Alain YVER

Alain YVER

ERIC B. AND RAKIM

ERIC B. AND RAKIM




http://www.ericbnrakim.com/

http://www.youtube.com/watch?v=E7t8eoA_1jQ

http://www.dailymotion.com/video/x1xqog_eric-b-rakim-i-ain-t-no-joke_music#.UR9foOgsnPA

http://www.mtv.com/artists/eric-b-rakim/

http://www.deezer.com/fr/artist/2366


http://fr.wikipedia.org/wiki/Paid_in_Full_%28album%29

http://fr.wikipedia.org/wiki/Follow_the_Leader_%28album_d%27Eric_B._%26_Rakim%29

http://fr.wikipedia.org/wiki/Don%27t_Sweat_the_Technique

http://rapandco.fr/2012/06/06/actu-eric-b-et-rakim-vont-reediter-leur-album-paid-in-full/





Eric B. and Rakim

Eric B. & Rakim fut un groupe de hip-hop américain en activité entre le milieu des années 1980 et le début des années 1990. Composé du DJ Eric B. et du rappeur Rakim, il est particulièrement connu pour son premier LP Paid in Full, considéré comme l'un des plus grands albums de l'histoire du hip-hop1.
Biographie
Paid in Full
Rakim et Eric B. se rencontrent en 1985. L'un développe un certain talent de rappeur tandis que le deuxième s'essaye régulièrement à la production musicale et notamment au sampling2. Les deux new yorkais décident de fonder un groupe de hip-hop qu'ils baptisent simplement Eric B. and Rakim.
Le premier titre que le groupe enregistre, Eric B. is President (face-B My Melody), sort sur la modeste maison de disques "Zakia", située à Harlem3. Produit par le très en vue Marley Marl qui décide d'incorporer au single la ligne de basse du tube Over Like a Fat Rat (de Fonda Rae), le titre rencontre un grand succès populaire4. Rythmé par l'envoutant flow de Rakim et les scratchs d'Eric B., Eric B. is President devient le tube de l'été 1986 dans les block parties new yorkaises. Le label "4th & B'way", ayant eu vent de la soudaine réputation du jeune groupe, décide de les signer pour un premier album studio. L'engouement de la communauté hip-hop pour les deux adolescents s'accélère avec la sortie l'année suivante de leur nouveau single : It ain't no Joke, assez proche de leur premier titre, s'accompagne néanmoins d'un clip qui donne au duo une crédibilité urbaine supérieure. Le buzz explose avec les sorties simultanées de l'album Paid in Full et de son troisième extrait, I Know you Got Soul (dont est extrait le passage devenu mythique Pump Up the Volume).
Le premier opus du jeune groupe emballe les critiques5 qui louent l'effort écrit superbement rappé par Rakim : multipliant les figures de styles ou autres ruptures de rimes au milieu de couplets, le MC pose les bases du rap moderne2. La lourdeur de certaines instrumentales, parfois trop brutes (My Melody, I Know you Got Soul), est vite insignifiante à côté de productions mythiques comme It ain't no Joke, As The Rhyme Goes On, le déjà cité Eric B. is President ou Paid In Full, titres marquant alors profondément la culture hip-hop6. Aux platines, Eric B. réinvente l'art du sampling, piochant la plupart de ses titres dans le répertoire soul1.
Dans la lignée de l'extraordinaire accueil de l'album Paid in Full, les anglais de Coldcut donnent au titre du même nom une renommée internationale grâce à un populaire remix7. Eric B. et Rakim, comptant bien profiter de leur nouvelle notoriété, s'attellent à l'écriture d'un deuxième album. Follow the Leader, qui sort ainsi à l'été 1988 (à peine un an après leur premier LP), reprend les ingrédients qui ont fait le succès de Paid in Full8: virtuosité au micro de Rakim, dont la nervosité et la précision du flow font de nouvelles merveilles (Follow the Leader, No Competition)8 ; éclectisme musical d'Eric B. dont certains des beats portent quasiment seuls certains titres (Microphone Fiend, Musical Massacre)9. Les critiques sacrent une nouvelle fois le groupe new yorkais5 dont la nouvelle production se vend plutôt bien, Follow the Leader atteignant le stade "gold" (500.000 exemplaires vendus) après deux mois (alors qu'il en avait fallu cinq pour le premier album)10. À l'été 1989 les deux new yorkais apparaissent en featuring sur Friends, le titre de la chanteuse pop Jody Watley. La pratique, alors quasiment sans précédent, se normalisera au fil des années.
Après les classiques
Au printemps 1990 sort Let the Rhythm Hit 'Em, le troisième album studio du groupe. Bien plus posé, quelque peu plus lent, il dégage une atmosphère sombre qui déroute une partie du public8. L'emprunt d'Eric B. à James Brown et au funk est ici à son paroxysme, le DJ composant notamment les puissants No Omega, Run for Cover, Untouchables, Set 'em straight ; Rakim, mémorable sur In the Ghetto, ("It ain't not where you're from, it's where you at"), perd en vivacité ce qu'il semble gagner en maturité, aidant l'album à atteindre une certaine homogénéité4. De fait, moins vif, Let the Rhythm Hit 'Em apparaît comme l'œuvre la plus adulte du groupe3.
Don't Sweat the Technique, quatrième et dernier album du groupe (juin 1992), confirme le virage artistique abordé avec succès par Let the Rhythm Hit 'Em. Oubliés les scratchs bruts des premiers tubes : les productions d'Eric B., reposant souvent sur une batterie (Teach the Children) ou une ligne de basse envoutante (Relax with Pep, Know the Ledge)2, sont bien plus teintées de jazz (What's on our mind ?, Don't Sweat the Technique) ou de soul (Keep the Beat)6; Rakim n'est pas en reste, son flow renouant avec une certaine agressivité. Le MC rappelle l'étendue de son talent sur le très politique Casualties of War1. C'est durant les sessions d'enregistrement de l'album que le désir naît chez les deux artistes de produire en solo ; Eric B. tergiversant quant à la nature des contrats que leur propose le label MCA, le groupe est dissous fin 1992.
Discographie
Albums studio
    •    1987 : Paid in Full
    •    1988 : Follow the Leader
    •    1990 : Let the Rhythm Hit 'Em
    •    1992 : Don't Sweat the Technique
Compilations
    •    2001 : 20th Century Masters - The Millennium Collection: The Best of Eric B. and Rakim
    •    2003 : Classic
    •    2005 : Gold
Notes et références
    1.    ↑ a, b et c Fiche : Eric B. & Rakim (Wikipedia anglais)
    2.    ↑ a, b et c Histoire du groupe Eric B. and Rakim [archive]
    3.    ↑ a et b Biographie du rappeur (RapCentral) [archive]
    4.    ↑ a et b Biographie du groupe Eric B. and Rakim (GlobalDarkness.com [archive]
    5.    ↑ a et b Biographie de Rakim (AllMusicGuide) [archive]
    6.    ↑ a et b Biographie d'Eric B. et de Rakim (RollingStone) [archive]
    7.    ↑ Biographie de Coldcut (Wikipedia anglais)
    8.    ↑ a, b et c Biographie anglaise d'Eric B and Rakim (VH1.com) [archive]
    9.    ↑ Chronique : Follow the Leader (AMG) [archive]
    10.    ↑ Site de l'Association Américaine de l'Industrie Musicale (RIAA.com) [archive]

http://fr.wikipedia.org/wiki/Eric_B._and_Rakim







Eric B. and Rakim  Follow The Leader
ghetto motherfuckin' blaster

La pochette résume assez bien l'idée : Eric B. & Rakim sont, à ce moment précis, à la seconde précise où le doigt fébrile d'un photographe payé en mauvaise cocaïne appuie sur le déclencheur, les Patrons. Rien ne semble les inquiéter, et pourtant vu le bouillonnement de tueurs du mic qui s'annonce alors, il y aurait de quoi. Mais rien à foutre. D'ailleurs, l'intitulé ne laisse pas de place à la moindre ambiguïté, pas plus que le regard porté vers l'horizon, et le dos tourné. Le meneur ne regarde jamais la meute. Les b-boys qui affronteront son son seront réduits en cendre. Paid in Full ? Un rôdage, un peu raide des articulations à dire vrai. La vraie mise à l'amende commence ici. Nous sommes en 1988, et rien, pas même le chaos provoqué par l'armada Public Enemy, les roquettes minimalistico-politiques de B.D.P., le déchaînement gangsta de Niggaz Wit Attitudes, la folie créatrice des Beastie Boys ou la force virile d'Ice-T, ne pourra stopper les deux hitmen fraîchements fringués à leurs blases. Aucun rappeur ni aucun conglommérat de rappeurs ne peuvent faire le poids face aux trois premiers morceaux qui ouvrent ce putain de disque ; je le déclame avec toute la mesure et la clairvoyance dont je suis coutumier. Sur "Follow The Leader" le titre, Rakim surpasse tout ce que l'ado qu'il était a pu écrire sur Paid In Full. Lucide, implacable, il décortique son propre culte au moment même où il le créé, propulse l'egotrip à des cîmes métaphysiques, manipule la poésie presque psychopathe de ses mots comme l'ADN d'une espèce menacée, impose une arrogance au goût de béton, bref : domine. A cet instant et malgré tous les MC's que vous pourrez préférer pour telle ou telle raison valable, la seule chose que vous vous dites c'est : Rakim EST le rap. Il baise les rimes, le micro, et vos enceintes, tout en vous répétant à quel point il est doué pour ça. "In this journey, you're the journal, I'm the journalist. Am I eternal or an eternalist ?" Son flow s'est solidifié et ses breaks et changements rythmiques, hier simples acrobaties, sont devenus des armes de mort. Limpide. Pénétrant. Le technicien Eric B. érige son instru la plus barbare, chromée, fatale. Un flux de samples froids et toxiques investit les baffles comme une locomotive démente tout en soudant nos tympans à leur membrane, utilise le double-canal stéréo pour zizaguer, sur un beat plus rude que celle de Rocco au petit matin printannier. "Microphone Fiend" ? TAKEN TO THE MAXIMUM, que tous les jeunôts qui se sont contentés de la version Zach de La Rocha rencontrent leur Créateur. "After twelve, I'm worse than a gremlin. Feed me hip-hop and I start trembling..." Le passage jouissif où Eric B. durçit brutalement le beat, vers 3 minutes 30, n'est pourtant qu'un simple moment de bravoure en comparaison à la décharge électrique qui suit : "Lyrics Of Fury", créature symbiotique enfantée à partir des lambeaux cadavériques de James Brown et Funkadelic par le Docteur Franken-B. Le flow abrasif de Rakim semble dompter le monstre et ses percussions enragées... à moins que ce ne soit l'inverse. Oui, Eric B. & Rakim pouvaient être rapides et crades, et quand ils l'étaient, ça chiait sévère. Vous me croyez pas ? Faites cracher ça dans la piaule à volume décent, vous verrez des faisceaux d'hélicoptères fédéraux s'agglutiner sur votre fenêtre dans les deux minutes. Follow The Leader = Paid In Full en plus puissant, en plus charismatique, en plus adulte... avec hélas huit minutes et des miettes à jeter. Parce que franchement, même mon mauvais goût tenace ne peut rien devant le fâcheux travers du DJ Eric de vouloir nous infliger son insipide soupe jazzy sur "To The Listeners" et "Beats For The Listeners", tous deux mitonnés à la sauce Headunters... Eric B. est de toute façon capable de dérouler des instrumentaux purs d'un tout autre tonnage pour se faire largement pardonner, sa maîtrise du sample est ici totale : "Eric B. Never Scared" et "Just A Beat", judicieusement acollés, sont de véritables coups de boules soniques. Con et bon. L'intro au piano de "Put Your Hands Together" est une petite merveille, belle comme un haiku - le même principe que sur "My Melody" en fait : Eric B. concentre et isole toute la mélodie de l'album - que d'autres auraient été tentés de répandre - sur quelques secondes de piano au parfum étrangement familier comme le souvenir d'enfance d'un film à l'eau de rose bouleversant dont on aurait le titre sur le bout de la langue, et les neutralise immédiatement - et brutalement - en reprenant sa séance de martelage aveugle. Frustration - Contrôle - Domination. La brutalité est une des caractéristiques de Follow The Leader, en plus de sa simplicité redoutable puisque sa formule fonctionne à plein régime : un MC + un DJ. Au summum. Beats massifs, basses goulues, funk sismique et présence microphonique sub-humaine ne font qu'un. Ils forment un bloc sonore abrupt, aussi impénétrable que le diamant, et plus les écoutes maladives se répètent plus l'entreprise nous apparaît claire : une pénétration mentale. "Worse than a nightmare, you don't have to sleep a wink, the pain's a migraine every time you think - flashbacks interfere, you start to hear:
R-A-K-I-M in your ear." Carnage. (lundi 12 mars 2012)

raven.

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ghetto blaster


Se renvoyer dans les esgourdes Paid In Full et tenter de le décortiquer pour le novice, c'est se risquer de raconter pas mal de conneries, le genre à base de bible et de pierre angulaire qui vous barbe déjà tellement que vous avez déjà dégainé la mousse et le rasoir cinq-lames à tête rotative avant que j'aie fini ma phrase. Le mieux est de zapper les banalités objectivistes et historiennes répétées mille fois, le statut réferentiel. Zapper le fait que cet album, tous comme les Beastie Boys qu'il sample, donnera à sa sortie des airs d'opération marketing à des Run-DMC alors tous-puissants. Passer sous silence le fait qu'il s'agisse de l'excroissance radioactive du premier LL Cool J, qui impose un charisme aussi ovniesque qu'écrasant, pensé en deux dimensions et donnant tout son sens à ce principe chimique : un flow + une prod. Passer outre le fait qu'il s'agisse de l'abum de hip-hop le plus pillé de tous les temps (citer en particulier des rappeurs ou des pistes qui y ont fait référence où l'ont samplé serait totalement ridicule, autant se lancer dans la rédaction d'un Quid). Passer au-delà de l'aspect un brin désuet qu'on pourra forcément lui trouver, surtout si on focalise sur les synthés-cuivres affreusement muzak de l'"Extended Beat" final (Eric B. refera le coup sur Follow The Leader). Parce que tout ça mes chers amis, ça fait pas mal de lignes à nager la brasse coulée dans la piscine olympique des lieux communs, et c'est précisément pour ça qu'on s'en cogne. Paid In Full c'est d'abord une idée du bloc sonore en la matière. Derrière la patine vintage évidente, voir le grain antique, c'est une fraîcheur encore assez stupéfiante vingt-cinq ans après, comme s'abreuver à la source pure d'un fleuve dont l'estuaire nous est encore inconnu mais dont l'odeur de merde nous assaille déjà les narines. Eric B. est à mes yeux rien de moins que le John Bonham du hip-hop. Ses beats sont ROCHEUX - je vois pas de terme plus adéquat. Un traitement du sampling de James Brown et de la reverb très crade, des scratchs de bûcheron, pour un résultat pas très loin du rock industriel. Après s'être (ré)accoutumé à ce son ancestral et tranchant, l'auditeur attentif percevra toutes les subtilités démoniaques qui y ont été injectées par Marley Marl, le troisième homme tapis dans l'ombre (celui-là même qui épaulera Big Daddy Kane et Kool G Rap à leurs débuts - y a une logique), même si pour y parvenir il lui faudra parfois concentrer son mental selon les préceptes Jedi pour percer le mur d'acier et d'échos synthétiques érigés. Le terrorisme nous le savons coûte trop souvent la mort de vyniles innocents... ici, ça n'était que le début d'une effroyable succession d'attentats. L'incarnation du pumping-beat glacial, à la fois préhistorique et science-fictionnesque, dès l'intro de "I Ain't No Joke" jusqu'à la séance de lobotomie insrumentale "Chinese Arithmetic" et son scratching sauvage. Et que dire du cultissime "My Melody" dont les premières secondes éternelles, entre western crépusculaire et cold wave, me plongent à chaque fois dans une stupeur quasi-orgasmique... Graal total, sublime vision furtive, puis explosion vocale du MC, eheh oui, parce que Paid In Full fonctionne bien en deux dimensions comme je le disais en début de chro, et la deuxième c'est Rakim Allah. Tout juste dix-sept ans. Son flow, sujet à tous les superlatifs, est, chez votre humble serviteur, l'incarnation de cette expression un peu coconne du petit chroniqueur-collégien-appliqué : LA BASE, rien d'autre. La base comme un roc un peu sinistre, parce qu'il faut bien le dire, si Rakim a donné ses lettres de noblesse à l'egotrip et à l'insolence princière du MC, ce qui marque surtout aujourd'hui en comparaison à ceux pour qui il est sensé avoir été la référence ultime, c'est l'austérité qui s'en dégage, surtout ici. Il faut dire que pour moi, son flow est plus affaire de géométrie que de sentiments. Ce côté très mécanique est indissociable des instrus de Eric B., qui n'hésite pas à user de déformations sonores multiples pour en accentuer la dureté et l'âpreté, donnant à Paid In Full l'aspect d'une vieille bécane androïde aussi rudimentaire qu'implacable, façon Terminator 1. Paid in Full, au-delà de toute considération encyclopède, est simplement une des incarnations de la puissance la plus primaire ayant jamais foulé les terres du hip-hop. Oubliez les comptes-rendus historiens, les notations excessives et les lieux communs que les infidèles ont graffé au pied de la statue, érigée au milieu de ce square aujourd'hui encerclé par les buildings... Et préparez-vous à rencontrer l'Atome Primordial. (lundi 12 mars 2012)

