Alain YVER

Alain YVER

GEN PAUL

GEN PAUL





http://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A8ne_Paul

http://www.dailymotion.com/video/x73kg9_celine-gen-paul-ayme-et-le-balajo_news

http://www.annuart.com/genpaul/

http://www.alainzannini.com/index.php?option=com_content&view=article&catid=48:prefaces&id=220:gen-paul

http://www.worldlingo.com/ma/enwiki/fr/Gen_Paul

http://madame.lefigaro.fr/style/etam-natalia-s-secret-260111-127718

http://www.faget-benard.com/jojo/articles/coup/gen-paul.html





Eugène Paul, dit Gen Paul, né le 2 juillet 1895 à Paris XVIIIe et mort le 30 avril 1975 à Paris XIIIe, est un peintre expressionniste français. Il fut aussi gouachiste, dessinateur, graveur et lithographe.

Ami de Louis-Ferdinand Céline, Gen Paul est un autodidacte, parfois qualifié de façon réductrice de « peintre de Montmartre ». Il fut initié à la gravure par Eugène Delâtre.

Biographie

Eugène Paul naît dans une maison de Montmartre, au 96 de la rue Lepic (peinte par Vincent Van Gogh et qui a vu passer de nombreux artistes), et pratique dès son jeune âge le dessin et la peinture. Son père meurt alors qu'il n'a que dix ans.

Gen Paul est d'abord formé pour construire des meubles décoratifs.

La Première Guerre mondiale éclate. Il y est envoyé comme soldat et blessé deux fois, dont une fois gravement : il perd une jambe. Pendant sa convalescence, il se remet à peindre et devient ami, au Bateau-Lavoir, avec Juan Gris, qui l'a beaucoup aidé.

Bien que Gen Paul n'ait pas fréquenté d'école des beaux-arts lors de sa formation, il se montre assez doué pour vivre de son art durant près de 60 ans.

Influences

Ses premières œuvres semblent refléter de nombreuses influences croisées, dont celles de ses amis de Montmartre : Vlaminck, Utrillo et Frank Will, mais il développe rapidement une personnalité teintée d'un expressionnisme qui reflète des influences aussi variées que celles de Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Cézanne, et avant eux Goya, Vélasquez, El Greco, influences que l'on retrouve à cette époque chez son ami Henri-Martin Lamotte. Les influences cubistes de Gris, Picasso et Fernand Léger se sentent dans certaines œuvres, alors que nombre de ses gravures de paysages urbains sont beaucoup plus « réalistes ».

Pendant l'entre-deux-guerres, de 1925 à 1929, alors que le peintre cherche à dépasser son handicap physique et le souvenir des horreurs de la guerre, il produit plusieurs de ses peintures réputées les meilleures. Elles sont caractérisées par le mouvement créé par le geste de pinceau, l'audace des compositions empreintes de vues forcées, de diagonales, zébrures et zigzags, juxtaposant des motifs colorés abstraits à des parties réalistes.

Contrairement à d'autres expressionnistes de ce temps, tels que Soutine et Rouault, et contrairement aux expressionnistes allemands, plus « morbides », qui semblent déjà annoncer la Seconde Guerre mondiale, les œuvres de Gen Paul semblent gaies et pleines d'optimisme, nourries d'une passion pour la vie et d'un intérêt pour la simplicité de la vie quotidienne.

Par le dynamisme et le mouvement présents dans ses peintures, certains considèrent Gen Paul comme le précurseur des formes de l'Expressionnisme abstrait des années 1950.

Gen Paul meurt à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, le 30 avril 1975. Il est inhumé au cimetière Saint-Vincent à Montmartre.

Carrière

Atelier Gen-Paul dans la rue Girardon.
Plaque commémorative apposée au n° 2 de l'impasse Girardon, Paris 18e, où Gen Paul vécut de 1917 à sa mort.
Tombe au cimetière Saint-Vincent.

Gen Paul est exposé pour la première fois au Salon d'Automne et au Salon des Indépendants à Paris en 1920, époque à laquelle compte parmi ses amis Henri-Martin Lamotte et côtoie Camille Pissarro et le groupe des « Partisans ». En 1928, ses œuvres sont exposées avec celles de Picasso et Soutine, qui choquent une partie du public.

À partir des années 1930, Gen Paul sombre dans l'alcoolisme, qui complique des problèmes chroniques de santé. Les peintures des années 1930 semblent s'en ressentir, devenant plus sombre, avec une pâte et des traits épais, bien que restant construites avec des couleurs soigneusement choisies et toujours caractérisées par un rythme puissant et le mouvement. En 1934, il est officiellement reconnu pour ses contributions à l'art français et reçoit la Légion d'honneur. En 1937, il est engagé pour peindre une grande fresque pour le Pavillon des vins de France à l'Exposition internationale de Paris.

Des années 1940 à sa mort, Gen Paul retrouve un style pictural qui évoque de nombreux éléments de son travail des années 1920, mais sans jamais retrouver l'innovation, l'émotion et l'expressionnisme des premières époques de sa vie de peintre.

Outre nombre de scènes de son quartier de Montmartre et de portraits de son ami, le compositeur Darius Milhaud, on connaît de Gen Paul des peintures et dessins faits aux États-Unis, scènes de jazz et musiciens classiques, sujets pour lesquels il manifestait beaucoup d'intérêt.

Un grand nombre de ses œuvres est conservé dans des collections privées, mais un nombre significatif se trouve dans les musées de France et d'autres pays d'Europe, tels les musées de Berne et de Granville. Le Musée d'art moderne de la Ville de Paris conserve dans ses réserves deux grands tableaux de la fin des années 1930.

Postérité

    * Il est un des personnages du Passe-Muraille, nouvelle éponyme du recueil de Marcel Aymé, écrite en 1943.

