Alain YVER

Alain YVER

GUSGUS

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GUSGUS


Deux ans après, le décevant Forever, nous n’avions à priori pas grand-chose à attendre du combo islandais mené par President Bongo. Pourtant deux éléments nous ont tout de même incité à tendre une oreille sur le dernier opus sorti en septembre dernier, 24/7.
D’une part, GusGus a désormais rejoint Kompakt, l’écurie de Cologne. D’autre part, l’album est composé de 6 titres qui dépassent tous les 8 minutes. Verdict : le dernier album de GusGus est une révélation ! Oublié le trip hop lourdingue des débuts, place à une techno pop progressive des plus vicieuse et euphorisante. Comment en sont-ils arrivés là ? Retour sur l’épopée de ce groupe islandais pas banal.
Du trip hop qui nous laisse de glace…
Les années 90 sont celles des expériences de fusion, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est ce dont MCD vous parle souvent, le mélange savoureux du dub électronique et de la techno, avec comme pierre angulaire le producteur Moritz von Oswald (aka Maurizio) et les labels Basic Channel/Chain Reaction. Et le pire, c’est la fusion du hip hop avec une electronica lounge dégoulinante qui a donné naissance au trip hop avec d’horribles groupes comme Morcheeba, Massive Attack, Tricky ou Archive. À l’origine, issu de Bristol, le virus du trip hop s’est vite propagé partout en Europe avec son cortège d’expérimentations à faire bailler d’ennui même les plus enthousiastes.
En Islande, pays jusqu’alors plus réputé pour ses aurores boréales que pour sa pop music, apparaît une chanteuse à la voix exotique qui va prendre le même chemin, Björk. Le succès immédiat de son premier album, Debut, mettra un coup de projecteur sur son petit pays et donnera des envies à une tripotée de groupes dont GusGus sera un des principaux représentants.
À l’origine GusGus est un collectif d’artistes, cinéastes et acteurs de Reykjavik qui gravitent autour de la vidéo et du cinéma expérimental. Les 9 membres de la formation originelle sont donc un peu venus à la musique par hasard. Pourtant, dès 1995, les Islandais se font remarquer par le mythique label des Cocteau Twins, 4 AD. En 1997, sort le premier album de GusGus, Polydistortion. Collant parfaitement à l’air du temps, le disque electro jazzy lounge, se hisse rapidement en tête des charts dans toute l’Europe. Succès mainstream, mais aussi reconnaissance de la scène techno, puisque Mark Bell de LFO remixera le single Believe.
Ce premier album arrive à la fin de cette sinistre période trip hop. Pendant encore trois ans, les islandais vont tenter de creuser ce sillon, sans jamais retrouver le succès du premier album. Avec le recul, Président Bongo (le leader du groupe) ne regrette rien : je n’ai jamais été fan de trip hop, je n’ai jamais vraiment compris ce mouvement. Même sur les deux premiers albums de Gus Gus, je ne considère pas que nous faisions à proprement parler du trip hop, bien que nous soyons systématiquement associés à cette mouvance.
…à la techno pop qui nous réconcilie avec l’Islande
Du trip hop des débuts à la techno pop d’aujourd’hui, il y a un fossé, un gouffre, un océan ! Mais à y regarder de plus près, le germe de la techno était déjà présent depuis très longtemps dans les productions de GusGus, comme nous le confirme President Bongo. On a l’impression que les gens n’ont écouté que les titres trip hop de nos anciens albums. En réalité la techno minimale y était déjà présente. Écoutez des titres comme « Chocolate » ou « Remembrance » sortis entre 1995 et 1997, ils pourraient aujourd’hui encore être signés chez Kompakt ! Simplement, ils n’ont pas été choisis comme singles à l’époque. Pour le leader du groupe, il n’y a donc pas de rupture, mais plutôt un changement d’angle de vue.
En réalité si rupture il y a, elle a eu lieu en 2000, avec la sortie de l’album GusGus vs T World. Gus Gus fait de la techno depuis 1995, mais à partir cet album, la techno a pris le pas sur tout le reste. Effectivement, en réécoutant le disque, on peut admettre que la toile de fond est techno, mais encore noyée sous des nappes mélodiques indigestes. Le style de GusGus commence à changer de paradigme, mais sans réussir à apporter un réel nouveau souffle.
En 2007, une nouvelle étape est franchie avec l’album Forever. Après 5 ans d’absence, le groupe islandais est désormais réduit à un quintette et quitte le chill out pour le dancefloor (on se souvient encore de notre surprise face au live de GusGus au festival Europavox, qui avait purement et simplement enflammé le dancefloor). Facile et pas franchement révolutionnaire, le disque avait au moins le mérite de nous sortir de la torpeur, à laquelle nous avait habitué le groupe.
Deux ans après, septembre 2009, GusGus, aujourd’hui trio composé de President Bongo, Daniel Ágúst et Veiran, continue à explorer la voie de la techno pop, mais en y apportant le petit supplément d’âme qui manquait au précédent disque.
24/7, l’album de la renaissance
Au vu de l’histoire du groupe, nous n’avions donc pas beaucoup de raisons de nous attarder sur ce 6ème opus qui s’annonçait au mieux comme vivifiant sur un dancefloor aux alentours de 04h00 du matin… Mais c’était sans compter sur le talent de producteur de Michael Mayer et de son label Kompakt.
La rencontre a eu lieu classiquement lors du festival Airwaves à Reykjavik en 2008. Avec Michael Mayer, nous suivions nos productions réciproques depuis plusieurs années. Ce lent processus de maturation a abouti lorsque nous nous sommes rencontrés au festival Airwaves. Nous avons noué une amitié solide qui a débouché sur la production de ce disque. Kompakt est une bonne chose pour nous, c’est pourquoi nous y sommes aujourd’hui.
[...]
Yann Maubert







[Fallait que ça sorte] GusGus
Mercredi 19 janvier 2011

Attention : le disque dont je vais vous parler aujourd'hui a probablement tout pour vous déplaire. Six pistes (dont deux sont des reprises) d'électro à progression lente, blindée de sons qu'on jurerait sortis d'une compile genre "Ultimate Rave Party vol.372" et de réverbération, des paroles comme "I wanna make you happy 'cause I like you a lot" ou "I'm feeling hateful because you piss me off", une pochette qui… enfin, jetez un œil sur votre droite... Le disque d'aujourd'hui est aussi sorti après deux albums qui avaient déçu voire dégoûté quasiment tous les fans du groupe, et cette fois-ci la chanteuse qui sauvait encore quelques meubles sur ces deux albums n'est plus là ; un disque qui en prime aborde un sujet qu'on préférerait franchement oublier… vous en voulez encore ? Allez, cerise sur le gâteau : si j'en crois les commentaires laissés sur YouTube, l'un des singles de l'album s'est fait connaître en figurant dans un film du nom de "Monster Cock Craving Sluts" (sic). On fait difficilement plus classe.
Et pourtant, je peux affirmer que c'est un album convaincant, entraînant et osé, qui tourne en boucle dans mon lecteur depuis des mois (bien que je n'aie jamais mis les pieds dans une boîte de nuit et que je ne compte pas le faire de sitôt).

Mais remettons les choses dans leur contexte… GusGus, à l'origine, était un collectif d'acteurs islandais comprenant une douzaine de membres. Si leur carrière cinématographique n'a semble-t-il jamais décollé, ils ont sorti un excellent album orienté trip-hop sur le label 4AD en 1997, intitulé "Polydistortion" (à l'atmosphère feutrée parfois ambiguë,

menée par la voix planante mi-angélique mi-lascive de Daníel Ágúst Haraldsson), suivi d'un LP plus dansant, tour à tour pop et électronique : "This Is Normal". Le collectif avait déjà perdu trois membres entre les deux albums, mais en 2000, c'est la débandade : quasiment tout le monde quitte le groupe et il ne reste plus que Birgir Þórarinsson (a.k.a. Biggi Veira) et Stephan Stephensen (a.k.a. President Bongo) sur le navire. Qu'à cela ne tienne, les deux membres engagent une chanteuse du nom d'Urður Hákonardóttir (a.k.a. Earth), tout à fait honorable et qui deviendra l'un des points forts du groupe (même si on sera également heureux de retrouver Daníel Ágúst sur une ou deux pistes en invité), et sortent un album de techno ("Attention") qui, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, déçoit quasiment tout le monde. Tout n'est pas à jeter dessus, les deux premières pistes sont même de sacrés tubes, mais il est vrai que le disque est inégal — et que ses beats et ses sons franchement orientés dancefloor (voire carrément putassiers) ne sont pas forcément au goût des fans de GusGus de la première heure. L'album suivant, "Forever", continue dans la même veine et s'aventure même encore plus loin. Évidemment, presque personne ne l'aime (sauf moi, mais c'est presque un plaisir coupable). Quand Earth quitte le groupe, on est prêts à enterrer GusGus au fond d'un tiroir…


…surtout qu'en 2008, l'Islande se retrouve carrément dans la mouise. La crise économique aura touché le pays d'une manière particulièrement violente, et si je n'ai pas tout suivi de l'histoire (rassurez-vous, je ne vais pas vous faire de cours d'économie — j'en serais d'ailleurs bien incapable), on peut imaginer que tous les Islandais n'étaient pas d'humeur à danser gaiment pour célébrer leur nouvelle précarité. C'est dans ce contexte que sort "24/7"… et l'une des raisons pour lesquelles l'album est une réussite est le fait que, plutôt que d'ignorer ou de fuir cette conjecture, le groupe la confronte carrément. Bongo, Daníel et Biggi répondent à la crise par un album de dance music sombre, ironique et cynique, une rave party désabusée qui pourtant n'abandonne pas un certain hédonisme, comme pour dire "OK, on est dans la merde. Maintenant voyons ce qu'on peut en tirer".

