Alain YVER

Alain YVER

GOGOL BORDELLO

GOGOL BORDELLO




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//www.metalorgie.com/groupe/Gogol-Bordello




Gogol Bordello est un groupe de Gypsy punk formé en 1999, originaire de New York.

Citant pèle-mèle Mano Negra, Fugazi, Alexandre Kalpakov, The Clash, Rootsman ou encore Jimi Hendrix comme influences, ce groupe a comme particularité le mélange des styles le composant. Nés de la rencontre de la musique tzigane traditionnelle des Balkans et de l'est de l'Europe avec le punk new-yorkais, ces sons ont fait des Gogol Bordello les créateurs et les chefs de file d'une nouvelle mouvance : le Gypsy punk. En fait, la plupart des musiciens de ce groupe sont des immigrants d'Europe de l'Est (Russie, Ukraine...).

Gogol Bordello est notamment connu pour son sens du spectaculaire qui anime chacun ses concerts grâce à l'énergie débordante d'Eugene Hütz, le chanteur moustachu. Ce groupe se produit énormément en concert et tourne à travers les États-Unis et toute l'Europe.

Plus récemment, le chanteur du groupe joue le rôle d'Alex dans le film Tout est illuminé dont la musique figure sur la trame sonore de la production, ainsi que dans Obscénité et Vertu où il interprète A.K., un personnage aussi atypique que celui qui l'interprète.









Gogol Bordello apparaît sur terre en 1999, sous la houlette du génial Eugene Hutz.

L’homme est né en Ukraine, sa vie est un roman, il fuit donc l’Ukraine en 1986, après la catastrophe de Tchernobil, passe de camp en camp de réfugiés, traverse l’Europe à pied, guitare sous le coude, et se retrouve à New York. Il anime, en tant que Dj, le Bulgarian Bar, fait découvrir l’essentiel des musiques éthniques/multiculturelles non-américaines à ses auditeurs, Mano Negra, Sasha Kolpakov, Rootsman, Yuri Yunakov, et de manière générale la musique des balkans et de l’Est de l’Europe. Hommage à l’auteur Nikolai Gogol, inspirateur idéologique du combo, Gogol Bordello joua un temps sous le nom de Hutz and the Bela Bartok, mais personne ne connaissant vraiment Belà Bartok aux Etats-Unis (et en France ? Va chercher sur Wiki), ils préfèrent se retourner vers l’auteur ukrainien. Ils jouent leur premier concert à Pizdetz, sur Ridge Street à New York. Les membres du groupe sont tous sauf une exception (le batteur) d’origine étrangère. Ukrainien, Russe, Ethiopien, Israélien, Thai-Américaine, Sino-écossaise. Leur deux premiers albums sont des échos à la faucille (Voi-la Intruder, 1999) et au marteau (Multi-Kontra vs Irony, septembre 2002). Ensuite, East Infection, en 2005 les aide à quitter Rubric Records pour signer sur SideOneDummy, et sortir l’année suivante Gypsy Punks/Underdog World Strike. En 2007, ils sortent l’album de la consécration, Super Taranta!. Ces gens-là peuvent faire un concert en Europe et le lendemain, jouer aux Etats-Unis, plusieurs fois par an.
Chroniques
Trans-continental Hustle Super Taranta Gypsy Punks : Underdog Worls Strike

Trans-continental Hustle ( 2010 )

