Alain YVER

Alain YVER

GIL SCOTT-HERON

GIL SCOTT-HERON




son site
http://gilscottheron.net/

http://www.youtube.com/watch?v=_b2F-XX0Ol0

http://www.gilscottheron.fr/

http://next.liberation.fr/musique/01012340123-gil-scott-heron-se-tait-a-jamais

http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/CHERS-DISPARUS/Gil-Scott-Heron-est-mort56976#

http://www.lemonde.fr/carnet/article/2011/05/28/mort-de-gil-scott-heron-l-un-des-inspirateurs-du-rap_1528939_3382.html

http://www.parismatch.com/Culture-Match/Musique/Actu/Gil-Scott-Heron-The-revolution-will-not-be-televised-jazzman-poete-et-parrain-du-rap-est-decede-296379/





Gil Scott-Heron, né le 1er avril 1949 et mort le 27 mai 2011, est un musicien, poète et romancier américain.

Reconnu pour ses performances (sous influences musicales jazz, soul et funk) de chants scandés – spoken word – de la fin des années 1960 et des années 1970, certains le considèrent comme l'un des pères du rap[1]. Ses textes se nourrissent, entre autres, de la réalité de la rue, de « sa » rue, des problèmes politiques et sociaux dont lui-même souffre au quotidien. Il s'impose comme défenseur de la cause noire américaine dès la fin des années 1960 en décrivant la misère, la violence et la drogue qui ravagent les ghettos, en critiquant la politique américaine (et notamment le gouvernement de Nixon), et étendra son propos à la dénonciation de l'Apartheid.

Gil Scott-Heron est célèbre pour ses « chansons-poèmes » The Revolution Will Not Be Televised (La Révolution ne sera pas télévisée), The Bottle ou Angel Dust

 Biographie[modifier]

Scott-Heron est né à Chicago. Il est le fils d'une bibliothécaire et du footballeur jamaïcain Gil Heron, également connu sous le nom de Black Arrow (flèche noire) lorsqu'il portait le maillot du club du Celtic FC, le célèbre club de football de Glasgow (Écosse). Après le divorce de ses parents, il passe son enfance dans le Tennessee au côté de sa grand-mère Lillie Scott, puis déménage à New York dans le quartier du Bronx pour y suivre ses études secondaires. Après avoir passé un an à la Lincoln University en Pennsylvanie, il publie son premier roman, The Vulture (Le Vautour) un polar qui brosse un portrait satirique de la société américaine, mais qui ne reçoit aucun écho à sa sortie[2].

Il commence à enregistrer en 1970 avec le 33-tours Small Talk at 125th & Lennox avec le soutien de Bob Thiele et comme coauteurs Brian Jackson, Hubert Laws, Bernard Purdie, Charlie Saunders, Eddie Knowles, Ron Carter et Bert Jones, tous musiciens de jazz (voir 1970 en musique). L'album, avec une chanson comme Whitey On The Moon, contient une diatribe contre le monde des médias, possédé principalement par des Blancs, et contre l'ignorance qu'ont les classes moyennes américaines des problèmes des populations pauvres des centres-villes.

L'album Pieces of a Man (1971) est de facture plus conventionnelle comparée aux chansons libres et souvent scandées du premier, mais il ne connut le succès qu'en 1975 avec Johannesburg. Son plus grand succès fut The Bottle (1975), produit par Scott-Heron et son associé, qui atteignit la 15e place sur la liste des meilleurs ventes de R&B (voir 1978 en musique).

Pendant les années 1980, Scott-Heron continue d'enregistrer, attaquant souvent le président Ronald Reagan et sa politique conservatrice :

    « The idea concerns the fact that this country wants nostalgia. They want to go back as far as they can – even if it's only as far as last week. Not to face now or tomorrow, but to face backwards. And yesterday was the day of our cinema heroes riding to the rescue at the last possible moment. The day of the man in the white hat or the man on the white horse - or the man who always came to save America at the last moment – someone always came to save America at the last moment – especially in "B" movies. And when America found itself having a hard time facing the future, they looked for people like John Wayne. But since John Wayne was no longer available, they settled for Ronald Reagan – and it has placed us in a situation that we can only look at – like a B movie. »
        — Gil Scott-Heron, "B" Movie

Scott-Heron fut écarté du label Arista Records en 1985, et arrêta d'enregistrer, bien qu'il continuât à tourner. En 1993, il signa pour TVT Records et sortit Spirits, un disque contenant le morceau Message To The Messengers. La première piste est une prise de position à l'attention des rappeurs de l'époque, et contient des commentaires comme :

    * « Four letter words or fours syllable words won't make you a poet, It will only magnify how shallow you are and let ev'rybody know it. »
    * « Tell all them gun-totin' young brothers that the 'man' is glad to see us out there killin' one another! We raised too much hell, when they was shootin' us down. »
    * « Young rappers, one more suggestion, before I get outta your way. I appreciate the respect you give to me and what you've got to say. »

Ce poème fait de Scott-Heron un père fondateur du mouvement rap. Il y lance un appel envers les nouveaux rappeurs afin qu'ils recherchent le changement au lieu de perpétuer la situation sociale, pour qu'ils aient un discours plus clair et produisent des chansons plus artistiques : « There's a big difference between putting words over some music, and blending those same words into the music. There's not a lot of humour. They use a lot of slang and colloquialisms, and you don't really see inside the person. Instead, you just get a lot of posturing »

En 2001, Gil Scott-Heron fut incarcéré pour consommation de drogue et/ou violences domestiques. Apparemment, la mort de sa mère alliée à la consommation de crack et de cocaïne l'entrainèrent dans un cercle vicieux.[réf. nécessaire] Sorti de prison en 2002, Gil Scott-Heron enregistra et apparut sur l'album de Blackalicious, Blazing Arrow.

En 2010, il signe son grand retour avec l'album I'm New Here[3], dont treize morceaux sont remixés par Jamie Smith des XX dans We're New Here[4].

Tombé malade au cours d'un récent voyage en Europe, Gil Scott-Heron s'éteint le 27 mai 2011 dans un hôpital de New York[5].

