Alain YVER

Alain YVER

EMIR KUSTURICA

EMIR KUSTURICA





http://www.kustu.com/w2/fr:start

https://www.facebook.com/KustaEmir

https://www.facebook.com/pages/Emir-Kusturica/6909001660


https://myspace.com/emirkusturicathenosmokingorchestra

https://myspace.com/anakronicelectroorkestra

http://www.lactualite.com/actualites/monde/kustendorf-mon-petit-village-en-serbie/




Interview d'Emir Kusturica par Anthony Kaufman pour le site internet américain indieWire, le 9 septembre 1999.


”Quand on fait des films comme les miens, il faut investir tout ce qui est en soi”, nous dit le célèbre réalisateur yougoslave Emir Kusturica. ”Et il faut le faire comme un fou.” Si vous faites partie des chanceux qui ont vu son dernier film, Underground, palme d'Or à Cannes, vous saurez ce qu'il veut dire : 50 ans d'histoire de la Yougoslavie emballé dans 3 heures où éclatent chansons, danses, boisson et carnage. Le talent de Kusturica pour les histoires excitantes at fait de cet auteur Bosniaque un des réalisateurs les plus primés au monde. (Il est l'un des trois réalisateurs à avoir gagné deux fois la plus haute distinction de Cannes). Le dernier film de Kusturica est son film le plus fou, le plus coloré et le plus apolitique jusqu'ici, Chat Noir, Chat Blanc, une histoire de pommés, de familles rivales gitanes, plein de musique, de mariages, de vie et de mort. Après la sortie retardée plusieus fois du film aux Etats-Unis (très probablement en raison des problèmes actuels des Balkans), Chat Noir, Chat Blanc sort finalement ce vendredi. Kusturica a pris un peu de temps avec indieWIRE pour une entrevue détaillée pendant sa visite au festival du film de New York l'année dernière, pour parler de sa dévotion totale et folle au cinéma, sa mise en scène sofistiquée, de l'importance de l'endroit et du kitsch.
    •    indieWIRE : Comment vous impliquez-vous dans la production et le business de vos films ?
    ◦    Emir Kusturica : La raison pour laquelle je suis encore vivant, c'est probablement parce que je ne l'ai jamais fait. En y réfléchissant, pourquoi tout ces films gagnent des prix et sont diffusés partout ? Je pense que c'est parce que je ne pensais jamais à la production, ce qui aurait signifié certaines limites, comme penser au financement ou à d'autres problèmes. Et alors j'aurais perdu le combat pour la qualité du film. Ainsi je ne serais pas un bon producteur. Je prendrais plutôt quelqu'un d'autre.
    •    Les derniers films que vous avez faits ont été de très grands projets. Chat Noir, Chat Blanc semble une production énorme.
    ◦    EK : Seulement 4,5 millions de dollars. J'ai eu de plus gros budgets pour Arizona Dream et Underground. Celui-ci semble plus riche. Le plus important consistait à trouver un bel endroit avec du magnétisme, et de filmer le jour entre 11h et 15h, l'après-midi, quand le soleil est là. C'est probablement le “truc” que nous avons trouvé. Et puis ensuite tout que vous mettez dans le cadre aura l'air beaucoup plus riche et plus grand qu'il n'est réellement, ce qui est la nature du film.
    •    Beaucoup de scènes font appel à des mouvements très compliqués de la caméra, des rotations, des angles particuliers ?
    ◦    EK : Toujours, en effet. Je suis juste un chieur ! Je le fais toujours plus que je ne peux le supporter à l'instant donné et je me bats toujours pour cela. En fait, je crois profondément que le fond, le milieu, et le premier plan sont tout aussi importants. La majeure partie de l'industrie contemporaine du cinéma le pense également, mais ils font toujours ces gros plans… Je ne pense pas comme ça. C'est probablement pourquoi mes films ressemblent plus à des documentaires, tout en étant visuellement équilibrés. C'est pour cela vous voyez une telle différence. L'utilisation de grands angles signifie que vous devez vraiment élargir votre horizon et orchestrer beaucoup de choses en même temps. Quand j'étais étudiant que je regardais Leonardo DaVinci et tous ces peintres italiens, néerlandais ou autres, il est incroyable de constater comment chaque morceau de peinture s'adapte au thème principal qu'elles veulent exprimer. Mon combat vient probablement de là, mon combat désespéré pour intégrer les détails dans la scène entière.
    •    Y avait-il parfois pendant Chat Noir, Chat Blanc des moments où vous perdiez ces combats ?
    ◦    EK : C'est incroyable, parce que si vous voulez le faire comme cela, même si cela ne semble pas compliqué, vous devez engager des gitans par tous les moyens possibles. Parfois, vous devez le faire comme Madeleine Albright le fait tout autour du monde. Un jour, je menace les gitans, l'autre jour, j'étais leur meilleur ami. Pour diriger toutes ces choses, il ne faut pas nécessairement être doué, il vaut mieux être courageux, et pour leur faire faire ce que vous désirez - même s'ils n'en ont pas envie. C'est également le genre du cinéma d'auteur qui n'existe plus. Dans mon cas, parce que c'est un terrain hors de la vue des studios, je peux financer et encore trouver l'argent pour faire ces types de films qui ont une élégance d'expression dans ce qui se produit devant l'objectif, et ont en même temps un goût du cinéma différent.
    •    Vous avez du vous battre pour avoir plus d'argent ou plus de temps ?
    ◦    EK : Cette fois, non. Même pour l'Europe, c'est un petit budget. Ils n'ont pas été extrêmement intéressés, et ils m'ont laissé y aller, parce que nous avons filmé longtemps. Quand le film s'est arrêté, nous avons continué. Il y a eu un mois et demi de pluie, pour un film censé être filmé en extérieurs à 75%, nous l'avons donc arrêté et puis repris l'année suivante. Et terminé sans autre interruption.
    •    Parlez nous de l'équilibre entre l'approche documentaire que vous mentionniez, et le côté surrealiste de votre travail ?
    ◦    EK : C'est très difficile de le faire, il s'agit de quelque chose qui réunit des modèles esthétiques différents, comme Jean Renoir, et en même temps, l'endroit où le néorealisme italien avait découvert les mouvements spontanés et une nouvelle façon de jouer. Ainsi, c'est presque impossible, mais dans les films c'est parfois possible, pour garder de la longueur, de l'élégance, et du mouvement qui vous rappelle le passé et en même temps, pour avoir le cadre extrêmement rempli. Cela devient incroyablement difficile. Chaque scène choisie doit se fondre dans cette idée. L'élégance est prédéterminée par les endroits que nous avons trouvés, l'incroyable profondeur les couleurs admirables de ces endroits. Et dans ce fond, vous pouvez mettre et intégrer le mouvement et les acteurs de la manière que vous voulez. La poésie, dans tout ceci, c'est principalement le jeu du kitsch, de ce mouvement incroyable des éléments locaux, les oies, les canards, les chiens, le minimum étant de ne jamais perdre le rythme de la vie - vous voyez ce que je veux dire ?
    •    Chat Noir, Chat Blanc, en particulier, garde son élan tout au long du film. Comment avez-vous réalisé ceci ?
    ◦    EK : C'est surtout grâce à l'environnement. Si l'espace est rempli de signaux, on peut le faire. C'est pourquoi je veux être entouré dans chaque film par les éléments avec lesquels j'aime travailler. Ainsi je pourrais envisager de prendre n'importe lequel de ceux là. Et d'en faire la base du film, vif et fort. Si on me proposait de faire un film dans un château au milieu de la France, je ne saurais pas le faire. On aime tous aller dans un endroit où on se sent à l'aise pour travailler de la meilleure manière. Dans chacun de mes films, si vous regardez les histoires, vous noterez qu'après les 15 premières minutes, le film pourrait tomber en morceaux. Même toutes les dix minutes, vous pouvez perdez le fil. Par contre, si vous réussissez à recoller les morceaux, alors le film semble spontané et ressemble au vrai cinéma.
    •    Les gitans ont-ils un script à eux ?
    ◦    EK : Nous avons fait un script, mais le problème est que ces personnes ne savent pas lire. Ainsi on doit leur donner un baladeur et leur faire apprendre le dialogue par l'écoute. L'avantage de la langue gitane, quoique je ne la comprenne pas très bien, est qu'elle a une mélodie parfaite. Ainsi si vous faites un film à ma façon, la langue est juste une partie de la mélodie. Tout s'orchestre de l'intérieur, et la langue suit la logique de l'action, et ce n'est jamais comme c'était écrit. La langue pour eux n'est pas un moyen de communication bien établi avec lequel échangez des informations nécessaires, non, pour eux, c'est plus un chant.
    •    Et leur musique ?
    ◦    EK : La musique est vraiment incroyable. Elle fonctionne avec un rythme très particulier, mais en même temps, ses mélodies sont très éclectiques. Parfois, vous pouvez détecter des riffs de groupe de rock à l'intérieur. Et la musique qu'ils jouent, c'est la musique qu'ils jouent tous les jours. Tous les jours pendant une vingtaine d'années, ils vivent dans des mariages et des fêtes, à tel point qu'ils ont un ou deux jours de libres pendant la semaine. Et ils se déplacent d'un endroit à l'autre, en écoutant d'autres morceaux, en intégrant d'autres chansons, librement - ils n'ont jamais le sentiment du vol.
    •    Vos relations avec la compagnie française de production CIBY 2000, qui maintenant n'existe plus ? Comment obtenez-vous de financement maintenant ?
    ◦    EK : Il y en a d'autres en France, toutes impatientes de travailler avec moi. J'ai l'idée que je pourrais financer un film sur mon seul nom, je pourrais trouver 5 ou 6 millions de dollars. Ce qui est quelque chose de très intéressant. Que vous pouvez vous établir pour toute votre vie et financer 5-6 millions sans problème. J'ai beaucoup d'acteurs qui sont intéressés par travailler avec moi, et dont le nom pourrait apporter d'autres millions. Mais je suis très bien comme ça. La partie la plus difficile des films ça doit toujours être de les faire. Peut-être, vous pourriez faire succès mondial, mais alors le grand problème : que faire après et comment maintenir l'instinct que j'ai au sujet des films. Quand je ferme mes yeux je vois exactement comment on est censé le regarder. Et je me bats pour ça. Ce n'est pas facile. Avec ce genre montages compliqués, et sans assistant réalisateur… je ne vois personne d'autre qui pourrait le faire.
    •    Y a-t-il des moments où l'image dans votre tête ne correspond pas avec celle que vous filmez ?
    ◦    EK : Ouais, ouais. Tout ce que vous voyez dans le film ne l'est jamais à 100%, il y a de petits détails, mais 85% de ce que vous voyez est produit par ce putain de cerveau. Ainsi, plus je vieillis, plus j'ai d'expérience, et plus je réalise que le film provient de la musicalité. Puisque vous mettez d'abord les choses en boîte et plus tard, vous montez, mais en fait vous montez déjà pendant que vous filmez. Cela dépend de la façon dont votre oreille prévoit là où certaines choses doivent être placées pour que l'ensemble fonctionne. La chose importante pour moi c'est de dépeindre l'émotion d'une manière élégante. C'est le but de chaque plan. Si le film n'est pas émouvant, alors il reste au niveau superficiel.
    •    Pourriez-vous créer vos images avec juste $100.000 et une caméra numérique ?
    ◦    EK : Oui. Je n'en ferais pas un problème. En fait, j'ai acheté une, avec 3 puces. Une numérique, c'est pas mal. En fait, ça pourrait bien se produire. Allez juste un film comme ça. Facile, avec un petit groupe de personnes, et on y va…
    •    Combien de temps à l'avance vous préparez-vous avec votre équipe pour ces plans avec des déplacement compliqués ?
    ◦    EK : Pas très longtemps. Ils sont au courant, mais ils ne préparent pas grand chose - ce qui est le problème avec la politique. Le cinéma est trop démocratique. Ils en savent trop. Ils savent certaines choses, mais les meilleures choses sont celles qui se produisent par réaction à la situation, la nuit avant, le matin même, c'est comme cela que se font les films. Il y a des scènes que nous préparons, mais au plus vous préparez, au mieux elle se déroule, je suis sûre qu'elle va… Par exemple, la scène d'ouverture, je l'ai filmée trois fois. Chaque fois que, géométriquement, tout était très bien, mais à cause de petits détails, la manière dont je suis le bateau, etc., tout cela n'était pas bon. C'était bon, mais ça ne donnait pas l'impression que l'ensemble ait une force et un impact émotif. C'est vraiment un problème, parce que si vous ne l'obtenez pas tout de suite, aucun montage, aucune post-production ne pourrait aider. Puisque vous n'obtenez que ce qu'il y a dans le cadre.
    •    Je suis toujours frappé par la façon que vous avez à rester spontané avec ces installations complexes.
    ◦    EK : La fabrication des films est un travail dangereux. Puisque, en faisant des films, vous êtes toujours celui qui se tient au centre de l'univers. Et si vous êtes assez doué pour voir l'espace, réduit à certains objectifs, vous pouvez maximiser l'idée initiale avant qu'elle ne soit dévaluée par le processus pour l'obtenir à l'écran. Et puis surtout, ce qui est le plus beau dans le cinéma est toujours un jeu. C'est une question de folie. Vous prenez chaque cadre comme un combat pour le destin dans lequel chaque rayon de lumière ou d'obscurité qui vient doit être commandé comme un fou. Et si vous comptez combien de plans comme ceux-là vous avez, et combien d'aspects de la vie et de l'art vous devez réaliser, c'est vraiment fou. C'est de la dévotion. C'est de la dévotion totale.
Anthony Kaufman

http://www.kustu.com/w2/fr:itv_99-09-09_indiewire








Par ana otasevic Publié le 24/08/2012

Au coeur d'une polémique pour son projet architectural en Bosnie serbe, le réalisateur d'Underground sillonne les routes de France et d'Europe à la tête de son groupe de rock balkanique, le No Smoking Orchestra. Rencontre exclusive entre deux concerts.

