de fonder un journal : Le Journal des Hydropathes comptera 32 numeros à partir du 22 janvier 1879.

Quitte le restaurant discret, où vous soupâtes,
Niniche et toi, bourgeois vide et prétentieux,
Profitant du lorgnon que le vin sur tes yeux
Pose, viens avec moi t'asseoir aux Hydropathes.
Pourtant, avant d'entrer, un mot : que tu t'épates,
Ou non, garde-toi bien des mots sentencieux
Devant ce défilé de profils curieux :
L'endroit est sans façon, on n'y fait point d'épate.
Certes, ne t'attends pas à trouver un goût d'eau
Au parlement criard que préside Goudeau,
Laisse à ton nez monter l'encens des pipes ;
Et - moins sot que Louis, aux canons bien égaux
Foudroyant les Teniers et leurs drôles de types -
Du cercle "Hydropathesque" admire les magots.
Jules Jouy in Les Hydropathes du 22 janvier 1879

 








Place Émile-Goudeau
Un article de Wikipédia

La place Émile-Goudeau, autrefois place Ravignan, est une place du 18e arrondissement de Paris, en plein Montmartre
(48°53Åå10.42ÅçN 2°20Åå16.67ÅçE / 48.8862278, 2.3379639).

Description
Fontaine Wallace de la place

Sur cette place pavée, agrémentée d'arbres, est installée une fontaine Wallace. En 1911 la place a été détachée de la rue Ravignan pour porter le nom du poète et chansonnier Émile Goudeau, fondateur du club des hydropathes.
Au n° 13 se trouve la porte d'accès au nouveau Bateau-Lavoir qui a été reconstruit à l'emplacement de l'ancien détruit par un incendie en mai 1970. Il sert d'hébergement à des artistes étrangers.

Autrefois

Le Vieux Chemin, actuelle rue Ravignan, traversait à l'endroit où est maintenant cette place, des jardins fruitiers jadis propriété de l'abbaye. On conte que ce serait là que Napoléon, en 1809, attacha son cheval à un arbre pour terminer à pied son ascension vers le sommet de la Butte pour voir le télégraphe Chappe installé sur l'église Saint-Pierre-de-Montmartre.
Un de ces arbres, abattu en 1814, était un poirier énorme appelé de ce fait le Poirier-sans-Pareil. Il était enclos dans le jardin de la guinguette du Poirier-sans-Pareil. Ce lieu était très fréquenté par les Parisiens qui venaient y boire et danser et aussi dîner sur une table, pouvant recevoir douze personnes, installée sur une plate-forme dans les branches du poirier.
Vers 1830 des grondements et des craquements se font entendre dans le sous-sol miné par des carrières de plâtre. Ce fut la fin de la guinguette qui dut fermer.

Source

Jacques Hillairet : Connaissance du Vieux-Paris.Les Villages (Éditions Gonthier, 1963)

À proximité :

    * Rue des Trois-Frères (50 m) : l'épicerie du film Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain (Maison Collignon)







« Le Introuvables »:
   Emile Goudeau
« La Révolte Des Machines »


Posté par merveilleuxscientifiqueunblogfr le 18 février 2012
//merveilleuxscientifiqueunblogfr.unblog.fr/2012/02/18/le-introuvables-emile-goudeau-la-revolte-des-machines/

Ce texte, signalé par son auteur comme une fantaisie, est intéressant à plus d’un titre. Non seulement il aborde plusieurs thèmes des plus passionnants, mais il reprend en outre un sujet abordé avec tout autant de brio dans le roman désormais célèbre de Didier de Chousy « Ignis ».Publié en 1883 chez Berger- Levrault ( en pré original dans la revue « La science illustrée »), nous assistons dans ce dernier au percement d’une immense puits jusqu’au centre de la planète, afin d’exploiter la chaleur terrestre comme une source d’énergie intarissable et à la création d’une Utopie scientifique,Industria-City. C’est dans cette dernière que se produira la première révolte dans l’histoire de la littérature de science-fiction d’androïdes à vapeur : Les Atmophytes !