(Thin Ice)

Les chansons de "24/7" parlent donc de plaisirs temporaires, de rancœur et de boulots harassants, sur fond d'électro minimale qui, sous des airs de vulgarité crasse au niveau de certains sons et effets, est plus fine qu'il n'y paraît et se révèle réellement intéressante au niveau des structures et des textures sonores (l'album est sorti sur le label Kompakt, après tout). Surtout, la musique trouve un équilibre étonnant entre expressions d'amertume et d'hédonisme. Ainsi Thin Ice ouvre l'album sur une série de décharges électriques presque agressives, la seule mélodie venant du chant mélancolique de Daníel (heureusement de retour dans le groupe), avant que la basse ne se décide à sortir de son état catatonique après deux minutes, que la piste ne s'arrête puis reparte sur une boucle plus rythmée mais toujours sombre — et qu'enfin, après cinq minutes, le chant décolle, devienne dansant, irrésistible, avec un chœur et un beat qui viennent enfin nous sortir de ce marasme glacé et nous donner sérieusement envie de danser. La progression n'est pas qu'efficace, elle était indispensable. La seconde piste, Hateful, est nettement plus directe, et si elle garde un son qui exsude toujours la froideur et le spleen, c'est bien de haine sans ambages dont parle la chanson, exutoire particulièrement réussi qui n'explose ni ne s'épuise jamais pendant la dizaine de minutes qu'il dure. Le sourire que l'on esquisse en entendant Daníel (qui n'avait jamais mis un mot plus haut que l'autre jusqu'à présent) entonner "If you can't tolerate my kind, you can kiss my fucking ass" provient autant du ridicule de la phrase que de l'énergie négative, transformée en défouloir par le groove de la piste, qui transparaît à travers elle. Peut-on être à la fois ridicule et convaincant, vulgaire et fin, déprimé et entraînant ? GusGus semble bien prouver que oui…

(Hateful)

Sur On the Job, le groupe joue d'une ironie particulièrement grinçante, Daníel prenant une voix éraillée (autant qu'elle puisse l'être), fatiguée et faussement enthousiaste pour nous dire à quel point il est dévoué à son travail 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 (le groupe semble ici tester les limites de son esthétique : un peu plus et la piste se casserait la figure — et pourtant, malgré tout, elle tient). Le ton de l'album s'éclaircit un peu sur la seconde moitié du disque, avec une reprise étonnante de Take Me Baby de Jimi Tenor (que l'on peut décrire comme une chanson d'amour robotique bizarre ; Jimi est signé chez Warp et donne lui-même de la voix sur la reprise de GusGus) qui évolue vers l'entraînante Bremen Cowboy, instrumentale réminiscence de certaines pistes d'Underworld au début des années 90, et qui repose finalement un peu de tout ce vague à l'âme et de tout ce cynisme. Enfin, l'album se termine sur Add This Song, à la fois la chanson la plus ouvertement kitsch et l'une des plus prenantes de l'album, qui accumule les clichés de mauvais goût, "euro-trance pop" ou tout ce que vous voudrez, mais qui arrive à sonner sincère malgré tout, plaisir temporaire mais certain qui vient tout éclairer… du moins jusqu'à ce que la piste (dans sa version album) finisse par se dissoudre lentement dans des boucles techno abrasives. Le sentiment d'élation ne dure qu'un instant et il n'en reste qu'un écho à la fin — mais le souvenir est toujours là, et une fois le disque fini, si le quotidien paraît toujours aussi sombre, GusGus a atteint son but : nous redonner envie de profiter vraiment de la vie autant que possible, nous donner envie de danser même au cœur de la crise, de l'hiver et de la dépression.

(Add This Song)

Bref — "24/7" est une réussite, un disque mine de rien hors du commun, et le meilleur album que GusGus ait sorti depuis "Polydistortion". Le groupe vient de publier une compilation pour fêter ses quinze ans et la sortie de leur prochain album est annoncée pour le 25 avril… Pour la première fois depuis quelque temps, on peut l'attendre avec un réel enthousiasme !

 lamuya-zimina

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Gus Gus – Usine nouvelle
04/02/1998

Alors que Gus Gus revient à Paris faire tourner son enthousiasmante techno esperanto, visite à Reykjavik de cette stupéfiante usine à idées. Où l’on découvre que sous son allure cocasse et gugusse, Gus Gus est une organisation militaire, une ruche obsédée de futur où se brassent les sons et les images, les modes et les travaux pratiques.
C’est une maison blanche, nullement adossée à la colline mais posée au centre d’un aristocratique et intimidant terre-plein de gazon. En octobre 86, lorsque Gorbatchev et Reagan s’y rencontrent pour parapher les accords de Reykjavik, le H majuscule de l’histoire contemporaine ébranle la quiétude de ce monument dont les Islandais se plaisaient jusque-là à vanter l’inutilité. Baldur Stefánsson, le manager ­ pardon, le directeur des arts financiers ­ de Gus Gus en rigole encore : “Une maison pour les signatures, c’est bien une idée islandaise, ça ! Enfin, elle aura au moins servi une fois.” En revanche, le vaste appartement qui abrite les activités pluri-artistiques de Gus Gus n’est pas à l’aube de voir son effarant régime ralentir. A n’importe quelle heure, pendant les nuits panoramiques ou les jours éclairs qui ponctuent à cadence bancale l’hiver islandais, il se passe toujours quelque chose dans l’une des neuf pièces allouées à la Gus Gus Corporation.
L’infatigable Baldur ­ couché à 5 h du matin, frais et dispos quatre heures plus tard ­ règle au téléphone les derniers détails de la prochaine tournée européenne de Gus Gus-le groupe, (petite) partie émergée de l’iceberg Gus Gus-le collectif. Collectif n’est pas un terme très glamour, on vous l’accorde. Il rappelle vaguement le Soviet suprême ou les stratégies vasouillardes de Mémé Jacquet. On n’a pourtant pas trouvé mieux dans la grande pioche du vocabulaire pour rendre justice à un tel puzzle humain et créatif, assemblage hétéroclite de musiciens, DJ’s, écrivains, vidéastes, photographes, acteurs, activistes politiques et petite blonde sexy. Pour preuve, l’hallucinante visite non guidée du bunker qu’il nous sera permis d’effectuer pendant quarante-huit heures. Cadenassé dans le confortable studio du fond, DJ Herr Legowitz, l’ermite de la bande ­ “Nous partons à huit en tournée et lui garde la maison”, dira Siggi Kjartansson, l’un des deux vidéastes ­, travaille à raison d’environ dix-huit heures par jour sur une musique de film pour Hollywood. Dans la pièce à côté, Magnus Jonsson, l’un des chanteurs, enregistre des maquettes commandées par son éditeur américain pour une chanteuse dans le besoin. Dans le studio de production vidéo, Stefan Arni fignole un prémontage du clip de Gun, prochain single extrait de l’album Polydistorsion. La nuit précédente, Biggi Thórarinsson et Alfred More ­ respectivement programmeur et DJ ­ sont restés cloîtrés jusqu’à l’aube dans l’un des deux studios d’enregistrement pour finaliser le remix d’un des titres de l’album d’Helena Noguera, une reprise du All shock up de Presley, rendue méconnaissable après la chirurgie de pointe que lui ont fait subir les deux Gus Gus les plus radicaux. Ailleurs, Siggi nous fait écouter Monument, reprise éminemment gusgusienne de Depeche Mode pour un album-hommage à paraître.
A une heure nettement avancée de la nuit suivante, on surprendra Daniel Agúst, l’autre chanteur et principal auteur-compositeur de Gus Gus, déjà à l’ouvrage sur l’un des titres ­ assez fameux ­ du prochain album. Un peu plus tard dans la journée, Baldur organisera une séance de brainstorming avec une styliste chargée de dessiner la ligne de vêtements Product, première collection de la société Cry Lab, la division fashion de Gus Gus, qui sera présentée dès octobre à Paris. Seule Hafdis Huld, la chanteuse encore écolière de 18 ans, s’est accordé quelques jours de vacances avant la grande tournée des prochaines semaines.
On pensait débarquer dans une espèce de Factory à la mode islandaise, on découvre une ruche. On s’attendait à rencontrer la crème bohème de Reykjavik ­ genre gros branleurs servis sur canapés, pensant l’Art en faisant du lard et en s’imbibant d’Islandic brandy, l’aquavit local ­, on tombe sur un repaire de stakhanovistes aux idées longues et au sommeil bref. Au premier virage après l’immeuble, la citoyenne la plus célèbre de l’île, Miss Björk en personne, salue depuis sa cuisine deux des membres de Gus Gus sortis aérer leurs cellules. La perle de Reykjavik, qui est partout hors d’Islande l’une des pop-stars les mieux surveillées, jouit à deux heures d’avion de Londres d’une paix à sa mesure : royale. Fenêtres et portes grandes ouvertes, l’appartement de Björk en dit long sur les moeurs de la plus petite métropole occidentale. Ici, Voici, Gala et les entreprises d’alarmes anticambriolage ont soigneusement évité d’implanter des antennes. Parano et vedettariat sont deux oublis volontaires du dictionnaire courant des quelque 150 000 heureux habitants de Reykjavik.
Parmi les neuf membres de Gus Gus, plusieurs ont déjà connu par le passé les honneurs des hit-parades insulaires. Daniel fut pendant plusieurs années le leader d’un des groupes pop les plus célèbres d’Islande. Une rumeur vérifiée dit même qu’il a participé une année au concours de l’Eurovision, récoltant un joli ziro poynte resté célèbre dans les annales de cette grande kermesse des variétés continentales. Magnus, surnommé le dieu grec en raison d’une plastique à faire trembler tous les backrooms du Marais, ancien drag-queen et acteur épisodique dans quelques séries B hollywoodiennes ­ majoritairement des rôles homos ­, paradait à la tête d’un groupe parodique franchement loufoque et néanmoins populaire à son heure. Biggi et Herr Legowitz se sont fait la main à la fin des eighties au sein du groupe house T. World, tandis que DJ Alfred More, après avoir étudié la photographie en France, fut longtemps le tenancier de la très arty boutique de vinyles Elf 19.
Même la benjamine Hafdis affiche un CV qui donne raison à ceux qui voient déjà en elle la Björk des prochaines décennies : “Dès l’âge de 1 an, ma mère me trimbalait aux concerts, au théâtre, au cinéma. J’ai simultanément appris à parler, chanter, marcher et danser. A 10 ans, j’écrivais des chansons, paroles et musiques, et je chantais dans la chorale de l’église. J’avais fondé également une troupe de cirque dans le garage d’un ami de mon grand-père et je donnais des représentations pour les enfants du quartier. Plus tard, j’ai fait de la danse, j’ai chanté dans des shows télévisés et j’ai animé un journal pour les adolescents à la radio nationale.” En 95, alors qu’elle n’a que 16 ans, Hafdis est déjà de la première mouture de Gus Gus lorsque l’embryon du futur collectif se coagule autour d’un projet cinématographique intitulé Pleasures. Siggi et Stefan sont à l’origine du grand chambardement qui va faire se croiser les destins de quelques artistes les plus en vue de Reykjavik. “Nous avions fondé une société de production de films et nous tournions un court métrage dans lequel jouaient Magnus, Daniel et Hafdis. Lorsqu’il a fallu composer la musique de Pleasures, chacun a contacté des amis musiciens et comme tous les acteurs étaient eux-mêmes compositeurs, on s’est retrouvé avec un tas de morceaux qui dépassaient le strict cadre du film. On a donc décidé d’enregistrer un album sous le nom de Gus Gus, qui fut publié uniquement en Islande mais dont nous avons envoyé un exemplaire à la plupart des labels internationaux. Aucun ne nous a contactés.” La copie originelle de l’album, intitulée Gus Gus et gravée en seulement deux semaines avec des moyens de fortune, comprend des versions préhistoriques brouillonnes de tous les futurs hymnes lascifs et aériens de Polydistorsion ­ Polyesterday et Believe en tête. Etrangement, Gus Gus sonne à l’époque comme un Funkadelic ou un Sly Stone gelé aux entournures. L’ensemble manque franchement d’air mais les trouvailles empilées à la diable donnent déjà la mesure de la future griffe Gus Gus. Quelques mois après la sortie de l’album, l’un des émissaires du label 4AD de passage à Reykjavik demande conseil à un disquaire sur les spécialités locales. “Le disquaire était un ami et le type est évidemment reparti avec notre album. Dès que 4AD nous a contactés pour nous proposer un contrat, toutes les maisons de disques anglaises se sont instantanément mises sur les rangs pour faire de la surenchère. Comme 4AD correspondait exactement à notre approche, on n’est pas allés voir plus loin.”
L’an passé, la version de l’album entièrement réenregistrée et parue sous le titre Polydistorsion s’est écoulée à quelque 180 000 exemplaires à travers le monde, principalement en France et aux Etats-Unis. Dix ans après la grande pompe du sommet Gorby-Reagan, la ville symbole de la fin de la guerre froide est de nouveau devenue le berceau d’un salutaire armistice. Le temps des spectacles sons et lumières du cirque Gus Gus, on a vu des résidents puristes de la technosphère vibrer au même diapason que leurs plus farouches adversaires. La soul, la pop, le disco hi-energy, le funk, la new-wave et la house ont conjointement publié l’acte de naissance de leur première et plurielle portée : neuf Islandais dont l’enthousiasme fait taire dans son généreux sillage bien des batailles stériles entre ceux qui dansent disco et ceux qui gardent le sac à main de leur copine. “Nous venons de milieux artistiques très divers et nous avons tous des goûts assez différents, précise Biggi. Personnellement, j’ai surtout été marqué par la techno-pop des années 80 et par le disco. Magnus est lui aussi un grand fan de disco. Daniel et Siggi aiment la pop classique, Herr Legowitz est l’un des meilleurs DJ’s house du pays et Alfred est très branché sur les beats latinos et le jazz. La musique de Gus Gus, comme toute l’imagerie qui l’entoure, est d’une certaine façon notre pot commun. Chacun apporte des idées, propose des chansons, des textes ou des scénarios pour les films et nous décidons collégialement de tous les choix. Si l’un d’entre nous désire monter un projet hors du groupe, comme ce sera bientôt le cas pour Alfred et moi avec l’album instrumental que l’on va mettre en chantier l’an prochain, il peut tout à fait l’envisager à l’intérieur de la structure Gus Gus.”
Baldur, qui fut avant de s’occuper des affaires de Gus Gus un directeur de campagne réputé pour des candidats socialistes en Islande et en Scandinavie, a instauré à l’échelle du groupe un système de fonctionnement digne des grandes utopies autogestionnaires. “Dans la politique, je faisais du marketing pour faire triompher mes idéaux socialistes. J’étais très jeune et j’espérais que le socialisme triomphe partout. Avec l’âge, je me suis rendu compte de la difficulté de la tâche (rires). Mon ambition est désormais plus modeste : je souhaite juste que le socialisme triomphe au sein de Gus Gus. Au départ, on partait dans tous les sens et il y avait encore des luttes d’ego qui auraient pu rapidement ruiner le groupe. Lorsque nous avons signé chez 4AD, chacun a pris conscience qu’il fallait pour l’intérêt de tous avancer groupé et non pas contre les huit autres. Nous avons mis en place des réunions quotidiennes d’une heure durant lesquelles nous abordons tous les projets en cours, que ce soit le moindre remix ou la réalisation d’un film ou d’un album. Chaque fois qu’un projet est accepté par les neuf membres, l’un d’entre nous est désigné comme “manager de projet” et il prend en charge le budget, la mise en place de la logistique, la planification et tous ceux qui sont intéressés pour collaborer au projet doivent se faire connaître.” Daniel Agúst a ainsi été désigné manager du second album de Gus Gus, dont la sortie est planifiée pour septembre. Le 1er octobre dernier, une date limite avait été fixée pour déposer les maquettes des chansons susceptibles de figurer sur l’album. “Daniel avait organisé une grande réunion au sommet avec un dressing code, l’obligation d’apporter une bonne bouteille et des amis très proches. Il nous a distribué les textes des seize chansons en compétition et nous les avons toutes écoutées sans faire de commentaire. A la fin de la soirée, chacun est reparti avec une cassette et nous avons décidé de nous revoir dans les mêmes
conditions un mois plus tard. Le 1er novembre, nous avons donc mis en place une sorte de concours de l’Eurovision pour désigner les dix chansons finalement retenues pour l’album.” Un exemple épatant d’allégresse démocratique au bout duquel fut couché sur papier Treasures in lava (“Des trésors dans la lave”), titre générique de l’album qui reste désormais à construire. Là encore, la méthode est arrêtée avec une rigueur digne d’un plan quinquennal. Cinq titres ont été confiés à Herr Legowitz, chargé d’échafauder boucles et rythmiques, de trouver les samples et de dégrossir la production. L’autre moitié ­ dont l’impressionnant Snoozer ­ a atterri accompagnée du même ordre de mission entre les mains de Biggi et Alfred. Daniel supervisera l’activité des studios et chacun des membres aura tout loisir d’aller papillonner d’une cellule à l’autre pendant toute la durée de l’enregistrement. Herr Legowitz est un solitaire forcené, tandis que Biggi et Alfred ne peuvent fonctionner qu’en binôme. “Biggi est le plus rationnel de nous tous, précise Alfred. Il était analyste programmeur dans une banque avant de rejoindre le groupe. Comme je fume pas mal, j’ai tendance à planer en permanence lorsqu’on travaille, alors que lui demeure très terre-à-terre, extrêmement concentré. Nous estimons avoir réussi lorsque le résultat se situe au niveau intermédiaire entre nos deux perceptions.”
Les textes des chansons sont également soumis à discussion, avec obligation pour les auteurs de clarifier les sujets et d’éclairer les zones obscures. “C’est à partir de là que l’on commence, Stef et moi, à réfléchir aux éventuels scénarios des clips, indique Siggi. Toutes les suggestions sont là aussi bienvenues. C’est d’ailleurs Daniel qui a trouvé les deux idées à partir desquelles on a écrit les synopsis des clips de Polyesterday et Believe.” Comme en témoignent leur style onirique et le peu d’orthodoxie de leurs montages, les deux vidéastes de Gus Gus érigent en maîtres absolus Kenneth Anger et Derek Jarman. “On aime aussi Woody Allen, Wenders, les frères Coen, la Nouvelle Vague française, mais le cinéma expérimental est notre première source d’inspiration. Le film réalisé par Jarman sur la musique de Psychic TV a été pour nous un déclic déterminant dans l’envie de faire des clips. Le fait d’être partie prenante dans l’élaboration de la musique, puisque nous composons et jouons certaines parties, évite que l’on porte un regard trop distancié sur les chansons. C’est la même chose lorsque nous gérons les installations vidéo et les lumières des concerts. Nous sommes des sortes de DJ’s des images, avec des magnétoscopes à la place des platines. Chaque soir, nous improvisons un set différent.”
Entre une belle démonstration appliquée des vertus du collectivisme et une preuve non moins convaincante de ses talents individuels, Gus Gus arbore le profil probable d’un groupe idéalement armé pour négocier en tête de peloton le tournant du prochain millénaire. Si on nous ouvre les portes de la grande maison blanche, on est prêts à signer immédiatement, sous la haute surveillance de Gus Gus, cet accord de paix entre les genres.

