Alain YVER

Alain YVER

ERIC DOLPHY

ERIC DOLPHY



UN TRÈS BON BLOG CONSACRÉ AU JAZZ
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Biographie

Qui sait ce que la richesse de jeu et le sens créatif hallucinant d'Eric Dolphy avaient encore à offrir lorsque la vie du musicien a été fauchée par une attaque de diabète en 1964?
 
Chose certaine, malgré une carrière qui n'a en fait duré que six ans, Dolphy a eu amplement le temps de déconstruire le jazz pour le remodeler à sa façon et ainsi attirer le regard admirateur de plusieurs. Il maîtrisait autant le saxophone alto, la clarinette basse que la flûte, permettant à ces deux derniers instruments d'obtenir enfin leur place au soleil dans l'univers jazz.
 
C'est Chico Hamilton qui, à la fin des années 50, le recrute dans son quintette et l'emmène à New York, où Dolphy côtoie d'autres marginaux tels que Charles Mingus, John Coltrane ainsi qu'Ornette Coleman. C'est aussi à ce moment qu'il commence à enregistrer en tant que leader. La période 1960-1961 est fertile à ce niveau et Dolphy immortalise des titres géants comme Eric Dolphy at the Five Spot, Tenderly et Outfront.
 
Quelques mois plus tôt, la sortie de The Complete Prestige Recordings avait assis une fois pour toute la réputation de cette perle de gentillesse et d'amabilité.
 
Disparu à 36 ans, Dolphy a laissé un héritage encore hyper actuel aujourd'hui.




ERIC DOLPHY


Multi-instrumentiste (saxophone alto, clarinette basse, flûte) Eric Dolphy est souvent appelé "le passeur". Il a émergé à la charnière du be-bop et du Free Jazz en créant son propre univers. Sa fulgurante carrière, 6 années d'intenses activités, se présente comme un "cross-over" permanent.

News : Un double cd est annoncé par Blue Note pour le 21 mai 2007 : Charles Mingus Sextet with Eric Dolphy Cornell 1964, un live inédit enregistré le 18 mars 1964 à la Cornell University, quelques semaines donc avant que le sextet ne parte pour sa fameuse tournée européenne.
Eric Dolphy par Francis Wolff, le 25 février 1964 lors de l'enregistrement de "Out to Lunch" (Copyright Mosaic Image)     

Eric Dolphy (né à Los Angeles en 1928) a débuté vers 1948/49. Dès les années 50 il commence à fréquenter John Coltrane et Ornette Coleman et donne même des cours de composition à un certain LaMonte Young, futur chef de file de la musique minimaliste. En 1958, Eric Dolphy se fait engager dans le quintette du batteur Chico Hamilton avec qui il tourne jusqu'en octobre 1959. Il forme ensuite son propre quintette et enregistre son premier disque en leader : Outward Bound (1959).

A partir de là tout s'accélère et Eric Dolphy semble avoir acquis le don d'ubiquité. En 1960 il enregistre avec Oliver Nelson, John Lewis, Abbey Lincoln... Il entame une collaboration régulière avec le Jazz Worshop de Charles Mingus, marquée cette année là par leur prestation inouïe au festival d'Antibes-Juan Les Pins (Mingus at Antibes) et par l'un des albums majeurs de Charles Mingus, Charles Mingus presents Charles Mingus. Le 20 décembre Eric Dolphy joue dans l'orchestre de Gunther Schuller pour la création d'oeuvres "Third Stream" (publiées chez Atlantic sous le titre Jazz Abstractions) en compagnie de Bill Evans, Scott LaFaro, du Contemporary String Quartet et d'Ornette Coleman. Le 21 décembre il enregistre avec le Double Quartet d'Ornette Coleman le légendaire Free Jazz. Le même jour Eric Dolphy met à profit de sa présence en studio pour attraper au vol la matière de ce qui deviendra son album en leader Far Cry.