raven

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La discographie d'Eric B. & Rakim

se scinde assez grossièrement en deux parties distinctes : les deux premiers, loués par les puristes jusqu'à la déraison, arborent un son froid aux arrêtes tranchantes. Les deux derniers, un peu oubliés, sonnent chauds, plus consensuels sans doute, et sont à recommander à ceux qui voudraient s'initier à Eric B. & Rakim en douceur. En 1992, le hip-hop se porte on ne peut mieux, le Wu s'apprête à prendre d'assaut la côte Atlantique, et un MC comme Rakim est déjà has been dans l'esprit d'un paquet de monde, même si en société c'est Luther King ; tout le monde y va de son hommage pour s'assurer la crédibilité face aux pairs, culte qui ne fera qu'enfler jusqu'à aujourd'hui. Ce qui marque d'emblée sur Don't Sweat The Technique c'est son flow : il a mué. La machine a laissé place à l'humain en dessous, faillible. Une voix plus ronde, plus adulte (il commence à politiser ouvertement ses textes, cf "Casualties Of War") et aussi, peut-être, un charisme quelque peu emoussé. Les beats de Eric B. se fondent plutôt pas mal dans la tendance jazzy-soulful du moment, on est loin de ses premiers trips aux synthés congélatoires. Eric B. serait-il devenu banal ? Non, mais il joue au caméléon à l'heure où une horde de crêpiers aux dents longues applique ses préceptes. Et il fait peur... Il faut dire que jamais le duo n'avait foiré une entrée en matière : avec eux c'est toujours le moment d'un grand frisson. Ici on a un grand frisson... d'effroi. Car dès qu'arrive "What's On Your Mind ?", un seul cri retentit : "Mah, c'est quoi cette daube ???!!!" Le choeur gospel-pop fadasse, c'est pas la panacée, et ce qui nique cet album, c'est la mise en bouche ; ils n'auraient pas pu se vautrer davantage. Rassurons-nous, ce sera le seul moment vraiment pourri : Eric B. en a encore sous le pied pour ce qui est d'envoyer de l'instru bien secos et du beat catchy, même s'il a perdu de son molithisme et préfère dérouler en mode "à nous la jeunesse". "What's Going On?", dans son genre, est tout de même sacrément classe. "Pass The Hand Grenade" (avec un bon côté Ice Cube circa Amerikkka's) et "The Punisher" aussi, en plus de compter parmis les mises à l'amende egotripesques les plus fameuses du "R". Les petites tueries de Don't Sweat, ce sont aussi "Know The Ledge" et le titre épo : cordes jazzy bien lourdes, samples sauvages d'Eric B. et beat boisé qui claque le museau, avec un Rakim au taquet. C'est vraiment quand il se lâche sur les basses bien jazz que cet album se montre sous son meilleur jour et dévoile sa vraie puissance. Don't Sweat The Technique a en fait le défaut d'être un disque plutôt opportuniste en 92, avec ses faux-airs de Gangstarr et de A Tribe Called Quest, ce qui vaudrait des louanges venant d'un groupe fraîchement débarqué. C'est peut-être tout simplement le disque le moins Eric B. de Eric B. & Rakim... Voilà, voilà... j'ai jamais été doué avec les chants du cygne de toute façon. Ce qui est certain en tout cas c'est que ces deux-là auront eu le bon goût de s'arrêter à temps... je vais faire pareil, tiens... (lundi 12 mars 2012)

raven

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Eric B. and Rakim › Let The Rhythm Hit 'Em


