Alain YVER

Alain YVER

GEORGES BATAILLE

GEORGES BATAILLE





//fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9rature_et_sexualit%C3%A9

//fr.wikipedia.org/wiki/Biblioth%C3%A8que_Inguimbertine

//fr.wikipedia.org/wiki/Sylvia_Bataille

//www.youtube.com/watch?v=tpFSXAdlEYY

//www.liberation.fr/livres/06012553-l-album-des-ecrivains-georges-bataille-en-1958

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Georges Bataille, né le 10 septembre 1897 à Billom (Puy-de-Dôme), mort le 8 juillet 1962 à Paris, est un écrivain français. Multiforme, son œuvre s'aventure à la fois dans les champs de la littérature, l'anthropologie, la philosophie, l'économie, la sociologie et l'histoire de l'art. Érotisme et transgression sont les deux termes les plus communément attachés à son nom. Il est également connu sous les pseudonymes de Pierre Angélique, Lord Auch et Louis Trente.
Biographie

Il est né à Billom, de Joseph-Aristide Bataille (1851), percepteur, et d'une mère originaire de Riom-ès-Montagnes, Antoinette-Aglae Tournarde (1865). Son père était syphilitique et aveugle[réf. nécessaire]. Sa famille s’installe en Champagne, en 1901, ce qui permet au jeune garçon de commencer ses études à Reims puis à Épernay.

Le choc de la première guerre mondiale

Reims étant menacée par l’artillerie allemande, dès 1914, laissant son époux sur place, sa mère fuit en compagnie de ses deux garçons pour se réfugier dans sa famille à Riom-ès-Montagnes. Là, Georges peut continuer ses études et décide que « son affaire en ce monde est d’écrire, en particulier d’élaborer une philosophie paradoxale ». -

Un an plus tard, il passe avec succès son baccalauréat. Cette même année, son père meurt. Le jeune homme en est d’autant plus culpabilisé, que sa mère lui a interdit d’aller le rejoindre. Mobilisé en 1916, il est rapidement rendu à la vie civile pour insuffisance pulmonaire.

Alors qu’il avait été élevé hors de toute religion, ses parents étant athées, il se convertit au catholicisme en 1917 et entre au grand séminaire de Saint-Flour afin de devenir prêtre. Mais sa passion pour le Moyen Âge reste la plus forte. L’année suivante, il abandonne toute idée de vocation religieuse après avoir été admis à l’École des chartes. Il s’installe à Paris où il se lie d’amitié avec André Masson. C’est en cette année 1918, qu’il publie un opuscule de six pages : « Notre-Dame de Reims », célébrant la cathédrale qui venait d’être presque entièrement détruite par les bombardements[1].

De Bergson à Freud en passant par Nietzsche

En 1920, alors qu’il séjourne à Londres, il rencontre Henri Bergson. Le philosophe l’invite à dîner chez lui et lui propose la lecture du « Rire ». Celle-ci le laissera sur sa faim mais déjà Bataille considère ce phénomène typiquement humain comme essentiel.

Après avoir rompu avec le catholicisme lors d’une visite à l’abbaye de Quarr, sur l’île de Wight, il revient à Paris soutenir avec succès sa thèse sur « L’Ordre de chevalerie, conte en vers du XIIIe siècle », et il est diplômé archiviste-paléographe de l’École des Chartes en 1922. Il part alors en stage à Madrid, où il rejoint l’École des hautes études hispaniques[2].

Attiré par les corridas, il fréquente les arènes de Madrid. Au cours de l’une de celle-ci, il assiste à la mort de Manuel Granero, le torero ayant d’abord été énucléé par les cornes du taureau qui s’acharna sur lui jusqu’à lui réduire le crâne en bouillie. Bataille en sort très marqué, n’oubliant jamais cette scène où s’étaient, pour lui, croisées mort et sexualité.

De retour en France, il est nommé bibliothécaire stagiaire et commence sa carrière à la Bibliothèque nationale. Il découvre alors l’œuvre de Friedrich Nietzsche et ses théories sur la mort de Dieu et l’apparition au crépuscule de la civilisation occidentale. C’est en 1923 qu’il lit Freud et rencontre régulièrement Léon Chestov. Ensemble, ils vont traduire en français son livre l’« Idée de bien chez Tolstoï et Nietzsche »[3]. Tout comme le philosophe allemand, le philosophe russe a une influence très profonde sur Bataille.

