Pas un roman, pas des poèmes, pas des nouvelles. Pourtant, dans ce livre, il n'est question QUE de littérature. On y retrouve un FANTE passant ses heures creuses à écrire des courriers. A qui ? A un certain HL Mencken , directeur d'une revue de littérature très en vue aux States de ces années-là : AMERICAN MERCURY . Les deux vont s'échanger des lettres 22 années durant, sans jamais se rencontrer. C'est que le jeune Fante espère y faire publier ses premières nouvelles. Il y parviendra, d'ailleurs.

Le ton est donné : face à un Mencken qui ne quitte jamais sa froideur et son flegme, nous avons un Fante débridé, rigolo. Le VRAI Fante est le même que celui de ses livres : râleur, colérique, noir, désopilant. Ce monsieur Mencken sera pour lui une sorte de confesseur, d'oreille bienveillante où Fante déverse ses fantasmes les plus improbables et ses analyses les plus fines. Ainsi, ne ratez pas ce passage à pisser de rire, quand Fante décrit une soirée littéraire ... Comment voulez-vous qu'un type doué, oui : doué, d'une telle haine justifiée pour ses collègues écrivains ait été accepté par les siens ? Fante, c'est vraiment, dans ses meilleurs moments, l'écrivain à puissance X, celui qui chie allègrement sur tout et sur tous, celui qui ne respecte personne, ni rien, ni hommes ni institutions. Celui qui pose, sous des dehors amusants, une série de questions vraiment dérangeantes pour les habitus de tous les habitués de l'habitude, pour les carriéristes, pour les matuvus, pour les péteux, les prétentieux, les égocentriques.

Egocentrique, Fante l'est. Dans son cas, on hurlera : ouf, Fante EST égocentrique ! Comment ne pas l'être, comment ne pas se replier, souvent, sur sa personne, quand dehors le peuple est mondé de cons.

Le plus drôle dans l'affaire est encore que ce HL Mencken était un conservateur très réactionnaire de la droite très à droite. Une amitié épistolaire, entre un sale bougre coléreux et un intelligent, certes, mais un intelligent de la réaction ? Il y a fort à parier que si ces deux-là s'étaient réellement rencontrés, y aurait eu castagne !

Heureusement, le destin en a voulu autrement. Et la distance observée par les deux hommes nous donne cette magnifique correspondance, qui nous éclaire d'un jour radical (ça existe ?) sur la personnalité insupportablement attachante de l'écrivain amé rital cain JOHN FANTE.