Alain YVER

Alain YVER

HENRY MILLER

HENRY MILLER








Henry Miller (1891/1980)

        Ecrivain américain dont l'œuvre combat le puritanisme anglosaxon, l'hypocrisie bourgeoise et, plus généralement, la civilisation occidentale (et par là même sa culture, ses traditions et ses coutumes, son histoire, ses arts, sa science, ses méthodes d'enseignement et d'éducation; il ne voit partout que la dégradation de l'homme). Il fait l'éloge d'une existence et d'une sexualité libérée

        Henry Miller nait à NewYork le 26 décembre 1891, de parents d'origine allemande (fils d'un modeste tailleur), Miller est un enfant de Brooklyn, et plus particulièrement de la rue dont il fait son domaine: "!Ce qui ne se passe pas en pleine rue est faux, c'est-à-dire littérature.!" (préface de Black Spring écrit en 1936) Après de brèves études au City College de NewYork, il exerce divers petits métiers (notamment chef des coursiers à la Western Union Telegraph Company, métiers qu'il raconte dans Sexus et qui le met en contact avec les types d'humanité les plus variés). Il se marie en 1917, mais quitte bientôt sa femme (Maude dans Sexus). Il fait, à l'occasion d'un voyage dans l'Ouest, la connaissance d'Emma Goldman (1869/1940, révolutionnaire et anarchiste russe d'origine américaine qui publia de 1906 à 1917 Mother Earth, un mensuel anarchiste) qui lui fait connaître Nietzsche, Bakounine, Strindberg, Ibsen. En 1922, il écrit son premier livre, Clipped wings, resté inédit. En 1923, il épouse June Edith Smith (rencontrée dans un dance palace de Broadway), la seule femme qui compta dans sa vie (bien qu'il se fût marié cinq fois), et celle qui hante la plupart de son œuvre, la Mona-Mara des Tropiques et de la Crucifixion en rose (1949). Au cours de cette union qui dura sept ans, Miller, incapable de supporter la moindre contrainte extérieure, autodidacte absolu, fait le serment de ne se consacrer qu'exclusivement à la littérature et s'établit, dès 1930, à Paris, où, pendant dix années, il mène la vie de bohême évoquée dans trois romans autobiographiques, Tropique du Cancer (1934), publié grâce à la contribution d'Anaïs Nin, Printemps noir (1936) et Tropique du Capricorne, (1939). Jugés pornographiques, ces ouvrages furent interdits de publication aux États-Unis mais circulèrent clandestinement et contribuèrent à donner à leur auteur une réputation d'avant-gardiste. Fuyant la guerre, Miller se rend en Grèce à Corfou, où l'a invité son ami Lawrence Durrel (romancier et poète britannique amoureux de la complexité et de la beauté des paysages méditerranéens; lire Correspondance Privée qui reconstitue son amitié avec H. Miller) et en rapporte le Colosse de Maroussi (1941), consacré à la Grèce de simples paysans vivant en communion avec l'âme du passé et de l'univers. À son retour en 1940, un voyage à travers les États-Unis en compagie du peintre Abe Rattner lui inspire le Cauchemar climatisé (1945), suivi de Souvenirs, souvenirs (1947), féroce diatribe contre "!la civilisation américaine qui n'a abouti qu'à créer un désert spirituel et culturel!". Seuls sont épargnés les anticonformistes, ceux qui ont su préserver leur innocence primitive et résister à l'aliénation de la civilisation industrielle. Retiré à BigSur (son "Jardin des Délices"), en Californie, où il mène une vie de reclus, Miller évoque NewYork (Dimanche après guerre, 1945), la nature paradisiaque de BigSur, qui incite au retour à la sagesse, à la dignité et à l'harmonie dans l'univers (BigSur et les oranges de Jérôme Bosch, 1957). Des essais (le Monde du sexe, 1940!; les Livres de ma vie, 1952!; The Time of the Assassins: A Study of Rimbaud, 1956) révèlent le souci de bâtir une légende personnelle mais aussi le gauchissement de l'écriture, devenue "!littéraire!", au sens péjoratif où l'entendait Miller. La seconde trilogie, la Crucifixion en rose (Sexus, 1949!; Plexus, 1953!; Nexus, 1960) participe de la même mythologie de l'écriture ainsi que d'une volonté anthropocentrique: revenant sur les années 1923-1928, Miller dit, à travers un enchevêtrement de portraits, de dialogues et de confidences, tout ce qui a marqué sa sensibilité ou son esprit. Manifestant un vif intérêt pour la peinture, seule apte à appréhender le réel (Peindre, c'est aimer à nouveau, 1960!; Virage à 80, 1973), Miller est également l'auteur de Jours tranquilles à Clichy (1966) et d'une correspondance avec Lawrence Durrell (publiée en 1963) et Wallace Fowlie (publiée en 1975).

