Alain YVER

Alain YVER

HENRY MURGER

Henry Murger





Louis Henri Murger, né le 27 mars 1822 à Paris au 5 rue des Trois Frères d'un père savoyard d'origine allemande et est mort le 28 janvier 1861 à Paris, 10ème (Hôpital Fernand Widal), célibataire, est un écrivain français.
Fils d'un concierge-tailleur, il passe sa jeunesse parmi les "Buveurs d'Eau", un groupe d'artistes-bohémiens du Quartier latin que fréquentera notamment le photographe Nadar. Il connaîtra d'ailleurs la célébrité en publiant les Scènes de la vie de bohème, un feuilleton de l'École Réaliste dans lequel il met en scène ses amis, comme Schanne, sous des noms les masquant à peine. Le compositeur italien Giacomo Puccini en tirera son fameux opéra, La Bohème, en 1896. Marcel L'Herbier et Aki Kaurismaki le porteront au cinéma.
Secrétaire du comte Léon Tolstoï[réf. nécessaire], collaborateur de différentes revues littéraires dont La Revue des Deux Mondes, il fut auteur dramatique à succès. Ballades et fantaisies (1854) et Les Nuits d'hiver (1864) sont ses deux recueils de poésie. L'un de ses compères, Théodore de Banville, célèbre les héroïnes de Murger par un poème tout simplement intitulé « À Henri Murger » (Odelettes, 1856).
Il est décédé à la maison de santé municipale, dite Maison Dubois1.
    1.    ↑ Aujourd'hui hôpital Fernand Widal

Bibliographie

    •    « Henry Murger », sur Wikimedia Commons (ressources multimédia)
    •    « Henry Murger », sur Wikisource (bibliothèque universelle)
    •    Scènes de la vie de bohème (1847-49) sur le Projet Gutenberg
    •    Scènes de la vie de jeunesse (1851) sur le Projet Gutenberg
    •    Le Pays latin (1851)
    •    Scènes de campagne (1854)
    •    Le Roman de toutes les femmes (1854)
    •    Ballades et Fantaisies (1854)
    •    Les Nuits d’hiver (1856)
    •    Le Sabot rouge (1860)
    •    Loïc Chottard, préface à Henri Murger, Scènes de la vie de bohème, Paris, Gallimard, 1988.
    •    Claude Foucart, « De la conversation romanesque à l'air d'opéra : d'Henry Murger à Giacomo Puccini », in Opera als Text, Romantische Beiträge zur Libretto-Forschung, Heidelberg, Universitätsverlag, 1986.
    •    Niklaus Manuel Güdel, « Henri Murger (1822-1861) : réminiscence et fin de la bohème romantique », in Robert Kopp (dir.), Achèvement et dépassement. Romantisme et Révolution(s) III, Paris, Gallimard, coll. « Cahiers de la NRF », 2010, p. 31-75.
    •    Vincent Laisney, « De la sociabilité bohémienne à la sociabilité cénaculaire (les Scènes de la vie de bohème de Henry Murger) », in Sarga Moussa (dir.), Le mythe des Bohémiens dans la littérature et les arts en Europe, Paris, L'Harmattan, 2008, p. 295-314.
    •    Georges Montorgueil, Henri Murger, romancier de la bohème, Paris, Grasset, 1928.
    •    Tokayasu Oya, « Henry Murger, peintre des grisettes et réaliste sans le savoir », in Études de Langue et Littérature françaises, Tokyo, no  32, 1978, p. 25-45.
    •    Jerrold Seigel, Bohemian Paris. Culture, politics, and the boundaries of bourgeois life, 1830-1930, Baltimore and London, The John Hopkins University Press, 1986.
    •    Cyprien Tasset, « Construction d'enquête et définition des groupes sociaux. Réflexions à partir de Bohemian Paris, de Jerrold Seigel », http://sociologies.revues.org/index3214.html, 2010