   1. Å™ [Mort de Gil Scott-Heron, l'un des inspirateurs du rap sur Le Monde
   2. Å™ Lire l'avant propos de Gil Scott-Heron pour s'en rendre compte, ainsi que la notice en page 313 de l'édition de poche Points - Romans Noirs P1817 (éditions de l'olivier pour la traduction originale de 1998) : « [Le Vautour] - comme [Gil Scott-Heron] l'explique dans la préface de la présente édition -, a connu lors de sa parution en 1971 le même sort que tous les autres livres d'écrivains noirs à cette époque. Publiés chez un petit éditeur de littérature pornographique et de polar désireux d'ouvrir son catalogue à une marginalité, la littérature du ghetto. "Le Vautour" resta sans écho. Oublié avant d'être lu… »
   3. Å™ Kdbuzz.com [archive]
   4. Å™ a et b (en)We're New Here Gil Scott-Heron and Jamie xx [archive], sur le site promo de l'album, consulté le 7 janvier 2011
   5. Å™ (en)Musician, poet Scott-Heron dies [archive], sur le site du Detroit Free Press, consulté le 28 mai 2011









Gil Scott-Heron : disparition d'un héraut moderne

Il était l'un des plus grands, par le fond et par la forme, et avait marqué ses auditeurs dès son apparition, à la fin des années soixante, par sa voix, son phrasé, et le contenu de ses paroles, déclamées sous une forme jusqu'alors inusitée, la forme récitative. Avec Gil Scott Heron, la soul s'était trouvée un précurseur de génie, qui avait inventé ce qui apparaît aujourd'hui comme les prémices du rap, en lui donnant d'emblée une voix chaude et militante qui portait fort. Ce critique acerbe de la civilisation américaine dans son ensemble restera comme l'un de ceux qui avait le mieux décrit les tourments où s'enfonce notre monde actuel : si le folk s'était trouvé un Bob Dylan, qui fête en ce moment ses 70 ans, ce n'est pas un hasard si au moment ou s'éteint cette voix magnifique, le monde nous présente encore ce qu'il avait tant dénoncé. Si on apprend aujourd'hui que l'accident de Fukushima est d'une ampleur sans précédent, pire que Tchernobyl, c'est sans doute que l'on n'avait pas suffisamment écouter Gil Scott Heron dénoncer ce qui s'était passé à Three Mile Island dans "The night we almost lost Detroit", (sur l'album Bridges). Il avait en effet magistralement décrit avant tout le monde la duplicité fondamentale des partisans du nucléaire. Gil Scott Heron était tout simplement le troubadour du XXeme siècle, dont l'étude des textes pourra servir aux générations futures pour mieux comprendre le malaise de ce siècle qui en a laissé tant sur le bord de la route. Son combat, en ce sens, est, hélas, loin d'être terminé.

La première salve de ce genre de critique acerbe de société avait été tirée par les Last Poets, un trio extrêmement virulent formé en 1968... le jour de l'anniversaire de Malcom X, cet autre grand oublié de l'histoire. Quand sort leur premier album en 1970, c'est en effet le choc : des récitatifs, des poèmes déclamés qui enthousiasment la critique : le magazine Rock&Folk est alors dithyrambique à leur égard. C'est ainsi que je les avais découverts, avant même que mon mentor en musique, surnommé Khanib, croisé à mon arrivée sur le campus de Lille-Villeneuve d'Ascq, allait naturellement m'en parler plus en détail. Renversant, il n'y avait pas d'autre mot. Des noirs, qui n'hésitaient pas à parler de "niggers".... et chantaient par exemple "la révolution fait peur aux nègres". Voilà qui secouait salement les idées reçues... trente cinq ans après, ils étaient toujours en colère, balançant des "fuck" à la cantonade en interprétant le même titre ! Outranciers, provocateurs, mais porteurs d'un message clair : la ségrégation subie pendant des années ne pouvait se dire avec des poèmes de Ronsard.

Révolutionnaires, ils l'étaient en prônant un "Black Power", dont l'expression la plus flagrante avait été lors des jeux olympiques de 1968 à Mexico. Le 16 octobre de cette année là, deux coureurs américains de la finale du 200 m Tommie Smith, et John Carlos étaient montés sur le podium en brandissant un poing levé ganté de noir.Scandale assuré !  Rebelote quelques jours après : cette fois c'est un triplé au 400 m d'athlètes noirs, Lee Evans, Larry James et Ronald Freeman qui montent sur le podium en arborant le béret noir cher au Black Power. Deuxième scandale. Interviewé, John Carlos, exclu à vie des jeux, résuma parfaitement leur position : "Après ma victoire, l'Amérique blanche dira que je suis Américain, mais si je n'avais pas été bon, elle m'aurait traité de Noir". Admirés dans la presse, les coureurs noirs, quand ils rentraient aux USA, étaient soumis aux mêmes brimades que leurs frères de couleur. Leur ras-le-bol avait fait scandale, certes, mais il avait au moins servi à déchirer le rideau des apparences...

Le second message qu'ils véhiculaient étant que les noirs ne devaient pas succomber à la tentation de la récupération, mais de continuer à se battre pour leurs droits fondamentaux, encore largement bafoués au moment où ils écrivaient. Chez eux, ça devenait "vous pouvez sortir un nègre des champs, mais vous ne pouvez pas sortir les champs du nègre" : la forme elliptique de la dénonciation d'une société de consommation récupératrice et de ses publicités ravageuses. Mais il y en avait un qui avait déjà fait de même... avec plus de subtilité, disons. Et c'était justement le jeune, très jeune, Gil Scott Heron, qui venait juste de sortir "Small Talk at 125th & Lennox", sur Flying Dutchman Records, dans lequel apparaissait comme second signataire Brian Jackson, qui s'attaquait lui aussi au dogme de l'absence de représentation noire dans les médias (un débat qui perdure en France en 2011 !). Un titre vengeur, "Whitey On The Moon", sur fond de tam-tams lancinants, mettait les points sur les "i". Chez les cosmonautes US aussi, il y a fort peu de noirs : le premier, Robert Henry Lawrence, Jr. est apparu dans la sélection du programme Gemini-MOL, en 1967 seulement, comme j'ai pu déjà vous l'expliquer ici-même. L'album, extraordinaire, débutait par un long récitatif roboratif critiquant vertement le rôle des médias : "The Revolution Will Not Be Televised". Un monument véritable, déclamé seul au départ et réenregistré en 1971 sur l'album "Pieces of a Man" en trio, cette fois, de guitare basse, batterie et flûte. Un détail retient après coup l'attention : lorsqu'il enregistre ce titre phare, Gil Scott n'a que... 19 ans, et il vient tout juste d'être signé par Bob Thiele, producteur de jazz au nez fin qui avait déjà à son tableau de chasse pas moins que Coltrane et Mingus !

Un des albums les plus représentatifs de la tendance de l'époque sera sans nul doute le "From South Africa to South Carolina", sorti en 1976, avec un renversant "Johannesburg" joué en studio et en public : c'était très vite devenu un hymne, immortalisé ici en vidéo. La cause des noirs de Gil Scott Heron ne pouvait logiquement avoir de frontières, et les textes ne pouvaient qu'être anti-apartheid. Jackson était en réalité l'alter-ego de Gill Scott : flûtiste, pianiste (au Fender Rhodes) et arrangeur, il forma avec lui pendant des années un duo de fabricants de perles musicales, jusque le show-bizz les sépare, de façon douloureuse, Jackson considérant aujourd'hui encore que Scott Heron s'était laissé mettre en avant seul par les firmes de disques. Plutôt amer aujourd'hui, Jackson reconnaît pourtant le chemin difficile qui avait été pris très tôt : "au début, nous n'envisagions pas d'être autre chose que des paroliers. Mais nous nous sommes vite rendu compte que personne ne voudrait chanter les thèmes que nous abordions... Et ceux qui parlaient de ce genre de choses dans leurs chansons, écrivaient en principe déjà eux-mêmes leurs textes... Donc nous n'avons pas eu d'autres choix que de jouer nos chansons nous-mêmes." En somme, ce fameux show-bizz si consensuel ne voulait pas entendre ces paroles révolutionnaires ! Difficile en effet de survivre dans ce milieu en commençant une chanson par une diatribe contre les politiciens qui ne vont pas en prison alors qu'il volent le pays, pendant que le petit voleur connaît l'enfermement pour des pécadilles parfois. L'écho qui date de plus de trente ans tient s'entend toujours, aujourd'hui comme auparavant. Et c'est bien désolant.

En 1979, c'est aussi l'événement "No Nukes" : des chanteurs rassemblés sous une bannière anti-nucléaire (la Musicians United for Safe Energy, ou MUSE) à la suite de l'incident de mars de la même année de Three Mile Island, qui verra un des deux noyaux de la centrale fondre, enregistrent en plusieurs soirées au Madison Square Garden l'un des meilleurs albums live de tous les temps, dans lequel le texte prémonitoire de Gill Scott Heron prend un écho gigantesque. Le jour où le pays avait failli perdre la ville de Detroit, seul Gil Scott Heron avait été là pour le rappeler.

En 1981, sortira "Reflections", autre grand album avec "Storm Music" aux accents à la Stevie Wonder, qui ouvre l'opus, et le superbe "Is That Jazz", joué sur scène de façon fort "académique", "B-Movie" étant un autre poème déclamé de fort belle facture, accompagné par son groupe du Midnight Band. Le jazz, il en était aux frontières, comme disait Christian Perrot dans un document de la FNAC : c'était pour lui « Le seul chanteur de soul qu'on ne trouve qu'au rayon jazz ». Sur le second album de Scott-Heron, "Pieces of a Man", figurait Ron Carter, (ainsi que Bernard "Pretty" Purdie, aux drums, et Burt Jones à la guitare, plus Hubert Laws à la flute) jouant un morceau intitulé "Lady Day and John Coltrane". La filiation était évidente. Très tôt, à vingt ans donc, Gil Scott Heron pouvait déjà être présenté comme une sorte de chaînon manquant. A entendre "Rivers of My Fathers", extrait de l'album "Winter in America" (de 1974), on constate à quel point il touchait à divers univers musicaux, en effet. Ici la version live de 1990, lors d'un autre concert mémorable.

Du jazz, il en faisait partie comme le démontre cet incroyable "Hold on to your dream" enregistré ici en 1982 à Washington : une pure merveille de justesse de son et de chant... Gil Scott Heron possédant un sens incomparable du rythme. C'est au même concert qu'il entamera son autre hymne qu'est "The Bootle" (ici sa version de 2007, sur un autre tempo, à comparer avec celle de... Woodstock, en 1994). L'introduction moquant Reagan, sous la forme d'un "Sho-Gun to Ray-Gun"... étant plus que savoureuse, Gil Scott n'hésitant pas à étaler son engagement politique... très à gauche, ce qui, aux Etats-Unis, en avait donc fait un paria, oblogatoirement. C'est le bassiste qui tient alors toute la longue intro... sous-titré, B-Movie n'en est que plus savoureux pour tous... avec lui, toute la société US en prenait plein son grade, et notamment Reagan, auquel s'adressait directement le titre : cet acteur de série B, qui orientait le pays vers une sorte de nostalgie réactionnaire, selon Scott Heron. A l'époque, Gil Scott est au sommet : il peut chanter Washington DC en se baladant le long du fleuve du Potomac... et en critiquer tous les aspects sociaux en se promenant au milieu des parcs à jeux, l''énorme Ghetto Blaster à l'époque... "it's the national capital, Washington DC !" dit le refrain...

En 1982 sort Moving Target (déjà son 13 eme album !). Y figure "Washington DC", où une influence reggae se fait nettement sentir notamment sur "No Exit", et sur "Ready or not", où se fait entendre le saxophone ténor Ron Holloway. Mais l'album ne se vendra pas beaucoup, et en 1985 Arista Records rompt son contrat avec le chanteur. Ce dernier, sans firme de disques, enregistre néanmoins le titre "Let Me See Your I.D." sur l'album "Artists United Against Apartheid" chez Sun City. Il faudra attendre 1993 pour qu'il retrouve un label, en enregistrant n 1993, chez TVT Records l'album Spirits. Dans l'album, il fait un appel appuyé aux nouveaux rappeurs arrivés sur le marché pour qu'ils songent à politiser leur propos, ou en tout cas à fair davantage dans la dénonciation sociale qu'ils ne le faisaient. Il leur prodigue quelques conseils avisés fort moralisateurs : "ils ont besoin d'étudier la musique. J'ai joué dans plusieurs groupes avant que de commencer ma carrière comme poète. Il y a une grande différence entre mettre des mots sur la musique, et de mélanger ces mêmes mots dans la musique. Il n'y a pas beaucoup d'humour, surtout. Ils utilisent beaucoup d'argot et d'expressions familières, ce qui ne permet pas vraiment de découvrir l'intérieur de la personne. Au lieu de cela,vous avez aussi beaucoup de gesticulations". Mais hélas pour lui, l'homme a déjà versé dans le monde de la drogue dont il aura un mal fou à se sortir. La séparation d'avec Jackson qui suit aura diverses origines, l'une d'entre elles étant liée à la drogue que prenait Gil Scott. Il sera condamné pour cela en l'an 2000, sans pour autant ne pas tenir tête à l'institution judiciiaire qui l'enverra deux années à l'ombre. Lors de son procès, il aura une répartie mémorable envers la juge Carol Berkman, qui lui demandait ce jour là s'il avait déjà participé à un programme de désintoxication, Scott-Heron lui avait répondu en souriant : « Oui, Saturday Night Live »...

C'est en 1986 que j'avais eu la chance de le croiser personnellement, de façon fortuite. Arrivé à Jazz-Hot, je m'intéressais depuis deux ans en priorité aux artistes en "frange", ceux que la mecque du Jazz refuse d'apprécier, et ceux que le génial Philippe Adler souhaitait tant défendre, lui qui avait aussi bien écrit à Rock&Folk (la querelle perdure, hélas !). Apprenant que Gil Scott Heron devait venir faire un concert dans la salle du New Morning, inaugurée en 1981, je me rendais donc à sa répétition, histoire d'humer l'air ambiant. Le New Morning a toujours eu ma préférence, pour son éclectisme (récompensé en 2007  !). Resté au concert du groupe de la soirée, qui n'avait rien à voir avec lui, je vois soudainement le fluet chanteur arriver au bar. Sans beaucoup hésiter, je m'avance vers lui en l'appelant de son nom : il me répond, "mince, vous êtes bien un des seuls ce soir à m'avoir reconnu". En 1986, il était toujours l'objet d'une véritable adulation, mais de quelques fans seulement en France : le lendemain, la salle en serait pleine, mais ce soir là, il pouvait se promener incognito... S'engagea ensuite une conversation où je découvrais un artiste humble et passionnant, fort intéressé par ce qui se passait en France politiquement. Dix ans plus tard, il rendra un bel hommage à la salle qui l'avait si bien accueilli (le concert du lendemain avait été triomphal !). "Vous m'avez accueilli il y a dix ans alors que je n'étais rien, a-t-il dit, je veux rejouer chez vous maintenant que je suis quelqu'un" précise le site d'une des plus formidables salles de la capitale, qui ajoute : "Il restera fidèle jusqu'au bout, imposant le New pour son grand retour en 2010, après sept années d'absence. Un amateur a mis en ligne son concert de 2001, ou plutôt les extraits des trois nuits du New Morning, hélas depuis retirées pour des questions de droits. Toujours fidéle au New Morning le lundi 10 mai 2010, il en était toujours à y rejouer un "The night we almost lost Detroit" qui n'avait pas pris une ride, malgré une voix plus éraillée que de coutume.

Et puis on l'oublia un peu, mais il en avait tellement l'habitude... contraint et forcé en 2002 et 2003, où il séjournait à l'ombre pour détention de cocaïne ("l'Angel Dust ?"), puis à nouveau en 2006 pour avoir rechuté alors qu'il avait été libéré sous condition en ne se présentant pas au centre anti-drogue qu'on lui avait assigné : à nouveau condamné jusque 2009, il sortait néanmoins de prison dès 2007. L'homme, malade, (on évoquera à son propos le Sida) malgré ses déboires, avait toujours ses admirateurs, notamment un étudiant qui lui avait dédié un livre de poésie, dans lequel la préface était signée Jalal Mansur Nuriddin... des Last Poets : la boucle était alors bouclée. Mais en février 2010, à la surprise de tout le monde, il sortait un album sous le label XL Recordings, produit par le producteur anglais Richard Russell, un album unanimement salué, comme pour se rappeler à notre bon souvenir : cela faisait 16 ans qu'il n'avait rien enregistré ! Lui qui avait tant parlé du rôle du poète engagé, avait donc encore à nous dire. L'album, intitulé "I'm new where" était absolument superbe, et cela fait bien une année maintenant qu'il tourne en boucle sur mon baladeur numérique. Noir, prenant, mais tellement... parfait. "Brumeux, insolite, captivant..." indique justement un bloggeur pour le présenter sur Amazon, insistant sur un "Me and the Devil" absolument dantesque et inquiétant (sa vidéo étant là pour le prouver davantage), et approuvant comme moi l'écriture parfaite de "I'll take care of you", autre chef d'œuvre évident. Dès l'intro de piano, et l'arrivée de la voix de Gil Scott, on savait que le titre jouait déjà dans une autre catégorie : celle des morceaux inoubliables. Les pizicatti de violon n'étant là que pour renforcer l'idée. Mais l'album allait avoir une seconde et encore plus étonnante carrière : remixé par Jamie Smith, alias Jamie XX, le morceau phare avait pris une autre dimension en février dernier, après le remix de "New-York Is Killing Me"... au point d'embarquer Jamie XX dans le remix de tout l'album, une prouesse unanimement saluée, tant pour la science de Jamie Smith que pour celle qui avait prévalu pour faire l'album original. Deux fois sur moins de 14 mois, Gil Scott Heron flirtait à nouveau avec les charts. A l'annonce de son décès, Eminem pouvait bien déclarer "qu'il avait influencé tout le hip-hop". A mon avis, c'était bien davantage que cela. Comme il a pu le dire lui-même, il était davantage plus proche du jazz que du rap. Mais l'étiqueter semble impossible. Certains parlent déjà de lui comme étant le "Dylan noir". Je ne suis pas loin de le penser également, pour la qualité de la satire morale de ses textes, tout en réfutant l'idée d'une pareille comparaison, qui pour sûr, aurait provoqué sa fureur, ramenant son immense talent à un étalonnage de couleur de peau qu'il n'aurait sans doute pas aimé. Retenons alors son message : "La révolution est le changement et le changement est inévitable, alors plutôt que de le subir, autant en être l'auteur", déclarait-il au journal San Francisco Bay View en 2009" nous rappelle... la Croix.

"Romancier, poète, musicien, Gil Scott-Heron a créé une parfaite synthèse entre la soul, le jazz et la poésie. Les vingt albums enregistrés, deux romans et trois recueils de poèmes font de lui l'un des artistes les plus influents et respecté de la scène rap actuelle et des plus intéressants de ces 30 dernières années" a-t-on pu déjà lire ailleurs. On ne pourra que conclure la même chose. La musique vient de perdre un de ses monuments, tout simplement. A la première minute du nouveau jour, c'est sûr, vous penserez certainement à lui...

PS : On peut se rendre sur ce superbe site-hommage, "le site d'un "fan" qui souhaite faire partager sa passion pour cet artiste" , pour continuer à admirer l'immense artiste :

http://www.gilscottheron.fr/









Gil Scott-Heron, le parrain du rap, succombe à ses démons

 Il était l'un des pionniers du hip-hop et un observateur acide des dérives sociales et politiques américaines. Poursuivi par ses démons, le chanteur et poète Gil Scott-Heron est décédé vendredi à l'âge de 62 ans.

Un soir de mai 2010, la frêle silhouette de Gil Scott-Heron se dandine sur la scène du New Morning à Paris. Plein d'entrain, le sourire jusqu'au creux des oreilles, le poète et soul man enchaîne deux concerts de deux heures chacun. On assiste à la renaissance d'un phœnix, vraisemblablement sauvé d'une dernière décennie pendant laquelle il a visité plusieurs fois la prison de New York et fait de sa vie une déchéance sous stupéfiant, reclus dans la paranoïa. Dans la soirée de vendredi, ses années de fragilité l'ont finalement rattrapé. Sa maison de disques a annoncé son décès à l'hôpital St Luke de New York des suites d'une maladie contractée en revenant d'un voyage en Europe.