        Souvent jugée scandaleuse parce que incomprise, parfois qualifiée d'antiféministe, son œuvre a exercé une profonde influence sur les écrivains de la Beat Generation. L'œuvre de Miller est presque totalement autobiographique. Comme les grands écrivains américains de sa génération, Miller est un prodigieux conteur. Mais, par ses élans prophétiques, l'omniprésence dans ses textes du rêve et du fantasme, il s'en démarque profondément, tandis que le sens même de sa démarche artistique reflète une exigence vitale qui l'apparente à Rimbaud : "Je cherche tous les moyens d'expression possibles et imaginables et c'est comme un bégaiement divin." Miller est en outre un contempteur impitoyable de l'Amérique, de son matérialisme, de la perversité de ses mœurs, de son "cauchemar climatisé". À cela, il faut opposer la jeunesse de ses quatre-vingts ans (Virage à 80, 1973). L'obscénité, qu'il manie avec une violence incomparable, est d'abord une arme dirigée contre l'hypocrisie de la morale puritaine. Mais elle apparaît aussi, dans une perspective érotique propre à l'auteur, comme un instrument de libération du moi qui dépasse largement l'émancipation sociale. Mystique et sensualiste tout à la fois, Henry Miller aspire à une transformation totale de l'homme, une accession à un plan supérieur où, ayant touché au paroxysme de la joie et de la douleur, l'individu pleinement réalisé puisse, avec Miller, déclarer : "Ma vie n'a été qu'une longue crucifixion en rose" (Nexus). La recherche d'une telle intensité, dans l'existence comme dans la création, lui confère une place unique dans la littérature moderne.
        Il meurt à Pacific Palisades, Californie en 1980
        Miller est-il vraiment l'un des responsables de cette libération des mœurs que l'on a observée dans les années 1960-1970 non seulement en Amérique mais aussi dans le monde occidental tout entier, ou ne l'a-t-il que prévu avec beaucoup d'acuité ? Toute la question de l'importance et de l'influence de l'écrivain est ainsi formulée. Après que les hippies , ainsi que la plus grande partie de la jeunesse américaine en révolte, eurent été sous les feux de la rampe, on a perdu de vue le rôle capital qu'a eu Miller dans l'ébranlement, non seulement du puritanisme, mais de toute cette société étriquée du XIXe siècle qui se perpétue dans le XXe. On dit que les jeunes ne lisent plus Miller ou presque pas. Mais ils ont lu les Kerouac, les Ginsberg, Mailer, Corso, Ferlinghetti, qui tous sont issus presque directement de Miller. Bien sûr, avant Miller, il y avait eu D. H. Lawrence. Mais il faut savoir mesurer la distance entre les deux, qui n'est rien de moins qu'énorme. Une Kate Millett (Sexual Politics ), qui ne peut certainement pas être accusée de préjugés favorables, puisqu'elle condamne Miller au nom de la femme, dit que Lawrence aurait probablement été scandalisé par lui. On oublie peut-être que, en s'attaquant avec une telle férocité aux mœurs sexuelles, Miller s'en prenait en toute connaissance de cause au fondement même de l'édifice social, qui pour lui emprisonne l'homme. Il le dit clairement dans Tropique du Cancer . Si les jeunes ne le lisent plus, en cela même ne sont-il pas fidèles à cet aspect tellement antilittéraire de Miller, " où l'art, dit-il, doit être le fait de chacun " ? Cet autre aspect typiquement millérien, les jeunes le mettent de plus en plus en pratique. Henry Miller semble être de la taille de ces géants authentiques qui dépassent leur époque, pour aider à la création de celles à venir, et qui ne peuvent être jugés à leur vraie mesure qu'avec beaucoup de recul.











HENRY MILLER


Chaque jour où nous manquons à vivre au maximum de notre potentiel, nous tuons le Shakespeare, le Dante, l'Homère, le Christ qui sont en nous.
(Henry Miller, 1937)

 Écrivain américain, né à New York le 26 décembre 1891 à 12h17 et mort à Los Angeles le 7 juin 1980 à 16h, il développe très tôt un esprit profondément rebelle et refuse tout mode de vie conformiste. Il vit d'une multitude de petits emplois tout en poursuivant sa quête littéraire et métaphysique. En 1930, il vient à Paris où il réside jusqu'en 1939. C'est là qu'il publie son premier livre "Tropique du Cancer" (1934) auquel "Tropique du Capricorne" (1939) fait pendant. Il y retrace sa vie à New York et à Paris et notamment sa relation passionnelle et tumultueuse avec June Smith (28 janvier 1902, Russmoldavitza, Roumanie, 23°30E, 46°47N, 3h=1h17ut) de même que dans la trilogie "La Cruxifiction en Rose" ("Sexus" 1949, "Plexus" 1953, "Nexus" 1960). Sa relation avec Anaïs Nin durant son séjour à Paris est un fait marquant de sa vie affective. L'œuvre de Miller traduit la quête d'un homme pour devenir lui-même. S'il est vrai que la sexualité en termes parfois assez crus est présente dans ses livres (ils furent interdits aux États-Unis jusqu'en 1961), c'est toujours la quête d'être qui l'a motivé et non la pornographie comme des esprits bien pensants se sont plu à le dire. Cette démarche pour devenir un homme libre lui a valu de faire figure de sage spirituel. Il a grandement influencé la "Beat Generation" et, sans doute, d'une certaine manière, le mouvement de la contre-culture des années 60.

Comme je le raconte dans l'article D'Henry Miller à Dane Rudhyar, la "rencontre" avec Henry Miller a bouleversé ma vie et l'a orienté vers la quête de l'être. Henry Miller parle, dans tous ses livres, du sens de la vie et fait référence à nombre d'auteurs, de penseurs, voire d'hommes spirituels qui ont eux-mêmes étaient des phares qui ont éclairé et qui éclairent la route des chercheurs. Entre autres, il cite Dane Rudhyar et parle abondamment d'Astrologie. "Un Diable au Paradis" relate d'ailleurs sa relation assez difficile et parfois cocasse avec un astrologue qu'il avait connu à Paris, Conrad Moricand.

Pendant une année, j'ai arpenté les rues de Paris sur les traces d'Henry Miller. J'habitais dans une chambre de bonne, rue de Rennes, et je travaillais le matin à mi-temps comme "archiviste" dans une entreprise qui avait ses bureaux près de la Gare Saint Lazare. L'après-midi, je partais à la recherche de Miller, je lisais ses livres ainsi que les auteurs dont il parlait. Et comme il parlait d'Astrologie, je me suis mis à l'étudier. A cette époque, au début des années 70, on ne pouvait trouver quasiment que des livres d'Astrologie Traditionnelle, tels Hadès, Antares, Julevno, Choisnard... Ce n'était pas exactement ce que je recherchais, mais je les ai quand même abondamment étudiés, ce que je ne regrette pas. Seul André Barbault dénotait dans ce paysage déterministe et son œuvre, notamment son fameux "Traité Pratique d'Astrologie", a été, pendant quelques années, jusqu'à ce que je rencontre Germaine Holley, mon manuel de chevet. A ce titre, je rends grâce à André Barbault d'avoir été un guide à l'une des étapes de mon chemin d'astrologue et de chercheur.

Pour en revenir à Henry Miller, je signale un livre consacré à l'étude de son thème par une astrologue qu'il consultait lorsqu'il vécut à Paris : "Henry Miller et son destin" par Jacqueline Langmann. Ce livre, annoté par Miller lui-même, a été, finalement, mon premier manuel d'interprétation.