 En 2011, Emir Kusturica était fait chevalier de la Légion d'honneur lors du Festival de Cannes. Crédits photo : Dr
Ce soir-là, Emir Kusturica était attendu avec son groupe, le No Smoking Orchestra, à Gijón, en Espagne. Le matin, il s'était réveillé aux aurores dans sa maison nichée dans les montagnes serbes. À 11 h, il avait gagné Belgrade, à près de quatre heures de route tortueuse, pour y rencontrer le nouveau président serbe, Tomislav Nikolic. Deux heures plus tard, il voyait un autre président, Milorad Dodik, à Banja Luka (République serbe de Bosnie). Puis direction l'Espagne, en avion, mais avec d'abord une escale à Cannes, la ville où est né au monde du septième art le réalisateur de Papa est en voyage d'affaires, palme d'or du festival en 1985. Kusturica, l'homme pressé. L'homme-orchestre, aussi: cinéaste, acteur, musicien, il est devenu un bâtisseur. Après Drvengrad (Kustendorf), ce village de bois créé à partir du décor de son film La vie est un miracle et où il habite désormais, il vient d'inaugurer à Visegrad, en Bosnie, un lieu baptisé Andricgrad, en hommage à l'écrivain yougoslave d'origine serbe Ivo Andric: un mélange de ville antique et de casbah orientale de l'époque ottomane avec un peu de cette architecture haussmannienne qui l'impressionna tant lors de son premier séjour à Paris.
Un théâtre et une salle de cinéma y ont été construits, à l'ombre du pont sur la rivière Drina, immortalisé dans le roman de l'écrivain, prix Nobel de littérature en 1961 et dont le buste sculpté, renversé au début de la guerre en Bosnie (1992) par un partisan du président musulman Alija Izetbegovic, a retrouvé sa place d'honneur au centre de Visegrad. Avec ce projet, Kusturica veut relancer la culture dans une région dévastée par la guerre et la pauvreté. En France, certains mauvais esprits ont voulu y déceler un symptôme de la renaissance du nationalisme serbe... À ces reproches, il a répondu dans une tribune salée publiée par Le Monde au début du mois, avant de s'envoler pour une nouvelle destination, un nouveau concert, un nouveau tournage, un nouveau projet. Et après nous avoir accordé un long entretien exclusif...
Le Figaro Magazine - Votre nouveau projet architectural, Andricgrad, a suscité il y a quelques jours une polémique en France. Pouvez-vous nous en repréciser le but?
Emir Kusturica - Dans notre pays, tout a été détruit par le temps et les guerres. Si vous allez dans le sud de la France, vous trouvez des villes datant du XIIIe siècle. Chez nous, il ne reste que quelques ruines de la brillante civilisation serbe du Moyen Âge. Avec Andricgrad,je veux simplement créer un lien avec les temps anciens. Reconstruire une ville comme si elle avait toujours été là. Rien de plus, rien de moins.
Vos projets architecturaux, vos films et votre musique reflètent la diversité des cultures qui vous ont influencé tout au long de votre vie. C'est un mélange des cultures de l'Occident et de l'Orient...
Ce mélange unique est propre aux Balkans. Rares sont les endroits au monde comme la Serbie ou la Bosnie où l'on se trouve à un tel carrefour des civilisations et où les cultures de l'Est et de l'Ouest affectent autant la vie des gens. Au cours des siècles, nous avons développé une identité, mais il est diablement difficile de définir ses contours précis. Ce que je peux dire, c'est que ce mélange singulier a nourri mon inspiration cinématographique et rendu mes films beaucoup plus vivants, plus dynamiques, je pense. A l'image des gens qui vivent là. Si la région était une scène de théâtre, ses habitants seraient des Marx Brothers jouant du Shakespeare.
Vous avez créé votre propre mythologie des Balkans, avec ses personnages «plus grands que la vie», ses Gitans, sa musique, ses mariages et ses enterrements. Sont-ils indispensables à votre processus créatif?
Tout ce que vous évoquez sont des éléments de la vie et ils forment le point de départ de tout ce que je fais. Dernièrement, je lisais Le Pont sur la Drina, le roman le plus célèbre d'Ivo Andric. Lui-même écrivait en utilisant un maximum d'éléments provenant de la vie réelle. L'hôtel décrit dans le livre a vraiment existé et la plupart de ses personnages sont des doubles de personnes réelles. Je crois que la création se développe à partir d'une photographie et que la vie est souvent la meilleure photographie qui soit pour inspirer le cinéma, la littérature, l'art.
La vie, dans les Balkans, c'est aussi la guerre...
Oui, la région des Balkans a toujours été l'épicentre des antagonismes entre l'Europe de l'Ouest et l'Europe de l'Est et, à ce titre, pour son malheur, le cadre de nombreuses guerres qui ont fait de nous une nation tragique. Comme Andric le dit, chez nous, la guerre ne résout jamais les problèmes qui la déclenchent, mais provoque de nouvelles questions qui conduiront à la prochaine guerre.
Votre manière de résister à la guerre dans les années 90 fut le tournage du film Underground, qui a rencontré un grand succès. Pourquoi les spectateurs se sont-ils sentis liés à cette histoire?
Le moteur principal d'Underground est l'enfermement d'êtres humains dans une cave et l'utilisation de la désinformation pour les inciter à croire que la guerre n'est pas terminée. Cette situation n'est pas si éloignée de la réalité. Le monde est dirigé par l'économie de la guerre dont le rôle est d'inventer de nouvelles guerres. Dans le même temps, il y a des organisations humanitaires qui parlent d'humanité, mais elles reçoivent de l'argent des puissances qui financent les guerres! Les mêmes qui donnent des leçons de comportement humaniste sont à l'origine des guerres et présentent les destructions et les bombardements comme des actions protectrices de la civilisation... La guerre, je le répète, est un des principaux moteurs de l'économie mondiale. L'ex-Yougoslavie était un très important producteur d'armes car on l'avait autorisée, dans les années 50-60, à fabriquer et vendre des armes aux parties en guerre appartenant au bloc des pays non alignés - en Afrique et en Asie, notamment. Après la chute du communisme, elle était un pays susceptible de vendre des munitions et des armes très sophistiquées à l'Irak et à l'Iran pour alimenter la guerre. Elle devenait gênante, il fallait la détruire. Le prétexte fut Milosevic, mais la vraie raison était sa puissance militaire et diplomatique.
 Avec le joyeux band du No Smoking Orchestra, il a signé les BO de Chat noir, chat blanc et de La Vie est un miracle.
Après Underground, vous avez rejoint le groupe de rock balkanique No Smoking Orchestra. Pourquoi vous êtes-vous lancé dans la musique?
La musique du No Smoking Orchestra est conçue pour guérir les gens, elle les rend plus puissants et plus heureux, la vie leur devient alors plus facile. J'ai ressenti cela moi-même juste après Underground, qui fut un moment trop sérieux pour moi, très sombre. Je me suis demandé: «Quel est le but de l'art aujourd'hui?» L'art peut et doit agir comme une sorte de thérapie collective et la musique le fait encore mieux que le cinéma. Ces deux arts possèdent la même structure. Avec le No Smoking Orchestra, nous utilisons différents modes d'expression artistique et de croisement de genres musicaux, en crossover musical, dans une ambiance dionysiaque. Le but est d'amener les spectateurs à la catharsis, qui est toujours le moyen de communiquer avec le public, depuis l'Antiquité.
Vous dites souvent que Fellini est votre père cinématographique...
C'est vrai qu'il est ma principale influence, mais je suis toujours dans l'iconographie de Tarkovski. Je suis très influencé par le cinéma soviétique à ses débuts, par Dovjenko, Eisenstein et d'autres cinéastes soviétiques. J'ai appris avec eux ma façon d'exprimer et de structurer le langage du cinéma. Le langage est le plus important - vous devez trouver votre propre langage pour communiquer avec les gens. J'ai construit le mien en m'inspirant de la façon dont Fellini a pensé le cinéma et dont les Russes ont utilisé la caméra.
Pourtant, vous vous êtes endormi les trois fois où vous avez vu Amarcord !
Eh oui! En fait, je n'étais pas fait pour devenir réalisateur de cinéma. Tout ce que je fais aujourd'hui ne vient pas de ma famille, j'ai fait mon apprentissage moi-même, seul. Quand je suis allé à la Famu, l'académie de cinéma de Prague, pour faire mes études, ce n'était pas parce que j'étais bon élève, mais parce qu'on ne savait pas quoi faire de moi. Et apparemment, être réalisateur était une solution. Je n'étais pas de ceux qui passaient leur temps à la cinémathèque à regarder des films pour se préparer. J'ai bien profité de la vie. Dans mon deuxième livre, qui sera publié en octobre en Serbie, je raconte justement cette période de ma vie que j'ai passée dans les rues de Sarajevo. A l'époque, je ne rêvais même pas de faire des films.
Comment jugez-vous le cinéma aujourd'hui? Où sont les Buñuel, les Fellini, les Bertolucci?
Le cinéma existera tant que le Festival de Cannes existera. C'est un lieu qui génère de grandes tendances que d'autres imitent, une grande institution qui présente des films qui ont du sens. Mais le marché du film prédomine, et dans ce marché, la quantité va à l'encontre de la qualité. Il y a aussi une évolution dans la façon dont les films sont faits. Vous ne pouvez plus tourner un film avec une caméra ancienne. Ce n'est pas une question de style, mais de rapidité. Aujourd'hui, vous pouvez facilement faire un film, mais le cinéma grand public étouffe la dimension humaine. Il y a de bons films de temps en temps, mais ils sont présentés dans des festivals et souvent ne sortent pas en salles. Le cinéma a également changé. Quatre-vingt-dix pour cent de ce qui marche aujourd'hui est stupide. Le cinéma a pourtant une mission idéologique. Il doit couvrir les sujets existentiels majeurs, politiques, historiques, culturels, et toutes les autres questions que nous nous posons: or dans ces films idiots à succès, même les héros n'existent plus. Et si vous ne mangez pas de hamburgers, si vous n'aimez pas les jeux vidéo ou si vous ne respectez pas Hollywood, vous êtes vite considéré comme un mouton noir, ce qui est très dangereux.
 Kusturica l'éclectique. Toutes les allées serpentant entre les bungalows de son village de Kustendorf portent le nom d'un «artiste» qu'il admire: Fellini,Tarkovski, Djokovic...

Le festival de films et de musique Kustendorf, que vous avez créé et qui se déroule à Drvengrad depuis six ans, célèbre le film d'auteur. Est-ce votre réponse à l'industrie hollywoodienne?
Je ne réponds à personne, je crois seulement au cinéma de qualité. Lors de ce festival, je veux que les jeunes réalisateurs profitent d'une bonne ambiance pour apprendre, projeter leur travail et trouver des idées pour leurs futurs films. Quand un jeune metteur en scène vient au Festival de Cannes, il se sent seul au milieu d'une énorme machine. Il n'y a pas de temps pour parler, se rencontrer ou partager. Avec Kustendorf, je voulais créer un endroit où cela serait possible.
Un endroit «familial», vous voulez dire?
La famille est un lieu mythique. Je crois à la famille et à son avenir bien que la tendance soit différente de nos jours. Et malgré ce que le capitalisme et le post-capitalisme lui font subir...

http://www.lefigaro.fr/musique/2012/08/24/03006-20120824ARTFIG00399-emir-kusturica-le-cinema-est-une-therapie-collective.php







Emir Kusturica soutient le jeune cinéma
Mer, 12/01/2011 Par  Réjane Ereau

La quatrième édition du festival international de cinéma fondé par Emir Kusturica à Küstendorf, au centre de la Serbie, s’est achevée hier. Retour sur événement et interview du réalisateur.
Souvenez-vous : en 2005, Emir Kusturica construit de toutes pièces un village de bois pour les besoins du film La vie est un miracle. Puis décide de le transformer "en une ville comme une autre, cité du passé et du futur". Trois ans plus tard, le réalisateur serbe y lance son propre festival international de cinéma, dans le but de promouvoir les nouveaux talents. "La première édition a débuté par l’enterrement symbolique du blockbuster américain Die Hard 4 ! se souvient Kusturica. En réaction aux gros festivals qui ne sont que marketing, marketing, marketing, j’ai souhaité créer un lieu d’échange entre apprentis cinéastes et auteurs reconnus, pour encourager les étudiants et soutenir les premiers films."