Le retour du groupe le plus allumé (Robert Christgau, le doyen des critiques rock, a dit « le plus visionnaire ») de la planète gypsy punk a pour nom de code Trans-Continental Hustle !
Un album Live From axis Mundi avait vu le jour en 2009 pour nous faire patienter, mais surtout pour témoigner des moments de grâce que le groupe fabrique pendant ses performances live. Le dernier album studio, l’excellentissime Super Taranta ! datait de 2007, et avait déjà beaucoup tourné sur les platines. Loin d’être inactifs, les Gogol Bordello ont parcouru depuis plus d’une demi-douzaine de fois le tour de la terre. Les 13 titres du nouvel opus sont reconnaissable à des kilomètres à la ronde, du phrasé anglais« d’Ukraine » où l’on roule les R aux H qu’on prononce R pour notre plus grand plaisir, à l’assemblage de violons et d’accordéons sans jamais craindre le kitsch, le tout au sein d’une grande smala nomade et vivante. Tubes sur tubes, on se sent surtout citoyen du monde, partageant des racines musicales très larges, du punk-rock (moins présent sur cet album) au musique des Balkans en passant par la musique africaine ("Raise The Knowledge").
Evidemment, les puristes demeurent perplexes quant à la manière dont on peut défendre des idées à l’intérieur même d’un système dont on profite. C’est possible, mais difficile. Ayant quitté SideOneDummy, signé sur American Recordings, subdivision de Sony Music, produit par Rick Rubin (Systen of a Down, Red Hot Chili Peppers…), tête d’affiche des plus gros festivals dans le monde entier, la réussite sourit à la "Familia". Le style n’en pâtit pas encore totalement, même si les morceaux de Trans-Continental Hustle sont plus lissés, plus "homogènes", les chœurs plus présents. Mais ne boudons pas notre plaisir, ce dernier album est d’une grande qualité, Eugene Hutz, le cerveau du groupe, sait se faire plus intimiste ("Sun is on my side"), il sait galvaniser les foules sur des airs à reprendre en chœur (avec ou sans t-shirt du Che), il a le don de poser ses mots de routard sur des accords qui font voyager en roulotte. Idéal pour se faire des potes au camping.
Yul

Super Taranta ( 2007 )

Gogol Bordello débarque avec un nouvel album, Super Taranta !, et le moins qu’on puisse dire, c’est que la conquête du monde a bel et bien commencé pour les New Yorkais. Produit par Vic Van Vugt (Nick Cave, PJ Harvey), enregistré évidemment « live », avec le moins d’overdub possible, la barre a été mise très haute avec cet album d’une rare densité.

Loin du produit de consommation pré-mâché, le contenant et le contenu sont d’une cohérence assez rare dans le milieu pour le signaler. Toujours dans l’esprit de mixer des influences diverses des cultures populaires à travers le monde, afin de développer leur concept de Gypsy Punk, la bande, menée de main de maître par le génial Eugéne Hutz, réalise son meilleur opus à ce jour! L’octet est clairement influencé par Manu Chao, les Clash, la musique Tzigane, le Reggae mais aussi par le Flamenco, le métal et la musique classique japonaise… et plus spécifiquement, pour cet album, par la Tarentelle, musique traditionnelle du sud de l’Italie. Particulièrement vivace, cette musique, accompagnée d'une danse effrénée, était jouée au cours de cérémonies qui pouvaient durer des journées entières, afin de guérir ceux que l'on croyait être victimes de morsure d'une araignée légendaire, la tarentule…Filez la métaphore...

Le bonhomme a beaucoup voyagé, en moins ridicule que Borat, et est allé à la rencontre de toutes ces cultures "prolétaires", notamment de leur histoire, et celles du ska et des pays de l’Est l’ont particulièrement touchés. D’abord parce que lui-même vient d’Ukraine, mais aussi parce que ces musiques furent inventées par des individus pauvres qui n’avaient rien à perdre et que ces populations avaient comme seul espoir de survie la recherche d'un exutoire à la misère de leur quotidien. Souvent, par le travail, quand il était possible et non aliénant, régulièrement par la musique ou la danse. De là, Gogol Bordello théorise son "NRI" pour New Rebel Intelligence.

Concrètement, à l’écoute de l’album, on se retrouve transporté dans un film de Tony Gatlif (Latcho Drom, Gadjo Dilo), dans une fanfare à un mariage balkanique filmé par Emir Kusturica, à un concert des Négresses Vertes avec en featuring Bad Brains et Asian Dub Foundation, il faut l’entendre pour le croire. Il faut le voir pour l'entendre. Le groupe est réputé pour ses shows hystériques, (ici  ou surtout là), mais sous cette folie se cachent des textes durs remettant en cause les théories créationnistes, le phénomène de globalisation et notamment « Zina-Marina », qui aborde le sujet délicat du commerce des êtres humains et particulièrement de l’esclavage blanc qui agit dans l’ancien bloc communiste. En a peine 10 ans, l’Ukraine a vu disparaître nombre de ses « jeunes filles » (on parle officieusement de 60%), kidnappées, vendues, envoyées dans des bordels ou des palais à Dubaï. « American Wedding » est une description d’un mariage américain du point de vue de  « l’immigrant », un portrait sociologique d’une finesse et d’un humour sarcastique. « Tribal Connection » est peut-être le morceau le plus réussi, le plus posé, le plus sensuel ; tandis que « Wonderlust King » est entraînante à souhait, avec son refrain à hurler la liberté, le clip  retrace les années d’errances du chanteur/guitariste avec poésie, mais réalisme. "Suddenly….(I Miss Carpaty)" est un formidable résumé du multi-culturalisme dont est emprunt la famille Gogol Bordello et "Ultimate" donne le ton d’un album conçu comme un voyage, pas seulement géographique, mais aussi introspectif. Qui suis-je dans ce monde de fou ?