En 1961, Eric Doplhy continue sur sa lancée. Il fait partie des quintettes d'Oliver Nelson (le très groovy The Blues and The Abstract Thruth) et de Ted Curson, des sextettes de Booker Little et George Russel (Ezz-thetics, ). Il rejoint ensuite John Coltrane qui enregistre Africa / Brass en grand orchestre et Olé Coltrane en formation plus restreinte. Après quelques jours avec Max Roach (Percussion Bitter Sweet) Eric Dolphy part en Europe. Il ne se met pas pour autant "au vert" puisqu'il se produit avec des musiciens locaux en Allemagne, au Danemark et en Suède pendant les mois de août et septembre 1961. Cette tournée donnera lieu à nombre d'enregistrements avec des jazzmen européens peu connus pour la plupart.

Eric Dolphy rentre à New-York en novembre 1961 pour participer aux 4 jours de concerts mythiques donnés par John Coltrane au fameux club le Village Vanguard (Live at The Village Vanguard). Eric Dolphy repart ensuite en tournée européenne, cette fois avec le quintette de John Coltrane. Au programme : l'Olympia à Paris, Copenhage, Helsinki, Stockholm et l'Allemagne. De retour au bercaille en février 1962 Eric Dolphy joue avec Coltrane au non moins fameux Birdland (John Colrane Live at Birdland featuring Eric Dolphy) puis repart collaborer à droite et à gauche : dans les orchestres de Pony Pointdexter, Benny Golson, John Lewis en 1962. Il participe aux sessions épiques organisées par Charles Mingus au Town Hall pour donner forme à un vieux projet pour grand orchestre (Town Hall Concert).

Dolphy continue la tournée des popotes en 1963 avec les orchestres de Freddie Hubbard, Gunther Schuller, Teddy Charles, Charles Mingus (Mingus, Mingus, Mingus, Mingus), Gil Evans (The Individualism of Gil Evans), John Coltrane, ... Il a également le temps d'enregistrer pour son compte des prises pour les albums Iron Man et Conversations en juillet 63.

En février 1964 Eric Dolphy enregistre avec son quintette l'un de ses albums studio les plus connus : Out To Lunch. Il part ensuite en tournée en Europe cette fois avec le Charles Mingus Sextet en avril 1964, une tournée harassante (15 dates en à peine 3 semaines ) qui fit dire à Charles Mingus que les managers avaient tué Dolphy. Après la tournée, Dolphy décide de rester en Europe et joue en concert avec le Kenny Drew Trio pour la RTF à Paris, avec le Misha Mengelberg Trio en Hollande et au Chat qui pêche avec Donald Byrd le 11 juin 1964. Il s'agit de l'ultime prestation enregistrée d'Eric Dolphy qui succombe d'une crise cardiaque consécutive à un diabète le 29 juin 1964. Il n'avait que 36 ans.


    

Discographie sélective en leader :

    * The Prophet (réuni Outward Bound et Out There sortis sur Prestige, 1960).
    * Latin Jazz Quintet with Eric Dolphy (Prestige, 1960).
    * Others Aspects (Blue Note, sessions de 1960, 62).
    * Far Cry (Prestige, 1960).
    * Eric Dolphy At the five Spot vol.1 et 2 (Prestige, 1961).
    * The Berlin Concerts (Enja, 1961).
    * Stockholm Sessions (Enja, 1961).
    * Live at Gaslight Inn. (Ingo, 1962).
    * Iron Man (Enja, 1963).
    * Conversations (Affinity, 1963).
    * The Illinois Concerts (Blue Note, 1963).
    * Out To Lunch (Blue Note, 1964).
    * Eric Dolphy with the Misha Mengelberg Trio Last Date (Emarcy, 1964).
    * Eric Dolphy / Donald Byrd Unrealized Tapes (West Wind, 1964).

