Alain YVER

Alain YVER

GANG STARR

GANG STARR







http://www.myspace.com/gangstarr


http://www.deezer.com/fr/artist/3807

http://www.youtube.com/watch?v=U76Nde6rMTw

http://www.youtube.com/watch?v=lH3hrtp1T84

http://www.dailymotion.com/video/x9cbu_gang-starr-mass-appeal_music#.UUMPMBkslo4





Portrait
 Gang Starr

Dans la musique depuis plusieurs années déjà, c'est en 1987 que Guru (G.U.R.U. pour Gifted Unlimited Rhymes Universal de son vrai nom Keith Elam né en 1968 à Boston) et DJ Premier (Chris Martin, né en 1969 à Brooklyn - New York) forment le groupe Gang Starr, ils dépassent alors le stade du simple hobby et enregistrent quelques démos et 3 maxis incluant 'Bust A Move' et 'The Lesson' qui attirent l'attention de la scène underground new-yorkaise puis du label Wild Pitch Records sur lequel ils signent. Primo alors à l'université au Texas reste en contact avec Guru, puis quelques temps plus tard vient s'installer à New-York.

En 1989 ils réalisent un premier album : "No More Mr. Nice Guy", avec des morceaux comme 'Premier & The Guru', 'Manifest', ou 'DJ Premier In Deep Concentration'. C'est après avoir écouté cet album et en particulier le titre 'Jazz Music' que Spyke Lee les contacte afin de réaliser un morceau pour la B.O. du film "Mo' Better Blues : Jazz Thing". Alors que lorsqu'ils sont arrivés le Hip-Hop tournait en rond dans ses productions en particulier, ils font partie d'une génération au même titre que Pete Rock, qui a apporté un renouveau à la musique, Gangstarr est un des groupes précurseurs de la fusion entre Hip-Hop et Jazz. Gang Starr est dès lors catalogué Jazz-Rap à tort, mais Premier en produisant en parallèle leur permet de s'émanciper de ces préjugés. Le duo devient alors connu pour son dj-producteur exceptionnel : Premier et son MC aux lyrics conscients : Guru.

En 1990 le groupe quitte Wild Pitch à cause de la faiblesse de la promotion du premier album et signe au profit de Chrysalis Records; en 1991 sort "Step In The Arena" sur lequel se trouve des morceaux toujours très jazzy dont les très bons 'Who's Gonna Take the Weight?' et 'Just to Get A Rep'. "Daily Operation" : le 3ème album, sort dès 1992, Primo offre à nouveau les meilleurs samples de sa collection de disques de jazz, c'est sur cet album qu'apparaît la Gangstarr Fondation par l'intermédiaire de Jeru The Damaja et Lil' Dap (Group Home) sur 'I'm The Man' sans aucun doute l'un des meilleurs morceaux de l'album au même titre que 'Ex Girl To The Next Girl' ou 'Take It Personal'. Guru qui voit le rap comme une musique avec un message, raconte dans 'Soliloquy Of Chaos' une embrouille lors d'un concert en concluant par un message à ces "homeboys" leur montrant la stupidité des violences.

C'est en 1994 que sort "Hard To Earn", Guru et Premier ont déjà pris part à des projets parallèles. Premier a produit pour d'autres et Guru a lancé la série des "Jazzmatazz". Sur 'Mass Appeal' ou 'Code Of The Streets' comme sur la plupart des autres morceaux les connaisseurs reconnaîtront la marque de fabrique Gang Starr, une production très efficace, la voix de Guru parfois accompagnée par : Big Shug, Nice & Smooth, Lil' Dap et Jeru The Damaja et un refrain scratché, en effet DJ Premier n'est pas parmis les plus grands scratcheurs techniquement mais son feeling est tel qu'il transforme un scratch banal en scratch d'anthologie.

"Moment Of Truth", leur 5ème album sort en 1998, c'est celui de la consécration il ne compte quasiment que des morceaux de très grande qualité : 'Work', 'Above The Clouds' (avec Inspectah Deck : une combinaison proche de la perfection), 'Itz A Set Up' (Feat. Hannibal), 'B.I. vs Friendship' (Feat. M.O.P), 'The Militia' (Feat. Big Shug & Freddie Foxxx), 'The Rep Grows Bigga', 'What I'm Here 4' pour ne pas tous les citer.

Gang Starr est peut-être le plus grand duo de l'histoire du Hip-Hop, espérons que leur prochain album qui devrait sortir dans l'automne sera aussi puissant que le précédent et contiendra autant de titres de qualité que "Full Clip : A Decade Of Gangstarr" la compilation regroupant quelques-uns des meilleurs titres des 5 albums du groupe, sorti en 1999. On peut compter sur les productions de Primo qui est devenu l'un des producteurs Hip-Hop les plus demandés et a collaboré avec les plus grands : Notorious B.I.G., Nas, Jay-Z, KRS-One, Afu-Ra, Heather B, Big L, Neneh Cherry, Heavy D, Lady Of Rage, M.O.P, les artistes de la Gangstarr Foundation ou récemment les X-Ecutioners et la liste est très longue. Il a également sorti quelques mix-tapes, un album solo : "Haza Present ... New York Reality Check 101", en 1997 et a remixé Shyheim, MC Solaar, MOP, Lina et bien d'autres.

Guru a lui aussi lancé une importante carrière solo après les 3 premiers albums du groupe avec "Jazzmatazz, Vol. 1" en 1993 sur lequel figurent Roy Ayers, Donald Byrd, ou encore N'Dea Davenport (Brand New Heavies) suivi 2 ans plus tard par "Jazzmatazz, Vol. 2: The New Reality", avec en guests : les jazzmen Ramsey Lewis ou Branford Marsalis par exemple, et les rappeurs : Kool Keith, Big Shug ou Bahamadia. Le Volume 3 de la série, sorti en 2000, est intitulé "Street Soul", pour signifier l'attachement à la rue et garder la crédibilité auprès d'un public jeune. Outre Primo, il y invite Jay-Dee, Bilal, The Roots, Angie Stone, Erykah Badu, et les anciens Isaac Hayes ou Herbie Hancock. Il a également fait plusieurs collaborations avec des artistes français comme Les Nubians ou Mc Solaar.

Premier qui a réhabilité le rôle du DJ Hip-Hop qui était limité depuis l'apparition des DAT (enregistrement numérique remplaçant les vinyls sur scène) et Guru qui a remis au goût du jour la musique Jazz peuvent aujourd'hui être classés parmis les plus grands artistes Hip-Hop.
Respect.

"Les membres de la Gangstarr Fondation sont : Afu-Ra, Big Shug, Freddie foxxx, Krumb Snatcha, Group Home (Lil' Dap et Melachi The Nutcracker), Ill Kid Family (Mendoughza, Lae-D-Trigga, Kreem.com, Bless, Fabidden). Bahamadia et Jeru The Damaja ont également fait parti du collectif puis l'ont quitté.

Dext
Juillet 2002

http://www.hiphopcore.net/articles/19-portrait-gang-starr.html







La biographie de Gang Starr

Formé en 1987, le groupe de Hip-Hop US Gang Starr est né du "mariage" entre un DJ et un MC, à savoir DJ Premier, de son vrai nom Chris Martin, et Keith Elam aka Guru (Gifted Unlimited Rhymes Universal). Tandem star de la scène underground new-yorkaise dès ses débuts, Gang Starr commence par sortir quelques démos et maxis ("The Lesson"). Adepte de la fusion entre rap et jazz - écoutez le morceau "Jazz Music", extrait de leur premier album No More Mr. Nice Guy (1989) - le duo attire l'attention du réalisateur Spike Lee, qui lui commande un titre ("Jazz Thing") pour la bande originale de son prochain film, "Mo' Better Blues" (1990). Ou l'histoire d'un jazzman de la fin des années soixante, tiraillé entre la musique, ses amourettes et son impresario. Dès lors, Gang Starr devient une référence en matière de rap East Coast, de même qu'un groupe "éveilleur de conscience", tant pour ses lyrics engagés que son rap enlevé et mélodique. En 1991 sort l'album Step In The Arena, puis une troisième galette l'année suivante.
Durant les trois prochaines années, Guru et Dj Premier se lanceront dans divers projets. Guru initiera notamment l'ambitieux Jazzmatazz - premier volume en 1993-, poursuivant ainsi sa quête entre jazz et hip-hop et qui le verra travailler avec des artistes et groupes de référence dans le domaine, comme Erykah Badu, The Roots, le rappeur français MC Solaar ou encore Branford Marsalis. Dj Premier se lance quant à lui dans la production d'albums pour KRS-One, Jay Z, Notorious Big ou Neneh Cherry.
En 1994, un nouvel opus estampillé Gang Starr voit le jour et s'intitule Hard To Earn. Suivra Moment of Truth en 1998, leur première œuvre commune à se classer numéro un des charts albums R'n'B/Hip-Hop. Le single "You Know My Steez" sera d'ailleurs le second hit des rappeurs à entrer au fameux Billboard Hot 100. Le dernier album original en date des deux Gang boys est The Ownerz (2003). 
Chacun poursuit ses activités solos, Guru avec ses séries Jazzmatazz and co, Premier dans la production. A noter qu'il a travaillé en 2006 avec la chanteuse Christina Aguilera sur son album Back To Basics.

