Alain YVER

Alain YVER

HELMUT HERZFELD

HELMUT HERZFELD



//fr.wikipedia.org/wiki/John_Heartfield

//www.cineclubdecaen.com/peinture/peintres/grosz/grosz.htm





Helmut Herzfeld,
dit John Heartfield. (Berlin-Schmargendorf, 1891 - Berlin, 1968)


Artiste allemand, d'abord peintre, puis photographe. Ses photomontages, dont il est le précurseur avec George Grosz, dénoncent violemment le nazisme. Attiré très tôt par le marxisme, il se lie d'amitié avec George Grosz, qui l'introduit dans le mouvement dadaïste en 1918. Quelque temps après la Foire Internationale Dada de 1920, il crée ses premiers photomontages, activité qu'il préférera finalement à la peinture. Membre du Parti communiste d'Allemagne, Heartfield devient le principal auteur d'affiches "modernes" attaquant et dénonçant la montée du nazisme. Il collabore avec le journal ouvrier Arbeiter Illustrierte Zeitung (A.I.Z.) en 1930, dont il illustre les couvertures. La violence émanant de ses photomontages fera dire à Louis Aragon que Heartfield "est le prototype et le modèle de l’artiste antifasciste". Il se réfugie en Pologne dès 1933, après l'accession d'Adolf Hitler à la chancellerie de la République de Weimar.Avant l'invasion de la Pologne, Heartfield fuit vers l'Angleterre où il restera de 1938 à 1949. Il rentrera à Berlin-Est en RDA en 1950 et continuera sa production d'affiches et de décor pour le Berliner Ensemble et pour le Deutsches Theater jusqu'à sa mort en 1968. Le 30 juin 1998, le groupe System Of A Down reprend une de ses oeuvres comme pochette d'album. Cette oeuvre a été créé pour le Parti communiste d'Allemagne sous le Troisième Reich. Le texte original de l'affiche est : « 5 doigts sont une main ! Avec ces 5, attrapons nos ennemis ».


Son enfance

Helmut Herzfeld est l'aîné d'une famille de 3 enfants, dont le père, écrivain, se nomme Franz Herzfeld et la mère Alice Herzfeld. En 1895, son père est condamné à l'emprisonnement. La famille déménage alors en Suisse et plus tard à Salzbourg en Autriche. En 1899, ses parents disparaissent en des circonstances qui, encore aujourd'hui ne sont pas totalement expliquées, abandonnant ainsi leurs enfants. Helmut et ses frères et sœurs sont recueillis par une famille d'accueil.

Son apprentissage

Helmut Herzfeld débute en 1905 une formation de libraire à Wiesbaden, à laquelle il ajoute des études d'arts appliqués à l'école de Munich de 1908 à 1911. Il travaille ensuite en 1912 en tant que graphiste publicitaire à Munich. Parce que ce travail ne lui suffisait pas pour vivre, il débute, la même année, des études d'arts et d'artisanat à l'école de Charlottenbourg. En 1915, il commence son service militaire et en automne de cette même année, fait la connaissance de George Grosz.

Editeur

A partir de 1916, il se fait officiellement appeler « John Heartfield ». À travers cela, il voulait protester contre le nationalisme dominant en Allemagne. Dans les années suivantes, il fonde en collaboration avec son frère Wieland Herzfeld l'édition Malik à Berlin. Son frère a également modifié son patronyme en ajoutant un "e" à Herzfeld.

Ses créations artistiques dadaïstes

De mai à juin, il met en forme la typographie des deux revues hebdomadaires « Neue Jugend » et « Kleine Grosz-Mappe ». En 1917, Heartfield élabora avec l'aide de George Grosz le dessin animé « Pierre à St Nazaire » pour la « Militärische Bildstelle » (organisme de prêts de films pour les militaires). Heartfield adhéra au Parti communiste lors de sa création le 31 décembre 1918. Il travailla ensuite régulièrement pour la Rote Fahne. À partir de 1919, il devient le protagoniste du mouvement dada à Berlin et devient connu sur la scène artistique pour être le « moteur du dada ». Puis suivent d'autres activités dans le mouvement artistique. En avril 1920, Heartfield publie avec George Grosz et Raoul Hausmann « Dada 3 »; en juin, il participe à la première manifestation internationale dada à Berlin.Dans la même année, lui et Grosz publient l'essai « der Kunstlump ».

Le maître du photomontage

En 1924 apparaît son photomontage intitulé « Väter und Söhne 1924 »: c'est le premier photomontage politique de Heartfield. Sur l'image, on peut voir le Général de camp Paul von Hindenburg se tenant derrière des squelettes de soldats. Une troupe d'enfants en uniforme, l'arme à l'épaule, tire sur eux. En 1929 apparaît un livre d'images fait en collaboration avec Kurt Tucholsky sous le titre satirique « Deutschland, Deutschland über alles ». En 1930, il collabore avec le journal ouvrier Arbeiter-Illustrierten-Zeitung (AIZ), à partir de 1936 avec le journal « Die Volks-Illustrierte » (VI) dans lequel apparaissent régulièrement jusqu'en 1938 ses photomontages politiques. Puis, l'artiste vit un an, à partir de 1931, en Union Soviétique, où il travaille sur différents projets (expositions, pièces de théâtre).

Ses activités pendant l'exil

Face à l'arrivée au pouvoir du national-socialisme, John Heartfield se réfugie en Pologne en 1933 après que sa maison a été fouillée par la SA. Il continue son travail de publication oppositionnelle en Allemagne depuis Prague. Un de ses travaux les plus connus a pour titre « Millionen stehen hinter mir » et montre Hitler faisant le salut nazi et tendant la main en arrière pour recevoir de l'argent. Ses autres travaux sont massivement propagés, ils figurent sur des revues d'orientation gauchiste et sur des affiches du parti communiste. Il est officiellement expatrié en 1934. Heartfield participe ensuite à une exposition de caricatures organisée par le Cercle artistique Mánes à Prague. Une note de protestation de l'ambassadeur allemand dirigée contre lui ne facilita pas son travail pendant son exil. Suite à l'annexion des Sudètes, Heartfield prend l'avion pour l'Angleterre le 6 décembre 1938 avec l'aide d'intellectuels anglais, et où il restera jusqu'en 1949. En 1940, son état de santé commence à se dégrader.

Membre de l'académie des arts à Berlin-Est

Le 31 août 1950, Heartfield retourne en Allemagne, en RDA, où il vécut jusqu'en 1956 à Leipzig. Il travaille avec son frère Wieland Herzfeld pour différents théâtres, maisons d'édition et organisations de la RDA. En 1951, il fait un infarctus du myocarde, puis un second en 1952. Il reprend son travail seulement en 1954. Au mois de juin de cette même année, l'écrivain Stefan Heym réclame l'admission de Heartfield à l'académie des arts. En 1956, Heatfield déménage à Berlin et est élu membre actif de l'académie allemande des arts de Berlin. Le 7 octobre 1957,lors de son voyage en Chine, l'ambassadeur de la RDA lui remet le prix national de l'art et de la littérature, en 1960 il obtient le titre de professeur. En 1962, il retombe gravement malade. Son frère publie la même année « John Heartfield, son œuvre et sa vie ». John Heartfield meurt en 1968 à Berlin-Est à l'âge de 76 ans.










D'abord peintre, Helmut Herzfeld, alias John Heartfield (l'artiste anglicise son nom à partir de 1916 pour protester contre le nationalisme allemand), est surtout connu pour ses photomontages politiques. Ami de George Grosz qu'il rencontre lors de son service militaire pendant la Première Guerre mondiale, il rejoint en 1918 à Berlin le mouvement dada, dont il est l'un des principaux acteurs en Allemagne.

Dès 1924, John Heartfield, graphiste de formation, éditeur et membre du parti communiste allemand, commence à dénoncer de manière visionnaire la montée du nazisme par ses photomontages et ses affiches. Selon Louis Aragon, John Heartfield est « le prototype et le modèle de l’artiste antifasciste ». Il publie en 1929 un ouvrage satirique, Deutschland, Deutschland über alles.

En 1933, à l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler, l'artiste est forcé de se réfugier en Pologne, puis en Angleterre, où il vit de 1938 à 1949. Il réalise pendant cette période ses œuvres les plus connues, comme Les Millions sont derrière moi, où l'on voit Hitler recevoir de l'argent d'une main anonyme, ou Adolf le surhomme.

John Heartfield retourne finalement s'installer en Allemagne de l'Est en 1950, d'abord à Leipzig, puis à Berlin-Est, où il poursouit sa production d'affiches, et réalise des décors de théâtre jusqu'à sa mort en 1968.










A.        Heartfield contre Hitler et l’histoire de A.I.Z,                      magazine communiste allemand

Né à Berlin en 1891, John Heartfield est mêlé aux mouvements d'avant-garde : expressionnisme, cubisme, futurisme, dadaïsme, constructivisme dont l'empreinte marque profondément ses photomontages et son travail de graphiste. Violemment critique à l'égard de la République de Weimar, ses publications sont interdites en Allemagne de 1933 à 1945 et ce n'est qu'à partir des années soixante-dix que sa reconnaissance s'impose en Europe. Ni photographe ni peintre, hors des circuits commerciaux et des musées, son oeuvre reste assez mal connue. Quelques photomontages célèbres et maintes fois reproduits (Goering : le bourreau du Troisième Reich portant un tablier de boucher ensanglanté et arborant une hache à la main, Adolf le surhomme : il avale de l'or et recrache du fer blanc, sorte de radiographie d'Hitler où l’œsophage est transformé en colonne de marks) occultent trop souvent l'abondance d'une oeuvre manichéenne mais percutante.

Jeune dessinateur, celui qui en signe de protestation contre le slogan « punisse l'Angleterre » anglicisera son nom (Helmut Herzfeld deviendra John Heartfield) ; John Heartfield commence par se faire réformer en 1915 et rencontre un autre réfractaire à la guerre : George Grosz. Il crée les éditions Malik, publie les lithographies de Grosz et réalise avec lui des dessins publicitaires et des collages qui mettent en évidence sa volonté destructrice, sa force de combat, son emphase corrosive à travers les tracts, les couvertures de livres, les affiches. En 1918 Heartfield entre au parti communiste allemand (K.P.D), dès lors et jusqu'en 1933,il y travaillera. La classe socialo-démocrate devient leur cible privilégiée. Les publications de Malik sont des satires antimilitaristes, des railleries de la classe dirigeante, des attaques sans nuances contre le S. P. D. et les artistes expressionnistes qui soutiennent la nouvelle république.

Heartfield dessine des costumes pour le « Théâtre prolétarien » de Piscator et conçoit des couvertures pour la « bibliothèque révolutionnaire » des éditions Malik. Après le traité de Rapallo (1922) qui scelle l'entente germano-russe, l'axe Moscou-Berlin est la principale voie d'échanges par laquelle l'Occident peut entrer en contact avec l'art soviétique. Le photomontage comme moyen d'expression au service d'une cause, d'une conception de l'art, circule alors entre des centres de création comme Moscou avec Rodtcheno, Weimar et le Bauhaus de Moholy-Nagy. Grosz effectue une mission en Union Soviétique pour le compte de l'Aide internationale aux travailleurs. Dès son retour, en proie au doute, il quitte le K. P. D. et cesse sa collaboration avec Heartfield. Cependant malgré le scepticisme de Grosz les deux hommes sont les leaders d'un nouveau groupe d'artistes : Le Groupe rouge. En 1923 le K. P. D. crée la revue satirique Der Knflppel (La Matraque) et Heartfield en est le rédacteur en chef. Sa maison d'édition Malik s'affirme comme le principal éditeur de gauche. Heartfield réalise les jaquettes des livres en choisissant des photographies. Parfois il opte pour le photomontage plus offensif.

Au début de 1930, la rédaction de A. I. Z. avertit ses lecteurs : « Désormais le journal publiera une page de Heartfield par mois. » De 1930 à 1938 il signe 235 feuilles. L'Arbeiter-illustrierte-Zeitung (A. I. Z., Journal illustré des ouvriers), à la différence du quotidien du parti communiste Rote Fahne (Le Drapeau rouge), procède de façon claire et concrète pour pagner aux idées du communisme les couches les plus larges. Le fondateur du magazine, Willi Mtinzenberg, lance un mouvement photographique d'ouvriers. L'Association des ouvriers photographes devient l'agence photographique d'A. I. Z. et fournit à Heartfield une abondante iconographie. Une page de A. I. Z. intitulée « de la photographie une arme » le présente, sous forme de montage, découpant la tête du vieux préfet S. P. D. de Berlin. Ce nouveau slogan devient le principe directeur de son travail.

Jusqu'au succès électoral nazi de septembre 1930, les montages d'Heartfield pour A. I. Z sont dirigés contre le S. P. D. En 1931 il se rend en Union Soviétique et quand il rentre la bataille est pour ainsi dire perdue sans qu'A. I. Z. en soit persuadé, comme en témoigne le montage pour les vœux de nouvel an, dans le numéro de janvier 1933 : « A. I. Z .souhaite un bon voyage dans la nouvelle année ! » Moins d'un mois avant que le chef du parti nazi ne devienne chancelier, Hitler tombe dans un précipice avec un obscur social-démocrate et la croix gammée se disloque. Peu après l'incendie du Reichstag, les locaux d'A. I. Z. sont pris d'assaut et incendiés, la rédaction s'enfuit en Tchécoslovaquie. Heartfield s'installe avec sa maison d'édition Malik à Prague et fait paraître Neue Deutsche Blätter, principal magazine littéraire de la gauche émigrée. A. I. Z. devient une ligne anti-nazie beaucoup plus radicale. Les purges staliniennes ne sont pas sans répercussions sur les collaborateurs d'A. I. Z.et une campagne contre le formalisme de l'art en accentue les effets. Muenzenberg, l'éditeur d'A. I. Z., est traduit devant le Comité international de contrôle qui l'accuse de laxisme. L'A. I. Z. change de nom pour devenir le Volksillstrier (Magazine illustré du peuple). Après l'Accord de Munich le journal cesse de paraître, en octobre 1938. Heartfield gagne Londres.

Pendant dix ans Heartfield vit d'expédients, crée quelques maquettes de livres mais son appartenance au K. P. D. lui ferme la plupart des portes, y compris celle de la presse émigrée, et Moscou le tient à l'écart. En 1950, il rentre à Berlin avec l'aide de Brecht pour lequel il conçoit la version est-allemande de ses oeuvres. Il meurt en 1968.

Unissant étroitement l'art et la politique A. 1. Z. a mis un soin particulier à la diffusion d'une photographie de grande qualité. Aussi rallie-t-il à lui un nombre important de photographes de premier ordre. A côté des montages de Heartfield, des gravures de Kate Kollowitz, des dessins de George Grosz, on trouve des reportages sur la situation économique du prolétariat allemand, chinois, mexicain. Ce style de reportage ne survivra pas au nazisme, pas plus que l'avant-garde photographique allemande.

B.   L’art du photomontage : les œuvres polémiques de              John Heartfield

Dans les arts plastiques un groupe formé de autour de Haussmann cherche  « sur-réalisme satirique » Ce groupe se compose de  Hannah Hoch, de Grosz, de l’agitateur John Heartfield et de son frère Wieland. Un des domaines dadaïstes les plus significatifs pour l’art futur fut celui du photomontage, qui permettait un sujet de plusieurs points de vue, sous différentes  perspectives, avec des couples étranges  qui choquaient le spectateur et qui allait l’obliger à prendre parti pour ou contre. De fait, accompagnée souvent de textes lapidaires et satiriques, cette nouvelle technique a eu un effet révolutionnaire jusqu’à ce jour, tant sur le plan esthétique que comme un moyen artistique extrêmement efficace- et qui l’est resté- pour articuler la lutte politique.

La réalisation du photomontage est artisanale et longue. Il faut d'abord trouver les photographies adéquates, les imprimer à la bonne échelle et détourner les personnages. Une fois les morceaux découpés et disposés il faut les maintenir, lisser les raccords, harmoniser les tons et re-photographier l'ensemble. Les légendes doivent s'intégrer et le lettrage s'adapter à l'image. La réussite d'une oeuvre dépend en partie des photographies disponibles. Sous la République de Weimar les agences photographies sont nombreuses et alimentées par d'excellents photographes. Le mouvement des ouvriers photographes et les agences soviétiques complètent l'ensemble. Les tirages de Heartfield sont diffusés à un demi-million d'exemplaires dans les pays de langue allemande par A. I. Z.