Bibliographie

    * Guy Vignoht, « La Force de l'instinct d'un géant de l'expressionnisme » in Catalogue de l'exposition du Palais des Beaux-Arts, Menton, juillet-octobre 1993
    * Chantal Le Bobinnec, Gen Paul à Montmartre, Éditions Chalmin et Perrin, 1995
    * André Roussard & Carlo a Marca, Catalogue de l'exposition Gen Paul organisée au Couvent des Cordeliers, 1995
    * André Roussard, Gen Paul - La biographie, Éditions André Roussard, 304 p, 2006 [présentation en ligne]
    * Jacques Lambert, Gen Paul : Un peintre maudit parmi les siens, La Table Ronde, 2007 (ISBN 978-2710329343)








Biographie de Gen Paul. 2006
304 pages, 30x21cm, papier 115 semi-couché, +de 300 photographies, français (+ 2 textes en anglais).
Prix: 75 euros


    Peintre, gouachiste, dessinateur, graveur, lithographe. Montmartre (96, rue Lepic) 2 juillet 1895 - La Pitié-Salpétrière 30 avril 1975. Né à six heures du matin de Joséphine Recourcé, brodeuse et de père non dénommé. Le 5 juin 1897 sa mère épouse Eugène Paul, plombier et peut-être musicien de cabaret ; le 19 décembre 1902, ils légitiment leur fils qui a sept ans. Dès 1908, il commence à peindre et à dessiner (“Autoportrait”, crayon). Son père meurt en 1910, il est alors apprenti tapissier. Paul devance l’appel et se retrouve au 111e Chasseurs ; blessé au pied en 1914, remonté au front, il est de nouveau blessé et, sur l’intervention de sa mère, on l’ampute de la jambe droite, en 1915 : »le cadeau de mes vingt ans». De retour à Montmartre en 1916, il épouse, à la Mairie du XVIIIe, Fernande Pierquet, ils s’installent au 2, impasse Girardon dans un appartement qu’il habita jusqu’à son décès.

    Pour survivre il fait différents petits boulots et recommence à peindre des fleurs, des têtes et le Moulin de la Galette, en face de chez lui. En 1917, il vend ses œuvres, signées Gen Paul, à Raguenaud, un brocanteur; se lie avec Emile Boyer et Frank-Will, ils font de la musique et avec l’argent de la manche mènent joyeuse vie. Juan Gris au Bateau-Lavoir lui offre pinceaux et vieux tubes de couleurs. Mathot lui demande des œuvres à la manière de Monticelli, Daumier, Lebourg... Eugène Delâtre l’initie à la gravure, il vend des vues de la Butte à l’aquatinte aux brocanteurs. A partir de 1920 Gen Paul entame une évolution, ses paysages urbains sont mieux construits ; il entre au Salon d’Automne et commence une longue série de voyages en France; à Marseille Leprin le guide dans les vieux quartiers et dans les maisons de tolérance. 1921-1922, Gen Paul découvre le pays basque espagnol ; Chalom s’intéresse à ses tableaux. De 1923 datent ses premiers portraits, surtout des clowns, ainsi que les premières vues de Montfort-l’Amaury, l’année suivante Gen Paul fait la connaissance de musiciens, en particulier du violoniste Noceti ; il voyage à Bilbao, à Motrico, expose à Anvers et à Londres.

    A partir de 1924, Gen Paul amorce une évolution solitaire, il commence à s’éloigner de la peinture de ses amis Utrillo, Leprin, Génin, Quizet et Frank-Will, chahute les sujets et en vient à créer une forme personnelle d’expressionnisme du mouvement ; il trouve ses sources au Musée du Prado, auprès du Greco, de Vélasquez et surtout de Goya. Les visages et les personnages prennent de plus en plus d’importance. Jusqu’en septembre 1930, il voyage, travaille sans arrêt, saisi d’une sorte de frénésie créatrice faisant dire par Me Maurice Rheims “qu’il a peint quelques-uns des meilleurs tableaux du siècle” durant ces cinq années. La galerie Bing, en 1928, l’expose avec Picasso, Rouault, Braque, et Soutine qu’il ne connaissait pas encore. Bing dans un long texte consacré à Gen Paul le met au même niveau que ceux-ci. Il peint des musiciens que l’on sent jouer, des portraits impressionnants, ainsi que des paysages basques, des vues de Montmartre et de quelques villes de la banlieue de Paris. Gen Paul signe un contrat avec Bernheim, dénoncé après le krach de 1929.

    Epuisé par une vie trop intense, miné par l’alcool et par une affection contractée à Alger, Gen Paul s’écroule à son passage à Madrid, au troisième trimestre 1930, et manque mourir. Après une cure, il revient à Paris et se remet lentement. Commence alors la troisième période de son œuvre, entre 1930 et 1945, période que certains ont qualifiée de célinienne en raison de son amitié avec Céline à partir de 1932, et non en raison d’une quelconque influence de l’écrivain sur son œuvre. Il peint assez peu à l’huile, les couleurs sont plus claires et le trait du dessin plus apparent. Par contre durant ce temps ses dessins et ses gouaches sont de grande qualité, il élargit encore le choix des sujets traités. Dans son atelier se tient une sorte de cénacle qu’il préside avec Céline et Marcel Aymé ; il est fréquenté par des comédiens, des musiciens, des médecins, des écrivains et des personnages pittoresques. Parmi les habitués Carco, Jouhandeau, Fernand Ledoux, Berthe Bovy, les clowns Rhum et Porto, Dorival, et René Fauchois. En 1934, le 20 octobre, il est nommé par décret chevalier de la Légion d’honneur.
    Outre ses œuvres sur toile ou sur papier, Gen Paul réalise une fresque de 100 personnages, pour le Palais du Vin à l’Exposition Internationale de 1937, dessine des lithographies, se brouille avec Céline en 1937, puis se réconcilie avec lui. La mort de sa femme en 1939, après 23 ans de vie commune, la guerre toute proche, le manque d’amateurs pour ses tableaux le démoralisent, il part sur la Côte d’Azur à Sanary rejoindre les peintres, puis à Marseille. Rentré à Paris, il fréquente le restaurant de la rue Tholozé “chez Pomme” et les amis restés dans la capitale. Denoël lui confie l’illustration du “Voyage au bout de la nuit” et de “Mort à crédit”, en 1942.