Il avait 62 ans et a cessé d'être ce fantôme insaisissable. Lunettes noires et chapeau cachant souvent les cheveux épars. Surplombant ses pairs, plombant ses héritiers, il a couvé 40 ans de musique noire, d'histoire des Etats-Unis et notamment de New York. Pionnier du hip-hop, poète subversif, pianiste de jazz, militant de la cause noire ; c'est en romancier qu'il se révéla, en 1968. Elevé dans le Tennessee, puis à New York, il publie à 18 ans Le Vautour, roman d'une jeunesse égarée sur les trottoirs du quartier de Chelsea, à Manhattan, ses squats miséreux, ses familles décomposées, ses vendeurs de rêve encapsulé et la mort donnée pour une rumeur ou une rancœur. Un environnement au réalisme cru dont il ne cessera jamais d'être le héraut mélancolique. Dans la foulée, il publie un recueil de poèmes, Small Talk at 125th and Lenox, qu'il met en musique en 1970.

Un premier album où résonnent uniquement des percussions et parfois un piano, par dessus lesquels il déclame des textes comme on lève une armée. Autant de slogans radicaux pour la cause des Noirs, enrobés de cynisme et d'humour, dont le plus célèbre est The Revolution will not be televised, violente attaque contre la dictature des médias de masse. Le genre attire également l'attention : du spoken word, qui fait de Gil Scott-Heron un des créateurs du rap moderne.

Entre 1971 et 1982, Gil Scott-Heron délaisse le spoken word pour s'accomplir dans un genre bâtard, que lui appelle « bluesology ». Avec son compère Brian Jackson, il fait se croiser soul, jazz triste, free funk, inspirations afro-cubaines et même reggae au long de douze albums. L'ardeur adolescente est apaisée par des arrangements plus lents et légers qu'il recouvre d'une voix de plus en plus rauque à mesure que se consument ses Marlboro. Avec un sens aigu de la satire sociale, ses ballades sont autant d'hommages aux anti-héros de l'Amérique, et font le procès désabusé de la drogue (Home is where the hatred is), de l'alcoolisme (The Bottle), du nucléaire (We almost lost Detroit), du rêve américain (Winter in America), ou de l'apartheid (Johannesburg).

Durant ces années fastes, jamais il n'abandonne une vigueur politique héritée d'une enfance sous l'ombre du mouvement des droits civiques, d'une mère engagée dans l'association nationale d'aide aux personnes de couleurs (NAACP), et de ses lectures de Langston Hughes, leader de la Renaissance de Harlem. Dans les années 80, il va jusqu'à faire campagne auprès de Stevie Wonder pour faire de la naissance de Martin Luther King un jour férié, et y parvient. Cette constance ainsi que son premier album ont fait de lui une figure tutélaire du hip-hop américain. Un parrain, qui n'a pas hésité à recadrer ses filleuls en 1994. Dans Message to the messengers, lui qui a toujours fui la célébrité et les récompenses s'en prend vivement aux rappeurs bling-bling irrespectueux des femmes et obnubilés par les jantes en alliage de leurs cylindrées. Une dernière saillie avant des années de silence.

En 2001, il est condamné une première fois pour possession de cocaïne et entame une traversée d'un désert où ses démons le guident entre la vie et la mort. C'est le directeur de XL Recordings, Richard Russell, qui vient l'en extirper et le remettre devant un micro. Il reprend la route en 2009 et manque de passer par Paris au moment où nous l'interviewions. Est-il guéri ? Lors d'un entretien, un journaliste du New Yorker le décrit fumant du crack sans gène et évitant les miroirs pour ne pas y rencontrer son image... La rumeur d'un nouvel album surgit malgré tout au début de l'année dernière, I'm new here, son premier en 16 ans. Quinze pistes aux allures de miracle pour 28 minutes d'une soul aussi moderne que noire, inspirées de Portishead ou de Tom Waits. Gil Scott-Heron y est pour la première fois vulnérable, racontant ses abîmes, ses addictions et sa jeunesse au bord du Mississippi. Comme s'il sonnait le glas d'une carrière de combat par des confessions désarmées. Sa voix est rugueuse, souffreteuse, le souffle est court. C'était son dernier.

http://www.telerama.fr/musique/gil-scott-heron-le-parrain-du-rap-succombe-a-ses-demons,69366.php

Antoine Mairé








Gil Scott-Heron :

 "Je n'ai jamais cessé de faire de la musique"


Il devait être en concert ce soir au New Morning, à Paris, après huit ans d'absence en France. Du haut de son corps fluet et bringuebalant, il avait hâte de porter de nouveau ses combats pour un monde plus solidaire. L'Américain Gil Scott-Heron, légende de la soul et pionnier du hip-hop, a répondu à nos questions, enthousiaste... avant d'annuler à la dernière minute son retour, faute d'autorisation de sortie du territoire américain. Il devrait néanmoins sortir un nouvel album à la rentrée.

Pour lui, il est cinq heures du matin au bout du fil. On ne le réveille pas pour autant. Lui qui a lutté dans ses textes, dans sa musique et dans sa vie, devait reprendre la route de l'Europe. Des dates à Barcelone, Cognac et trois à Paris qui ont rassuré ses fans, inquiets pour sa santé. Mais il est aujourd'hui retenu à New York, interdit de quitter le territoire pour ne pas avoir fourni les documents nécessaires à l'obtention de son visa de sortie. Ce n'est sans doute que partie remise : il devra défendre un nouvel album à l'automne. Au moment de l'entretien suivant, il ne savait pas encore qu'il ne pourrait pas être à Paris ce soir.

C'est particulier de revenir à Paris après toutes ces années ?
Oui, je me sens à la maison en France, j'ai tenu à y revenir, et notamment au New Morning, un de mes endroits publics préférés. C'est agréable de se retrouver avec le groupe et d'ajouter des nouvelles chansons au répertoire.

Un nouvel album serait donc prévu ?
Oui, il doit sortir en septembre ou octobre chez XL Records, et s'appelle I'm new here. Enfin, moi je ne suis pas vraiment nouveau mais l'album, oui ! (rires) La chanson-titre a été écrite par Bill Callahan. Cet album sera surtout composé de vieux enregistrements jamais édités, de mises en musique d'extraits de mon livre The Last Holiday [récit de la campagne pour faire de la naissance de Martin Luther King une fête nationale, ndlr], et de réinterprétations.


Gil Scott Heron, "The Bottle" (Woodstock 94)

Cela fait 15 ans que vous n'avez pas sorti de disque, depuis Spirits. Comment a émergé cette idée ?
Je n'ai jamais cessé de faire de la musique, de réediter des inédits, et j'étais occupé à écrire The Last Holiday, qui sortira l'année prochaine. Bref, le matériel était là. Puis le producteur Richard Russell est venu me voir pour l'utiliser. On a ajouté des cordes par-ci, du piano par-là. C'est important de chercher des nouvelles voies.
"J'ai toujours l'espoir de faire partager les sentiments
de mes chansons. Mais c'est difficile : les gens
entendent la musique, ils ne l'écoutent plus.
Ils n'ont plus le temps !"