John Heartfield ou l’arme photographique…

Durant plus de trois mois, le Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg offre à ses visiteurs une occasion rare de voir ou de revoir plus d’une centaine d’œuvres de l’artiste allemand John Heartfield (1891-1968). En effet, depuis le 7 avril et jusqu’au 23 juillet 2006, le musée strasbourgeois présente une importante collection de photomontages politiques réalisés entre 1930 et 1938 par John Heartfield. Tous très largement diffusés depuis leur première parution dans la revue Die Arbeiter Illustrierte Zeitung (AIZ) – certains éminemment connus comme Adolf, der Übermensch (AIZ n°29, 1932, IVAM coll. Marco Pinkus) ou encore Diagnose (AIZ n°12, 1935, IVAM), d’autres moins – ils restent pourtant très rarement exposés en France. Cette exposition, réalisée en collaboration avec l’Instituto Valenciano de Arte Moderno (IVAM) en Espagne, entend contribuer à une meilleure connaissance d’un artiste engagé dont l’influence reste considérable.
Pour cela, les deux commissaires de l’exposition : Emmanuel Guigon et Franck Knoery, ont opté pour un accrochage extrêmement didactique. Réparties dans quatre salles, les œuvres de John Heartfield (parmi lesquelles, outre les photomontages publiés dans la revue AIZ, se trouvent également des jaquettes de livres notamment d’Upton Sinclair, des couvertures de revues ou des tracts réalisés ou illustrés par l’artiste pour les éditions berlinoises Malik, fondées en 1916 avec son frère Wieland Herzfelde) sont classées par thèmes : front antifasciste, guerre d’Espagne, jeux olympiques de 1936, lois raciales, velléités territoriales d’Hitler, crise économique, terrorisme d’Etat, gestation de la politique nazie entre 1918 et 1933, réarmement de l’Allemagne contre le Traité de Versailles…
Dès 1916, Helmut Herzfeld donne le ton à sa future carrière artistique : lutte des classes, opposition à l’Etat… En signe de protestation contre un slogan nationaliste dirigé contre l’Angleterre, il anglicise son nom et devient John Heartfield.
En 1919, il rejoint le KPD (parti communiste allemand) et ne cesse dès lors de défendre les idées révolutionnaires. En effet, il met son art au service de la lutte contre les oppressions de toutes sortes et proclame que la photographie doit être utilisée telle une arme. L’exposition qui se tient actuellement au Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg illustre parfaitement cette revendication de l’artiste.
John Heartfield adhère en tant que « monteur » au mouvement Dada de Berlin, en 1920, aux côtés d’Hannah Höch, Kurt Schwitters, Raoul Hausmann…
A partir du début des années 1930, l’artiste allemand travaille régulièrement pour la revue AIZ fondée en 1924 par un éditeur communiste allemand qui veut offrir une alternative aux médias existants (médias bourgeois). Après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, la revue adopte une politique de propagande antinazie de plus en plus marquée et à laquelle les œuvres de John Heartfield donnent un impact retentissant. Ses prises de position radicales contre le péril nazi l’obligent à l’exil. Ce n’est qu’en 1950, qu’il revient en Allemagne de l’Est où il réside jusqu’à sa mort en 1968.
Allant des collages cubistes aux œuvres de Dada, en passant par l’Expressionnisme ou le Futurisme allemands qui ont marqué son enfance, les influences de l’artiste sont multiples et perceptibles dans ses œuvres. Cependant, les photomontages qu’il réalise vont bien au-delà et, comme le souligne très justement Franck Knoery, dépassent « l’expérience du collage dadaïste ». Si les travaux de John Heartfield s’inscrivent dans la tradition de la caricature et de la satire « classiques » d’un Daumier, ils sont également résolument avant-gardistes par la technique qu’ils emploient.
Qui de John Heartfield, de George Grosz ou de Raoul Hausmann inventa le photomontage ? La polémique demeure, mais qu’importe… L’exposition strasbourgeoise nous montre le courage et le talent d’un artiste qui a su développer, exploiter et renouveler l’art de la caricature pour en faire un outil de propagande hors du commun (en 1931, le tirage de la revue atteint 500000 exemplaires) contre les ennemis de son temps ! Et que chacun se rassure, point n’est besoin d’être un germaniste confirmé (malgré les légendes en allemand qui ponctuent les photomontages) pour comprendre l’œuvre de John Heartfield, dont la portée est universelle dépassant les notions de temps et de frontières… Laissez-vous portez, le temps d’une exposition, par les idées révolutionnaires d’un artiste avant-gardiste.
Pour ceux qui ont encore des doutes ou pour ceux qui n’auront pas la chance de découvrir cette belle exposition, un magnifique catalogue (John Heartfield. Photomontages politiques 1930-1938, Editions des Musées de Strasbourg, avril 2006, 160 pages, 32 €.) abondamment illustré et regroupant différents textes de David Evans, Carlos Perez, Emmanuel Guigon, Franck Knoery et Michael Krejsa ainsi que des traductions d’écrits de l’artiste lui-même, vient s’ajouter aux quelques (trop) rares publications françaises sur le sujet.

Sandra Nort



01/02/2011
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