Alain YVER

Alain YVER

GASTON COUTÉ

GASTON COUTÉ




Voir l'excellent  site dédié à Gaston Couté
http://gastoncoute.free.fr/

Claude FERON chante Gaston Couté
http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://gastoncoute.free.fr/images/feron.jpg&imgrefurl=http://gastoncoute.free.fr/claude_feron.htm&usg=__eT_Lg6SDcHxiI2HAGpjRgcYQOvA=&h=284&w=266&sz=12&hl=fr&start=33&sig2=-6-7qbn0ZdpiYV3rqgq4qw&zoom=1&tbnid=AxdBwMMPSB3IxM:&tbnh=114&tbnw=107&ei=z2BXT8eYGubH0QXerrDtDQ&prev=/search%3Fq%3Dgaston%2Bcout%25C3%25A9%26start%3D21%26hl%3Dfr%26safe%3Doff%26client%3Dfirefox-a%26sa%3DN%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official%26tbm%3Disch%26prmd%3Divns&itbs=1




Gaston Couté, né à Beaugency le 23 septembre 1880, mort à Paris 10e le 28 juin 1911, est un poète libertaire et chansonnier français.


Biographie

Gaston Couté est le fils d'un meunier. Avant le baccalauréat, il quitte l'école, qu'il détestait. Il est employé comme commis auxiliaire à la Recette générale des impôts d'Orléans, puis travaille pour un journal local, Le Progrès du Loiret. Il commence à publier ses poèmes, dont certains sont composés en patois beauceron, dans des feuilles locales. Il a l'occasion de les faire entendre à une troupe d'artistes parisiens en tournée. Ayant reçu quelques encouragements, il se décide, en 1898, à monter à Paris. Il a dix-huit ans.

Après quelques années de vaches très maigres, il obtient un certain succès dans les cabarets. Il collabore à la revue La Bonne Chanson de Théodore Botrel. On peut dire qu'il représentait une version rurale de Jehan-Rictus[réf. nécessaire], lequel l'avait aidé à ses débuts. Il écrit également des chansons d'actualités pour des journaux anarchistes comme La Barricade et La Guerre sociale.

La fin de sa vie allait lui être difficile : la tuberculose, l'absinthe, la privation (l'approche de la guerre qui favorisait les chansonniers cocardiers au détriment des anarchistes)[réf. nécessaire]. Il meurt vingt-quatre heures après avoir été conduit à l'hôpital Lariboisière.

Il est inhumé au cimetière de Meung-sur-Loire où un musée lui est consacré.

Les poèmes de Gaston Couté ont été régulièrement interprétés : disques et spectacles (Gérard Pierron et Marc Robine, Yves Deniaud, Bernard Meulien, Claude Antonini, Vania Adrien-Sens, Compagnie Grizzli, Compagnie Philibert Tambour, Le P'tit Crème, Hélène Maurice, Imbu, Bernard Gainier, etc.) et particulièrement par quelques interprètes de marque : (Édith Piaf, Monique Morelli, Marc Ogeret, Le P'tit Crème, Bernard Lavilliers, La Tordue) ou encore Loïc Lantoine, rééditions, sites web... Certains groupes de musique contemporaine (rap, électro, techno) et hip-hop comme jazzkor, et les 1871 ont aussi repris son répertoire.

Au niveau audiovisuel, le cinéaste amateur breton Louis le Meur réalise deux courts métrages adaptés du christ en bois et de Môsieur Imbu dans les années 1950. En 1979, Philippe Pilard réalise La belle époque de Gaston Couté, un téléfilm produit par Antenne 2, avec Bernard Meulien dans le rôle de Gaston Couté. En 2010, Thibault Dentel réalise le court métrage Not' pays avec Maurice Risch et Sylvain Solustri, d'après la pièce en un acte Leu' commune co-écrite avec Maurice Lucas.

En 2010, Pascal Boucher réalise Bernard, ni Dieu ni chaussettes, portrait documentaire du "diseur" Bernard Gainier qu'il a suivi durant plusieurs mois.

En 2011, pour commémorer le centenaire de sa disparition, l'Association « Itinéraire Gaston Couté » créé « l’Itinéraire Gaston Couté » et propose une marche sur les traces qu’empruntèrent Gaston Couté (1980-1911) et son ami, Maurice Lucas, dans la fin de l’été 1899, qui se rendirent de Le Bardon dans l’Orléanais, à Gargilesse l’autre bout de la région Centre, dans le Berry, via Châteauroux, et ceci pour récupérer une photo et partager, entre amis, autour d’un verre de la solidarité[1]. Plus de 260 kilomètres, avec pour seul bagage une paire de souliers de rechange, un bâton de pèlerin et de quoi écrire et dessiner dans un carton à dessin.




Bibliographie

Son Œuvre

    * La chanson d'un gâs qu'a mal tourné, œuvres complètes en cinq volumes, Éd. Le vent du ch'min (1976-1977)

Livres concernant Gaston Couté

    * Les Mangeux d'terre, textes choisis par Gérard Pierron et G. Coutant, Éd. Ch. Pirot (1990) (ISBN 2868081703)
    * Le Gars qu'a mal tourné : Poèmes et chansons, Éd. Le Temps des Cerises (1997)
    * Des chemins de Terre aux Pavés de Paris, Dossiers d'aquitaine (1998)
    * La chanson d'un gâs qu'a mal tourné, un volume (tiré à 150 exemplaires sur papier d'Auvergne & deux mille exemplaires sur vélin mat) comprenant 38 textes, Éd. Eugène Rey (1928)
    * La chanson d'un gâs qu'a mal tourné, Regain de lecture (2008)
    * Le Merle du Peuple, textes choisis par Alain Guillo - Préface Patrick Pérez Sécheret Éditions Les points sur les i (mars 2011)