Rencontres avec des réalisateurs confirmés, compétition dédiée aux oeuvres de jeunes professionnels : cette année, le comédien mexicain Gaël Garcia Bernal et les réalisateurs Abbas Kiarostami (Iran) et Nikita Mikhalkov (Russie), entre autres, ont fait le déplacement. En clôture de festival, parmi une sélection de 20 films issus de 13 pays, le jury a récompensé la Russe Sonya Karpunina pour The chance, jugé "original, efficace et plein de vie", ainsi que le Serbe Ognjen Isailovic pour The golden league et la polonaise Julia Kolberger pour Tomorrow I’ll be gone.
Bien décidé à faire de Küstendorf le fief de la jeune création, Kusturica y annonce l’ouverture prochaine d’une Maison des Ecrivains, avec le soutien du Ministère de la Culture serbe, et le lancement à l’automne 2011 d’une Académie des Arts, qui proposera à quelques 25 étudiants un enseignement portant sur la régie, le montage, la dramaturgie, la comédie, ainsi que d’autres domaines importants du film d’auteur.

La parole à Emir Kusturica

Entretien avec le réalisateur serbe, internationalement reconnu pour son originalité artistique et son travail en faveur des Roms.
On qualifie souvent ton œuvre de déjantée. Le terme te va bien ?
Parmi les règles de l’expression artistique, je ne respecte que celles qui me permettent d’entrer en relation avec le public. J’aime établir une sorte de communication dionysiaque, en rupture avec les codes traditionnels. Le monde et la vie sont déjà très lourds, pas besoin que le cinéma ou le théâtre le soient !
Une démarche comprise partout ?
Le monde latin me semble plus perméable aux autres cultures que celui des Anglo-saxons. Arizona Dream, par exemple, a eu beaucoup plus de succès en Europe qu’aux Etats-Unis. Mes derniers films n’ont pas été achetés là-bas… Même si tu fais un énorme carton dans ton pays, tu n’es pas assuré d’avoir un écho aux USA !
Quid de la créativité des pays de l’Est : sous l’emprise d’Hollywood ?
Jusque dans les années 80, tu pouvais y trouver de très beaux films. Aujourd’hui, beaucoup ont été infectés par le côté "rouleau-compresseur capitaliste" américain. Je suis inquiet pour l’avenir : si nos films ne sont plus l’expression de notre culture, on va en perdre la mémoire, ne plus être capable de l’exprimer… Nous devons proposer des choses porteuses de notre identité. C’est aussi une question d’ambiance : en Serbie, par exemple, il n’y a que deux ou trois théâtres ; rien à voir avec Londres ou Paris ! Globalement, la jeunesse n’est pas consciente du problème. Certains résistent, réagissent en faisant des films, mais n’ont pas les moyens de réaliser des œuvres de qualité.
Sortie en 1989, Le temps des gitans (1) reste-t-il emblématique de ton travail ?

Ce film est porteur d’un esprit baroque, qui emprunte aux punks le goût des différences, l'expansivité, l'aptitude à détruire les schémas culturels pour régénérer le genre ! Phénomène étrange : plus je vieillis, plus mon œuvre attire les jeunes. Sûrement parce qu’elle sort des sentiers battus : on ne triche pas, on se donne à fond. L’art non conventionnel est une source inépuisable de jouvence.
Depuis 2007, la version "opéra" du Temps des gitans tourne dans le monde en langue romani…
Si on supprimait les sous-titres, je crois que personne ne se plaindrait ! L’intrigue aborde des sujets graves, comme la lutte pour la survie, l’exploitation des enfants, le mur qui sépare une minorité très riche et une écrasante majorité pauvre, mais il ne tombe pas dans un pathos larmoyant. Les personnages sont des Tsiganes ; leur vision de la vie est plus immédiate, plus libre et plus passionnée que celles des Occidentaux. En dépit d’un quotidien difficile, ils savent rire et s’amuser. Par histoire et par culture, l’existence des gens des Balkans oscille en permanence entre le comique et le dramatique.

http://fr.myeurop.info/2011/01/12/emir-kusturica-soutient-le-jeune-cinema-1055






La propagande onirique d'Emir Kusturica
Alain FINKIELKRAUT 30 octobre 1995
    
Il n'était pas nécessaire, autrefois, d'avoir vu le Don paisible ou le Triomphe de la volonté pour savoir qu'on n'avait pas affaire à des oeuvres respectivement antisoviétique et antinazie.
Les temps changent: Emir Kusturica a eu beau divulguer dans un entretien aux Cahiers du cinéma (1) le parti pris politique de son film, il a eu beau venir à la projection cannoise avec le directeur de la télévision de Belgrade, l'empire de la frivolité compassionnelle est tel aujourd'hui qu'il a bénéficié de l'émotion causée par le massacre de 70 adolescents bosniaques à Tuzla. Le collabo a ainsi empoché la palme du martyr: cette mystification insultante et stupide exigeait d'être dénoncée séance tenante. Ce que j'ai fait.
Maintenant que j'ai pu voir le film, je reconnais que j'ai été injuste avec Emir Kusturica. Certes, dans ce torrentiel cliché balkanique, dans cet hymne braillard et pittoresque à l'exubérance slave, on ne retrouve absolument rien de l'humour subtil qui faisait le charme fou de Papa est en voyage d'affaires, mais Underground a la vertu des oeuvres inaugurales. Ce film crée un genre nouveau: la propagande onirique. Propagande, cette image du Reich éternel, de l'Allemagne aussi arrogante, riche et cruelle aujourd'hui qu'hier; propagande, ces foules croates et slovènes applaudissant à tout rompre l'envahisseur nazi puis, quarante ans plus tard, affichant le même chagrin que Kurt Waldheim à la mort de Tito; propagande, et de plus mauvais aloi, ce Mustapha gominé qui, pendant la dernière guerre, essaie de détourner à son profit l'argent volé par le «truculent bandit serbe» (en un seul mot) pour payer des armes aux partisans; propagande encore, la transformation en combat de nègres dans un tunnel de l'urbicide, du mémoricide et de l'ethnocide entrepris par l'armée yougoslave et poursuivi, quasiment sous nos yeux, par les milices serbes; propagande enfin, cette nostalgie d'une Yougoslavie inspirée pour le meilleur et pour le pire par l'âme serbe et toujours déjà trahie par ses autres composantes.
Quant à l'onirisme, il ne s'avance pas masqué, mais cultivé et bardé de références: ce sont les éléphants felliniens qui errent dans Belgrade bombardée; c'est la mariée chagallienne qui vole au-dessus de la table du repas de noce; ce sont les retrouvailles chaplinesques de l'innocent meurtri avec son chimpanzé dans un souterrain improbable...
Mensonges, démesure et citations: les naïfs en prennent plein la vue et les cyniques relèvent la tête. De peur de passer à côté du chef-d'oeuvre, les premiers confondent le génie avec les insignes du génie, le dionysiaque avec l'apologie de la vie sauvage, le baroque avec la pacotille exotique et la vérité des lieux avec la couleur locale. Se délectant de leur propre impassibilité comme d'une preuve de virilité politique et de maturité intellectuelle, les seconds veulent en finir, par Kusturica interposé, avec ces philosophes monoïdéiques, ces Mazowiecki à la triste figure et ces Sarajeviens mauvais joueurs qui ne se laissent pas convaincre par les arguments de réalisme politique et qui fatiguent tout le monde en répétant, du matin au soir, que la justice ne consiste pas à répartir équitablement la culpabilité entre l'instigateur du nettoyage ethnique et ses victimes. Kusturica et ses champions se flattent d'être politiquement incorrects. Par ce détournement de sens, ils convertissent la boue en or et un chapelet de manipulations grossières en gerbe de paradoxes éblouissants. A ce compte-là, les calembours orduriers de Le Pen sont de courageux défis au conformisme des bien-pensants et le grand auteur transgressif du XXe siècle n'est plus Bataille mais Faurisson.

http://www.liberation.fr/tribune/1995/10/30/la-propagande-onirique-d-emir-kusturica_145707







Emir Kusturica l’homme blessé
PERRIN GILBERT - Publié le 26 octobre 1995 - La Vie n°2617

Lui, qui se dit toujours yougoslave, a choisi la France comme terre d’exil. Désespérément seul face à la logique de l’Histoire, Kusturica a mis "tout son sang" dans un film superbe, Underground, Palme d’or à Cannes. Entretien, du fond d’un souterrain, avec un héritier de Dostoïevski.

Underground
de Emir Kusturica

Hélas, cette histoire n’a pas de fin... nous dit Kusturica après près de trois heures de farce tonitruante. Mais elle a un début, précisément daté : avril 1941, les premiers bombardements nazis sur Belgrade, puis l’occupation allemande, enfin l’installation triomphante du titisme et sa mainmise implacable, étouffante, pendant plusieurs décennies. Et la guerre, la pire qui soit, à nouveau...
"Il était une fois un pays qui n’existait pas"... la Yougoslavie. Une terre maudite "où Dieu m’a placé, assez éloigné de l’Occident et de l’Orient pour que l’oubli enfouisse aisément nos souffrances, nos joies et nos chagrins; une terre d’hérésie, de protestation, d’amour effréné et de haine, où même les moineaux, lorsqu’ils chantent le matin, ne sont pas heureux"... Emir Kusturica, le cinéaste bosniaque, aujourd’hui exilé, de Papa est en voyage d’affaires (Palme d’or à Cannes en 1985), nous en conte, avec Underground (Palme d’or 1995), l’histoire ravagée, de 1941 à nos jours. Trois heures d’apocalypse : Underground est un ouragan cinématographique qui ne laisse aucun moment de répit, un délire sonore et visuel à fond la caisse, baroque et lyrique, dont on sort pantelant, épuisé, bouleversé. Dans cette fresque gigantesque, extravagante et bouffonne sur laquelle plane l’ombre fellinienne, tout est excessif, les rires comme les larmes. Car c’est ainsi, le grand cirque de la guerre, dont Kusturica est l’iconoclaste monsieur Loyal.
La vraie guerre, celle qui "ne commence vraiment que quand un frère agresse son frère", est forcément un spectacle de la démesure, une dinguerie folle furieuse, un drame si absurde qu’il en devient pitoyablement grotesque. Kusturica plonge, sans souci du "politiquement correct" anesthésiant et bien-pensant, dans la mémoire toute chaude et bouillonnante d’une Yougoslavie évanouie. Cinquante ans d’Histoire, brossés sans reluire, dont la métaphore saisissante, truculente et cruelle met en scène la naïveté des exploités – ceux d’en bas, le peuple esclave et soutier – et la crapulerie des exploiteurs – ceux d’en haut, les dictateurs déifiés, Tito en tête – et leurs sbires, voyous et profiteurs. Méfiez-vous, nous dit Kusturica, de tous ces escrocs au pouvoir qui vous font croire que la guerre est éternelle et qui vous maintiennent dans un souterrain (underground) pour mieux vous cacher la vérité.
C’est en quelque sorte un drame antique, une allégorie digne de la caverne de Platon, la prémonition de George Orwell devenue réalité, raconté de manière insensée et carnavalesque par Kusturica, le dernier des Yougoslaves, qui se dit convaincu que cette guerre "n’est pas authentique", mais une immense escroquerie. Et le cinéaste la souligne deux fois plutôt qu’une, à la slave, avec son humour désespéré, son sens vertigineux de la fête païenne et son énergie bucheronne : "Mon film n’explique absolument pas ce qui a déclenché la guerre, souligne le cinéaste, mais il donne le sentiment de tragique et de comique, cette pulsion au suicide collectif, où, chez nous, les jours de deuil se mêlent aux jours de joie, qui sont à la base du drame yougoslave. Les extrémistes ont gagné la guerre, les autres ne survivront pas. Nous sommes tous dans un souterrain, même si nous ne le savons pas."
Kusturica avoue avoir mis "tout son sang" dans ce film, son cinquième, et, même s’il doute que ce soit son meilleur, il est au moins sûr d’une chose : "C’est mon film le plus important, à cause des pertes qu’il implique : en premier lieu, ma naïveté politique. J’ai reçu une leçon : s’en tenir fermement à la logique ne signifie rien, au regard de l’Histoire. L’Histoire a sa propre logique. Pour moi, le fait d’avoir vécu dans un pays et de m’apercevoir qu’il n’existe plus représente une perte irréparable. En plus, ce film est associé à la mort de mon père, à la perte de mon foyer à Sarajevo, et à l’impuissance qu’on ressent. Je n’ai plus de nationalité. Je suis devenu invisible. J’ai été élevé en Yougoslavie, j’ai pleuré en écoutant l’hymne national, j’ai grandi avec la littérature d’Ivo Andric, cet écrivain serbe d’origine croate qui a reçu en 1961 le prix Nobel de littérature, je me suis gorgé de films croates, je suis imprégné de culture fantastique bosniaque. Et, maintenant, je devrais devenir bosniaque... Comment peut-on défendre l’idée d’une Bosnie multiethnique si on détruit l’idée d’une Yougoslavie multiethnique? Pourquoi détruire une version plus large du multiethnisme pour en créer une petite. Où est la logique? La démocratie et la sécession ne vont pas de pair."