    La quatrième période commence en 1945, on la qualifie de calligraphique. Gen Paul renoue avec les milieux hippiques qu’il peint à l’huile et à la gouache. Avec ses amis peintres, il crée, en 1946, une fanfare pour faire parler d’eux ; dénommée “la Chignolle” elle comprend Agostini, Blanchard, Frank- Will, Marcel Aymé, entre autres. Il reprend les sujets qu’il a traités auparavant, dessine énormément. Les vues de la Butte et de Paris, les musiciens entre 1948 et 1958 sont de grande qualité. Il produit beaucoup, et le succès est là, c’est devenu un monstre sacré, le témoin du Montmartre du début du siècle. Il se marie avec Gabrielle Abet en mai 1948, et divorce en 1951. Son fils naît en 1953, à Genève. Il expose à Paris (chez Drouant-David, 1952, catalogue préfacé par Francis Carco), à New York, à Genève (galerie Ferrèro), il voyage toujours, du moins jusqu’en 1966. A partir de 1964, il cesse de peindre à l’huile, se réfugie dans son appartement; c’est l’époque des portraits dit “de télévision”. Il continue de dessiner et de gouacher, réalise des lithographies. Rétrospective chez André Pacitti en 1972. Le Dr. Miller édite un livre en hommage au peintre qu’il lui offre le 25 décembre 1974. Hospitalisé en 1975, il meurt d’un cancer à l’hôpital le 30 avril.

    Quelques expositions lui sont consacrées après son décès. La plus importante est celle de 1995, à l’occasion du centenaire de la naissance du peintre, au Couvent des Cordeliers. Réalisée par André Roussard et Carlo a Marca, exposition qui réunit une centaine d’œuvres expressionnistes de la seconde période (1924-1930). Cent chefs-d’œuvre pour la gloire de celui que le critique de la Gazette de l’hôtel Drouot commentant l’exposition qualifie ainsi : “Gen Paul est sans doute le plus grand représentant, et peut être le seul, de l’expressionnisme de tradition française”. Le catalogue comporte une préface d’André Roussard, un texte du Dr. Miller, une biographie ainsi qu’une analyse d’a Marca responsable de l’édition du catalogue.

    Œuvres aux Musées de Berne et de Granville ; le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris conserve dans ses réserves deux grands tableaux de la fin des années 30.

    Œuvre graphique.

    Dans les années 1919-1920, Gen Paul apprend la technique de la gravure auprès d’Eugène Delâtre, qui imprime les eaux-fortes dans son atelier, rue Lepic. Le peintre réalise des petits tableaux, des vues de la Butte, modèles pour des aquatintes dont le tirage dépend du succès de chaque sujet. La plupart non numérotées, elles sont parfois signées Paul Trélade ou Eugène Lautral. A la fin des années 20, pendant sa période expressionniste il grave au burin ses sujets favoris, des musiciens, des maternités, des portraits. Il ne numérote pas toujours ces superbes estampes, et les signe parfois. Vers la fin des années 30, il grave quelques burins, dont des portraits de Céline ; l’un d’eux est reproduit dans “Le Figaro” du 4 décembre 1998, à l’occasion de la mise en vente à Drouot du manuscrit “Normance”, deuxième volume de l’ensemble “Féerie pour une autre fois”, ainsi que celui des “Entretiens avec le professeur Y”, textes écrits dans l’immeuble de la rue Girardon. Après la seconde guerre, Gen Paul réalise un assez grand nombre de lithographies, en noir, en sépia et en couleurs, en petite dimension ou en format jésus, toujours signées et numérotées (ou en E.A.).

    André Roussard, depuis de nombreuses années, dresse le répertoire et archive la documentation sur la vie et l’œuvre du peintre..


    “Pendant des années il a payé à coup de gouaches et de dessins le bistrot, le boucher, la crémière. Toute sa vie son carnet de croquis a été son carnet de chèques. Il n’en a jamais possédé d’autres.” (Hélène Demoriane - Connaissance des Arts).


    Il disait “Ma seule galerie c’est l’hôtel Drouot”, et aussi “C’est difficile d’être une gloire rue Lepic. Après van Gogh, Courteline, Renoir”.








Entretien avec Gen Paul

C’est en 1969 que des extraits d’un entretien avec Gen Paul furent diffusés dans l'émission "’un Céline l’autre" ©ˆ. Témoignage exceptionnel recueilli par Alphonse Boudard et Michel Polac. L’interview eut lieu chez l’artiste, alors âgé de 74 ans, à Montmartre. D’emblée, il lui fut demandé de définir Céline.

 ...Louis-Ferdinand Céline, c’est un monstre, qu’est-ce que tu veux? Un homme qu’on ne peut pas suivre.

C’est vrai qu’il ne voulait plus vous voir à la fin?
Oh, moi, je ne voulais plus le voir.

C’est vous qui ne vouliez plus le voir?
Non, non, je ne voulais plus le voir...

Pourquoi?
Il ne m’a fait que des vacheries. Peut-être qu’il l’a fait sans le vouloir. Je suis resté dix piges sans pouvoir vendre un tableau à cause de lui. J’ai divorcé à cause d’une lettre qu’il avait envoyée à ma femme ©˜.

Qu’est-ce qui s’était passé?
Il était saladier, il était jalmince, il fallait qu’il détruise...

Comment l’avez-vous connu?
Ben, je l’ai connu dans des cours de danse. Je l’ai connu au moment du Voyage. On fréquentait la ballerine, quoi.avait le sens de l'esthétique. Autant fréquenter des ballerines que des bonniches, c'est quand même mieux, hein? Moi, je les prenais comme modèles, et lui, il les massait. Il avait le sens de l'esthétique.

Il était amoureux de temps en temps ou c’était des passades?
Il était pas amoureux, non. Il avait le sens du beau. C’étaient des filles qui étaient placées, qui avaient des fois des petites tronches, mais il était mordu quand même par la danse. Et la danse, c’est quand même quelque chose, non? Puis derrière ça, il y a la musique...

Alors, tu dis qu’il n’était pas antimilitariste, Ferdine?
Ah, pas du tout, dis donc, pas du tout! Il y a un truc qui m’a toujours épaté, c’est quand... Il a fait un mois de griffe, un mois de front, pas plus. Ça a été héroïque, y a eu des reproductions, on en a parlé dans Le Petit journal ©¯, toutim, médaillé militaire... Mais il avait la bonne blessure. Ça n’empêche pas qu’il a rempilé pour Londres. Il était patriote, quoi. Il l’a toujours été. Quand il avait sa médaille militaire, il était très fier de la porter. Un jour, il y a Ferdine qui dit à Geoffroy 4: " Bon, je t’invite à dîner ce soir. " L'autre répond: " C’est pas possible. T’as hérité ? " Il dit:" T’en fais pas. "
Ils vont dans une "French soupe", un restaurant français, et ils bouffent toute la carte. Geoffroy l'attendait, [se disant]: " Il va sortir son mornifle. " Il appelle le patron. Il s'était mis en uniforme, Ferdine, et il dit au tôlier : " Est-ce qu’on paie avec une médaille comme ça ? " Alors, l’autre, il a donné le coup de chapeau, tu comprends. Ferdine avait gagné. (...) Enfin, il aimait le panache... C’est marrant, physiquement, il avait une belle gueule quand il était jeune, mais il avait un corps de gonzesse, dis donc, pas un muscle! Et des fois, il jouait, il allongeait la jambe comme ça, disant: " J’aurais pu jouer les fées. " Puis, il avait une grosse tronche, il chaussait du 60 comme tronche. Il n'a jamais pu mettre un chapeau. Il m'a dit: " Moi, j’ai une bouille à porter la couronne, j’ai une tête de roi. " Je peux pas en dire autant. On m'a toujours dit que j'avais une tête d'épingle. C'est un peu l'esprit de Ferdine, ça lui réussissait pas mal...

Il était roi? Il était pas anarchiste?
Il n’a jamais été anar! Pourquoi anar? En dehors de ça, il avait des coups de marrance. Il faisait l’ours, il parodiait l’ours 5. Oui, il avait parfois des côtés "", des côtés chouette, quoi. Autant, je te dis, il pensait qu'il avait la tête royale, mais des fois, il faisait très bien le triboulet, le marrant, mais pas en public, entre moi et lui. Du reste, dans tout son comportement, il parlait pas de son pognon, mais il faisait tout pour en avoir. Il était toujours inquiet de le placer, soit à Londres, soit au Danemark, soit au matelas. Des fois, il attrapait un lumbago: il mettait son jonc sous le matelas! Il était toujours en voyage avec son pognon. J'ai jamais vu le morlingue de Ferdine! Un jour, j'étais dans un p'tit bistrot. Il y avait la môme La Pipe, Almanzor, et il venait prendre le café avec nous. Il venait pas déjeuner. Alors, je lui payais le café. Normal. Puis la môme Almanzor dit: "Je mangerais bien six huîtres." Il dit: "Ah, tu voudrais pas que je te paie six huîtres avec mes quatre-vingts balles que je gagne au dispensaire !". C’était tout l’esprit de Ferdine, ça.

Tu l’as toujours connu comme ça?
Toujours. Il avait un porteuf’ avec des ficelles et un tout petit morlingue. Je l’ai vu payer son journal. Je l’ai jamais vu raquer. Et puis la môme, bon, elle était bien. Il y a eu un amour quand même, ils s’aimaient tous les deux. Mais c’était pas la paire de bas de soie, etc.
(...) Ce qu'il y avait de terrible avec Ferdinand, c'est qu'il aimait bien donner ses idées mais pas son pognon, tu piges? Moi, il m'appelait le diable, "", parce que je marchais pas dans tous ses condés. (...) Un jour, je lui ai présenté Marcel Aymé. Il l'a regardé d'un coup de châsse comme ça, il lui a dit: " Petit plumaillon ! ".

Il aimait venir ici, écouter les histoires de la Butte?
La Butte, non... Il n’y a rien dans la Butte. Il y a toujours des événements, des fois il en parlait, mais tu vois...

Il parlait de politique?
Ben, c’est comme nous si on parlait du référendum 6. Je ne sais même pas ce que c'est le référendum, mais on en parle. Mais lui, il avait le sens... Il était français. Moi, je vois Ferdinand comme un Français, c'est tout. J'ai jamais eu de discussions politiques avec lui.

Les juifs, il n’en parlait jamais avec vous?
Ah ça, je le laissais divaguer. Il avait un truc, quoi. Quand il a écrit Bagatelles, il en parlait, mais je le laissais délirer. J'étais pas forcé de participer non plus, hein! Y a des mecs qui sont anticléricaux, ou anti-bourgeois, ou anticapitalistes. Tu peux pas leur changer leur disque, hein? Alors bon, je l'écoutais mais j'étais pas forcé de participer.

Vous l’avez toujours connu comme ça?
Oh non! ben non.

Avant Bagatelles, il n'était pas antisémite?
Pas du tout. (...) Il se persécutait lui-même, il persécutait les autres.

Il maniait l’argot aussi bien que vous?
Je ne sais pas si je le manie. Moi, j’ai connu Ferdinand: il parlait pas l’argot. (...) Je me souviens quand il a écrit Guignol’s band, il voulait décrire les docks de Londres. Un jour, il me descend. Il me poire: " Dis donc, je cherche un mot. Un mot qui n’est ni une odeur animale, ni une odeur humaine. " Tu sais, quand tu vas dans les docks, ça renifle, ça a une odeur. Alors, je cherche, on cherche... Il me dit: " Je veux un mot mais qui monte en l’air ! " Ça faisait partie de sa musique. Tu dis "é", c’est à ras de terre.pour "", "é", "". Alors, on cherche, on cherche... Puis, je me suis souvenu que... dans mes voyages en Espagne, la pâtisserie était aromatisée à la cannelle. Je lui dis: " Cannelle. " Ah, il s'exclame: " C’est ça que je voulais ! Cannelle !!!"

(Propos recueillis par Alphonse Boudard et Michel Polac)

 Notes

 1. Émission "Bibliothèque de poche" de Michel Polac, O.R.T.F., 2ème chaîne de la télévision française, 8 et 18 mai 1969.
Dans cet entretien, Gen Paul utilise quelques termes argotiques: coup de châsse (coup d'œil); griffe (soldat); jalmince (jaloux); jonc (or); marrance (amusement, rire); morlingue (porte-monnaie); mornifle (monnaie); poirer (surprendre); raquer (payer); toutim (tout et le reste).

2. Il s'agit de sa seconde femme, Gabrielle Abet, née en 1925. Sur cette affaire, voir le chapitre " Gaby sans Gen Paul " in Éric Mazet & Pierre Pécastaing, Images d’exil. Louis-Ferdinand Céline, 1945-1951 (Copenhague-Korsør), Du Lérot & La Sirène, 2004, pp.-272. Selon les auteurs, " les propos affectueux, d’ami et de médecin, n’apportaient pas de grandes révélations à Gaby, qui dut quitter Gen Paul pour des raisons plus personnelles."

3. Confusion avec L’Illustré National.

4. Georges Geoffroy, camarade de Louis Destouches (né, comme lui, en 1894) au 2e Bureau à Londres en 1915. Voir le chapitre qui lui est consacré dans Images d’exil, op. cit., pp. 251-253.

5. "En effet c’est mon numéro, je danse l’ours à s’y méprendre. Ça me va avec mes vertiges, d’un pied sur l’autre je me dandine comme ça presque sans bouger, les bras ballants, la tête branlante... D’abord il le savait bien, on l’avait travaillé ensemble... Les voilà tous à rigoler. Faut que je leur fasse la danse de l'ours" (version A de "éerie pour une autre fois" in Romans IV, Gallimard, 1993, p. 635).

6. Cet entretien se déroule à l'époque du référendum, initié par de Gaulle, sur la création des régions et la rénovation du Sénat. L'échec de ce référendum allait entraîner sa démission.

 





GEN PAUL.


Peintre, gouachiste, dessinateur, graveur, lithographe. Montmartre (96, rue Lepic), 2 juillet 1895 - La Pitié-Salpétrière, 30 avril 1975. Né à six heures du matin dans une maison peinte par Van Gogh, de Joséphine Recourcé, brodeuse, et de père non dénommé. Le 5 juin 1897, sa mère épouse Eugène Paul, plombier et peut-être musicien de cabaret ; le 19 décembre 1902, ils légitiment leur fils qui a sept ans. Dès 1908, il commence à peindre et à dessiner (" Autoportrait", crayon). Son père meurt en 1910, il est alors apprenti tapissier. Paul devance l’appel et se retrouve au 111e Chasseurs ; blessé au pied en 1914, remonté au front, il est de nouveau blessé et, sur l’intervention de sa mère, on l’ampute de la jambe droite, en 1915. De retour à Montmartre en 1916, il épouse, à la Mairie du XVIIIe, Fernande Pierquet, ils s'installent au 2, impasse Girardon dans un appartement qu'il habita jusqu'à son décès. Pour survivre, il fait différents petits boulots et recommence à peindre des fleurs, des têtes et le Moulin de la Galette, en face de chez lui. En 1917, il vend ses œuvres, signées Gen Paul, à Ragueneau, un brocanteur ; se lie avec Émile Boyer et Frank-Will, ils font de la musique et, avec l'argent de la manche, mènent joyeuse vie. Juan Gris au Bateau-Lavoir lui offre pinceaux et vieux tubes de couleurs. Mathot lui demande des œuvres à la manière de Monticelli, Daumier, Lebourg... Eugène Delâtre l'initie à la gravure, il vend des vues de la Butte à l'aquatinte aux brocanteurs. À partir de 1920, Gen Paul entame une évolution, ses paysages urbains sont mieux construits ; il entre au Salon d'automne et commence une longue série de voyages en France ; à Marseille, Leprin le guide dans les vieux quartiers et dans les maisons de tolérance. En 1921-1922, Gen Paul découvre le Pays basque espagnol ; Chalom s'intéresse à ses tableaux. De 1923 datent ses premiers portraits, surtout des clowns, ainsi que les premières vues de Montfort-l'Amaury, l'année suivante Gen Paul fait la connaissance de musiciens, en particulier du violoniste Noceti ; il voyage à Bilbao, à Motrico, expose à Anvers et à Londres. À partir de 1924, Gen Paul amorce une évolution solitaire, il commence à s'éloigner de la peinture de ses amis Utrillo, Leprin, Génin, Quizet et Frank-Will, chahute les sujets et en vient à créer une forme personnelle d'expressionnisme du mouvement ; il trouve ses sources au Musée du Prado, auprès du Gréco, de Velásquez et surtout de Goya. Les visages et les personnages prennent de plus en plus d’importance. Jusqu’en septembre 1930, il voyage, travaille sans arrêt, saisi d’une sorte de frénésie créatrice faisant dire par Me Maurice Rheims "'il a peint quelques-uns des meilleurs tableaux du siècle" durant ces cinq années. La galerie Bing, en 1928, l'expose avec Picasso, Rouault, Braque et Soutine qu'il ne connaissait pas encore. Bing, dans un long texte consacré à Gen Paul, le met au même niveau que ceux-ci. Il peint des musiciens que l'on sent jouer, des portraits impressionnants, ainsi que des paysages basques, des vues de Montmartre et de quelques villes de la banlieue de Paris. Gen Paul signe un contrat avec Bernheim, dénoncé après le krach de 1929. Épuisé par une vie trop intense, miné par l'alcool et par une affection contractée à Alger, Gen Paul s'écroule à son passage à Madrid, au troisième trimestre 1930, et manque mourir. Après une cure, il revient à Paris et se remet lentement. Commence alors la troisième période de son œuvre, entre 1930 et 1945, période que certains ont qualifiée de célinienne en raison de son amitié avec Céline à partir de 1932, et non en raison d'une quelconque influence de l'écrivain sur son œuvre. Il peint assez peu à l'huile, les couleurs sont plus claires et le trait du dessin, plus apparent. Par contre, durant ce temps ses dessins et ses gouaches sont de grande qualité, il élargit encore le choix des sujets traités. Dans son atelier se tient une sorte de cénacle qu’il préside avec Céline et Marcel Aymé ; il est fréquenté par des comédiens, des musiciens, des médecins, des écrivains et des personnages pittoresques. Parmi les habitués : Carco, Jouhandeau, Fernand Ledoux, Berthe Bovy, les clowns Rhum et Porto, Dorival et René Fauchois. En 1934, le 20 octobre, il est nommé par décret chevalier de la Légion d’honneur. Outre ses œuvres sur toile ou sur papier, Gen Paul réalise une fresque de 100 personnages, pour le Palais du Vin à l’Exposition Internationale de 1937, dessine des lithographies, se brouille avec Céline en 1937, puis se réconcilie avec lui. La mort de sa femme en 1939, après 23 ans de vie commune, la guerre toute proche, le manque d’amateurs pour ses tableaux le démoralisent, il part sur la Côte d’Azur, à Sanary, rejoindre les peintres, puis à Marseille. Rentré à Paris, il fréquente le restaurant de la rue Tholozé "Pomme" et les amis restés dans la capitale. Denoël lui confie l’illustration du Voyage au bout de la nuit et de Mort à crédit, en 1942. La quatrième période commence en 1945, on la qualifie de calligraphique. Gen Paul renoue avec les milieux hippiques qu'il peint à l'huile et à la gouache. Avec ses amis peintres, il crée, en 1946, une fanfare pour faire parler d'eux, dénommée "Chignolle". Elle comprend Agostini, Blanchard, Frank-Will, Marcel Aymé. Il reprend les sujets qu'il a traités auparavant, dessine énormément. Les vues de la Butte et de Paris, les musiciens entre 1948 et 1958 sont de grande qualité. Il produit beaucoup, et le succès est là, c'est devenu un monstre sacré, le témoin du Montmartre du début du siècle. Il se marie avec Gabrielle Abet en mai 1948, et divorce en 1951. Son fils naît en 1953, à Genève. Il expose à Paris (chez Drouant-David, 1952, catalogue préfacé par Francis Carco), à New York, à Genève (galerie Ferrero), il voyage toujours, du moins jusqu'en 1966. À partir de 1964, il cesse de peindre à l'huile, se réfugie dans son appartement ; c'est l'époque des portraits dit "télévision". Il continue de dessiner et de gouacher, réalise des lithographies. Rétrospective chez André Pacitti en 1972. Le Dr Miller édite un livre en hommage au peintre qu'il lui offre le 25 décembre 1974. Hospitalisé en 1975, il meurt d'un cancer à l'hôpital le 30 avril. Quelques expositions lui sont consacrées après son décès. La plus importante est celle de 1995, à l'occasion du centenaire de la naissance du peintre, au Couvent des Cordeliers, réalisée par André Roussard, qui réunit une centaine d'œuvres expressionnistes de la seconde période (1924-1930) -, cent chefs-d'œuvre pour la gloire de celui que le critique de La Gazette de l’Hôtel Drouot, commentant l'exposition, qualifie ainsi : "Gen Paul est sans doute le plus grand représentant, et peut-être le seul, de l'expressionnisme de tradition française". Le catalogue comporte une préface d'André Roussard, un texte du Dr Miller, une biographie revisitée de Guy Mairesse, ainsi qu'une analyse d'A Marca, responsable de l'édition du catalogue. Œuvres aux Musées de Berne et de Granville ; le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris conserve dans ses réserves deux grands tableaux de la fin des années 30. Œuvre graphique. (.)

Notice due à André Roussard, spécialiste de Gen Paul. Depuis de nombreuses années, il dresse le répertoire et archive la documentation sur la vie et l’œuvre du peintre. Pour plus de renseignements, contacter les Éditions Roussard, 13 rue du Mont Cenis, 75018 Paris. Tél. : 01.46.06.30.46. Courriel : roussard@noos.fr







GEN PAUL
Paris 1895-1975
Le dernier des grands expressionnistes de l’Ecole de Montmartre

Gen Paul est né le 2 juillet 1895, 96 rue Lepic à Montmartre d’une mère brodeuse et d’un père musicien de cabaret, clarinettiste et pianiste. Après la maternelle de la rue de Caulaincourt et des études à la communale de la rue Lepic, il obtient son certificat d’études en 1908 et se retrouve garçon boucher. En 1911 il est apprenti tapissier et suit les cours de dessin le soir après son travail. Blessé durant la première guerre mondiale, il est amputé de la jambe droite, démobilisé en 1916, il revient à Paris décoré de la Légion d’Honneur. Les injections de morphine ne suffisent plus à calmer les souffrances de ses blessures, il essaie l’opium puis peu à peu s’adonne à l’alcool. Ne pouvant plus reprendre son métier, il peint sa première toile « Le Moulin de la Galette » qu’il voit depuis sa fenêtre et la vend 3 francs au marchand Raguenaud qui lui prendra toute sa production exigeant des vues de Paris, plus faciles à vendre. Durand cette première période, Gen Paul se lia d’amitié avec Juan Gris, Vlaminck, Derain et surtout avec Maurice Utrillo. L’influence qu’exerçait sur lui ses amis peintres constitua sa seule école. C’était un observateur à l’œil acéré, assimilant les choses d’instinct, au génie inné qui ne suivit aucun enseignement. En 1920 il épouse Fernande, son amie d’enfance et son modèle et entreprend un tour de France qu’il finance par la vente de ses gouaches. Les toiles du début des années vingt, attestent une influence de ses amis Utrillo, Vlaminck, Frank-Will et Raoul Dufy puis plus tard de Toulouse-Lautrec ami de Suzanne Valadon la mère d’Utrillo chez qui il passait quotidiennement. « On peut dire que je suis né chez Valadon. J’étais un peu de la famille ». Vers 1923 il découvre le cirque et peint ses premiers portraits de clown, sujets qu’il affectionnera toute sa vie, comme les musiciens qu’il rencontre resteront sa principale source d’inspiration. Quelques années plus tard, c’est une peinture gestuelle et des coups de brosse dynamiques qui annoncent la seconde période de l’artiste. 1925 fut le départ de son voyage en Espagne qu’il parcourt de musées en expositions, influencé à tout jamais par Vélasquez, Le Greco, et surtout Goya. A son retour à Paris, il expose pour la seconde fois au Salon d’Automne. Dans les œuvres de cette période, emporté par les effets hallucinatoires de l’alcool, de l’angoisse et de la souffrance, on trouve un art habité par le désir du mouvement. Avant de commencer un tableau, Gen Paul faisait nombre d’esquisses, jamais satisfait, il les recommençait sans cesse, mais quel que soit le tableau il ne le considérait jamais comme terminé. La vie de bohême, la pauvreté, l’usage des drogues, ne sont pas les seuls critères de distinction du « peintre maudit ». Gen Paul s’entoure constamment de gens, il a une peur primale de la mort qu’il vaincra dans les années cinquante, sans jamais renoncer à sa liberté et jamais se soumettre aux marchands, suivant sa devise : « La liberté, ça n’a pas de prix ». Vers la fin des années vingt, il fait un séjour à Marseille où il cherche ses sujets autour du Vieux-Port et auprès des prostitués, puis en Italie où il découvre les compositions des peintres de la Renaissance. En 1929, il signe un contrat de 18 mois avec le marchand Georges Berhneim puis repart pour l’Espagne. La décennie des années trente commence mal pour Gen Paul, il est à l’article de la mort, Georges Berhneim son seul marchand ferme sa galerie et ne renouvelle pas son contrat, son ami Marcel Leprin meurt en 1933. C’est en 1932 que Gen Paul rencontre Louis-Ferdinand Céline qui venait de connaître un énorme succès avec son premier roman « Voyage au bout de la nuit ». Céline devient vite l’un de ses fidèles amis qu’il affectionnait tout particulièrement pour son esprit et son talent. En 1937 Gen Paul est sollicité pour le décor du Pavillon du Vin à l’Exposition Internationale, plus de soixante mètres de long, une centaine de personnages, pour des raisons obscures, la peinture est refusée. A la suite de cet échec, Gen Paul quitte Paris avec Fernande pour New York et le Canada, en 1939 Fernande meurt d’un cancer et Gen Paul se retrouve à nouveau dans le plus grand désespoir. En 1942, Gen Paul illustre « Voyage au bout de la nuit » et « Mort à crédit » de Céline, sa palette s’éclaire, les gris et les noirs font place à des tons plus vifs. Davaine écrit : « Le trait de Gen Paul est le verbe de Céline ». Après la libération, Gen Paul fréquente le milieu des courses et débute la série des cavaliers et des hippodromes. En 1946, il part pour New York où il avait reçu une commande de six gouaches qui lui furent payées mille dollars pièce, une somme énorme pour l’époque. L’année suivante, Gen Paul rencontre Gaby Abet âgée d’une vingtaine d’années qui va devenir sa femme trois mois plus tard. Elle est jeune, belle et aime sa peinture, sa force, sa violence, son dynamisme. Un an plus tard, Gaby quitte Gen Paul suivant les prédictions de son amie Arletty. Gen Paul n’a qu’une famille ; ses amis. Au début des années cinquante, il rencontre Django Reinhardt et Sydney Bechet qui deviennent rapidement ses amis et furent pour lui une des grandes rencontres de son existence. Il fit plusieurs portraits de Reinhardt et de Bechet, qui furent plus tard utilisés pour les couvertures de leurs albums. En 1952, la prestigieuse galerie Drouant et David organise une rétrospective des œuvres peintes à l’huile du « peintre maudit » et parallèlement à la galerie du Cirque il expose une trentaine de gouaches. La rétrospective fut un grand succès, toutes les toiles furent achetées par l’américain Jacques Sarlie. En 1953, le marchand Roger Ferrero mit à sa disposition l’atelier qu’il possédait à Genève et c’est durant cette période que Gen Paul découvrit les crayons Caran d’Ache, dont il fit soudain grand usage. Ils étaient faciles en main, fluides et ils épousaient parfaitement son style gestuel. Gen Paul fut l’un des premiers artistes à utiliser ces crayons. En 1954, Gen Paul retourne à New York et rencontre Edith Piaf et Charles Aznavour, c’est après cette rencontre que le nom d’Edith Piaf apparut souvent dans ses gouaches du Moulin Rouge. Aznavour commença l’acquisition d’une importante collection d’œuvres de l’artiste. En 1958, un collectionneur américain, Aberback, acheta une centaine d’œuvres. Conséquence de cette énorme demande dans le monde artistique, les prix de ses peintures doublèrent puis triplèrent. Jusqu’à sa disparition en 1975, les prix de ses œuvres ne cessèrent d’atteindre de nouveaux sommets. En 1964, il fut victime d’une agression qui ne lui permit plus de peindre des huiles, dès lors, il se coucha et travailla de son lit. Il se consacra sur la production de dessins et de gouaches qui constituèrent la dernière grande phase de son expressionnisme du mouvement. Le 30 avril 1975, Gen Paul meurt d’un cancer à l’estomac. Il est enterré à côté de la tombe son ami Utrillo au cimetière Saint-Vincent de Montmartre.