Sa rencontre avec Michel Leiris

C’est en 1924 qu’il est nommé bibliothécaire au Département des Médailles de la Bibliothèque nationale. S’il se plonge dans le premier « Manifeste du surréalisme » qu’il trouve « illisible », cette année est surtout marquée par sa rencontre avec Michel Leiris. Ce dernier a décrit leur premier rendez-vous :

    « Cela se passa dans un endroit très tranquille et très bourgeois tout proche de l’Élysée, le café Marigny, un soir de je ne sais plus quelle saison (mais sans doute pas l’été car je crois que Bataille portait, outre un chapeau de feutre gris, un pardessus de ville à chevrons noirs et blancs). »

Très rapidement les deux hommes se lient d’amitié et Leiris confie :

    « J’admirais non seulement sa culture beaucoup plus étendue et diverse que la mienne, mais son esprit non conformiste marqué par ce qu’on n’était pas encore convenu de nommer l’humour noir. J’étais sensible aussi aux dehors mêmes du personnage qui, plutôt maigre et d’allure à la fois dans le siècle et romantique, possédait (en plus juvénile bien sûr et avec une moindre discrétion) l’élégance dont il ne se départirait jamais, lors même que son maintien alourdi lui aurait donné cet air quelque peu paysan que la plupart ont connu, élégance tout en profondeur et qui se manifestait sans aucun vain déploiement de faste vestimentaire. À ses yeux assez rapprochés et enfoncés, riches de tout le bleu du ciel, s’alliait sa curieuse dentition de bête des bois, fréquemment découverte par un rire que (peut-être à tort) je jugeais sarcastique. »

L'engagement politique et antifasciste

Au début des années 1930, Bataille est membre du Cercle communiste démocratique fondé et dirigé par Boris Souvarine, il écrit dans sa revue La Critique sociale.

Dans ce contexte, en marge des Ligues et du Front populaire, Bataille fonde le mouvement Contre-attaque qu'il dirige dans ses grandes lignes théoriques. La rupture entre lui et André Breton est déclarée.

Le Collège de Sociologie

Fondateur de plusieurs revues (dont en 1946, la revue Critique plus tard dirigée par son ami Jean Piel) et groupes d'écrivains, il est l'auteur d'une œuvre abondante et très diverse, publiée en partie sous pseudonyme : récits, poèmes, essais sur d'innombrables sujets[4]. Il débat ainsi au sein du Collège de sociologie (1937-1939) avec les ethnologues Roger Caillois, Michel Leiris et Anatole Lewitzki. Relativement peu connu de son vivant, il exercera après sa mort une influence considérable sur des auteurs tels que Michel Foucault, Philippe Sollers ou Jacques Derrida.

L'entrée de la Bibliothèque Inguimbertine de Carpentras
Le conservateur de l'Inguimbertine de Carpentras

Ce fut en 1949 que Bataille reçut sa nomination de conservateur à la Bibliothèque Inguimbertine de Carpentras. Il arriva dans la capitale du Comtat Venaissin en compagnie de sa jeune épouse Diane et de Judith, leur petite fille. Le chartiste, qui avait fait toute sa carrière à la Bibliothèque nationale, était en disponibilité depuis sept ans à cause d’une tuberculose. Son mariage en 1946 avec Diane Kotchoubey de Beauharnais[5] puis la naissance, trois ans plus tard, de Judith lui avait imposé, bon gré mal gré, de reprendre du service.

Rencontre avec René Char et Albert Camus

Arrivé sur place, Bataille invita à une rencontre mémorable ses amis Albert Camus et René Char, qui dirigaient la revue Empédocle, ils arrivèrent avec leur cofondateur Albert Béguin ainsi que Jacques Dupin, secrétaire de rédaction de la revue, avec lequel il se lia d’amitié. Il y publiera Comment dire ?[6]. Cette même année, il rencontra Francis Ponge, André Frénaud, Georges Schéhadé et Georges Braque.

L'écriture et l'engagement de l'écrivain

Au cours de l’année 1950, ses rencontres avec René Char, son voisin de l'Isle-sur-la-Sorgue, débouchèrent sur une estime et une amitié sincères. Peu après le lancement de la revue Critique que dirigeait Bataille, le poète lui avait écrit : «Toute une région majeure de l’homme dépend aujourd’hui de vous ».

Les discussions entre les deux hommes incitèrent René Char à poser, en mai de cette année, dans sa revue Empédocle, cette question piège : « Y a-t-il des incompatibilités ? » Attendait-il une réponse de la part des écrivains et à des intellectuels sans préjuger du ou des sujets abordés ou, avant tout, espérait-il la contribution de Georges Bataille ? Il ne fut pas déçu.

Elle fut des plus ambitieuses en abordant le problème de l’action opposée au langage, celui du langage comme mode de l’action qui entraîne l’écrivain vers une remise en cause de sa position : « Y a-t-il des incompatibilités entre l’écriture et l’engagement ? ».

Cette analyse, à une époque où l'existentialisme de Sartre pesait de tout son poids, l'entraîna dans la dissection d’un monde en mutation et des rapports de l’intellectuel au pouvoir, questions aussi essentielles qu’intemporelles[7].