LA SEULE SOLUTION POUR MOI, C’EST L’EXIL

Il n’y aura pas – il ne peut pas y avoir – de consensus autour de Underground. Kusturica est un homme trop libre. Donc rejeté, désespérément seul, incapable de mêler sa voix aux intellectuels de tout poil, de France ou d’ailleurs, dont l’humanisme sélectif l’insupporte, "car, dit-il, dans l’histoire de la Yougoslavie, les coupables de massacres changent tout le temps". Certains "anciens nouveaux" philosophes français ont osé, sans même avoir vu son film, traiter Kusturica de "traître" à sa patrie, la Bosnie, d’être honteusement pro-serbe, pro-Milosevic. "De la propagande serbe la plus radoteuse et la plus mensongère", a dit Alain Finkielkraut. Le cinéaste, seul avec sa douleur, ne sait plus s’il faut qu’il s’en indigne: "C’est la destinée de tous ceux qui prennent des positions en dehors des sentiers battus que d’être ainsi injuriés, dit-il. De façon à rendre les événements compréhensibles, on veut toujours rendre les choses plus simples qu’elles ne le sont. Si vous me demandez quelle langue je parle, je pense que je parle toujours le serbo-croate et pourtant, officiellement, cette langue n’existe plus. Je devrais, en principe, parler le bosniaque, la langue du pays où je suis né. Je comprends ce besoin, mais je ne connais pas cette langue. Cela est suffisant pour vous dire pourquoi ma position est controversée.On instrumentalise tellement les gens aujourd’hui que je suis dans une situation de plus en plus difficile. Si je disais que j’appartiens à l’une des nations en guerre, ma vie serait beaucoup plus simple. Mais je crois que j’appartiens profondément à toutes ces nations, et à personne en particulier. La seule solution pour moi, c’est l’exil. Mais, quiconque regarde mon film et dit que c’est de la propagande pro-Milosevic et pro-serbe est très méchant ou malade mental. Ou peut-être certains, vos intellectuels qui ont choisi la Bosnie, où ils pouvaient se promouvoir eux-mêmes et leurs livres, trouvent un intérêt à dire cela... Ils ne comprennent pas cette région excessivement fragile. Mon pays, une nouvelle fois, se dissout. Une nouvelle fois, car le jeu des frontières est tel que toutes les générations derrière moi sont nées dans un pays et mortes dans un autre, sans changer de place. Nous sommes le lieu où meurent tous les empires. La Rome antique, l’Empire ottoman, l’Empire austro-hongrois se sont brisés sur les Balkans. Voilà pourquoi je ne pense pas que quiconque en Occident puisse vraiment comprendre ce qui se passe là-bas. Chez vous, les gens font semblant de comprendre, se rendent à Sarajevo comme on va à un défilé de mode, pleins de bonnes intentions et de discours tout faits. Certains sont même citoyens d’honneur de Sarajevo, et moi qui suis né là-bas, j’y ai tout perdu, et je ne peux plus y mettre les pieds. On me tuerait."
Oui, Emir Kusturica est nostalgique de la Yougoslavie, ce "pays qui n’existe pas", et voilà encore une pierre férocement lancée dans son jardin par tous ses détracteurs. Mais de quelle nostalgie parle-t-on? "On interprète mal tout ce que je dis. Je n’ai pas la nostalgie d’une Yougoslavie en tant qu’entité politique ou territoriale, et jamais je ne me battrai pour cela. Mon film est sans ambiguïté. La Yougoslavie que je montre est celle de Tito, où tout était faux, fictif, bidon. Et les gens sont entrés dans la fiction comme si c’était la réalité. Tito a été un homme qui s’est imposé par l’Histoire et qui a imposé sa vision au peuple à partir de la Seconde Guerre mondiale. La guerre était le meilleur système de lavage de cerveau. Quand j’allais à l’école, tout ce qui s’était passé avant Tito avait totalement disparu. L’histoire de cette nation fictive a commencé avec lui. Fondamentalement, dans les pays communistes, tout ce qui se faisait prenait une voie souterraine. En Yougoslavie, tout était hors la loi, clandestin. Et Tito n’était jamais qu’un chef de gang de trafiquants d’armes, habile d’ailleurs, charmant... rien à voir avec Ceaucescu. Il buvait sec, avait des maîtresses et la meilleure police politique du monde. En plus, il était protégé par l’Occident puisqu’il était anti-stalinien. Il est venu, il est mort, et, comme il n’a jamais mis sur pied aucune institution démocratique, le pays est resté au même niveau qu’en 1945 (1)."
Même Tito mort, le titisme, pour Kusturica, a encore de beaux jours devant lui : "Allez donc à Belgrade, vous verrez la version serbe du titisme. Allez donc à Zagreb, et vous trouverez la version croate du titisme... Non, je n’ai pas la nostalgie de cette Yougoslavie-là, dont le discours politique, comme disait George Orwell, était fait pour que les mensonges semblent vrais. Ce poison nous a conduits au désastre et à la catastrophe. Mais, sur le plan culturel, on n’imagine pas la variété qu’il y avait dans ce si petit pays. On ne verra plus cela, cette circulation des idées sous un même toit. Dire que des idiots m’accusent d’en être nostalgique. Comme si c’était un péché ! Alors que c’est sans doute la dernière émotion humaine, celle qu’on ne peut pas contrôler. Mais, quand on parle d’émotion, aujourd’hui, on vous considère comme un dinosaure. Je ne suis pas contre les indépendances mais je constate que cela n’a généré que des nationalismes étroits..." Trop étroits pour Kusturica, citoyen du monde, "incapable de m’adapter, dit-il, à cette nouvelle étape de l’histoire de mon pays". Kusturica, désormais réfugié à Pacy- sur-Eure, en Normandie, avec femme et enfants, et surtout, surtout, sans... télévision : "Celui qui contrôle la télévision a le pouvoir, constate-t-il. La seule chance qui reste, c’est qu’il n’implique pas un pouvoir vertical. Le signal télévisé ne pénètre pas profondément. Si on parvient à un accord, si la guerre en Bosnie s’arrêtait aujourd’hui, dans six mois, elle serait oubliée. Qui se souvient encore de Beyrouth? La télévision est une mythologie instantanée."

(1) A lire absolument, "Il était une fois... Underground", par Emir Kusturica et Serge Grunberg (avec une iconographie très riche), auquel nous avons emprunté quelques brefs extraits pour nourrir l’entretien trop rapide que nous avons eu avec le cinéaste. (Editions des Cahiers du cinéma, 149 F.)

http://www.lavie.fr/archives/1995/10/26/emir-kusturica-l-homme-blesse,1890603.php







Emi Kusturica
fait ses études de cinéma à la F.A.M.U, l'académie du cinéma de Prague, où il réalise deux courts métrages Une partie de la vérité et Automne. En 1978, il obtient le premier prix au festival du film étudiant de Karlovy-Vary et rentre à Sarajevo où il décroche un contrat à la télévision, où ses téléfilms suscitent le plus souvent la controverse. 
 
En 1981, il réalise son premier film, Te souviens-tu de Dolly Bell ?, qui raconte l'histoire d'une famille serbe et d'un groupe de gamins qui grandit dans le Sarajevo des années 60 et qui sera salué par la critique du monde entier. Récompensé par le prix de la critique du Festival du Film International de Sao Paulo et par un Lion d'or de la première oeuvre à la Mostra de Venise, Emir Kusturica renouvelle ce coup d'éclat avec Papa est en voyage d'affaires qui lui permet de remporter la Palme d'Or au Festival de Cannes en 1985. 
 
Avec ces deux réussites, il s'impose comme le meilleur représentant du Groupe de Prague et confirme ses talents de conteur et styliste dans Le Temps des Gitans, une manière de poème baroque où les aspects les plus cruels de la vie côtoient un lyrisme quasi surréaliste et qui lui permet de remporter le prix de la mise en scène à Cannes. 
 
En 1993, il tourne aux Etats-Unis Arizona Dream, avec Johnny Depp, Jerry Lewis et Faye Dunaway et remporte deux ans plus tard une deuxième Palme d'Or à Cannes pour Underground, fresque tumultueuse sur l'histoire de l'ex-Yougoslavie à travers une amitié trahie. 
 
Après s'être essayé avec succès au registre plus léger de la farce débridée pour Chat noir, chat blanc, en 1998, et avoir filmé les coulisses de concerts réalisés avec son groupe, le No Smocking Orchestra, et annoncé son retrait du cinéma, Kusturica a finalement repris la caméra pour tourner La Vie est un miracle qui sort en 2004. 
 
Acteur occasionnel, Kusturica, qui était déjà apparu aux côtés de Daniel Auteuil et Juliette Binoche dans La Veuve de Saint-Pierre de Patrice Leconte donne par ailleurs la réplique à Nick Nolte et Tchéky Karyo dans L' Homme de la Riviera, remake du fameux Bob le flambeur de Jean-Pierre Melville réalisé par Neil Jordan et qui sort sur les écrans en 2003.

Source : http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=2103.html 
 


En ce qui concerne le film : 

Fiche complète


Bosnie, 1992. Luka, ingénieur serbe venu de Belgrade avec sa femme, Jadranka, chanteuse d'opéra, et leur fils, Milos, s'est installé dans un village au milieu de nulle part afin d'y construire la ligne de chemin de fer qui transformera la région en haut lieu touristique. Tout à son projet, aveuglé par son optimisme naturel, il reste sourd aux rumeurs de guerre de plus en plus persistantes. 
Sa vie bascule quand le conflit éclate. Jadranka a disparu au bras d'un musicien tandis que Milos est appelé sous les drapeaux. 
Toujours optimiste, il attend le retour de sa femme et de son fils, mais Jadranka ne revient pas, Milos est fait prisonnier et les militaires serbes confient à Luka la garde de Sabaha, une otage musulmane. Très rapidement, il tombe amoureux de la jeune femme, destinée à être échangée contre son fils. 
 
Entretien Avec Emir Kusturica 
LA VIE EST UN MIRACLE est une histoire d’amants maudits. Peut-on considérer Luka et Sabaha comme des Roméo et Juliette des temps modernes ? 
 
D'une certaine façon, oui. Peter Handke m’a dit après avoir vu UNDERGROUND que, selon lui, j’avais tenté l'impossible : réunir les Marx Brothers et Shakespeare. Il a trouvé LA VIE EST UN MIRACLE plus shakespearien. Luka est confronté à un certain nombre de dilemmes shakespeariens. Il a chez lui une otage, Sabaha, dont il tombe amoureux, lui qui n’aurait jamais conçu, même en rêve, de séquestrer quelqu'un. Quoi qu'il en soit, elle devient son otage. Le dilemme se pose quand il doit l'échanger contre son fils. Que faire ? Il est amoureux d'elle, mais il aime aussi son fils. Ce qui s'est passé pendant la guerre est, à mon sens, tout à fait shakespearien ; j'ai essayé de le dépeindre sous un angle personnel, en y glissant des tas d’aspects ironiques de la vie. 
 
Donc, les Balkans sont une scène, et les hommes et femmes en sont es acteurs ? 
 
Absolument. Situer un drame shakespearien dans le contexte balkanique, ce n'est pas comme le situer dans le contexte danois ou anglais. Cela implique forcément une petite note païenne. Dans les premières moutures du script, par exemple, Jadranka n'était pas chanteuse d'opéra, mais j'ai apporté quelques modifications pour créer ces situations excentriques où les gens ont l'occasion de perdre la tête et de basculer dans un univers différent. D’ailleurs, historiquement, c’est la vérité. Les Balkans regorgent de gens talentueux pris individuellement, mais qui cessent de l’être dès qu'ils commencent à s'intégrer dans une société. 

Vous identifiez-vous à Luka ? 
 
Beaucoup. Ce que j'aime chez lui, c'est qu'il ne plonge pas à corps perdu dans l'amour. Il est très vieux jeu. Il se retient de se lier à cette femme parce qu'il veut retrouver son fils. C'est un homme très entier ; je le suis moi-même. Quand je le vois s'approcher de Sabaha pas à pas, je m’imagine parfaitement à sa place. J’aurais procédé de la même manière. 
 
Luka refuse de croire à l’imminence de la guerre 
 
C'est ce qui m'est arrivé. La guerre a éclaté alors que j'étais à Paris. Les quarante premiers jours, je n'y ai pas cru... Mon cerveau fonctionnait peut-être au ralenti, comme les vieilles caméras : quand on bouge, l'image met du temps à disparaître. Je n'arrivais pas à croire que c'était la guerre. Toute une génération de Yougoslaves n'avaient tout simplement pas conscience que cette chose invraisemblable allait leur tomber dessus. Luka leur ressemble beaucoup. 
 
Diriez-vous que c’est un film optimiste ? 
 
