Alain YVER

Alain YVER

EVGEN BAVCAR

EVGEN BAVCAR




mail
evgenbavcar@hotmail.com

son site
http://www.zonezero.com/exposiciones/fotografos/bavcar/

photos
http://www.leschicstypes.fr/evgen-bavcar-photographe-aveugle/

https://sites.google.com/site/penserparimages/photographie/evgen-bavcar





Evgen Bavcar, né le 2 octobre 1946 près de Ajdovscina alors en Yougoslavie, est un photographe français d'origine slovène vivant en France.

Biographie

Evgen Bavcar est devenu aveugle à l'âge de douze ans suite à un accident. Il prend ses premières photos à 16 ans et poursuivera dès lors une carrière de photographe, et d'écrivain. Après des études de philosophie qu'il commence à l'Université de Ljubljana (diplômé en 1972) et finit à la Sorbonne (en 1976), il décide de vivre à Paris où il réalise ses travaux. En 1981, il acquiert la nationalité française et intègre le CNRS comme ingénieur.

Il réalise sa première exposition de photographie en 1987 à Paris. En 1993, il réalise un livre de lithographies pour aveugles conçu avec son ami le peintre catalan Miquel Barceló.

Bibliographie

    * Le Voyeur absolu en collaboration avec Ghislaine Glasson-Deschaumes, 1992, éditions du Seuil, (ISBN 2020136155).
    * Livre pour aveugles, 1993, 48 lithographies en relief conçues avec Miquel Barceló.
    * L'Inaccessible Étoile, 2000, éditions Paradigme (ISBN 3716510556).







Chercheur d'images

Evgen Bavcar Ingénieur à l'IEAC et photographe: "Il faut distinguer le visuel, ce que voient nos yeux, du visible, ce que voit notre esprit."

«À 12 ans j'étais amoureux d'une jeune fille qui portait ses cheveux noués en une longue queue de cheval. Je me suis plongé dans sa chevelure et je n'ai depuis jamais trouvé la sortie. » Evgen Bavcar s'amuse à raconter cette petite histoire poétique inventée lorsque, un peu agacé par la récurrence de la question, on lui demande comment à l'âge de 12 ans il est devenu aveugle. Une marque de l'originalité de ce personnage qui, comme pour relever le défi de son handicap, a fait de l'image sa spécialité et de la photographie son œuvre. Naturalisé français, cet artiste slovène expose un peu partout. Diplômé de philosophie, il est souvent convié à s'exprimer sur le statut de l'image. C'est en effet à ce sujet entre autres1 qu'il se consacre depuis 1976 au sein de l'Institut d'esthétique des arts contemporains (IEAC) à Paris. Mais son intégration administrative n'a pas été simple, même si, « pour les directeurs successifs de l'Institut, ma cécité n'a jamais été un problème. Et pour cause : en sciences humaines, l'acceptation que tout homme est handicapé dans son corps et dans son esprit est le point de départ de toute réflexion. » Il obtient finalement en 2001 un poste réservé d'ingénieur d'étude à l'IEAC. Son activité de photographe artiste et son travail de chercheur sont intimement liés. « Je m'intéresse à la photographie non comme technique mais comme idée. Non à l'invention du XIXe de Niepce ou Daguerre mais à ses origines conceptuelles. Pour moi, la première chambre noire est la caverne de Platon2, explique le chercheur. Il faut distinguer le visuel, ce que voient nos yeux, du visible, ce que voit notre esprit. Le sens n'est pas donné seulement par les expériences visuelles, mais aussi par celles invisibles à l'œil. D'ailleurs la science n'aurait pas de sens, sans cela. » Passionné d'astronomie, Evgen raconte sa rencontre avec Peter Von-Ballmoos3, qui lui dit : « Nous autres astrophysiciens sommes tout aussi aveugles que toi, nous ne pouvons pas voir l'Univers, ce que nous voyons n'est qu'interprétations de ce que proposent nos techniques. En science, c'est très souvent le cas. » Comme pour prouver sa non-singularité, il ne cache pas ses yeux derrière des lunettes noires et d'ajouter : « la cécité est un problème universel. » Persuadé en cela que « les aveugles ont des connaissances à proposer aux voyants », il poursuit :
« laisser le champ libre aux autres perceptions permettrait un enrichissement de leur regard, une ouverture à de nouvelles interprétations, qui, sous le poids démesuré du "visuel", ne peuvent se frayer un chemin. »