Est-ce que c'est aussi une manière de montrer que vous êtes toujours en forme ?
Je ne me préoccupe pas de ce qu'on peut dire. Si certains ont des commentaires, qu'ils viennent me voir en concert, et qu'ils regardent ce que j'ai fait par le passé. Je cherche avant tout à être fidèle aux gens qui m'ont soutenu. Mon nouveau contrat avec XL Records va d'ailleurs permettre de rendre plus disponible mes albums en Europe.

Vous avez toujours l'enthousiasme d'aller chercher un public nouveau ?
Bien sûr. Le prochain album est une main tendue à de nouveaux auditeurs. J'ai toujours l'espoir de faire partager les sentiments de mes chansons. Mais c'est difficile : les gens entendent la musique, ils ne l'écoutent plus. Ils n'ont plus le temps ! Certaines musiques doivent prendre le temps d'être absorbées, on doit les laisser vous encercler.

Si vous écriviez aujourd'hui, ce serait sur quel sujet ?
Les sujets ont changé mais le message reste le même : la paix et la solidarité. Avec Mos Def, on aimerait aussi réenregistrer ma chanson Message to the Messengers [diatribe adressée en 1994 aux rappeurs contre leurs dérives bling-bling, ndlr]. J'ai contacté Chuck D aussi. On verra...

Il y a un an, vous vous félicitiez de la montée en puissance de Barack Obama, mais disiez attendre de voir ses actes de président. Qu'en pensez-vous maintenant ?
J'ai peur qu'il ne change pas grand-chose, à cause de la crise. Et puis le fonctionnement d'une démocratie ne se résume pas à son leader. Donc j'attends de voir si son gouvernement fait des progrès et s'il travaille pour la rue. Ce n'est pas le cas pour l'instant. Malgré tout, Obama représente ce que sont vraiment les Américains, dans leurs différences, dans leurs espoirs. Et après Bush, cela fait du bien.

http://www.telerama.fr/musique/gil-scott-heron-je-n-ai-jamais-cesse-de-faire-de-la-musique,45634.php

Propos recueillis par Antoine Mairé








Gil Scott-Heron

Il était considéré comme l'un des pères du rap : le musicien Gil Scott-Heron est décédé le vendredi 27 mai 2011 à l'âge de 62 ans. Selon son éditeur, le poète, romancier et musicien américain était tombé malade à son retour d'un voyage en Europe et était hospitalisé dans un hôpital de New York. Les causes exactes de son décès n'ont pas encore été rendues publiques.

Né à Chicago le 1er avril 1949, Gil Scott Heron commença sa carrière en scandant des chants dans les anénes 60 avant d'enregistrer un premier album intitulé Small Talk at 125th & Lennox en 1970. Le titre The Revolution Will Not Be Televised fait notamment partie de la bande originale du film Hurricane Carter, sorti en 1999, qui met en scène Denzel Washington dans la peau du célèbre boxeur condamné à la perpétuité pour un triple meurtre qu'il n'avait pas commis.

Très prolifique au cours des années 1970, Gil Scott Heron est l'auteur de nombreux opus, dont The Bottle, un album sorti en 1974 qui se hissa à la 15e place sur la liste des meilleures ventes de R&B. Après quelques albums sortis au début des années 1980 dans lesquels Gil Scott Heron n'hésite pas à critiquer le président américain Ronald Reagan et sa politique conservatrice, le musicien n'enregistre aucun opus jusqu'en 1994. Ce nouvel album, intitulé Spirits, lui confère le titre de père fondateur du rap : il contient le morceau Message To The Messengers, un poème dans lequel il donne des conseils aux rappeurs de l'époque.

Beaucoup d'artistes le considèrent comme l'un des pères du rap. Ses textes se sont toujours nourris de la réalité de la rue, des problèmes politiques et sociaux dont lui-même souffrait au quotidien.

Il s'était imposé comme un défenseur investi de la cause noire américaine dès la fin des années 1960 en décrivant la misère, la violence et la drogue qui ravagent les ghettos, en critiquant la politique américaine (et notamment le gouvernement de Nixon), et avait étendu son propos à la dénonciation de l'Apartheid.

En 2001, Gil Scott Heron fut incarcéré pour consommation de drogue et violences domestiques. Sa descente aux enfers, vraisemblablement due à la mort de sa mère adorée et à la consommation de crack et de cocaïne, l'entrainèrent dans un cercle vicieux. Il sorti cependant de prison en 2002, et participa à l'album de Blackalicious, Blazing Arrow.

En 2010, il signa son grand retour avec l'album I'm New Here, dont treize morceaux ont été remixés par Jamie Smith des XX dans We're New Here.

Le grand Gil Scott Heron est mort hier, 27 mai 2011, dans un hôpital de New York.
R.I.P.









Gil Scott-Heron, mort d'un passeur

   Difficile de rendre hommage à Gil Scott-Heron sans contredire la profonde humilité avec laquelle lui-même décrivait son parcours. De son vivant déjà, le poète refusait l'étiquette d'"inventeur du rap" qui était devenue presque indissociable de son nom. Dans un texte de novembre 1998 intitulé « Words are for the Mind », il annonçait refuser le titre et nommait ceux qui l'avaient inspiré.1 On voyait en lui un créateur ; lui se rêvait en passeur. Son travail de romancier, de poète, de chanteur et d'activiste politique a opéré la jonction entre la fureur révolutionnaire des années du « Black Power » et les rafales de rimes sarcastiques du hip-hop. En refusant d'endosser le costume de l'inventeur, Gil Scott-Heron ne faisait pas acte de fausse modestie mais indiquait plutôt combien le rôle de passeur lui paraissait infiniment plus noble, plus en accord avec sa philosophie de vie.

Gilbert Scott-Heron n'a que six ans en décembre 1955, le jour où Rosa Parks refuse de céder sa place à un passager blanc dans un bus de Montgomery, en Alabama. Dans l'état limitrophe du Tennessee, où il vit avec sa grand-mère depuis la séparation de ses parents, le gamin aux origines africaines, américaines et jamaïcaines n'a sans doute pas conscience de ce qui est en train de se jouer à cinq cent kilomètres au sud de chez lui ; pourtant, lui et les siens sont directement concernés par les lois "Jim Crow" pour la ségrégation raciale qui divisent le pays depuis quatre-vingt ans. Cette enfance passée dans le Sud à l'époque des premiers éclats de voix du mouvement pour les droits civiques ressortira dans toute sa rugosité dans les écrits du jeune homme qu'il deviendra dans les années 1960, de retour dans le Nord qui l'avait vu naître. Dès le lycée, son talent pour l'écriture saute aux yeux d'un professeur d'anglais, qui l'aide à obtenir une bourse pour rejoindre une prestigieuse école privée progressiste, la Fieldon School ; après quoi Scott-Heron s'inscrit dans une université noire de Pennsylvanie, la Lincoln University, qui avait vu passer parmi ses étudiants celui qui est alors devenu le modèle littéraire du jeune homme, le poète africain-américain Langston Hughes. C'est dans cet établissement qu'il rencontre celui qui restera longtemps son compagnon de route, le musicien Brian Jackson, et qu'il commence à travailler sur ses romans The Vulture et The Nigger Factory.2   

Dès ses premiers travaux, Gil Scott-Heron apparaît à la fois comme l'incarnation parfaite de l'artiste de son époque et comme un personnage à part, évoluant toujours dans un léger décalage. Par son parcours, il semble avoir vécu en condensé l'expérience des Noirs américains au vingtième siècle : la « Grande Migration » des années 1910 et 1920, qui a amené tant d'hommes et de femmes à quitter le Sud pour le Nord en rêvant de conditions meilleures, il l'a revécue à sa façon en rejoignant le Bronx à l'âge de douze ans ; la ségrégation et la lutte politique font également partie de son expérience, tout comme le vaste mouvement intellectuel de prise de conscience de soi, de son histoire et de sa culture, qui avait été initié par W.E.B. Du Bois au tournant du siècle et que Scott-Heron rejoue en mineur en se cherchant des modèles dans des écrivains de la « Harlem Renaissance » ou des musiciens de jazz – en particulier John Coltrane, icône de la jeunesse noire révoltée. C'est riche de ce travail d'appropriation personnelle d'une histoire de luttes culturelles et politiques que le jeune homme de dix-neuf ans se lance dans l'écriture de ses premiers textes amenés à être publiés, en 1968.

L'année 1968 est une année-charnière tant à l'échelle de la communauté africaine américaine qu'à celle du pays tout entier. Point culminant de la "contre-culture", elle voit en particulier la contestation contre la guerre du Viêt-Nam s'intensifier, au son de la musique de la génération hippie. Dans l'histoire des Noirs américains, elle est tout aussi capitale, du salut du « Black Power » sur le podium des Jeux olympiques de Mexico à la création du premier département de « Black Studies » à l'université de San Francisco, sans oublier l'assassinat de Martin Luther King le 4 avril à Memphis. Les années de lutte pour les droits civiques laissent la place à un mouvement plus radical, le « Black Power » : il n'est plus question de demander pacifiquement une place dans la société américaine, mais d'affirmer avec vigueur sa fierté d'être noir, et sa volonté de vivre dans un monde débarrassé de l'aliénation du Noir par le Blanc. Sur le plan culturel, le mouvement se traduit par une effusion de créativité aux accents revendicatifs et révolutionnaires, que l'on a souvent désignée de l'expression de « Black Arts Movement ». Poésie, théâtre, peinture et musique sont mis au service de la lutte politique pour la dignité des Noirs, dans une radicalité qui entend détruire les frontières entre l'artiste et son public, entre l'art et la politique. Le poète et militant auquel on attribue le plus souvent la paternité du mouvement, Amiri Baraka (né Leroi Jones) est l'un des modèles cités par Gil Scott-Heron dans « Words are for the Mind », aux côtés d'Oscar Brown Jr. et des Last Poets. C'est nourri par les éclats de voix de ces activistes culturels eux-mêmes nourris au jazz, au blues, à l'argot de la rue et aux textes de Richard Wright et de Claude McKay que le jeune écrivain en devenir s'attèle à l'écriture de ses récits et poèmes, tout en travaillant – et vivant – dans un pressing de son quartier. Par chance, un éditeur accepte de publier The Vulture ainsi qu'un volume de poésie, Small Talk at 125th and Lenox. Une nouvelle voix s'est jointe au concert de paroles enragées qui constitue le fond sonore de cette époque sismique.

Si Gil Scott-Heron est un artiste particulièrement emblématique du moment contre-culturel de la fin des années 1960 et du début des années 1970 c'est dans la destruction qu'il opère des catégories par lesquelles on pensait les arts avant cette période. Fidèle à W.E.B. Du Bois pour qui « Tout art est propagande », l'auteur fait de la performance poétique une tribune politique, abordant une multitude de thèmes controversés pour appeler ses concitoyens à la révolte et à la réflexion.3 Il fait également tomber, comme l'avaient fait avant lui Amiri Baraka et les Last Poets, la barrière entre poésie écrite et poésie orale : son recueil de poésie Small Talk sort à la fois sous forme de livre et de disque. Sur ce dernier, Scott-Heron déclame ses textes sur fond de percussions dans une petite salle de la rue emblématique de Harlem, la 125e rue. C'est là qu'apparaît pour la première fois « The Revolution Will Not Be Televised », son texte le plus connu à ce jour. Pamphlet contre les médias de masse et la relégation des Africains-Américains dans des ghettos sordides, le morceau est une bande-son parfaite aux manifestations agressives du « Black Power » ; elle reprend d'ailleurs les credos artistiques distinctifs du « Black Arts Movement », en particulier dans sa dénonciation de la mise en scène du monde par le pouvoir blanc et ses médias : « The revolution will be live », scande-t-il en conclusion du morceau. Cette poésie de la parole directe, sans médiation, de l'oralité recoupe ce que disait Amiri Baraka à propos de la philosophie de son mouvement : « Nous avons créé le mot comme musique vivante, l'élevant hors de la page d'albâtre immobile et apollinienne. À présent, les mots devenaient comme une partition. Comme celles de Duke Ellington, nous espérions être élevés hors de la page, comme une composition être mis en musique, par le Griot, pour vivre pleinement. »4   

Pourtant, malgré ces affinités et la virulence de son propos, Gil Scott-Heron n'est pas un artiste du « Black Arts Movement », et dans ses textes s'annoncent déjà les contours de l'époque à venir. « The Revolution Will Not Be Televised » est peut-être un brûlot politique, mais l'usage qu'elle fait du langage laisse entrevoir le goût pour la gratuité formelle et pour le détournement de références culturelles qui caractérisera bientôt le hip-hop. Une grande partie du texte est ainsi composée de clins d'œil à des publicités télévisées et à des slogans, comme quand le « Ajax cleans like a white tornado » de la célèbre marque de lessive en vient à symboliser le lavage de cerveau imposé par le pouvoir blanc. En multipliant les références et les détournements, l'auteur critique les médias tout en insérant ironiquement son travail dans leur sillage : si ses auditeurs saisissent l'humour de ses répliques, c'est qu'ils ont eux-mêmes connaissance de ces objets médiatiques, qu'ils sont aliénés par eux. L'humour omniprésent dans les autres textes de Small Talk tranche également avec le ton parfois sentencieux des artistes-militants du « Black Arts Movement », comme dans « Whitey on the Moon », où Scott-Heron ridiculise les prétentions technologiques et impérialistes d'un pays où une partie importante de la population vit dans des conditions dignes de nations non-industrialisées. Dans son roman The Nigger Factory, l'écrivain attaque frontalement le système éducatif américain, affirmant dans une préface rageuse que celui-ci aliène les jeunes Noirs et repose sur des principes inégalitaires et racistes.5 Mais la manière dont le texte met en scène le système et le parcours d'acteurs confrontés à ses limites évoque tout autant la rage des années 1960 que le Ralph Ellison de Invisible Man, exécré par Amiri Baraka et ses camarades pour ne pas être assez radical dans son affirmation de son identité noire ; de même, dans sa préface à The Vulture, Scott-Heron affirme qu'il a écrit ce texte « pour tout le monde », ce qui contredit le credo du « Black Arts Movement » selon lequel seuls les Africains-Américains doivent être visés par les « arts noirs ».6

On peut donc, comme il le souhaitait lui-même, replacer le travail de Gil Scott-Heron comme une étape dans un flux d'actes créatifs et politiques complexe et ininterrompu. En amont, Langston Hughes et Claude McKay, Ralph Ellison et Richard Wright, Amiri Baraka, Oscar Brown Jr. et les Last Poets, Jimmy Reed, Otis Redding, John Coltrane et Billie Holiday, Malcolm X et les Black Panthers ; en aval, les rappeurs Chuck D, Mos Def, Common et Q-Tip, les écrivains Paul Beatty et Carl Hancock Rux, ou encore l'artiste multiforme Saul Williams. Scott-Heron a puisé dans l'époque de son apprentissage une rage qui l'a animé jusqu'à la fin de sa vie – la chanson Your Soul And Mine, datée de 2010, en est la preuve – tout en refusant d'y sacrifier la puissance émotionnelle et expressive des genres artistiques dont il s'inspirait. Dans un texte de 1993, le poète refuse l'étiquette d'« agitateur-radical-militant », préférant voir dans ses textes des « spirituals ».7 Tout en réaffirmant l'héritage « noir » de son art – qu'il s'agisse de l'héritage politique de Martin Luther King et Malcolm X ou de l'héritage culturel du blues, du jazz et de la soul – Gil Scott-Heron donne à voir combien l'expérience d'un peuple ou d'un groupe particuliers peut trouver d'échos au sein d'autres groupes, comme le montre aujourd'hui le vaste éventail de personnalités qui rendent hommage au poète-chanteur. C'est pour cette raison qu'il tenait tant à être perçu comme un passeur : pour lui, musique et écriture ne servent jamais à affirmer un lieu ou un mode de vie, ni même à faire passer un message univoque. Elles sont toujours à la lisière du conscient et de l'inconscient, et la rage politique ou communautaire ne doit jamais se débrancher du fond de rêverie et d'ambiguïté qui la transforment en expérience artistique. À propos de son œuvre écrite et musicale, il affirmait encore en 1993 : « beaucoup de ces formes de sons et ces concepts me sont tombés dessus depuis un lieu indéterminé. » Refusant de se mettre au premier plan d'une histoire politique et culturelle par laquelle il s'est senti possédé davantage qu'il ne pense avoir contribué à l'inventer, Gil Scott-Heron a affirmé une posture de création engagée – pour le droit à l'auto-détermination, à la dignité économique – mais qui évitait à l'avance les dangers de la révolte médiatique et spectaculaire, de la subversion marketée et de l'égocentrisme des révolutionnaires du show-business. Sa voix, conservée dans des livres et des disques finalement peu nombreux, a pourtant pénétré la culture de masse sans se laisser modeler par elle, et reste comme un bel exemple de ce que peut donner la colère dans les mains d'un artiste généreux et sans complaisance. Prouvant, comme le disait Wittgenstein, que « le génie, c'est le courage dans le talent »8 – le courage et la rage.     

                 

1 Gil Scott-Heron, « Words are for the Mind », in Now and Then, Canongate, Edimbourg, 2000, pp. xiii-xvii.

2 Nat Hentoff, « Gil Scott-Heron, an Introduction », in Gil Scott-Heron, Small Talk at 125th and Lenox, Flying Dutchman, New York, 1970, pp. 2-5.

3 W.E.B. Du Bois, « Criteria of Negro Art » (1926), in Writings, Library of America, New York, 1986, pp. 993-1002, citation p. 1000.

4 Amiri Baraka, préface à Abiodun Oyewole, On a Mission: Selected Poems and a History of the Last Poets, Henry Holt, New York, 1996, pp. xiii-xvii, citation p. xiii.

5 Gil Scott-Heron, « Author's Note », in The Nigger Factory (1972), Canongate, Edimbourg, 1996, pp. ix-x.

6 Gil Scott-Heron, « The Bird is Back », in The Vulture (1970), Canongate, Edimbourg, 1996, pp. ix-xii.

7 Gil Scott-Heron, « Spirituals », in Now and Then, Canongate, Edimbourg, 2000, p. xvii.

8 Ludwig Wittgenstein, Remarques mêlées (1964), Garnier-Flammarion, 2002, p. 100.

 date:
03/06/2011 - 10:06
Cyril Vettorato




Winter in America

From the Indians who welcomed the pilgrims
And to the buffalo who once ruled the plains
Like the vultures circling beneath the dark clouds
Looking for the rain
Looking for the rain

Just like the cities staggered on the coastline
Living in a nation that just can't stand much more
Like the forest buried beneath the highway
Never had a chance to grow
Never had a chance to grow

And now it's winter
Winter in America
Yes and all of the healers have been killed
Or sent away, yeah
But the people know, the people know
It's winter
Winter in America
And ain't nobody fighting
'Cause nobody knows what to save
Save your soul, Lord knows
From Winter in America

The Constitution
A noble piece of paper
With free society
Struggled but it died in vain
And now Democracy is ragtime on the corner
Hoping for some rain
Looks like it's hoping
Hoping for some rain

And I see the robins
Perched in barren treetops
Watching last-ditch racists marching across the floor
But just like the peace sign that vanished in our dreams
Never had a chance to grow
Never had a chance to grow

And now it's winter
It's winter in America
And all of the healers have been killed
Or been betrayed
Yeah, but the people know, people know
It's winter, Lord knows
It's winter in America
And ain't nobody fighting
Cause nobody knows what to save
Save your souls
From Winter in America

And now it's winter
Winter in America
And all of the healers done been killed or sent away
Yeah, and the people know, people know
It's winter
Winter in America
And ain't nobody fighting
Cause nobody knows what to save
And ain't nobody fighting
Cause nobody knows, nobody knows
And ain't nobody fighting
Cause nobody knows what to save


03/07/2011
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