Je dirais que c'est un film tristement optimiste parce que Luka s’ouvre à la perspective de l'amour. Aujourd'hui, tout le reste fout le camp. Sans sombrer dans le pessimisme, on doit rester réaliste face à tout ce qu'on voit. Le siècle dernier a été marqué par les conflits ; pourtant, j’ai l’impression qu’il y avait plus d'espoir que maintenant. C'est comme si la mort était devenue un phénomène ordinaire et quotidien. Dans notre monde dépourvu d'utopie, nous devons nous construire notre propre utopie, parce que chaque esprit sauvé, chaque âme sauvée, nous apporte quelque chose. 
 
Vouliez-vous démontrer quelque chose sur la guerre ? 
 
Oui, mais je l’ai fait en partant de l’antithèse. J'ai essayé de m'éloigner au maximum de l'idée qu'il faut désigner la nation qui a raison, la nation qui a tort, l’agresseur et l’agressé. C'est idiot parce que ça ne résout pas le problème, ça le fige. Et, le jour venu, tout le monde retourne à ce qu'il était avant que le problème ne se fige. 
Cette histoire se déroule pendant la guerre et, à mon avis, c’est ce qui lui donne toute sa dimension idéologique, parce que cette guerre était extrêmement sale. Rien à voir avec ce que vous avez vu à la télévision, dont le traitement superficiel et manipulateur décrédibilise tout. J'ai essayé d’approfondir les réactions humaines. 
 
 
 
 
 
Notes De Slavko Stimac (luka) 
LA VIE EST UN MIRACLE 
"Ce film est un mélange de plusieurs genres. Je le perçois comme un drame familial poétique autour de l'amour - l’amour d'une femme, l'amour de la famille - avec, en toile de fond, la guerre et la destruction. On voit comment les destins des petites gens sont affectés. C'est ça, la guerre. On n'a montré ni combats ni armées. On a juste cherché à décrire la guerre du point de vue des gens, et d'une famille en particulier." 
 
Luka 
"Luka est un rêveur, un mec gentil. Il ne se sent pas très concerné par tout ce qui se passe autour de lui, par les événements politiques. Son attention est focalisée sur son fils, puis sur le projet ferroviaire et, bien sûr, sur sa femme. Autrement dit, sur sa famille." 
 
La guerre 
"Je crois que le film montre juste comment un destin peut être réécrit par un drame ou des circonstances. On voit les personnages comme des individus qui, malheureusement, n'ont presque aucune prise sur la situation. L'accent est mis sur l'amour, la noblesse des sentiments, la dignité." 
 
Emir Kusturica 
"Je connais Emir depuis très longtemps. C'est mon troisième film avec lui. Je sais comment il pense et comment il travaille. On s'entend très bien. Je doute qu'il ait écrit le rôle pour moi ; il a juste pensé que je convenais à ce genre de rôle. J'ai lu au moins deux ou trois versions du script, puis on s'est rencontrés, bien avant le début du tournage, pour discuter. Mais c'est surtout sur le plateau qu'on a discuté. On n'a pas organisé de lectures ou quoi que ce soit. Emir ne fait pas ces choses-là. Chaque jour, avant de commencer, on reprend les dialogues et les scènes, et on en parle. Il aime parler. Il puise son inspiration dans tout ce qui l'entoure. 
Il lui arrive de faire des modifications pendant qu'on travaille sur une scène. Sur le plateau, on voit les choses différemment que sur le papier." 
 
La scène sous la cascade avec Sabaha 
"C'était vraiment quelque chose ! On l'a tournée dans les montagnes, vers la mi-octobre. On avait des bacs d'eau chaude pour tiédir l'eau, mais le chaud affluait vers le milieu de la cascade, où se trouvait Sabaha. En fait, cette scène m'a rappelé un film de Sam Peckinpah dans lequel j'ai joué, enfant. On avait tourné en Angleterre. J'étais dans une scène avec James Coburn qui faisait un rêve où il entrait en courant dans un lac. Si je me souviens bien, on a tourné ça en novembre. Il a fallu trois prises. Trois fois, il a plongé dans l'eau. En novembre, en Angleterre. 
Alors j'y ai repensé et je me suis dit : "Allons ! James devait avoir cinquante-cinq ans et il y est bien arrivé, alors où est le problème ? Je vais y arriver, moi aussi." Mais je dois vous dire qu’il faisait un froid de canard quand on a tourné cette scène !" 



Fiche Artistique 
Luka :

Slavko Stimac 
Sabaha : Natasa Solak 
Jadranka : Vesna Trivalic 
Milos : Vuk Kostic 
Veljo : Aleksandar Bercek 
Capitaine Aleksic : Stribor Kusturica 
Filipovic : Nikola Kojo 
Nada : Mirjana Karanovic 
Tomo : Davor Janjic.

http://forum.hardware.fr/hfr/Discussions/Cinema/nouveaute-emir-kusturica-sujet_28340_1.htm








LE TEMPS DES GITANS
  de Émir KUSTURICA                 

Perhan, fils batard d’un soldat slovène et d’une tzigane, vit avec sa grand-mère maternelle et bien d’autres compagnons farfelus dans la banlieue de Skopje. Il aimerait épouser Azra, mais la mère de son amour d’enfance refuse. Il rêve de fortune et avec la rencontre du riche Ahmed Dzida ; Perhan va pouvoir dealer avec lui et envoyer sa sœur Danira, à l’hopital. Il ne peut pas rester auprès de sa sœur et décide de suivre Ahmed avec les enfants que ce dernier a acheté. Bientôt l’enfant perdra son innocence…
 
POINT DE VUE

"Le Temps des gitans est une histoire pleine de bruit et de fureur, racontée par un idiot, et qui ne signifie rien" pourrait-on dire en pastichant la célèbre phrase de Shakespeare. Et c'est un autre idiot, un gitan évadé de l'asile qui ouvre ce film par ces mots lucides et poétiques: "Mon âme est libre comme un oiseau. Mon âme plane ou redescend. Mon âme pleure, ou rit et chante". Emir Kusturica a 34 ans quand il réalise son 3ème long métrage et déjà il chausse les bottes du grand dramaturge anglais pour raconter son histoire. Le temps des gitans est effectivement une tragédie toute shakespearienne, celle de l'ascension d'un jeune gitan né dans la boue, de sa réussite mafieuse et de sa fin tragique.

Dans Le temps des gitans, tout n'est qu'élévation et irrémédiable chute. Ca commence par une simple cuillère que le jeune Perhan, doué de télépathie, soulève de la table et fait danser le long du mur. Ca se poursuit par le rêve du jeune homme au cours duquel il survole la cérémonie de la nuit de la Saint-Georges. Puis, c'est la maison qui est littéralement arrachée du sol et levée dans les airs par le camion que conduit l'oncle Mezran devenu fou par désespoir; plus tard, c'est Azra, enceinte de Perhan, sur le point d'accoucher, qui, le ventre rond, entre en lévitation avant de périr de son accouchement; et lorsque Perhan perdra à son tour la vie, ce sera dans un saut dans le vide, avec cet espoir inconscient de voir des ailes lui pousser dans le dos. L'univers de ces gitans est d'une telle violence et d'une telle âpreté, que leur mode de vie pétri de musique, de magie et d'incantations spirituelles est la seule échappatoire à l'angoisse. Une recherche de légèreté, une évasion du sol permanente et vitale. Le temps des gitans est une sorte de conte initiatique du passage à l'âge adulte. Comment grandir sans renier ses valeurs, sans vendre son âme au diable ? Perhan faillira à la saine morale que lui avait enseigné sa grand-mère: ne jamais succomber à la tentation de l'argent facile, argent sale. Cause de tous les malheurs, rendant fou l'oncle Mezran endetté aux jeux jusqu'à la chaussette, l'argent salement gagné mènera aussi Perhan à sa perte.

Dans un premier élan, Kusturica avait envisagé le documentaire. L'embryon de ce film faisait la colonne d'un fait divers concernant le trafic d'enfants en Yougoslavie: un jeune gitan faisait passer la frontière à de jeunes enfants, pour les exploiter à l’Occident. Très vite, Kusturica se tourne vers une mise en fiction totalement onirique de ce récit mais en conservant la dimension réaliste et documenté du peuple gitan. Parmi les comédiens, il n'y en a qu'un qui soit professionnel: Bora Todorovic qui joue Ahmed, le parrain des trafiquants; le merveilleux Davor Dujmovic qui interprète Perhan a été découvert dans la rue par Kusturica; quant au reste du casting, il est essentiellement constitué de véritables gitans (l'oncle, la grand-mère, le voisin). Kusturica a toujours été très proche du peuple gitan et il a su les intégrer à sa réalisation afin qu'ils apportent cette touche primordiale de réalisme qui donne toute sa force au film. Il a souvent été dit que Le temps des gitans s'inscrirait dans la mouvance d'un "réalisme magique" ou d'un cinéma "néo-baroque", tout fellinien ou chagallien, Kusturica fait prendre à son oeuvre un virage à 90°, se permettant des séquences délirantes, d'un beau lyrisme que certains trouveront pompier et filmant avec une impressionnante énergie et une virtuosité de caméra spectaculaire.

Mais comment pouvait-il filmer autrement la démesure et la folie mystique du peuple gitan ? La caméra de Kusturica est comme l'âme du film, "libre comme un oiseau" disait l'idiot, sans limites, elle épouse l'esprit libertaire de la communauté tzigane. Rien d'étonnant à ce que le cinéaste serbe ait récemment décidé d'adapter son oeuvre en opéra-punk pour l'Opéra Bastille de Paris(1). Au-delà de la structure shakespearienne que nous avons précédemment relevé, Le temps des gitans est proche du théâtre dans son extravagance et son humanité disproportionnée. Leurs sentiments sont vécus avec violence, avec emphase et pourraient aisément être vus du fond d'une salle de théâtre. Et la musique – évidemment – la clef de voûte de tout le film. Matière première, vitale au même titre que les éléments, omniprésents dans le récit - l'air, l'eau, le feu, la terre – la musique est le 5ème élément du Temps des Gitans, indissociable du peuple tzigane. Le compositeur Goran Bregovic a définitivement marqué le film de son empreinte comme Ennio Morricone avait pu le faire avec les films de Sergio Leone. La musique indivisible de l'image. On sait que Bregovic s'est très copieusement inspiré du répertoire des thèmes traditionnels de la musique tzigane du sud de la Yougoslavie et de la musique orthodoxe mais il a su apporter à ces airs folkloriques une aura romantique et sombre.

J'ai récemment croisé une réflexion de Marguerite Duras à propos du cinéma, elle avait écrit ceci: "Le cinéma arrête le texte, frappe de mort sa descendance : l'imaginaire. C'est là sa vertu même : de fermer. D'arrêter l'imaginaire". Par ces mots, cette écrivaine (qui s'est également aventurée dans le cinéma en nous livrant des films d'une grande austérité), donne aussi les limites d'un cinéma comme celui de Kusturica. Le temps des gitans ne pêche-t-il pas finalement par trop de figuration de l'imaginaire ? Il paraît tout à fait exact que le cinéma et l'imaginaire sont antinomiques et cet autre théoricien qu'était Deleuze nous avait prévenu: " Méfiez-vous des rêves des autres, si vous êtes pris dans le rêve d’un autre, vous êtes foutu ! ". Toute la difficulté de la mise en image des rêves – besoin irrépressible et fantasme absolu de nombreux cinéastes - est de ne pas kidnapper l'imaginaire du spectateur en lui imposant ses propres fantasmes. Peut-être nous situons-nous ici face à la ligne qui distingue le cinéma d'un Kusturica et celui d'un Fellini ? Par une construction plus complexe, des ruptures dans l'espace et le temps, Fellini permet au spectateur de s'approprier le film et de le reconstruire selon son propre imaginaire. Kusturica reste à la hauteur du conte sans jamais prendre le risque de nous y perdre.