 Déjà l’auteur sous couvert d’un divertissement des plus réussis, faisait passer un message sur les dangers de l’industrialisation à outrance et du remplacement de l’homme par la machine. Thème prépondérant dans l’anticipation ancienne où les auteurs furent bien souvent partagés sur le bien fondé d’une telle systématisation de la mécanique. Ce qu’il y a de passionnant dans la nouvelle de Emile Goudeau, c’est la dimension écologique de sa théorie. En effet la machine supplante l’homme, non  pas au profit d’une domination totale et sans compromis, mais pour un retour à un age révolu, où la nature en reine absolue, reprend pleinement ses droits. L’être humain n’a que trop corrompu son environnement fragile et cet équilibre si délicat devenant source de destruction massive, décide de se révolter et de se rebeller face à la tyrannie de ce bipède arrogant et prétentieux. Car la menace n’est pas uniquement d’ordre humain, avec ce projet ambitieux mais antisocial du remplacement de l’homme par la machine, elle est également d’ordre écologique.

Une fois de plus c’est une dénonciation de la folie scientifique où le progrès est source de destruction, un raz de marée que la technologie ne peut plus contenir et conduira l’humanité à sa perte. Dans « La fin des robots » de Jean Painlevé, publié dans la revue « Vu » lors d’un spécial « Fin d’un civilisation » (1er mars 1933) et reproduit dans ces pages, nous assistions déjà à l’avènement de la machine qui, prenant le contrôle d’un monde entièrement mécanisé, terminera sa course effrénée par une apocalypse totale. Tout comme la longue nouvelle de G.de Pawlowski intitulée également « La révolte des machines » où elles vont également supplanter l’homme car prise d’une sorte de conscience mécanique suite à une curieuse maladie du fer. Dans ce texte, les conséquences seront moins funestes, mais l’auteur, par le biais de ce divertissement, mettait le doigt sur les préoccupations d’une époque où la machine risquait de mettre à mal la légitimité de l’honnête travailleur.

Emile Goudeau sur une longue nouvelle , soulève bien des problèmes et aborde des thématiques aussi passionnantes que la fin de notre civilisation, l’intelligence artificielle, l’écologie, la révolte sociale. Toutefois sa réflexion se fera plus profonde en dotant son robot d’une conscience, qui finalement conduira le monde à sa perte. Cette révolte des machines n’est pas le fait d’une marée de boites métalliques en folies, mais celui d’une seule et unique créature qui dans une ultime prise de conscience va générer une révolte générale, on pas des de tous les appareils mécaniques rencontrés dans les textes précédents mais par le réveil de la conscience végétale et minérale se trouvant en chaque chose :

« La révolte se terminait en un gigantesque suicide de l’acier ! »

Une bien belle phrase qui fera date dans le domaine assez restrictif de cette « révolte du fer », thématique peu rencontrée dans notre domaine.

Un fin des plus spectaculaire où l’instigateur de cette révolte, tel notre Gavroche national, terminera sa course dans un dernier baroud d’honneur, préférant se sacrifier pour une cause noble et juste, lui conférant en cela une conscience mécanique proche de l’humain, que n’avait certainement pas prévu son créateur.

Sur L’auteur

Emile Goudeau, né en 1849 et décédé en 1906, fut un personnage assez excentrique. Ecrivain et poète, il écrivit de nombreux ouvrages où il apparaît toujours comme un esprit frondeur et exubérant. Son père, sculpteur de talent, exécutait des monuments funéraires pour nourrir les siens.  Après de bonnes études, Emile fut quelque temps professeur.  Il quitta l’enseignement pour se retrouver à Paris comme attaché au ministère des finances. Il fonde le cercle littéraire et artistique du Quartier Latin, qui, sous le nom original de club des hydropathes, est une pépinière de poètes.  Des hydropathes naît, en 1881, le Chat Noir, cabaret montmartrois notoire et dont le journal a pour rédacteur en chef Emile Goudeau. On buvait énormément alors, particulièrement l’absinthe verte, qui faisait des ravages. Goudeau payait ses collaborateurs en boisson, et ce salaire fut fatal au plus doué d’entre eux.

Parmi ces Hydropathes portés sur la « Fée verte », le jeune Aristide Briand a l’occasion d’entrevoir et peut-être de connaître des poètes comme Raoul Ponchon, Jean Moreas, Edmond Haraucourt l’auteur de « La Légende des sexes », Jean Richepin, Charles Cros, l’étrange compositeur et poète Maurice Rollinat, auteur des « Névroses », le chansonnier et dessinateur André Gill, des humoristes comme Alphonse Allais ou Xanrof, des polémistes comme Léon Bloy ou Laurent Tailhade, de futurs académiciens comme Maurice Donnay ou Paul Bourget, et même Sarah Bernhardt. Briand, peu porté sur la poésie, se contente d’observer et de vider des bocks en compagnie de ce singulier cénacle de buveurs d’absinthe.