par Christophe Conte
le 04 février 1998

//www.lesinrocks.com/1998/02/04/musique/gus-gus-usine-nouvelle-11231476/






Gus Gus
Mélanie Pélican le 26/09/2006 pour MusicActu
 
Gus Gus est un groupe islandais formé à Reykjavik en 1995 par Stefan Arni et Siggi Kjartansson. Le groupe, très éclectique, s'agrandit. Au total, neuf personnes, du Dj à la pop star, en passant par le politique et l'informaticien. C'est à l'occasion du tournage d'un clip vidéo que la petite équipe fait connaissance. Partant du principe qu'un groupe n'existe que le jour où il signe un contrat, les Gus Gus se mettent au boulot et bouclent leur premier album en onze jours. "Polydistortion" sort fin 1995 en Islande. Un exemplaire atterrit chez le label londonien 4AD. Emballé par le packaging et le contenu du CD, les responsables du label leur offrent un contrat.

Très acclamé par la critique, le mélange techno, hip-hop et funk séduit également le public. Au cours de son énorme tournée mondiale, la sonorité des Gus Gus évolue. Cotoyant des groupes tels que Lamb ou Cornershop, les Islandais prennent un virage pop dans leur deuxième album, "This is normal", paru en 1999. Depuis 2002, la formation n'a sorti que deux albums dont "Attention", suivi de nombreux singles comme "Desire", "David", "Call of the wild" ou en 2006 "Forever sampler". Le dernier opus du groupe, "Forever", sort à l'été 2006.







Gus Gus - This is normal
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Collectif de givrés islandaise aux activités aussi variées que cocasses, de la mode à la politique, de la chorégraphie au rock electro, Gus Gus est devenu un vrai groupe: à l’occasion de son deuxième album, This is normal. Mais comment faire tenir neuf cerveaux aussi bouillonnants et véloces dans un seul cadre ? Visite d’un [...]