Laurent Devanne

http://www.arkepix.com/kinok/DVD/KUSTURICA_Emir/dvd_tempsdesgitans.html








Un patronyme qui est déjà à lui tout seul un appel au mystère et qui appelle l’ailleurs. Intriguant. Et quand on voit le bonhomme, ça ne s’arrange pas : barbe, regard rêveur, cheveux longs en bataille. Mais qui est donc Emir Kusturica ? L’homme est secret, on ne sait quasiment rien de son enfance, de son adolescence, de sa vie en général. Né en 1954 à Sarajevo, il fait quelques études de cinéma à la F.A.M.U. l’école de cinéma de Prague (comme Milos Forman) où il réalise trois courts métrages remarqués : Une partie de la vérité, Automne, et le dernier Guernica, qui remporte alors le prix étudiant Karlovy Vary. Kusturica rentre à Sarajevo en 1978 et obtient un contrat avec la télévision, mais déjà son non conformisme s’accommode assez mal avec le régime de la Yougoslavie de l’époque, celle du général Tito. Il réalise en 1979 un téléfilm : Les jeunes mariées arrivent, qui traite de l’inceste. Scandale et controverse aboutiront à son interdiction. L’année suivante il réalise son premier long métrage, Te souviens tu de Dolly Bell ?, récompensé entre autres par le Lion d’Or de la meilleure première œuvre à la Mostra de Venise. C’est le début d’une longue série.. Il réalise son deuxième film en 1985 Papa est en voyage d’affaires qui exprime le point de vue d’un enfant sur la Yougoslavie de l’époque, en pleine mutation. Un regard angoissé pour un film ambitieux et parfaitement maîtrisé, métaphore intelligente de la situation politique d’un pays à travers celle d’une famille. Kusturica dira alors : « Je ne croyais pas une seconde obtenir la palme d’Or à Cannes […] On aura même pas le prix de la mise en scène. » Retour à Cannes en 1988 avec Le temps des gitans. Histoire d’un gitan (Perhan) élevé par sa grand-mère dans un bidonville de Sarajevo. Il rêve d’épouser Azra et se met en tête de gagner beaucoup d’argent. Il suit alors Ahmed, un parrain, et vit dans un monde sans scrupules. Perhan va devoir se plier aux règles du milieu et découvrir alors que le rêve européen reste inaccessible aux gitans. Film important parce que c’est à partir de celui-ci que Kusturica a trouvé son style, de donner la priorité au visuel sur le narratif. Des plans construits comme des tableaux (se rapprochant à ce niveau d’un Visconti). Emir, c’est un cinéma hors normes ; un mélange de dérision et de tragédie, de surréalisme et de poésie. Un univers singulier fait de fulgurances lyriques et racontant la plupart du temps des histoires insensées. Fulgurances lyriques comme justement dans Le temps des gitans : composition particulière du cadre, mouvement de caméra, utilisation de la lumière et de la musique. Tout cela contribuant à faire des images de Kusturica de vraies scènes de rêve, un rêve qui côtoierait sans cesse la réalité. C’est sur ce film que s’opère la rencontre avec son compositeur fétiche, Goran Brégovic. Musique de fête, venue des contrées balkaniques, elle est quasiment toujours jouée par les personnages ; Kusturica l’intégrant complètement à sa réalisation. Perhan est par exemple accordéoniste. Le yougoslave sait aussi parfaitement investir un univers, et nous montre ses personnages tels qu’en eux-mêmes et laisse l’appréciation aux spectateurs. Il aime ses personnages et nous les fait aimer et la description qu’il nous donne à voir de la communauté gitane nous ébranle dans les fausses certitudes que nous avions sur elle.

Son troisième long métrage arrive en 1993 : Arizona Dream. On se souvient tous de l’image de ce poisson exotique évoluant au milieu du désert de l’Arizona. Emir Kusturica déclarera à ce propos : « Cette image du poisson nageant dans une architecture déserte, n’est ce pas finalement l’image de ce que nous sommes ? […] »

Le temps des gitans avait été coproduit par la Columbia qui propose à Kusturica de venir à New York enseigner à la Columbia University. Parmi ses élèves se trouve David Atkins qui lui soumet le scénario de « American Dreamers » qui deviendra Arizona Dream, (1993) après de nombreuses réécritures d’Emir lui-même. Le film raconte l’histoire d’Axel (Johnny Depp),qui compte les poissons au ministère de la pêche. Rentrant dans son Arizona natal à l’occasion du mariage de son oncle Léo (Jerry Lewis) et deviendra son successeur comme vendeur de Cadillacs. Axel va alors rencontrer une maniaco-dépressive, Elaine (Faye Dunaway) et sa belle fille Grace (Lili Taylor) qui parle de mettre fin à ses jours et à se réincarner en tortue. Axel va devenir l’objet de désir des deux femmes et au cours de multiples épreuves entrer dans l’âge adulte. Mais la guerre civile éclate en Yougoslavie, les évènements se précipitent et les milices bosniaques investissent la maison familiale des Kusturica. Ses parents fuient alors au Montenegro. Son père ne s’en remettra pas et meurt en même temps que la Yougoslavie. Profondément affecté, Emir tourne Arizona Dream. Distribué par la Warner et joué par des acteurs américains parmi les plus connus, le film ne bénéficiera d’aucune salle aux Etats-Unis, ce qui fera dire à Emir : « L’Amérique que j’aime ressemble aux films qu’elle ne fait plus » Le film a été tourné à Douglas en Arizona, à New York et en Alaska balayant ainsi les trois extrémités du pays ; notion de triangle présente également dans l’histoire puisque Depp est partagé entre son amour pour Lili Taylor et celui pour Faye Dunaway.

On parlait de poisson pour ce film, l’occasion de souligner l’importance « animale » dans les films de Kusturica. Tous ses personnages sont proches des animaux. On retrouve ainsi au long de tous ses films des oies qui courent dans tous les sens, des dindons qui gloussent, des cochons, des vaches qui volent, etc…Souvent là par dérision, ces animaux ont aussi un rôle précis : le poisson d’Arizona Dream guide Axel de son rêve à la réalité ; le singe d’Ivan libère les hommes de leurs chaînes dans Underground ; le dindon de Perhan (Le temps des gitans) l’aide à séduire Azra, dans Chat noir, chat blanc c’est un cochon qui égrène le temps du film en dévorant peu à peu une Trabant, cette petite voiture symbole de l’Allemagne de l’Est. C’est un chat dépressif, particulièrement drôle, qui tient une très large place dans La vie est un miracle. Vorace, il mange tout ce qui passe à sa portée et fais même de l’hypnose pour attraper un pigeon !

C’est en 1995 que le yougoslave livre son cinquième film, sans aucun doute le plus controversé : Underground. L’action se passe à Belgrade en 1941 au moment où les Allemands bombardent la ville. Blacky et Marko se lancent alors dans des magouilles en tout genres, profitant de la déroute générale. Marko cache ainsi dans une cave un groupe de réfugiés auxquels il fait fabriquer des armes, tout de suite écoulées au marché noir. Blacky est blessé en 1943 et mis à l’abri dans la cave. La guerre se termine en 1944 mais Marko continue à faire croire aux réfugiés que la guerre continue…la mystification durera ainsi 15 ans. A propos de ce film, Emir déclare : « L’homme arrive à trouver la force de survivre, même dans les pires circonstances » La palme d’Or du Festival de Cannes 1995 a provoqué une polémique suffisamment importante pour que Kusturica pense abandonner le cinéma. Le film raconte aussi sur un ton loufoque et très musical une cinquantaine d’années de l’histoire de la Yougoslavie. Plusieurs intellectuels francais se sont indignés, et notamment Alain Finkielkraut ; qui n’a même pas vu le film : on accuse Kusturica d’être pro-serbe. Voici un extrait de ce que l’on pouvait lire dans le journal Le Monde sous la plume de Finkielkraut : « Le jury cannois [présidé par Jeanne Moreau, ndlr] a porté aux nues la version rock, postmoderne, branchée et américanisée tournée à Belgrade de la propagande serbe la plus radoteuse et la plus mensongère… » Propos outranciers bien entendu, surtout lorsque l’on a vu aucune image. Le film n’est pas le meilleur que le cinéaste nous ait livré, c’est certain. Mais il n’a rien d’un brulôt pro-serbe et qui plus est, Kusturica n’a jamais été dans les petits papiers de Milosevic. Emir pense arrêter le cinéma tant il est outré et atteint. Mais heureusement pour nous tous, il se ravise (la rumeur dit que c’est après avoir vu le film de Bernard Henri Levy, Jour et Nuit….) et nous offre en 1998 le pétillant Chat noir, chat blanc. Ou l’on retrouve Matko, petit gitan qui vit de petits trafics, qui ambitionne un grand coup : le détournement d’un train d’essence. Le parrain, ami de trente ans de son père, lui avance la mise de départ. Dadan, bandit déjanté, lui promet l’argent du butin ; mais double Matko volant la marchandise et réclamant sa dette. Un film encore très musical, très animal, duquel Kusturica dit : « Ce qu’on obtient au final, c’est un mélange entre la musique traditionnelle et le son cubain, une world music impossible à définir. » L’esprit burlesque du film vient en partie par la bande dessinée Alan Ford, d’origine italienne, ayant eu un très grand succès en Yougoslavie dans les années 80. Alan Ford est un publicitaire raté qui devient agent secret. Parodie de James Bond, il lui arrive toutes sortes d’aventures rocambolesques. Notons, pour l’anecdote, qu’il existe un restaurant serbe à Saint Pétersbourg, qui diffuse sur un écran des films russes ou yougoslaves, dont bien entendu le film de Kusturica. Le menu est à 1,20 roubles (c'est-à-dire une trentaine d’euros)…. Son dernier film date de 2004, il s’agit de La vie est un miracle. Un long métrage qui se passe en Bosnie en 1992 où Luka, ingénieur serbe de Belgrade venu avec sa femme chanteuse d’opéra et leur fils, s’est installé dans un endroit paumé afin d’y construire la ligne de chemin de fer qui transformera la région en haut lieu touristique. Mais sa femme le quitte pour un musicien et son fils est appelé sous les drapeaux et est fait prisonnier : le pays est en guerre.

Mais le yougoslave n’est pas seulement cinéaste, il taquine aussi la partition avec un groupe musical du nom de No Smoking Orchestra, (Zabrenjeno Pusenje en yougoslave) plutôt tendance rock et qui rappelle l’atmosphère endiablée de ses films. avec lequel il part souvent en tournée. Un documentaire retrace une de ces tournées mondiales : Super 8 stories (2001) Il enseigne aussi le cinéma dans l’université américaine de Columbia et réalise parfois quelques publicités. Un Kusturica réalisateur, musicien, mais aussi acteur : dans son propre film Underground, mais aussi chez Patrice Leconte (La veuve de Saint Pierre).

Le président du 58e festival de Cannes (du 11 au 22 mai 2005) n’est pas un inconnu sur la Croisette : il a remporté la Palme d’or par deux fois. Cinéaste atypique, Emir Kusturica est souvent appelé le « Fellini yougoslave ». Et il est vrai qu’on retrouve dans tous ses films une truculence, une imagination débordante et ces touches de folie que le grand maître italien avait lui-même. Et tout comme lui, Kusturica ne laisse jamais indifférent : on l’adore ou on le déteste, il n’y a pas de juste milieu.

Olivier

http://www.ecrannoir.fr/stars/stars.php?s=478






EMIR KUSTURICA & THE NO SMOKING ORCHESTRA + ANAKRONIC ELECTRO ORKESTRA
mardi 28 décembre 2010

Groupe dérangé et bondissant emmené par son chanteur agité, Nelle Karajic, formé d’excellents musiciens, le No Smoking Orchestra est de retour à Toulouse !! Détonant mélange de punk rock, de folklore Balkan, de musique gitane et même de musette, le groupe sera accompagné par Emir Kusturica himself à la guitare. Une musique généreuse portée par des musiciens hors pair qui trouvent leur puissance de frappe sur scène avec des concerts décoiffants et marathoniens, tout cela dans une joyeuse anarchie faussement incohérente.

Le No Smoking Orchestra est né en 1980, sous l’impulsion de Nelle, avec un profond esprit de contestation. Parti sur une idée de groupe punk anarchiste, le combo prône aussi, bizarrement, une musique qui puise aux racines et aux traditions locales. Ils recherchent leurs inspirations dans les racines profondes des Balkans, les vieux airs tziganes, les marches turques mais aussi les sons indiens, les inspirations classiques (Strauss, Verdi…). Une musique légère et emportée par la maestria de ses musiciens, qui au violon, qui au tuba ou aux claviers, enchaînent solos sur solos dans un joyeux bazar organisé. Les titres se succèdent à un rythme très rapide sur fond de musique polyglotte (anglais, allemand, bosniaque) et de rythmique rock.

Emir Kusturica, que l’on connaît surtout pour son talent de cinéaste ; (« Le Temps des Gitans », « Chat Noir, Chat Blanc », « Underground » ou encore « Arizona Dream ») est un homme à multiples facettes, écrivain, cinéaste, et guitariste !

www.myspace.com/emirkusturicathenosmokingorchestra
www.myspace.com/anakronicelectroorkestra

http://www.lebikini.com/programmation/concert/29959-emir-kusturica-the-no-smoking-orchestra-anakronic-electro-orkestra-mardi-28-decembre-2010-le-bikini-ramonville-saint-agne.html







Emir Kusturica ˈku.stu.ri.tsa], Емир Кустурица en serbe cyrillique), né le 24 novembre 1954 à Sarajevo en République fédérale socialiste de Yougoslavie, est un cinéaste, acteur et musicien serbe, deux fois lauréat de la Palme d’Or au Festival de Cannes.