Études

    * Gaston Couté, la vérité et la légende par P.-V. Berthier, Les Cahiers du CPCA (1958, réédité en 1980 puis en 2006 avec de nombreuses notes de Lucien Seroux)
    * Gaston Couté par L. Lanoizelée, autoédition, Paris (1960)
    * Gaston Couté poète maudit, par Roger Monclin, Éd. Paris-Bruxelles (1962)
    * Gaston Couté, l'enfant perdu de la révolte, par R. Ringeas et G. Coutant, Éd. Au Vieux Saint-Ouen (1966)
    * Glossaire des mots patoisants employés par Gaston Couté, Éd. Le vent du Ch'min (1978)
    * Gaston Couté, de la terre aux pavés, par Simonomis, Les dossiers d'Aquitaine (1984, réédité en 1988)
    * Gaston Couté 1880-1911 "Les Z'Amis, les Z'honneurs, les Z'Avatars par Claude Antonini Arianeprod 2009








Père « de   tous    les Brassens »

Gaston Couté est né à Beaugency dans le Loiret, le 23 septembre 1880, puis habitant dès 1882 à Meung sur Loire " le méchant bourg de trois mille âmes...". Son père était meunier au Moulin de Clan, au hameau de Roudon.

Certificat d'études primaire à 11 ans, puis lycée Pothier à Orléans, (où il connaîtra Pierre Dumarchey, futur Pierre Mac Orlan), lycée qu'il quittera à 17 ans pour travailler à la recette générale d'Orléans. Mais il ne se sent pas fait pour cette vie-là !

Dès son plus jeune âge, il est confronté aux règles, coutumes, traditions et rapports de force d'une société rurale cramponnée à sa terre et à ses valeurs ancestrales, au premier desquelles la religion, fonctionnant sur une organisation sociale et des rapports de classe quasi féodaux.

Adolescent, il commence à écrire ses premiers poèmes, dans lesquels il porte un jugement sans complaisance sur le monde paysan qui l'entoure. Pour s'exprimer, il emploi le patois beauceron, il célèbre tout ce qui touche la nature avec ses beautés et ses bienfaits, tout en dénonçant avec force les riches fermiers qui exploitent les journaliers. Il fustige également les hypocrisies sociales et les faux bons sentiments...
1898 : devenu reporter au " Progrès du Loiret ", il publie ses premiers poèmes dont " Le champ de Naviots ". En Octobre de cette même année, il monte à Paris : premiers cabarets Boulevard Rochechouard, puis " L'Ane Rouge " avenue Trudaine et " Les Noctambules " où il rencontre Jehan Rictus, l'auteur des " Soliloques du pauvre ". D’autres célèbres cabarets Montmartrois l’accueilleront, " Les Funambules "," Le Carillon " etc… Avant de connaître le succès, l’un de ses premiers cachets artistiques fut pourtant... Un p’ tit crème !!!

Eté 1899 : voyage à pied avec Maurice Lucas de Paris à Gargilesse (36) pour répondre à l’invitation de Gabriel Lion et de Claude Jamet, artistes en ce village... Itinéraire passant par Orléans, Blois, Cour-Cheverny, Romorantin, Mennetou, Vierzon, Mehun sur Yèvre, Bourges, St Florent, Issoudun, Châteauroux et enfin Gargilesse, puis retour à Paris. Au cours de cette équipée, Couté déclame ses textes, le soir, tandis que Lucas exécute sur le vif des pastels qui sont vendus au cours d’une tombola.
    
A Châteauroux, ils sont accueillis au Pierrot Noir, cabaret renommé à l’époque, et le texte des Conscrits naîtra vraisemblablement à Déols, où il provoquera d’ailleurs quelques incidents, d’après les souvenirs de Maurice Brimbal, du Pierrot Noir.
1899 -1900 : il n'a pas vingt ans et il écrit ses plus beaux poèmes dont L'Ecole, Le Christ en bois, Les Gourgandines. Il prend souvent alors le pseudonyme de Pierre Printemps ou de Gaston Koutay.
1902 : période de succès dans les cabarets. Il rencontre notamment Poulbo, Modigliani, Picasso, etc... au " Lapin Agile ", l’un des plus célèbres cabarets Montmartrois.
1910 : il collabore aux revues "la Barricade" et "La Guerre Sociale" avec des chansons d'actualité.
28 Juin 1911 : décès à l'hôpital Lariboisière, d'une phtisie galopante - tuberculose - qui l’emporte en quelques jours. Il avait 31 ans.

En 1916, un "poilu" de la guerre 14-18, jeune professeur de lettres, Romain Guignard, natif de la région d’Issoudun, s’efforce de retrouver l’œuvre du Poète, dont il a découvert les textes, dans les tranchées, dits par un soldat ! Dès lors, sa vie durant, il n’aura de cesse de les mieux faire connaître.
En 1928 les textes sont regroupés et édités sous le titre :

 " La Chanson d'un Gâs qu'a mal tourné "
1957 : A deux pas du Lapin Agile, à Montmartre, une rue est inaugurée Rue Gaston Couté.
Années 1970 : Vania ADRIENSSENS, Bernard MEULIEN et Gérard PIERRON ainsi que les Editions" Le Vent du Ch'min " nous font redécouvrir ce poète du Terroir. De nombreux interprètes les suivront, en ces Ch’ mins de Traverse, chacun ayant à cœur de mieux faire connaître la poésie de Gaston COUTE.
Début de XXIème siècle : C'est plus d'une quarantaine d'interprètes que compte dorénavant l'œuvre de Gaston Couté… Dans la lignée des Vania, Bernard et Gérard, ces interprètes se sont investis pour faire connaître ou découvrir au grand public cette poésie, toujours actuelle et vivante, en ce début de 21ème siècle. Nul doute que l'œuvre poétique de Gaston Couté a encore de beaux jours devant elle.









Gaston Couté, le chardon de la chanson française
par Michel Kemper


L’étrange persistance d’un poète maudit (1880-1911) dont on fête le centenaire de sa (fausse) disparition.

Il n’est d’aucune anthologie de la poésie, à croire que ses vers trop rustres, qui plus est patoisants et peu coutumiers du « politiquement correct », ne sauraient s’accorder avec les pleins et les déliés des versificateurs reconnus et célébrés. De fait, il est et reste poète du peuple que seule la chanson, art populaire par essence, tire de l’oubli. Le centenaire de sa disparition est omis des commémorations officielles de la République, comme s’il n’avait jamais existé. En cela, Gaston Couté vit sa mort comme il a vécu sa vie : à la marge, faisant fi des convenances et des institutions, les conspuant presque. Mais on a beau le taire, jamais on ne l’a autant chanté.
Entre deux guerres

Comme la mauvaise herbe qu’on arrache, qu’on fauche, qu’on empoisonne mais qui repousse, libre et indisciplinée, belle et forcément rebelle. Chaque vent de révolte le rend même plus actuel encore… La vie de Couté se niche entre deux guerres, celle de 1870 dont on rumine encore la défaite, celle de 14-18 qui se prépare. Lui n’aura de cesse de fustiger la guerre, et la bêtise, et le conformisme bourgeois. Fils d’un meunier, notre chansonnier est né dans le grenier à blé qu’est la Beauce. Préférant les rimes au latin, il délaisse le lycée et un futur de fonctionnaire des finances pour une feuille de chou locale qui publie ses premiers poèmes ; c’est dans la Capitale qu’on le retrouve, dès 1898, alors que se parents le croient lancé dans une carrière en chemise blanche repassée et cravate bien nouée, respectable. La réalité est toute autre.

Il est venu à la grand’ville, avec cent francs en poche et le reste en pur talent, y faire montre de son art. La bohème est sœur de misère et Couté débute une vie d’errance « sous la neige et sous la pluie, sans chaussures et sans presque de vêtements.  » A son arrivée, il n’a comme salaire qu’un café-crème pour réciter ses poèmes. C’est parti pour treize ans de vaches maigres même si, étrange paradoxe, il devient populaire, hantant de sa voix et de ses mots les cabarets à la mode, à Montmartre, aussi sûrement qu’il l’est à Belleville, à y déclamer ses vers aux ouvriers. Couté meurt de misère, de maladies et de trop d’absinthe le 28 juin 1911. Il est inhumé à Meung-sur-Loire, là où une partie du musée municipal lui est désormais consacrée.
La SACEM a perdu son dossier

Poète maudit, Gaston Couté ? Oui… et non. La reconnaissance ira crescendo. Dès 1928, un premier recueil (« La chanson d’un gars qu’a mal tourné ») paraît chez Eugène Rey, éditeur à Paris ; le second tome neuf ans plus tard. Après long oubli, et la guerre, la Société des Amis du livre publie à son tour un recueil. Les années soixante en verront la parution d’autres avant que les éditions Le vent du Ch’min s’attellent, en 1976, à publier l’intégrale Couté, elle-aussi sous le titre « La chanson d’un gars qu’a mal tourné  », travail de titan en vérité car les textes du poète-paysan sont éparpillés, volatilisés même. A la Sacem, on a perdu son dossier, comme s’il n’avait jamais existé.

La chanson va pareillement. Dès l’avènement du disque, du vivant de Couté, Mayol immortalise « Le gâs qu’a perdu l’esprit ». De 1929 à 1934, d’autres chansons se gravent, par divers interprètes, principalement « La petite Julie » et « Va danser  », qu’Edith Piaf reprendra à son tour en 36... C’est avec les seuls anars que sont Ferré et Couté que Lavilliers entamera une carrière au national, dès 1966, dans les cabarets du quartier Mouffetard, où les textes de Gaston Couté trouvent souvent place dans le répertoire des postulants chanteurs. Coluche, chanteur avant d’être humoriste, entonna pareillement les vers du gâs qu’a mal tourné.
Une poésie immédiate

Couté ignoré, mais paradoxalement loin d’être absent, comme le feu qui couve sous de rares braises. La « redécouverte » du poète beauceron vient en 1976, par l’édition et par la chanson. C’est le choc conjugué d’un acteur, Bernard Meulien, et d’un ancien ouvrier, Gérard Pierron, qui unissent leur voix sur un 33 tours d’anthologie et exhument à nouveau le bonhomme. Meulien sortira trois autres albums, Pierron plus encore et tous deux n’en finissent pas de chanter les mots de Couté. Des voix se sont additionnées depuis : Vania Adrien-Sens, Marc Robine, Marc Ogeret, Bruno Daraquy, Laurent Berger, Monique Tréhard, Pierrot Noir, Entre 2 Caisses, Gabriel Yacoub, Le P’tit crème et bien d’autres encore. La Sacem a dû rouvrir un dossier… Couté est l’un des auteurs le plus repris de nos jours, à la marge certes mais loin, très loin de l’anonymat où la « culture officielle » l’avait assigné.

Pourquoi donc des vers au mieux centenaires nous parlent-ils donc tant ? Rarement un auteur, poète de surcroît, n’a écrit si juste. Sur la société et ses codes, sur les institutions, sur le pouvoir, ceux qui possèdent, sur ceux qui n’ont rien. Sur l’injustice, le nationalisme, l’hypocrisie… Les fondamentaux de notre société sont restés les mêmes ; en certains aspects ils se sont même dégradés : les mots de Couté, tout boueux qu’ils puissent paraître de prime abord, ne disent pas autre chose que notre monde, qui plus est dans une poésie immédiate, presque physique, loin de toute suspecte académie. Seul Brassens a su parler pareillement : actuels hier, aujourd’hui comme demain, tous deux sont promis à l’éternité.







Gaston Couté, la grève, l’action directe & les
« chansons de la semaine » de La Guerre sociale
Lucien Seroux


Poète, conteur, chansonnier, Gaston Couté (1880-1911) fut une des « plumes » les plus attachantes et singulières du siècle naissant. Libertaire et syndicaliste, il écrivit durant les dernières années de sa vie de nombreuses chansons sur les luttes sociales dans les colonnes de La Guerre sociale.

Texte intégral


    * 1  Les œuvres complètes de Gaston Couté ont été éditées par Le Vent du ch’min (cinq volumes) – réédit (...)

1Depuis les (et grâce aux) travaux de recherche et d’édition du Vent du ch’min dans les années 1970, on n’en finit pas de redécouvrir et interpréter le poète-conteur-chansonnier libertaire Gaston Couté (1880-1911)1. Né à Beaugency, élevé à Meung-sur-Loire, lycéen à Orléans, monté à Paris à dix-huit ans avec quelques textes satiriques, il s’impose rapidement dans les cabarets artistiques. Vivant à Montmartre une bohème parfois précaire, il fréquente, au Lapin-Agile et autres lieux, des écrivains et publicistes, des peintres et dessinateurs, des anarchistes et des syndicalistes, tous agissant comme lui dans la vie militante.

    * 2  On peut dire que La Guerre sociale est née à la maison d’arrêt de Clairvaux, de la rencontre de qu (...)

2 Lorsque Gaston Couté aborde, en juin 1910 dans La Guerre sociale2, la « chanson d’interpellation et de contestation sociale et politique » – selon la fort concise définition de Serge Utgé-Royo –, il est déjà célèbre pour des textes satiriques et ironiques, dont certains antibellicistes. Le nationalisme gagnant la clientèle des cabarets artistiques, Couté aurait pu, comme d’autres, taire ses convictions et coller au climat revanchard. Il ne le fait pas et cela lui vaut d’être tenu à l’écart de la plupart des établissements commerciaux. Pourtant, ses textes aigres-tendres, reposant sur une observation lucide de la société, ne contiennent pas de mots d’ordre ou d’appels à la rébellion, même si le lecteur ou l’auditeur y trouve de (justes) raisons de se révolter, tant sa mise en représentation des ordres institutionnels (école, armée, Église, patriarcat, propriété, politique, etc.) est réaliste et authentique, mettant en évidence « la bêtise, la bassesse et la crapulerie ». En somme, c’est parce qu’il s’adresse à la sensibilité autant qu’à l’intelligence que cet agitateur incite à l’indignation plus qu’à l’action.

3 Formulant ce que Le Père Peinard rabâchait depuis des années, Émile Pouget écrit encore en 1910 : « L’action directe, manifestation de la force de la volonté ouvrière, se matérialise, suivant les circonstances et le milieu, par des actes qui peuvent être très anodins, comme aussi ils peuvent être très violents. C’est une question de nécessité, simplement. » Couté connaissait bien Pouget, l’homme et l’œuvre. Il était lui-même syndiqué à l’Union syndicale des artistes lyriques, concerts et music-Halls de la CGT et se produisait, bénévolement, avec le Groupe des poètes et chansonniers révolutionnaires dans les galas de soutien à des causes diverses.

    * 3  Victor Méric était lui-même chansonnier, sous le pseudonyme de « Luc », et fervent admirateur de C (...)

4 C’est donc tout à fait logiquement que Couté en vient à chansonner dans l’hebdomadaire La Guerre sociale, où il est appelé par ses amis Victor Méric, Fernand Després3 et Miguel Almereyda pour traiter de l’actualité à raison d’une chanson par semaine (parfois plus, lorsque paraissent des numéros supplémentaires en raison des événements). Couté va y publier 58 textes, tous à chanter sur un air connu (parfois celui d’un cantique), du 22 juin 1910 au 21 juin 1911 (il meurt le 28).

    * 4  Sa peine sera commuée en années de prison puis, en 1918, la Cour de cassation reconnaîtra son inno (...)
    * 5  Pendant cette grève, La Guerre sociale fera paraître plusieurs numéros à la suite : les 11, 12, 14 (...)

5 Les chansons pour La Guerre sociale sont ironiques, satiriques, parfois violentes. Liées à l’actualité, elles la racontent et la commentent. C’est le cas de La Carmagnole des cheminots, publiée le 11 octobre 1910, soit le lendemain du lancement de la grève générale pour, notamment, un salaire de4 francs (100 sous, une thune) par jour. Les chansons de Couté vont accompagner le mouvement, histoire d’une grève en chansons5.

    Que demand’nt tous les cheminots ?
    Chaq’ semaine un jour de repos
    Et pour les moins payés
    Qui sont dans le métier
    Ils veul’nt la thune ronde
    Les cheminots. [...]

    Allons-y, marchons tous en chœur
    Et si quéqu’ joyeux saboteur
    Pour faire’ marcher un brin
    La Grève, arrêt’ les trains
    Ils auront le sourire
    Les cheminots
    Ils auront le sourire
    Les malheureux cheminots.

6 Malheureux en effet ! car Aristide Briand, l’ancien partisan de la grève générale devenu président du conseil et ministre de l’Intérieur, prépare un mauvais coup. Le 12 octobre, La Guerre sociale publie une nouvelle chanson : Cheminots, quel joli sabotage ! (sur l’air de Ah ! Mesdames voilà du bon fromage), chanson joyeuse sans appel à la rébellion, mais qui conforte les partisans de l’action directe :

    Cheminots, quel joli sabotage !
    Voilà du sabotag’ parfait
    Et Mossieu Lépin’ demand’ qu’est-ce qui l’a fait ?
    Celui qui l’a fait
    Le joli sabotage
    Ses cheveux sont noirs comm’ le cirage,
    Dans la nuit, mais il se pourrait
    Que l’ bougre soit blond lorsque le jour paraît !

7 Le préfet de police Lépine ne retrouvera pas l’auteur du sabotage que chante en 6 couplets et 6 refrains entraînants le poète subversif. Cependant, Aristide Briand a mis en place la répression en prenant, le 11 octobre, un « arrêté ministériel » militarisant les cheminots, les réquisitionnant en les assimilant à des soldats et faisant des grévistes des « insoumis ». Couté garde le moral et publie le 14 octobre Ça va, ça va, la Grève marche (sur l’air d’une chanson de Bruant : Meunier, Meunier, tu es cocu !) :

    On vient d’app’ler sous les drapeaux
    Tous les malheureux cheminots.
    Ça va, ça va, la Grève marche !
    Çar i s’ peut qu’ ces bougres-là
    Ne marchent pas !

    L’ métro, l’ bâtiment en ce jour
    Vont se mettre en grève à leur tour.
    Ça va, ça va, la Grève marche !
    Y a qu’ les affair’s des bourgeois
    Qui marchent pas !

8 Mais la veille, le 13 octobre, certains « meneurs », refusant la réquisition, ont été arrêtés. Miguel Almereyda et Eugène Merle de La Guerre sociale ont été « bouclés », Léon Perceau est poursuivi, et Gustave Hervé (toujours détenu) est « mis au secret ». Le 15, Couté publie Vive la Liberté ! sur l’air de Vive la République ! Vive la Liberté !

    D’puis que l’ Gouvernement pourri
    D’Aristid’ le Cynique
    A déchaîné dessus Paris
    Ses troupeaux de bourriques
    On entend plus qu’un cri :
    Vive la République (??)
    C’est l’ cri d’actualité
    Vive la Liberté ! (??)

    « Ah ! vous trouvez, bons cheminots,
    Votr’ salair’ trop modique !
    Moi j’ vous appell’ sous les drapeaux
    – Dit cet homme pratique –
    Comme ça pour la peau...
    Vive la République, (??)
    Vous s’rez forcés d’ gratter
    Vive la Liberté (??)

    Vous, à qui j’ai jadis parlé
    D’ descendre avec des piques
    Si j’ vous entends seul’ment gueuler
    Contre ma politique
    Je vous fais tous boucler
    Vive la République (??)
    Hein ! j’en ai-z-un’... Santé ?
    Vive la Liberté (??) »

    [...]

    Allons-nous toujours rester là
    En « boulots » pacifiques,
    Subissant le mors et le bât
    De c’ régime horrifique ?
    De bon cœur on n’ criera
    Vive la République !
    Qu’ quand il aura sauté...
    Vive la Liberté !

9 La fin de la grève générale (en réalité un relatif retour à l’ordre), inspire à Couté une chanson ironique, Le Sauveur. Publiée le 19 octobre, elle se chante sur l’air d’un cantique célèbre : Minuit chrétien, c’est l’heure solennelle.

    Minuit bourgeois, c’est la fin de la grève,
    Et l’homm’-poisson de la place Beauvau
    S’en est venu chasser les mauvais rêves
    Qui d’puis quéqu’ temps chahutai’nt vot’ cerveau.
    Les militants gis’nt au fond de ses geôles,
    Sous le collier rentrent les travailleurs,
    Allons, bourgeois, remercier le drôle
    Briand ! Briand !
    Voilà votre Sauveur !

    [...]

    Pourtant, bourgeois, si c’est fini la grève !
    Chantez votre triomph’ modestement
    Car, de cett’ lutte où l’exploité se lève
    Vous ne voyez que le commencement.
    Comme on récolt’ toujours ce que l’on sème
    Il se pourrait, ma foi ! que tout à l’heur’
    Il n’arriv’ pas à se sauver lui-même,
    Briand ! Briand !
    Il est frais le Sauveur !

10 Alors que les arrestations continuent, touchant des syndicalistes et des journalistes, Couté publie Les Loups le 30 novembre. La cour d’assises de Rouen vient de condamner à mort, le 25 novembre, un ouvrier du port, secrétaire de syndicat, Jules Durand, innocent du crime dont on l’accuse 5. La chanson est écrite sur l’air de Béranger : Les Gueux.

    Parce qu’on n’ veut plus être
    Des moutons humbles et doux
    Qui s’ laiss’nt tondre par leur maître,
    On nous trait’ comme des loups...

    Refrain
    Les loups, les loups !
    Allons, tous debout
    Et défendons-nous
    Comme des loups !

        * 6  Prisonnier de droit commun, Liabeuf fut injustement condamné à mort et exécuté en 1910. Aernoult e (...)

    Pris d’une rage incongrue,
    Briand, le Grand Louvetier
    Vient d’ordonner la battue :
    On nous traque sans pitié !...
    Notre sang rougit la terre :
    Liabeuf, Aernoult, Duléry6
    Et bien d’autres prolétaires,
    Dessous leurs coups ont péri !

    Des ch’minots qui se soul’vèrent
    Dans la grèv’ de l’autre mois,
    Et nos copains de la « Guerre »
    Sont dans les griff’s des bourgeois !

    L’horreur de tous ces supplices
    Ne leur suffit pas encor :
    Voilà que les chiens d’ justice
    Condamnent Durand à mort !

    Leur meut’ s’acharne à nos trousses
    Aboyant sur le chemin,
    De rag’ de honte et de frousse...
    Qui de nous tomb’ra demain ?...

    Refrain
    Les loups, les loups !
    Les loups, malgré tout,
    Ne tomb’ront pas tous
    Vivent les loups !

    Si parmi la meute sombre
    Qui vacarme derrièr’ nous,
    Un grand loup sortait de l’ombre
    Pour venger les autres loups ?...

    Dernier refrain
    Les loups, les loups !
    Les loups sont à bout :
    Craignez leur courroux,
    Oui, gare aux loups.

11 Le 14 décembre, Couté raconte, sur un petit air guilleret (La Bonne Aventure au gué), Les Joyeusetés de la grève perlée, grève égayée d’incidents divers (il arrive qu’un wagon de charbon soit livré « par erreur » à un marchand de café).

    En cett’ grève qui ce jour,
    Est loin d’êtr’ finie,
    L’ sabotag’ se teint’ d’humour
    Et de fantaisie ;
    Bons bougres pour rigoler
    Chantons de la Grèv’ perle’ :
    Les bonn’s aventur’s gué !
    Les bonn’s aventures !

12 Après avoir traité d’autres sujets, Couté revient, le 4 janvier 1911, sur la résistance active des cheminots, avec La Chanson des fils, écrite sur l’air de La Chanson du fil de Xavier Privas.

        * 7  Pour les rédacteurs de La Guerre Sociale, l’expression « Mam’zelle Cisaille » était l’équivalent d (...)

    Saboteur des plus habiles,
    Sous tes cisailles agiles7
    Quand les fils tombent avec
    Un malin petit bruit sec,
    Une sourde mélopée
    De tes lèvres échappée
    Tandis que tu te défil’s
    Chante ce destin des fils...
    Pour qu’en haut lieu l’on en tire
    Matière à sage leçon,
    Bon bougre, nous allons dire
    Ta chanson !

    Fils de couleur sombre,
    Sur tous les réseaux
    Manquent un grand nombre
    De bons cheminots
    Dans la nuit confuse
    C’est vous qui paierez
    Pour ceux qu’on refuse
    De réintégrer ;
    Vengeance bénie :
    Sautez et dinguez,
    Fils des Compagnies,
    Pour les révoqués !

    En cette heure brève,
    Pour Ceux-là qui sont
    Depuis notre Grève
    Au fond des prisons,
    Ô fils que j’honore
    De mes ciseaux noirs,
    Il faut choir encore
    Une fois ce soir !
    Si demain nos frères
    Ne sont parmi tous
    Et justice entière
    Accordée à tous,
    Les longs fils sonores,
    Les fils sous la main
    Tomberont encore
    Demain !

13 Depuis mars, la révolte gronde dans le vignoble de l’Aube, où les petits propriétaires, sous le coup d’une « décision gouvernementale qui les met dans l’impossibilité de concurrencer sérieusement les vins de Champagne », sont guettés par la misère. Le 12 avril 1911, dans Ces choses-là (sur l’air de Ce qu’une femme n’oublie pas), Couté appelle les vignerons à l’union avec les ouvriers.

    Lorsque t’entendais parler au village,
    Brave homme à la têt’ dur’ comm’ ton sabot,
    De l’Action directe et du Sabotage,
    Tu restais vitré comme un escargot ;
    Calmes paysans des coteaux tranquilles,
    Au fond d’ ta jugeot’ tu pensais comm’ ça :
    « C’est des inventions des gâs de la ville
    Et, moi, je n’peux pas comprendr’ ces chos’s-là ! »

    [...]

    Esclav’ des usin’s, esclav’ de la terre,
    Les vœux de nos cœurs sont les mêmes vœux :
    Tous deux nous souffrons de la mêm’ misère.
    Nous avons le même ennemi tous deux !
    Paysan, mon vieux, allons, que t’en semble ?
    Pour la grande lutt’ qui bientôt viendra,
    Donnons-nous la main et marchons ensemble
    À présent que t’as compris ces chos’s-là !

14 Alors que la presse s’inquiète de la radicalisation politique des vignerons, Couté donne la parole à l’un d’eux, le 19 avril, dans un Nouveau credo du paysan, sur la musique mi-sacrée mi-profane du Credo du paysan :

    Bon paysan dont la sueur féconde
    Les sillons clairs où se forment le vin
    Et le pain blanc qui doit nourrir le monde,
    En travaillant, je dois crever de faim ;
    Le doux soleil, de son or salutaire,
    Gonfle la grappe et les épis tremblants ;
    Par devant tous les trésors de la terre,
    Je dois crever de faim en travaillant !

    Refrain
    Je ne crois plus, dans mon âpre misère,
    À tous les dieux en qui j’avais placé ma foi,
    Révolution ! déesse au cœur sincère,
    Justicière au bras fort, je ne crois plus qu’en toi ! (bis)

    [...]

    Levant le front et redressant le torse,
    Las d’implorer et de n’obtenir rien,
    Je ne veux plus compter que sur ma force
    Pour me défendre et reprendre mon bien.
    Entendez-vous là-bas le chant des Jacques
    Qui retentit derrière le coteau,
    Couvrant le son des carillons de Pâques :
    C’est mon Credo, c’est mon rouge Credo !

    * 8  Je cite Maurice Dommanget, Histoire du Premier Mai : « Le premier qui ait consacré en France une p (...)

15 Se conformant à la coutume établie depuis 18918, Couté consacre, le 26 avril 1911, une chanson au Premier Mai : cinq très tendres couplets mobilisateurs sur la mélodie incontournable du Temps des cerises de Jean-Baptiste Clément.

    C’est le Premier Mai. Debout, camarades !
    Pour les travailleurs, pour les ouvriers,
    C’est un jour de fête !
    Et tous, aujourd’hui, relevant la tête,
    Désertent l’enfer de leurs ateliers...
    C’est le Premier Mai. Marchons camarades !
    Sous le libre azur des cieux printaniers !

16 Ce 1er Mai donne lieu à des incidents entre manifestants-grévistes et forces de l’ordre. Quatre policiers sont blessés : Faralicq, Guillaume, Ganne et Portenseigne. Couté rend compte des événements à sa manière, sur l’air du cantique Hélas ! quelle douleur, qui atteint (si connaissant la musique, on peut le chanter) au sommet de la cocasserie :

    Hélas ! quelle douleur
    Emplit mon cœur
    Et de moi s’empare ;
    Hélas ! quelle douleur
    Emplit mon cœur
    Devant tant d’malheurs !
    J’ai perdu (mon cas n’est pas rare !)
    Mon mouchoir parmi la bagarre...
    Hélas ! plus de mouchoir
    Pour pleurer c’ soir
    Les « victim’s du d’voir ! »

    Ô brav’ Faralicq,
    L’ plus doux des flics
    Et tellement bête !
    Ô brav’ Faralicq,
    Toi le plus chic
    Des cogne’s et des flics !
    On a voulu voir si ta tête
    Était d’ bois, comme on le répète...
    Mais j’ n’ai plus d’ mouchoir
    Pour pleurer c’ soir,
    Les « victim’s » du d’voir !

    Guillaume’ t’as pris tantôt
    Un coup d’couteau
    Entre les épaules
    Guillaum’ t’as pris tantôt
    Un coup d’ couteau :
    Ca fait froid dans l’ dos !
    En songeant à ton sort pas drôle
    Y a de quoi pleurer comme un saule
    Mais j’nai plus d’mouchoir
    Etcetera

    Ah ! mon Dieu ! te voilà
    Dans quel état :
    Pauvre Portenseigne
    Ah ! mon Dieu, te voilà
    Dans quel état ?
    Presque chocolat !
    T’es couvert de blessur’s qui saignent :
    Attends un peu que je te plaigne
    Je n’ai plus d’ mouchoir
    Etcetera

    Sinistres policiers
    Vous qui cognez
    Sur nous sans relâche
    Sinistres policiers
    Vous qui cognez
    Sur nous sans pitié,
    Vous pouvez crever, tas de vaches,
    On n’ pleur’ pas les brut’s et les lâches !
    Je n’ai plus d’ mouchoir
    Pour pleurer c’ soir,
    Les « victim’s » du d’voir !

17 Ce cantique subversif vaut à Couté, au gérant Auroy et au directeur Hervé (toujours sous les verrous) d’être poursuivis pour « apologie de faits qualifiés crimes », l’accusation portant en particulier sur une phrase du dernier couplet : « Vous pouvez crever, tas de vaches / On n’ pleur’ pas les brut’s et les lâches ! » Comme chaque fois que l’occasion se présentait d’aller au tribunal pour parler haut, le journal en remet une couche : « C’est avec joie que La Guerre sociale fera, en grand, devant la cour d’assises, le procès des cosaques de la République française et de leur chef, le fou dangereux : Lépine ! » Un rapport de police daté du 7 juin nous précise que « Gaston Couté, pitoyable chansonnier, se montre très satisfait des poursuites dont il est l’objet ; cela lui fait une réclame énorme dans les cabarets et remplace son talent qui ne fut jamais très grand. »

18 Ce même 7 juin, dans La Guerre sociale, Couté s’amuse de la situation dans une nouvelle chanson, Ah ! ah ! moi j’ m’en..., sur une musique de Béranger, Le Petit Homme gris.

    Idée vraiment sublime,
    Le parquet, aujourd’hui
    Me poursuit :
    Oui j’ai commis un crime
    Dont tout le mond’ frémit
    Mes amis !
    [...]

    Vite , qu’on m’embastille,
    Qu’on m’appliqu’ sans tarder
    Ni compter,
    Le brod’quin et les ch’villes,
    Qu’on me clou’ sur la croix
    D’ têt’-de-bois !
    Ah ! ah ! moi j’ m’en... (bis)
    Ah ! ah ! moi j’ m’en ris.
    Ah ! qu’il est gai (bis)
    Le Parquet de Paris !

    Ça n’est pas là, je gage
    Qu’ je r’trouvrai « mon mouchoir
    De l’autr’ soir » :
    Quand un merle est en cage,
    C’est là qu’il chant’ le mieux,
    Nom de dieu !
    Ah ! ah ! ...

19 Couté donnera encore deux chansons d’actualité, Mouchards !, dédiée à Jules Bled et à Fourny, deux syndicalistes victimes de ces « tâcherons de l’ignominie », puis La Petite Fleur bleue, une satire motivée par ce fait : « Dimanche, dans tous les quartiers de Paris, on vit des dames mères, des dames élégantes et des petites jeunes filles insister auprès de chacun pour lui vendre une fleur bleue montée en épingle (“Pour nos soldats du Maroc, disaient-elles, et pour les agents victimes du devoir !” — Les journaux.)

    * 9  Lire Delannoy, Un crayon de combat, comprenant de nombreuses reproductions (dont les dessins qui l (...)
    * 10  Deux cents personnes, d’après la police, suivirent le cortège dans Paris : « J’ai l’honneur de fai (...)

20 Nul n’encagera le merle du peuple, le subéziot ne chantera plus jamais. Le 28 juin une phtisie tenace lui coupe le sifflet, le soustrayant à la justice. En l’espace de deux mois, la presse militante perdait avec le poète-chansonnier Couté et le peintre-caricaturiste Delannoy, deux de ses plus originaux représentants9. Ses obsèques parisiennes furent suivies par de nombreux amis10.

Nantes, 2005
Notes

1  Les œuvres complètes de Gaston Couté ont été éditées par Le Vent du ch’min (cinq volumes) – rééditées, on les trouve à la librairie du Monde libertaire (145 rue Amelot, Paris 11e). Toutes les chansons de La Guerre sociale sont dans le tome IV.

2  On peut dire que La Guerre sociale est née à la maison d’arrêt de Clairvaux, de la rencontre de quelques co-signataires, en octobre 1905, d’une affiche antimilitariste, « Appel aux conscrits » – dite « Affiche rouge » (sa couleur) –, dont le texte préconise la désobéissance et la rébellion ; cette affiche est une manifestation de la section française de l’AIA (Association Internationale Antimilitariste), née en juin 1904 au Congrès antimilitariste d’Amsterdam convoqué sur l’initiative de l’anarchiste hollandais Domela Nieuwenhuis. Certains détenus, Miguel Almereyda, Gustave Hervé, Victor Méric et Eugène Merlot (alias « Merle ») décident de continuer à s’exprimer dans un journal à eux. Le 14 juillet 1906, avec sa traditionnelle amnistie, fait le reste et, le 19 décembre 1906, sort le premier numéro de La Guerre sociale, sous la houlette de Gustave Hervé.

3  Victor Méric était lui-même chansonnier, sous le pseudonyme de « Luc », et fervent admirateur de Couté. Il l’eut comme collaborateur à l’hebdomadaire éphémère La Barricade en juillet et août 1910, dans lequel Couté publia cinq chansons d’actualité qu’il signait « Le Subéziot » (« celui qui siffle », en patois beauceron). Fernand Després avait connu Couté dès 1899, lorsqu’ils collaboraient tous les deux au Journal du Peuple et au Libertaire.

4  Sa peine sera commuée en années de prison puis, en 1918, la Cour de cassation reconnaîtra son innocence. Trop tard, car à la suite d’un maintien de 40 jours en camisole de force, Durand était devenu fou. Il mourra en 1926.

5  Pendant cette grève, La Guerre sociale fera paraître plusieurs numéros à la suite : les 11, 12, 14, 15, 17 et 18 octobre, celui du 19 au 25 octobre renouant avec la périodicité hebdomadaire.

6  Prisonnier de droit commun, Liabeuf fut injustement condamné à mort et exécuté en 1910. Aernoult et Duléry étaient deux soldats, mort pour le premier des suites des sévices endurés au camp disciplinaire de Djenan-el-Dar (Algérie), exécuté pour le second dans le camp de Biribi pour avoir blessé un garde qui le maltraitait. Ces trois événements furent dénoncés par la presse révolutionnaire. [ndlr]

7  Pour les rédacteurs de La Guerre Sociale, l’expression « Mam’zelle Cisaille » était l’équivalent de « sabotage » et le « citoyen Browning » une « arme à feu ».

8  Je cite Maurice Dommanget, Histoire du Premier Mai : « Le premier qui ait consacré en France une poésie à la journée du Travail est l’ancien communard Eugène Châtelain. [...] On était à quelques mois du premier 1er Mai qui venait d’affirmer la grande destinée du prolétariat. Et déjà le poète songeant à une prochaine mobilisation des masses travailleuses, préconisait la grève générale pour le 1er mai : “La grève se prépare et chaque Peuple uni / Ira détruire ses frontières / Le drapeau du Travail a déjà réuni / Des populations entières.” » Cette pièce, titrée Le Premier Mai 1891, parut dans Le Cri social (Algérie) en septembre 1890.

9  Lire Delannoy, Un crayon de combat, comprenant de nombreuses reproductions (dont les dessins qui lui valurent poursuites et emprisonnement) et une longue préface d’Henry Poulaille (son dernier texte), Le Vent du ch’min, 1982.

10  Deux cents personnes, d’après la police, suivirent le cortège dans Paris : « J’ai l’honneur de faire connaître qu’il ne s’est produit aucun incident au cours de la surveillance exercée hier, par des inspecteurs de ma Brigade, à l’occasion des obsèques du chansonnier révolutionnaire COUTE Gaston, décédé à l’Hôpital Lariboisière. Le corps a été conduit à la gare d’Orléans-Austerlitz, où il est arrivé à 4 h 50, pour être dirigé sur Meung-sur-Loire (Loiret). Environ 200 personnes, parmi lesquelles on a remarqué ALMEREYDA, MERIC, DOLIE, VIVIER et ACHILLE, ont suivi le convoi, qui est parti de l’Hôpital pré-cité. » (Rapport du Commissaire de Police, Chef de la 3e Brigade, 1er juillet.)
Pour citer cet article
Référence électronique

Lucien Seroux, « Gaston Couté, la grève, l’action directe & les « chansons de la semaine » de La Guerre sociale », revue Agone, 33 | 2005, [En ligne], mis en ligne le 28 octobre 2008. URL : http://revueagone.revues.org/142. Consulté le 07 mars 2012.
Auteur
Lucien Seroux

Acteur à ses heures – Lucien Seroux a notamment interprété les textes de Gaston Couté –, cet ancien professeur d’enseignement artistique anima les Cahiers du vent du ch’min ; il a publié récemment Anthologie de la connerie militariste d’expression française (AAEL, 2002).



07/03/2012
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