Ceci explique alors certaines de ses facéties et ce potache invétéré connu pour ses tours et canulars, confia d’ailleurs son propre enterrement bidon à la maison Borniol dans « Le Chat noir » transformé pour l’occasion en chapelle ardente. Dans cet esprit montmartrois, Gérard de Nerval, promena en laisse un homard vivant. La Butte fut ainsi l’Eden de l’audace et de la plaisanterie.

 Les réunions du club se tenaient deux fois par semaine Rue des Boulangers.

Une petite place porte aujourd’hui le nom d’Émile Goudeau dans le 18e arrondissement de Paris, sur la butte Montmartre juste en dessous de la place du tertre.

Reste ce conte paru dans la revue « Livre populaire » du  4 Septembre 1891, N°15 1891, une des rares incursions de l’auteur dans l’anticipation. Elle est probablement involontaire quand à son intention d’écrire une histoire « conjecturale » mais est assez symptomatique de l’esprit imaginatif  et fantasque de l’auteur. Probablement un pur produit des redoutables effets de ce terrible et merveilleux breuvage qui fut le véritable « carburant » de toute une génération d’écrivains, de poètes et d’artistes au talent surréaliste.

 

 

« La Révolte Des Machines »

Le docteur Pastoureaux, aidé d’un vieil ouvrier fort habile, que l’on nommait Jean Bertrand, avait inventé une machine qui révolutionnait tout le monde savant. Cette machine était animée, presque pensante, presque voulante, et sensible : une manière d’animal en fer. Il est inutile d’entrer ici en des détails techniques trop complexes, qui rebuteraient. Qu’il suffise de savoir qu’avec une série de boites de platine, pénétré par de l’acide phosphorique, le savant avait trouvé le moyen de donner une sorte d’âme aux machines locomobiles ou fixes ; que cet être nouveau devait agir à la façon d’un taureau de métal, d’un éléphant d’acier.

Il faut ajouter que, si le savant de plus en plus s’enthousiasmait pour son oeuvre, le vieux Jean Bertrand, superstitieux en diable, s’était peu à peu effrayé d’apercevoir cette subite évocation d’intelligence dans une chose primitivement morte.

D’ailleurs, les camarades de l’usine, qui suivaient assidûment les réunions publiques s’insurgeaient tous contre les machines qui servent d’esclave au capitalisme et de tyran à l’ouvrier. On était à la veille de l’inauguration du chef d’oeuvre.

Pour la première fois, la machine avait été munie de tous ses organes et les sensations extérieures lui parvenaient distinctes ; elle comprenait que, malgré les entraves qui la retenaient encore, des membres solides s’adaptaient à son être jeune, et que bientôt elle pourrait traduire en mouvement au dehors ce qu’elle éprouvait au dedans. Or, voici ce qu’elle entendit :

- « Etais-tu hier à la réunion publique ? » disait une voix.

- « Je te crois, vieux », répondit un forgeron, sorte d’hercule aux bras musclés et nus.

Bizarrement éclairée par les becs de gaz de l’atelier, sa figure, noire de poussière, ne laissait voir dans la pénombre que le blanc de deux gros yeux, où la vivacité remplaçait l’intelligence.

- « Oui, j’y étais, j’ai même parlé contre les machines, contre ces monstres que nos bras fabriquent, et qui, un jour, donneront à l’infâme capital l’occasion, tant cherchée, de supprimer nos bras. C’est nous qui forgeons les armes avec lesquelles la société bourgeoise doit nous battre. Quand les repus, les pourris, les ramollis, auront un tas de mouvements faciles à mettre en branle comme ceux-ci, fit-il avec un geste circulaire, notre compte serait bientôt réglé.

Nous en vivons à cette heure, nous mangeons en procréant l’outillage de notre expulsion définitive du monde. Holà ! Pas besoin de faire des enfants, pour qu’ils soient des laquais à bourgeois ! »

 En écoutant de toutes ses soupapes auditives cette diatribe, la machine intelligente, mais naïve encore, haletait de pitié. Elle se demandait s’il était bon qu’elle fût née pour rendre ainsi misérables ces braves travailleurs.

-« Ah ! Vociféra le forgeron, s’il ne tenait qu’à moi et à ceux de ma section, nous ferions sauter tout ça comme une omelette. Nos bras ensuite suffiraient bien, dit-il en se tapant sur les biceps, à remuer la terre pour y trouver du pain ; les bourgeois, avec leurs muscles de quatre sous, leur sang vicié et leur jambes molles, pourraient nous le payer cher le pain ; et, s’ils bronchaient, mille tonnerres !  ces deux poings pourraient leur en faire passer le goût. Mais je parle à des brutes qui ne comprennent pas haine. »

Et s’avançant vers la machine :

-« Si tous étaient comme moi, tu ne vivrais pas un quart d’heure. Sale bête, va ! »

Et son poing formidable s’abattit sur le flanc de cuivre, qui retentit d’un long gémissement quasi humain.

Jean Bertrand, qui assistait à cette scène, frémit d’attendrissement, se sentait coupable envers les frères, lui qui avait aidé le docteur à accomplir le chef d’oeuvre.

Puis, tous ils s’en allèrent, et la machine écoutait encore, de souvenir, dans le silence de la nuit. Elle était donc de trop sur la terre ! Ainsi, elle ruinait de pauvres manants au profit d’exploiteurs damnés ! Ah ! elle sentait désormais quel rôle d’oppression ceux qui l’avaient créée lui voulaient faire jouer ! Plutôt le suicide. Et, dans son âme machinale et enfantine, elle ruminait le projet magnifique d’étonner, au grand jour de son inauguration, le peuple des machines ignorantes, rétrogrades et cruelles, en leur donnant enfin un exemple de sublime abnégation. A demain !

Pendant ce temps, à la table du comte de Valrouge, le célèbre protecteur des chimistes, un savant terminait ainsi son toast au docteur Pastoureaux :

- « Oui, messieurs, la Science procurera à la souffrante Humanité le triomphe définitif.

Elle a déjà beaucoup fait : elle a dompté le temps et l’espace. Nos chemins de fer, nos télégraphes, nos téléphones, ont supprimé la distance. Si nous arrivons, comme le docteur Pastoureaux semble le prévoir, à démontrer que nous pouvons mettre de l’intelligence en nos machines, l’homme se sentira à jamais délivré des travaux serviles.

Plus de serfs, plus de prolétaires ! Tous deviendront bourgeois ! La machine esclave délivrera de l’esclavage nos frères d’en bas et leur donnera droit de cité parmi nous.

Plus d’infortunés mineurs obligés de descendre sous la terre au péril de leur vie, la machine infatigable et éternelle y descendra pour eux ; la machine pensante et agissante, non souffrante du labeur, bâtira, sous notre commandement, les ponts en fer et les palais héroïques ; c’est elle, la machine docile et bonne, qui retournera les sillons. Eh ! messieurs, il m’est permis, en présence de cette admirable découverte, de me faire un instant prophète. Un jour viendra où, toujours courant de ci de là, les machines se transporteront seules, comme des pigeons voyageurs du Progrès ; un jour peut- être, ayant reçu leur complémentaire éducation, elles apprendront à obéir sur un simple signe, de telle sorte que l’homme, assis, paisible et fort, au sein de la Famille, n’aura qu’à appuyer sur un signal électro-vitalique afin que la machine sème le blé, le récolte, l’emmagasine et en fasse du pain qu’elle apportera sur la table de Y Homme, devenu enfin Roi de la Nature. Dans cette épopée olympienne, les animaux, eux aussi, délivrés de leur part énorme de travaux, pourront applaudir de leurs quatre pieds (émotions et sourires) ; oui, messieurs, car ils deviendront nos amis, après avoir été nos souffre- douleur. Le boeuf devra toujours servir à fabriquer le potage (sourires), mais, du moins, il n’aura point souffert auparavant.

Je bois donc au docteur Pastoureaux, au libérateur de la matière organique, au sauveur du cerveau et de la chair sensible, au grand, au noble destructeur de la souffrance ! »

 Le discours fut vivement applaudi. Seul, un savant jaloux jeta ce mot :

- « Cette machine aura-t-elle la fidélité du chien ? La docilité du cheval ? Ou même la passivité des machines actuelles ?

Je ne sais, répondit Pastoureaux, je ne sais ».

Et, subitement plongé dans une scientifique mélancolie, il ajouta :

- « Est-ce qu’un père se doit dire assuré de la gratitude filiale ? Cet être que j’ai mis au monde peut avoir de mauvais instincts, je ne saurais le nier. Je crois pourtant avoir développé en elle, lors de sa fabrication, une grande propension vers la tendresse, un esprit bon, ce qu’on appelle communément du coeur. Les parties affectives de ma machine, messieurs, m’ont coûté plusieurs mois de labeur : elle doit avoir beaucoup d’humanité, et, si j’ose le dire, de la meilleure fraternité.

Oui, reprit le savant jaloux, la pitié ignorante, la pitié populaire qui égare les hommes, la tendresse inintelligente qui fait commettre les lourdes fautes. Votre machine sentimentale s’égarera comme un enfant, j’en ai peur. Mieux vaut un adroit méchant que de maladroites bontés. »

On chuta l’interrupteur et Pastoureaux termina :

- « Qu’un bien ou qu’un mal sorte de tout ceci, je puis lever la tête : j’ai fait faire, je pense, un formidable pas à la science humaine. Les cinq doigts de notre main tiennent dorénavant l’art suprême de la création. »

Les bravos éclatèrent.

Le lendemain, on démusela la machine, et, docilement, elle vint seule se mettre en ligne devant une assemblée nombreuse, mais choisie.

Sur la plate-forme, s’installèrent le docteur et le vieux Jean Bertrand.

L’excellente musique de la Garde républicaine se fit entendre, et des cris de « Vive la science ! » éclatèrent. Puis, après avoir salué le Président de la République, les autorités, les délégations des Académies, les représentants étrangers et toutes les notabilités réunies sur la quai, le docteur Pastoureaux ordonna à Jean Bertrand de mettre en relation directe l’âme de la machine avec tous ses muscles de platine et d’acier.

Le mécanicien fit cela très simplement, en appuyant sur un levier brillant, grand comme un porte- plume.

Et tout à coup, sifflant, hennissant, tanguant, roulant, piaffant, en sa férocité de vie nouvelle et dans l’exubérance de sa puissance formidable, la machine s’enleva pour une furibonde course.

« Hip ! hip ! hip ! hurrah » ! Crièrent les assistants.

- « Va, machine du diable, va », cria Jean Bertrand, et, comme un fou, il appuya sur le levier vital.

Or, sans écouter le docteur, qui voulait modérer cette allure étonnante, Bertrand parlait à la machine :

- « Oui, machine du diable, va ! va ! si tu comprends! va ! pauvre esclave du capital, va ! vole, vole, vole! sauve les frères ! Sauve-nous ! ne nous rends pas plus malheureux encore qu’avant ! Moi ! moi, je suis vieux, je m’en moque ; mais les autres, les pauvres gars, aux joues creuses et aux jambes maigres, sauve-les, bonne machinette, sois gentille comme je te l’ai dit ce matin ! Si tu sais penser, comme ils l’assurent tous, montre-le ! Qu’est-ce que ça peut te faire de mourir, puisque tu n’en souffriras pas ? Moi, je veux bien périr avec toi, au profit des autres, et pourtant ça me fera du mal. Va, bonne machine, va ! »

Il était fou.

Le docteur voulut alors reprendre la direction de la bête de fer :

- « Doucement ! machine », cria-t-il.

Mais Jean Bertrand le repoussa avec rudesse.

- « N’écoute pas le sorcier ! Va, machine, va ! »

Et grisé d’air, il talonnait les flancs de cuivre du Monstre, qui, sifflant éperdument, enjambait de ses six roues l’espace démesuré.

Sauter de la plate-forme était impossible ! Le docteur se résigna et, tout rempli de son amour pour la science, il tira un carnet de sa poche, et, tranquille, se mit à prendre des notes, comme Pline au cap Misène.

A Nord-Ceinture, surexcitée, la machine s’emballa définitivement. Bondissant hors du talus, elle se mit à courir à travers la zone. La colère et la folie du monstre se traduisait en une stridence de sifflet, suraiguë, déchirante comme une plainte humaine, et rauque parfois comme un hurlement d’émeute. A cet appel répondirent bientôt les locomotives lointaines, les sifflets des usines et hauts-fourneaux. Les Choses se mettaient à comprendre.

Un concert féroce de révolte commença sous le ciel, et soudain, de toute la banlieue, les chaudières éclatèrent, les tuyaux se rompirent, les roues s’écartelèrent, les leviers se tordirent convulsivement, et, joyeusement, les arbres de couche volèrent en morceaux.

Toutes les mécaniques, comme mues par un mot d’ordre, se mettaient en grève de proche en proche. Et non plus seulement la vapeur ou l’électricité ; mais, à ce rauque appel, l’âme du Métal s’insurgeait, excitant l’âme de la Pierre, depuis si longtemps domptée, et l’âme obscure du Végétal, et la force de la Houille.

Les rails se dressaient d’eux-mêmes, les fils télégraphiques jonchaient inexplicablement le sol, les réservoirs à gaz envoyaient au diable leurs poutres énormes et leurs poids. Les canons éclataient sur les murailles et les murailles croulaient.

Bientôt, les charrues, les herses, les pioches, toutes les mécaniques, tournées jadis contre le sein de la terre dont elles étaient sorties, se couchaient maintenant sur le sol, refusant à jamais plus de servir  homme.

Les haches respecteront  arbre, et la faucille ne mordra plus le blé mûr.

Partout, sur le passage de la Locomotive vivante, l’âme du Bronze se réveillait enfin.

Les hommes fuyaient éperdus.

Bientôt tout ce territoire, surchargé de débris humains, ne fut plus qu’une plaine de gravats tordus et calcinés. Ninive avait pris la place de Paris.

La Machine, toujours infatigablement haletante, tourna brusquement sa course vers le nord. Sur son passage, à son cri strident, tout se détruisait soudainement comme si un souffle maudit, un cyclone de dévastation, un volcan effroyable, se fussent agités là.

Quand, de loin, les Vaisseaux empanachés de fumée entendirent le formidable signal, ils s’éventrèrent et disparurent dans P abîme.

La révolte se terminait en un gigantesque suicide de P Acier.

La Machine fantastique, époumonée maintenant, boitant des roues et produisant un horrible bruit de ferraille avec tous ses membres disjoints et son tuyau démoli, la Machine-Squelette, à laquelle se cramponnait instinctivement, terrifiés et anéantis, le rude ouvrier et le savant mièvre, la Machine, héroïquement folle, râlant un dernier sifflement de joie atroce, se cabra devant l’écume de l’Océan, et, dans un suprême effort, s’y plongea tout entière.

La terre, tout au loin, était couverte de ruines. Plus de digues ni de maisons ; les villes, chefs-d’oeuvre de la Mécanique, s’étaient aplaties en décombres. Plus rien ! Tout ce que la Machine avait élevé depuis des siècles était à jamais détruit : le Fer, l’Acier, le Cuivre, le Bois, et la Pierre, ayant conquis une volonté rebelle à l’Homme, s’étaient soustraits à sa main.

Les Animaux n’ayant plus ni frein, ni collier, ni chaîne, ni joug, ni cage, avaient repris le libre espace dont ils étaient depuis longtemps exilés ; les farouches Brutes, aux larges gueules et aux pattes armées de griffes, récupéraient du coup la royauté terrestre. Plus de fusils, plus de flèches à redouter, plus de frondes. L’Homme redevenait le faible d’entre les faibles.

Ah ! Il n’y avait certes plus alors de castes : ni savants, ni bourgeois, ni ouvriers, ni artistes, mais tous parias de la Nature, levant vers le ciel muet des yeux désespérés, pensant encore vaguement, quand P horrible Crainte et la Peur hideuse leur laissaient un instant de répit, et parfois, le soir, parlant du temps des Machines où ils étaient Rois…. Temps défunt ! Ils possédaient donc l’Egalité définitive dans l’anéantissement de tout.

Vivant de racines, d’herbes et d’avoines folles, ils fuyaient devant le troupeau immense des Fauves, qui, enfin, pouvaient à loisir manger de l’entrecôte ou du gigot humains.

Quelques hardis hercules essayèrent d’arracher des arbustes pour s’en faire des armes. Mais le Bâton lui même, se considérant comme Machine, se refusa à la main des audacieux.

Et l’homme, ancien monarque, regretta amèrement les Machines qui Pavaient fait dieu sur terre ; et il disparut à jamais devant les éléphants, les noctambules lions, les aurochs biscornus et les ours immenses.

Tel fut le récit que me fit l’autre soir un philosophe darwinien, partisan de l’aristocratie intellectuelle et de la hiérarchie. C’est un fou, peut-être un voyant !

Ce voyant ou ce fou doit avoir raison : ne faut-il pas une fin à tout, même à une nouvelle fantaisie.

Emile Goudeau

 



19/03/2012
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