Mürger (Henri). - Poète et romancier, né à Paris en 1822, mort en 1861, appartenait à une famille pauvre, et ne reçut qu'une instruction élémentaire. D'abord petit-clerc, puis secrétaire d'un comte russe, il sentit éveiller sa vocation en lisant à son patron les oeuvres de la littérature contemporaine et se fit homme de lettres. Après avoir composé quelques vaudevilles pour les petits théâtres et coopéré à la rédaction de feuilles obscures, il établit sa réputation en traçant, dans les Scènes de la vie de Bohème, un tableau saisissant, moitié fictif, moitié réel, de la vie d'aventures et de misère qu'il menait lui-même (1848). Il se fit depuis une sorte de spécialité de ces peintures, qu'il renouvela dans les Amours d'Olivier (1849), le Pays latin (1852), les Scènes de la vie de jeunesse (1853), les Buveurs d'eau (1854). Cependant il composa aussi plusieurs autres romans et nouvelles d'un genre plus relevé, parmi lesquels on distingue Claude et Marianne (1851), Adeline Protat (1853), Scènes de la vie de campagne (1856); enfin il donna au théâtre français une agréable comédie, le Bonhomme Jadis, 1851, en un acte. On a publié après sa mort un recueil de ses Poésies (1861). Mürger est un romancier fantaisiste plein de verve et d'un vrai talent : sans avoir ne grande portée, ses oeuvres offrent beaucoup d'agrément et de vérité dans les peintures.










L’histoire, les histoires plutôt ici narrées se déroulent à Paris au beau milieu du XIXè siècle, à la même époque et dans les mêmes endroits que la seconde partie des « Misérables » de Victor Hugo en fait. Là où par exemple le jeune Marius rencontre Enjolras et ses amis au jardin du Luxembourg en plein cœur de Paris et fraternisent autour du thème de la liberté, de l’amitié et du pouvoir au peuple entre deux beuveries et barricades.

Le Luxembourg parlons-en puisqu’un buste de l’auteur de ce livre survit encore dans un recoin peu fréquenté de ce grand jardin, un coin discret et érodé comme le parfait symbole de ce qui est raconté en ces lignes, pour moi le livre sans doute le plus beau et touchant que j’ai jamais pu lire.

L’histoire ce livre rejoint celle des fameux « Mystères de Paris » d’Eugène Sue, préalablement publié sous formes de feuilleton dans un journal avant d’être réuni et d’avoir le succès que l’on connaît. « Scènes de vie de Bohème » eut le même sort à la différence que le journal dans lequel ces « feuilletons » étaient publiés était une aimable mais discrète feuille satyrique appelée « Le corsaire ». Henry Murger publia de plus ces différents feuilletons de manière irrégulière. Malgré ce parcours de bohème pourrait-on dire ses feuilletons trouvèrent toutefois un fort bel écho auprès de quelques éclaireurs de la vie littéraire parisienne (pas la plus dégueu de l’histoire hein ?)

Pour le « grand » public, façon de parler bien sur puisque nous sommes mi XIXè, ce fut en fait l’adaptation très libre que fit Henry Murger avec l’aide du dramaturge Théodore Barrière au théâtre sous le nom « La vie de bohème » qui connut un immense succès fin 1849 et fit d’Henry Murger un auteur reconnu à défaut d’être très célèbre.

En 1851 parut donc pour la première fois ce livre-ci sous une forme et une construction voulue par l’auteur qui réunit le tout via un commencement inédit et une fin à l’avenant.









Ce livre reprend donc comme le chef d’œuvre d’Eugène Sue le principe d’une écriture de feuilleton, ainsi des chapitre ne dépassant guère les 4-5 pages avec une chute finale toujours remarquée et remarquable ;ainsi au hasard, celle-ci prise pour le chapitre XIV :

« Hélas, pensa Rodolphe, lequel vaut le mieux ? Ou de se laisser tromper toujours pour avoir cru ou ne jamais croire de peur d’être trompé toujours ? »

Car d’amour il en est beaucoup question évidemment dans ces lignes et ces pages, mais pas seulement. La vie de bohème telle que l’on imagine aujourd’hui trouvant là son illustration littéraire la plus achevée avec bien entendu certains des poèmes des acteurs marquants de cette belle époque (cette vraie belle époque) dans l’histoire de la littérature française, citons sans être complet Gérard de Nerval, Théophile Gautier, Les frères Goncourt, Théodore de Banville et Charles Baudelaire bien entendu.