Comment réalise-t-il ses portraits ? En évaluant les distances avec ses bras et en utilisant l'autofocus de son Leica pour la mise au point. Mais on reste surpris devant le cliché qu'il réalise en 1997 de la comète de Hale-Bopp. Il juge le résultat de ses prises de vue en les faisant décrire par sa nièce ou ses amis. Cet homme bienveillant au visage paisible, au regard bleu, au collier poivre et sel, garde un certain mystère. « J'ai été invité à Marseille comme membre du jury pour des œuvres vidéo d'artistes contemporains, on me racontait les films, explique-t-il. Un pianiste aveugle était aussi invité, poursuit-il d'un ton admiratif, on lui a demandé d'improviser sur les films muets. » Silence. « C'est cela que j'appelle l'intelligence suprême. » Et Evgen
d'ajouter : « Au CNRS je retrouve cette ouverture où l'on donne la parole à ceux qui peuvent parler beaucoup plus de l'intérieur. »
Stéphanie Belaud
Notes :

1. Il travaille aussi sur l'esthétique en philosophie, en
littérature et en poésie.
2. La caverne de Platon : métaphore par laquelle Platon
explique le monde concret et celui des idées.
3. Professeur d'astrophysique au Centre d'étude spatiale
des rayonnements de Toulouse.

http://www2.cnrs.fr/journal/337.htm







Evgen Bavcar

photos
http://www.boumbang.com/evgen-bavcar/

Clemence Imbert décembre  2011 1
Photographe et non-voyant.

« Mes images sont fragiles; Je ne les ai jamais vues, mais je sais qu'elles existent et certaines m'ont beaucoup ému. »

Evgen Bavcar est un photographe naturalisé français, né en 1946 en Slovénie. Il devient aveugle vers l'âge de douze ans, perdant son œil gauche, puis son œil droit dans deux accidents successifs. Il commencera à pratiquer la photographie d'art quatre ans plus tard. Diplômé en philosophie, il exerce aujourd'hui au sein de l'Institut d'esthétique des arts contemporains (IEAC) d'où il a souvent l'occasion de s'exprimer sur le statut de l'image.

Pour réaliser ses photos, Evgen Bavcar dépend des autres, des médiateurs qui lui décrivent ce qu'il a devant lui. Il utilise l'autofocus de son appareil Leica pour la mise au point mais peut aussi évaluer, à l'oreille, la distance qui le sépare de son modèle. « Je sais qu'il y a des choses qui m'échappent, mais c'est vrai aussi pour les photographes voyants. ». La photographie numérique est pour lui un allié pratique, mais également théorique: un appareil numérique est quelque part un peu « aveugle ». Il enregistre un visible immatériel, contrairement à la photographie analogique qui fixe le réel dans la matière sensible de la pellicule, comme sur la rétine.








Etre un photographe aveugle, c'est à première vue impossible, idiot, provocateur.

Pourtant, plusieurs photographes sont aveugles, à commencer peut-être par Evgen Bavcar, mais aussi Paco Grande, Flo Fox ou Toun Ishii. Tous totalement inconnus du grand public, et même de beaucoup d'amateurs éclairés de photo, alors que l'idée d'un musicien sourd ne choque plus personne depuis Beethoven. En quittant le cercle des artistes reconnus (même d'un faible nombre), je connais aussi un photographe professionnel qui anime des ateliers avec de jeunes malvoyants et non-voyants, à qui il apprend à photographier (et il apprend aussi beaucoup d'eux en même temps, dit-il).