Sans doute lui dois-je aussi ma manière personnelle d'aborder l'Astrologie. L'Astrologie "objective", c'est-à-dire purement théorique et technique, qui ne s'applique qu'à des thèmes de grands hommes, de personnalités connus, n'a pour moi qu'un intérêt premier. Elle constitue, certes, un excellent exercice d'application technique et je m'en sers quotidiennement pour étudier les thèmes des personnes qui font l'actualité, hommes politiques, présentateurs de télévision, artistes, etc. De ce point de vue, elle joue un rôle important. Cependant, l'Astrologie Transpersonnelle est, avant tout, un chemin d'évolution, c'est pourquoi elle est complètement reliée aux grands enseignements de l'Humanité auxquels Rudhyar fait constamment référence. Il s'agit, pour chacun d'entre nous, de grandir en conscience, de s'éveiller et de transformer notre personnalité de telle sorte qu'elle soit le canal de la Conscience, pour atteindre finalement ce que les Hindous appellent la "libération". C'est ce que Henry Miller, à sa manière, recherchait. Aussi son œuvre est-elle le témoignage de cette quête et c'est donc de sa propre expérience dont il parle dans ses livres. Mais, parlant de lui de la manière dont il en parle nous renvoie à nous-mêmes et nous pousse à rechercher le sens véritable de notre vie. J'ai fait mienne cette phrase qu'il a écrite et qui figure en exergue d'un numéro de la revue "Planète" qui lui était consacré en 1970 :

"Un véritable artiste renvoie le lecteur à lui-même, l'aide à découvrir en lui-même les richesses inépuisables qui lui appartiennent. Nul ne peut être guéri ou sauvé que par ses propres efforts. Le seul remède, c'est la foi. Quiconque utilise de manière créatrice l'Esprit qui est en lui est un artiste."

L'astrologue est ainsi un artiste (on parle bien de l'art de l'interprétation) et il se doit de témoigner de son cheminement et de ses expériences au regard de l'Astrologie. La formation en Astrologie Transpersonnelle proposée par le CRET est, de ce fait, plus que l'apprentissage de techniques, une plongée en soi-même à partir de l'étude de son thème natal.

Samuel DJIAN












Henry Miller CITATIONS


   1. C'est parfois l'échec qui est le meilleur gage de succès et souvent un retard s'avère plus utile qu'un progrès. Nous sommes rarement en mesure de nous rendre compte à quel point le négatif sert à produire le positif, à quel point le mal engendre le bien.
      (Peindre c'est aimer à nouveau, Livre de Poche n° 3640, trad. G. Belmont, p.12)
      
   2. [...] une oreille, cet étrange appendice du visage!
      (Peindre c'est aimer à nouveau, Livre de Poche n° 3640, trad. G. Belmont, p.19)
      
   3. Peindre, c'est se remettre à aimer. Pour voir comme le peintre voit, il faut regarder avec les yeux de l'amour. Son amour à lui n'a rien de possessif: le peintre est obligé de partager ce qu'il voit. Le plus souvent, il nous fait voir et sentir ce que nous ignorons ou ce contre quoi nous sommes immunisés. Sa manière d'approcher le monde vise à nous dire que rien n'est vil ou hideux, que rien n'est banal, plat ou indigeste si ce n'est notre propre puissance de vision. Voir n'est pas seulement regarder; ce qu'il faut, c'est regarder-voir; c'est pénétrer du regard et observer.
      (Peindre c'est aimer à nouveau, Livre de Poche n° 3640, trad. G. Belmont, p.23)
      
   4. Les seuls artistes à qui je céderais mes murs, ce sont les enfants. Pour moi, les oeuvres des enfants ont leur place à côté des chefs-d'oeuvre des grands maîtres.
      (Peindre c'est aimer à nouveau, Livre de Poche n° 3640, trad. G. Belmont, p.32)
      
   5. L'oeuvre d'un enfant ne manque jamais de nous provoquer, d'en appeler à nous, parce qu'elle est pénétrée et imprégnée de cette assurance quasi magique qui naît d'une approche directe et spontanée des objets.
      (Peindre c'est aimer à nouveau, Livre de Poche n° 3640, trad. G. Belmont, p.33)
      
   6. Il ne suffit pas seulement d'aimer ce que l'on fait, il faut encore savoir comment faire l'amour.
      (Peindre c'est aimer à nouveau, Livre de Poche n° 3640. p.64)
      
   7. La meilleure façon de tuer un artiste est sûrement de lui donner tout ce dont il a besoin.
      (Peindre c'est aimer à nouveau, Livre de Poche n° 3640, trad. G. Belmont, p.67)
      
   8. Je crois sincèrement que l'artiste véritable préfère toujours donner son oeuvre, et non la vendre. Un bon artiste doit avoir un peu de folie en lui, si l'on entend par folie une incapacité exagérée à s'adapter. L'individu qui peut s'adapter à notre monde démentiel est ou bien un homme insignifiant ou bien un sage. Dans le premier cas, il est immunisé contre l'art, et dans le second, il est au-delà de lui.
      (Peindre c'est aimer à nouveau, Livre de Poche n° 3640, trad. G. Belmont, p.67)
      
   9. Il suffit d'un ami, si c'est un homme de foi, pour faire des miracles.
      (Peindre c'est aimer à nouveau, Livre de Poche n° 3640, trad. G. Belmont, p.82)
      
  10. Personne n'acquiert le génie; c'est un don de Dieu. Mais on peut acquérir la patience, le courage, la sagesse, la compréhension.
      (Peindre c'est aimer à nouveau, Livre de Poche n° 3640, trad. G. Belmont, p.84)
      
  11. Etre soi-même, rien que soi-même, c'est inouï. Mais comment y arriver, comment y parvenir? Ah! c'est ça l'astuce, ça le plus difficile de tout. Le scabreux, c'est justement que cela ne demande pas d'effort. Le tout, c'est de ne pas vouloir être ceci ou cela, ni grand ni petit, ni habile ni maladroit...tu me suis? Tu agis selon ce qui se présente. Mais de bonne grâce, bien entendu. Parce qu'il n'y a pas une chose qui n'ait son importance. Pas une.
      (Le sourire au pied de l'échelle, Livre de Poche n° 3640, trad. G. Belmont, p.120)
      
  12. La joie est pareille à un fleuve: rien n'arrête son cours.
      (Le sourire au pied de l'échelle, Livre de Poche n° 3640, trad. G. Belmont, p.148)
      
  13. Le cirque est un petit bout d'arène close, propre à l'oubli. Un temps plus ou moins bref, il nous permet de ne plus penser à nous, de nous dissoudre dans l'émerveillement et la félicité, d'être transportés de mystère.
      (Le sourire au pied de l'échelle, Livre de Poche n° 3640, trad. G. Belmont, p.149)
      




HENRY MILLER CITATIONS (SUITE)

«La pensée doit passer par le coeur pour être rendue active et prendre un sens.»
[ Henry Miller ] - Lire aux cabinets

«Chaque instant est bonheur à qui est capable de le voir comme tel.»
[ Henry Miller ]

«A quoi servent les livres s'ils ne ramènent pas vers la vie, s'ils ne parviennent pas à nous y faire boire avec plus d'avidité ?»
[ Henry Miller ] - Lire ou ne pas lire

«Notre corps physique possède une sagesse qui fait défaut à celui qui l'habite.»
[ Henry Miller ]

«Ce qui va mal, ce n'est pas le monde, c'est notre manière de le regarder.»
[ Henry Miller ]