Discographie sélective en sideman :

    * Charles Mingus Mingus at Antibes (Atlantic, 1960).
    * Charles Mingus Charles Mingus presents Charles Mingus (Candid, 1960).
    * Gunther Schuller Jazz Abstractions (Atlantic, 1960).
    * Ornette Coleman Double Quartet Free Jazz (Atlantic, 1960).
    * Abbey Lincoln Straight Ahead (Candid, 1961).
    * Oliver Nelson The Blues and The Abstract Truth (Impulse, 1961)
    * Booker Little and his Sextet Out Front (Candid, 1961).
    * George Russel Sextet Ezz-Thetics (Riverside, 1961).
    * John Coltrane Africa / Brass (Impulse, 1961).
    * John Coltrane Olé Coltrane (Impulse, 1961).
    * Max Roach Percussion Bitter Sweet (Impulse, 1961).
    * John Coltrane Live at the Village Vanguard (Impulse, 1961).
    * John Coltrane The Complete Paris Concerts (1961).
    * John Coltrane John Coltrane Live at Birdland featuring Eric Dolphy (Affinity, 1962).
    * Charles Mingus and his Orchestra Town Hall Concert (United Artists, 1962).
    * Freddie Hubbard and his Orchestra The Body and The Soul (Impulse, 1963).
    * Charles Mingus and his Orchestra Mingus, Mingus, Mingus, Mingus (Impulse, 1963).
    * Gil Evans The Individualism of Gil Evans (Verve, 1963).
    * Andrew Hill Sextet Point of Departure (Blue Note, 1964).
    * Charles Mingus Jazz Workshop : tous les enregistrements de la tournée de 1964

  Note : les dates indiquées sont les dates d'enregistrement.








En juin 1965, Jean-Louis Comolli publiait dans Jazz Magazine un article consacré à Eric Dolphy (et, au travers de lui, à la free music). Suite et fin.
Si vous ne l'avez fait, lisez la première partie de l'article.

LE CHANT DES OISEAUX
« Oui, parfois, en jouant, j'imite le chant des oiseaux... Je ne sais pas si cela est valable ou non en jazz, mais je trouve cela très agréable. D'une façon ou d'une autre, cela fait partie de mon jeu et de mon développement. Parfois, je ne peux pas réussir à le faire... Chez moi, en Californie, j'avais l'habitude de jouer, et les oiseaux avaient l'habitude de siffler avec moi. J'arrêtais mon travail pour aller jouer avec eux...

«Lorsque vous me dites que vous n'aimez pas tout ce que je fais, vous ne me choquez pas et je trouve cela au contraire parfaitement normal. Non pas que je croie à la musique que j'essaye de faire, mais parce que c'est cette musique-là que je veux faire. Vous me dites que mes hennissements sont anti-musicaux et que mes envolées dans les couinages heurtent l'oreille. D'accord, mais même si tous les gens fuyaient dès que j'embouche l'un de mes trois instruments, si aucune firme ne consentait à m'enregistrer et si je devais crever de faim pour jouer ce que je ressens, je continuerais à jouer. Parce que justement je le ressens... J'essaye de faire tout ce que je pense être à même de faire... (Eric Dolphy, Down Beat et Jazz Hot).

« Des chants d'oiseaux enregistrés et passés au ralenti ont la même sonorité qu'une flûte. Inversement, un enregistrement de flûte écouté à vitesse rapide ressemble au chant de l'oiseau ». (D.B.)

 

LA MORT DU SWING

« L'essentiel battement régulier du jazz... » ; « la régularité rythmique »; « le respect des tempos » (lieux communs jazziques).

« Je ne vois pas bien l'intérêt qu'il y a pour un batteur à jouer continuellement la hi-hat d'un bout à l'autre d'un morceau... Non, vraiment cela ne présente aucun intérêt. Mon tempo est dans ma tête et, je l'espère, sur ma cymbale. On peut dire que je me range dans la catégorie des drummers qui jouent « free », un mot que je n'aime pas beaucoup. La plupart des batteurs qui jouent ainsi ne marquent plus le tempo... Pour moi, la permanence rythmique, c'est un certain feeling, une certaine qualité de son que l'on peut tout aussi bien obtenir sur la cymbale... Depuis que je joue de la batterie, des tas des musiciens ont cru utile de me submerger sous le flot de leurs conseils : « marque les contretemps à la hi-hat et joue le tempo ». Ils n'ont pas l'air de se rendre compte que je joue le tempo. Il est toujours présent, mais je me refuse à le marquer à la grosse caisse. Je ne le peux pas. Mais je vous répète que ce tempo est en moi et, donc, au bout de mes baguettes : je l'y sens et on doit l'y percevoir ». (Tony Williams, D.B.). (Retenons cette idée, admirable, que le rythme est affaire d'une certaine qualité d'émotion, qu'il est déjà expression ; et sa complémentaire que, étant déjà exprimé par la qualité de la musique jouée, étant déjà présent dans l'expression proposée, il devient superflu —ou inutile, ou trop facile — de le souligner par surcroît : libre à nous d'étendre ces conceptions d'un jeune batteur au jeu des solistes de la free -music, à celui d'Eric Dolphy.)