Devant la beauté des images signées Evgen Bavcar, qu'on peut voir sur ce montage video, on se dit brusquement que « ça » pourrait être sérieux, et qu'il y a indéniablement une création artistique.

La question du comment, avec qui, conduit à une vraie réflexion sur la nature de la création artistique, sur la notion même d'auteur, et aussi, tout simplement, sur la réalité des perceptions et l'univocité du partage de ces perceptions. Pas étonnant que Bavcar soit autant philosophe que photographe !
Les photographes aveugles ne le sont généralement pas de naissance
« L'image » est perçue, de différentes façons

Que ce soit Evgen Bavcar ou les autres, tous ont perdu la vue après une période suffisamment longue pour qu'une description, une couleur, ait du sens. (Ce n'est pas le cas des jeunes malvoyants avec lequel mon ami professionnel organisait des ateliers). Face à un paysage, ou à une photo, ils sont un peu comme un lecteur imaginant un lieu à partir d'une description. De plus, il arrive couramment que le cerveau active d'autres zones et d'autres perceptions, qui permettent à l'aveugle de percevoir le monde qui l'entoure, à travers des sons, des vibrations, des parfums, et de re-transformer cet ensemble de perceptions dans une sorte d'image basée en partie sur des souvenirs.

Bavcar, qui a perdu la vue à l'âge de onze ans, indique percevoir les couleurs comme plus ou moins « chaudes », et pouvoir les ressentir en passant sa main sur un objet. De nombreux aveugles confirment qu'en ayant perdu la vue, ou en ne l'ayant jamais eue, leurs autres sens se sont développés, et qu'ils peuvent se faire une représentation d'une personne, d'une pièce, grâce aux odeurs, aux résonances, aux mouvements d'air, aux vibrations de plancher, ou tout simplement au toucher.

« Image » et « Imaginer » ont la même racine, « imago », qui en latin désignait les masques mortuaires, donc une modification du réel.

Sans aller jusqu'à la cécité, une personne qui a un défaut visuel, comme le daltonisme, percevra le monde différemment des « normaux », et ce monde sera aussi réel et exact pour elle que pour un autre.

On peut donc dire qu'on photographe aveugle « photographie » en essayant de retranscrire ce qu'il perçoit du monde par rapport à une expérience visuelle passée.

L'intermédiation

Les photographes aveugles se font généralement décrire la scène et la photo en résultant par un assistant voyant. Ce ne serait donc pas « leur » vision ». En réalité, cela pose la question philosophique de notre capacité à voir seul, uniquement par nous-mêmes. Combien de fois avons-nous découvert un lieu en ayant déjà en tête les descriptions qui nous en avaient été faites ? Et modifié notre appréciation de cet endroit en fonction même de ce qui nous en avait été dit ? (En bien ou en mal, d'ailleurs, si la présentation qui nous en avait été faite était trop positive, notre déception sera d'autant plus grande).

On est rarement seul pour voir le monde, on le perçoit rarement sans intermédiaire. Proust le décrit parfaitement avec son petit pan de mur jaune, mais même sans aller jusque là, une grande partie de ce que nous voyons, nous le percevons par l'intermédiaire des autres.
La traduction du réel

Qu'est ce qui est donc vrai, à ce moment là ? Notre vison, sorte de moyenne entre ce que nous et les autres voyons, ou une « vision absolue », qui existerait de façon scientifique, et qui serait aussi objective qu'une distance.

Dans la première moitié du XX° siècle, des ethnologues ont projeté à des tribus reculées de l'Amazonie des films montrant la vie moderne. Les Amazoniens n'ont réussi à « voir » ce que qu'ils connaissaient : des arbres, des oiseaux. Tout le reste, trop éloigné de leur réalité, n'était que des formes sans signification, même pas remarquées.

Le réel, que la photographie est censée « montrer » est en réalité polymorphe, chacun d'entre nous a une perception et une hiérarchisation qui lui sont propres.