L’histoire relate les aventures de quatre amis tout « artistes » de cœur et d’âme :

- Le Musicien Schaunard tout occupé à composer sa grande œuvre musicale « l’influence du bleu dans l’art »
- Le philosophe Colline arpentant les rues parisiennes son grand manteau aux larges poches remplis de livres ou de papiers
- Le poète Rodolphe, héros central avec son amour avec Mimi, leur séparation et leurs retrouvailles douloureuses.
- Le peintre Marcel, celui qui refuse de vendre un tableau à un « amateur » ne connaissant rien de l’art (bien que l’on puisse se tromper à ce sujet comme le montrera l’un des épisodes les plus cocasses du livre)

Tout ce petit monde ayant en commun de mettre leur amitié et leur art (et l’amour) au-dessus de toute autre chose dans leur vie, partageant avec un égal mépris la moindre petite contingence les enlisant dans le réel alors qu’ils se vivent dans l’art et l’amour !!
Ce petit monde ayant aussi en commun de vivre sans le sou dans des mansardes où le maigre argent gagné se transforme bien plus souvent en peinture ou papier qu’en nourriture ou bois pour se chauffer, la vie de bohème est depuis restée dans le langage commun pour symboliser cette manière de vivre.

Cette succession de tableaux, tantôt légers, tantôt graves, qu’on devine d’ailleurs teintés d’emprunt au réel (Henry Murger a vécu cette bohème là et cette vie intellectuelle trépidante là qui n’allait pas encore de mise avec les beaux salons et l’opulence) nous raconte donc leurs différentes aventures avant de centrer une bonne partie de l’intrigue autour des amours tumultueux de Rodolphe et de Mimi, de leur amour lumineux puis de la lassitude de la demoiselle à vivre aussi pauvrement et précairement alors qu’un beau marquis lui fait une cour assidue. Elle s’en ira enfin vers lui mais pour au bout de quelques mois revenir s’enivrer l’espace de quelques jours avec son éternel amour puis de revenir en ces beaux quartiers, racontant son escapade au marquis de ces quelques lignes qui pour moi encore aujourd’hui sont sans doute les plus belles que j’ai jamais pu lire :

« Que voulez-vous ? fit Mimi, j’ai besoin de temps en temps d’aller respirer l’air de cette vie-là. Mon existence folle est comme une chanson ; chacun de mes amours est un couplet mais Rodolphe en est le refrain »

Mais outre cette histoire d’amour magnifique (à l’issue douloureuse sans vouloir effleurer la fin) ces récits regorgent de moments euphoriques, de moments difficiles mais toujours surmontés par un enthousiasme spontané et naïf de consacrer sa vie à l’art, à l’amour et à l’amitié en dépit des terribles épreuves vécues ici ou là.

Imaginez une série à la « Friends » centrée sur les garçons et se passant dans le Paris de 1840-1850, une série un peu moins comique certes mais autrement plus réelle et avec une profondeur de sentiments et d’émotions donnant presque chair aux personnages pour nous aussi par moment nous rendre euphoriques ou terriblement tristes selon les épisodes vécus.

En 1880 Puccini adaptera lui-aussi la pièce tirée de ces feuilletons pour en faire son plus célèbre opéra « La bohème », les amours de Rodolphe et Mimi feront à partir de là le tour du monde.

Plus d’un siècle plus tard et après nombre d’emprunt ou de citations dans la chanson ou à la littérature (comme Aznavour bien sur se retournant vers ces jeunes années et illustrant un nouveau chapitre de cette vie de bohème immortalisée par Murger) le cinéaste finlandais Aki Kaurismaki réalisera une adaptation libre du livre d’Henry Murger, basant l’histoire dans un Paris factice d’après-guerre et donnant à ces pages, et par la grâce d’acteurs magnifiques, d’une photo lumineuse et d’une mise en scène magique, une bouleversante version filmée de l’œuvre de Murger.


La prochaine fois que vous serez dans le jardin du Luxembourg, allez donc faire un tour devant le buste d’Henry Murger, il le mérite bien.







04/01/2012
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