Toujours pas de featurings, vous avez remarqué ? Inutile. Rakim se suffit amplement à lui-même, c'est son côté Alain Delon, le fondement de sa personnalité. La notion même de concurrence n'existe pas chez un monothéiste persuadé d'être Dieu. L'egotrip, la glorification du verbe et du flow. Comme ce fût le cas sur le précédent skeud, un nombre conséquent de punchlines de Let The Rhythm Hit' Em s'inscrivent comme sentences définitives dans la matière grise. La matière grise, c'est le bulbe mais c'est aussi l'asphalte : une odeur charriée dès le premier morceau, qui s'évaporera progressivement en même temps qu'apparaîtront les cuivres chauds, pour laisser place à un fumet de squat sombre et douillet dans lequel les vieilles pochettes de classiques sol tapissent le soul. Le titre épo est en effet un peu à part tant sa puissance contraste avec la suite. Le défaut de l'album est clairement de balancer son plus gros missile dès l'intro. Les keums refont exactement le même genre d'ouverture nette et sans bavures que sur le précédent. Et ça fait tout aussi mal : paroles en fusion, rythmique sauvage, bribes de piano aériennes sur le refrain comme une colombe envoyée par le DJ au milieu de ses propres tirs de mortier. Un de leurs tous meilleurs moments. Quant au reste... mmmh... sépia. Paid In Full et Follow The Leader avaient du grain à l'image - pardonnez la maladresse de la métaphore mais un grain épais, sale, celui des vieux classiques blaxploitation. Let the Rhythm Hit'em a une esthétique nettement moins agressive, et disons-le ouvertement : mellow. Et crépusculaire, même si ça ne sautera pas illico aux yeux les moins vifs. Le studio a été traversé par Large Professor et Paul C. (non crédités, le second sera pour l'anecdote buté avant la sortie de l'album, sa trombine est d'ailleurs dans le livret) Eric B. a en effet assoupli et lissé le son ultra-carré des années 80, se perdant hélas un peu, par exemple sur une espèce de remake faiblard et indigent de ses meilleurs instrumentaux passés ("Eric B. Made My Day"). Mais l'adoucissement ne lui a pas fait perdre son coup de patte, loin de là. Les basses bien gouleyantes et les samples sur "Run For Cover" soulignent aussi bien que le crayon de khôl pour le regard d'une bombe sexuelle le flow pur malt d'un Rakim qui lui n'a plus besoin de faire du forcing. Posté en hauteur façon Peter Parker, il contemple les lumières de la Grosse Pomme en contrebas, et déroule de la toile vocale pure soie comme la machine over-rôdée qu'il est, se permettant quelques étranges coquetteries, comme "Mahogany", histoire de séduction de femelle par le flow et d'astiquage de micro - d'une façon ou d'une autre on y revient - portée par un sample d'Al Green qui servira de base au "Five Man Army" de Massive Attack. L'egotrip, toujours. Le flow de Rakim se fait encore véloce ("No Omega", superbe) mais se permet désormais la marche tranquille, sûr de sa force, par exemple sur "Untouchables", sa basse cotonneuse et ses filets de cristal, ou sur "In The Ghetto". Sur ce titre, derrière une apparence plus bonhomme, trompeuse, une tension sourde, accompagnée par les crépitements chauds de la matière vinyle, prend pourtant la forme d'un fluide aux teintes charbon qui coule lentement à nos oreilles. Un envoûtement expert à l'image de l'album, plus délicat, plus soul, plus nuancé, aux angles plus arrondis, moins encensé que le harponnage des deux premiers, mais qui mérite autant d'attention. Après quelques écoutes un peu distraites et dubitatives, il n'est pas impossible que ce troisième album aux teintes sépia, souvent dédaigné à l'avantage des deux premiers, se fraye un chemin jusqu'à votre palais mental. Et n'en sorte plus. (lundi 12 mars 2012)

raven

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ERIC B. & RAKIM - Paid in Full
mercredi 10 février 2010, par codotusylv

Bien qu'il soit régulièrement considéré comme tel, il est inutile de se demander si Paid in Full est bel et bien le meilleur album de l'Histoire du hip-hop. La réponse est non, d'autres lui ont volé la place depuis. Mais Paid in Full, c'est tout autre chose, de bien plus fondamental. Paid in Full, ce n'est pas le meilleur du hip-hop. C'est le hip-hop.

4th & Broadway / Island Records :: 1987 :: acheter ce disque
Pour s'attaquer à un monstre de la taille de Paid in Full, il faut de la modestie, de l'humilité. Tout a déjà été dit sur les classiques de cette trempe, et une majorité de choses justes, d'analyses pertinentes. Alors, pour éviter tant bien que mal les redites, ou, au contraire, pour répéter les choses, mais sous un autre angle, le mieux est encore de parler de sa relation personnelle à l'album, de raconter son histoire, de rendre plus visible encore la subjectivité inhérente à toute critique de disque. Bref, de s'exprimer à la première personne.
A une époque où j'étais encore bien loin d'être converti au rap, Eric B. & Rakim ont été, avec les Beastie Boys et Run DMC, et plus tôt encore l'émission de Sidney, l'un de mes premiers contacts avec le genre. La séduction, cependant, a loin d'avoir été immédiate. Avec leur humour et leur allure cartoonesque, les deux autres groupes cités plus haut avaient de quoi m'interpeler. Mais avec Rakim et son DJ, c'était différent, ça semblait du sérieux. "I Ain't no joke", disait le MC, et il était clair, en effet, qu'on n'avait pas affaire à n'importe qui. Le duo était évident de technique, de classe, de pose, de style et, oui, de professionnalisme, malgré ce côté cheap et do-it-yourself, en dépit de ce son qui vieillira très vite. Toutefois, il ne provoquait aucun sentiment de ravissement, de catharsis, d'immersion. En somme, j'étais impressionné, mais aucunement subjugué.
Et quoi de plus normal ? Le ravissement, la catharsis, l'immersion, même si le rap est parfois capable de cela, ce sont des mots qui appartiennent à d'autres genres, c'est une vision très romantique de la musique, et qui survit essentiellement dans le rock. Le rap, c'est autre chose. Cette différence n'était pas encore apparente avec les Beasties et Run DMC. Avec leurs emprunts rock, ils sonnaient familier, ils apportaient quelques points de repère, auxquels s'ajoutait tout juste le charme de la nouveauté. La transition était douce.
Mais avec Eric B. & Rakim, non. Avec eux, nous étions au coeur du sujet. Ils proposaient un rap à l'état pur, réduit à sa plus simple expression, dans ce qu'il a de plus original, sans emprunt à d'autres genres, sinon aux rythmes endiablés de James Brown. Pour qui n'avait suivi que de loin l'émergence du hip-hop, ils étaient complètement singuliers, inédits.
Cette singularité, ils l'ont d'ailleurs conservée. Le rap d'après leur devra beaucoup, il citera et samplera à l'envie les phases les plus percutantes de Rakim, mais il ne leur ressemblera pas nécessairement. Au contraire, il se métissera, il intégrera des éléments plus pop, plus communs, étrangers, il donnera dans le crossover. Même au plus fort des 90's et du boom bap new-yorkais, il ne sera plus lui-même à ce point. Alors que sur Paid in Full, le souvenir des origines et de cet art étrenné dans la rue est encore intact.
Pas de couplets ni de refrains, le texte est récité tout de go. Pas de chichi, mais des sommets d'austérité, comme avec ce "As the Rhyme Goes On" tout en basse et en voix. Pas de message, mais du style et de la forme. Chaque titre se résume d'ailleurs à un long ego-trip, et quand Rakim cesse de dire à quel point il déchire au micro, c'est pour vanter les prouesses de son DJ ("Eric B. Is President"). Un MC, un DJ, et presque aucune intervention extérieure, excepté les deux remixes de Marley Marl ("My Melody", "Eric B. Is President"), et si l'on écarte les polémiques sur des contributeurs que le duo n'aurait parait-il pas crédité.
Et tous deux étaient au sommet de leur art, d'une maîtrise totale. Aux rythmes complexes et aux rimes imagées de Rakim, à ce phrasé si caractéristique, souple, félin, et d'où émane une saisissante impression de facilité, répondait les beats et les scratches éloquents d'Eric B, aussi à l'aise pour accompagner son MC que pour se livrer à des démonstrations solo : "Eric B. Is on the Cut", la fin de "Paid in Full" et ce charmant "Chinese Arithmetic" qui, avec sa petite mélodie chinoise stéréotypée, démontrait la capacité du hip-hop à jouer avec les clichés. C'était un manifeste du DJ, son chant du cygne déjà, avant qu'il ne s'efface derrière les figures du rappeur et du producteur, et ne se confine au ghetto du turntablism.
Paid in Full réunissait aussi les deux raps, le matérialiste et le spirituel. Le premier avec le titre, avec cette pochette toute en bagouzes, en chaînes en or et en billets verts, même si cela n'est pas sans distance ou ironie (à écouter les paroles, la rémunération attendue est davantage l'approbation des foules que des espèces sonnantes et trébuchantes). Le second par la figure prophétique et de sage musulman incarnée par Rakim.
Alors, Paid in Full, meilleur album de l'Histoire du hip-hop, comme beaucoup l'ont prétendu, malgré la concurrence très rude des classiques des 90's ? Ca dépend…
Oui, sans nul doute, dans la catégorie du hip-hop chimiquement pur. Mais pas nécessairement dans l'absolu. Il aurait d'ailleurs été dommage que le rap ait atteint son point d'orgue dès 1987. Comme le veut la formule désormais consacrée, Rakim n'est pas le rappeur préféré de monsieur tout le monde, il est le rappeur préféré de ton rappeur préféré, voire du fan hardcore de hip-hop. Et à quelques nuances près, le même jugement pourrait être fait à propos d'Eric B. et des DJs. Ce disque, c'est la matrice, c'est la formule de base, c'est la quintessence. Mais ce n'est pas le produit final.
Non, vraiment, il est inutile de se demander si Paid in Full a été le meilleur album de l'Histoire du hip-hop. La question n'est pas pertinente. Elle est nulle, non avenue. La réponse va largement au-delà. La réponse est que Paid in Full, c'est le hip-hop.

PS : à lire aussi, une très bonne chronique sur Paid in Full publiée il y a quelques années sur l'ABCDR du Son. Seule remarque, je m'insurge quand je vois NTM cité comme le meilleur de la postérité d'Eric B. & Rakim, et le "Pump up the Volume" de M/A/R/R/S implicitement considéré comme le pire. N'en croyez rien, c'est exactement le contraire.

http://www.fakeforreal.net/index.php/post/2010/ERIC-B.-RAKIM-Paid-in-Full







Hip-Hop Fathers : Eric B & Rakim
Publié le décembre 3, 2012 par unnouvelair

Ça c’est l’un de mes premiers morceaux préférés de Hip-Hop !
C’est à la toute fin des années 80 que je découvris le monde violent des gangs de Los Angeles avec le film « Colors » de Dennis Hoper. La révélation d’une tragique guerre sans relâche, et sans espoir de sortie, entre les Crips (en bleu) et les Bloods (rouge). Œil pour œil, dent pour dent, jusqu’à ce que mort s’ensuive et que l’honneur soit retrouvé. Et ainsi de suite.
Je trouvai à l’époque la bande originale du film en import CD via le Japon. Certains morceaux étaient assez violents, notamment le titre qui ouvrait l’album « Colors » de Ice-T, c’était le début du Gangsta Rap.
J’ai été très heureux et surpris de voyager dans mon adolescence en retrouvant chez Superfly un disquaire du 3eme arrondissement, une édition originale de « Paid in Full » (morceau plus léger) !
Un titre hyper samplant et hyper samplé(1) par la suite. Une composition assez originale à l’époque qui sortait de la simple boite à rythme et de la ligne de basse. Eric B et Rakim y intégrèrent des samples de chanteuse orientale, de voix de films, des rires, et même le fameux « pump of the volume », tout ça avec de gros scratchs !
Ecoutez et retrouvez tous les samples que vous connaissez!!
(1)    Le sampling ou échantillonage consiste à isoler un son, un voix, ou une mélodie d’un premier morceau et à l’intégrer dans un nouveau morceau. Le sampling est apparu avec le hip-hop, puis utilisé en musique éléctronique. Aujourd’hui un certain nombre d’artistes pop ou rock s’auto-samplent en live.
Eric B & Rakim, Paid in Full (Seven Minutes of Madness – the Coldcut Remix), Island Music, 1987.

http://unnouvelair.wordpress.com/2012/12/03/hip-hop-fathers-eric-b-rakim/















20/02/2013
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