Biographie

Identité et religion

Emir Kusturica naît le 24 novembre 1954 à Sarajevo, en République fédérale socialiste de Yougoslavie. De nationalité yougoslave, il est d'origine serbo-musulmane.
Le New York Times a interrogé Emir au début de la guerre en Bosnie sur son identité, Emir aurait répondu : « Je suis un exemple vivant du mélange et de la conversion des serbes en Bosnie », « Mes grands-parents vivaient dans l’est de l’Herzégovine. Ils étaient très pauvres. Il y avait trois frères au sein de la famille. L’un était chrétien orthodoxe. Les deux autres se sont convertis à l’islam pour survivre. »1.
Le jour de Đurđevdan (la Saint-Georges) en 2005, Emir a été baptisé dans l’Église orthodoxe serbe sous le nom de Nemanja Kusturica (Немања Кустурица) dans le monastère de Savina, près de Herceg Novi, au Monténégro2,3. Ses détracteurs ont analysé cela comme une trahison de son passé musulman, ce à quoi il a répondu : « Mon père était athée tout en se définissant comme serbe. D'accord, nous avons peut-être été musulmans pendant 250 ans, mais nous étions orthodoxes avant cela, tout en restant serbes. »4.
Prague
Le jeune Emir se passionne pour le cinéma : pour gagner de l'argent de poche, il travaille pour le cinéma de son quartier à Sarajevo où il assiste aux projections. Un ami de son père l’invite également sur le plateau des films officiels. Mais dans la banlieue de Sarajevo, le jeune Kusturica joue au football, sort beaucoup et fréquente d’autres enfants que ses parents ne voient pas d’un bon œil. Inquiets pour son avenir, son père et sa mère, d’une famille respectable, décident de l’envoyer faire ses études à l’étranger. Emir est envoyé chez sa tante, à Prague, où il rentre à l’académie du cinéma de la capitale tchécoslovaque : la FAMU. Il s’y montre comme un élève brillant et appliqué et y réalise deux courts-métrages : Une partie de la vérité et Automne. Ses professeurs voient en lui un talent très prometteur, et plus tard, dans ses interviews, il rendra hommage de nombreuses fois à son professeur de mise en scène : le Tchèque Otakar Vavra. Pendant ses années praguoises, Kusturica absorbe tous les grands classiques du cinéma, qu’ils soient russes, tchèques, français, italiens, ou américains. Ces films marqueront profondément son style à venir.
En 1978, Emir Kusturica réalise son court-métrage de fin d’études Guernica, un film douloureux et faussement naïf sur l’antisémitisme vu par un petit garçon. Ce film obtient le Premier Prix du cinéma étudiant du Festival international du film de Karlovy Vary.
Sarajevo
Avec ce premier trophée, il rentre alors à Sarajevo et y obtient un contrat à la télévision. Artiste anticonformiste, il réalise en 1979 le moyen-métrage Les jeunes mariées arrivent, tiré d’un scénario d'Ivica Matić qui traite de l’inceste. Fortement influencé par l'œuvre d’Andreï Tarkovski, le film dérange par sa forme et son contenu audacieux. Il est interdit de diffusion. Kusturica conserve néanmoins son poste à la télévision et tourne l’année suivante son second film : Café Titanic, tiré d’une nouvelle du prix Nobel de littérature yougoslave Ivo Andrić. Avec ce film, il remporte le premier prix du Festival de la télévision yougoslave.
Il réalise alors son premier long métrage Te souviens-tu de Dolly Bell ? la même année, sur la base d’un scénario coécrit par lui-même et le grand poète bosniaque Abdulah Sidran. Le film est semi-autobiographique, et raconte la difficulté pour un groupe d’enfants dans le Sarajevo des années 1960 de se confronter au rêve occidental sous le régime de Tito. Le cinéaste y révèle déjà son talent de portraitiste et de satiriste dans la peinture des mœurs yougoslaves traditionnelles. Le monde découvre ainsi le cinéma du jeune Yougoslave grâce à l’obtention du Lion d’or de la Première Œuvre à la Mostra de Venise et du prix de la critique du Festival du film international de São Paulo.
Emir Kusturica travaille alors sur son second film Papa est en voyage d'affaires, avec le même scénariste Abdulah Sidran dans l’optique de réaliser une trilogie sur sa ville natale. Le troisième volet ne verra pas le jour, mais ce deuxième film, qui témoigne de la douleur des familles séparées par l’arbitraire politique du régime de Tito, remporte à la surprise générale la Palme d’or au Festival de Cannes 1985. La récompense propulse au niveau des plus grands ce jeune réalisateur de 31 ans. Pour évacuer la pression, Kusturica intègre pendant un an le groupe de musique de ses amis de Zabranjeno pušenje en tant que bassiste. Il fréquente en conséquence la scène musicale yougoslave et se lie d’amitié avec le plus grand auteur-compositeur et guitariste de rock national : Goran Bregović devenu une star nationale dans toute l’ex-Yougoslavie avec le groupe Bijelo Dugme (Bouton blanc).
Les États-Unis
La Palme d’or lui ouvre toutes les portes, notamment celles des producteurs internationaux. La Columbia s’intéresse à lui et lui propose un contrat mirobolant. Il hésite entre plusieurs scénarios dont un traitant des Boukhodors. Finalement, un fait divers sur les gitans retient son attention et le pousse à travailler avec le journaliste Gordan Mihic afin d'élaborer l’histoire douloureuse et en partie authentique de Perhan dans Le Temps des Gitans. Mais l’œuvre, qui se veut plus une fable onirique qu’un portrait documentaire, trahit des accointances avec le réalisme magique, juxtaposant une description précise du mode de vie bohémien à des éléments mythologiques, irrationnels et surnaturels (dons de voyance, de télékinésie, accouchement en lévitation...). Tous sont inhérents à la pensée superstitieuse et mystique des communautés tsiganes. Cette pensée alimente par ailleurs fortement l’imaginaire du cinéaste pour ce film-là comme pour ses futures réalisations. Une fois monté, Le Temps des Gitans est présenté à Cannes où il obtient le Prix de la mise en scène en 1989. À l’issue du tournage, Kusturica est appelé à New York par le réalisateur américano-tchèque Miloš Forman (ancien collègue de la FAMU et président du jury cannois qui lui a attribué la Palme à l'unanimité en 1985), pour le remplacer à l’université Columbia. Aux États-Unis, un des élèves de Kusturica, David Atkins lui propose alors un scénario qui devient Arizona Dream. Il arrête l’enseignement et se consacre entièrement à la fabrication de cette œuvre consacrée au rêve américain. La conception douloureuse du film est rendue encore plus difficile par le début du conflit en Yougoslavie, auquel le cinéaste assiste, impuissant, à des milliers de kilomètres. Le tournage est arrêté à de nombreuses reprises pour le laisser faire des allers-retours en Europe centrale et aider ses parents à faire face au conflit. Après le pillage de la maison familiale de Sarajevo et le vol de ses premiers trophées, il fait déménager ses parents au Monténégro5. Arizona Dream, interprété entre autres par Johnny Depp, Jerry Lewis, Faye Dunaway et Vincent Gallo est tout de même achevé et obtient l’Ours d'argent au Festival de Berlin en 1993.
Belgrade
Extrêmement choqué par les événements en Bosnie et par la manière dont ils sont présentés par les médias internationaux, Kusturica constate son impuissance à agir depuis les États-Unis mais décide de revenir avec son épouse sur sa terre natale et de montrer au reste du monde sa propre vision du conflit qui déchire sa nation. Le film Underground aborde le difficile thème de la guerre en ex-Yougoslavie. Cette vaste fresque au souffle épique mêle la farce bouffonne et l’esthétique carnavalesque à une conception purement tragique et désespérée de l’histoire. Underground est à la fois le film le plus douloureux, le plus visionnaire et le plus inventif de la carrière du metteur en scène, nourri d'une grande force poétique et d’une puissance visuelle inégalée dans son œuvre. Il est en partie tourné dans les studios de Prague pour les séquences en intérieur et en partie à Belgrade, en pleine guerre, pour les scènes d'extérieur. Le film vaut à son réalisateur une seconde Palme d’or cannoise en 1995 en dépit de la forte controverse qu’il essuie, en France, lors de sa présentation. Alain Finkielkraut écrit le lendemain de la proclamation du palmarès un violent article dans Le Monde, intitulé l’imposture Kusturica6, alors qu’il n’a pas vu le film. Emir Kusturica répond, le 26 octobre 1995 par un article intitulé Mon imposture7.
Cette polémique, et plus encore un reportage paru dans Le Monde sur le sentiment de « trahison » ressenti par ses amis d'enfance et ses compagnons de cinéma dans le Sarajevo assiégé et bombardé par l'armée de Belgrade, décident le cinéaste à « lier son destin au régime de Slobodan Milosevic »8 et à arrêter le cinéma. Il se ravise pourtant « en voyant les dommages que Bernard-Henri Levy peut causer au monde du cinéma », parlant du film Le Jour et la nuit9, et tourne Chat noir, chat blanc en 1998, un film aux antipodes du précédent, plus calme mais non moins pittoresque, plein de couleurs, de musique, de cocasserie et d’humour. Il permet au cinéaste d’être gratifié d’un Lion d’argent à la Mostra de Venise en 1998. Comme toujours, pour décompresser, il revient à la musique et enchaîne une tournée mondiale avec son groupe de musique rebaptisé le No Smoking Orchestra. De cette tournée, il réalise le documentaire Super 8 Stories en 2001.
Küstendorf
L’ethno-village de Küstendorf
Après plusieurs projets non concrétisés, Kusturica décide de revenir une nouvelle fois sur la guerre et l’aborde à travers une histoire dont il a l'idée depuis longtemps : une transposition de Roméo et Juliette dans les Balkans. L'idée donne naissance au film La Vie est un miracle qui sort en 2004. Pour le tournage, il s'arrête avec son équipe dans les montagnes de la Mokra Gora et y construit pour l’occasion une voie ferrée et un village traditionnel en bois. Ce village, baptisé Küstendorf et dont il s’autoproclame maire, est érigé en place forte de l’altermondialisme, du tourisme écologique et de l’enseignement du cinéma comme il l’explique alors lors de nombreuses interviews. Le village est ouvert au public depuis septembre 2004. Un séminaire de cinéma pour jeunes étudiants y a eu lieu au cours de l’été 2005. La commune de Küstendorf gagne en octobre 2005 le Prix européen d'architecture Philippe-Rotthier10.
C’est toujours dans les environs de Küstendorf, après avoir passé une année à travailler sur un documentaire consacré au joueur de football Diego Maradona, que Kusturica débute en 2006 le tournage de Promets-moi. Le premier film, qui a mis plus de temps à se faire que prévu, est sorti sur les écrans français à la fin du mois de mai 2008 alors que le second, réalisé après et sélectionné au Festival de Cannes 2007, est sorti en salles en France en janvier 2008.
Andrićgrad
De la même façon qu'il a fait bâtir Küstendorf, le réalisateur pose la première pierre de sa nouvelle ville en hommage au livre de Ivo Andrić, Le Pont sur la Drina. Le réalisateur serbe Emir Kusturica avec le soutien du président de la République serbe de Bosnie Milorad Dodik, compte adapter au cinéma Le Pont sur la Drina, et pour cela il souhaite reconstruire en dur à l'identique une partie de la ville décrite par Andrić dans son livre11. Andrićgrad sera construit près de l'actuelle ville de Višegrad et achevé en 201411.
Quelques touches caractéristiques
La musique
La musique est omniprésente dans les films de Kusturica. Après une collaboration avec Zoran Simjanović pour ses premiers films, ce sont surtout les trois films qu’il fait avec Goran Bregović qui marqueront les esprits : Le Temps des Gitans (1990), Arizona Dream (1993) et Underground (1995). Il travaille également avec le trompettiste serbe Boban Marković et sa fanfare de onze musiciens, de nos jours considérée comme l’une des meilleures fanfares d’Europe centrale. Depuis 1998, c’est son propre groupe le No Smoking Orchestra qui assure la musique de ses films. Il y joue de la guitare et du banjo et compose une partie des morceaux.
Les Gitans
Les Gitans sont le thème central de deux des films de Kusturica : Le Temps des Gitans et Chat noir, chat blanc, même si des joueurs de musique tziganes apparaissent dans quasiment tous ses autres films. Emir Kusturica n’a pas de racines familiales gitanes mais il les a fréquentés depuis sa plus tendre enfance et, pour lui, ce peuple symbolise la notion même de liberté[réf. nécessaire].
Emir Kusturica a mis en scène un opéra punk, Le temps des Gitans, dont la première représentation a été donnée le 26 juin 2007 à l’opéra Bastille à Paris. L’opéra est fondé sur son film de 1989 Le Temps des Gitans, le livret a été écrit par Nenad Jankovic et la musique a été composée par le No Smoking Orchestra. L’œuvre, très différente de la programmation habituelle de l’opéra Bastille (chants amplifiés au micro, voies sur scène, décors rocambolesques, etc.) a remporté un vif succès de la part des critiques autant que du public, qui a longuement applaudi la représentation.
Références
Son impressionnante connaissance des classiques du cinéma, Emir Kusturica la distille par petites touches dans ses films sous forme de plans hommages directs ou indirects, aux plus grands films. Ainsi:
    •    Federico Fellini : dans Le Temps des Gitans, notamment, on voit de nombreux hommages à Amarcord (les scènes de repas de famille, les mariages, les grands banquets dans la nature, le narrateur illuminé qui s’adresse à la caméra à l’ouverture du film, les séquences de film dans le film où le jeune Federico tente une approche séductrice de sa voisine pendant le film, l’accordéon, ainsi qu’une scène d’hypnose de dindon). On trouve pareillement de nombreux autres hommages à d’autres films de Fellini, tout au long de la filmographie de Kusturica.
    •    Francis Ford Coppola : Le Parrain 2 en particulier. Andrew Norton a même effectué une analyse complète des deux films montrant comment Le Temps des Gitans était un remake des Parrain 1 et 212.
    •    Martin Scorsese : Raging Bull dans Arizona Dream lors de la scène où Vincent Gallo récite un passage du film dans un cinéma. Le film fait plusieurs fois référence à Robert de Niro, Al Pacino ou Joe Pesci.
    •    Andreï Tarkovski : Emir Kusturica a utilisé dans beaucoup de ses films la même symbolique de l’eau, versée sur la tête comme symbole de purification. On retrouve également les dons de télékinésie, la lévitation, la verticalité, les travellings circulaires, ainsi que la fête païenne sur les bords du fleuve de Le Temps des Gitans qui est un hommage à celle d'Andreï Roublev.
    •    Jean Renoir : la scène de la chasse du film La Règle du jeu, dans La vie est un miracle.
    •    Le cinéma hollywoodien des années 1940 : Douglas Sirk, Orson Welles, Michael Curtiz.
    •    Jean Vigo : la scène de Underground où les personnages nagent sous l’eau est un hommage à L'Atalante.
    •    Charlie Chaplin dans Le Temps des Gitans où Merdzan se livre à une imitation de Charlot.
    •    Douglas Sirk dans la scène de théâtre dans Underground.
    •    Alfred Hitchcock dans le film Arizona Dream avec l’acteur principal qui interprète une scène fétiche de La Mort aux trousses.
    •    Michael Curtiz dans Chat noir, chat blanc où est visionnée maintes fois la scène finale de Casablanca.
La politique
Emir Kusturica est souvent très engagé dans les propos qu’il tient lors d’interviews (même si, selon le pays ou la date où est effectuée l’interview, les propos peuvent varier énormément). Cet engagement politique se reflète dans ses films, qui présentent souvent les différents côtés d’un conflit sous un éclairage original. Ainsi, dans Papa est en voyage d'affaires, le personnage principal, bien que puni trop sévèrement pour un crime politique imaginaire, est en fait un père de famille plutôt négligent. Ainsi, Chat noir, chat blanc, film apparemment apolitique, a été tourné sur les rives du Danube quelques mois avant qu’elles ne soient pilonnées par l’OTAN en 1999. Ainsi, dans La Vie est un miracle, le conflit bosno-serbe est montré depuis le point de vue d’un Serbe de Bosnie, chassé de ses terres par les Bosniaques.
En 2008, il participe à une manifestation serbe contre l’indépendance du Kosovo, au cours de laquelle plusieurs personnalités affirment que la Serbie n’acceptera jamais l’indépendance du Kosovo13.
Symboles
Un certain nombre de thèmes et symboles reviennent dans ses films comme des leitmotiv: la vision du monde par les enfants, le réalisme magique, les animaux, les mariages, le football, le suicide par pendaison, l’envol, le kitsch politique (l'utopie communiste et le rêve américain) et artistique.
La famille
L’importance de la famille est souvent au cœur de l’intrigue des films de Kusturica (au travers d’histoires de passage à l’âge adulte, de séparations, de trahisons ou de mariages). Dans sa vie personnelle également, la famille joue un grand rôle puisque sa femme Maja Kusturica l’assiste dans la production de ses films, et son fils Stribor Kusturica joue de la batterie dans son groupe le No Smoking Orchestra, et fait occasionnellement l’acteur dans ses films.
Filmographie
Réalisateur
Courts et moyens métrages
    •    1971 : Une partie de la vérité
    •    1972 : Automne
    •    1978 : Guernica (Premier prix du festival du film étudiant de Karlovy-Vary)
    •    1996 : Sept jours dans la vie d’un oiseau (docu-fiction pour l’émission Envoyé spécial de France 2)
    •    2005 : Les Enfants invisibles - segment Blue Gypsy (film commissionné par l’Unicef)
Téléfilms
    •    1979 : Les mariées arrivent
    •    1980 : Café Titanic (Premier Prix du Festival du film de la télévision yougoslave à Portoroz)
Longs métrages
    •    1981 : Te souviens-tu de Dolly Bell ?
    •    1985 : Papa est en voyage d'affaires
    •    1988 : Le Temps des Gitans
    •    1993 : Arizona Dream
    •    1995 : Underground
    •    1998 : Chat noir, chat blanc
    •    2001 : Super 8 Stories
    •    2004 : La Vie est un miracle
    •    2007 : Promets-moi
    •    2008 : Maradona
    •    2012 : Words with Gods (coréalisation)
    •    En tournage : L'amour et la paix
Clip vidéos
    •    Emir Kusturica and the No Smoking Orchestra - Unza Unza Time (2000)
    •    Manu Chao - Rainin’ In Paradize (2007)
Publicités
Emir Kusturica a tourné de nombreuses publicités pour la télévision française dans les années 90 (Le Sucre, Banque populaire, parfum XS de Paco Rabanne, Renault Occasion), mais aussi pour d’autres pays (Suisse : cigarettes Parisienne People, Allemagne : campagne pour la lutte contre le SIDA, Italie : IOL, Serbie : jus de fruit Next, Russie : Baltimor Ketchup etc.)
Acteur
    •    1972 : Valter brani Sarajevo de Hajrudin Krvavać
    •    1978 : Les mariées arrivent de Emir Kusturica : un agent d’assurance
    •    1982 : 13 jul (13 juillet) de Radomir Saranović : officier italien
    •    1989 : Le Temps des Gitans de Emir Kusturica : client du bar à Milan (scène tournée, mais coupée au montage final)
    •    1993 : Arizona Dream de Emir Kusturica : client du bar à New York
    •    1995 : Underground de Emir Kusturica : marchand d’armes
    •    2000 : La Veuve de Saint-Pierre de Patrice Leconte : Neel Auguste
    •    2001 : Super 8 Stories de Emir Kusturica : lui-même
    •    2003 : Jagoda u supermarketu (Des fraises au supermarché) de Dušan Milić : le général
    •    2003 : L'Homme de la Riviera de Neil Jordan : Vladimir
    •    2005 : Mister K de Augustin Legrand : lui-même
    •    2006 : Voyage secret de Roberto Andò
    •    2006 : Dernier tour à Monza 2 de Luigi Perelli : lui-même
    •    2007 : Hermano de Giovanni Robbiano : Chomsky
    •    2008 : Maradona de Emir Kusturica : lui-même
    •    2009 : Alice au pays s’émerveille de Marie-Eve Signeyrole : le douanier
    •    2009 : L'Affaire Farewell de Christian Carion : Vetrov
    •    2011 : Nicostratos le pélican d'Olivier Horlait : Démosthène
    •    2012 : 7 jours à La Havane (segment Jam Session de Pablo Trapero)
    •    2012 : Au bonheur des ogres de Nicolas Bary
Récompenses