Un album riche, riche des influences que portent le groupe. Go, Go, Super Gogol Bordello !
Yul

Gypsy Punks : Underdog Worls Strike ( 2005 )

Un joyeux bordel de déglingué du ciboulot. Un octet d’hystérique qui aurait les fils qui se touchent. Ces gens-là mêlent une certaine idée du punk rock folklorique comme personne (en fait, si on cherche bien, ils ont des parents lointains, mais d’un second mariage : Flogging Molly ou Dropkick Murphy’s qui jouent avec leurs racines, mais elles, sont irlandaises). On me glisse dans l’oreillette « – Et les Gypsy King là-dedans?  – euh, ouais (hésitant), mais alors là, c’est plutôt issu d’un divorce qui aurait mal tourné »).

Ici, c’est avec des accents orientaux, de la musique Yiddish (ou Klezmer, c’est selon), un côté gitan indéniable, du phrasé comme seul on sait le faire sur la place rouge à 3 heures du mat’ ("Avenue B") et des larges touches de musiques traditionnelles de l’Est de l’Europe qu’on fabrique cette musique atypique, pour notre plus grand plaisir. Le violon et l’accordéon apportent une couleur musicale toute particulière, Gogol Bordello maîtrise l’accord « qui-fait-voyager », sait se faire dub ("Dogs were Barking") ou acoustique ("Illumination"). On imagine aisément les Gogol Bordello foutre un sacré dawa à votre mariage, sans compter sur le charme de leur deux danseuses, pour nous faire tourner, tourner et tourner la tête à coup de déhanché par là, à coup de vodka par ici, à coup de nasdrovié (merci de repasser pour l’alphabet cyrillique) re-par-là, et à coup de verres qui volent, re-par-ici. Voilà dix ans que ça dure !

Gogol Bordello ? Bien plus qu’un groupe de bal en fait, bien mieux qu’une pilule anti-dépressive, un remède à l’amertume.










Chef de file du "gypsy punk",

le collectif new-yorkais Gogol Bordello sort son nouvel album le 27 avril et revient en France pour une série de cinq concerts à partir de mai. Un joyeux bordel en perspective qui passera par Paris, Toulouse et dans quelques festivals.

La bande du déjanté et moustachu Eugène Hütz va de nouveau faire danser les foules au printemps, avec son énergique mélange de musique tzigane et de punk new-yorkais. Trois ans après le succès inattendu de "Super Taranta!", le collectif Gogol Bordello se prépare à faire de nouveau résonner trompettes et accordéons pour la sortie de son cinquième album studio intitulé "Trans-Continental Hustle". Produit par le mythique Rick Rubin (Red Hot Chili Pepper, AC/DC, Aerosmith, Slayer, System of a Down...), ce nouvel opus est l'occasion pour cette équipe d'agités d'entamer une tournée mondiale qui s'arrêtera en France au printemps.

Réputés pour leur sens de la démesure et du spectaculaire, ils pourront faire preuve de leur excentricité dès le 14 mai 2010 à Bulligny (Meurthe-et-Moselle) dans le cadre de festival Au Fond du Jardin de Michel, en compagnie de Ska-P, Nneka et Craftmen Club.

Ils présenteront au public français leur "Casa Gogol Tour", lors des deux concerts, le 18 mai à l'Elysée Montmartre (Paris) et le 19 mai au Bikini (Toulouse), où les Gogol Bordello seront accompagnés de Mariachi el Bronx et Forro in the Dark.

Ils donneront ensuite le change à Gossip, Kasabian et Vitalic le 29 mai, pour fêter les dix ans du festival Papillons de Nuit à Saint Laurent de Cuves (Manche), avant de revenir le 16 juillet dans l'Hexagone sur la scène du festival Musilac (Aix les Bains) aux côtés de ZZ Top, -M- et Pete Doherty.









