Alain YVER

Alain YVER

FOUJITA

FOUJITA ( Tsugouharu )





site consacré à Foujita
http://www.foujita.org/

le bapteme de Foujita
http://www.ina.fr/economie-et-societe/religion/video/CPF08008721/le-bapteme-de-foujita.fr.html

http://www.alc-reims.fr/infos/musees/beaux_arts/foujita/foujita_presse.htm



Foujita, peintre de la volupté

Foujita, inédits, de Sylvie Buisson, À l'encore rouge/Fondation Nichido. 416 pages, 39,90 euros.

Tout comme Modigliani, Tsuguharu Foujita appartient à la légende du Montparnasse des avant-gardes du début du XXe siècle. Celle-ci lui a assuré une postérité, mais a aussi en partie gommé le caractère et la diversité de son oeuvre. Il arrive à Paris en août 1913 - il a vingt-cinq ans - et, très vite, il connaît tous ceux qui comptent alors dans les cénacles du carrefour Vavin. Il est bien accepté par ce petit monde turbulent, se sent tout à fait à l'aise en son sein et y impose sa personnalité charmante et exotique. Foujita travaille beaucoup, avec acharnement : il se cherche, mais sans jamais se placer dans la position de suiveur du cubisme ou d'un quelconque mouvement artistique alors en vogue. Après sa première exposition à la galerie Chéron où il est présenté par le poète et critique André Salmon, il conquiert le coeur du Tout-Paris et en devient la coqueluche pendant les Années folles. On comprend qu'il a éprouvé une difficulté énorme à affirmer un style personnel et qu'il a toujours conservé (et sans doute cultivé) un esprit oriental dans ses oeuvres. Et il a une curieuse façon d'assimiler les diverses influences provenant de peintres français, de l'école de Pont-Aven aux nabis. Tant et si bien que cette étrange tension entre deux cultures si lointaines et si opposées se manifeste comme la marque de son originalité : il n'est que de voir son autoportrait avec sa femme (Intérieur, 1921). Son univers se peuple alors de femmes endormies, à la peau très blanches, languides, parfois en compagnie d'un animal domestique, étendues sur de grands draps blancs sur fond camaïeu, formant parfois des couples enlacés. Il veut être le peintre de la volupté et de vices sublimés. Mais il est aussi le peintre d'allégories étonnantes, fortes et foisonnantes (Combat I et II, Grande composition I et II, 1928). Sylvie Buisson dévoile avec beaucoup de finesse le parcours très labyrinthique de cet esprit complexe, partagé entre un érotisme exacerbé et une profonde foi religieuse. Quand il rentre au Japon en 1934, les antagonismes qui le caractérisent sont encore accentués. Et quand le conflit prend une tournure tragique pour son pays natal, après avoir produit des oeuvres de propagande, il réalise en 1942 des compositions qui exaltent les anciens succès des forces nippones ; mais, au bout du compte, il ne fait que rendre plus prégnante l'horreur des combats. De retour à Paris en 1950, il produit de bien étranges madones dans une optique inspirée des primitifs flamands...
Georges Férou









Tsugouharu Foujita ou Tsuguharu Fujita, aussi connu après son baptême en 1959 sous le nom de Léonard Foujita, est un artiste complet (peintre, dessinateur, graveur, illustrateur, céramiste, photographe, cinéaste, créateur de mode ...) et français d’origine japonaise. Il est né le 27 novembre 1886 à Tokkyo et mort le 29 janvier 1968 à Zurich en Suisse. Il repose à Reims dans la chapelle Notre-Dame de la Paix qu'il a imaginée et peinte à la fin de sa vie.

Biographie

Enfance et adolescence au Japon

Tsuguharu (Héritier de la Paix) Fujita (Foujita à son arrivée en France) est fils du général Tsuguakira Fujita, médecin de l'Armée impériale japonaise et de Masa, qui meurt prématurément en 1891 à Kumamoto. Tsuguharu a un frère ainé et deux sœurs qui le protègent au moment du drame. Le berceau familial est particulièrement cultivé et ouvert aux idées occidentales nouvelles.

Inscrit aux cours de français dès l'école primaire, Tsuguharu étudie la peinture de style occidental aux Beaux-Arts de T®≠ky®≠, obtient son diplôme en 1910 et n'a qu'une idée en tête : aller à Paris. En 1913, il s'embarque finalement pour Marseille et débarque à Montparnasse le 6 août au matin. Il s'est engagé auprès de sa famille à revenir au bout de trois ans, notamment pour épouser sa fiancée Tomiko.


Arrivée à Paris

Le lendemain, Ortiz de Zarate, qui l'aborde à la terrasse d'un café, l'entraîne chez Picasso qui provoque le premier grand choc de sa vie d'artiste. Les compositions cubistes et les peintures du Douanier Rousseau de l'atelier de Picasso le poussent à oublier ce qu'il sait et à se jeter à fond dans la bataille des avant-gardes de l'Art Moderne que livre une centaine d'artistes de son âge décidés comme lui à imposer leur idées nouvelles à Paris. Déjà bien avant la première guerre, l'École de Paris existe pour éclore tout à fait après 1918. Foujita en devient l'une des stars. Amedeo Modigliani, Pascin, Moïse Kisling, Chana Orloff, Chaïm Soutine, André Derain, Vlaminck, Fernand Léger, Juan Gris, Henri Matisse et, en général, tous ses voisins de Montparnasse, deviennent ses amis.

Les premières expériences à Paris et Londres

Après avoir résidé à l'hôtel d'Odessa, Foujita partage l'atelier de son premier ami japonais à Paris, Kawashima, dans une zone mal définie proche des fortifications au sud de Montparnasse. Ils suivent l'enseignement néo-grec de Raymond Duncan. Il hésite entre la danse et la peinture. Après un séjour à Londres en 1914, il revient Cité Falguière près de Soutine et Modigliani jusqu'à ce qu'il rencontre sa première femme Fernande Barrey en 1917 et qu'il installe son atelier dans sa cour, 5 rue Delambre.

Les premiers succès parisiens

Sa première exposition personnelle chez Chéron en juin 1917 est un triomphe ; il expose 110 aquarelles dans un genre mi japonais, mi-gothique que Picasso admire. Avec ses gains il offre un oiseau à Fernande qui est à l'origine de cette exposition et installe chez eux une baignoire avec l'eau chaude courante, ce qui fait aussi le bonheur des modèles, dont Kiki de Montparnasse, modèle favori, dont on admire la beauté dans le fameux Nu couché à la toile de Jouy (MAMVP). Odalisque alanguie, le nu de Kiki fait sensation au Salon d'Automne de 1921 et se vend l'énorme somme de 8 000 francs. En 1918,le poète et marchand polonais Léopold Zborowski entraîne Soutine, Modigliani et sa femme Jeanne Hébuterne avec Foujita et Fernande à Cagnes pour s'abriter des bombes et vendre leurs peintures dans les palaces de la Côte d'Azur. C'est un moment fort pour Foujita qui peint avec ses deux amis pendant tout un été et rencontre Renoir juste avant sa mort. Très rapidement, en particulier après ses trois premières expositions personnelles, Foujita connaît la gloire. Il est de tous les salons de peinture non seulement à Paris mais à Bruxelles, en Allemagne, aux États-Unis et au Japon ; son nom et les photos de ses exploits illustrent de nombreux articles de la presse nationale et internationale.

Le triomphe des Années Folles à Montparnasse

Alors que Fernande se détourne de lui, Foujita rencontre à la Rotonde Lucie Badoud, qu'il surnomme Youki (Neige en japonais) à cause de sa blancheur de peau; elle devient non seulement sa muse mais aussi une égérie de Montparnasse. Ils sont de tous les bals, les stars des Années Folles. Le succès de Foujita tient à son style tellement original et novateur qui le situe, à la frontière de l'Orient et de l'Occident, dans un registre où il excelle. Ses sujets, de préférence occidentaux, sont dessinés avec sobriété et minutie sur des fonds ivoire de sa fabrication qui lui permettent de déposer un fin et vigoureux trait noir et des couleurs à l'huile transparentes et légères. Foujita remet en vigueur un second Japonisme. Ses tableaux de femmes, d'enfants et de chats entrent dans les plus grandes collections. En 1925, il est décoré de l'Ordre de Léopold en Belgique et fait chevalier de la Légion d'honneur en France. C'est sans doute l'un des artistes qui gagne le plus d'argent. Il est envié et inconscient de l'ampleur de sa réussite. Cette réussite lui attire en 1928 un lourd redressement fiscal qui va bouleverser sa vie. Afin d'aller y vendre ses œuvres, il retourne à Tokyo avec Youki après 17 ans d'absence et avoir répudié sa première fiancée. Il doit minimiser son train de vie, vendre maison et voiture et perd Youki, follement éprise de Robert Desnos. Après avoir tenté l'expérience surréaliste d'une vie à trois, Foujita ne voit qu'une issue possible, quitter Paris.

Période d'itinérance et retour avec succès au Japon

Il part fin décembre 1931 avec son modèle, Madeleine, pour un voyage extraordinaire de deux ans en Amérique Latine. Il se contente de laisser une lettre d'adieu à Youki et de recommandation à Desnos. Madeleine, dite Mady Dormans, l'aide à surmonter ses déboires et leurs découvertes, Brésil, Argentine, Colombie, Pérou, Mexique et Californie, lui redonnent goût à la vie et à la peinture. Le couple vit du fruit des expositions et arrive à Tokyo le 16 novembre 1933. Il y est accueilli comme une vedette et très vite organise à la Galerie Nichido une succession d'expositions. Il devient alors membre de Nikakai et réalise de grandes peintures murales. Madeleine meurt soudainement d'une overdose à Tokyo en juin 1936. Il connaît une jeune japonaise Kimiyo Horiuchi auprès de qui il trouve le réconfort. En 1938, Foujita se rend en Chine avec d'autres peintres comme Koiso Ryôhei en tant que peintre attaché aux armées en guerre.

Bref retour à Paris et période de la guerre au Japon

Il séjourne à nouveau à Paris de 1939 jusqu'à l'arrivée des Allemands en mai 1940. De 1939 à 1945 il travaille à des œuvres et des expositions de peintures de guerre, dont « Sens®≠-ga ». La Bataille de la rive de la rivière Khalka (ô˚é¢ô˚âÕî»îVêÌì¨) (voir Bataille de Halhin Gol) et La Charge suicide d'Attu (ÉAÉbÉcìáã ç”). Sa collaboration au militarisme japonais, puis avec les Américains, sera à l'origine de critiques à l'après-guerre.

Sur son action dans l’armée impériale japonaise pendant cette période, l’historien J.L. Margolin écrit que « figure de proue des peintres de guerre, il n’avait jamais manifesté le plus petit doute, même en privé, quant à la justesse de la cause impériale ». Une organisation japonaise[2] précisant même en 1946, que Fujita « collabora de la façon la plus active et la plus énergique avec l’armée au travers de son travail artistique. S’investit par écrit dans la propagande militariste. Voix écoutée dans le monde de l’art, comme dans la société, il eut un rôle important dans les mouvements militaristes et une influence extrêmement forte sur l’ensemble du peuple ». Cela ne l’empêcha pas d’être, dès 1945 « le principal collaborateur des Américains dans le domaine de l’art … de rassembler pour eux des peintures de guerre, sans se priver au passage de placer certains de ses propres tableaux dans les meilleures collections américaines »

Renaissance à New-York

Seul son départ définitif du Japon pourra l'apaiser. Après une attente de trois années pour obtenir un visa, Foujita s'envole pour New-York en 1949 protégé par le Général Mac-Arthur. Kimiyo, celle qui sera sa dernière épouse, le rejoint quelques semaines plus tard. Les peintures qu'il expose à la Galerie Komor à New-York demeurent parmi ses chefs d'œuvre, dont "Au Café" (coll. Centre Pompidou, Paris).

Retour définitif à Paris et son apaisement mystique

Le 14 février 1950, Il retrouve Paris et s'installe avec Kimiyo de nouveau à Montparnasse, renouant avec ses anciens marchands et le succès. Pétridès, Romanet et Jeanne Jarrige-Bernard sont ses principaux marchands. Ils lui organisent des expositions en Algérie, au Maroc et en Espagne. Son ami Georges Grosjean, journaliste, et Victor Berger-Vachon l'aide dans sa nouvelle carrière. Il repart à zéro à Paris. Il mène une vie calme, laborieuse, sereine et retirée du monde.

En 1955, malgré son action avec l’armée Japonaise en Indochine en 1941, il obtient la nationalité française.

Il se convertit au catholicisme le 14 octobre 1959 après avoir connu en compagnie de son ami Georges Prade une illumination mystique en visitant la basilique Saint-Remi à Reims. Sa marraine est Béatrice Taittinger, son parrain René Lalou ; son prénom de baptème Léonard évoque l'amour qu'il voue à Léonard de Vinci.

Il achète en 1960 une petite maison à Villiers-le-Bâcle, dans la vallée de Chevreuse où il aspire à une retraite mystique et artistique avec sa femme, recevant seulement de très bons et vieux amis.

En 1964, il décide avec René Lalou (son parrain, qui dirigeait la maison de champagne Mumm) de bâtir et décorer une chapelle à Reims : la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix ou chapelle Foujita (commencée en 1965, terminée en 1966). Son dernier grand chantier sera les fresques de cette chapelle.

Léonard Foujita meurt d'un cancer le 29 janvier 1968 à Zurich, en Suisse. Après avoir été inhumé à Reims, puis exhumé pour Villiers-le-Bâcle (Essonne), ses cendres reposent à nouveau (depuis le 6 octobre 2003) dans la chapelle Foujita à Reims, auprès du corps de sa dernière épouse qui l'a rejoint en 2009.

Sources : Sylvie Buisson, auteur du Catalogue général de Foujita (3 tomes, 1987, 2001 et 2007)








Foujita, le Maître japonais de Montparnasse

Entre la Bretagne et le Japon, l’histoire d’amour a plus d’un siècle: Foujita, qui connut les heures les plus chaudes de Montparnasse au début du siècle dernier, était tombé comme ses compatriotes sous le charme de la baie de Dinard. Pour rendre un hommage au peintre japonais, le musée du Montparnasse à Paris lui a organisé une escale bretonne à Dinard, «la perle de la côte d’émeraude». Toute la ville s’est mobilisé l’été dernier en organisant plusieurs manifestations autour de l’exposition, et du Japon. Le palais des arts fête les derniers jours de la rétrospective consacrée à l’œuvre de Foujita, autour de 160 documents dont 30 datant de 1917 à 1920, et pour certains inédits.

Le moins que l’on puisse dire c’est que les trois grandes salles du palais des arts proposent, dans un itinéraire à la mise en scène japonisante, des œuvres d’une très grande variété: des toiles minimalistes, épurées, avec de grands espaces vides et des regards silencieux, des corps alanguis, des visages impassibles; des corps de femmes mêlés, des enfants graves et trop sages qui ne jouent pas avec leur poupée, des Vierges à l’enfant; et puis aussi, des toiles extrêmement chargées, colorées, animées, entièrement remplies de détails dans tous les recoins, des scènes d'apocalypse, d’enfer et de paradis; entre les deux pôles, une salle consacrée à de merveilleux dessins à l’encre aux lignes souples et précises, où seuls les pleins et les déliés suffisent à révéler les volumes. On peut mesurer, à travers le film adossé à l’exposition, que la commissaire Sylvie Buisson et le délégué aux arts plastiques, Elie Szapiro, qui ont conçu et organisé cette manifestation, n’ont pas eu la prétention de présenter de façon exhaustive la diversité de l’œuvre de Foujita; mais, aux toiles et aux dessins exposés, l'addition de quelques sculptures, d'une trentaine de photos, et d'un petit film exécuté par Foujita lui-même, attestent de la variété de l'investigation de l'artiste. Au final, l'exposition met bien en valeur ce pont entre l’Extrême-orient et le monde occidental que représente à elle seule cette œuvre.

okyo et Paris sont les deux patries de naissance et de cœur de Tsuguharu Foujita (qui signifie dans l’ordre: héritier de la paix et champ de glycines) : «Mon corps a grandi au Japon, mais ma peinture a grandi en France», disait Foujita. Lauréat de l’école des Beaux-arts de Tokyo, le peintre ne rêve que de se faire un nom en France. Il débarque en 1913 à Montparnasse, en pleine effervescence cosmopolite du monde artistique: il a 27 ans, une solide formation classique, il est pétri de culture traditionnelle et lettrée; il est excentrique, ouvert au vaste monde, et n’a aucune difficulté à se faire des amis dans les milieux les plus variés: d’origine aristocratique, il cultive une allure de dandy. Cet homme, styliste à ses heures pour créer sa propre garde-robe, originale et raffinée, séduit le milieu de la mode avant-gardiste; il infiltre les salons littéraires et les milieux parisiens les plus huppés. Mais Foujita est avant tout peintre, il est venu en France avec l’ambition d’y être consacré dans ce domaine, et il partage de près la vie de ses compagnons de bohême: leurs fêtes et leurs difficulté de vie, leurs modèles aussi, dans les ateliers.

Proche des poètes et des peintres qui sont au cœur de la vie artistique du début du siècle, il fréquente Apollinaire, Diego Rivera, Desnos, Picasso, Modigliani, Van Dongen, Soutine, Derain, Kisling, et Braque parmi d’autres. Cette vie luxuriante, riche de rencontres très variées, de plusieurs voyages aller-retour entre la France et le Japon, mais aussi dans différents pays d’Amérique latine, va structurer sa personnalité, et façonner sa quête personnelle. Ce brassage des cultures va se retrouver indéniablement dans sa grammaire picturale si singulière.

De la culture nippone, on retrouve d’une manière générale dans son œuvre une prévalence de la forme et du dessin, le goût calligraphique pour la précision et la finesse du trait, la peinture comme écriture du silence, les aplats de couleur des estampes japonaises, les traits plus larges assortis d’un travail à l’estompe, l’utilisation du vide comme élément structurant de la composition -comparable à celle qui est faite dans l’art floral japonais, l’ikebana- et le recours à l’encre de Chine. A titre d’exemple, le Portrait de jeune fille (1923) est codé: «la jeune fille tient un petit brin d’herbe, une minuscule fleur, des éléments qui rappellent au samouraï la fragilité et la beauté de la vie, inscrits dans la religion bouddhiste et shintoïste, les deux religions au Japon», est-il précisé au visiteur en annotation.

Des influences occidentales, on retrouve une parenté avec les nus et les visages peints par Modigliani, comme par exemple dans Le Petit écolier en blouse noire (1918) –Modigliani, un ami près duquel il souhaitait être enterré. Les grands fronts bombés et les visages ovoïdes sont inspirés de ceux de Constantin Brancusi. Dans les visages de la Buveuse d’absinthe (1917) et du Portrait d’homme au long nez, (1916) effleure la sensibilité de Picasso pour les masques africains, la recherche de l’épure des lignes à la manière des cubistes et l’exploration des couleurs. Profil de femme allongée (1926), pourrait rappeler le travail d’un Matisse, ou d’un Cocteau. Dans les Baigneuses (1917), les recherches de Picasso ne sont pas loin non plus. Or, Picasso, rencontré dès le deuxième jour de son arrivée à Paris, fut une révélation pour Foujita; dans le superbe catalogue de l'exposition (édition du musée Montparnasse), Sylvie Buisson rapporte ce propos du peintre: «A peine revenu de chez Picasso, je suis rentré chez moi, et j’ai jeté par terre toutes mes couleurs et mon matériel de peinture (…) déjà je brûlais d’oublier toutes les techniques que j’avais apprises au Japon, de comment tenir sa palette, à la manière de laver les pinceaux».

Tsuguharu Foujita, le «sensei»

Mais on n’oublie pas sa culture d’origine sur un simple coup de pinceau, et Foujita a su apprivoiser la mixité: le Baiser des colombes est à ce titre emblématique, qui traite de la paix de façon discrètement allégorique, à la manière des compositions-paraboles affectionnées par les Japonais. Foujita, connu pour ses odalisques, fut couronné de succès en 1922 pour son Nu allongé: le corps laiteux sur fond noir rappelle les signes d’opposition taoïstes du ying et du yang. Le triangle pubien noir est au centre de la grande toile, à l'image de la femme qui est à l’origine du monde: il se trouve lui-même au centre d’un corps couleur ivoire. Foujita réalise aussi une synthèse entre deux savoir-faire, en mélangeant des techniques de façon audacieuse comme par exemple en utilisant l’encre et l’huile, ou en utilisant l’encre sur toile. L’usage qu’il fait de la feuille d’or est également une passerelle entre les deux types de peinture puisqu’elle est utilisée dans la peinture italienne et dans la peinture traditionnelle japonaise; or,  Foujita a été inspiré par les madones florentines et siennoises de la Renaissance italienne, de Raphaël à Léonard de Vinci -Vinci qu’il admirait tant qu’il choisit d’en porter le prénom lorsqu’il s’est convertit au christianisme, en 1959.

Reconnu par tous comme une figure majeure de l’Ecole de Paris, Foujita-le «sensei» (le Maître, en japonais) tient la palme de la notoriété de la peinture nipponne au début du siècle alors qu’elle comptait une cinquantaine d’artistes venus, comme lui, se confronter au travail occidental. Mais, au-delà de la synthèse que Foujita réussit à faire entre les différents codes, sa singularité tient à son histoire personnelle. D’autres éléments de la biographie du peintre offrent quelques points de repères et d’interrogations, relatifs à une constante thématique du répertoire: des chats impassibles, des nus de femmes, hiératiques ou enlacés, des petites filles trop sages et trop graves aux grands fronts lisses, aux yeux en amande, et aux regards étranges, profonds, tristes, ou méditatifs, des Madones fragiles, des Vierges à l’enfant, des maternités très tendres. C’est un univers de toute évidence dominé par des visages d’enfants très policés et des représentations féminines douces.

On ne peut s’empêcher de mettre ce thème récurrent en perspective avec l’enfance de Foujita, sa situation de petit-dernier d’une famille de quatre enfants, très turbulent, ne tenant jamais en place, surnommé «petite carpe» par sa famille; avec sa situation également de petit garçon orphelin de mère à l’âge de 5 ans; avec sa vie sentimentale, enfin, construite comme un roman: cinq mariages, et jamais d’enfant. Rien de très surprenant dès lors dans les déclarations du peintre: «Si je devais définir la femme en un mot, ce serait ‘mystère’. L’espèce ‘femme’ est comme celle des plantes. Elle est très compliquée». Pour éviter toute méprise quant à la valeur de la comparaison, il faut se souvenir que, de l’arbre au rocher, de la plus petite fleur au plus petit insecte, tout élément naturel est, dans la religion shintoïste, élevé au rang de divinité vénérée: respectée, adorée et crainte. Mêlant sacré et profane, quatre ans avant sa mort, Foujita se met en scène, agenouillé aux pieds de la Vierge, en robe de bure,  dans le tableau Vierge couronnée par deux anges (1962).

http://www.rfi.fr/actufr/articles/057/article_30688.asp
par Dominique  Raizon









L ‘ EXPRESS

Léonard Foujita est un peintre et graveur français d'origine japonaise (1886 - 1968). Fils d'un général et médecin de l'armée impériale, il étudie à l'école des Arts de T®≠ky®≠ jusqu'à l'obtention de son diplôme en 1910. Foujita arrive en à Paris en 1913. Jusqu’en 1931, il vivra à Paris dans le quartier de Montparnasse dans un environnement international effervescent. Il s’intègre facilement à une communauté d’artistes et d’amis d’origine étrangère. Avec eux, il participe à l’école de Paris - un creuset où chaque étranger apporte sa tradition et l’entremêle à celles de la France. Il rencontre ainsi Picasso, Modigliani, Soutine, Chagall, Diego Rivera ou Fernand Léger. Mais au-delà du cubisme, c’est d’abord l’œuvre du Douanier Rousseau qui le fascine et qui le conduit à réaliser des paysages mélancoliques et tourmentés, proches de ceux de Soutine. Rapidement, il se consacre au dessin et au nu dans le sillage d’Ingres tout en assumant naturellement ses origines nippones : ligne fluide, rejet de la perspective… Il devient alors un personnage de fictions, un « homme à femmes », une star internationale. Car les « montparnos » aiment aussi faire scandale pour attirer les foules. Comme Kisling et Van Dongen, il aime se faire filmer avec le tout Paris. Véritable dandy surnommé « Foufou », portant des anneaux d’oreille et une coupe de cheveux « à la chien », il fait l’objet d’un reportage à Deauville avec Mistinguett et Susy Solidor. En 1929, cinq œuvres monumentales de Foujita sont à l’honneur à la galerie du Jeu de Paume à Paris. Parmi elles, deux diptyques, les Compositions au Chien et au Lion et Le Lutteur I et II, expriment un jeu d’oppositions entre lutte et volupté et guerre et paix. Après la dissolution de son troisième mariage, et son vol vers le Brésil en 1931 (avec son nouvel amour, Mady), Foujita voyage et peint dans toute l'Amérique latine, faisant des expositions rencontrant un grand succès tout au long de son voyage. À Buenos Aires, en Argentine, 60 000 personnes assistent à son exposition, et plus de 10 000 font la queue pour avoir son autographe. Deux ans après (en 1933) il est accueilli comme une vedette au Japon. Il devient alors membre de Nikakai et réalise des peintures murales. En 1938, il se rend en Chine avec d'autres peintres comme Koiso Ryôhei en tant que peintre attaché aux armées en guerre. Il séjourne à nouveau à Paris de 1939 jusqu'à l'arrivée des Allemands en mai 1940. De 1939 à 1945 il travaille à des œuvres et des expositions de peintures de guerre « Sens®≠-ga ». Sa collaboration au militarisme sera à l'origine de critiques durant l'après-guerre et de son départ pour la France en 1949. C’est dans l’art religieux de Dürer et des Italiens de la Renaissance, dont Léonard de Vinci, que Foujita se réfugie. En 1955, Foujita obtient la nationalité française. Il se convertit au catholicisme le 14 octobre 1959 après une illumination mystique qu'il a ressentie dans la basilique Saint-Remi à Reims. Son choix du prénom Léonard aurait été une marque de respect vis-à-vis de Léonard de Vinci. En 1964, il décide donc avec René Lalou (son parrain, qui dirigeait la maison de champagne Mumm) de construire une chapelle romane à Reims : la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix ou chapelle Foujita (commencée en 1965, terminée en 1966). Son dernier travail majeur est la décoration de cette chapelle. Léonard Foujita meurt le 29 janvier 1968 à Zurich, en Suisse. Après avoir été inhumé à Reims, puis exhumé pour Villiers-le-Bâcle (Essonne), ses cendres reposent à nouveau (depuis le 6 octobre 2003) dans la chapelle Foujita à Reims, auprès du corps de sa dernière épouse.









37 œuvres inconnues du peintre Foujita offertes par un collectionneur à un musée japonais.
 
HAKONE (JAPON) [02.09.11] - Le 31 août 2011, un collectionneur privé a cédé près d’une quarantaine d’œuvres de l’artiste Tsugouharu Foujita, au musée Pola à Hakoné, près de Tokyo. Ces tableaux qui n'étaient jamais apparus sur le marché de l'art ont causé la surprise des conservateurs.
Le musée Pola à Hakoné, près de Tokyo, qui conserve l’une des plus grandes collections privées japonaise, a eu une bonne surprise en recevant, le 31 août 2011, 37 tableaux du peintre Tsugouharu Foujita. Ce don vient d’un collectionneur privé qui ne souhaite pas communiquer son identité et a la particularité d’être composé d’œuvres jusqu’alors inconnues.

La série est constituée de peintures à l’huile qui représentent des sujets religieux ou des enfants travaillant. Elles ont été réalisées entre 1956 et 1958, à l’époque où Tsugouharu Foujita, résidait en France. Pourtant, des notes à l'arrière des oeuvres indiquent qu'elles ont été peintes dans d'autres pays; ce qui augmente la surprise des professionnels du musée.

Tsugouharu Foujita, peintre d’origine japonaise est arrivé en France en 1913. C'est dans le quartier du Montparnasse, prisé par les artistes d'avant-garde, qu'il a rencontré Picasso, Modigliani et Matisse. Durant les Années folles, il a rencontré un vif succès à Paris. Il a su développer un style original en mêlant des thématiques occidentales à des techniques orientales tel que l'estampage. « Mon corps avait grandi au Japon mais ma peinture a grandi en France », avait-il l’habitude de dire.

Après un retour au Japon pendant la guerre, Tsugouharu Foujita s’est installé définitivement en France dans les années 50. Très croyant dans les dernières années de sa vie, il s'est fait baptiser sous le nom de Léonard en hommage à son peintre préféré de Vinci. La dernière rétrospective française de l’artiste a eu lieu au Musée des Beaux-Arts de Reims sous le titre « Foujita monumental ! Enfer et paradis. » du 1er avril au 28 juin 2010.
LeJournaldesArts.fr








La veuve de Foujita disparue,
l'héritage du peintre demeure

 
24.04.2009
Une femme de grande classe dotée d'un sacré caractère. Un bel euphémisme pour décrire Kimiyo Foujita. La veuve du célèbre peintre franco-japonais Léonard Tsuguharu Foujita s'est éteinte le 2 avril à Tokyo, à 99 ans. Ses cendres seront transférées samedi 25 avril à Reims, auprès de celles de son mari, décédé en 1968. Jusqu'en 1990, la dame japonaise a habité la maison de campagne de Villiers-le-Bâcle où elle avait suivi, en 1961, l'homme de sa vie. Avant de la léguer au conseil général de l'Essonne. A l'intérieur, de véritables trésors de peinture, d'objets intimes et, surtout, le dernier atelier, parfaitement intact, du peintre figure légendaire du Montparnasse des années folles. « Kimiyo a oeuvré de façon remarquable pour la mémoire de l'oeuvre de son mari, explique Anne Le Diberder, responsable de la Maison Foujita, qui l'a rencontrée de nombreuses fois de 1992 à 2008. Il est extrêmement rare qu'un atelier reste dans cet état. » Un génie hyperactif Même si la dame avait une facheuse tendance à se montrer procédurière. « Elle était exceptionnelle, vive, alerte, avec pas mal d'humour, mais elle avait aussi une réputation très difficile », analyse, compréhensive Anne Le Diberder. Kimiyo plaçait le peintre au-dessus de tout. « Elle considérait son mari comme un grand homme, reprend Anne Le Diberder. Elle avait une admiration et une grande tendresse pour lui. » Il était son aîné de 35 ans. C'était une très belle femme. D'origine modeste, elle avait suivi jusqu'en France le maître du métissage figuratif de l'orient et de l'Occident, issu de l'aristocratie japonaise. Lui sous les feux des projecteurs, elle dans l'ombre d'un génie hyperactif qui pouvait passer de dix à douze heures par jour dans son atelier. Ne parlant pas la langue française, la Japonaise se montrait plutôt solitaire. « Avant sa mort, Léonard Foujita s'était inquiété du sort de sa femme, reprend Anne Le Diberder. Il s'occupait de tout et il l'a beaucoup protégée. » « Kimiyo a été désespérée au moment de la mort de son mari » reprend Anne Le Diberder. Elle lui avait juré de ne jamais le quitter. Une promesse de fidélité qu'elle respecte aujourd'hui encore, même dans la mort. A visiter, la Maison atelier Foujita, 7-9 route de Gif, Viliers-le-Bâcle. Tél. : 01 69 85 34 65. Site web : http//essonne.Fr. Ouvert Les samedis de 14 à 17 heures et les dimanches de 10 à 12 h 30 et de 14 à 17 h30. Visites sur rendez-vous les mardis, jeudis et vendredis.

Le Parisien




22/05/2012
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