Au festival de Cannes en 2005
    •    Lion d’or de la Première Œuvre à la Mostra de Venise 1981 pour Te souviens-tu de Dolly Bell ?
    •    Palme d’or à l’unanimité et Prix FIPRESCI de la Critique internationale au Festival de Cannes 1985 pour Papa est en voyage d'affaires14
    •    Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1989 pour Le Temps des Gitans
    •    Ours d'argent au Festival de Berlin 1993 pour Arizona Dream
    •    Palme d’or au Festival de Cannes 1995 pour Underground15
    •    Lion d'argent du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise 1998 pour Chat noir, chat blanc
    •    Prix de L'Éducation nationale au Festival de Cannes 2004 pour La Vie est un miracle
    •    César du meilleur film de l'Union européenne en 2005 pour La Vie est un miracle
Nominations
    •    Nomination à l'Oscar du meilleur film étranger en 1986 pour Papa est en voyage d'affaires
    •    Nomination au César du meilleur film étranger en 1990 pour Le Temps des Gitans
    •    Nomination au César du meilleur film étranger en 1996 pour Underground
Distinctions
    •    Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres, en 2007
    •    Chevalier de la Légion d'honneur, promotion du 14 juillet 2010
    •    Prix 2012 "Antonio Carlos Jobim" du Festival international de jazz de Montréal ; ce prix est décerné aux artistes qui ont exercé une influence exceptionnelle dans le domaine de la musique mondiale et dont l’influence sur l’évolution du jazz est internationalement reconnue.
Divers
    •    Membre du jury au Festival international du film de Moscou 1989 (présidé par Andrzej Wajda et avec notamment, comme autre membre du jury, Ibrahim Moussa, Aparna Sen et Zhang Yimou)
    •    Membre du jury au Festival de Cannes 1993 (présidé par Louis Malle et avec notamment, comme autres membres du jury, Claudia Cardinale, Judy Davis, Abbas Kiarostami et Gary Oldman)
    •    Président du jury au Festival de Venise 1999 (son jury était notamment composé par Maggie Cheung, Cindy Sherman, Marco Bellochio et Jean Douchet)
    •    Président du jury du court métrage au Festival de Cannes 2003 (son jury était notamment composé par Zabou Breitman, Ingeborga Dapkunaite et Michel Ocelot)
    •    Président du jury au Festival de Cannes 2005 (son jury était notamment composé par Salma Hayek, Agnès Varda, Toni Morrison, et Javier Bardem)
    •    Président du jury Un certain regard au Festival de Cannes 2011 (son jury était notamment composé par Élodie Bouchez, Peter Bradshaw et Geoffrey Gilmore)
    •    Président du jury au Festival international du film de Marrakech 2011 (son jury était notamment composé par Jessica Chastain, Nicole Garcia et Leila Hatami)
    •    Président du jury au Festival international du film de Saint-Pétersbourg 2012 (son jury était notamment composé par Aku Louhimies, Erika Gregor et Elena Yatsura).
    •    A créé son propre village, Küstendorf
    •    Intervient dans le documentaire français La possibilité d'être humain de Thierry Kruger et Pablo Girault, sorti en 2013.
    •    Séjourne régulièrement à Douains près de Vernon
Bibliographie
    •    Notices d’autorité : Système universitaire de documentation • Bibliothèque nationale de France • Fichier d’autorité international virtuel • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • WorldCat
    •    Emir Kusturica, Où suis-je dans cette histoire ? (autobiographie), éditions JC Lattès, 2011 ISBN 978-2-7096-1915-8
    •    Jean-Max Méjean, Emir Kusturica, éditions Gremese, 2007 ISBN 978-88-7301-625-0
    •    Matthieu Dhennin, Le Lexique subjectif d’Emir Kusturica, éditions L’Âge d’homme, 2006 ISBN 2-8251-3658-1
    •    Serge Grünberg et Emir Kusturica, Il était une fois... Underground, éditions Cahiers du cinéma, 1995 ISBN 2-86642-164-7
    •    Jean-Marc Bouineau, Le Petit Livre d’Emir Kusturica, éditions Spartorange, 1993 ISBN 2-9506112-2-2
Voir aussi
Articles connexes
    •    Emir Kusturica and The No Smoking Orchestra
    •    Festival international du film et de la musique de Küstendorf
Liens externes
    •    (en) Emir Kusturica sur l’Internet Movie Database
    •    Site complet sur Emir Kusturica
    •    Site officiel du groupe The No Smoking Orchestra
    •    Site officiel du Festival de musique et de cinéma de Küstendorf
    •    Visitez Küstendorf
    •    Emir Kusturica - Portrait sur ina.fr
    •    music project 2013 open source
Références
    1.    ↑ http://query.nytimes.com/gst/fullpage.html?res=9E0CEEDF1F3BF936A15753C1A964958260 [archive]
    2.    ↑ http://www.pionirovglasnik.com/index.php?category=39&content=315 [archive]
    3.    ↑ http://hem.passagen.se/hambarine/Vijesti/23072005Kusturica.htm [archive]
    4.    ↑ http://www.guardian.co.uk/film/2005/mar/04/2 [archive]
    5.    ↑ Interview de juillet 2003 parue dans Ekstra magazin [archive], magazine de Republika Srpska
    6.    ↑ L’imposture Kusturica - Le Monde, 2 juin 1995, accessible avec abonnement [archive]
    7.    ↑ Le Monde, 26 octobre 1995, accessible avec abonnement [archive]
    8.    ↑ A Sarajevo, les souvenirs amers des anciens amis d'un enfant de la rue - [archive] Rémy Ourdan, Le Monde, 26 octobre 1995, accessible avec abonnement
    9.    ↑ http://www.youtube.com/watch?v=hecQMssDOlA [archive]
    10.    ↑ http://www.lemonde.fr/vous/article/2012/02/01/chez-kusturica-au-coeur-des-montagnes-de-serbie_1637367_3238.html [archive]
    11.    ↑ a et b http://www.actualitte.com/actualite/26840-andric-pont-drina-film-kusturica.htm [archive]
    12.    ↑ "Play It Again, Sam - Retakes on Remakes" de Andrew Norton & Stuart Y. Mc Dougal, University of California Press, 1998, ISBN 0-520-20593-6 chapitre 11
    13.    ↑ Consensus serbe autour du Kosovo [archive], un article de l’Humanité
    14.    ↑ Palme d'or à Emir Kusturica pour "Papa est en voyage d'affaires" [archive] sur ina.fr
    15.    ↑ Palme d'or à Emir Kusturica pour "Underground" [archive] sur ina.fr
    

http://fr.wikipedia.org/wiki/Emir_Kusturica

























































16/11/2013
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres