Alain YVER

Alain YVER

FAUVE

FAUVE







//fauvecorp.com/


https://www.facebook.com/FAUVEcorp

//www.youtube.com/watch?v=etmSWkeRYbk

//www.youtube.com/watch?v=519_pOvP9xs

//www.youtube.com/watch?v=xcv0EN3TMZ0

//www.youtube.com/watch?v=HMpmedi_pH4




 





BIOGRAPHIE

Ce collectif français, 1er groupe sélectionné dans le cadre du dispositif Avant-Seine, joue du mystère comme personne : formé il y a trois ans, il revendique un véritable manifeste artistique en guise de biographie et une esthétique urbaine sombre. Composé de cinq musiciens/vidéastes /graphistes permanents, Fauve Corp. se veut un collectif ouvert où chacun peut apporter sa contribution artistique. En seulement quatre morceaux, des clips disponibles sur leur site internet et quelques concerts, Fauve a affolé les réseaux sociaux, intrigué les médias et décliné jusqu’à présent toutes les offres des maisons de disques – préférant prendre leur temps pour tourner et grandir sous cette forme à la fois artisanale et protéiforme qu’ils ont choisie. Pop-électro minimaliste, textes plongés dans l’acide scandés par un phrasé entre slam et rap, leurs morceaux dressent le constat d’une génération au réalisme désabusé, transpirent un sentiment viscéral d’insatisfaction et d’urgence. Percutant, déroutant, Fauve ne peut que vous prendre l’âme et les tripes.


//www.rockenseine.com/artist/fauve/





Fauve (groupe)

Surnom
FAUVE CORP
Pays d'origine
 Paris, France
Genre musical
Spoken Word
Années actives
Depuis 2010
Labels
Fauve Corp
Site officiel
fauvecorp.com

FAUVE ≠, est un collectif artistique français, originaire de Paris, opérant sur plusieurs supports : musique, vidéos, photos, textes, visuels, web... FAUVE ≠ se présente comme un collectif ouvert, d'où le nom de FAUVE CORP. Il est composé de cinq membres permanents qui qualifient leur musique de spoken word.

Historique

Le groupe, dont le nom est inspiré du titre du film Les Nuits fauves1, est fondé en 20102 motivé par « un besoin commun et urgent de vider le trop-plein avec le moins de contraintes possibles »3, se servant de l'écriture de chansons comme d'un exutoire4, auparavant trois des membres jouaient ensemble dans le groupe The Fleets5. Il commence à se faire connaître à la fin de l'année 2011, essentiellement par le biais des réseaux sociaux6. Malgré un nombre très limité de titres produits, le style cru et percutant du groupe, les constats durs de ses textes, mais délivrant toujours un message d'espoir4 rencontrent un succès rapide7 : en 2013, les membres de FAUVE commencent à se produire sur de grandes scènes8 et produisent un premier EP, Blizzard, qui sort le 20 mai 2013. À l'occasion de leur passage au festival du Printemps de Bourges en 2013, ils remportent le prix iNOUïS, nouvelle appellation des Découvertes du Printemps9. Le titre Nuits Fauves est présent sur la compilation Les Inrocks Lab vol. 1 en 2012 et Kané sur la compilation Kitsuné, Parisien 3 en 2013.
Collectif
Outre le groupe FAUVE composé de cinq membres ; quatre musiciens (chanteur, guitariste, bassiste, batteur) Quentin Postel, Pierre Cabanettes, Simon Martellozo, Stephane Muraire10,11 et un vidéaste, Nicolas Dardillac2,11 qui se produit sur scène, le collectif FAUVE Corp est constitué de tous les acteurs qui apportent leur contribution artistique (photographie, textes, illustrations...) au projet, de façon permanente ou ponctuelle. Les membres de FAUVE insistent sur l'aspect collectif de leur travail. Ce collectif s'élève en réalité jusqu'à vingt personnes4. Lors d'entretiens avec la presse, ils cultivent un certain goût du mystère et de l'anonymat1,6,4.

Notes et références
    1.    ↑ a et b Aureliano Tonet, « Cinq tigres blancs dans la nuit fauve » [archive] sur lemonde.fr, 2013. Consulté le 28 avril 2013
    2.    ↑ a et b Fauve [archive] sur franceinter.fr. Consulté le 28 avril 2013
    3.    ↑ Accueil du site /fauvecorp.com [archive], consulté le 21 octobre 2013
    4.    ↑ a, b, c et d Interview par Elyse Khamassi, « FAUVE : « On n'est pas des artistes, mais des artisans. » » [archive] sur ragemag.fr, 2013. Consulté le 16 mai 2013
    5.    ↑ Découverte, Fauve [archive], Agnès Bayou, Le transistor, 9 janvier 2013.
    6.    ↑ a et b Romain Lejeune, « Edito : Fauve qui peut » [archive] sur lesinrocks.com, 2013. Consulté le 28 avril 2013
    7.    ↑ Fauve ou la chanson comme thérapie [archive] sur ouestfrance.fr. Consulté le 28 avril 2013
    8.    ↑ Au festival de Bourges : Igor Hansen-Love, « Bourges 2013: "FAUVE, c'est toutes les séances de psy que t'as pas eu" » [archive] sur lexpress.fr, 2013. Consulté le 28 avril 2013
    9.    ↑ a et b Véronique Mortaigne, « Le Printemps de Bourges s'achève sur une hausse de la fréquentation » [archive] sur Le Monde.fr, 2013. Consulté le 21 mai 2013
    10.    ↑ Copie du site Nouvelle Voix En Beaujolais [archive], consulté le 3 septembre 2013
    11.    ↑ a et b Programme Nouvelles Voix en Beaujolais [archive]]
    12.    ↑ les charts.com - Fauve - Blizzard [archive], lescharts.com, Hung Medien. Consulté le 5 juin 2013

//fr.wikipedia.org/wiki/Fauve_%28groupe%29






Les incantations tripales de Fauve


Rencontre | En six mois, ce collectif de cinq amis d'enfance en quête d'exaltation a su appâter avec des textes qui lacèrent le quotidien. Viscéral.
Le 30/03/2013  
Marc Zisman - Télérama n° 3298

Lâchez le Fauve ! Fauve qui peut (la vie). Fauve sort ses griffes. Le vrai du Fauve. Les jeux de mots fainéants sont tentants avec un tel nom. Voilà six mois que cinq félins parisiens agitent la scène pop sans qu'aucun album ne soit officiellement disponible. Juste une poignée de titres (Nuits fauves, Kané, Sainte-Anne, 4 000 Iles...) à déguster gratuitement, en vidéo, sur leur site. Concerts complets, réseaux sociaux en ébullition, médias aux aguets avec, roulement de tambour, une pleine page dans Le Monde (« Ce qui se passe en ce moment, c'est abusé, ça va trop vite », avouent-ils). Il y aurait donc urgence. Rarement un mot aura aussi bien collé. Urgence des textes, uppercuts qu'on prend en pleine face dès la première écoute. Textes parlés, scandés, spoken word, cousin bâtard du slam, adossé contre des guitares un brin pop et des rythmes un brin rap. Fauve déroule ses incantations XL faites de tripes, de coeur, de haine, d'amour, de foutre et de sang. « Il n'y a pas de fiction. Aucun filtre entre nos vies et Fauve. On ne parle QUE de nous, de nos proches », précise Quentin.
Ecrire le prénom du chanteur est d'ailleurs presque un péché pour ce groupe qui se présente comme un collectif soudé d'anonymes (« Ce n'est pas l'histoire d'un mec tout seul dans sa chambre »). Un noyau dur de cinq amis d'enfance devenus Fauve il y a trois ans. « Avant, c'était de la musique pour s'amuser. Fauve, c'est par nécessité ! » ajoute Pierre, le guitariste. « On écrit car il y a un besoin, une sorte d'exutoire et des vertus thérapeutiques. » A croire que ces animaux âgés de 27-28 ans étaient encagés, bâillonnés, torturés. « On n'est pas hyper-malheureux, juste pas vraiment heureux. On a des tafs de cadres de bureau. On veut de l'exaltation. C'est une insatisfaction un peu saine, non ? » Cette insatisfaction, amoureuse, professionnelle, sexuelle, mentale, sociétale, suinte de leurs chansons. La révolte est intérieure. Crachée. Déchirée. Et vise au plexus. « Nous sommes des gens d'une banalité affligeante — je dis ça sans fausse modestie — et d'autres ont cette même vie. Logique qu'ils se reconnaissent là-dedans », concède Quentin. Mais derrière l'aisance avec laquelle coulent ces éjaculations verbales, Fauve a peiné à inviter la musique dans ce parler. « Pour nous, fans de hip-hop, le slam est du rap en beaucoup moins bien. On voulait faire de vraies chansons. Dans le slam, la musique est accessoire. Chez nous, elle propulse les textes pour les sublimer. C'est un écrin, un réacteur. On a travaillé pour se libérer des contraintes de vers, de pieds et de rimes, en gardant quelque chose de musical. » Le salut est venu de leurs marottes rock. Pixies, Sonic Youth, Nada Surf, Bowie, Dylan et Noir Désir, qui ont parfois testé ce parler. « Le vrai choc fut Street Hassle, de Lou Reed, une chanson tombée au bon moment, qui a ouvert les vannes. » Comme le Ferré de La Vie d'artiste ou le Brel de Ces gens-là, d'autres électrochocs pour Quentin et les siens. La musique aussi est donc cathartique pour Fauve. « Fauve est une séance de psy entre nous. » Pour une fois qu'il est bon d'aller chez le docteur. Entrez !

//www.telerama.fr/musique/les-incantations-tripales-de-fauve,95317.php








Bourges 2013:
"FAUVE, c'est toutes les séances de psy que t'as pas eu"

Par Igor Hansen-Love (LEXPRESS.fr), publié le 26/04/2013
Deux membres du collectif parisien FAUVE ont répondu aux questions de L'Express, au moment où ils s'apprêtent à monter sur la scène de leur premier grand festival, le Printemps de Bourges.

Un soir de blizzard. Le rendez-vous avec FAUVE est pris dans un bar irlandais, tout près de la Place Clichy. Les tables collent. Les deux membres du collectif sortent tout juste de l'enregistrement de leur premier EP, Blizzard. Un disque à l'image de leurs quatre premiers titres diffusés sur le Net: désarmant de sincérité, romantique, spontané, addictif.
Impossible de donner le nom de ces deux garçons. On se contentera donc de FAUVE 1 et FAUVE 2. Et qu'on ne pense même pas à prendre une photo, à dévoiler leurs visages. Au bout de quelques verres, les langues se sont déliées. On a écouté les zouaves parler, donner leur avis sur tout, se mettre d'accord, en tâchant toujours de faire la différence entre "la transparence et l'impudeur".
Pourquoi toute cette discrétion autour de vos noms, de votre identité, de vos visages...
FAUVE 1: Cette question revient tout temps. On est super rodés du coup! Les photos nous mettent mal à l'aise, en fait. C'est tout. J'imagine que toi aussi, tu n'aimes que l'on te photographie aux fêtes de famille. C'est ordinaire. En tous cas, je déteste ça. Je louche, je me mets à faire n'importe quoi... On vide déjà bien notre sac avec la musique. Je pense aussi aux parents, aux amis, à nos proches... Les textes parlent d'eux même. On ne va pas, en plus, regarder la caméra droit dans les yeux en disant tout ça. Ca serait impudique. Ca ne nous empêche pas d'être chaleureux, d'avoir envie de partager, d'échanger...
Et c'est aussi pour cette raison que vous n'avez toujours pas signé de contrat avec une maison de disque pour votre premier EP, Blizzard?
FAUVE 2: Non. On sait ce qu'on a à faire. On doit progresser et on sait comment progresser. Ce projet est très jeune. Il y a un emballement maintenant, ça retombera, ou pas. Peu importe. On ne dit pas "non" aux maisons de disque, on dit seulement "pas tout de suite". Si elles ne sont plus là dans six mois, on se dira qu'on a bien fait d'attendre. On se doit d'être à la hauteur de l'engouement. A chaque fois qu'on sort une chanson, on se dit qu'on fera mieux la fois suivante. A vrai dire, je ne comprends pas pourquoi tout le monde en fait des caisses autour cette question de maison de disque... Nous n'avons fait qu'une dizaine de concerts.
Parce que ça se refuse pas, en général, un contrat. Tant pour des raisons statutaires, que pratiques...
FAUVE 1: On n'a plus 20 ans. Quand on a commencé la musique, on aurait sauté sur l'occasion, mais là on est passé à autre chose. Au départ, on a commencé FAUVE pour se faire plaisir. Il y a en qui font du jogging pour se défouler, qui montent un blog, un fanzine. On avait besoin d'un projet entre amis. A notre âge, c'est presque gênant de dire qu'on joue dans un groupe de musique. C'est un peu ringard même. Il y a des gens qui construisent des projets de vie, qui se marient, qui ont des enfants.
Vous avez le sentiment que vous allez pouvoir vivre de votre musique?
FAUVE 2: On a surtout le sentiment qu'on va vivre une aventure de ouf. Et qu'on va bouffer des pâtes aussi. On n'est pas de grands aventuriers, on a un tempérament assez douillet mais les perspectives de voyages sont tellement immenses qu'on a qu'une seule envie, c'est de sortir de notre de zone de confort et déglinguer la routine. Quand je regarde une carte de France, je montre à mon frère tous les endroits où on va jouer et je les compte un par un. C'est ouf.
En vous consacrant entièrement à la musique, vous n'avez pas peur que cette activité prenne le pas sur les autres activités de votre collectif, comme la vidéo par exemple...
FAUVE 1: Pour l'instant la vidéo est plutôt au service de la musique mais on pourrait inverser, faire de la musique pour l'image. Notre projet est déclinable sur plusieurs supports. D'ailleurs, dans la musique, on commence toujours par décrire assez précisément ce que l'on veut véhiculer, alors que plein d'autre groupes commencent pas une mélodie par exemple.
FAUVE 2: Le projet a commencé avec des chansons mais rapidement, d'autres personnes se sont greffées au projet. Certains venaient du web, du graphisme. Le collectif s'appelle le "CORP". J'aime bien la dimension foireuse de ce mot, gentiment aléatoire... Mais ce qui compte c'est que tout ait une résonance artistique.
Vous pourriez qualifier cette résonance, c'est un dénominateur commun esthétique?
FAUVE 2: C'est plutôt abstrait. C'est une vision partagée de la vie qui consiste à se débarrasser du superflu, à vouloir faire quelque chose de sincère. Et puis on est bien à plusieurs, on est plus fort. Alors il y aura des couacs et des ratés mais c'est mieux comme ça.
Sur le plan musical, l'adjectif "cru" vous convient?
Non. "Brut", plutôt.
Au festival du Printemps de Bourges, vous êtes inscrits dans la catégorie "chansons". Votre musique est plus proche du Rap plutôt, non?
FAUVE 2: C'est flatteur ça ! Le rap, c'est la liberté totale. C'est un peu comme le foot, t'as juste besoin d'un semblant de truc rond et d'un coin de rue pour y jouer. Le rock, c'est un peu comme le tennis, il faut des raquettes, un cours, un filet. Le rap c'est vraiment le Saint Graal.
Ecrire des textes en français, c'était une évidence?
FAUVE 2: C'est un besoin de chanter en français. J'ai essayé l'anglais au début, un peu comme tout le monde. Mais c'est frustrant l'anglais, au bout d'un moment tu te sens limité. En ce qui nous concerne, on le répète tout le temps, on conçoit les chansons comme une thérapie. FAUVE, c'est toutes les séances de psy que t'as pas. Quand tu as trouvé le mot juste, ton problème est déjà à moitié réglé. Et de ce point de vue, même les rimes en français ça ne marche pas. Ca force à détourner le sens, à trouver des associations. Les bon y arrivent mais pas nous...
"Je vais frapper un mioche, ça sera moche"? (Extrait de Saint Anne, ndlr)
FAUVE 2: Je suis pas trop fan de celle-là en vrai...
Certains arrivent au bout de leur psychanalyse... Vous n'avez pas peur que ce processus créatif "psychanalytique" s'essouffle?
FAUVE 2: Tant mieux si ça va mieux! Et quand on ira bien, il faudra l'oublier. 4000 îles s'inscrit là dedans. Quand on va bien il faut continuer à prendre en compte la douleur et quand on souffre, le bonheur, le plaisir.
Et vous n'avez-vous peur, en vous arrêtant de travailler, de perdre la matière première pour vos chansons. Le quotidien, le côté ordinaire que vous assumez?
FAUVE 1: On parlera d'autre chose. Si on perd le monde du travail, il y a aura forcément autre chose.
Comment expliquez vous que la crise et les injustices n'aient jamais été aussi criantes et que les groupes soient si peu engagés aujourd'hui?
FAUVE 2: Franchement, je considère qu'on est super engagés mais pas pour quelque chose d'aussi trivial que la politique. Notre engagement se situe plus à un niveau sociologique. La guerre psychologique est partout et notre façon de résister c'est d'essayer de donner de l'espoir. C'est se battre, tous les jours, contre la passivité, contre le cynisme. Et contre nous même aussi. Parce qu'on est tous des putain d'enculés et qu'on est tous dans la même merde. Il n'y pas d'engagement parce que tout est bidon. Le malheur, la dépression sont dedans et dehors. Le blizzard est partout et on a bien l'intention de se battre.

En savoir plus sur
//www.lexpress.fr/culture/musique/fauve-c-est-toutes-les-seances-de-psy-que-t-as-pas-eu_1243543.html#DhlhhvrXL2XUCEuh.99

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Fauve : «Ce groupe, c'est notre exutoire»

Par Morgane Giuliani
Publié le 28/08/2013

INTERVIEW - La formation, qui crée sensation sur la Toile et sur scène depuis plusieurs mois, a profité de son passage à Rock en Seine, ce week-end, pour lever un peu le mystère qui l'entoure.

Fauve, c'est beaucoup de choses à la fois: un groupe de cinq à six jeunes qui livrent, à vif, leurs émotions et interrogations à travers une musique comme on en entend peu. Parlée plus que chantéee, aux mélodies indie rock douces, mais aux propos acérés, lancés en l'air comme une fusée de détresse. Et un éclat d'espoir. Au printemps 2012, le titre Kané déferle sur YouTube et intrigue. Son refrain s'affiche sur les lèvres comme une déclaration d'amour mélancolique: «Parce que t'es beau/Comme une planète/Je t'ai dans la peau/Je t'ai dans la tête».
D'autres suivent: Blizzard et sa verve anti-déprime soutenue, 4000 Îles et ses choeurs exaltés appelant à l'évasion, Nuits Fauves et sa critique d'une jeunesse qui ne sait pas aimer, ou encore, la troublante Sainte-Anne, où la folie d'un homme le dévore peu à peu. Ils sont par la suite réunis sur un premier EP auto-produit, Blizzard, sorti fin mai.

À côté, le groupe multiplie les «Nuits FAUVE», soirées où il invite d'autres musiciens et artistes à le rejoindre sur scène, et qui font sensation dans la capitale. Il s'exporte aussi ailleurs, jusqu'aux Francofolies de Montréal, pour passer des mails - il y a beaucoup d'échange avec les fans - à la bière partagée au bar après le concert. Le 7 juin, il se produit devant un Bataclan complet et fiévreux, la plus grande salle dans laquelle il ait joué. Et annonce la sortie de son premier album au printemps 2014, lui aussi auto-produit.
Fauve cristallise les antagonismes: des fans très (trop?) habités, y voyant des représentants de leur génération; et à l'opposé, des critiques virulents, les qualifiant de Parisiens égocentriques aux faux problèmes existentiels. Ils choisissent de rester anonymes? On leur prête un ego démesuré et des exigences absurdes.
Au-delà de ces clivages, Fauve est aussi, et avant tout, un collectif, ou Corp, comme ils aiment l'appeler. Sur leur site officiel, ils se présentent ainsi: «≠ FAUVE est un collectif ouvert. Un CORP. Les membres de FAUVE sont liés par une conception partagée de la Vie et des Gens. [...] FAUVE adhère de façon inébranlable à la croyance selon laquelle l'Amour peut rafler la mise dans ce monde bizarre. FAUVE est désespérément optimiste.» Il était temps d'en savoir plus. Le Figaro les a rencontrés lors d'une table ronde de près d'une heure, à Rock en Seine, où il se sont produits le 24 août. Deux d'entre eux nous reçoivent, mais parlent au nom de la formation.
Beaucoup de monde est venu vous voir lors de votre passage aux Francofolies de Montréal! Vous y avez même tourné le clip de Cock Music Smart Music. C'était prévu?
Fauve - Non, on ne s'attendait pas à autant de monde! Et pour le clip, ça s'est fait à l'arrache aussi. Tout était propice à faire de très belles images. On s'est dit que c'était l'occasion ou jamais. Il n'y a que comme ça qu'on fonctionne pour tous les clips que l'on a faits: on filme caméra au poing, avec un appareil photo. Parfois, c'est un peu plus réfléchi, mais ça reste spontané. C'est un peu pareil pour la musique: s'il y a l'envie, de manière spontanée, on va se mettre à écrire. Ce qui était dingue, c'est que ça nous a permis de visiter la ville comme jamais. On est allés dans des entrepôts d'usines désaffectés, des parcs, des petits lotissements, on s'est promenés toute la nuit! C'est aussi le meilleur moyen de lutter contre le décalage horaire [rires].

Vos clips ne passent pas à la télévision. Que ferez-vous si une chaîne vous propose de les diffuser?
Il y a encore des chaînes qui passent des clips? Si une chaîne nous appelle, on peut les leur envoyer pour qu'ils les diffusent, oui. Carrément.
«On a envie d'explorer un spectre de thèmes et d'interprétation plus large.»
Où en êtes-vous dans l'écriture de votre premier album?
Il est en phase d'élaboration et d'écriture. Nous allons bientôt l'enregistrer. Sur cet album, on voudrait faire beaucoup de nouvelles choses voire que cela. On est dans la phase où on a commencé à écrire des textes, à chercher des thématiques. On a envie d'explorer un spectre de thèmes plus large et un spectre d'interprétation plus large, aussi. On a envie de continuer à écrire, parce qu'on a besoin de parler des choses qui nous touchent et qui se passent dans nos vies. Aujourd'hui, chanter sur le fait que ‘c'est dur la vie au bureau', ne serait pas intéressant. Ce serait mentir. Nos vies ont changé et on a envie de parler de ça. L'idée est de sortir ça début 2014, quand on sera très content de ce qu'on a fait. Il n'y a pas de pression.
On peut imaginer alors du chant en plus du chanté-parlé?
On ne s'est jamais posé aucune contrainte. Ça peut être chanté, comme parlé, rappé, slammé, ou simplement instrumental. La raison pour laquelle on est arrivé au parlé, c'est parce qu'on n'arrivait pas, avec les mélodies chantées classiques, à exprimer vraiment l'intention initiale, le propos. L'idée de base est que les mélodies, avec les contraintes de vers, de pieds, de rimes, font que tu es obligé d'adapter ton travail sur les textes. Tu veux dire quelque chose à la base, et tu dois changer le dernier mot pour que ça rime. C'était très contraignant. Mais si parfois on arrive, avec le chant, à exprimer ce que l'on voulait dire, avec les mots justes, sans aucune contrainte, on le fera, et on l'a déjà fait. Il y a des passages où c'est un peu chanté, comme sur Rub A Dub. Quand on parle d'interprétation, on fait aussi référence au fait qu'il y a différentes manières de parler, de s'exprimer. C'e n'est pas pour le plaisir d'en avoir plus, mais à partir du moment où tu abordes plus de thèmes, tu as plus d'émotions à exprimer.
«Toutes nos chansons s'adressent à quelqu'un, il n'y a pas de fiction.»

Pourquoi attachez-vous tant d'importance aux textes? Et dans ce cas, pourquoi ne pas se contenter de faire de l'écrit ou du théâtre, plutôt que de la musique?
À la base, les textes sont écrits pour nous et nos proches, c'est un moyen d'exprimer ce qu'on ressent. L'idée est de dire des choses à des gens, donc la partie interprétation est tout aussi importante pour nous. Toutes nos chansons s'adressent à quelqu'un, il n'y a pas de fiction. Et pour que ça s'adresse à quelqu'un, tu ne vas pas simplement l'écrire sur un papier et la lui donner comme ça. La musique est un bon support: tu as une instru qui tourne, et tu peux glisser ça [le texte] par-dessus, comme dans le hip-hop. Il y a plein de choses qu'on a en tête et qu'on a envie de développer.

Fauve est un collectif, et pas qu'un groupe?
C'est un collectif au sens où c'est pluridisciplinaire. Il n'y a pas que des musiciens: il y a des graphistes, des comédiens, d'autres musiciens qui ne sont pas forcément sur scène. Ce ne serait pas rendre justice à Fauve de le réduire au groupe sur scène. Ce collectif est aussi à géométrie variable: les gens qui travaillent avec nous peuvent le faire selon les envies et les opportunités. Par contre, c'est collaboratif, pas participatif. Parfois, les gens ne comprennent pas ce que ça signifie: on ne veut pas que des gens travaillent pour nous. L'idée est de travailler ensemble. Jamais on ne travaillerait avec quelqu'un pour qu'il parte deux semaines après.
Comment fait-on pour entrer dans le collectif?
Il y a beaucoup de formulaires à remplir, on demande un casier judiciaire vierge [rires]. À l'origine, le périmètre de Fauve concerne nous et nos proches, nos amis. Puis, ça s'est un peu élargi. Si quelqu'un a vraiment envie d'y participer, on va l'intégrer. Ça arrive qu'on nous contacte, qu'on nous propose des choses qui ont l'air géniales, donc on élargit un peu. Mais c'est difficile d'intégrer quelqu'un juste sur la base d'un email. Il peut également s'agir des personnes que l'on rencontre. Il y a un côté co-optation. Ça dépend aussi de ce dont on a besoin sur le moment. Comme n'importe qui dans la vie, en fait.
«Le propos que l'on défend est bien plus important que Fauve.»
Est-ce que le succès du groupe a impacté le collectif?
J'ai l'impression que le succès du groupe porte le succès du collectif. À partir du moment où les gens s'intéressent au groupe, c'est qu'ils ont été touchés par le travail du collectif. Le succès nous permet de faire un album, ce qui veut dire que le collectif va travailler dessus, mais aussi sur les vidéos. On fait tout ensemble. Ça ne change pas grand chose. Le propos qui nous tient à cœur, et que l'on essaie de défendre, est beaucoup plus important que Fauve, et Fauve est bien plus important que le Corp qui le soutient, et le Corp est bien plus important que les individus qui le composent. L'idée de Fauve, à la base, est de vider son sac, de mettre de côté tout ce qui est lié à des egos. Que les gens se réapproprient le propos, tant mieux. Ce qui est bien, c'est qu'il soit diffusé.
Pourquoi est-ce que vous ne voulez pas faire d'interview télé?
Parce que ce n'est pas notre place, on ne se sentirait pas à l'aise, ça ne nous ressemble pas. Et ce n'est pas notre but. Après, si on nous proposait un concept drôle, pourquoi pas? Ce n'est pas la question du plateau, c'est juste qu'en tant qu'individus, on ne mérite pas ça. On se met déjà tellement à nu dans nos chansons, pourquoi est-ce qu'on irait à la télé? Et on n'en a pas besoin pour diffuser notre message, il y a Internet pour ça. Fauve, on l'a toujours fait pour nous, il y a une démarche thérapeutique. On ne l'a pas fait à la base pour toucher les gens. Maintenant, on est incroyablement reconnaissant des gens qui s'y reconnaissent et nous soutiennent. Mais c'est arrivé comme un accident, on ne l'a pas voulu. On se sent redevables et pas vraiment légitimes. On tente d'être le plus proche possible des personnes qui nous suivent.
«Ce qu'on fait, ce n'est ni du Rimbaud, ni du Baudelaire. Il faut se calmer et arrêter de s'exciter en bien ou en mal.»

Concernant ces fans qui se reconnaissent dans vos paroles, est-ce que vous ne craignez pas que ça aille trop loin, qu'ils vous idéalisent?
Parfois, c'est un peu gênant. On se retrouve avec quelque chose qu'on n'avait pas prévu. Fauve est notre exutoire et, parfois, les gens viennent vers nous et nous donnent l'impression qu'on pourrait les guérir, alors que ce n'est pas du tout notre ambition, et on en est incapables. On reçoit souvent des témoignages, et ça arrive qu'ils attendent quelque chose de nous. Dans ce cas, on leur explique clairement qu'on n'a jamais voulu ça, et qu'on n'est pas là pour ça. Ce qui est parfois bizarre, ce sont les personnes qui fantasment le Corp. On a beau répéter être les personnes les plus banales du monde, certaines ne peuvent pas s'en empêcher, et ça crée des attentes un peu démesurées. Ça donne aussi du pain béni à tous les «haters» qui ont envie de nous critiquer. Ça crée une ambiance bipolaire.
Ce qu'on fait, ce n''est ni du Rimbaud, ni du Baudelaire, il faut se calmer et arrêter de s'exciter en bien ou en mal. On fait juste au mieux. Mais ces cas restent rares. Le plus souvent, on ressent une bienveillance et une chaleur incroyables de la part des gens. Et ça aide quand on est stressés, avant de monter sur scène. Même quand on doit recommencer une chanson, ce qui nous est déjà arrivé, le public nous encourage.
«Le plus souvent, on ressent une bienveillance et une chaleur incroyables de la part des gens.»
Et le fait d'aller dans des petites villes, qu'est-ce que ça vous apporte?
Déjà, on commence à apprendre les numéros des départements [rires]. Sortir de Paris, c'est une évasion. C'est comme partir en vacances avec ses potes. On vit un truc vraiment fantastique, on en a toujours rêvé.
Quel est la chose la plus folle qui vous soit arrivée sur les routes?
On a croisé Tony Hawk à Rock en Seine. C'est hallucinant. Quand on était gamin, on jouait à son jeu sur la Playstation! Imagine-toi monter un groupe de musique avec tes potes de toujours, ou créer un blog, et qu'on te dise un jour: ‘Voilà, maintenant, c'est ta vie'. Quand on était dans l'avion pour Montréal, on était alignés et on se regardait en se disant: ‘On va au Canada avec nos potes, et on nous paie l'avion, l'hôtel!'
Aucun de vous n'a peur face à tous ces changements, au fait que cela puisse aller trop vite?
Tous. Ce qui nous sauve, c'est qu'on n'a jamais peur en même temps. Ça nous sert de bouclier, il y en aura toujours un pour soutenir l'autre. Mais bien sûr, c'est très terrifiant. On parlera de ça sur l'album. On ne parle pas que de choses négatives, mais on a envie d'expliquer que parfois, c'est vraiment dur. C'est aussi pour ça qu'on veut se protéger de la télé. Notre succès est relatif, on reste un petit groupe.

Allez-vous autoproduire votre album?
Oui, on a même créé un label, FAUVECorp. On a toujours voulu un label pour faire ce qu'on veut, et avec les moyens du bord. Toutes les galères le renforcent. On aurait pu signer en label un contrat qui nous laissait une liberté totale, mais on a commencé comme ça et on a envie de continuer. On n'a pas d'a priori sur les maisons de disques.
Est-ce que votre nom a un rapport avec le film Nuits Fauves ?
C'est le titre du film qui nous en a donné l'idée, oui, mais ce n'est pas pour le film. On cherchait un qualificatif pour nous définir. Dans nos vies, on veut être «fauve». On associe beaucoup de choses à ce terme: brute, sauvage, élégante, primitive, dramatique. Et puis, ce long-métrage symbolise pour nous l'interdit, parce qu'on était très jeunes quand il est sorti. Mais ce n'est pas non plus un hommage.
Y aura-t-il d'autres Nuits Fauves?
Oui, on veut en refaire, même si on ne vous cache pas qu'on va manquer de temps avec l'enregistrement de l'album. On voudrait sortir les Nuits Fauves de Paris, à Dijon, Limoges, l'île Maurice. C'est assez compliqué à mettre en place. En tout cas, on en fera encore à Paris. On a entre 25 ou 30 dates prévues en France, et ailleurs en octobre.
«On est un écosystème à part entière.»
Pourquoi ce sigle «≠»?
C'est un contre-sens qu'on veut à tout prix éviter: on ne l'entend pas comme le signe mathématique ‘inégalable', ou ‘différent', on n'a pas cette prétention. On voulait juste un logo. Il nous a plu parce qu'on l'a vu comme une manière de célébrer notre unité: on est une infinité de points, du plus sombre au plus joyeux. Un écosystème à part entière. C'est ce dont on parle dans le refrain de Kané : ‘T'es beau comme une planète', mais tu as plein de défauts. C'est devenu une sorte de mantra.
Et le fait qu'il y ait des gens qui le taguent, le gravent sur des vitres, qu'est-ce que ça vous fait?
Ça nous rend fous, mais on n'a rien demandé. Ne faites pas de la garde à vue pour Fauve [rires]! C'est fantastique en tout cas. Quand je disais que le propos de Fauve est plus important que le Corp, qui est plus important ques les individus: ça nous fait 100 fois plus plaisir de voir ça que de signer un autographe.
Qu'écoutez-vous comme musique en ce moment?
On est plusieurs dans Fauve à ne pas en écouter beaucoup, parce qu'il y a une sorte de saturation. Mais sinon, La Femme, Giorgio [Moroder], j'ai adoré Formidable [de Stromae]. Il y en a qui écoutent du rock, de l'électro, du jazz. On parle peu entre nous et ça a peu d'influence sur nous.

//www.lefigaro.fr/musique/2013/08/28/03006-20130828ARTFIG00406-fauve-ce-groupe-c-est-notre-exutoire.php





“Voyou”, premier extrait du premier album de Fauve ≠
10/10/2013 |

Avant la sortie d’un premier album prévu pour le début de l’année prochaine, Fauve tourne la page avec un premier morceau tendu et rêche. Et en bonus depuis ce soir : le clip qui va avec.
Après leur explosion ces derniers mois, on pourrait presque oublier ce détail : Fauve n’a pas encore d’album, juste une poignée de morceaux joués, joués et rejoués dans les salles et festivals de France et de Navarre. Après un été bien rempli, le groupe s’était d’ailleurs à peine calmé qu’il annonçait déjà l’après-album : rien de moins que cinq dates consécutives au Bataclan, à Paris donc, du 3 au 7 février prochain. Et c’est plutôt dingue d’enchaîner à ce point.
D’ici-là, Fauve aura logiquement livré les morceaux de ce fameux premier album, qu’on attend de pied ferme depuis les promesses folles de la jeune troupe, qui n’a pour l’instant pas eu peur de se bruler les ailes avec un succès aussi rapide que fou. Aujourd’hui, on découvre donc un avant-goût de tout ça : Voyou. Sur sa page Facebook, le groupe en parle ainsi :
“On avait besoin d’expliquer comment on se sentait avec nous-mêmes, quand on était encore dans le BLIZZARD, avant que FAUVE et d’autres choses mystiques débarquent dans nos Vies. Ce morceau parle de cette époque-là. Fallait que ça sorte et maintenant ça va mieux.”
Voilà, c’est plutôt clair. On peut désormais écouter tranquillement ce nouveau morceau et mater son clip dans le lecteur ci-dessous. Et tant qu’on y est, on peut aussi lever les mains au ciel en attendant les prochaines aventures de ce groupe-manifeste.

//www.lesinrocks.com/2013/10/10/musique/voyou-premier-extrait-du-premier-album-fauve-%E2%89%A0-11434924/






Fauve ≠ : interview fleuve
15/05/2013

Fauve ≠ est l’un des phénomènes de l’année : rien de mieux qu’une longue interview pour comprendre le groupe.
Avec une poignée de morceaux implacables et de concerts viscéraux, le groupe parisien Fauve ≠ impose depuis quelques mois une cure d’électrochocs au rock français. Des textes parlés pour raconter au premier degré le dégoût, les doutes et les idéaux d’une génération. Un refus constructif des codes médiatiques et du consensus. Il y a plus de vingt ans, Dominique A chantait le courage des oiseaux (dans le vent glacé). Aujourd’hui, Fauve s’attaque au blizzard, métaphore de tout ce qui glace le sang et la vie. Autour de Fauve ≠, le buzz est énorme, le groupe divise. Nous on est pour, on n’attendait que ça, on se languissait du rock qui jaillit comme on purge un abcès. Quelques jours avant la sortie de leur premier disque, rencontre avec cinq musiciens impressionnants de passion et de détermination.  

Vous vous sentez comment en ce moment ?
C’est une période excitante, exaltante, avec des moments de pur plaisir. On n’a rien à perdre, on a emmagasiné tellement de souvenirs depuis six mois. Ça pourrait s’arrêter maintenant, on aurait des souvenirs à raconter à nos petits enfants. En même temps on est dans le jus. Mais on l’a voulu. On n’est pas des musiciens professionnels, on se retrouve là par accident. Ça va vite, parfois on a peur. Mais un truc nous sauve, on n’a jamais peur des mêmes choses au même moment. Entre nous il y a de l’amitié, de la bienveillance, de la cohésion. On se protège, on tient le bouclier à tour de rôle. Ça se construit petit à petit, c’est comme ça depuis le début. Les impératifs arrivent, on essaie de les relever. On bosse beaucoup, c’est laborieux, artisanal, on essaie de tout faire nous-mêmes tant qu’on n’est pas saturés. On fait des trucs par besoin, par passion. Les retours qu’on a sont parfois hallucinants, on se sent utiles. Le revers de la médaille, c’est que ça nous bouffe la vie, l’esprit, c’est 7/7 depuis un an et demi. Depuis quelques semaines, tout le monde a quitté son taf. On se voit plus, on cogite tous ensemble. Notre idée en ce moment, c’est de freiner le buzz, que ce soit pour la promo ou les concerts. C’est trop chiant le buzz.  Que des gens écoutent nos morceaux, nous voient sur scène, réagissent derrière leur ordi, c’est très bien. Mais l’exposition des médias, c’est le grand jeu, la chasse au canard, ils guettent.
Ça se passe d’abord sur scène pour vous ?
De plus en plus sur scène, mais ce n’était pas le cas au début. A la base, Fauve est un projet assez égoïste, d’aveu, d’exutoire, thérapeutique. On ne pensait pas le partager. Les premiers concerts sont arrivés longtemps après les premières chansons. On voulait sortir de la routine de nos vies quotidiennes, qui n’étaient ni terriblement malheureuses, ni très exaltantes. On avait une insatisfaction, on aspirait à plus. Les concerts, ça permet ça. Ça nous permet de sortir, de Paris et de la routine. Quand on se retrouve dans le tour-bus, on est comme des gosses. On ne passe plus un week-end à Paris, c’est ça la satisfaction. On veut vivre cette aventure de dingue. On a fait un concert à Morlaix il y a quelques semaines. On n’a pas joué 4000 îles. En sortant de scène, pour le rappel, les gens nous la demandent. Et toute la salle s’est mise à chanter le refrain. Là, on a tous eu le frisson, on croit à un canular. Ça devient  une histoire de dingue. On a aussi joué à Rennes, on s’est retrouvés dans une salle d’une jauge de 1000 personnes. C’était la première fois, notre plus grand concert. On ne connaît personne là-bas et c’était plein, incroyable. Le plancher tremblait.
Votre premier concert, c’était quand ?
A Paris, à la Loge, il y a un an. C’était petit, mais blindé. C’était catastrophique, on a fait cinq titres en 20 minutes, on a mal joué. On était dans le noir, les gens étaient assis. C’était foireux, mais l’adrénaline était là. Le premier concert, c’était symbolique.  Le deuxième, c’était en septembre aux Buttes Chaumont. Les trois premiers concerts, on découvrait sur scène ce que ça allait rendre, on répétait dans nos chambres, chez les parents. C’est à partir d’octobre, à la Maroquinerie, qu’on a fait le premier concert dans la formule comme aujourd’hui, à cinq, et il s’est passé un truc.
Comment Fauve a commencé ?
La seule règle au départ, c’était de se retrouver pour vider son sac ensemble. Ça s’est vraiment fait comme ça. Quand tu écoutes Kané ou Sainte-Anne, ça s’entend. Expulser, c’est les séances de psy qu’on ne faisait pas. Raconter sans fiction. Il y avait ce besoin de construire quelque chose de thérapeutique, et de s’occuper. Les vannes sautent, quand on écrivait et qu’on enregistrait, on était un peu en perte de contrôle, il y avait un truc effréné. C’était une fuite en avant. Après, tu mets des trucs en ligne pour le faire exister. C’est plus bandant que de dire « je fais du droit ». Puis il y a eu des bonnes réactions. Ces aveux, ils sont reçus et validés, ça soulage. Si tu racontes ta vie de mec normal, les gens normaux comprennent. Notre normalité, c’est nos peurs, nos angoisses. Ça a été une putain de soupape. Ça change tout, ça change ta vie. C’est fini le bureau.
Est-ce que vous avez commencé Fauve parce que vous étiez aussi frustrés par l’environnement musical ?
Pas forcément, on aime beaucoup de choses. On a écouté beaucoup de rock jusqu’à 18, 20 ans, on a grandi là-dedans. Mais on a commencé Fauve au moment où on a arrêté d’en écouter. On s’est plus retrouvés à discuter de hip-hop, aussi bien récent que des trucs plus anciens comme le Wu-Tang.  Et des trucs avec des textes fleuves. Aujourd’hui, nos références ne sont pas dans le rock. Mais des trucs comme Stupeflip, La Femme, oui ça nous plaît. De toutes façons, on est tellement accaparés par la musique qu’on n’a plus le temps d’en écouter. La case musique est saturée par ce qu’on fait nous. S’il y a une influence formelle du rock dans Fauve, c’est les Pixies, c’est resté dans nos têtes. Les chœurs dans Fauve, ça vient vraiment des Pixies. Si je n’avais pas écouté les Pixies, je n’aurais peut-être pas eu l’idée de parler.
Vous vous connaissez depuis quand ?
On est potes d’enfance et de fac. Des relations depuis au moins dix ans. On était tous potes avant de faire de la musique ensemble. Aujourd’hui, on est contacté pour des projets par des gens qu’on ne connaît pas. Tant mieux, plus on est nombreux plus on est forts. Le noyau dur du collectif, c’est des potes. Si un pote a envie de participer, on lui trouvera quelque chose à faire. C’est hyper important pour nous. Parfois, on voit des groupes où il y a un leader avec des musiciens payés au cachet, comme des collègues de travail, on trouve ça un peu triste. Pour nous l’aventure humaine est plus importante que la musique. On ne parle pas que de musique. On est d’abord amis, bienveillants les uns avec les autres.
Vous auriez pu faire ce groupe et cette musique il y a dix ans ?
Non. Avant, il y a eu trois groupes qui ont impliqué des membres de Fauve. Il y a avait le fantasme du rock, mais ça n’est pas allé plus loin. On a bossé ensemble sur plein de projets, ça nous a construits, mais on n’avait pas accumulé ce besoin de parler, la frustration du passage à l’âge adulte, à la vie active, quand tu dois tirer un trait sur tes fantasmes. On n’est pas très résistant à l’effort social, au cadre, à la routine. On avait besoin de plus, l’insatisfaction est venue de là, de l’abandon des fantasmes, de l’idée que tu es sur des rails pour les 40 prochaines années. La hargne qu’on a dans l’écriture, dans le travail au quotidien, elle est à la hauteur de tout ce qu’on a pris dans la gueule.
Vous avez entendu parler de la génération Y ? Ça vous concerne ?
La génération Y, ça ne nous parle pas spécialement. Nous, on se bat. On a beau ressentir plein de choses négatives, on a créé ce projet pour réagir, pour ouvrir notre propre chemin. C’est ce qui m’a rendu fou avec Fauve : ce n’est pas un groupe, c’est plus qu’un projet, c’est une entreprise, cinq cerveaux qui fonctionnent pour aller dans la même direction. On partage les frustrations, mais sans tomber dans l’aigreur, l’abattement, le cynisme. On crée notre propre alternative. On veut proposer des solutions, on est constructifs. On ferme notre gueule en général, on réfléchit. A l’école, on n’était pas révoltés, on était des petits garçons modèles, polis, respectueux des autres, on travaillait bien. Mais on avait nos aires de jeux, nos portes de sorties, le rock ou le skate. Le craquage est venu plus tard, et de façon brutale.
Comment se passe l’écriture des paroles ?
Les textes, c’est du premier degré. C’est aussi bête qu’un journal intime. J’écris tout le temps, des notes sur mon téléphone. Dans le métro, chez moi. Ce qui reste, c’est ce qui exprime des frustrations, des peurs, des espoirs. Tout ça égale un texte, égale une chanson. J’écris comme je pense, c’est hyper décousu. C e n’est pas exploitable au début. Après il y a un travail collectif, pour garder l’essence du propos, et rendre le texte musical. On travaille tous ensemble. Il y a une partie des textes qui ne vient pas de moi. Il y a beaucoup de discussion, sur l’intention, sur le contenu d’une chanson, ça dure des heures. On cherche à comprendre comment ça marche. C’est alimenté par nos vies, comme un papier carbone. L’écriture me permet de ne pas péter les plombs, c’est pour ça que j’écris tout le temps.  C’est une vraie soupape dans ma vie. C’est efficace, ça permet d’enlever une grosse couche de frustration. C’est une béquille. J’écrivais avant Fauve, dans d’autres projets, mais pas comme ça. Nos textes c’est nos vies. Il y a vachement ce truc de peur pour les autres, pour les tiens. Les paroles s’adressent à un pote, un frère, tes parents. C’est des choses plus faciles à dire en chansons que dans la vie. Ça se retrouve dans la plupart des morceaux. C’est un besoin d’être rassurant envers les tiens. On est dans ce truc de cohésion, de recherche d’équilibre, le besoin de ne pas être seul, d’être solide. Quand l’un doute, stresse, les autres sont là pour l’aider. C’est une composante de nos personnalités. Il y a une aventure humaine qui a commencé il y a longtemps. Fauve, c’est une des composantes actuelles. Mais peut-être que dans trois ans, le groupe n’existera plus, on continuera à se voir, à faire des choses ensemble. On peut se projeter là-dessus. Fauve, c’est plus aléatoire. C’est chouette, ça nous plaît, mais c’est dur de savoir comment ça durera. A priori, j’écrirai toute ma vie. Dans le projet Fauve ou ailleurs, pour moi.
L’idée de dire les textes plutôt que de les chanter, c’est venu comment ?
Quand on a commencé Fauve, il y avait des chansons chantées. Mais c’était moins fort. C’est une des sources de frustration qui ont donné Fauve. Il y avait un truc étriqué qui ne nous plaisait pas. Il y a presque deux ans, on avait enregistré un EP, avec beaucoup de trucs chantés. Il était fini, et à la fin on était tous d’accord pour se dire que ce n’était pas bien. Chacun avait peur de le dire aux autres, et on a été soulagés de voir qu’en fait on était d’accord. On a tout jeté, on ajuste gardé Kané. Il y avait cette énorme frustration par rapport à la mélodie. Elle s’est ajoutée à mon insatisfaction par rapport à d’autres choses. On devait travailler une mélodie. J’étais en colère, je n’arrivais pas à évacuer. Je prenais un bain, ça me déstresse. J’avais les pieds dans le bain, je jouais de la guitare pendant que le bain coulait, assis sur le bord de la baignoire. Et là j’ai commencé à faire tourner des accords, tout en parlant comme je te parle là, en disant que je n’arrivais pas à écrire, que j’étais malheureux, que les mélodies ma faisaient chier. C’était hyper agressif, mais ça m’a fait tellement de bien. Ça a été un déclic, je l’ai dit aux autres. Ce n’est pas scandé, rappé, slammé, c’est parlé, comme n’importe qui. On n’a pas gardé cette chanson. Mais Kané a pris le relais. C’était ma façon de crier. L’idée, c’était qu’il n’y ait aucun obstacle à ce besoin de vider son sac. Pour que ça remplisse sa fonction : que ça aille mieux après.  S’il y a des contraintes métriques, il faut remplacer un mot par un autre pour que ça rime, et ça ne marche plus. En général, ce qui est chanté est lié à des contraintes. Rapidement, il y a eu cette volonté d’aiguiller la frustration vers du positif. Le propos a joué sur la forme.
Vous ne voulez pas qu’on dise vos noms, qu’on montre vos têtes. Pourquoi ?
Après les concerts, on va vers les gens, on s’appelle par nos prénoms, on se montre, ce n’est pas un problème. Mais on est hardcore vis-à-vis des médias, on veut garder cet anonymat, par rapport aux textes d’abord, pour une question de pudeur à l’égard de nos proches. A la base on ne savait pas que les morceaux sortiraient. Maintenant, c’est aussi une question par rapport à nos vies. On n’est pas Jennifer. Il faut qu’on trouve un moyen de ne pas être visibles. Ça me fait penser à une interview du mec de Stupeflip, on lui demandait pourquoi il avait tout le temps une cagoule. Il répondait : je ne comprends pas pourquoi tous les autres n’ont pas de cagoule. C’est vrai, c’est ça. Montrer sa gueule, ça n’a aucune importance. L’image, ça te flingue. C’est comme une photo de famille, où on te demande de sourire quand tu n’as pas envie. On a une visibilité, mais on ne veut pas être partout. On ne veut pas qu’on nous arrête dans la rue. Tout ça, c’est venu récemment, on n’y avait pas pensé au départ. Mais on est rattrapés par ça. On ne veut pas alimenter le buzz, on veut calmer le jeu. C’est une question de mesure par rapport à ce qu’on a proposé par ailleurs. Dès le départ, quand Fauve était minuscule, on ne voulait pas poser comme un groupe de rock. Tu racontes dans tes chansons que ta vie est banale, ce n’est pas pour poser en groupe de rock. Il faut qu’on arrive à rester Fauve dans tout ce qu’on fait. A l’origine on fait ce projet pour des raisons très importantes, même vitales. On ne veut pas compromette de truc là, et prendre le risque de le détruire. On essaie d’être cohérent, et de se protéger. On a construit ça avec toute la sincérité dont on est capables. Je pense que ça s’entend.
Pour l’instant vous n’avez pas de maison de disques. Ça viendra ?
C’est une question de moment. Tant qu’on prend plaisir à faire les choses nous-mêmes, on continue. C’est marrant de voir comment ça marche, en dehors de la musique. Notre énergie, on veut l’utiliser à ça. C’est un développement de projet, comme monter un voyage. C’est artisanal, du début à la fin. On n’est pas fermés à l’idée d’une maison de disque, ça sera utile à un moment. Si on s’associe un jour à une maison de disques, on gardera un contrôle total sur l’artistique, on continuera le projet de manière pluridisciplinaire.
Vous sortez votre premier disque. Vous l’avez fait comment ?
Pas en studio, mais dans nos chambres. On est encore des bricolos du dimanche, avec des pianos enregistrés à l’iphone. On a appris seul à utiliser le logiciel d’enregistrement. On fait des prises sans trop réfléchir à la chanson, et après on triture, on découpe, pour monter un morceau. On l’a fait mixer et masteriser dans un vrai studio, pour l’homogénéité du disque. L’idée, c’est de conserver une ambiance où on se sent bien, qu’on connaît, tout en sachant capitaliser sur les petits accidents. On est limités, comme musiciens et producteurs. Mais ça donne le truc qui nous ressemble. Mais on est aussi dans une optique de progression. Toujours dans la chambre, mais avec du meilleur matériel. Ce n’était pas évident, il s’est passé des choses très tôt, on a dû construire le projet dans un univers qui bougeait. On s’est cherchés jusqu’à très récemment. C’est une grande satisfaction. On se sent tous bien dans le projet. On est partis de zéro, on devait avancer, avec des éléments perturbateurs. On tâtonne encore beaucoup, sur le fond et la forme, sur l’enregistrement. On a l’impression d’être attendus, alors qu’on n’a jamais demandé ça. L’idée c’est d’éviter le feu de paille, ne pas surfer sur le buzz, mais avancer pas à pas. Pour les six prochains mois, on a les grandes lignes en tête, on a commencé à travailler sur le premier album, on veut faire plus de vidéos. Plus de chansons, plus de tout, monter des évènements qui nous amusent, nous motivent, nous font du bien. Faire plus de tout ce qu’on fait aujourd’hui. On est encore aux prémisses du truc.

//www.lesinrocks.com/2013/05/15/musique/fauve-interview-fleuve-11394450/









Fauve : Comme des chiens enragés

Dimanche 1 Septembre 2013
Lisa Vignoli

Fauve, Blizzard
Avant eux, le rub a dub, on ne savait même pas ce que c'était. Fauve nous a pourtant donné envie de danser, jour et nuit, sur cette musique jamaïcaine dérivée du reggae qu'ils évoquent dans un titre de Blizzard, leur premier et unique maxi.

Leur musique à eux est plutôt du genre exutoire, proche du spoken word, cette façon de chanter sans le faire à la façon d'un Arnaud Fleurent Didier. La rage en prime, le débit saccadé en accéléré en plus. Il faut le savoir, oui, ces jeunes garçons qui avancent masqués, leur interprète en tête, s'agrippent à la gorge de celui qui s'aventure à les écouter.

Présentés comme les chanteurs d'une génération - simplement parce qu'ils ont 27 ans -, ils enflamment pourtant les peaux, ici, d'un parterre d'ados en concert, là, de quadras qui ont passé l'âge de s'identifier.

Eux n'ont peur de rien : ni de la mort, ni du désamour, ni de la tristesse qu'ils entendent bien repousser à coups d'insultes et sans mâcher leurs mots dans Blizzard. A la place, ils promettent des « nuits fauves », des « trucs bandants », des « trucs déments » et des « grands soirs ». Pour ça, ils essayent « d'attraper des syllabes à la volée pour en faire des bougies qui éclairent et qu'on placera sous les paupières ». Résultat, on n'écoute plus qu'eux. En dansant sur du rub a dub.

//www.marianne.net/Fauve-Comme-des-chiens-enrages_a231533.html




















08/11/2013
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