« Le jeu de Dolphy et de Coltrane —ne parlons pas du « jeu » de Coleman —ne swingue pas » (Lieu commun jazzique).

« Je ne sais pas quoi dire sur ce sujet du swing » (Eric Dolphy).

« Il se peut que ça ne swingue pas » (John Coltrane).

« Je ne peux pas dire que ceux qui trouvent que ça ne swingue pas ont tort, mais je jouerai encore » (Dolphy).

Questions : le swing, ce fameux roi-fantôme du jazz, sur quoi toujours la critique achoppe et dont elle a fait la pierre d'achoppement d'une éventuelle spécificité jazzique, n'est-il pas un vain mot ? Une survivance d'une forme de jazz disparue ? Les nouvelles formes n'introduiraient-elles pas une nouvelle formulation du swing ? Ne transposeraient-elles pas ce swing sur un plan autre ? Les musiciens qui nous préoccupent semblent s'en foutre complètement. Seuls les critiques continuent de s'en occuper. Le jazz est une musique hantée de fantômes qui sont poncifs.

 

LE CHAOS FORMEL

« Une musique invertébrée... Le règne de l'anarchie... n'importe quoi n'importe comment... un fourre-tout formel... »(Lieux communs jazziques).

« Ce qui compte avant tout, c'est d'improviser et de jouer jusqu'à ce que l'inspiration cesse (même si les solos ont l'air d'être « trop longs »). Et si l'inspiration cesse au milieu d'un solo, la reprendre au point où elle a commencé spontanément, afin de la laisser « vivante ». (Eric Dolphy et John Coltrane, Down Beat).

« Je trouve agréable tout ce que j'essaie de faire... Cette sensation m'aide à jouer. C'est comme si vous n'aviez aucune idée de ce que vous allez faire ensuite. Vous avez une idée, bien sûr, mais c'est toujours quelque chose de spontané, d'imprévu qui survient. Ce sentiment, pour moi, guide tout le groupe de Coltrane. Quand John joue, cela peut mener à quelque chose qu'on ne pouvait penser faire. Alors McCoy intervient, fait quelque chose. Ou bien Elvin Jones, ou Jimmy jouent ; ils jouent en solo, ils font quelque chose et la section rythmique prend une voie différente. Je sens que c'est cela (cette surprise agréable) qui compte pour moi. » (Eric Dolphy, ib.)

« Avant l'arrivée de Dolphy, je m'étais senti à l'aise avec un quartette. Mais quand il vint jouer avec nous, ce fut comme si notre famille avait un membre de plus. Il avait trouvé un autre moyen d'exprimer cette même chose dont nous n'avions jusqu'alors trouvé qu'un seul mode d'expression. Depuis qu'il fait partie de la formation, il a augmenté nos possibilités et nos désirs, il a eu sur nous un effet amplificateur. Il y a des tas de choses que nous tentons maintenant, que nous n'avions jamais tentées auparavant. Cela m'a aidé: j'ai commencé à écrire. Il est nécessaire que nous ayons des choses écrites pour pouvoir jouer ensemble. Nous jouons des choses plus libres qu'auparavant. »(John Coltrane, ib.)

« Marcel Duchamp signait des objets, et ce n'était plus le désespoir de l'inimitable, mais la proclamation de la personnalité du choix préférée à la personnalité du métier » (Aragon, la peinture au défi).

 

COLLAGES

« La musique est un reflet de tout. Elle est universelle. » (Eric Dolphy).

« Elle est le reflet de l'univers. » (John Coltrane).

« Je ne crois pas indispensable de chercher pour trouver. » (Dolphy).

A travers ces séries de citations « collées » en lieu et place des raisonnements convaincants ou subtils que quiconque aurait pu tenir sur le free jazz et la musique de Dolphy, on aura peut-être saisi la vanité qu'il y a à vouloir tenir cette musique dans le système de références dont le jazz jusqu'ici nous avait dotés. La free music, la musique de Dolphy qui la réalise sont forme originale et indépendante, et réclament tout autre chose que le système de grilles du critique de jazz. Elles sont à l'unisson des mouvements les plus actuels de l'art tout entier, à travers qui, par un biais critique qui serait l'équivalent du biais musical que Dolphy emprunte pour exprimer, on pourrait sans doute les approcher au plus près. (Du moins, manifester non un parallélisme, mais une communauté — facteur de modernité commun aux diverses formes d'art.)

Les papiers-découpés de Matisse, où la découpe fait surgir un vide qu'elle devrait habiller, rendent compte mieux que long discours de la démarche improvisatrice de Dolphy, où intervalles, arrêts, brisures, sutures et reprises figurent, structurent ce qu'ils devraient au contraire trahir, c'est-à-dire la continuité d'un jeu fondé autant sur les pleins que les creux, et où, à la limite et comme dans les papiers collés, on ne pourrait plus distinguer la pièce portante de la pièce rapportée, le dessin de son absence.

Les « séries » de signes (symboles, allusions, métaphores?) qui reviennent à espaces plus ou moins arbitraires ou convenus dans les tableaux-collages-sérigraphies de Robert Rauschenberg, et sont comme un filet jeté au travers de la peinture et ramenant épaves ou prises rares, renvoient aux séries de notes qui viennent paraître interrompre l'improvisation dolphyenne, qui se jettent à travers elle pour ramener un bétail égaré, qu'elle aurait laissé en chemin ? Matador Music, l'une des plus belles oeuvres de Dolphy (dans « Conversations ») évoque la naïveté et la sentimentalité excessive des oeuvres de Lichtenstein...

Tout ceci concerne la forme de la free music, forme sur qui ne nous renseigneront que ces rapports aux autres formes contemporaines : cette «forme» existe ; elle est aussi aboutie qu'elle se propose de l'être ; simplement les désarrois qu'elle suscite tiennent à notre manque de repères, à quoi remédient ces repères étrangers au jazz, mais pas tant aujourd'hui.

Reste le solitaire en Dolphy (outre le compositeur, l'animateur). Il n'est pas de plus belle définition de son jeu solitaire que l'esprit même d'une de ses oeuvres, bâtie sur un standard : Alone together. Seul et ensemble, seul à deux, à plusieurs, seul ensemble. Une basse et une clarinette basse jouent seules et ensemble, tout le free-jazz circule entre deux instruments qui, sages ou déments, auprès comme au loin, se nomment l'un à l'autre leur relais.

En proie à l'innocence plénière de la création libre, à ses souffrances comme à ses joies, la musique de Dolphy peut en dernier recours se caractériser comme une transmutation, opération d'ordre poétique. Les normes quantitatives du jazz sont changées en qualités de l'expression ; les défaillances et hésitations prennent valeur de contrepoids à la certitude et font affleurer la linéarité et la structure même qu'elles semblaient briser ; la rectitude de l'évolution tout entière du musicien et cette certitude seconde de sa démarche procèdent tout de même de biais et réveillent doucement, par les seuls excès d'une musique et dans cette seule musique, cet « autre chose en moins » sans quoi le plus ne vaut rien, qui est peut-être le simple espoir tremblé de la vie sans quoi la perfection n'est pas félicité. « Le merveilleux doit être fait par tous et non point par un seul », seulement faut-il ne point rater le passeur de merveilleux.

Jean-Louis Comolli.




08/06/2007
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