«La science cherche encore, l'amour a trouvé.»
[ Henry Miller ]

«Méditer sur le problème du jour, ou même sur ses problèmes personnels, est la dernière chose que désire faire l'individu normal.»
[ Henry Miller ] - Lire aux cabinets

«Je dois veiller à me garder le corps en bonne forme pour les vers. Et l'âme intacte pour Dieu.»
[ Henry Miller ] - Printemps noir

«Certains hommes attendent l'infidélité de leur femme avec la même tension qu'au cirque lorsqu'ils attendent la chute d'un danseur de corde.»
[ Henry Miller ]

«Un vrai leader n'a pas besoin de conduire. Il suffit qu'il montre le chemin.»
[ Henry Miller ]

«Nous participons tous à la création. Nous sommes tous des rois, poètes, musiciens ; il n'est que de s'ouvrir comme un lotus pour découvrir ce qui est en nous.»
[ Henry Miller ]

«Les oeuvres des enfants ont leur place à côté des chefs-d'oeuvre des grands maîtres.»
[ Henry Miller ] - Peindre c'est aimer à nouveau

«Lire c'est toujours interpréter.»
[ Henry Miller ] - Lire aux cabinets

«Dieu est le possible qui réside au-delà de l'actuel. Dieu n'existe pas. Dieu est une création car l'éternité ne suffit pas.»
[ Henry Miller ] - Lettres à Anaïs Nin

«Un enfant n'a pas besoin d'écrire, il est innocent.»
[ Henry Miller ] - Sexus

«La pire difficulté pour l'individu créateur, c'est de réfréner l'entêtement à vouloir catégoriser le monde à son image.»
[ Henry Miller ]

«Si tu regardes ton nombril et que ton nombril est intéressant, alors tu atteindras l'universel.»
[ Henry Miller ]

«Comprendre que vous êtes heureux et savoir comment le rester, c'est plus que du bonheur, c'est la félicité.»
[ Henry Miller ]

«Tout homme qui aurait conscience de ses actes ne pourrait pour rien au monde presser du doigt la détente d'un fusil.»
[ Henry Miller ] - Réunion à Brooklin

«Si nous étions lucides, instantanément l'horreur de la vie quotidienne nous laisserait stupides.»
[ Henry Miller ] - Sexus

«Si c'est vers une plus grande réalité que nous nous tournons, c'est à une femme de nous montrer le chemin. L'hégémonie du mâle touche à sa fin. Il a perdu contact avec la terre.»
[ Henry Miller ] - Dimanche après la guerre

«Aller à un concert, c'est de l'autoflagellation sous une forme politiquement correcte.»
[ Henry Miller ]

«Vivre signifie être conscient, joyeusement, jusqu'à l'ébriété.»
[ Henry Miller ]

«Nous voulons à tout prix être des conquérants et conquérants nous serons ; mais notre conquête, c'est la mort.»
[ Henry Miller ] - Le colosse de Maroussi

«Il suffit d'un ami, si c'est un homme de foi, pour faire des miracles.»
[ Henry Miller ] - Peindre, c'est aimer à nouveau

«Le sexe est une des neuf raisons qui plaident en faveur de la réincarnation. Les huit autres sont sans importance.»
[ Henry Miller ]

«Un homme plein de classiques est un danger pour l'humanité.»
[ Henry Miller ]

«En Grèce, on a envie de se baigner dans le ciel.»
[ Henry Miller ]

«Quand la merde vaudra de l'or, le cul des pauvres ne leur appartiendra plus.»
[ Henry Miller ]

«La joie est pareille à un fleuve : rien n'arrête son cours.»
[ Henry Miller ] - Le sourire au pied de l'échelle

«La meilleure façon de tuer un artiste est sûrement de lui donner tout ce dont il a besoin.»
[ Henry Miller ] - Peindre c'est aimer à nouveau

«Certains sentent la pluie à l'avance : d'autres se contentent d'être mouillés.»
[ Henry Miller ]

«Le cirque est un petit bout d'arène close, propre à l'oubli.»
[ Henry Miller ] - Le Sourire au pied de l'échelle

«Le monde n'a pas besoin qu'on y mette de l'ordre ; le monde est ordre, incarné. C'est à nous de nous harmoniser avec cet ordre.»
[ Henry Miller ]

«Les choses que nous avons passent, et par leur nature éphémère même elles sont sans valeur.»
[ Henry Miller ] - Lire aux cabinets

«La solitude est le lot de ce qui vit sur terre ; et des êtres terrestres, l'homme est le plus solitaires. D'autant plus solitaires, tristement, s'il est entouré de sa race.»
[ Henry Miller ] - Le Monde du sexe

«Il ne se passe pas de jours que nous menions à l'abattoir les plus purs de nos élans.»
[ Henry Miller ] - Crucifixion en rose

«Fais n'importe quoi, mais tires-en de la joie.»
[ Henry Miller ]

«L'homme a ce choix : laisser entrer la lumière ou garder les volets fermés.»
[ Henry Miller ]












Henry Miller
Les entretiens de Paris avec Georges Belmont

Auteur/Realisateur : Henry Miller

Editeur : Ina / Radio France

Date de parution : 1998

Duree : 71'

Prix : 21 €

Producteurs : Ina / Radio France

Resumé :

Georges Belmont connaît bien Henry Miller : depuis 1935, il l'a souvent rencontré et a traduit en français une grande partie de son oeuvre. Ces entretiens seront sans doute les seuls à être donnés à la Radio française. C'est un Miller après le chaos, ayant apprivoisé ses tempêtes, pudique et serein.






Mort de Georges Belmont, traducteur d'Henry Miller et Graham Greene
Une traversée immense du XXe siècle

Il cumulait les casquettes dans le métier, tout à la fois journaliste et éditeur, mais surtout traducteur en France des oeuvres de Graham Green et Henry Miller : Georges Belmont est décédé le 26 décembre dernier, à l'âge de 99 ans, après avoir parcouru la vie littéraire durant le siècle passé.

Diplomé de Normal Sup' et de Trinity College, il fréquenta Gide, Beckette ou encore James Joyce et développa son activité de traducteur après la Seconde Guerre mondiale, ajoutant aux auteurs cités des pointures comme William Irish, Evelyn Waugh ou Anthony Burgess, nous rappelle Livres Hebdo.

Directeur de la collection Pavillons chez Robert Laffont, il se distinguera également comme journaliste pour avoir réalisé la dernière interview de la star, Marylin Monroe. Il aura publié en 2001 ses Souvenirs d'outre-monde. Histoire d'une naissance, chez l'éditeur Calmann-Lévy.


Rédigé par Clément S., le mercredi 31 décembre 2008 à 11h54







Georges Belmont est mort


Le traducteur d’Henry Miller et de Graham Greene, par ailleurs directeur de la célèbre collection « Pavillons » de Laffont, est mort le 26 décembre à l’âge de 99 ans.
Traducteur, journaliste et éditeur, Georges Belmont a animé la vie littéraire parisienne de la deuxième moitié du XXe siècle.

Né à Paris en 1909, Georges Belmont avait fait de brillantes études à l'Ecole normale supérieure et au Trinity College de Dublin avant de regagner Paris. Il était devenu l’ami de Samuel Beckett, de James Joyce, d'André Gide...

Après la guerre, il entame une grande carrière de traducteur, faisant connaître en France les œuvres de Henry James, Henry Miller, Graham Greene, William Irish, Evelyn Waugh, Anthony Burgess et même Ryu Murakami, tout en étant journaliste et éditeur. Il joue ainsi un rôle important à Paris Match, Marie-Claire et Jours de France à la fondation duquel il contribua en 1954. Il réalise en 1960 la dernière interview de Marylin Monroe.

Pendant de nombreuses années chez Robert Laffont, il a dirigé la collection de littérature étrangère "Pavillons".

Avec Pierre Belfond et Jean-Paul Naddeo, il a fondé les éditions Acropole où il a traduit et publié de nombreux romans d'Anthony Burgess, dont Du miel pour les ours et Les puissances des ténèbres, et de Marilyn French. En 1991, il a publié chez Laffont les souvenirs qu’il avait recueillis de Céleste, la gouvernante de Marcel Proust, sous le titre Monsieur Proust.

En 2001, il avait raconté sa vie riche et mouvementée dans Souvenirs d'outre-monde. Histoire d'une naissance, chez Calmann-Lévy.










Henry MILLER
à Paris, Clichy et ailleurs

Le jeudi 28 août 2003.

Le café Wepler, place de Clichy à Paris.

"Au rythme de deux repas par jour, il lui suffisait de quatorze amis [...] Ils étaient tous absolument ravis de le recevoir. Henry était un hôte de choix ; il payait largement son écot de sa seule conversation."
Mon ami Henry Miller. Alfred Perlès.

Né en 1891, l'enfant de Brooklyn dont le père est tailleur fait tous les métiers et découvre en 1913, à l'occasion d'une rencontre avec l'anarchiste Emma Goldman, que la vraie vie est ailleurs… et que ses parents sont idiots.

L'Europe devient pour lui synonyme de liberté de pensée, morale et politique. Avec sa femme June, Miller débarque une première fois à Paris en 1928. Quatre ans auparavant, il a épousé June et décidé de n'être qu'écrivain.
Ils logent d'abord à l'hôtel de Paris, 24 rue Bonaparte, pendant environ un mois, puis entreprennent un périple de six mois en Europe.
Ils reviennent ensuite à Paris, où ils séjournent en particulier à l'hôtel des Ecoles, avant de… parcourir la France à vélo. En janvier 1929, ils regagnent New-York. Le 4 mars 1930, poussé dehors par June, il débarque à Paris pour de bon, seul et, comme depuis longtemps, sans le sou. Il choisit Paris pour devenir un vrai écrivain. Il ne vient pas chercher les éditeurs, mais l'inspiration, les rencontres et la vie dont Rimbaud a parlé (Miller traduira plus tard en anglais Une saison en enfer).
L'hôtel Saint-Germain-des-prés, 36 rue Bonaparte, l'accueille, puis un hôtel rue du Maine, l'hôtel Central, la rue, les amis… Le Dôme, la Coupole, le Wepler place Clichy et d'autres cafés le voient habiter en terrasse, où il écrit pendant des heures (parvenant à vivoter de ses articles), ou rencontre les prostituées et observe les passants. Il ne fréquente ni la librairie Shakespeare and Co ni Adrienne Monnier rue de l'Odéon. Miller, autodidacte de l'écriture, veut écrire ce qui n'est pas dans les livres. En 1931, il fait la connaissance d'Anaïs Nin à Louveciennes. Son ami Michael Fraenkel l'héberge Villa Seurat, près de Montparnasse. Miller écrit beaucoup, entre dix et quinze pages chaque jour. Il a commencé Tropique du Cancer. Il se promène beaucoup aussi, et perfectionne son français pour lire Breton, Giono, Céline et Cendrars, qu'il rencontrera en 1934 après la publication du Tropique (Cendrars est le premier à saluer publiquement sa sortie). Pendant l'hiver 1932-1933, il est répétiteur au lycée Carnot de Dijon, mais rejoint vite Paris, et retourne s'installer au 4 avenue Anatole France à Clichy (c'est son adresse entre mars 1932 et l'automne 1934, qu'il partage avec son ami Alfred Perles, écrivain viennois). Là, il achève le Tropique et commence Printemps noir et La sagesse du coeur. En 1934, il emménage à nouveau Villa Seurat, à l'étage supérieur à celui de Fraenkel, au n°18. c'est son adresse jusqu'en 1939. Il y accueille Laurence Durrell et sa femme Nancy en septembre 1937. La guerre le pousse à rejoindre les Etats-Unis en 1939. Il revient à Paris le 31 décembre 1952 avec Eve, sa nouvelle femme.

Autres demeures de l'auteur

Grand connaisseur des régions de France, Henry Miller séjourne aussi :
- à la Tuilerie de Massane chez Joseph Delteil, en 1959,
- puis chez Laurence Durrell à Sommières. Il retrouvera en octobre 1967 les Delteil et les Durrell.
- Il erre à travers l'Europe en 1961 : en avril à Montpellier, la ville de Nostradamus qu'il admire et dont il partage les sombres prédictions.
- à Paris à l'automne 1967 pour un nouveau voyage de noces.

Miller décède le 7 juin 1980. Ses cendres ont été dispersées à Big Sur, en Californie, où il vécut plusieurs années.

Pour visiter le lieu
Aucune des adresses de Miller n'est ouverte au public, sauf… les chambres d'hôtel qu'il a habitées.

À voir aux alentours
Le Montparnasse d'Henry Miller est le quartier de tous les hôtes des cafés de la place : le Dôme, le Select, la Coupole,…
Il est également le quartier de Rimbaud, Hugo, Sainte-Beuve, Alain-Fournier, Bernanos, Hemingway, Pound, Sartre, Aragon et Elsa, Prévert, Gertrude Stein, Rilke, Maïakovski (un peu plus au sud, Kessel habita boulevard Brune) et est proche du Saint-Germain-des-Prés de Marguerite Duras, Sartre (encore), Cendrars, Hemingway, Verlaine, Rimbaud, Pascal, Auguste Comte, Apollinaire,…











Lawrence Durrell, Henry Miller Correspondance 1935 - 1980. Portrait, par Corinne Amar
édition du 29 juin 2004


Couverture du livre Correspondance 1935-1980 de Lawrence Durrell, Henry Miller

En août 1935, Lawrence Durrell, jeune poète diplomate, a vingt-trois ans et vit à Corfou lorsqu'un livre conseillé par un ami le bouleverse. Il écrit à son auteur alors âgé de quarante-trois ans, qui a récemment quitté l'Amérique pour venir vivre à Paris et se consacrer à son oeuvre, une lettre d'admiration, qui sera la première d'une longue correspondance entre ces deux colosses de la littérature : "C'est un bouquin qui fixe sur le papier le sang et les tripes de notre époque. (...) J'adore voir déboulonner les canons de l'émotion oblique et de la belle émotion littéraire, j'adore vous voir mettre du fumier sous les caprices et les mièvreries de vos contemporains, d'Eliot à Joyce. (...) Je salue en Tropique du cancer le manuel de ma génération." Lorsque très vite Durrell envoie à Miller son premier manuscrit, Le Cahier noir, l'Américain saisit sa qualité et va se battre pour le publier, aide et corrige le jeune homme avec énergie et générosité. Il sent que tout deux veulent, chacun à sa manière, "procéder au curetage de la matrice avec chaque ligne". En mai 1980, âgé de quatre vingt-neuf ans, Henry Miller écrit de Californie, où il vit depuis quarante ans, sa dernière lettre à "Larry" Durrell, installé depuis 1957 dans le Gard. Une équipe de télévision est venue, écrit-il, "m'interviewer dans mon rôle de moribond, pour ainsi dire, car j'en suis proche, même si je suis encore assez vivant pour vous écrire". Miller ajoute : "Tenez encore pendant vingt ans". Il meurt un mois plus tard. Durrell tiendra dix ans. La maison d'édition Buchet Chastel, principale éditrice de l'oeuvre d'Henry Miller en France, avait publié en 1963, un volume de correspondance entre Lawrence Durrell et Henry Miller. Traduite par Frédéric-Jacques Temple qui était l'ami des deux écrivains et reste un grand spécialiste de leurs ?uvres, elle le réédite aujourd'hui, augmenté de nombreux échanges inédits écrits entre 1959 et 1980 et de certains passages, supprimés dans quelques lettres de la première édition qui couvrait la période 1935-1959. Issu d'une famille anglo-irlandaise, Lawrence Durrell est né en Inde, en 1912. C'est à l'âge de douze ans qu'il découvre l'Angleterre où, après des études médiocres, il gagne sa vie comme pianiste de jazz dans une boîte de nuit. A partir de 1935, il s'installe à Corfou et dorénavant il vivra presque exclusivement à l'étranger. Voyageur impénitent selon les uns ou exilé volontaire selon les autres, il est successivement diplomate à Athènes, au Caire, à Alexandrie, à Rhodes, directeur du British Council en Argentine, attaché de presse à la Légation britannique de Belgrade, professeur à Chypre. Dans son univers essentiellement méditerranéen, les îles, les côtes, la mer, le soleil et les vignes sont les composantes fondamentales d'une ?uvre où résonnent, inlassables, les échos d'un vrai bonheur de vivre. Comme pour Miller, la littérature est, pour Durrell, le moyen de faire entrer la vérité dans le monde et dans la vie. Il annonce d'ailleurs très tôt le programme qui ne s'accomplira que vingt ans plus tard, avec le Quatuor d'Alexandrie ; il veut créer son univers héraldique : "J'en maçonne lentement les fondations. JE DETRUIS LENTEMENT MAIS TRES SOIGNEUSEMENT ET SANS PENSEE CONSCIENTE LE TEMPS." Ses premières lettres sont de grands textes d'apprentissage. L'une d'elles sur Hamlet est écrite à l'encre rouge. Miller y devient un Hamlet qui a réussi : un Américain qui fait entrer le monde en lui, le passe à l'acide et l'incinère pour mieux tout faire renaître. C'est bien vu. Miller donne d'emblée à Durrell un conseil qu'il ne cessera de répéter : "Si vous en avez le courage, allez jusqu'au bout, si amer soit-il de votre ?uvre. Si vous tenez le coup et je crois que vous le pouvez, n'écrivez que ce qui vous fait envie. Il n'y a rien d'autre à faire, sauf si vous tenez à la célébrité. Comme de toute façon on vous pissera dessus, commencez donc par dire ce que vous avez à dire". Précoces furent, chez Miller, sa révolte et sa volonté d'accéder au bonheur, de trouver l'Eden. Il naît à New York, le 26 décembre 1891, de parents d'origine allemande, fils d'un modeste tailleur, enfant de Brooklyn, et plus particulièrement de la rue dont il fait son domaine : "Dès le commencement, j'ai dû m'entraîner à ne jamais avoir de désirs trop violents ? Je n'avais besoin de personne, parce que je voulais être libre, libre d'agir et de donner, au gré de mes seuls caprices.. Qu'on attendît, qu'on exigeât de moi quelque chose, aussitôt je renâclais. En d'autres mots, j'étais pourri, pourri au départ. Comme si ma mère, au lieu de lait, m'avait nourri de poison, et que ce dernier, bien qu'elle m'eût sevré de bonne heure, fût demeuré dans l'organisme. Il n'était jusqu'au sevrage qui ne m'eût laissé indifférent ; la plupart des enfants se rebellent alors ou feignent de se rebeller ; moi je m'en fichais. Je n'étais pas sorti des langes que déjà j'étais philosophe. J'étais contre la vie, par principe. Le principe de futilité . Ce n'était que lutte autour de moi. Personnellement je ne faisais pas le moindre effort... "(Tropique du Capricorne) "Je cherche tous les moyens d'expression possibles et imaginables et c'est comme un bégaiement divin ". L'obscénité qu'il manie avec une rare violence est d'abord une arme dirigée contre l'hypocrisie de la morale puritaine. Mais elle apparaît aussi, dans une perspective érotique propre à l'auteur comme un instrument de libération du moi qui dépasse très largement l'émancipation sociale. Mystique et sensualiste tout à la fois, Miller aspire à une transformation totale de l'homme, une dimension supérieure où, ayant touché au paroxysme de la joie et de la douleur, pleinement réalisé, il puisse déclarer : "Ma vie n'a été qu'une longue crucifixion en rose" (Nexus) Pourtant, lorsqu'en 1949, Miller publie Sexus, premier tome de la description absolue de sa jeunesse, la Crucifixion en rose, Durrell déteste le livre : "Ces petites scènes sottes et dépourvues de sens, de raison d'être, d'humour, ces petites explosions enfantines d'obscénité, quel dommage de voir ainsi un grand artiste manquer de sens critique au point de ne pas contrôler ses forces" (...). Le 29 septembre, Miller y répond par une de ses plus belles lettres. Des longueurs, des vulgarités ? "Je porte en moi la matière de ce livre depuis 1927. Pensez-vous que je puisse faire une fausse couche après une gestation aussi longue ? (...) Si j'ai mal écrit, j'ai écrit dans la ligne de la vérité. Si j'ai fait preuve de mauvais goût, c'était le mauvais goût de la vie quotidienne (...). J'ai tenté de cerner en moi une pauvreté et une stérilité que peu d'hommes ont connues." Une lettre du 1er avril 1958 éclairera l'authenticité du projet de Miller ; malgré son tas de défauts, ses livres ouvrent une porte neuve, celle de l'individu brutalement libéré par sa mise à nu, et devenant maître en son pauvre royaume...

Lawrence Durrell, Henry Miller Correspondance 1935-1980 Traduit de l'anglais par B. Willerval et F. J. Temple, avec la collaboration de F. J. Buchet-Chastel, 781 pages, 34 euros.











universalis.fr/encyclopedie

Miller a longtemps été considéré comme le principal instigateur de la révolution sexuelle qui a bouleversé l'Amérique et du même coup le monde occidental. Idée que l'auteur a récusée presque totalement. Il est certain qu'il a toujours combattu le puritanisme anglo-saxon avec vigueur, pour ne pas dire avec férocité ; il est également certain qu'il s'est plu à employer tous les mots interdits, ces mots absolument tabous dans les pays de langue anglaise : mais il ne s'agit là pour lui que d'un élément, d'un détail dans son combat pour une plus grande liberté, dans son combat contre l'hypocrisie bourgeoise qui écrase l'individu et l'empêche de s'épanouir pleinement. En effet, Miller ne se dresse pas seulement contre les mœurs sexuelles, mais contre la civilisation occidentale tout entière avec sa culture, ses traditions et ses coutumes, son histoire, ses arts, sa science, ses méthodes d'enseignement et d'éducation. Il ne voit partout que dégradation de l'homme. Ce qu'il condamne le plus ardemment, c'est son propre pays, mais uniquement parce qu'il se trouve à l'avant-garde des temps modernes. Il lui préféra la France, mais c'est la vieille France qui le séduit, et le jour où il découvrit la Grèce, la France fut rayée de sa carte d'un seul trait, comme en témoigne Le Colosse de Maroussi.(...)

Pour lire l'intégralité de l'article,
profiter de l'offre d'essai gratuit
//www.universalis.fr/encyclopedie/M120621/MILLER_H.htm












Frédéric-Jacques Temple, par Henry Miller

Essais littéraires


Frédéric-Jacques Temple a été un familier d'Henry Miller de 1946 jusqu'à lamort de ce dernier en 1980. Cette brève étude, plus qu'une biographie conventionnelle ou un essai critique, se présente comme un dialogue avec un ami. L'auteur, qui a intégré dans ce récit sa correspondance avec l'écrivain américain, nous livre un précieux document sur l'homme Henry Miller et sur son oeuvre.

    Paru en avril 2004
    252 p.
    17 €
    ISBN 9782283019962















Rencontre avec Henry Miller: Simone de Beauvoir et le Prix Nobel de littérature

De son vivant j'eus l'occasion de rencontrer Henry Miller avec lequel Simone de Beauvoir entretenait des relations difficiles. Elle considérait ses écrits comme sexistes et mysogines. Cet avis était partagé par mes amies féministes.

Simone fut donc stupéfaite d'apprendre que je m'apprêtais à le voir alors que je me trouvais au Centre féministe de santé de Los Angeles. Je lui promis de tout lui raconter dans le moindre détail.

Henry Miller, alors âgé de 84 ans, vivait retiré dans une demeure ravissante de Pacific Palisades, au 444 Ocampo drive. Il avait la réputation  d'être entouré de femmes peu habillées et je me demandais comment se déroulerait l'entrevue.

Ce fut en effet une jolie et jeune femme qui m'ouvrit la porte d'un air méfiant. Derrière elle, un petit homme malingre avançait, penché sur son déambulateur. L'auteur de Plexus et de Sexus, en dépit d'un oeil fragile et presque clos, me regarda d'un air vif et pétillant. Aussitôt il me proposa dans un sourire d'aller nous entretenir dans… sa chambre!  Je restai silencieuse et intriguée par une telle offre.

Il éclata de rire: "Ne vous inquiétez pas! Je suis un vieil homme à présent. Vous ne risquez rien." Et de fait, il inspirait confiance et bonne humeur. Lorsqu'il me donna le choix entre m'asseoir sur son lit ou sur sa chaise roulante, j'optai pour la dernière. Henry Miller réagit:" Vous avez toujours peur de moi? -Pas du tout!- Je ne vous crois pas!"

Il mentionna aussitôt Simone de Beauvoir: "Je vous en prie, dites-lui que je ne suis pas aussi affreux qu'on le dit. Elle doit me considérer comme un macho épouvantable." Je ne répondis pas. Il continua." Vous savez, les Américains, à cause de leur pseudo-révolution sexuelle, me considèrent comme démodé, passé comme vous dîtes en français. Les Etats-Unis ne perdront jamais leur puritanisme. Les féministes devraient me considérer comme leur allié. Les hommes détruisent ce que les femmes construisent. Bientôt les femmes devront nous libérer. S'il-vous-plaît, n'imitez jamais ce que les hommes ont fait à cette pauvre planète et aux gens."

Henry Miller critiqua les Américains qui selon lui, se comportaient comme des robots et ne regardaient jamais les femmes dans les yeux. Il me supplia de lui donner un baiser sur la joue avant de partir, ce que j'omettai de raconter plus tard à Simone. Beauvoir ne crut pas à son souhait de réconciliation avec les féministes. Cependant je restai en contact épistolaire avec lui et il m'invita l'année suivante à Ocampo drive.

Il m'expédia plusieurs lettres m'encourageant dans mes écrits. En septembre 1978, je montrai à Simone celle que je venais de recevoir, en date du 13 août 1978, si différente des autres et qui la laissa sans voix. Dans un mot en partie tapé à la machine il me demandait d'écrire au Comité Nobel à Stockholm pour appuyer sa candidature au prix Nobel de littérature. Le mot  rédigé  en anglais se lisait comme suit:

"Chère Claudine, j'espère avoir votre soutien dans ma tentative de recevoir le prix Nobel de littérature. Puis-je vous demander d'écrire quelques lignes au Comité Nobel de l'Académie de Stockholm dont voici l'adresse. Je vous prie de bien noter que le Comité demande à ce que vous n'affichiez pas votre soutien publiquement."