Atelier de Gen Paul
2, Avenue Junot – Paris 18ème


La première chose qui frappe est la petitesse du bâtiment, écrasé, dominé par les imposants immeubles se dressant tout autour. Une plaque, scellée sur le mur, entretient le souvenir du peintre de Montmartre : " Eugène Paul dit Gen Paul, artiste peintre et graveur français a vécu et créé dans cette maison de 1917 à 1975 ". Atelier Gen PaulIl faut pousser une petite grille pour pénétrer dans la cour. D’ici, on aperçoit sans mal les fenêtres du cinquième étage de l’appartement du 4 rue Girardon…
       L’atelier, devenu salle d’exposition, se situe au rez-de-chaussée et respire encore d’une certaine folie. Deux reliques d’un autre temps trônent dans le fond de la pièce étriquée. Ce sont le chevalet et la palette de Gen Paul, témoins de cinquante années d’une vie consacrée à la peinture. Le chevalet est souillé par les éclaboussures et les dégoulinades, œuvre se suffisant à elle-même pour illustrer la fougue de l’artiste au travail. La palette, qui était à l’origine une table basse de bistrot, est maculée de couches de peinture, étrange mélange bigarré, anarchique et apocalyptique.

" Popol c’est un vieux Montmartrois, il est pas venu de sa Corrèze, pour découvrir le maquis. Il a été préconçu dans les jardins de la Galette, un soir de 14 juillet, c’est le Montmartre " de ses moins de neuf mois ". Alors c’est un " pur de pur ". Je sais qu’il aime bien le bourgueil, je lui en monte un petit flacon, question de le mettre en bonne humeur. Je veux qu’il me cause ! Il est peintre, c’est tout vous dire, au coin de l’impasse Girardon. Il barbouille quand il pleut pas trop, quand il pleut trop, ça devient trop sombre dans son atelier. Quand il fait beau par exemple, on est alors bien mieux dehors, sur le banc de l’avenue Junot à regarder les petits oiseaux, les petits arbres comment qu’ils poussent, qu’ils se dépêchent pour pas crever, du mazout. On prend le soleil comme des vieux piafs. "
Bagatelles pour un massacre, p. 56.

Sur le mur, une impressionnante photographie montre Gen Paul jouant de la trompette " Chez Pomme ", restaurant de la rue Lepic, entouré par l’orchestre de la bande de Montmartre. L’un des mauvais garçons de la Butte, le grand mutilé de la première guerre resté unijambiste, La plaque d'incendiel’alcoolique au verbe haut et au caractère irascible, incarne désormais la figure emblématique et incontournable des artistes montmartrois. Il paraît que le gérant d’une galerie voisine, propriétaire d’un grand nombre de toiles, propose les peintures de Gen Paul à un prix exorbitant pour être sûr de ne pas les vendre…

    Comme quelques autres, Gen Paul détient le malheureux privilège d’être devenu un personnage des romans de Céline. Les excès de l’écrivain ont précipité la brouille entre les deux hommes en même temps qu’ils ont fait du peintre un immortel. Dans le confinement de l’atelier, on évoque plus volontiers, plus spontanément en tout cas, la mémoire de Marcel Aymé que celle de Céline. On se plaît pourtant à rappeler le dévouement d’un certain docteur Destouches qui habitait sur le trottoir d’en face durant la guerre et qui a fui en 1944… Avenue Junot, le souvenir de Gen Paul a supplanté celui de Céline et la peinture a définitivement pris le pas sur une certaine idée de la littérature…

 

" Il demeure au coin des *Brouillards*, vous voyez la petite bâtisse… il a le premier, tout le premier, et le rez-de-chaussée… Oh ! sûrement il est pas seul, il a ses modèles, pas un seul modèle, deux trois quatre… faut voir tout ça sur son divan… et pas des blèches ! Des mutines, des boutons de printemps. " Jamais au-dessus de vingt piges ", il dit… l’exigence. "

Version B de Féerie pour une autre fois, p. 975.





















 


15/02/2011
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