//zebiyo.pagesperso-orange.fr/blablagogolbordello.htm

La formation New Yorkaise Gogol Bordello sévit depuis déjà 10 ans sur les scènes internationales proposant une musique débordant d'énergies mélant culture tzigane et punk US. Une interview d'Eugène Hütz, fondateur et leader "dynamite" du groupe, juste avant leur prestation déjantée.

La naissance de Gogol Bordello. Comment a débuté cette aventure ?

Avant de partir pour New York il y a 10 ans, j'avais déjà une expérience vocale au sein de divers groupes et une vingtaine de chansons à exploiter. Après quelques années en Amérique, j'ai constaté que l'essence de mes racines Européennes de l'Est commençait à s'évaporer et que celles ci me manquaient. Au sein d'un groupe, je pouvais renouer avec elles mélant la tradition et le rock, ouvrant de nouvelles portes pour l'avenir.
Aussi, ce vide ressenti j'ai pu l'évacuer grâce à ma musique, mes chansons, qui n'étaient pas à proprement parler populaires mais sonnaient plutôt rock / rockabilly. A New York, j'ai rencontré des musiciens issus de diverses communautés - Balkans, Russie, Israël ... - ensemble, nous avons élaboré différents projets et au bout de quelques années, la formation s'est consolidée telle un "Man Peace Band".

Pourrais tu vivre dans un monde sans musique ?

Non je ne pourrais pas. Dans ma famille, ils sont artistes ou ont un rapport privilégié à l'Art. Certains ont une certaine notoriété comme l'un de mes oncles, peintre reconnu en Ukraine et Directeur Artistique d'un magazine spécialisé en Art. J'ai grandi dans son univers, me plongeant dans les livres d'art, me délectant de filles nues - En Ukraine, le nu s'exposait à l'époque en tableaux de Van Eycke, Van Dyck !! Il m'a beaucoup influencé, m'a donné l'envie de dessiner...Peut-être deviendrai-je peintre ? Dans ma famille, un oncle était acrobate de cirque et mon père, musicien doté de dons pour la comédie. Je pouvais devenir comédien...Toutes ces influences, ces différentes voies s'offraient à moi... Mais une chose, une seule chose, quelquechose qui prenait le pas sur tout le reste, était indubitablement la musique. Plus que tout, elle était ma Voie. Écrire, composer, jouer de la musique, essayer de me reposer et se réveiller en musique, toujours présente, toujours et encore. Je vis avec la musique, je fonctionne avec elle. Ma vie n'a de sens qu'avec la musique.

Musique et Politique. Penses tu que la musique soit un bon moyen pour exprimer ses idéaux ou des opinions politiques ?

Je n'ai pas d'affinités avec la politique mais bien sur j'y ai pensé, il est impossible de faire sans. Je ne m'intéresse pas à celle qu'on nous propose, celle qui nous est montrée dans les actualités, c'est toujours les mêmes choses et toutes les tendances se ressemblent. Je n'en ai rien à faire. Je me sens plutôt attiré par l'Utopie je pense, pas au sens social du terme, plutôt tout ce qu'on trouve dans les livres d'anthropologie, les peuples indigènes, les communautés, les penseurs utopistes...
À travers la musique, je retrouve cette essence communautaire. Avoir son propre groupe, une façon de vivre ensemble qui nous est propre et qui nous rend vraiment heureux, même si comme pour tout un chacun il y a des hauts et des bas mais je pense qu'ensemble, nous vivons vraiment un vrai bonheur. Nous sommes unis par la musique.

Idéaliste ?
Non, je ne pense pas, un idéaliste pense simplement sa vie, moi je la vis.

Penses tu que le monde actuel se transforme de lui-même, évoluant vers un retour à des valeurs plus humaines ?

Cela doit être ainsi. Évidemment je crois en une révolution, c'est ce qui est en train de se passer. Le monde change très vite. Je savoure cette transformation, l'âge révolu de l'immobilisme où toutes les vieilles bases s'effondrent. Passons à d'autres choses, d'autres directions !
Cela doit être et le sera ! Il y a déjà quelques indices qui montrent ce changement. Une recherche du naturel, la volonté des gens à revenir aux sources, retrouver leurs racines, l'art, la culture, les habitudes qui changent et même la façon de s'habiller. Je ne pense pas qu'il s'agisse juste de marketing, de commerce, c'est quelquechose de voulu, de conscient. Nous nous sommes éloignés de nos racines et à présent il y a un véritable engouement à vouloir les retrouver. Les valeurs matérielles ont montré leurs limites, la pensée unique, les langages et codes communs, banalisés, le confort matériel qui n'offre plus grand chose si ce n'est des disparités sociales. Les valeurs matérielles s'effondrent au profit d'un retour à des valeurs humaines retrouvées. À présent, la balance tend à pencher de l'autre côté.

 
Pour les Gitans, le Monde ne connaît pas de frontières. Crois tu en un monde où les peuples vivront en harmonie avec leurs "différences" ?

C'est une vision idéale du Monde et cela est possible. . Le principal obstacle reste la dictature financière aux mains de quelques uns. Il y a assez de ressources, de richesses pour tous. Si les communautés étaient plus petites, cela faciliterait le libre échange et la croissance redémarrerait sur des bases saines -je parle ici comme un anarcho syndicaliste de base-, il n'y a rien de nouveau en fait pour changer les choses mais personne n'essaye vraiment. Ce serait pourtant si simple.

The Pied Piper of Hützovina (DVD Trailer)
Réalisation : Pavla Fleischer

"The Pied Piper of Hützovina", peux tu nous parler de ce documentaire sur la route de tes racines ?

Pour Pavla, la réalisatrice, ce fût une expérience toute neuf. De mon côté, je savais où aller, où l'emmener. Je savais exactement ce que je faisais, ce que je voulais lui faire découvrir, ces lieux où cohabitent désolation et joies. C'était une bonne chose de faire ce film car peu de gens se préoccupent des conditions de vie de ces peuples. Un autre monde sur cette planète.

Pour les résidents de l'Ouest, l'Europe de l'est est souvent perçue comme un territoire où se côtoient pauvreté, déprime, maladies, dictatures et désastres d'importance comme l'exemple de Tchernobyl. Avons-nous une mauvaise vision de ces contrées ?

Je ne sais pas si les gens de l'Est sont toujours tristes, je pense que si tu vas dans le métro parisien à 10h du matin, tu trouves des gens encore plus tristes. Je ne sais pas pourquoi, peut-être trop de bon vin bu la veille ?

Oui, c'est la vision qui est montrée. Les peuples de l'Est, comme en Amérique, ont une âme guerrière, ils sont plus robustes face à la vie, n'abandonnent pas facilement face aux rudesses de la vie. Ils ont un certain sens de l'humour qui les caractérise, c'est leur manière de se battre. Ils ne se prennent pas au sérieux, ne se prennent pas la tête avec les préoccupations de la vie moderne et sont évolués surtout sur le plan spirituel. Ils n'ont pas du tout la même façon de voir les choses.

Retour sur Gogol Bordello... Le dernier album fraîchement sorti s'intitule "Super Taranta". Pourquoi ce titre ?

Le titre est construit à partir du mot italien Tarantella, la musique traditionnelle Napolitaine. J’ai toujours aimé l’Italie pour sa culture musicale, historiquement elle est la capitale mondiale de la musique. Ce pays est une vraie mine d’or, une source d'inspiration pour le recherche de nouvelles mélodies. J’ai donc commencé à emprunter des rythmes et des intonations issus de la Tarantelle, étudié son histoire et j'y ai trouvé les qualités que je recherchais dans la musique. La Tarantelle trouve ses origines dans la rue, elle a une dimension mystique et sexuelle car selon la légende elle servait à mettre les femmes en transe. J’ai toujours été attiré par les qualités hypnotiques de la musique, c’est pour cette raison que Jimmy Hendrix reste un des mes musiciens préférés. Notre groupe n’est pas uniquement ukrainien, il est plutôt transcontinental. La musique ne doit pas être uniquement ukrainienne – ou italienne, ou brésilienne – ce qui compte ce sont les racines.

 
Eugene Hütz et le Cinéma...

Quand j’étais au lycée, ma famille et mes amis me disaient que j’avais un certain talent de comédien, mais je n'y croyais pas et cela ne m’intéressait pas. Quand j’ai emménagé à New York, au travers de la musique, j’ai commencé à jouer dans quelques pièces. Par chance, j’ai rencontré des génies du théâtre d’avant garde polonais. Leur théâtre était fortement connecté à la musique. Cette troupe a voyagé dans le monde entier – Brésil, Cuba, Malte – et a réussi à incorporer des éléments mystiques empruntés à ces cultures. J’ai eu la chance de jouer avec eux et le réalisateur m’a donné confiance en mes talents d’acteur et si j’avais eu plus de temps, je serais resté au sein de cette troupe. Ca ne m’intéréssait pas de jouer devant une caméra, de dire des conneries, de pousser des boutons, ce n’était pas pour moi. Mais des opportunités se sont présentées, on m’a proposé des projets et je me suis rendu compte que je pouvais vraiment m’amuser en jouant. Mais je ne suis pas intéressé par le style de vie des acteurs, absolument pas ! Le deuxième film dans lequel j’ai tourné est "Obscénité et Vertu"(Filth and Wisdom) réalisé par Madonna où j'ai pu me lâcher et improviser car Madonna est une musicienne et les musiciens réalisent les films de manière différente, plus instinctive, moins directive. Evidemment, cela m’amène à me demander si je pourrais réaliser un jour mon propre film, c’est ce que j’aimerais faire d’ici un an ou deux.









"Notre musique ne vient pas de l'espace,
elle vient de la Terre..."

      
Gogol Bordello tourne énormément, est-ce que tu as le temps de rester un peu chez toi ?
En fait, je passe beaucoup de temps chez moi. Pour moi c'est beaucoup. Combien de temps veux-tu passer à la maison ? Pour moi, quatre mois c'est déjà beaucoup… et sept/huit mois sur la route, ce n'est pas tant que ça. C'est normal.
La tournée est-elle votre deuxième maison ?
Pour nous, oui, mais ce n'est pas à cause d'une idée romantique de la vie sur la route. On a un grand groupe, c'est beaucoup de gens, sans compter le crew. Donc où qu'on aille, que ce soit le Brésil, le Japon ou l'Australie on voit toujours les quinze même têtes, donc c'est la maison. Notre cocon social en quelques sortes. Et ça ressemble plus à la maison que d'être chez soi tout seul.
Quel que soit le pays que vous visitez, vous obtenez toujours la même réaction aux concerts : des gens qui sautent partout. Sans parler de "musique universelle", qu'est-ce ça fait de toucher des gens de toutes cultures ?
Ça fait plaisir, bien sûr. Mais notre musique ne vient pas de l'espace, elle vient de la Terre. Et elle est basée sur des rythmes très "terriens". Même si on tente des expérimentations de-ci de-là et qu'on essaye de la tordre un peu, étirer ce qui n'est pas censé être étirable, l'essentiel de notre musique repose sur des fondations roots : two-step est-européen, reggae, et même quelques beats latino-américains que je commence enfin à comprendre depuis que j'y habite. Je ne les utilisais pas avant car je ne les comprenais pas. C'est ça la réponse : une combinaison de plusieurs rythmes très terriens qui parlent à l'ADN de tout le monde. Très primaux, très simples, et pas générés par je ne sais quel programme à la mode.
Y a-t-il de nouvelles influences sur cet album ?
Tu as écouté l'album ? Alors tu le sais déjà. Il y a des choses très évidentes qui ont été empruntées au Brésil, mais pas du tout dans une optique "aromatisé latino". Par exemple, une chanson comme "In the meantime in Pernambuco", n'importe quel Brésilien te dira tout de suite que ça ressemble à du frevo, qui est une musique du Nord-Est du pays. C'est un style géographiquement très localisé qui n'est jamais devenu aussi gros que la samba ou la bossanova. Et puis il y en a d'autres comme le maracatu et d'autres styles qui n'ont pas eu la même exposition que les musiques "stars" du Brésil. On s'intéresse plus à ce genre de choses, ce sont des musiques très "anti-touristiques" là-bas. Il y a d'autres chansons qui, même si elles sont dérivées de situations précises liées au Brésil, sont très pertinentes en termes de luttes des classes, de pauvreté, de gouvernement, de contrôle, de stratégies, et peuvent s'appliquer partout dans le monde. Mais oui, les chansons nées de l'expérience brésilienne sont "In the meantime in Pernambuco" ou "Universes Collide" qui parle clairement de pacifier les favelas. Et il y a "Uma Menina" qui vient d'un regroupement avec la communauté gitane de Rio de Janeiro.
Dirais-tu que cet album comporte des chansons plus tristes ou plus mélancoliques ?
C'est juste la nature des chansons. Mais elles ne sont pas si mélancoliques que ça. "Sun is on my side" est plutôt une chanson optimiste, en fait. Ça parle de mourir en paix. Mourir n'est pas la pire chose qui soit, surtout mourir en paix. Ca parle de gens qui meurent et de la meilleure façon de partir. On n'y pense pas forcément tous les jours, mais beaucoup de gens ont perdu quelqu'un dans leur famille, ce n'est pas si éloigné de la vraie vie. C'est une chose vers laquelle il faut tendre, une mort heureuse, parce que tu as des choses à régler avec toi-même plutôt que de blâmer le reste du monde. Enfin, tout ça, ce sont des choses très compliquées… Mais je ne dirais pas que c'est mélancolique en tout cas.
Disons "dramatiques", au sens théâtral du terme, alors…
Mais on parle d'une discipline très dramatique, qui est d'écrire des chansons. Chaque chanson vient toujours de quelque chose de réel, d'une expérience ou d'une autre. Je pense que ça vient du fait qu'il y a eu beaucoup d'embrouilles romantiques, longue-distance et transcontinentales ("trans-continental hustling", le nom de l'album) et qu'elles ont laissé leur empreinte sur le disque. Période difficile. C'est peut-être pour ça. C'était des moments très intenses.
Peux-tu justement nous expliquer le titre de l'album ?
C'est venu assez vite, en fait. On n'y a pas beaucoup réfléchi. C'est quelque chose qui définit notre façon de vivre, notre façon d'aimer, notre façon de danser et toutes ces choses ensemble, ça donne des situations bordéliques qui partent dans tous les sens. Qu'est-ce qui irait mieux que "embrouilles transcontinentales" ?
Pourquoi es-tu tout seul sur la pochette du disque ?
Pourquoi pas ? On a fait plusieurs photos avec le groupe, deux séances, pour la pochette de l'album et ça n'a débouché sur rien. Alors j'ai demandé à un ami de venir avec moi à Rio, dans mon endroit préféré, le mercado uruguayen. On y est allés un matin de bonne heure, je ne m'étais même pas lavé les dents, on a pris une photo et je l'ai envoyée au reste de l'équipe en leur disant "voilà la pochette de l'album". Et ils l'ont validée. Ce n'est pas une question de style, c'est juste que je FAIS PARTIE de ce coin. Il y a une raison pour ça. C'est pour ça que la photo est aussi bonne, parce que je suis collé à cet endroit, je m'y connecte. C'est pour ça que je suis allé là-bas et que la photo raconte une histoire. C'est un album qui a été écrit à Rio de Janeiro, je suis passé par là un million de fois pendant que je l'écrivais. La photo raconte cette histoire. C'est aussi simple que ça.
Tu cites Jules Verne, La Rochefoucauld et Maupassant dans tes chansons, on t'a même vu chanter "Et si tu n'existais pas" de Joe Dassin sur scène… D'où te vient toute cette culture française ?
J'étais un grand lecteur mais j'avoue ne plus beaucoup lire aujourd'hui. Mais pendant ces années de lecture, j'ai bien sûr lu Dostoïevski, Gogol et Boulgakov. Et puis je suis passé aux Français : un peu de Balzac, Zola, Huysmans – l'auteur de À Rebours… Et puis ensuite tu passes à des Scandinaves comme Hamsun… Et là, la boucle est bouclée puisque les Scandinaves sont plus ou moins semblables aux Russes. Mais je ne pense pas être le seul à avoir suivi cette boucle. En tout cas, c'est comme ça que j'ai découvert la littérature française et certains de ces trucs étaient vraiment très puissants. Mais plus j'écris et moins je lis, ça c'est sûr.
Ça ne nous explique pas Joe Dassin, ça…
Tu sais, à l'époque certains trucs étaient très populaires en Russie et en Ukraine. Des trucs français et italiens notamment, parce que vous aviez de grands partis communistes. La pop italienne la plus cucul a été un temps ce qu'on avait de plus influent comme musique étrangère en Russie : à cause de la taille du parti communiste italien, leur musique était la bienvenue. C'était pareil pour vous. Joe Dassin, Jacques Brel, c'était des trucs très populaires par chez nous.
Est-ce que tu penses chanter une chanson en français, un jour ?
Je ne sais pas, je pourrais reprendre "Voyage Voyage" (rires). Mais je ne force rien, en fait. Par exemple, je viens d'écrire une chanson en allemand, et je n'aime même pas cette langue (rires). D'expérience je sais que l'allemand casse l'ambiance, quand tu es DJ et que tu passes une chanson en allemand, les gens partent, ou regardent leurs messages sur leurs téléphones. Mais je l'ai quand même tentée, on verra bien. Le français est bien sûr une langue plus appréciable, mais ma langue préférée en ce moment est le portugais. Elle gagnerait le premier prix dans un concours de beauté des langues.
Ce qui est étonnant chez Gogol Bordello, c'est que bien que votre musique soit très festive et très immédiate, le groupe jouit paradoxalement d'une aura "arty", avant-gardiste…
Je ne pense pas trop à ce genre de choses, mais c'est vrai que la première reconnaissance que nous avons eu venait du monde de l'art. Avant qu'on ne sorte des disques à grande échelle, on ne trouvait nos deux premiers albums que dans les galeries et les musées. À l'époque, on jouait beaucoup plus dans des galeries d'arts que dans des festivals de rock. C'était plus des happenings dadaïstes qu'autre chose d'ailleurs. C'est comme ça que ça a commencé et dans une certaine mesure ça existe encore, mais je me suis éloigné de tout ça, car tout ce que je voulais c'était faire de la musique. Écrire des chansons, c'est ce qu'il y a de plus dur. Raconter des histoires intemporelles – du moins je l'espère – en si peu de temps, en si peu de mots. La simplicité est la chose la plus difficile. Tout le monde dit "le génie est souvent quelque chose de simple", mais ce n'est pas simple-simple, c'est en fait l'expression d'une extraordinaire complexité au travers de quelque chose de simple. C'est engendrer une montagne pour ensuite la dépouiller à sa plus simple expression. Ce n'est pas juste (il fait mine de poser quelque chose) : "OK, voilà du génie". C'est toutes ces choses que tu compresses pour leur donner l'impression d'être faciles. C'est comme ça que tu te retrouves avec des Johnny Cash, des Neil Young ou des Manu Chao.. Pour revenir au monde de l'art, ça avait fini par devenir cosmétique et ça ne m'intéresse pas.
En parlant d'art, tu as aussi croisé le chemin du cinéma. Qu'as-tu retiré de cette expérience ?
Ça m'a surtout fait réfléchir à ce que je pourrais apporter au genre si je le faisais à ma façon. Ça m'a aussi montré à quel point pour faire des films tu devais vraiment vraiment vraiment vraiment vraiment VRAIMENT vraiment vraiment aimer ça. Parce que c'est vraiment putain de chiant (rires). Pas de le faire en soi, mais tout les temps morts qu'il y a entre les moments où tu le fais. Ça n'a absolument rien de cathartique. Ça n'a rien à voir avec un "flot" créatif, c'est une expérience très fragmentée : tu exploses d'énergie devant la caméra et tu dois attendre genre cinq heures pour pouvoir recommencer. En tant que musicien, c'est très dur de s'y faire. Mais j'ai commencé à imaginer ce que pourrais faire si j'étais réalisateur… Un jour qui sait, quand ce sera le bon moment. J'ai un peu d'expérience de réalisateur grâce à Gogol Bordello, et je commence à penser que je pourrais le faire pour le cinéma. Mais je ne prendrais de plaisir à ça que si le réalisateur, les acteurs et les techniciens formaient un gang, comme un groupe, en fait. Là je m'éclaterais. Ce qui n'était pas le cas pour moi sur Everything is Illuminated ou Filth and Wisdom. Généralement, quand je reçois des scripts pour un rôle, ils partent aussi vite qu'ils sont venus. J'ai besoin de plus qu'un simple rôle, il faut que je retrouve l'expérience rock'n'roll.
Peut-être dans le cinéma européen, alors ?
Peut-être oui. J'ai en effet quelques plans et espoirs. Il y a même des gens très bien qui m'ont contacté pour ça, certains même dont je rêvais. On verra comment ça se développe. Je pense que vous allez bientôt avoir des infos très excitantes à ce sujet…
Question bête : combien de fois dis-tu "party!" dans tes disques ?
Je ne sais pas, je ne compte pas. Au moins deux-cents fois.
Est-ce sorte de signature ?
Je pense, oui. Mais ce n'est pas quelque chose que je place sciemment. Je n'en ai pas fait un sample que je pourrais lancer à l'envi (rires). Je ne sais pas, ça vient ou pas en fait. Et quand ça vient, on le garde. C'est une sorte d'avertissement.
      
Propos recueillis par Michael Rochette

 








16/02/2011
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