http://musique.ados.fr/Gang-Starr.html





Gangstarr

Probablement le groupe qui a su rester le plus authentique dans ses choix artistiques au cours des années. Un duo de légende qui a inscrit son nom caractère gras sur le livre du hip hop. Cinq albums, autant de classiques. Même si la reconnaissance publique tarde toujours à venir, cette constance relève de l’incommensurable dans un monde aussi changeant que le hip hop.
On peut reprocher à Primo d’avoir formalisé ses conceptions sonores et sa façon de choper les sample. On peut également reprocher à Guru de surfer sur la vague nu-soul alors en pleine émergence. On pourra répondre aux premiers que si Primo répond à certains standards et mécanismes au cours de ses multiples collaborations, les albums de Gangstarr ont toujours été l’occasion d’innover tout en s’inscrivant dans le son new-yorkais que le duo a contribué à façonner avec les années. "The Ownerz" ne déroge pas à ce classicisme. De même, les seconds pourront se voir rétorquer que Guru va bientôt sortir le quatrième volume de ses aventures jazzistiques, après des collaborations avec des artistes dont la liste prendrait une bonne partie de cette page. Le plus important réside probablement dans le fait que Primo est devenu un personnage clé de l’industrie musicale, sorte de Lars Von Triers du Dogme hip hop, n’hésitant pas à faire résonner sa voix de baryton lorsqu’il n’en peut plus d’entendre la même soupe insipide sur les ondes. Et que Guru, faisant évoluer son flow d’années en années, représente plus que jamais au micro cette révolte face à l’establishment qui risque de se prendre un violent coup de tête le jour où les auditeurs se fieront davantage à leurs goûts qu’aux matraquages cérébraux de tubes annoncés. Gangstarr est déjà multi-platine auprès de la rue.
Moins Soul que le précédent "Moment Of Truth", "The Ownerz" s’inscrit dans une ligne artistique radicale plus proche de celle d’ "Hard To Earn". L’industrie du disque devenant plus putassière, Primo lui-même contre-attaque en s’emparant à plusieurs reprises du micro. Un extrait de sa déclaration véhémente aux Mix-tapes Awards à l’attention des deejays et programmateurs radios est ici reprise sur l’interlude précédant "Peace Of Mine". Des propos directs lâchés par la voix rauque de Primo sur le ton de la passion et de la colère. Des propos qui se concluent par un "Fuck You" rageur. Comme le dit Guru "Fuck that ! It’s not Hip-Hop / It’s something else". "Who Got Gunz" ne laisse pas retomber la pression avec M.O.P. et Fat Joe. Un titre brut de décoffrage basé sur une rythmique minimale de Primo. "Militia Pt.3" qui suit est un titre guerrier avec Freddie Foxxx et Big Shug magistralement orchestré par Primo utilisant un sample très court de piano conférant toute l’atmosphère oppressante au track. Ce ne sont ici que quelques uns des sommets qui parsèment le futur classique, "The Ownerz".
L’heure est venu de payer ses dus et de donner tout le respect qu’il se doit à Gangstarr. Primo se reposant d’une session studio la veille pour le nouvel album de M.O.P., Guru est ici seul à répondre à nos questions. Micro.
 

Pourquoi la sortie de ce nouvel album a-t-elle autant tardée ? Des ennuis de label ou alors la faute de Prim’ qui est trop perfectionniste avec ses beats ?
Primo est définitivement un perfectionniste. Il a travaillé sur l’album pendant deux ans et demi. Entre ses différentes productions pour d’autres artistes et moi avec Jazzmatazz et après "Baldhead Slick & Da Click" qui est sorti sur mon propre label Ill Kid Records, nous travaillions pour Gangstarr dès que nous avions du temps.
Nous sommes aussi passés par une rapide phase de négociations, afin d’être sûr que les choses étaient préparées du mieux possible. Rien n’est jamais parfait. Mais nous voulions nous assurer que la machine derrière la musique fonctionnait correctement et du mieux possible.

Ne t’offusques pas de ce que je vais dire. Je suis un fan de Gangstarr depuis des années, mais cela me semble légèrement arrogant de s’auto-proclamer les "Ownerz" du hip hop, les propriétaires du hip hop. Peut-être me suis-je trompé quant à la signification du titre de votre nouvel album "The Ownerz" ?
Oh, c’est totalement différent ! Le titre représente le fait que la culture et la musique, l’essence de tout cela, est exploité. Des personnes empruntent le hip hop, et essayent de fermer la porte derrière eux sans le rendre. Nous sommes les propriétaires de notre style et la musique que nous faisons est originale et nous en respectons les règles. Le hip hop possède des règles et aujourd’hui, beaucoup de ses acteurs ne les prennent plus en compte. Nous sommes donc des représentants très légitimes de cet art.

Vous n’affirmez donc pas que vous êtes les uniques acteurs à être restés fidèles au hip hop, juste l’un des plus beaux fleurons de cette forme d’art authentique ?
Exactement. (puis réfléchissant et rigolant) : Nous ne déclarons pas que nous sommes les propriétaires de la totalité du hip hop, mais simplement de notre hip hop.

Okay, j’ai compris. Lorsque tu as rencontré Prim’ à NY pour la première fois, lui venant de Houston, toi de Boston, je crois que l’on vous a demandé de travailler ensemble, sans même que vous vous connaissiez. Comment te sentais-tu à l’époque ?
Je me sentais excité. La raison numéro un, j’avais trouvé quelqu’un qui détenait des beats qui mettaient en valeur mon style. La première fois que j’ai entendu les beats de Dj Premier c’est sur une demo que j’avais volé chez Wild Pitch. Je prenais le métro, rappant par-dessus la voix du premier rappeur avec lequel Premier collaborait. Je rappais par-dessus sa voix ! Car ses beats étaient tellement forts. A cette époque, personne ne faisait ce qu’il faisait. Même s’il n’utilisait qu’un quatre pistes dans la chambre de son lycée, cela sonnait comme ce qui passait à la radio. Cela sonnait même mieux pour moi. Et j’étais excité. 
A cette époque, j’étais avec d’autres gars de Boston, mais j’étais le seul à vouloir vivre à NY. Je vivais dans une chambre, luttant pour m’en sortir, et j’avais l’impression d’être le seul à bosser. J’étais donc fatigué de ces gars. A la même époque, son rappeur partait faire son service militaire. Prim’ posait des questions à mon propos, et je posais des question à son propos. Stood Fire, à Wild Pitch, m’a alors donné son numéro. Et nous avons parlé. A ce moment, lorsque nous nous sommes parlés, tout semblait évident. Et lorsqu’il est revenu à NY, nous nous sommes rencontrés, et c’était comme revoir un ami de toujours.

Wow ! Tu savais donc que quelque chose de spécial allait arriver ?
Bien sûr !
Mais imaginiez-vous alors recevoir une telle reconnaissance, je n’évoque pas les ventes mais les réactions du milieu hip hop et de ses fans, après le premier, puis surtout le second album ?
C’est marrant. Lorsque j’ai signé mon premier deal, même si j’essayais d’obtenir un diplôme, il s’agissait d’un très mauvais contrat. Qu’il s’agisse des royalties ou de tout le reste, il fallait que je fasse 14 albums, des trucs fous ! Avec Wild Pitch. On a réussi à se sortir de ce deal. Au départ, j’ai signé car j’étais très excité de pouvoir faire un disque. Il ne s’agissait alors pas d’argent. Je désirais simplement faire des disques. Je souhaitais que Marley Marl les joue. Je voulais que Dj Chuck Chillout, Dj Red Alert, les Awesome Two, des gars comme eux, les mettent. Il ne s’agissait que de cela pour nous. Nous étions en accord total avec l’idée de faire des disques.

Il vous a fallu cinq albums pour décrocher le Disque d’Or. Comment avez-vous accepté cela ?
C’était frustrant. Et cela l’est devenu encore plus avec les années. En passant, la première vidéo que nous ayons sorti était pour "Word I Manifest". Avant celle-ci, nous avions un track "Positivity", mais il n’est pas passé beaucoup à la radio. Il y a donc eu "Word I Manifest". Marley Marl l’a joué, ainsi que Red Alert et je suis devenu fou. J’ai appelé tous mes potes. J’étais comme "Oh, merde !". Cela valait presque plus que l’argent. Juste l’excitation générée, les sensations. Lorsque nous somme devenus Disque d’Or avec "Moment Of Truth", je me suis dit "Okay, enfin". Mais nous avions déjà le sentiment d’être Disque de Platine dans les rues. Et également, en termes de respect au sein de l’industrie, car tous les meilleurs rappeurs souhaitaient collaborer avec Primo. Je travaillais avec de très grands chanteurs tels que Chaka Khan et ce genre de personnes. Ainsi que des artistes de jazz. Et ça n’arrêtait jamais. C’était donc pour nous un agréable sentiment, mais nous pensions également que ça aurait dû nous arriver depuis le début. Tout cela est bien évidemment frustrant avec les années, car il est difficile de combiner la célébrité et le fait de ne pas avoir les ventes qui vont avec...
Je dois vous avouer que cela a engendré de nombreux problèmes personnels pour moi. J’ai eu pas mal de soucis avec les forces de l’Ordre depuis que je suis un rappeur. Encore plus que lorsque je n’en étais pas un. Il y a beaucoup de jalousie et, certains gars, lorsqu’ils pensent que tu es riche, essaient de te cambrioler entre autres choses. On m’a arrêté pour port d’armes. Pas mal d’autres trucs. Je buvais trop également. Désormais, je suis à un stade dans ma vie où j’ai mis la frustration de côté. Car j’ai accepté le fait que nous soyons des légendes et ce statut compte davantage que n’importe quelle somme d’argent. Être capable de faire de la musique qui représente quelque chose pour notre audience à travers le monde est bien plus satisfaisant que de faire des tubes pour les radios. J’ai aussi un fils, de trois ans. Ma façon de penser est donc bien différente. Je travaille en ayant en tête mon fils. Je ne bois plus, cela fait cinq mois désormais. J’ai totalement arrêté. Je vois les choses de façons bien plus posées qu’avant, et je perçois la distinction entre la longévité et le statut de Platine .







The Ownerz de Gang Starr
chronique d'album

 Inutile de préciser que ce nouvel album du mythique duo new-yorkais se sera fait attendre. Gangstarr figure en effet, à l'image de A Tribe Called Quest ou De La Soul, parmi ces rares groupes hip hop dont l'influence souterraine ne se sera jamais démentie et dont la longévité n'aura jamais entamé le crédit et la respectabilité auprès de leurs pairs. Cinq années, donc, après un mitigé et trop timoré Hard To Earn, Guru et Dj Premier avaient sûrement à coeur de peaufiner un disque dont l'ensemble du milieu scrutera les moindres détails et autres recoins. Avouons-le tout de suite, The Ownerz ne déçoit en rien. Les productions du génial Dj Premier demeurent toujours aussi acérées et d'une précision quasi chirurgicale, perpétuant un style et un art du sampling concis et efficace, que seul lui semble maîtriser avec autant de maestria. Guru retrouve quant à lui une verve et une lucidité que ses projets parallèles ne parvenaient plus à mettre en valeur, trop obnubilé sur sa série Jazzmatazz à forcer un mariage jazz et hip hop pourtant déjà consommé depuis belle lurette. The Ownerz marque ainsi le retour en grande forme d'une des formations les plus respectées de la galaxie hip hop. On ne peut que s'en réjouir et apprécier la leçon.

 http://www.magicrpm.com/artistes/gang-starr/a-lire/chroniques/the-ownerz
        


    

Gang Starr - “The Ownerz”

(Virgin/Virgin)

Enfin, après une trop, trop longue absence, revoici Gang Starr et son nouvel album. Plus qu’un évènement, c’est à chaque fois une réelle émotion de retrouver Dj Premier et Guru, deux des protagonistes les plus importants du HipHop mondial. Pas besoin de présenter le groupe mythique de New York, alors rentrons tout de suite dans le vif du sujet
A l’entame de l’album et surtout lors de la première écoute, les cinq premiers morceaux nous laissent sur notre faim. Non pas qu’ils soient mauvais, plus d’un producteur rêverait d’avoir la moitié du talent de Primo, mais les bombes atomiques du passé n’ont, à ce moment, pas trouvé d’équivalent. Heureusement arrive “Skills”, titre dispo en maxi depuis quelques temps, qui ouvre l’escalade vers les sommets. En effet “Deadly Habitz” réveille le HipHop qui sommeillait en nous, grâce à la recette magique de Dj Premier: de bons samples parfaitement couplés et servis par un beat ultra efficace. C’est à partir de ce moment qu’il ne fait plus de doute que Gang Starr a encore réussi un très bon album. Sans trop entrer dans les détails, des titres tels que “Who Got Gunz” avec en featuring Fat Joe et M.O.P, hardcore à souhait, ou “Playtawin” risquent de tourner sur les platines un certain temps. Alors que dire de l’improbable collaboration avec Snoop Dogg sur le fabuleux “In This Life” où, pour ma part, je n’ai jamais autant apprécié Snoop, sauf sur son premier album magistral. Beaucoup d’autres morceaux mériteraient qu’on s’y attarde. Mais pas de crime de lèse-majesté, avant de conclure, parlons de celui sans qui le combo ne serait pas le même: Guru. Car si il existe bien une certitude, c’est que l’apparition de sa voix, au teint si suave, ne laisse jamais indifférent, et Dj Premier à définitivement le don de savoir comment la mettre en valeur. Alors rendons hommage à l’un des plus grands Mcs en activité, dont toute la beauté d’écriture est mise en valeur sur le magnifique et revendicatif “Riot Akt”, qui risque de figurer sur de nombreuses mix-tapes
Encore un retour gagnant du vrai HipHop, car qui plus que Gang Starr peut revendiquer cette étiquette? Bien sûr, celui-ci évolue mais Dj Premier, en grand producteur, sait intégrer des innovations, adapter ses beats aux personnalités nombreuses venues, sûrement avec bonheur, sur cet album. Et puis Gang Starr a son style, sa touche, imitable mais incomparable, presque reconnaissable aux premières notes de l’instru. Alors pour toutes ces raisons, inutile de vous dire qu’il est de votre devoir de vous le procurer. Gang Starr ne fait pas du rap, ils font vivre le rap. LE RETOUR DES MAÎTRES DU HIPHOP

http://www.mowno.com/tag/gang-starr/







Composition du groupe

Gang Starr est un groupe de Hip Hop originaire de Boston composé du MC Guru et du DJ/producteur DJ Premier. Ils sont des pionniers du hip hop East Coast des années 1990, en créant une identité propre et en réactualisant le son new-yorkais au fil de leurs albums.

Biographie
Formation et début

Guru, le rappeur du groupe.
Le groupe se forme en 1985 à Boston, dans le Massachusetts, par Keith Elam (connu sous le pseudonyme Keithy E. The Guru) et de Mike Dee, alias DJ 1,2 B-Down, ainsi que différents producteurs, comme Donald D, J.V. Johnson ou DJ Mark the 45 King. Après avoir enregistré quelques démos, ils signent avec le label Wild Pitch Records et sortent en 1987 et 1988 3 maxis, incluant Bust A Move et The Lesson.
En 1989, le groupe se sépare et Guru est le seul membre à vouloir continuer le groupe. Il a rapidement pris contact avec DJ Premier (alors connu sous le nom de Waxmaster C), qui lui envoie une beat tape. Appréciant son travail, il l'invite à joindre Gang Starr et dans la même année, ils sortent leur premier single Words I Manifest et l'album No More Mr. Nice Guy. Spike Lee les contacte afin de réaliser un morceau pour la B.O. du film Mo' Better Blues : Jazz Thing.
Carrière
En 1990, le groupe quitte Wild Pitch et signe avec le label Chrysalis Records. Step In The Arena sort en 1991. Daily Operation est le 3e album, sorti dès 1992.
L'année 1994 marquera la sortie de Hard To Earn, alors que chacun des membres prend part à des projets parallèles : Premier commence à produire pour des pointures comme Nas ou Biggie, et Guru lance la série des Jazzmatazz.

DJ Premier
Leur 5e album, Moment of Truth, sort en 1998 et marque une coupure avec un hip-hop dit old-school ; c'est également l'album qui a été le plus plébiscité par la critique[réf. nécessaire]. Il a été certifié disque d'or aux USA[réf. nécessaire]. Le style de productions sur ce disque déterminera également la signature sonore de DJ Premier pour les années à venir.
Cette même année, les albums Step in the Arena et Daily Operation apparaissent dans la liste des 100 meilleurs albums hip-hop de tous les temps par le mythique magazine The Source[réf. nécessaire].
Leur 6e album "Full Clip: A Decade", sorti en juillet 1999, représente leur décennie dans le monde du hip hop, sous forme de best-of agrémentés de titres inédits et de raretés. Le premier morceau extrait de cette compilation, l'inédit Full Clip, devenu instantanément un classique, contient une dédicace pour Big L, MC de Harlem sauvagement assassiné dans son quartier durant l'enregistrement du morçeau.
Sorti à l'été 2003, leur 7e album, The Ownerz, est un échec commercial[réf. nécessaire] malgré de nombreuses collaborations (dont Jadakiss, Big Shug, Freddie Foxxx, M.O.P. ou Fat Joe) ainsi que quelques sursauts d'orgueils[Quoi ?] comme Who Got Gunz ou Peace Of Mine.
Séparation et décès de Guru
Depuis ce dernier album, DJ Premier et Guru n'ont plus collaboré. Le groupe est maintenant[Quand ?] dissous malgré le fait qu'ils soient restés en bons termes.
Premier produit des sons pour des artistes de son label, Year Round Records, tels que Blaq Poet, le vétéran de Queensbridge, ou encore les NYG'z et Nick Javas dont il finalise en ce moment les albums, à venir avant la fin de l'année[Quand ?]. Il anime également son émission, Live From HeadQCourtez, sur Sirius Satellite Radio en compagnie de Big Shug ou Panchi des NYGz.
Guru se concentre sur sa carrière solo à partir de 2003. Il a sorti deux albums : l'un en 2005 appelé Version 7.0: The Street Scriptures, le second en 2009 appelé Guru 8.0: Lost and Found. Ces albums n'ont pas été vendu à beaucoup d'exemplaires, aucun d'eux n'ayant atteint le disque d'or. Après avoir combattu plusieurs mois un cancer, il décède le 19 avril 2010 à l'âge de 48 ans (une confusion semble avoir été initié par certaines sources 1 2, mais la publication d'un "scan" de son passeport3 prouve qu'il est bien né le 17 juillet 1961 et non 1966).
Discographie
Albums studio

1989 : No More Mr. Nice Guy

1991 : Step in the Arena

1992 : Daily Operation

1994 : Hard to Earn

1998 : Moment of Truth

2003 : The Ownerz
Compilations

1999 : Full Clip: A Decade of Gang Starr

2006 : Mass Appeal: The Best of Gang Starr
Références
    1.    ↑ R.I.P. Guru (Gang Starr) (1966 – 2010) [archive], Inlog.org, 2010-04-20. Consulté le 2010-04-20
    2.    ↑ Gang Starr's Guru Dies of Cancer at 43 [archive], exclaim.ca, 2010-04-20. Consulté le 2010-04-20
    3.    ↑ [image] Scan du passeport de Keith “Guru” Elam [archive]

Liens externes

http://www.hiphopcore.net/articles/19-portrait-gang-starr.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gang_Starr






Gang Starr 
Moment Of Truth

Déjà inscrit dans le panthéon du hip-hop grâce à 4 albums devenus mythiques, Gangstarr (Guru et DJ Premier, pour ceux qui l'ignorent encore...) nous faisait l'honneur de revenir, en 1998, sur le devant de la scène avec ce 5ème album intitulé "Moment Of Truth". Revenons sur le plus abouti volet d'un des duo qui a le plus marqué le hip-hop US... C'est donc avec impatience et sans crainte que nous nous plongeons dans cette merveille musicale.

Pour ce 5ème opus, les productions ont, encore une fois, été en majeur partie réalisées par Primo et quand on voit le travail qu'il a effectué, on ne voit pas qui pourrait lui contester d'être parmi les (le ?) meilleurs producteurs de tous les temps... D'entré le ton est donné. Comment résister au terrible 'You Know My Steez' avec un Guru plus qu'envoûtant ? Et vous n'êtes pas au bout de toutes les surprises que nous offre cette formidable galette de 20 titres. Les productions ont toutes été travaillées avec soin comme pour 'Work', 'Moment Of Truth', 'Royalty' ou encore 'Next Time'. De plus, Primo a réservé aux nombreux invités présents, de véritables perles à l'image de 'The Militia' avec Big Shug et l'impressionnant couplet de Freddie Foxxx.

Les titres 'The Rep Grows Bigga' et 'New York Strait Talk' ne font que fortifier leur image de figure emblématique et 'She Knowz What She Wantz' nous dévoile un Guru plus sentimental que jamais. Bien sûr on retrouve comme sur les albums précédents, des titres plus souls comme 'My Advice To You' ou 'Betrayal' et dans un autre style les exellents 'Make 'Em Pay' (avec Krumb Snatcha), 'The Mall' et 'Next Time'. Tous les refrains sont quasiment mixés par Primo et son incroyable présence à la prod donne un gros + à l'album.

Bref, entre le talent génial de DJ Premier aux manettes et les rimes d'anthologie de Guru, ce 5ème opus de Gangstarr ne déçoit pas. Au contraire, il s'incrit d'ores et déjà comme un classique et c'est un vrai régal pour nos oreilles. "Moment Of Truth" est le travail abouti d'un groupe qui n'a plus rien à prouver mais plutôt à faire apprendre à la nouvelle génération ce qu'est le hip-hop. A acheter d'urgence.

Illmatic
Septembre 2002
http://www.hiphopcore.net/chroniques/273-gang-starr-moment-of-truth.html






Gang Starr
Step in the Arena

Chrysalis Records
Sortie : Janvier 1991

Bienvenue dans 50'34 de perfection : "Step in the Arena" ou le faux premier album de Gang Starr. Chronologiquement précédé de "No More, Mr. Nice Guy" (suscitant un étiquetage "rap jazzy" dont le groupe aura du mal à se défaire) mais, artistiquement, le disque qui marque la véritable naissance du tandem. Le duo favorisera en tout cas cette représentation : en ouvrant la pochette de "Hard to Earn", on remarque que l’album de 1989 s’est volatilisé… "First album took us two weeks, since then we have been plannin’ an exclusive attraction, conducive to your satisfaction…". Pour marquer le coup et affirmer son identité, comme The Guru l’explique dans le manifeste final 'The Meaning of the Name', le groupe se dote d’un petit logo qui va bien : "The chain and the star is a symbol of this form of intellect". Avec ce morceau rentre-dedans, le groupe remet les pendules à l'heure : pas du rap jazzy mollasson (DJ Premier tape d’ailleurs majoritairement ici dans la soul et la funk), mais une nonchalance qui contraste avec les tendances new-yorkaises du moment. Ni la complexité du jeu des voix et des arrangements de Public Enemy et du Bomb Squad, ni délire ludique mis en scène par Prince Paul et De La Soul, ni le minimalisme abrasif à la KRS One. Le rap dans toute sa force : beat, basses, samples, scratches. Le rap chimiquement pur.

Les trentenaires avoueront volontiers une petite faiblesse pour cet album, avec le souvenir de la découverte du single 'Just to Get a Rep' (merci "Rapline") ; ils ignorent alors le nom de Jean-Jacques Perrey, compositeur français dont est tirée la boucle centrale. Car l’essentiel est là : "Step in the Arena" propulse DJ Premier avant qu’il devienne Primo. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Chris Martin ne se contente pas de faire la secrétaire de Guru, assailli par les nanas, sur 'What you Want this Time ?'. Naissance d’une formule faussement simple, mais indémodable et inimitable. Le génie au travail. Non seulement ses beats, ses basses et ses samples sonnent d’une manière singulière, même quand il pioche dans un répertoire connu de tous, mais il a tout le reste, sans esbroufe : une curiosité qui en fait un crate-digger accompli, un sens diabolique de la découpe des boucles, du placement de breaks et de l’exécution des scratchs… Avec ici des pistes qu’il empruntera relativement peu par la suite : plusieurs ambiances laid back idéales pour accompagner le storytelling du rappeur.

'Form of Intellect' est exemplaire de cette fausse simplicité qui cache une grande précision. Une boucle de Maceo Parker & All the King's Men ('Better Half') prête à être cueillie et peaufinée par une oreille fine, un petit jeu au sein des couplets à partir d’un riff de guitare à la teinte blues, trois cuts différents (KRS-One, Lord Finesse et Divine Force) par-dessus, et le tour est joué - mais quel tour. Pareil pour le grandiose 'Check the Technique' : la façon dont Premier fait jouer en alternance la boucle de cuivre du 'California soul' de Marlena Shaw dans le premier couplet est splendide ; pour le deuxième, il place un éclat de cuivre sur le kick, arrête, reprend en fin de couplet avant le refrain… Parfait. Parfois Premier se contente d’un seul sample : James Brown sur 'What you Want this Time ?', Billy Cobham sur 'Street Ministry' pour un couplet unique de Guru. Parfois ça se complique et les échantillons s’empilent : 'Take a Rest', six samples et que des grands noms (ESG, Marvin Gaye, Kool & the Gang, Curtis Mayfield, The Meters, Sugarhill Gang), sans compter le scratch de la voix (encore lui) de KRS One. 

Les scratches, justement, sont sublimes, et font partie intégrante de la texture sonore. Avec un feeling aussi imparable que sa technique tranchante, Premier rend hommage aux fondateurs (scratchant 'Rapper's Delight' de Sugarhill Gang), mêle les voix de Kool Keith et Biz Markie sur 'Here today, Gone tomorrow', scratche s’il le faut une sonnerie de téléphone ('Love Sick')… L’un des atouts les plus précieux de Gang Starr crève alors les tympans : l’excellence de la transition couplet-refrain. La fraction de seconde qui sépare le moment où la voix de Guru s’arrête et celui où les mains de Primo parlent, prenant presque immédiatement le relais, fout des frissons.

Pour sa part, Guru n’a pas encore atteint sa maturité technique, mais chez lui aussi (toutes proportions gardées) la simplicité est de façade. Alliées à une voix singulière qui le fait sortir du lot d’emblée, son aisance naturelle et sa nonchalance calculée s’accordent en tout cas parfaitement à l’univers musical. On sent déjà les meilleures références dans la métrique (sa façon de couper certaines phrases en deux à la manière de Big Daddy Kane), et le Bostonien fait état d’une palette tout à fait honorable, sachant rapper tantôt avec lenteur et fluidité et tantôt mettre un coup d’accélérateur dans le rythme et de nervosité dans la voix. Il signe aussi quelques uns de ses meilleurs textes, avec déjà le mélange entre egotrip, storytelling et conscience sociale, y compris dans le même morceau ('Who's Gonna Take the Weight', 'Beyond Comprehension'...). Aucun moment de lassitude, malgré l’absence d’invités ; absence heureuse ici car elle renforce la cohérence de l’album.

Bref, inutile de dire qu’une telle complémentarité fait merveille, et que ce n’est pas par hasard que Gang Starr personnifie le duo rap par excellence. Ce qui fait de "Step in the Arena" un sommet du genre tient à cette osmose, mais aussi à tous ces petites détails (ici details matter, indéniablement) qui sont la marque des disques soignés : le break de batterie au tiers du deuxième couplet de ‘Step in the Arena’ qui stoppe le sample de cuivre pendant quelques mesures, les notes de piano qui déboulent dans l’oreille gauche en milieu du premier couplet sur ‘Execution of a Chump’ et l’enchaînement de breaks scratchés qui suivent, le scratch dément qui débute 'As I Read my S-A' et les cuivres claironnants qui le terminent, le riff qui ponctue 'Take a rest' après l’alternance de la sirène et de la basse…

"New heights and new realms have been reached by use of my speech along with one of Premier's beats." Il y a des moments dans le rap où la frime s’impose.
 Greg, 22/12/2008

http://www.abcdrduson.com/chroniques/chronique-797-gang-starr-step-in-the-arena-.html





Chronique
Gang Starr
Daily Operation

Chrysalis/EMI
Sortie : 1992

"Daily Operation", c’est d’abord la seule pochette d’album du groupe qui semble marquer un déséquilibre entre ses deux membres. Sur toutes les autres, Guru et Premier posent plus ou moins à égalité ; ici, le premier envahit le premier plan comme s’il voulait éclipser le second. Peine perdue, car paradoxalement le regard préfère s’attarder sur son compère, à l’arrière-plan mais au centre de l’image, fumant sereinement le cigare les yeux sur sa platine, et portant un T-Shirt sur lequel on croit deviner la figure de Mohammed Ali. C’est aussi la pochette la plus réussie, pleine de signes et de détails : bien sûr l’immense portrait de Malcolm X au mur, mais aussi des livres un peu partout (on aperçoit le "Message to the Blackman in America" de Elijah Muhammad posé devant une machine à écrire, auquel fait écho un passage de ‘2 Deep’ faisant référence à la Nation of Islam et aux 5 Percenters), un globe terrestre et un crâne shakespearien au fond, sans oublier de gros liasses de pognon débordant d’une valise, parce qu’il faut bien vivre. Pour emballer le tout, le morceau ‘Conspiracy’, pas toujours très subtil certes, mais qui aurait mérité d’être casé dans la bande originale de la quatrième saison de "The Wire" : "The educational system presumes you to fail, the next place is the corner then after that jail…".

"Gang Starr’s known to be prone to be masters of streetwise poetry and turntable wizardry…". Les débats vont bon train pour déterminer si "Daily Operation" est légèrement meilleur ou légèrement moins bon que "Step in the Arena". C’est en tout cas avec cet album que le duo s’impose pour de bon, tant la complémentarité du rappeur et du producteur crève les yeux, ou les oreilles. Il faut dire que DJ Premier fait preuve d’un sens de la boucle jazz absolument imparable, et que de façon générale il excelle dans la combinaison du sample et du scratch. Pour le premier versant, "Daily Operation" fait défiler un wagon de références prestigieuses : Charles Mingus, Aretha Franklin, Eddie Harris, les J.B.’s, Cannonball Adderley… Pour le second, on reconnaît entre autres les voix de KRS One, MC Lyte, les Jungle Brothers ou MC Shan. Traçant le sillon qui fera sa légende, le producteur alterne avec une maîtrise irrésistible le rugueux et le rutilant, en s’amusant manifestement à faire débouler sans prévenir des gros cuivres, à la façon de ‘Ex-Girl to Next Girl’ placé juste après deux instrus plutôt secs, ou de l’interlude ’24-7/365’, capable de réveiller les plus assoupis.

Si tout ici sonne "classique", c’est que le groupe ne se contente pas d’enchaîner des morceaux très bons mais invariablement conçus sur le même modèle ; il s’efforce de sortir des sentiers battus par petites touches discrètes, mais cruciales. Sur ‘I’m the Man’, dominé par la performance finale du nouveau venu Jeru the Damaja (nous sommes en 1992…), chaque rappeur pose sur un sample différent. Plus loin, DJ Premier truffe ‘The Hardcore Composer’ de multiples fragments et éclats sonores, tandis qu’il donne au refrain de ‘2 Deep’ une dimension littéralement liquide (une expérience d’ailleurs assez inhabituelle). ‘Soliloquy of Chaos’, l’un des meilleurs morceaux, est quant à lui composé de deux couplets de longueur inégale et fait l’économie d’un refrain pour faire ressortir la gravité du morceau : sur une boucle superbe de Ahmad Jamal, Guru relate un concert qui tourne à la violence stérile.

Assurant un bon équilibre entre l’egotrip et la conscientisation (avec quand même un gros avantage pour le premier aspect), posant avec une des dictions les plus claires qui soit, Guru est d’ailleurs ici plus que convaincant quel que soit le sujet. Des sujets qui sont relativement variés mais surtout archi-classiques : hommage à Brooklyn (terre d’adoption des deux hommes, l’un étant de Boston et l’autre de Houston), amitiés ou histoires de cul qui tournent mal (les affres du show-biz…), ivresses "coupables" pour la picole et la fume, sans compter la mise au pilori des wacks MC’s. Si Guru n’a pas une palette exceptionnellement large, il exécute parfaitement ce qu’il sait faire, et s’autorise même un exercice de style final sur le son haché de ‘Stay Tuned’. "So Premier drops beats, for me to say verses to…" : c’est vrai que dit comme ça, ça a l’air si simple...
Greg, 07/12/2008

http://www.abcdrduson.com/chroniques/chronique-795-gang-starr-daily-operation-.html
 






Chronique
Gang Starr
Full Clip : A Decade of Gang Starr

Noo Trybe/Virgin/EMI Records
Sortie : 13 Juillet 1999
 
Pour célébrer une décennie d’activité, Gang Starr  sortait en 1999 une anthologie de leurs titres préférés, réunissant le meilleur de leurs cinq albums déjà sortis. Dix années couronnées de succès, au cours desquelles DJ Premier et Guru se sont inscrits dans la légende. Il fallait bien fêter ça. 

Généreux, Primo et Guru ont milité pour qu’un minimum de pépites finissent à la trappe ; ainsi c’est sur deux disques que l’on revivra l’histoire du groupe, de la fin des années 80 à l’orée du XXIème siècle. Seul le packaging est un cran en dessous, avec un artwork assez banal et un livret qu’on aurait souhaité plus consistant. 

Cette compilation est certes loin d’être exhaustive, mais suffisamment complète pour que tout le monde y trouve son compte. Avec 33 titres, dont trois inédits et quelques raretés, il y a de quoi contenter tout le monde, du néophyte désireux de découvrir le groupe au fanboy à la recherche de la moindre exclusivité. 

Malgré la disposition aléatoire des pistes, qui ailleurs aurait pu clocher, ici l’ensemble reste extrêmement homogène. A l’inverse de beaucoup de best-of où les vieux titres sont clairement séparés des plus récents, les époques se côtoient sans complexe, preuve que le groupe a su garder une identité forte depuis ses débuts sans jamais la compromettre. Et même si l’évolution et les progrès sont flagrants, le duo n’a pas à rougir de ses premiers essais. Aussi, il est quelque part regrettable que la part belle soit laissée aux titres les plus frais, les deux premiers albums n’ayant le droit qu’à quatre titres à eux deux. Pour autant, le choix des morceaux s’avère pertinent, ce léger déséquilibre ne gênant aucunement l’écoute. 

Et si ce best-of a rencontré un franc succès à sa sortie, c’est aussi grâce à la qualité des trois inédits offerts à cette occasion. D’habitude les artistes ne se foulent pas et livrent des fonds de tiroir ou des chutes de studio ; DJ Premier et Guru, eux, ont une fois de plus fait bien les choses. Tous dans la veine de "Moment of Truth", sorti à peine quelques mois plus tôt, ils ont su tout de suite trouver leur place dans le cœur des aficionados du duo. Le nerveux 'All 4 Tha Ca$h' laisse Guru se lâcher sur trois minutes trente sans refrain, le temps d’un exercice de storytelling de haute volée. L’instrumental sera de bonne inspiration, puisque le beat impeccable de Primo sera réutilisé à maintes reprises par les freestyleurs en tout genre du monde entier. 'Discipline', avec son ambiance chaude et ses chœurs féminins, est un peu plus anodin quoiqu’il s’insère sans mal dans l’ensemble. 

C’est surtout 'Full Clip' qui aura marqué son époque, gros headbanger s’ouvrant avec le désormais mythique "Big L rest in peace !" . L’egotrip de Guru et le son de Primo s’accordent avec perfection, l’alchimie entre les deux comparses étant ici à son apogée. Dans la grande maison du Hip-Hop new-yorkais, ce 'Full Clip' pourrait servir d’appartement témoin tant il regroupe les meilleurs ingrédients des années 90. Un des morceaux les plus brillants du groupe, idéal pour entamer cette rétrospective, par ailleurs l’une des plus complètes pour un groupe de rap - chose assez rare pour être soulignée. Sa teneur lui confère presque le rôle d’album à part entière pour certains ; sans aller jusque là "Full Clip: A Decade of Gang Starr " reste un moment fort de la discographie du duo.
Yannick Sker, 29/11/2008

 http://www.abcdrduson.com/chroniques/chronique-794-gang-starr-full-clip--a-decade-of-gang-starr--.html
   






Chronique
Gang Starr
The Ownerz

Virgin / Gang Starr productions
Sortie : 24 Juin 2003

 "Real Hip-Hop". L’ex-duo inoxydable Guru-DJ Premier en a fait une raison d’être et un état d’esprit décliné pendant plus de quinze ans. Six vrais albums au compteur – comprenez hors compilation – et une place clef sur un échiquier musical pas tout à fait propice à la stabilité. "The Ownerz", dernier album en date de Gang Starr, remonte à 2003 soit une quasi éternité. Et sauf retournement de situation improbable, ce sixième long format restera sans suite, chacun étant parti depuis sur ses chemins de traverses et projets annexes. Cinq années se sont déjà écoulées depuis. Cinq années soit bien assez pour prendre du recul et porter un regard neuf sur l’ultime livraison labélisée Gang Starr.

"Stakes is high" dirait De La Soul. Attendu comme un aboutissement, "The Ownerz" suscitait avant même de voir le jour d’énormes attentes. Des attentes objectivement trop élevées. Alors oui, il n’est pas ce disque référence portant haut la croix d’un rap conscient obsédé par l’intégrité et la droiture. A défaut, il offre une vraie constance qui fait écho aux albums précédents. Même description des réalités new-yorkaises, même conscience sociale, même volonté de fustiger le faux pour mieux encenser le vrai, même conclusion hommage aux disparus ('Eulogy' rappelle le 'In memory of…' de "Moment of truth"). On ressent bien parfois les grosses ficelles avec cette impression qu’il est futile de rappeler des évidences. En somme, on pourrait reformuler ici ces éternels reproches qu’on met en face des récits un minimum moralisateurs. Incrédulité et naïveté pour certains, réalité pour d’autres. Mais l’essentiel est ailleurs.

En grand mégalo devant l’éternel, le Gifted Unlimited Rhymes Universal déroule ses récits, pour le coup plutôt bien ficelés avec cette voix à la fois brute et charmeuse. Si Guru n’a pas toujours été le point fort du groupe, ici il apparaît clairement en belle forme. Ce qui n’est pas forcément le cas de tous les membres de la Gang Starr Foundation cuvée 2003 (Big Shug, Freddie Foxxx, Krumb Snatcha, NYG’z…) sonnés au rappel pour l’occasion. Les proches que sont Fat Joe ou M.O.P. dynamitent bien un 'Who got gunz' qui résonne comme des coups de fusil à pompe dont les douilles s’entassent au sol à chaque inflexion du beat. L’apparition surprise de Snoop sur 'In this life…' aurait pu être marquante mais le ton laid-back du D.O.G.G. colle mal avec les beat de Preemo, transformant l’évènement en anecdote. 

Entièrement produit par Premier, "The Ownerz" développe une vraie esthétique musicale, cohérente et dans la droite lignée du sillon creusé depuis quinze ans par le boss de Year-Round. Pas de renouveau brutal, plutôt des retouches à une alchimie éprouvée centrée autour du sample. Ces compositions labellisées Preemo sont enrichies par un flot régulier de scratches et autres cuts. Mention spéciale au cut reprenant Method Man sur 'Who got gunz', une nouvelle montée d’adrénaline sur un morceau qui n’en manquait déjà pas. 

Mais le sommet de cet album est ailleurs. 'Peace of Mine' apparait comme LE gros banger à l’alchimie ravageuse. Le morceau qui aurait été un premier extrait tapageur à la place de ce 'Skills' un peu mièvre. Preemo bien remonté pour une introduction gueularde, Guru le mors aux dents crachant d’un trait – sans refrain – un long couplet délivrant une bonne leçon sur l’intégrité et l’authenticité – on y revient. 

"Cats be buying up SoundScans to beef up sales
Niggaz wanna crossover, wanna be upscale
Fuck that, that ain't hip-hop, that's something else
You're better off back on the ave’ doing something else
All you suckers claiming that you are, thug or gangsta
You disrespect the game by dry-snitching you prankster"

Le discours est connu, même convenu, mais quand le grand prédicateur est aussi convaincant, on a forcément envie d’y croire. Avec cet état d’esprit et cette alchimie DJ/MC Gang Starr aura toujours le respect de la base. Institution respectée des puristes, voire des intégristes du Hip-Hop, Gang Starr n’aura jamais été assez cross-over pour obtenir cet énorme succès populaire transgressant les genres musicaux. Semi-échec commercial, "The Ownerz" n’est pas l’aboutissement espéré, il mérite néanmoins mieux que ce statut d’album vite oublié, vite mis au placard. Il pose enfin une question essentielle, restée sans réponse : comment Guru a-t-il pu délaisser une légende vivante comme DJ Premier pour reconstituer un duo avec Solar, cet obscur producteur de troisième zone ?
Nicobbl, 29/11/2008

http://www.abcdrduson.com/chroniques/chronique-793-gang-starr-the-ownerz-.html







Chronique
Gang Starr
Moment of Truth

Chrysalis Records
Sortie : 31 mars 1998

Le moment de vérité. Guru & Dj Premier devant le tribunal du Hip Hop, l'image n'est pas anodine. "Moment of truth" arrive à un moment particulier du parcours du groupe. On les connait en effet comme les "pionniers" du hip-hop à base de jazz avec quatre albums à intervalle régulier au son particulier et significatif. En 1998, la situation est différente. Le groupe n'a pas sorti d'album depuis "Hard to earn" en 1994, le hip-hop a beaucoup changé surtout avec l'impact du Wu-Tang et de superstars comme Biggie et 2pac qui sont descendus aussi rapidement qu'elles sont montées. Les thèmes ne sont plus les mêmes, la musique a évolué, la formule du début des 90's n'est plus d'actualité, Gang Starr doit se réinventer.

Gang Starr a toujours été un laboratoire pour Dj Premier, il développait souvent sur un album entier le son qu'il cisèlerait dans les années suivantes à travers son carnet de commandes très chargées. L'histoire du groupe est indissociable de l'évolution du son de Preemo. Même si Guru, son discours et sa voix si particulière sont le cachet, les productions de Premier reste l'enveloppe et le contenu global. Hors entre 94 et 98, Premier travaille avec les plus grands et les plus influents de Nas à Jay-Z en passant bien sûr par Notorious BIG, Fat Joe, KRS One, Rakim... Il est incontournable et représente vraiment le son de NYC aux yeux du monde entier. Donc quatre ans après leur dernier album, avec une telle renommée et aucun album produit en intégralité depuis le "Wrath of the math" de Jeru, Premier est attendu au tournant. Et le groupe prend alors le parti pris de se remettre ouvertement en question en faisant de cet album leur profession de foi, clairement tourné vers une nouvelle formule, un son marqué qui développera la marque Primo de la fin des 90's.

L'album commence direct avec une explication de Guru sur les innovations et les mises à jour du groupe, suivi par le premier single diablement efficace 'You know my steez' et son clip reprenant la thématique de 'THX 1138' de Georges Lucas. La formule Primo plus rythmique, dépouillée, saccadée et puissante qu'à l'accoutumée, est maintenant reconnaissable parmi des millions. La cohérence est vraiment impressionnante, chaque morceau trouvant sa place, développant son propre univers et ajoutant sa pierre à l'édifice. Guru n'est pas en reste même si son talent n'est bien sûr pas au même niveau d'influence que celui de Primo. Il assure son job tranquillement, toujours proche de ses thèmes de prédilection, hip-hop dans l'âme, on ne le changera pas. Ce discours peut souvent paraître réducteur mais il représente exactement ce que Gang Starr est pour le public et ses pairs, une institution, une référence, quelque fois figée et conservatrice mais toujours en quête de changement et de renouvellement. La définition même du hip-hop.

Bien sûr, Guru est accompagné de nombreux invités sur cet album, ce qui était moins le cas sur les albums précédents. On retrouve la clique habituelle autour du groupe même si elle a un peu changé. Exit Group Home et Jeru, la nouvelle génération de la Gang Starr Foundation comprend Big Shug et Freddie Foxxx sur le maintenant archi-classique 'The militia' mais aussi les plus ou moins affiliés à cette époque comme les explosifs et intègres M.O.P, fidèle à eux mêmes. Ou encore le très bon Krumb Snatcha sur 'Make Em Pay' (la même année que 'Closer to god') et le futur Bad Boy G-Dep pour un shopping efficace sur 'The Mall'. Un album de Gang Starr est comme d'habitude une affaire de potes même si pour le coup, ils éclipsent les passages moins flamboyants de Guru. Surtout lorsque deux invités de choix s'ajoutent à la bande de copains : Inspectah Deck représente le Wu-Tang, alors tout puissant, avec un couplet extraordinaire sur 'Above the clouds' et Scarface assure un duo de vétérans sur le mélancolique 'Betrayal' et un sujet classique pour le parrain du Sud : la trahison. Sûrement deux des meilleurs tracks de cet album dense et complet.

D'ailleurs cet album peut paraître un peu trop long. Le disque dépassant les 78 minutes, quelques tracks en moins, peut être pas forcément indispensables, auraient pu alléger le tout, le rendre un peu moins redondant dans le discours, surtout pour un public pas forcément séduit par le ton souvent monocorde de Guru. Mais pas de déchets sur cet album, les basses, les refrains scratchés et les batteries devenues classiques de Preemo s'enchaînent avec une facilité et une disposition de maître. Bien sûr Premier prend le dessus comme sur chaque album de Gang Starr mais il sait s'effacer et rendre le MC meilleur comme un vrai producteur, avec une vraie vision de la musique. Et le son qu'il a développé sur "The moment of truth" est peut être celui qui a le plus influencé le rap new yorkais de cette époque ainsi que tous les backpackeurs du monde entier qui freestylerons sur ses beats jusqu'à la lie. Cet album porte cette marque rugueuse et inimitable malgré les milliers de contrefaçons. "Moment of truth" représente vraiment le son du Hip Hop en 1998 ou plutôt le son du futur en 1998. Il est une preuve vivante et toujours d'actualité qui ne prend pas une ride, un pari de remise en question réussie, une évolution majeure du hip-hop, une pièce maîtresse.
Lecaptainnemo, 07/12/2008

http://www.abcdrduson.com/chroniques/chronique-796-gang-starr-moment-of-truth-.html







Gang Starr - Les Papys font de la Résistance
Mardi, 12 Août 2003

Le sixième album de Gang Starr est dans les bacs depuis cet été, mais les choses ne se passent pas comme prévues. The Ownerz n'est pas l'événement musical annoncé. Pour la première fois de leur carrière, DJ Premier et Guru ont déçu. Une situation difficile à gérer pour deux hommes que l'on croyait intouchables.
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Quelle est votre vision du hip hop à l'heure actuelle ?
Guru : Aujourd'hui, seul un seul son, seul un seul style a droit de cité dans les radios. Et ce son est médiocre. Où sont passés les samples ? Où est passé le son new-yorkais ? Il n'y a plus de son made in New York. Le son de New York, c'est quoi maintenant ? Du r'n'b. L'originalité a disparu. Tout le monde essaie de copier quelqu'un d'autre. Quand on a commencé, il y avait Public Enemy, EPMD, The Fat Boys, Big Daddy Kane, MC Lyte, Whodini et la liste est bien trop longue. Et personne ne se ressemblait. Maintenant, tout le monde sonne comme Jay-Z, Fabolous ou 50 Cent.
DJ Premier : Quelque chose ne tourne pas rond. Les maisons de disques sont feignantes, les majors ne prennent pas de risques, elles attendent de voir si un artiste vend en indépendant et ensuite elles le signent. Notre culture est exploitée. Elle génère tant d'argent que l'art ne compte plus et que les règles sont oubliées. L'une des règles les plus importantes dans le hip hop est d'être différent, de ne pas sonner comme quelqu'un d'autre. Au début du hip hop, si tu imitais quelqu'un, tu te faisais frapper. Maintenant, c'est devenu chose commune. Pourquoi? Parce que les personnes qui dirigent le hip hop ne sont pas issues de cette culture.

Mais les artistes sont également responsables…
Guru : Oui, parce que la moitié des artistes soi-disant hip hop ne sont pas hip hop. Ils pratiquent cet art pour l'argent, pour la gloire, pour des raisons à la con. Ils n'ont pas assez de conscience pour réaliser que l'année prochaine ils auront peut-être disparu. Avant, les artistes oeuvraient pour l'art. Aujourd'hui, un prétendu artiste est choisi et on lui applique la formule magique du tube : on lui refourgue des producteurs, on lui dit de rapper sur tels sujets et le gars est OK parce qu'il se dit que comme ça, il va faire un hit. Le résultat de tout ça est qu'on se retrouve avec ce hip hop r'n'b mielleux que je n'appelle même pas hip hop. Et on se fout de savoir que ces gens-là vendent plus que nous parce que quand ils nous voient, Premier et moi, ils foutent le camp, ils ont la trouille. Ils ne peuvent pas nous manquer de respect parce que les rues sont avec nous. Ces gens-là doivent dormir dans des hôtels quand ils se déplacent de ville en ville, moi je vais dans les quartiers de chaque ville où je séjourne. Dans chaque ville, j'ai une centaine de soldats qui m'aiment non pas parce que j'ai de l'argent mais parce que j'ai des principes.

C'est quoi pour vous le hip hop aujourd'hui ?
Guru : La même chose que ça a toujours été : le salut de l'humanité. Je parle de hip hop, pas d'autre chose, si tu vois ce que je veux dire. C'est pas parce que quelqu'un rappe qu'il fait du hip hop. Ils veulent te le faire croire parce qu'il y a beaucoup de fric en jeu… Sans Nas et sans nous, le son new-yorkais serait mort. Nous sommes à l'origine de la résurrection du son new-yorkais. Je ne suis même pas de New York, je suis de Boston, et Premier vient du Texas mais nous avons grandi avec le son de New York, nous nous sommes rencontrés à New York et nous avons commencé notre carrière à New York. Et nous avons toujours voulu que notre musique représente ce son et cette ville. Nous représentons New York. On aurait pu changer notre son, l'édulcorer à l'image de tout ce qui se fait aujourd'hui mais c'était hors de question. Les businessmen qui investissent dans le hip hop misent sur ce qui est censé vendre : le sexe, l'argent, la drogue et la violence. Et les petits jeunes du ghetto marchent là-dedans parce qu'ils voient une bonne façon de faire de l'argent.

Gang Starr a-t-il encore un rôle à jouer ?
Guru : Notre rôle n'a jamais été aussi important. Nous sommes plus vieux, plus sages, nous sommes des OG. Tous ces jeunes dont je parle ont grandi sans famille, leurs parents sont divorcés. Nous, nos deux parents sont toujours ensemble. Ces gamins n'ont grandi qu'avec leur mère, une mère qui travaille en permanence et qui ne leur offre pas une bonne éducation donc ils rentrent dans des gangs, ils se mettent à vendre de la drogue parce qu'ils n'ont pas de structure familiale et la rue devient leur famille. Mais ces jeunes veulent qu'on les éduque, qu'on leur tende la main, ils veulent savoir ce qu'est la vérité, ils veulent savoir la différence entre le bien et le mal, ce qu'est la vie, ce qui est important et ce qui ne l'est pas. Ils se tournent vers Premier et moi pour qu'on les guide et qu'on leur apporte des réponses. Notre rôle est très important aujourd'hui. D'autres artistes vont peut-être vendre 3 millions et nous 300 000 mais on a derrière nous des millions de personnes et la seule raison pour laquelle on ne vend pas c'est que notre marketing est complètement pourri. On a toujours eu ce paradoxe entre popularité et respect en opposition aux ventes. Tout ça parce qu'on n'a jamais été sur un label hip hop. Et je me fais une promesse, à moi et mon fils, qu'avant la fin de ma carrière, je serai signé sur un label hip hop.

Vous pensez que la raison pour laquelle vous n'avez jamais énormément vendu n'est qu'une question de label ?
Guru : Oui. Je parie 100 000 dollars que si on était signé sur un label hip hop, on serait disque de platine. Je le parie. Regarde Nas. Il a fait Made You Look, un titre qui sonne New York à 100 %, complètement différent de tout ce qui se fait et Sony a cru en Nas et a mis de l'argent derrière lui. Ici, personne ne croit en nous. On doit s'asseoir à des réunions avec ces rockers qui ne savent même pas qui on est. C'est tellement frustrant, c'est insupportable. Mais en même temps, on a la chance d'être toujours signés sur un label, ce qui n'est pas le cas de nombreux groupes de notre époque. On se plaint, mais en même temps on a la chance de pouvoir continuer à faire de la musique.

Avez-vous été blessés par ce manque de succès commercial ?
Guru : Oui, je suis énervé. Mais ça va un peu mieux depuis que j'ai arrêté de boire. Avant, quand je buvais, je voulais tout le temps monter dans ces bureaux et foutre la merde. Je ne l'ai jamais fait à cause de Premier. Premier me tempère. Il est la seule personne qui peut me calmer dans ces moments-là.
Premier : Mais maintenant moi aussi je suis énervé. Il y a trop de haine dans ce business, surtout à New York.
Guru : Sur la West Coast, on reçoit plus de respect que sur la côte Est. Notre disque est bien plus joué à L.A. qu'à New York. Skillz a été joué 40 % de fois plus sur la West Coast que sur la East Coast. A New York, les gamins de 12, 13, 16 ans ne nous connaissent pas.
Premier : Je dis toujours que tu ne peux pas te considérer hip hop si tu n'es pas capable de nommer au moins cinq groupes de 79 à 85.
Guru : Nous avons parlé à Damon Dash et il adorerait avoir Gang Starr sur Roc-a-Fella. Mais nous parlons aussi avec Aftermath, Jive, des vrais labels de rap. C'est un de mes rêves de sortir un album sur un label de rap. Et si à ce moment on ne fait pas disque de platine, alors je la fermerai. Je ne veux pas faire disque de platine pour l'argent, je veux faire disque de platine pour avoir ce certificat. Si j'étais disque de platine, je pourrais faire signer mes artistes là où je voudrais, je pourrais faire des films et faire tout un tas de choses dont j'ai envie. Je pourrais faire plus de choses. Et ensuite, avec tout cet argent, j'ouvrirais le Guru After School pour les gamins des villes, un à New York, un à Boston, un à L.A., un à Chicago. C'est quelque chose auquel je tiens vraiment, mais je n'ai pas les moyens parce que je ne vends pas assez. J'ai arrêté de boire pour rester jeune, pour rester en bonne santé, parce que je suis en tournée en permanence. Ça fait six mois que j'ai arrêté de boire. J'étais devenu gros, aigri, je m'engueulais avec tout le monde en permanence. Quand tu intériorises des problèmes, c'est mauvais. Maintenant, j'ai sans doute les mêmes problèmes, mais je les gère beaucoup mieux. Des gens viennent me dire que je suis une légende. Oui, je suis peut-être une légende, mais ça ne va pas envoyer mon fils au collège et ça ne va pas payer mon crédit pour ma maison. Qu'est-ce que ça veut dire légende ? Jam Master Jay, ils ont oublié que c'était une légende et ils l'ont descendu. En Amérique, les gens oublient facilement. On se souvient de toi pour la dernière chose que tu as faite. Je croise de nombreuses figures légendaires du hip hop qui n'ont pas de fric, qui ont l'air déprimés et qui ont foiré.

Gang Starr est l'un des seuls groupes hip hop des années 80 qui existe encore, comment expliquez-vous votre longévité en tant que duo ?
Guru : Parce que nous avons toujours vu les choses en grand, parce que nous avons construit notre carrière en regardant vers le futur au lieu de rester bloqués sur un succès passé. Beaucoup de soi-disant légendes du hip hop ne sont plus grand-chose aujourd'hui et c'est leur faute parce que ces mecs ont vécu sur leur succès, sur l'argent et qu'ils n'ont pas pensé à ce qu'il faudrait faire par la suite. Et puis, aussi, nous sommes des fans. On achète tous les disques de tout le monde même si on n'aime pas. On étudie, on s'entraîne toujours, autant que quand on n'avait pas d'argent, quand on venait juste de se rencontrer. On a toujours la même énergie. Et nous sommes en compétition. Une saine compétition. Premier a un droit de regard sur toutes mes rimes et s'il n'aime pas un truc, on le change. Des fois, il me demande de changer juste trois mots et je les change. On arrive très bien à séparer le business et l'amitié. On est très proche, il est le parrain de mon fils et je peux compter sur lui pour tout vice-versa. Pour résumer, on se respecte énormément en tant qu'homme et en tant qu'artiste. Je suis fan de lui en tant que producteur.
Premier : Et je suis fan de lui en tant que rappeur.
Guru : Notre mot d'ordre c'est la loyauté. La loyauté, l'amour, la famille et le respect. On se parle d'homme à homme, on n'est pas toujours d'accord sur tout. Pareil pour notre entourage, ce ne sont pas des groupies ou des vampires ou des suceurs, ils ont grandi avec nous, ils ont des enfants, Primo est le seul à ne pas avoir de gosse, ni de meuf, donc c'est toujours un playboy (rires)… On est entouré de joie et d'amour. On a aussi traversé la douleur et la souffrance, plusieurs de nos potes sont morts violemment, et tout ça nous rapproche. Personnellement et musicalement. Contrairement à ces groupes qui restent ensemble ou reviennent ensemble pour faire du fric, eux ne sont plus des amis et ça se ressent, l'alchimie n'est plus là. On fait nos projets chacun de note côté, mais quand on est Gang Starr, on est à la maison. Travailler sur Gang Starr est plus excitant que tout ce que l'on fait d'autre.

Quel est votre album de Gang Starr préféré ?
Premier : Hum… Mon album préféré est The Ownerz. Parce que c'est un album mortel. C'est un album complet. Sinon, je dirais aussi Hard To Earn.
Guru : Moment Of Truth/ et Step In The Arena, et celui-ci, bien que j'ai encore besoin de recul. Mais Moment Of Truth est peut-être mon préféré parce que j'ai vécu énormément de choses et je savais que je m'en sortirais mais j'ai dû traverser des moments très durs, beaucoup d'émotions, beaucoup de drames, de négativité que j'ai réussi à évacuer en partie grâce à la musique, qui a été comme une thérapie pour moi. C'est pour ça que j'aime tellement ce que je fais. Si je n'avais pas la musique, peut-être que je deviendrais fou. C'est pour ça que je ne comprends pas comment certains rappeurs prennent leur retraite. Le hip hop, c'est ma vie. Même si un jour, j'arrête de rapper, je continuerai à écrire. Tout ce qui m'est arrivé à l'époque de Moment Of Truth m'a rendu plus fort, tout comme la naissance de mon fils, qui est né en 2000, m'a rendu plus fort. C'est comme ça que j'ai arrêté de boire. Et je vais te dire que j'ai commencé à boire beaucoup quand Biggie et Tupac se sont fait buter. J'étais ami avec eux à l'époque où ils étaient amis et leur décès m'a sévèrement affecté. Je venais de Boston pour poursuivre mon rêve et là je réalisais que tu pouvais te faire tuer pour ça. J'avais tenté d'abandonner la vie de rue et cette merde reprenait le dessus.

Au tout départ, le hip hop était un moyen d'évacuer la violence, maintenant…
Guru : Oui, même si au départ les mecs du hip hop étaient des OG. Afrika Baambaataa venait des gangs, Kool Herc était un mec de la rue, pareil pour Grand Wizard Theodore. Tous ces gars venaient de la rue et ils étaient fatigués de toute cette violence et de tous ces meurtres. Ils voulaient fonder une famille et vivre heureux. Maintenant, la tendance s'est renversée. Tout ça parce que le hip hop est un gros business et qu'il compte en son sein des gens qui ne sont pas hip hop, qui utilisent le hip hop pour faire de l'argent. Donc ils se foutent de l'image que projette le hip hop, ils s'en foutent de toute cette négativité, ils sont là pour faire de l'argent. Et, malheureusement, le hip hop en souffre.

De quoi le hip hop a-t-il besoin ?
Guru : D'un meilleur équilibre. Les maisons de disques devraient plus souvent faire comme Sony l'a fait pour Nas, le supporter. Supporter des gens comme nous et supporter plus de diversité dans le hip hop. Il n'y a plus qu'un style aujourd'hui. Il n'y a plus de compétition et les artistes deviennent flemmards. Il n'y a jamais eu aussi peu de morceaux joués en radios depuis 1989. Skillz n'a jamais été joué sur Hot 97, à l'exception des émissions spécialisées en soirée, la nuit ou le matin, mais jamais en rotation la journée. Et ça, c'est la faute de notre label. Ils n'ont pas de relations, ils ne savent pas comment dealer avec les programmateurs des grosses radios, qui ont l'habitude de recevoir en douce du champagne, de la coke, des meufs ou des voitures en cadeau. Il y a deux radios à New York qui jouent exactement les mêmes disques. Quand on est arrivé à New York, il y avait quatre stations radio et elles jouaient plein de choses différentes. Il n'y a plus de compétition. Mais attention, je suis ami avec les rappeurs commerciaux. Quand ils sont bons. C'est pour ça que Snoop est sur notre album, il vend bien plus de disques que nous mais il est notre ami et d'ailleurs c'est lui qui a appelé pour être sur notre album et c'était un honneur. Pareil pour 50 Cent, on était fan déjà bien avant qu'il sorte son premier album. D'ailleurs, Premier lui a parlé au téléphone aujourd'hui et ils vont travailler ensemble sur le G-Unit. En terme de respect, tout va bien. En terme de ventes, on a encore du boulot. Mais c'est OK maintenant, ce n'est plus un problème. Avant, c'était assez grave pour moi, j'en souffrais beaucoup. Je buvais bien trop.
Premier : Le hip hop a besoin de plus d'artistes hip hop parce qu'encore une fois les artistes en ce moment ne sont pas hip hop, ils sont autre chose. Peut-être que ces mecs s'habillent comme nous, peut-être qu'ils nous ressemblent, qu'ils ont des chaînes, des tatouages et toutes ces merdes mais ils ne sont pas hip hop.

C'est étrange, même si Guru a toujours eu une image street, il aussi toujours été considéré comme quelqu'un de sage et de sérieux, à mille lieues de cette réalité décrite ici ?
Guru : La vie personnelle d'un artiste est toujours plus intense que ce que voit le public. Je parle bien et je me tiens bien, même quand je buvais. Mais ça a atteint un degré trop grave à un moment. Ça commençait à se voir. Certains de mes amis étaient déçus. Et il s'est passé un truc à Seattle, ils en ont parlé dans The Source d'ailleurs. J'ai fait un concert où j'étais complètement bourré et j'insultais tout le monde (Rires). Je me suis vu en vidéo et j'ai réalisé combien c'était pitoyable. J'ai arrêté grâce à ça.

Pensez-vous pouvoir changer les choses ?
Premier : Quand tu portes quelque chose dans ton coeur et que tu n'es pas satisfait, tu espères toujours un changement. Je ne dis rien si je ne le pense pas profondément, ce serait malhonnête envers le public. Je peux dire ce que je veux sur le hip hop parce que je le vis, je le fais et je le fais bien et en plus de ça je suis l'un des maîtres de cet art. Et ce sont les pionniers qui me l'ont enseigné. Les gens me qualifient de pionnier, mais je n'en suis pas un, les pionniers sont Afrika Baambaataa, Kool Herc… Bien avant Russell Simmons. On parle de 1971. J'ai 36 ans aujourd'hui et je connais beaucoup plus de choses sur le sujet que la plupart des gens. Je respecte l'histoire du hip hop et je lui rends hommage. Tu iras toujours plus loin si tu connais ton histoire, si tu ne connais pas l'histoire de ton art, où est-ce que tu peux aller?
Texte : A.C

http://www.brain-magazine.fr/article/interviews/121-Gang-Starr---Les-Papys-font-de-la-R%C3%A9sistance














17/03/2013
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