La fascination de la cruauté
Le cruel face à face entre toro et torero

Fasciné par le rituel de sacrifice humain, il s'amusait dans les cafés parisiens à montrer les photographies de ces sacrifices aux personnes venant s'attabler. Cette fascination l'amena à fonder Acéphale, une revue d'inspiration nietzschéenne mais aussi une société secrète visant à créer « la communauté de ceux qui n'ont pas de communauté ».

Ce fut en 1950 qu'il assista aux corridas[8] de Nîmes, accueilli par André Castel, un bibliophile, grand aficionado et œnologue nîmois dont son ami Michel Leiris[9] avait fait la connaissance en 1938. Outre Georges Bataille, le couple Leiris entraînait chez Castel Jean Dubuffet, André Masson, Jean Paulhan et Blaise Cendrars, Jean Cocteau et ses riches amies mais aussi Pablo Picasso.

Le Nîmois, que tous appellent Don Misterio, les recevait dans la cour de son laboratoire d’œnologie, parmi des toreros célèbres, des danseuses et des chanteurs de flamenco. En dépit de l’épisode Dora Maar, les relations entre Bataille et Picasso n’avaient que peu souffert. Celui-ci arrivait avec sa compagne Françoise Gilot, qui avait remplacé la célèbre photographe, et le couple Georges-Diane filait le parfait amour. De plus, leur passion taurine gommait tout.

L’Histoire de l'œil qu’il écrivit vers 1926, développa le thème de ce fantasme morbido-sexuel. Considérant la corrida comme un rituel et reliant la tauromachie à son appréhension personnelle de l’univers comme confrontation de forces, Bataille intellectualisa son aficion vers un mythe mithriaque qu’il développa dans son Soleil pourri.

De Mithra au Minotaure
Pablo Picasso

Bataille établit un parallèle entre Mithra dont le culte est à ce moment-là découvert et analysé par l’anthropologie – toute nouvelle science – et la corrida. Culte qui permet de retrouver l’animalité, le sexe, la transgression et le sacrifice. Dans ce texte fondamental paru dans le n°3 de Documents, en 1930, il évoqua Mithra à propos de Picasso et de ses Minotaures.

Le thème du Minotaure situait la naissance de l’homme à partir de l’animalité. Il existait pour Bataille un lien profond entre les deux. Pour lui, afin de retrouver son caractère sacré l’homme devait replonger dans l’animalité. Il se parait alors du prestige et l’innocence de la bête.

Son analyse alla-t-elle jusqu’à influencer l’art de Picasso ? C’est possible. Puisque les historiens d’art ont identifié une iconographie mithraïque dans la Crucifixion de Picasso, tableau qui date lui aussi de 1930. Trois ans plus tard, Picasso fit la première de couverture de la revue Minotaure éditée par Bataille et lui prit au passage sa maîtresse Dora Maar, photographe surréaliste.

Du blasphème de Sade au sacré de Bataille

Ce fut en cette année 1950 que Georges Bataille publia L’Abbé C.. Il dédicaça un exemplaire à Pierre Klossowski, éminent spécialiste de Sade[10], en ces termes : « À Pierre, ce livre qui conserve ou exserve une affection qui compte essentiellement pour moi, Georges ».

Dans les faits, il y a un parallèle à faire entre l’Abbé C. de Bataille et le Dialogue entre un prêtre et un moribond de Sade. Chez les deux auteurs le thème central reste la transgression du sacré, du divin. Si pour Sade le Dialogue est l’une de ses affirmations les plus irréductibles de son athéisme, dans l’ABC de Bataille, il y a la certitude que Dieu est mort (l’idée de Dieu, précise Bernard Noël)[11] parce que nous savons bien que tout ce qui s’engage dans le temps est condamné à périr.
Le grand saint Gens
intercesseur de la pluie et du beau temps
Détail de L'Enfer (volet de droite du triptyque du Jardin des Délices

Ce qui fait dire à Jacques Lempert à propos des deux auteurs : « L'érotisme est le point nodal de toute leur vision du monde concentrant en ses feux toute la systématique d'une pensée profondément originale ».

Qu'on en juge : Sade résume son Dialogue en cette formule éclair : « Le prédicant devint un homme corrompu par la nature pour ne pas avoir su expliquer ce qu’était la nature corrompue », et pour Bataille, la chute de l’Abbé C. se résume ainsi : « Étant prêtre, il lui fut aisé de devenir le monstre qu’il était. Même il n’eut pas d’autre issue. ».

Mais que l’on ne s’y trompe pas, alors que pour Sade profaner les reliques, les images de saints, l’hostie, le crucifix, ne devait pas plus importer aux yeux du philosophe que la dégradation d’une statue païenne, pour Bataille, le sacré reste immanence. Lors de ces fonctions de conservateur de l’Inguimbertine, il réunit d’ailleurs une importante collection d’ex-voto, en particulier ceux de Saint Gens[12].

Pour Sade transgresser le sacré revient à cultiver le blasphème, car, explique-t-il dans La Philosophie dans le boudoir : «Il est essentiel de prononcer des mots forts ou sales, dans l’ivresse du plaisir, et ceux du blasphème servent bien l’imagination. Il n’y faut rien épargner ; il faut orner ces mots du plus grand luxe d’expressions ; il faut qu’ils scandalisent le plus possible ; car il est très doux de scandaliser : il existe là un petit triomphe pour l’orgueil qui n’est nullement à dédaigner ».

Bataille reste résolument étranger à ce type de jubilation même si sa notion de sacré n’est pas celle des religions. Car, comme l’explique Christian Limousin, là où le chrétien définit le sacré comme un rapport homogénéisant au divin, Bataille entend crachat, excrément, rupture de l’identité[13]. S’il détourne les mots, ouvre des concepts, il disjoint le sacré de la substance transcendante. Il explique dans L’expérience intérieure : «J’entends par expérience intérieure ce que d’habitude on nomme expérience mystique : les états d’extase, de ravissement, au moins d’émotion méditée » et quand, en 1947, Méthode de méditation recherche une définition de l’opération souveraine, «la moins inexacte image » lui semble être «l’extase des saints ». Si pour lui le sacré reste à la fois fascinant et repoussant, c’est qu’il est l’espace où la violence peut et doit se déchaîner. Ce qui fait expliquer à son biographe, Jacques Lempert :

    « L'érotisme est perversité au sens étymologique du terme : il tourne le vice en vertu, devinant que ce qui était défendu est en fait délicieux. Et plus le tabou est ressenti comme pesant, plus sa transgression sera délicieuse. »

Pour Bataille « La transgression n'abolit pas l'interdit mais le dépasse en le maintenant. L'érotisme est donc inséparable du sacrilège et ne peut exister hors d'une thématique du bien et du mal ». Et Lempert de conclure sur un mode badin : « Le détour par le péché est essentiel à l'épanouissement de l'érotisme : là où il n'y a pas de gêne, il n'y a vraiment pas de plaisir ».

Une littérature de transgression

Bataille eut un talent interdisciplinaire étonnant - il puisa dans des influences diverses et avait l'habitude d'utiliser divers modes de discours pour façonner son œuvre. Son roman Histoire de l'œil, par exemple, publié sous le pseudonyme « Lord Auch »[14], fut critiqué initialement comme de la pure pornographie, mais l'interprétation de ce travail a graduellement mûri, révélant alors une profondeur philosophique et émotive considérable ; une caractéristique d'autres auteurs qui ont été classés dans la catégorie de la « littérature de transgression ». Le langage figuré du roman repose ici sur une série de métaphores qui se rapportent à leur tour aux constructions philosophiques développées dans son travail : l'œil, l'œuf, le soleil, la terre, le testicule. Bien que le récit soit peut-être dans sa structure le plus "classique" des récits de Bataille, reposant dans un crescendo menant à une scène finale opérant une synthèse transgressive et poétique de l'ensemble des obsessions rencontrées dans le roman, cette première œuvre marque déjà le génie de l'auteur pour les mises en scènes érotiques, et affirme son style.

D'autres romans célèbres incluent Ma mère et Le bleu du ciel. Le bleu du ciel avec ses tendances nécrophiles et politiques, ses nuances autobiographiques ou testimoniales, et ses moments philosophiques chamboulent L'histoire de l'œil, fournissant un traitement beaucoup plus sombre et morne de la réalité historique contemporaine. Ma mère est un roman publié à titre posthume en 1966. Il fut plutôt faussement considéré comme inachevé. En réalité, Bataille n'a pas fini le recopiage du manuscrit final, mais a accolé deux manuscrits l'un après l'autre (le manuscrit "vert" et le manuscrit "jaune") de sorte que le texte posséde un dénouement et une fin acceptable, offrant une cohérence permettant le commentaire littéraire. Ma mère est un récit sur l'inititation aux vices d'un fils par sa mère. Loin d'être simplement un roman provoquant (avec la suggestion évidente de l'inceste), il représente plutôt une synthèse des préoccupations de Bataille durant l'ensemble de son œuvre alliée à la totale maturité de son style littéraire. La genèse de Ma mère tout comme son analyse mériterait un article à part.

Le fondateur de l'athéologie

Bataille était également un philosophe (bien qu'il ait renoncé à ce titre), mais pour beaucoup, comme Sartre, ses prétentions philosophiques se bornent à un mysticisme athée. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, influencé par Heidegger, Hegel, et Nietzsche, il écrit La Somme athéologique (le titre se réfère à la Somme théologique de Thomas d'Aquin) qui comporte ses travaux L'Expérience intérieure, Le Coupable et Sur Nietzsche. Après la guerre il compose La Part maudite, et fonde l'influente revue Critique. Sa conception très particulière de la « souveraineté » (qui peut être considérée comme anti-souveraine) a été discutée par Jacques Derrida, Giorgio Agamben, Jean-Luc Nancy et d'autres.

L'érotisme face à la mort

Bataille jeta ainsi les bases de son œuvre érotique, de son érotisme qui est une : «ouverture entre les ouvertures pour accéder tant soit peu au vide insaisissable de la mort », a commenté Michel Leiris. L’érotisme de Sade ne lui ressemble en rien. Pierre Klossowski, l’a analysé en ces termes : «La persévérance du Divin Marquis, toute sa vie durant, à n’étudier que les formes perverses de la nature humaine prouve qu’une seule chose lui importait : la nécessité de rendre à l’homme tout le mal qu’il est capable de rendre ».

Pour le Divin, la seule attitude face à la mort reste la recherche d’une ultime volupté. C’est du moins les phrases qu’il met dans la bouche du moribond expliquant à son confesseur : «Renonce à l’idée d’un autre monde, il n’y en a pas, mais ne renonce pas au plaisir d’être heureux… Mon ami, la volupté fut toujours le plus cher de mes biens, je l’ai encensé toute ma vie, et j’ai voulu la terminer dans ses bras ».

Quant à Bataille, qui toute sa vie s’était «dépensé jusqu’à toucher la mort à force de beuveries, de nuits blanches et de coucheries », il était tout à fait hostile à cet ultime type de libertinage. Pour lui la réduction de l’être humain à un corps source de plaisir physique refoulait, à l’instar du christianisme, la dimension spirituelle de l’érotisme. Lui qui avait perdu la foi, en 1920, après la lecture du Rire de Henri Bergson[15], lui qui avait écrit le Rire de Nietzsche, lui dont le rire fêlé passait pour sarcastique, face à la camarde il privilégia avec une ironie noire un dernier éclat de rire, ce rire, disait-il, qui précipite «l’agonie de Dieu dans la nuit noire », persuadé qu’il était que «dans le rire infini la forme divine fond comme du sucre dans l’eau »[16]. Alors que le maître de Lacoste n’envisageait d’attendre sa fin que dans les délices du stupre, le conservateur de l’Inguimbertine se posait la question : «Qui pourrait supprimer la mort ? Je mets le feu au bois, les flammes du rire y pétillent »[17].

Son dernier poste à Orléans
Bison et sorcier ithyphallique

Bataille est nommé conservateur de la Bibliothèque municipale d’Orléans, où il s’installe avec son épouse et leur fille en 1951. Si l’année suivante, il est fait chevalier de la Légion d’honneur, il va devoir attendre 1955[18] pour faire éditer ses deux ouvrages sur l’histoire de l’art : « La peinture préhistorique. Lascaux ou la naissance de l’art »[19] et « Manet ». Son artériosclérose cervicale le handicape de plus en plus.

Gravement malade, il doit être hospitalisé à deux reprises au cours de l’année 1957. Mais il parvient à faire publier « Le bleu du ciel », qu’il dédie à André Masson, ainsi que « La littérature et le mal » et « L’Érotisme », dédiés à Michel Leiris. Un an plus tard, avec l’aide de Patrick Waldberg, Bataille tente de lancer la revue Genèse mais Maurice Girodias, l’éditeur pressenti, annule leur projet.

Alors qu’il a de plus en plus de difficultés à travailler, il publie en 1959 « Le Procès de Gilles de Rais ». Souffrant en permanence, il parvint pourtant à finir en 1961 « Les Larmes d’Éros », le dernier livre qu’il verra éditer. Muté à la Bibliothèque nationale, il quitte Orléans mais ne peut prendre ses fonctions. Il décède à Paris, le 8 juillet 1962, et est inhumé à Vézelay.

Réception de son vivant
Critiqué par Breton, puis Sartre

Georges Bataille estimant que le surréalisme, sous la houlette d’André Breton, restait bien trop hégélien et trahissait le réel « dans son immédiateté pour un surréel rêvé sur la base d’une élévation d’esprit[20] » avait fondé en 1929 une revue anti-surréaliste, Documents, à laquelle contribuèrent des peintres, des écrivains, des historiens d’art et des ethnologues en quête des « traces d’un refoulé sur lequel se sont édifiées la culture et la rationalité occidentales[21] ». Parmi les collaborateurs de Documents on relève les noms des plus grands artistes, poètes et intellectuels de l’époque, dont Juan Miró, Picasso, Giacometti, Arp et André Masson, ainsi que des écrivains comme Michel Leiris et Robert Desnos et des photographes comme Jacques-André Boiffard et Karl Blossfeldt.

Allant plus loin encore, Bataille estima que Breton et les surréalistes faisaient de Sade, « ce dépensier de langage »[22], un usage bien futile.

Dans son Second manifeste du surréalisme, Breton montra l'exaspération qu'il éprouvait à son égard. Bataille y est présenté comme un malade atteint de « déficit conscient à forme généralisatrice », un « psychasténique » qui se meut avec délectation dans un univers « souillé, sénile, rance, sordide, égrillard, gâteux ».

Sartre le prit pour cible quinze ans plus tard dans un article au titre ironique, « Un nouveau mystique[23] », qui fait suite à la parution du premier ouvrage signé du nom de Bataille, L'Expérience intérieure. Il est successivement qualifié de « passionné », de « paranoïaque » et de « fou ». Le philosophe lui suggérait un traitement à la fin de l'article : « Le reste est affaire de la psychanalyse ».

Salué par Foucault

En 1970, lors de la parution aux Éditions Gallimard du premier volume des œuvres complètes, Michel Foucault a écrit dans sa préface  : « On le sait aujourd’hui : Bataille est un des écrivains les plus importants de son siècle »[24].

note de 1 à 24
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"Histoire de l'oeil"
de Georges Bataille, Visions du désir né de la terreur


Taxé de pornographique à sa sortie, en 1928, ce court récit « Histoire de l’œil » (intégré dans un recueil comprenant « Madame Edwarda » et « La mort ») a été publié par Georges Bataille sous le pseudo de Lord Auch et préfacé de son vrai nom. Aujourd'hui il est unanimement reconnu comme une oeuvre littéraire incontournable à la profondeur philosophique et émotive considérable. Dans la postface intitulée « Réminiscences », Bataille décrivait ce texte comme la transposition de certaines images de l'enfance en particulier celle de son père, syphilitique, atteint de cécité urinaire. Certains épisodes sadiques ont pu aussi lui être inspirés de la lecture assidue du marquis de Sade et de Lautréamont.

« (…) je n’aimais pas ce qu’on nomme les plaisir de la chair, en effet parce qu’ils sont fades. J’aimais ce que l’on tient pour sale. Je n’étais nullement satisfait, au contraire, par la débauche habituelle, parce qu’elle salit seulement la débauche et, de toute façon, laisse intacte une essence élevée et parfaitement pure. La débauche que je connais souille non seulement mon corps et mes pensées mais tout ce que j’imagine devant elle et surtout l’univers étoilé…
Histoire de l’œil est un récit érotique et sexuel anti-conventionnel. Il est avant tout porté par un imaginaire symbolique et fétichiste. Les différents chapitres qui le composent sont autant de tableaux fantasmagoriques qui peuvent s’interpréter à plusieurs niveaux. On lit « Histoire de l’œil » comme un rêve, parfois cauchemardesque, éveillé. Les objets (une armoire normande, un confessionnal et son prie-dieu, un revolver tenu à la main pendant l’acte sexuel, des bas de soie…) et les décors (les bois au clair de lune, les latrines puantes d’une arène de corrida, des scènes d’orgie sexuelle violente dans la boue sous l’orage où les corps se déchaînent en écho aux Eléments…) revêtent une importance primordiale et se doublent de connotations étranges. Au centre de tout : « l’œil » qui donne son titre à l’œuvre. Typique du mouvement surréaliste (de Bunel à Dali… ), il devient un organe sexuel à proprement parler. C’est bien sur par la vue que naît l’excitation mais sa texture et son volume sphérique attisent le désir des personnages. D’abord sous la forme symbolique d’un œuf auquel a recours l’une des héroïnes, l’incandescente Simone, pour se « branler » en s’asseyant sur des assiettes d’œufs mollets ou en les introduisant dans son intimité tandis que pour le narrateur : « ( …) Chacune de ses fesses était un œuf dur épluché. » Il évoque aussi la rondeur et la blancheur du sein. Puis à proprement parler lorsque dans l’une des scènes les plus blasphématoires du livre, elle se masturbe avec l’œil arraché d’un curé qu’elle a perverti avant de l’assassiner avec ses amis. « La caresse de l’œil est d’une douceur excessive. »

Sa dimension sexuelle sera aussi rapprochée de façon plus directe avec les testicules comme lorsqu’elle demande que lui soient servies « les deux couilles nues » d’un taureau à l’issue d’une corrida : « ces glandes, de la grosseur et de la forme d’un œuf, étaient d’une blancheur nacrée, rosie de sang, analogue à celle du globe oculaire. »

« Il me semblait même que mes yeux me sortaient de la tête comme s'ils étaient érectiles à force d'horreur »
C’est autour de cette symbolique de l’œil-œuf-sein-testicule que s’articule les aventures de dépravation d’une jeune couple, Simone et le narrateur, qui découvre avec une frénésie dionysiaque, une sexualité hors norme faite de sado-masochisme et de fétichisme, entraînant avec eux, tour à tour une jeune vierge en proie à des délires sexuels, un richissime anglais Sir Edmond ou encore un curé espagnol… De Paris à Madrid jusqu’à Séville, « élancés comme des chiens », ils se livreront à des expériences de plus en plus bestiales et extrémistes allant de l’orgie sexuelle au meurtre… Leur avidité charnelle les entraîne dans une quête initiatique à la fois convulsive et hallucinée. Où à chaque fois, le plaisir et le désir naissent d’une « souffrance morale », de l’angoisse ou d’une « terreur impossible ».

L’humiliation, le sacrilège, la honte en particulier via le goût pour l’ondinisme, la soumission ou la brutalité sont des pré-requis à leur jouissance qui se manifeste sous forme de transes : « J’étais pâle tâché de sans, habillé de travers. Des corps sales et dénudés gisaient derrière moi, dans un désordre hagard. Des débris de verre avaient coupé et mis à sang deux d’entre nous (…) Il en résultait une odeur de sang, de sperme, d’urine et de vomi qui faisait reculer d’horreur, mais le cri qui se déchira dans la gorge de Marcelle m’effraya davantage encore. »

Leur première « victime » et jouet sexuel, Marcelle, est ainsi très représentative de leurs besoins : « Le sourire de Marcelle, sa jeunesse, ses sanglots, sa honte qui la faisait rougir et, rouge jusqu’à la sueur, arracher sa robe, abandonner de jolies fesses rondes à des bouches impures, le délire qui l’avait fait s’enfermer dans l’armoire, s’y branler avant tant d’abandon qu’elle n’avait pu se retenir de pisser, tout cela déformait, déchirait nos plaisirs sans fin. » Avec une écriture très explicite à la fois « sale » et lyrique ( « la fourrure » pour désigner le sexe des femmes, « les régions marécageuses du cul »…), George Bataille introduit également une dimension surréaliste en recourant au procédé d’association d’idées qui s’illustre parfaitement par ce dialogue : « Et comme je lui demandais à quoi lui faisait penser le mot « uriner » elle me répondit « buriner », les yeux, avec un rasoir, quelque rouge, le soleil. Et l’oeuf ? Un œil de veau, en raison de la couleur de la tête, et d’ailleurs le blanc d’œuf était du blanc d’œil, et le jaune la prunelle. La forme de l’œil, à l’entendre, était celle de l’œuf. »

Mais pour l’écrivain, le surréalisme est un idéalisme incapable de convoquer l’excès matériel. En effet, chaque nouvelle scène d’Histoire de l’œil à ouvrir les yeux sur le corps et ses chairs dans leur matérialité brute, dans une ascension vertigineuse vers l’horreur et l’extase. Son point ultime semble être atteinte lorsque Simone engloutit l’œil dans son sexe : le globe se renverse alors virtuellement pour regarder de l’intérieur vers l’intérieur. Une image qui anticipe son future ouvrage « L’expérience intérieure ».

Une interprétation d’Histoire de l’œil par Anne Archet (//archet.net/)
Alors que la vie devrait être une aventure risquée face à la mort, l’occidental, terrorisé face à la violence, n’aspire qu’à la protection, à la sécurité. Alors que la sexualité devrait être vécue comme le lieu d’éclatement et d’épuisement où flamboie l’immanence absolue consumant dans l’instant l’individu séparé, brouillant les limites qui faisaient la distinction entre la vie et la mort, elle est plutôt vécue sur le mode de la bagatelle masquant mal une honte profonde d’être ce que l’on est. L’Occident a oublié que l’être est passion d’être dans la violence, l’érotisme et le sacré. Si l’on veut ne pas périr d’asphyxie, il faut puiser dans les énergies maudites de l’excès. Et cette transgression passe par l’érotisme, pure dépense d’énergie vécue de façon gratuite, moment où l’individu vit follement pour rien, sinon pour jouir de façon souveraine de tout, hors des impératifs de la conservation de soi, des lois sociales du travail et de la raison. Voilà l’essence du message de l’Histoire de l’œil de Georges Bataille.

Georges Bataille







Boyan Manchev
L'altération du monde

Bataille aujourd'hui par où le prendre ou se laisser prendre?

Par les questions urgentes, décisives qu’il nous permet de formuler. Nous ne sommes pas en manque de réponses aujourd’hui, nous semblons plutôt être en manque de questions. Les questions de Bataille peuvent paraître folles puisqu’elles ont toujours été animées par cette folie du questionnement, par une sorte de manie critique qui permet d’altérer, au double sens du mot, fondamental pour ce livre : d’une part de déclencher le travail du négatif et l’actualisation de la puissance critique, et d’autre part de transformer, de recomposer le cadre d’une situation – cette folie dont la source tarit progressivement chaque jour avec le progrès du désert qui absorbe les puissances critiques de nos vies.

Plus concrètement, je vois la possibilité d’une articulation inédite de l’expérience et du politique chez Bataille – articulation qui est autre chose que la définition d’un champ particulier de l’expérience : possibilité qui me paraît cruciale aujourd’hui. Cette articulation passe non seulement – et non tellement – par la question de la communauté que par les questions des ensembles instables qui est nécessairement une question de la com-position. Voici ce que Bataille écrit dans L’expérience intérieure : « UN HOMME EST UNE PARTICULE INSERÉE DANS DES ENSEMBLES INSTABLES ET ENCHEVÊTRÉS. Ces ensembles composent avec la vie personnelle à laquelle ils apportent des possibilités multiples […]. Seule l’instabilité des liaisons […] permet l’illusion de l’être isolé, replié sur lui-même et possédant le pouvoir d’exister sans échange. […] L’être est toujours un ensemble de particules dont les autonomies relatives sont maintenues. Ces deux principes – composition transcendant les composantes, autonomie relative des composantes – règlent l’existence de chaque “être”. » (p. 100-101).

En un sens, cette vision, ontologique au fond, affirme également la perspective d’une « anthropologie » politique, qui traduirait de manière plus radicale la pensée politique de Bataille, qu’on aborde d’habitude à travers ses concepts et ses figures explicites de l’époque du Collège de Sociologie et du groupe Acéphale (le sacré, l’orgie, la communauté)¬. Avec l’« anthropologie » de L’expérience intérieure, la logique politique anthropogénique se transforme en logique des ensembles dynamiques des singularités. Bataille s’avère ainsi le précurseur d’une nouvelle ontologie politique, qui n’a rien à voir avec l’ontologisation du politique le réduisant trop souvent à des principes transcendantaux – et qui reste, peut-être toujours, à venir. Bataille oppose au corps fusionnel de la communauté et au Léviathan de l’État un ensemble dynamique instable, ensemble en état de permanente recomposition, c’est-à-dire transformation. Or, chez Bataille, il s’agit d’identifier une condition politique originaire de la pensée de l’être qui relève des ensembles instables de la composition et recomposition des singularités, de leur altérant aisthétique. Le concept de com-position des ensembles instables maintient un rapport complexe avec un autre concept, celui de désorganisation de la vie (c’est également le titre d’un prochain livre, dont le point de départ est toujours Bataille – La métamorphose et l’instant. Désorganisation de la vie, à paraître bientôt aux Éditions de la Phocide).

Bataille peut donc être vu comme un des précurseurs de la critique radicale de la souveraineté (« la souveraineté n’est rien »), mais pas tellement à travers le concept de communauté qu’à travers les concepts d’ensembles instables, d’altération et de désorganisation (de la vie). Il me semble que ces concepts expriment des intuitions très fortes qui indiquent une sortie possible des apories des critiques contemporaines de la souveraineté (par exemple de l’aporie de l’effectivité, ou de l’action, propre à toutes les « ontologies politiques » de la puissance, et qui se réduit au bout du compte à la question : comment l’être politique devient-il effectif ?) Bataille, le penseur de la « négativité sans emploi », a toujours cherché une effectivité radicale. Le sans-emploi, le désoeuvrement est pour lui l’autre nom du travail autonome de la vie.

Détérioration, altération, c'est l'autre de l'autre?

Le concept d’altération peut être vu comme une tentative, paradoxale du point de vue de l’étymologie, de dépasser le champ de l’autre – ce qui veut dire la logique de la négativité.
Pour parler de nouveau avec Bataille : « Chaque existence isolée sort d’elle-même à la faveur de l’image trahissant l’erreur de l’isolement figé. Elle sort d’elle-même en une sorte d’éclat facile, elle s’ouvre en même temps à la contagion d’un flot qui se répercute, car les rieurs deviennent ensemble comme les vagues de la mer, il n’existe plus entre eux de cloison tant que dure le rire, ils ne sont pas plus séparés que deux vagues, mais leur unité est aussi indéfinie, aussi précaire que celle de l’agitation des eaux. » (L’expérience intérieure, p. 113).

Le concept d’altération ou encore l’image de la déchirure veut dire précisément cela – pas de limites entre moi et l’autre, mais un mouvement de com-position des singularités. Une telle perspective impose sans doute la critique radicale de la figure du sujet, depuis longtemps en cours déjà, mais aussi du rapport du même et de l’autre. « Je ne suis et tu n’es, dans les vastes flux des choses, qu’un point d’arrêt favorable au rejaillissement. » (L’expérience intérieure, p. 111 - 112). Le « je » et le « tu » ne sont que des opérateurs immanents, à même les flux des choses, de la com-position qui est toujours re-composition des singularités : métamorphose. C’est la métamorphose qui l’emporte finalement sur la détérioration… Si « il n’y a pas Autre de l’Autre », c’est parce que l’autre de l’autre est toujours déjà là dans le mouvement de la métamorphose. Cette thèse ouvre évidemment un champ énorme de questionnements éthiques. Après tout, Bataille était un penseur éthique, au sens plus fort et plus juste du terme. Ou peut être même Penseur sur-éthique, si vous voulez.




28/02/2011
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