Collectif de givrés islandaise aux activités aussi variées que cocasses, de la mode à la politique, de la chorégraphie au rock electro, Gus Gus est devenu un vrai groupe: à l’occasion de son deuxième album, This is normal. Mais comment faire tenir neuf cerveaux aussi bouillonnants et véloces dans un seul cadre ? Visite d’un Gusgusland enneigé mais chaleureux.
Pas de chance, le meilleur titre possible pour le deuxième album de Gus Gus était déjà pris. Comme par hasard, il ap- partient à leur voisine Björk : Homogenc aurait en effet idéalement collé au souhait actuel de Gus Gus d’apparaître non plus sous l’étiquette floue et pédante de “collectif” mais bien comme un groupe, un gang, un clan. Une bande à part, mais à part entière.
Ce qui a changé depuis Polydistortion- le premier album qui partait comme son titre l’indique, dans toutes les directions s’adressait à tous les sens en même temps -, c’est précisément ce besoin de recentrer le tir afin d’en renforcer l’impact. A l’image de l’impressionnante trance-machine qu’ils ont pris l’habitude de déballer sur scène, les neuf membres hyperactifs de Gus Gus ont ressenti l’envie urgente de battre d’une même pulsation, de n’être qu’un seul et même indivisible flux serpentant à travers leurs corps mêlés, formant à l’arrivée une entité unique et compacte, un Super-human. 
Interrogés séparément, les deux chanteurs Daniel Agùst et Magnus Jonsson parlent d’une même voix, se livrent au même préambule : “Avoir conscience d’agir comme un groupe, voilà la première démarche qu’il nous a fallu adopter en abordant l’album, avant même d’en avoir enregistré la moindre note. Auparavant, nous étions une addition d’individualités, maintenant nous sommes un tout. 
Un an plus tôt exactement, à l’aube de la première véritable tournée française de ce qui n’était encore qu’une sensation islandaise aux contours mal définis, nous avions rendu visite à Gus Gus dans sa ruche de Reykjavik : un large espace divisé en studios, ateliers, salles de répétition ou de montage vidéo. En ordre remarquablement dispersé, chacun s’affairait à découper dans son coin une pièce d’un futur puzzle d’album devant être rassemblé à peine quelques mois plus tard. Tout était réglé, programmé planifié, tamponné comme un plan de vol de l’armée US, sans qu’aucune place ne paraisse laissée pour l’intervention au débotté d’un caillou dans la chaussure.
A l’époque, on fut sidéré par cette impeccable mécanique digne des Temps modernes, qui roulait sans qu’un grain de sable ni une poussière de doute ne viennent l’enrayer. A ce rythme, devinait-on, Gus Gus aurait terminé son second album avant même qu’on soit venu à bout du premier. Malgré la température étrangement clémente de cet hiver-là en Islande, on avait froid dans le dos en observant ce groupe organisé comme une PME, en contradiction flagrante avec sa musique libre et oisive, œuvrant comme s’il avait à tenir des objectifs, à satisfaire une commande.
Evidemment, le deuxième album de Gus Gus alors prévu pour le mois de juin 98 ne sort qu’aujourd’hui, soit quasiment avec un an de retard. Et c’est bien mieux ainsi. Neuf mois auront finalement été nécessaires à la gestation de ce qui semblait l’an dernier une simple formalité, un accouchement sans douleur. Neuf longs mois afin d’éviter cet écueil qui guette fatalement les deuxièmes albums trop rapidement tressés sur les lauriers du premier.
Grâce au temps, ce qui aurait pu n’être qu’une réplique flemmarde de Polydistortion devient au contraire son prolongement surdimensionné : plus écrit, plus pop, plus hypnotique, plus tubesque (Ladyshave, notamment, pourrait embraser les ondes et offrir à Gus Gus sa première étoile d’escalade dans les hit-parades internationaux), puis éclectique enfin (les somptueuses ballades Bambi et Dominique), toujours aussi festif, fiévreux -du samedi soir-et érotique. 
Daniel Agùst, nommé “manager du projet album” d’après les étranges statuts collectivistes en vigueur chez Gus Gus, reconnaît que le retard pris sur le calendrier arrêté il y a un an est avant tout dû à “un besoin de redéfinir les bases de travail entre nous. Il fallait à tout prix conserver l’esprit spontané et naïf du premier album tout en évitant de remettre les pieds au même endroit. Polydistortion s’est construit alors que nous nous connaissions très peu les uns les autres. On se découvrait en temps réel, au fur et à mesure de l’enregistrement qui s’est déroulé très vite, en à peine trois mois, dans une espèce d’état de grâce comparable à celui des premiers temps d’une relation amoureuse.” On l’aura compris, il s’agissait cette fois d’apprendre à vivre au quotidien, composer avec les humeurs, l’ego de chacun, parfois laver le linge sale, maintenir entre neuf individus ce qu’il est souvent si difficile de préserver à deux : une fusion passionnelle, sans quoi la musique de Gus Gus ne serait rien que viande froide pour dance-floors, chair triste livrée aux canons des bpm. Au contraire de quoi elle est la plus sensuelle machine à onduler langoureusement du pelvisque le monde libre ait comptée depuis les premières bombes sexy larguées par Massive Attack à l’orée de cette décennie. De l’extérieur, notamment en raison du dispositif déployé sur scène ? ses installations vidéo, son light-show élaboré et tout son appareil chorégraphique-, Gus Gus passe parfois pour ce qu’il n’est pas :un ramassis de poseurs arty et top-tendance, mutant factice de l’ère Internet, aussi vide d substance que sa musique est remplie d’effets electrochics. Quelques jours en la joyeuse compagnie de ses membres suffisent à contredire tous les procès.La seule valeur motrice de Gus Gus est purement hédoniste, son instinct n’obéit qu’à un seul mot d’ordre: le plaisir. Rarement aura-t-on ainsi éprouvé au contact d’un groupe de rock telle circulation permanente de fluides, telle parade continuelle de vibrations positives, telle communion d’esprits. Jamais un seul des acteurs de Gus Gus ne se retrouve pris en flagrant délit de péroraison ni en position de supériorité arrogante. Aucune prétention d’être à l’avant-garde chez eux, ni à l’avant- quoique ce soit, mais au contraire d’œuvrer au présent, selon des mouvements seulement intuitifs, sans théorie fumeuse ni besoin d’épargner pour l’avenir. La plupart d’entre eux, dans une autre vie, ont déjà eu tout loisir d’assouvir leurs besoins naturels d’égocentrisme, à commencer par la paire de chanteurs aux silhouettes et aux tessitures diamétralement dissemblables : le petit frêle au physique d’oiseau de proie, Daniel, et l’apollon capable de la se transformer sur scène en diva disco, Magnus. L’un et l’autre ont connu la gloire au sein de leurs groupes respectifs et sont devenus ensemble, sans la moindre lutte d’influence, les porte-voix de l’harmonieuse polyphonie de Gus Gus. Daniel : “C’est vrai que j’écris la majorité des chansons, mais ça ne m’autorise pas à dominer les autres. Je considère le groupe comme un terrain de jeux. Mes chansons, ce sont mes jouets, et si j’accepte de les amener sur le terrain de jeux, c’est pour que tout le monde puisse s’amuser avec.” Pour les mêmes raisons conviviales, chacun des neuf membres de Gus Gus touche un neuvième de tous les profits engendrés par le groupe:ce qui en fait le seul ensemble musical avec, probablement. Les Choeurs de l’armée Rouge et l’ex-combo rockabilly-balloche de Robert Hue, à vivre sous un régime communiste.
Nous étions donc chez Gus Gus l’an passé et, à peine avions-nous quitté les lieux qu’une seule envie nous obsédait : y revenir au plus vite. Janvier 99, alors que l’Islande traverse cette fois un hiver en pente raide, que la capitale Reykjavik s’est laissée patiemment engloutir sous une neige poudreuse et tenace, on reste toujours les bienvenus à Gusgusland. Eternellement au beau fixe, l’hospitalité du groupe islandais le plus populaire depuis les Sugarcubes n’est pas entamée par la chute du thermomètre et les sourires, même gelés, ne paraissent jamais forcés par le devoir de promotion. Précédant de trois mois sa sortie officielle, le deuxième album This is normal est présenté à la presse au cours d’un de ces week-ends nature et découverte, picole et bamboche dont les Islandais possèdent l’unique secret. Sont donc réunis une vingtaine de journalistes européens, comité fortement réduit par rapport au lancement pharaonique du premier album il y a deux ans, ainsi que quelques-unes des pièces stratégiques de l’échiquier Gus Gus sur le continent (représentants commerciaux des grosses chaînes de magasins, programmateurs de radios et responsables des labels anglais et français), toute cette délégation débarquant pour une nouvelle visite de ce merveilleux parc d’attractions naturelles qu’est l’Islande.
Ici, nul besoin de pyrotechnie coûteuse ou de trucages en 3D pour impressionner les visiteurs. Le décor fulgurant vous sectionne déjà le souffle tandis que le fil des événements imprévus se charge du reste. Deux jours durant, hormis l’écoute de This is normal, le programme réservé à leurs hôtes par les GO de Gus Gus comportera, entre autres amusements : une longue balade lugubre en car, le récit de quelques contes gothiques islandais, des sports de l’extrême, une surboum 100 % eighties, diverses dégustations de spécialités culinaires relativement gore et, bien sûr, les traditionnelles beuveries au coin du réchaud à pétrole et causeries avec le clan.
Enfin, pour clore le spectacle, un invraisemblable remake nocturne de Fargo. This is normal, qu’ils disent… La fête avait lieu dans un chalet paumé, au bout de quelque soixante kilomètres de route difficilement praticable, sachant qu’une fois franchie la périphérie de Reykjavik l’Islande n’est plus qu’une immense plate-forme lunaire qu’une tombée déneige un peu coriace suffit à transformer en désert blanc. Le chalet en question, perché en haut d’une colline, n’était joignable qu’au prix d’une escalade par -10° C- cinq minutes pour les athlètes surentraînés de Gus Gus, un quart d’heure au bord de la crise d’apoplexie pour nous autres. Pour ne pas heurter la fierté autochtone, on fut contraint de goûter à des têtes de mouton coupées en deux ou, bien pire, à du requin faisandé dont la seule odeur aurait indisposé un bouc, le tout arrosé d’un aquavit tord-boyaux à rendre aveugle. Bien plus dur encore sur l’échelle des supplices humains : Biggi, programmateur des machines chez Gus Gus et squatter de platines numéro un, qui l’an passé déjà nous avait infligé l’intégrale de Bronsky Beat, imposera à tous l’écoute intensive du best-of trop délire de Modem Talking. Pour le reste, ce fût une joyeuse collision d’alcool et d’infrabasses, de ballets lascifs entre les membres de Gus Gus et leurs compagnes, lesquelles pourraient sans problème prétendre au titre de Miss Islande.
Au retour vers la capitale, alors que les deux DJ de Gus Gus étaient attendus dans l’un des clubs pour mixer jusqu’à pas d’heure, le car transportant la colonie ira joyeusement s’enneiger en rase campagne, au beau milieu du néant blanc, au sortir d’un virage un peu trop serré sur les bordures. Là encore, pour parer à ce qui était bel et bien une tuile imprévue, les membres de Gus Gus déployèrent illico un plan de secours semblable à l’organisation épatante de leur musique, occupant chacun un poste précis, le tout coordonné et orchestré par l’infatigable Baldur, manager et directeur des arts financiers du groupe – et en l’occurrence secouriste en chef. N’importe où ailleurs, tel pépin aurait viré à la catastrophe. Ici, ce fut un désopilant moment de communion fraternelle et de joie burlesque, quelque part entre Les Naufragés de l’autocar de Steinbeck, La Ruée vers l’or et, comme on l’a dit, Fargo.
Sur la planète Gus Gus, l’art est partout, et surtout là ou o ne l’attend jamais, la musique est un vaste champ de possibles où il n’est parfois même pas besoin de notes ou d’instruments, la vie est une impayable fête permanente. D’ailleurs, un autre nom d’album aurait pu figurer à la place de This is normal, un autre titre emprunté à Miss Björk du temps des Sugarcubes: Life’s too good.

par Renaud Monfourny
le 30 novembre 1998

//www.lesinrocks.com/musique/critique-album/this-is-normal/







Nous avons eu l’honneur de réaliser l’interview de Gus Gus lors de leur tournée spéciale (à deux seulement, Herb & Stephen), pour la sortie du décevant Gus Gus vs T-World.

Nous avons ainsi dialogué avec Stephen, jeune islandais exalté qui a fait ses études en France et qui, par conséquent, maîtrise assez bien la langue de Molière, même si certaines de ses expressions ont été assez dures à retranscrire. Où l’on découvre qu’il n’y a plus que quatre personnes pour constituer Gus Gus et qu’ils rêvent aujourd’hui de grands espaces et… d’argent. 
Attention, en français dans le texte...

ENTRETIEN 
 
D’où vient le nom de Gus Gus? On a entendu que cela provenait d’un film de Fassbinder mais on n’est pas sûr de l’info… 
…Ça c’est l’histoire. Maintenant on dit que Gus Gus, ça représente l’amour et le sexe. Et la nourriture.
Dans Gus Gus il y a des compositeurs, réalisateurs… 
On n’est plus que quatre.
Donc il y a moins de monde que ça... L’histoire de Gus Gus a commencé avec un court-métrage. Avez-vous d’autres projets liés au cinéma? 
Une pub pour Nike. On a fait l’image et la musique. Moi, je fais toujours des courts-métrages de une minute, d’animation avec des photos. Mais réels, sans effets. 
Caméra au poing? 
Non. En fait, le dernier que j’ai fait, c’était au nouvel an. De quinze secondes avant minuit à quinze secondes après minuit. Et j’embrasse une fille. Tout habillé de blanc. Par le balcon, derrière, on voit Reykjavik avec tous ses feux d’artifices. Moi je suis rentré dans une nouvelle époque en embrassant une fille… Et j’ai pris des photos, seulement des photos. Avec un petit truc derrière mon pied, j’ai pris 36 photos en 30 secondes.
Y a t’il un long métrage en vue? 
On a eu le rêve d’en faire un il y a longtemps. Ca fait des années qu’on rêve d’en faire un avec la musique avec. On essaie de se détacher de Warner aux Etats-Unis parce qu’ils font mal leur boulot, et on est en train de discuter avec d’autres maisons d’éditions aux Etats-Unis. On voudrait présenter un album, deux bouquins de photographie et un long métrage… C’est le rêve.
Pourquoi aux Etats-Unis? 
L’argent… C’est un peu compliqué. A Los Angeles, il y a de l’argent. Si tu viens d’Europe et que tu as des idées pas bêtes, ils te donnent de l’argent. 
Et pas en France? 
Non, en France, on n'est pas assez gros. Un clip d’un rappeur qui vend des millions coûte un million de dollar. Nous, on pourrait faire un film entier pour un million de dollars, avec la musique et tout. C’est comme ça. L’industrie de la pop, c’est pourri grave.
Comment gères-tu tes activités artistiques personnelles et Gus Gus? 
Tout ce que je fais, c’est dans Gus Gus; les trucs personnels aussi. Tout ce que je fais, c’est pour le groupe. 
Tu vis du groupe… 
Oui, et on fait beaucoup de choses: des pubs, des jingles pour du commercial et ça, ça paie bien. Spécialement aux Etats-Unis bien sûr. Mais c’est cher, tout est cher. On a beaucoup de dettes parce qu’on a acheté un gros mixeur pour This Is Normal. Puis on l’a vendu et maintenant on essaie de se calmer un peu. De redescendre sur la base qui a été utilisée pour faire, par exemple, le dernier album. C’était de vieilles chansons qui avaient été faites il y a 5-7 ans, avant Gus Gus, et qui avaient toujours été là. On n'avait jamais trouvé l’occasion de les sortir. Et maintenant, c’est fait.
Pour la sortie de This Is Normal, vous aviez joué à Reykjavik dans un hangar d’aéroport… Y a t’il un type de salle que vous préfériez, qui fasse mieux ressortir l’essence de votre musique? 
On a toujours un problème de basses parce qu’on en utilise trop. Mais si on parle des locaux, par exemple pour cette tournée, on fait seulement une de nos chansons, Believe, et les autres sont de nouvelles chansons. Ce qu’on essaie de créer pour le troisième album. Et on essaie sur les spectateurs maintenant[…] Comme on n'a pas de chanteur on peut aller là où on veut. Et puis pour les visuels, on est reparti à zéro. Il y avait trop de visuels et puis au bout d’un moment tu te dis " shit ". Ca fait chier quoi. Mais maintenant j’ai fait des diapositives, puis on a un carrousel de 80 photos et ça passe sur l’écran derrière. 
Quel type de photos? 
Ce sont les photos que je fais. D’une fête chez moi, avec des filles. Et puis des photos sur la nature, comme des gros rouleaux en Islande, faits pendant l’été, avec de l’herbe dedans, compressée. Ca fait comme de la peau, c’est super joli.
Au niveau de l’image justement, comme dans Gus Gus chaque chanson est associée à une image en concert, tu penses que l’image a aujourd’hui plus de pouvoir que la musique? 
Non. L’image n’aura jamais la même force que la musique. Parce qu’on ne voit pas la musique, et on est toujours plus à l’aise avec les choses qu’on voit, parce que les autres on ne les comprend pas. 
Qu’est ce vous espérez alors créer en mélangeant les deux? 
La fête. Une ambiance pour danser. C’est tout. C’est pas compliqué.
Vous définissez Gus Gus comme une maison de production. Peux-tu nous expliquer comment marche Gus Gus, comment vous travaillez ensemble? 
Il y a un membre du groupe qui finit la pub Nike et il est à Los Angeles. On fait une chanson en studio puis on lui envoie sur internet en MP3. On travaille tous ensemble mais pas forcément tous les quatre ensemble. Ca, on le fait jamais. 
Pour les décisions, comment cela se passe? 
On essaie de partager un peu la responsabilité des choses. Sinon ça prend trop de temps. Et le monde n’a pas de temps.
Vous avez une complète liberté artistique par rapport à 4AD? 
Oui. Bon, si nous faisons une chanson et si ils disent : " il faut que ça soit un single ", évidemment il faut suivre les règles de la pop. Mais, moi je dirais oui .
Pouvez-vous nous expliquer le concept de Gus Gus vs. T-World. Qu’avez-vous cherché à faire et y êtes-vous parvenus? 
T-World était le groupe de , avant qu’il soit dans Gus Gus. Et c’est lui qui a fait ces chansons-là. Mais elles faisaient 25-30 minutes. Aujourd’hui, on les a reprises, rééditées. Les chansons ont été faites il y a longtemps et on voulait les sortir car il y a de bons trucs là-dedans[…]. C’est un peu un hommage à ce groupe T-World qui a été et est toujours respecté par le monde électro islandais.
Avant de rentrer en studio, avez-vous une idée de ce vers quoi vous allez vous orienter? 
Est-ce que vous avez un concept de départ pour un album, autour duquel vous organisez vos idées? 
Je ne sais pas (il réfléchit). Je crois que celui pour Polydistorsion était plus fort que celui de This Is Normal. Parce qu’on était très en retard pour This Is Normal, avec la production, la musique, la vidéo… Je trouve qu’on n’a pas été assez forts sur l’image de l’album, de la pochette… C’était tellement varié sur l’album qu’il était difficile de trouver. C’est pour ça que " This is Normal " était le seul titre qui pouvait accompagner l’album. Parce que " ce qui est bien pour toi est normal ". C’était la phrase trouvée par un journaliste il y a un an et demi.
Pour This Is Normal, vous avez passé onze mois en studio alors que Polydistorsion c’était en onze jours. 
Enregistré en onze jours. Mais les chansons ont été créées avant. Seule Polyesterday était née dans le studio ces jours-là. En fait on avait un sample de Stevie Wonder sur le premier si je me souviens bien, mais la maison de Stevie Wonder a refusé. Il fallait quelque chose d’autre et c’est là qu’on a fait Polyesterday. On avait un bassiste qui jouait quelque chose en studio, on l’a entendu et on s’est dit " ouais, on l’a ". 
Vous n’aviez pas peur de perdre de votre spontanéité en passant tant de temps en studio? 
Peut-être, peut-être pas. C’est dur de répondre.
Par rapport à votre musique, n’avez-vous pas peur que quelqu’un qui écoute vos albums dans cinquante ans puisse aussitôt dire : "ça, c’est la fin des années 90 " ? Qu’elle soit toujours datée? 
Evidemment. C’est normal. Si tu écoutes une vieille chanson de jazz de 1930 ou 40, tu te diras…
Je ne parlais pas seulement au niveau du son mais aussi des textures sonores et des idées en général... 
Je sais pas. Par exemple, on ne peut pas vraiment dater Kraftwerk. Mais on connaît le son et on sait que ça a été fait il y a 25 ou 30 ans. Mais ça pourrait être sorti aujourd’hui. Parce que c’est quelque chose de minimal qui agit bien. Comme du bon vin.
 //ratapop.free.fr/itws/itw_gusgus.htm
Interview Antoine et Stéphane
Lille, Aéronef, 02.04.00







GusGus est un groupe de musique électronique originaire de Reykjavik en Islande formé en 1995. Ses membres actuels sont Stephan Stephensen (a.k.a. President Bongo), Birgir Þórarinsson (a.k.a. Biggi Veira), Daniel Agust et Urður Hákonardóttir (a.k.a. Earth).

Le groupe était à l'origine un collectif d'artistes travaillants dans différents domaines mais il est aujourd'hui surtout connu pour sa musique. Au cours de son histoire, ses membres ont régulièrement changé. Parmi les plus illustres de ceux-ci, on peut notamment citer les chanteuses Emilíana Torrini et en:Hafdis Huld. Le nom du groupe trouve son origine dans le film Tous les autres s'appellent Ali de Rainer Werner Fassbinder dans lequel le personnage féminin cuisine du couscous pour son amant et le prononce "Gus Gus", le groupe y voit une référence sexuelle1

Discographie

1995 : GusGus (Kjól & Anderson)

1997 : Polydistortion (4AD)

1999 : This is Normal (4AD)

2000 : Gus Gus vs. T-World (4AD)

2002 : Attention (Underwater records)

2007 : Forever (Pineapple records)

2009 : 24/7 (Kompakt)

2011 : Arabian Horse (kompakt)

//fr.wikipedia.org/wiki/GusGus






[Vise un peu] GusGus — Arabian Horse

Les Islandais m'ont (encore) eu. Je crois bien qu'en temps normal, si je n'avais pas été fan du groupe depuis "Polydistortion", j'aurais tout de suite rejeté cet album en entendant un son d'une telle vulgarité apparente.

D'ailleurs, plusieurs de mes connaissances vont dans le même sens ("abominable", "[…] avec ces voix atroces, c'est juste pas possible"), tant il est vrai que GusGus met les pieds dans le plat avec ses bottes fluo tout au long d'"Arabian Horse" (réverb, chants grandiloquents, relents de pop commerciale et de dance music omniprésents).

(Deep Inside)

Tout cela n'est pas nouveau : je vous en avais déjà parlé il y a quelques mois avec la sortie de l'excellent "24/7", les disques de GusGus ont depuis plus de dix ans un côté club/rave particulièrement marqué, et une qualité parfois inégale (sur les albums techno "Attention" et "Forever"). Mais "24/7" s'en sortait avec les honneurs en utilisant cette esthétique à dessein et en la subvertissant sur une œuvre à la fois originale, conceptuellement réussie et follement accrocheuse. "Arabian Horse", par contre, nous propose un disque pop tout ce qu'il y a de direct en apparence… et pourtant.

(Within You et Over, jouées lors de l'inauguration d'une nouvelle salle de concert à Reykjavik.)

Pourtant, tout comme avec "24/7", GusGus réussit son coup avec "Arabian Horse", et nous propose à nouveau un disque réussi malgré ses apparences peu recommandables. Pour expliquer ça, il faut vous dire ce qui m'a toujours plu chez GusGus (et qui a fait que j'ai continué à les suivre même dans leur pire période, même quand la voix planante de Dániel Ágúst s'est faite plus rare) : ce groupe d'"electronic soul" a toujours eu, quand il le voulait, l'oreille pour créer des beats entraînants et des basses profondes qui touchent au dancefloor sans tomber dans la banalité. "Arabian Horse" commence par un bel exemple de ce talent avec Selfoss (même si elle prend un tournant inattendu et vire en musique tzigane à la fin… pourquoi pas) ; et si les pistes suivantes peuvent sembler carrément pop, elles sont toutes basées sur des compositions de house minimale dans le plus pur style GusGus — tout en adoptant pour les chants un style inspiré par la synth-pop des années 80.


"Arabian Horse" peut avoir de faux airs de retour aux sources, l'album étant le premier depuis un bout de temps à être basé sur des chansons au format quasi-radio (comme sur "Polydistortion" et "This Is Normal") ; mais plutôt que de retourner vraiment à leurs gloires passées (ce qui serait d'ailleurs difficile vu le changement de line-up), le groupe a plutôt assimilé les bons éléments de leurs disques de techno (si, si, il y en avait) pour les inclure dans un album hybride, entre synth/dance-pop et house minimale, ce que GusGus n'avait jamais vraiment fait avant. (Leur album qui combinait le plus pop et électro dansante était "This Is Normal", mais l'ambiance était sensiblement différente, moins synthétique, moins électronique, le son nettement plus 90s et les percussions n'avaient rien à voir.)

(Arabian Horse)

Et ça marche. Le style est assuré, affirmé, les compositions tiennent la route et ne sont pas dénuées d'émotions (souvent étonnamment en retenue d'ailleurs — même si la plupart des pistes les plus réussies sont également les plus dansantes, comme Deep Inside, Over ou la piste-titre). L'album n'est pas sans reproche (la fin de l'album, justement très posée, est moins mémorable que le début), mais c'est un nouveau pas en avant bienvenu pour le groupe et un disque plus original qu'il n'y paraît. S'en sortir avec une telle esthétique quand le groupe semblait si mal parti il y a quelques années et parvenir à se renouveler par la même occasion, finalement, ça inspire même un certain respect… non ?

//www.cestentendu.com/2011/06/vise-un-peu-gusgus-arabian-horse.html






GUSGUS

1997 est décidément un très grand cru en matière de musique électronique... Plaid sort son magnifique premier album Not For Threes, Björk son illustre et si personnel Homogenic, les Chemical Brothers leur énorme Dig Your Own Hole... C'est l'année où les frontières entre l'électro et le rock tombent définitivement... Le trip-hop explose avec le deuxième album de Portishead et les Massive Attack s'apprêtent à nous faire visiter leur cafardeuse Mezzanine...
Gus Gus fait partie des formations dont on se rappelle le moins, mais qui fit une entrée assez fracassante dans le monde des musiques synthétiques qui, tout en s'humanisant et se métissant commençaient à toucher un public très large. Bref, Gus Gus ne connut pas le succès international de Björk, mais on peut au moins dire que le groupe était le représentant de la scène électro à Reykjavik, avant d'obtenir un joli succès critique et public avec ce premier album, en partie grâce à sa signature sur 4AD.
Avant de rencontrer des problèmes d'ordres financiers, avant le départ d'une bonne partie des membres, avant de composer une techno-house d'un goût parfois douteux, Gus Gus était donc ce collectif islandais composé de 9 touche-à-tout (graphisme, informatique, vidéo...) plutôt déjantés qui nous pondaient là un premier album glacial et franchement trippant. Des images de vastes étendues blanches me viennent à l'esprit lorsque j'écoute ce disque, un univers terriblement aquatique également, me rappelant beaucoup celui des anglais d'Underworld. Le but est ici de mélanger sensualité soul et électronique polaire (le génial "Polyesterday"), de mêler la chaleur des voix, toutes pleines de féminité (qu'elles proviennent d'hommes ou de femmes) à des instrumentations assez austères, aux basses profondes et aux sons cheap, pour faire émerger une entité vénéneuse, car la voix humaine rassure là où les sonorités évoquent tout l'inhumain du climat aux pôles. Que ce soit dans l'étrange "Cold Breath '79" ou dans la caresse morbide qu'est "Is Jesus your Pal?" (rappelant l'apparition de Hope Sandoval chez les Chemical Brothers) les Gus Gus nous plongent dans un univers distant et pourtant dansant, jusqu'à la bombe de techno intelligente qu'est "Purple".
Souvent mélodiquement magnifique, simple et accessible, le disque ne se défait pourtant pas de sa terrible étrangeté qui fait que l'on peut revenir dessus souvent pour l'apprécier toujours différemment.
Ce premier essai, dans un monde plus juste, aurait pû rester dans les annales du trip-hop (terme fourre-tout au demeurant), mais l'histoire en a décidé autrement...

par Sam lowry

//www.xsilence.net/disque-6133.htm







Gus Gus – Arabian Horse
 Par Zaid Sahli le 16 septembre, 2011

Pour voyager au fond de l’electronic soul et du trip hop le plus deep, on se doit de choisir un bon guide. Cette fois notre guide est le mythique groupe Islandais Gus Gus. Ayant rencontré un succès remarquable grâce à leur single LadyShave, et après plus de 20 ans de présence sur la scène electro soul avec des sons ténébreux à la facette underground, il reviennent avec un album du nom d’Arabian Horse.
Dans une atmosphère très minimaliste, on ouvre l’album avec Selfoss. Une balade en cordes longues qui finissent en lead très puissant. Avec des percussions qui se font entendre de temps à autres pour agrémenter le tout. On voyage avec la chanson, et l’on se rend vite compte qu’on vient de poser les pieds dans un camp pour tziganes puisque la chanson se transforme entièrement en une balade de violon et d’accordéon.

Toujours dans une optique très minimaliste, les moreaux s’enchaînent. On découvre l’enchantement très deep de l’atmosphère qui se crée autour de l’album. Après un changement du line up du groupe, on ne s’attendait pas à ressentir la même chose en écoutant Arabian Horse. Toujours est-il que nos Gus Gus ont su garder l’oreille pour façonner les beats les plus dark sur des basses qui font vibrer. Tel est le cas avec Be With Me.
On sent par conséquent l’influence très présente du mouvement synth pop qui se fait remarquer doucement tout au long de la progression dans l’album. Cette influence pourrait être interprétée de diverses manières mais difficile de porter un quelconque jugement tant que la base sur laquelle se construit l’album reste avant tout de la house minimale avec une electronic soul très flexible.
La présence de la pop ne manque pas à l’appel non plus, avec Deep Inside et Magnified Love par exemple, la fusion du vocal un peu pop sur des sonorités dance et  synth nous font sentir le tact qu’ont eu les Gus Gus afin de créer un album à la tonalité indéniablement hybride.

Après bien des expérimentations sur plusieurs de leurs anciens albums, on peut sentir un retour aux sources à travers ce disque. Tentative ratée en quelque sorte (Vu le changement des membres de Gus Gus et des différentes orientations qu’ils ont pu prendre durant 20 ans de carrière), il reste que le travail basé sur leurs anciennes mélodies combiné aux différentes techniques qu’il ont pu développer ou acquérir attribuent un plus à l’album.

A part les influences “connues” qui se font sentir pendant l’écoute de l’album, on tombe notamment sur des sonorités des plus éclectiques venues de tout les coins de la planète. En passant par les violons tziganes, ou les percussions tribales masquées par des basses magnétiques et très sombres pour finir avec des cordes à la structure classique.

Arabian Horse peut être considéré comme un album complet,  on cite notamment le travail fin ainsi que  la manière avec laquelle l’album a été entrepris puisque les morceaux s’enchaînent sans qu’on s’en rende compte. Un voyage bien plus que musical vu que c’est tout un univers qu’on découvre, ou qu’on redécouvre grâce aux Gus Gus.

//lcassetta.com/gus-gus-arabian-horse/







Le nouvel album de Gus Gus en avant-première à bord d‘Icelandair

20.04.2011

C‘est une première pour le monde musical et de l‘aviation, le nouvel Album de Gus Gus, groupe de musique électronique originaire d‘Islande, sera disponible en avant première à l‘écoute un mois avant sa sortie officielle à bord des vols de la compagnie aérienne islandaise, Icelandair.

„Arabian Horse“ est le nouvel album de Gus Gus et sortira le 23 mai 2011. C‘est le huitième album du groupe, qui a déjà vendu plus de 700 000 albums dans le monde entier.

 „Les passagers d‘Icelandair auront la chance d‘écouter en avant-première un album à 30 000 pieds“ explique DJ Margeir, l‘un des DJ les plus connus d‘Islande. Tous les trois mois, DJ Margeir réalise une nouvelle sélection musicale composée des meilleurs morceaux de musiques islandais et internationaux pour le système de divertissement d‘Icelandair.

À bord des vols Icelandair, les passagers ont accès à un écran individuel tactile de haute qualité, permettant d‘accéder à un vaste choix de divertissements. L‘accent est mis sur la culture islandaise: films, séries, musiques...

 „Lorsque l‘on pense au fait qu‘il y a seulement 320 000 islandais, il est assez incroyable que la musique islandaise ait réussi à s‘exporter autant de part le monde... bien entendu, il y a de la mauvaise musique en Islande, mais il vous faudra voyager avec une autre compagnie aérienne pour en écouter“ rajoute DJ Margeir.

„Je souhaite que les passagers écoutent cette musique et vivent une expérience nouvelle. Qu‘ils mettent leurs écouteurs et se laissent inspirer par la musique et étendent leur horizon musical“ explique DJ Margeir. 

La sélection musicale actuelle est composée de titres de James Blake, Gus Gus, Hjalmar, Arvo Part, Ligeti, Gorecki, Caribour, Four tet, Beach house, Neu!, Nicolas Jaar, John Coltrane, Trentemoller, Björk et Sigur Rós.

Icelandair s'efforce de promouvoir la culture et la musique islandaise. La compagnie aérienne est d‘ailleurs à l‘origine du festival Iceland Airwaves, qui se déroule chaque année à la mi-octobre à Reykjavík.

Au départ de Paris, Icelandair propose toute l‘année des forfaits court-séjour pour découvrir l‘islande à partir de 339€ TTC. Les forfaits Iceland Aiwaves sont disponibles à partir de 344€ TTC.

//www.icelandair.fr/information/media/newslist/detail/item502049/Le_nouvel_album_de_Gus_Gus_en_avant-premi%C3%A8re_%C3%A0_bord_d%E2%80%98Icelandair






GUSGUS

Réduit au trio des “producteurs” et rejoint par une nouvelle chanteuse (Urdur Hakonardottir aka Earth), l’ancien collectif islandais Gusgus revient sur le devant de la scène avec “Attention”, un album qui déroutera certainement les fans mais pourrait conquérir un public plus habitué aux dancefloors qu’aux salles de concerts enfumées.

Après cinq ans de collaboration, vous avez finalement quitté 4AD. Comment s’est passée la séparation ?
Biggi Veira : L’aventure 4AD arrivait à son terme. La plupart des employés ont été virés puis remplacés. Les nouveaux voulaient faire autre chose du label. Ils n’avaient que peu d’intérêt pour Gusgus et ne nous offraient que 2000 £ pour enregistrer “Attention”. Alors nous sommes partis.

Vous êtes maintenant sur un label américain, Moonshine. Quelles sont les principales différences avec une structure comme 4AD ?
Nous fonctionnons de façon tout à fait différente : nous avons une licence avec Moonshine qui ne concerne que l’Amérique du Nord, et une autre en Angleterre avec le label Underwater. Pour le reste du monde rien n’est encore fixé mais nous devrions pouvoir nous organiser à travers Underwater et selon les demandes des différents marchés. Signer avec Moonshine a été très simple : Steve Levy, le président, a apprécié tous les titres de “Attention” et nous a tout simplement donné les moyens de faire le disque. Nous n’avons eu aucun problème avec eux, ni eux avec nous.
4AD était un label indie-pop, là où Moonshine est essentiellement un label de dance. Ça change bien sûr certaines choses mais pas le fonctionnement global : ils signent des groupes, pressent les CDs, les distribuent et s’occupent des relations avec la presse. Moonshine est d’ailleurs bien plus au contact du marché que 4AD, qui n’était qu’un paillasson pour Warner Bros aux États-Unis.

Vivez-vous aujourd’hui aux États-Unis ?
Non, nous vivons tous en Islande.

Quels sont les points communs entre le Gusgus 2002 et celui qui enregistrait “Polydistortion” en 1997 ?
Les points communs sont Buckmaster, President Bongo et moi-même, trois membres de la formation originale, le fait que nous utilisons toujours mes vieux synthés et boîtes à rythmes et que nous assurons toujours notre propre production. La plus grosse différence est qu’aujourd’hui nous sommes libres, alors les choses vont vraiment commencer à évoluer à partir de maintenant.

Considérez-vous le morceau Desire comme le lien entre l’ancien et le nouveau Gusgus ?
Certains le disent. C’est bien sûr le seul morceau qui a été écrit et interprété par l’un des chanteurs originaux, en l’occurrence Daniel August, mais la musique a été composée avant son intervention. Cette façon de travailler est nouvelle pour nous. Dans le passé, nous avions l’habitude de travailler des démos et d’arriver en studio avec des morceaux qu’il ne restait qu’à produire. Cette fois-ci, toute la musique était bouclée avant que le chant n’arrive.

Dans votre esprit, “Attention” est-il le troisième ou le quatrième album de Gusgus ? Et que pensez-vous de l’accueil plutôt froid que le public a réservé à l’album “Gusgus vs T-World” ?
Cet album a une très grosse importance pour Buckmaster et moi, il représente notre passé commun sous le nom de T-World, il a une forte valeur émotionnelle. C’était aussi une façon de faire la transition après le départ des anciens membres. J’ai constaté que les gens qui avaient aimé “Polydistortion” et considéraient que “This Is Normal” n’était pas une progression logique s’étaient retrouvés dans l’album T-World. A contrario, ceux qui considèrent “This Is Normal” comme notre meilleur album n’ont pas accroché sur le suivant. Tout ça a à voir avec la façon dont ces différents disques ont été produits. Sur le premier, nous, les producteurs, avions eu une grande latitude pour changer les mélodies et les paroles comme cela nous chantait. Pour “This Is Normal”, nous avions été beaucoup plus respectueux de l’écriture originale. Sur “Attention”, c’est bien sûr une orgie de production.

Comment avez-vous rencontré Urdur Hakonardottir, votre nouvelle chanteuse ? Est-elle un membre à part entière du groupe aujourd’hui ?
C’est elle qui nous a trouvés. Elle était serveuse dans notre bar favori et un jour elle a entendu que nous allions jouer dans un club à Reykjavik. Elle a demandé à President Bongo si elle pouvait venir faire le MC avec nous. Nous l’avons invitée à la balance, et depuis cette nuit-là c’est un membre à plein temps de Gusgus.

Vous n’êtes plus que quatre aujourd’hui. Cela change-t-il votre façon de concevoir la musique ?
Nous sommes tous concentrés sur un désir commun qui est de faire une musique plus directe et plus vraie. Les relations entre nous sont très différentes, beaucoup plus faciles qu’à l’époque du deuxième album par exemple.

Vous avez chacun une activité de DJ. Est-ce important pour vous ?
Être capable de créer une chose aussi merveilleuse que de la musique est une bénédiction. Le djing, c’est pour le fun.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette mystérieuse “Compétition Tom Selleck” dont vous parlez sur votre site ?
En 1998, Tom Selleck est venu en Islande pour pêcher le saumon. Mais il a également pris le temps de participer à un séminaire sur le port de la moustache. À la suite de ce séminaire, President Bongo, Buckmaster et d’autres participants ont fondé le Club Tom Selleck, et tous les ans ils organisent un rassemblement pour échanger leurs idées sur la question. Ils votent également pour élire la “Moustache de l’année”.

//www.premonition.fr/premor.php3?lien=actu/actu.php3X1Xactuid=209006&ta=10







14/03/2013
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