De la même façon, un photographe aveugle traduit par le biais d'un médium qu'il ne peut pas contrôler, une représentation du monde qui l'entoure. Le dialogue de l'émetteur et du récepteur devient un trio, avec le traducteur qui décrit la scène à photographier, la photo en résultant.

Mais il ne s'agit alors que de rajouter un champs de perceptions et d'expériences supplémentaire.

En conclusion, aussi surprenante, voir choquante, qu'elle puisse être, la notion de photographe aveugle s'inscrit dans une démarche à la fois artistique et philosophique. La beauté des images, même si elle est réelle, n'est par le premier objectif, mais le déclenchement d'une réflexion sur la signification réelle de voir, percevoir, et montrer.

Evgen Bavcar, philosophe photographe aveugle.







Originaire de Slovénie, Evgen est aveugle mais avant tout photographe. À croire qu'il refuse la facilité !

Par: Lisa Serero

Evgen se plaint de son appartement parisien. Trop petit. Mais Evgen est comme ça. Il ne se contente pas de ce que la vie lui offre.

Impossible pour un non-voyant de faire de la photo, d'être critique d'art ou d'étudier l'esthétique ? C'est sans compter sur cet homme qui se définit comme un « artiste conceptuel ».

Né en Slovénie, Evgen était « un enfant heureux » jusqu'à ce que la guerre lui coûte la vue à l'âge de 12 ans, suite à deux accidents. Qu'à cela ne tienne, il devient le premier professeur aveugle dans un lycée de son pays natal.

1972 : arrivée en France. D'abord thésard en esthétique et en philosophie à la Sorbonne, il est aujourd'hui chercheur au CNRS. Parmi ses autres titres, deux doctorats honoris causa, distinction parmi les distinctions, attribués par des universités mexicaine et slovène.

Entre expositions et conférences à travers le monde, Evgen voyage souvent. Malgré cela, il rappelle qu'un handicapé est avant tout privé de sa liberté. Obstacle principal : les préjugés. « J'ai perdu des années à cause de ça. Il a fallu lutter pour tout. Faire ses preuves, constamment. C'est humiliant. C'est fatiguant ». Quand on lui demande d'où il a tiré sa force, Evgen admet ne pas avoir eu le choix. L'instinct de survie, voilà comment il explique sa ténacité. « C'était soit la vie, soit le suicide. La facilité aurait été qu'on me tue ».

Agacé lorsqu'on le dit photographe aveugle, il préfère photographe tout court. « On ne dit pas photographe noir ou chrétien ». Agacé aussi lorsqu'on lui demande comment il fait pour prendre une photo. « C'est pénible. Beethoven a bien réussi à composer, non ? » En fait, être un professionnel de l'image est une évidence pour Evgen.

L'homme va « toujours à contre courant », raison pour laquelle il a étudié l'esthétique et en a fait son métier. « Nous sommes privés de tant de richesses liées à l'image. Les choses qui me sont interdites, inaccessibles m'intéressent ». La preuve, il aurait été ingénieur s'il n'avait pas perdu la vue.

Bavcar veut rompre avec les clichés. Il le prouve chaque jour, les aveugles sont capables d'exercer toutes les professions. Voire mieux, pour certaines. « Il devrait y avoir davantage d'aveugles psychologues ou psychanalystes car ils sont dans un état d'écoute absolue ». Pour lui, les non-voyants apportent leur propre regard, vide de toute idée préconçue. Exemple lorsqu'il commente un tableau : « Je vois les œuvres autrement. Je vois l'essentiel ». Il espère qu'avec son travail, la future génération de non-voyants subira moins de préjugés. Et que la frontière avec les voyants sera plus mince, du fait d'un meilleur accès à l'information et à la culture. « Allez au Louvre, à Monoprix ou dans le métro. Regardez ce que vous pouvez voir et ce qui est accessible à un aveugle. Comparez ensuite. Vous verrez : ce sont des kilomètres qui nous séparent ».


29/06/2012
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