Simone s'exclama:

-Je ne peux pas croire cela!

-Si Simone, c'est la vérité, et d'ailleurs pourquoi n'écririons-nous pas pour appuyer votre candidature? 

- C'est ridicule. Je ne veux en aucun cas que l'on agisse ainsi à mon égard.

-Mais Simone, avec toutes les femmes que nous connaissons de par le monde, cela pourrait vous apporter un soutien considérable.

-Non, il n'en n'est pas question. Je ne veux pas que vous agissiez ainsi.

Ni Henry Miller ni Simone de Beauvoir ne reçurent cette distinction. Aujourd'hui je regrette de lui avoir obéi. Nous aurions toutes dû écrire au Comité Nobel.











Œuvres

    * Ailes coupées (1922) (Clipped Wings) (inédit)
    * Trente ans d'humour (avec la coll.de Rodolphe Bringer). France-Edition. (1924)
    * Tropique du Cancer (1934) (Tropic of Cancer)
    * Aller-Retour New York (1935)
    * Printemps noir (1936) (Black Spring)
    * Max et les phagocytes (1938) (Max and the White Phagocytes)
    * L'Argent, son évolution (1938) (The Money and how it get's that Way)
    * Tropique du Capricorne (1939) (Tropic of Capricorn)
    * L'œil du cosmos (1939) (The Cosmological Eye)
    * Le Colosse de Maroussi (1941) (The Colossus of Maroussi)
    * La Sagesse du cœur (1941) (The Wisdom of the Heart)
    * Dimanche après guerre (1944) (Sunday after the War)
    * Varda, le Constructeur (1944) (Varda, the Master Builder)
    * La Grande misère de l'artiste aux États-Unis (1944) (The Plight of the Creative Artist in USA)
    * Qu'allez-vous faire pour Alf (1944) (What are you going to do about Alf ?)
    * Reflets d'un passé fervent (1944) (Semblance of a Devoted Past)
    * Le Cauchemar climatisé (1945) (The Air Conditionned Nightmare)
    * L'Obscénité et la loi de la réflexion (1945) (Obscenity and the Law of Reflection) (également dans Souvenirs souvenirs)
    * Maurizius pour toujours (1946) (Maurizius for Ever)
    * Souvenirs, souvenirs (1947) (Remember to Remember)
    * Le Sourire au pied de l'Echelle (1948) (The Smile at the Foot of the Ladder)
    * Courtes histoires américaines (HM et alii – 1948)
    * Sexus (1949) (1er volet de la Crucifixion en Rose / The Rosy Crucifixion I)
    * Plexus (1952) (2e volet de la Crucifixion en Rose / The Rosy Crucifixion II)
    * Amours sans importance (1955) (Night of Love and Laughter)
    * Jours tranquilles à Clichy (1956)
    * Un diable au paradis (1956) (A Devil in Paradise, the Story of Conrad Moricand)
    * Hamlet (1956) (Hamlet, a philosophical Correspondence with Michael Fraenkel)
    * Big Sur et les oranges de Jérôme Bosch (1957) (Big Sur and the Oranges of Hieronymus Bosch)
    * Le carnet rouge (1959) (The Red Notebook)
    * Nexus (1960) (3e volet de la Crucifixion en Rose / The Rosy Crucifixion III)
    * Peindre c'est aimer à nouveau (1960)
    * Water Color, Drawings and his Essay, the Angel is my Watermark ! (1962)
    * Reste immobile comme un colibri (1962)
    * Virage à 80 (1973)
    * Le livre des amis (1976)
    * J'suis pas plus con qu'un autre (1977)
    * Transit (1977)
    * Jours tranquilles à Brooklyn (1978)
    * Moloch 10/18 (1998)
    * Nexus 2 (140p.) suite du premier Nexus et dernier volet incomplet de la Crucifixion en rose (coll. Autrement dit - 2004)
    * Au fil du temps
    * Crazy Cock, (Belfond, 1991)
    * Opus Pistorum
    * L'œil qui voyage (2005)

Essais

    * Le Monde du Sexe (1940)
    * Blaise Cendrars (1951)
    * Rimbaud (1952)
    * Les livres de ma vie (1952)
    * Le temps des assassins (1956) (The Time of the Assassins : A Study of Rimbaud)
    * Art et outrage : Essais Tome 1
    * L'oiseau mouche : Essais Tome 2
    * Les entretiens de Paris avec Georges Belmont (1970) : entretiens radiophoniques
    * Correspondance privée avec Lawrence Durrell (1963)
    * Le Monde de D.H. Lawrence : Une appréciation passionnée, par Henry Miller et A. Catineau
    * Correspondance privée avec Wallace Fowlie (1975)
    * Correspondance avec Blaise Cendrars. Denoël, 1995.
    * Réunion à Barcelone (1959) (Reunion in Barcelona, a Letter to Alfred Perles)
    * Correspondance avec Lawrence Durrell 1935-1980 (2004)
    * Correspondance privée avec John Cowper Powys (1994)
    * Flash-back, entretiens de Pacific Palisades (1976)
    * Lettres à Anaïs Nin (1967)
    * Lettres d'amour à Brenda Vénus

À propos d'Henry Miller

    * Irène Blanc, "Sage Miller et folle L.A"(2001) Editeur: Buchet-Chastel

 
    * E.Jong, Henry Miller ou le diable en liberté.
    * Brassaï Henry Miller, rocher heureux (Grandeur nature II)
    * Brassaï, Henry Miller grandeur nature (I)
    * Frédéric Jacques Temple, Henry Miller(1965). Paris, Buchet-Chastel, 2004.
    * Mary Dearborn, Henry Miller, biographie, 1991.
    * Henry Miller, L'homme et son message; Planète n°16 – 1970.
    * Walter Schmiele, Henry Miller, 1970
    * Robert Snyder, Henry Miller par lui-même, 1977.
    * Fraenkel, Défense de Tropique du Cancer, 1947.
    * Alfred Perlès, Mon ami, Henry Miller, 1956.
    * G. Robitaille, Le père Miller, 1971.
    * Claude Chabrol, Jours tranquilles à Clichy, film.
    * Philippe Sollers, Libertés d'Henry Miller dans La guerre du goût. Paris, Gallimard, 1994.



05/02/2009
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres