Alain YVER

Alain YVER

HOUELLEBECQ ( L' ALBUM PRÉSENCE HUMAINE ) TOUT SIMPLEMENT SUBLIME

MICHEL HOUELLEBECQ




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PRÉSENCE HUMAINE,


CET ALBUM EST
SUBLIME ET À MON AVIS INDISPENSABLE...







BIOGRAPHIE

Que l'on crie à son sujet au génie ou à l'imposture, Michel Houellebecq est un des écrivains français contemporains les plus discutés. Surnommé « Einstein » par ses camarades de classe, il a passé son enfance avec sa grand-mère paternelle, ses parents s'étant désintéressés de son existence. Il sort diplômé de l'école supérieure d'agronomie en 1980 et se marie la même année. Il a un enfant, est au chômage, puis divorce. Il tombe en dépression, ce qui le conduit à faire quelques séjours en milieu psychiatrique. Dés l'âge de 20 ans, il fréquente divers cercles poétiques et rencontre, en 1985, Michel Bulteau, directeur de la Nouvelle Revue de Paris, qui publie ses poèmes. En 1991, il sort une biographie de Howard P. Lovecraft, Contre le monde, contre la vie. Tout en faisant du secrétariat à l'Assemblée Nationale, il écrit Rester vivant, puis son recueil de poèmes, La Poursuite du bonheur, en 1992, récompensé par le prix Tristan Tzara.

C'est en 1994 que l'écrivain se fait connaître, avec la publication de son premier roman, Extension du domaine de la lutte. Le second, Les Particules élémentaires, est traduit dans 25 langues et obtient le prix Novembre. Depuis, quand il sort un roman, c'est le déchaînement médiatique, à présent savamment orchestré. La solitude, l'absurdité de la vie, la misère sexuelle font partie des thèmes abordés par cet écrivain aux accents nihilistes, qui est passé plusieurs fois à côté du prix Goncourt… pour cause d'excès de polémique ?





PRÉSENCE HUMAINE DE HOUELLEBECQ
MICHEL, BERTRAND, VALÉRIE, ETIENNE ET LES AUTRES
PARIS
31/05/2000


A l'occasion de la sortie de l'album de Michel Houellebecq, Présence humaine, un juste retour des choses s'impose pour (re)découvrir le label Tricatel et son fondateur-initiateur Bertrand Burgalat. Une manière différente de voir et sentir l'air du temps, un état d'esprit en perpétuel mouvement. Rencontres.
La sortie de l'album Présence humaine de Michel Houellebecq, écrivain connu et reconnu avec la parution au siècle dernier du livre Les Particules élémentaires intrigue. Considéré par beaucoup comme un auteur 'glauque' mais symptomatique d'une époque, avec des titres de recueils de poèmes aussi forts que Le sens du combat, Rester vivant ou le dernier en date Renaissance, cette parution musicale prenait tout de suite les allures d'une nouvelle extension du domaine de la lutte. Que devenait-il ? Un rocker, un artiste ou une personnalité de plus s'égarant dans le monde de la chanson française ? Au moment où les rappeurs sont considérés par la critique musicale comme les nouveaux écrivains de notre société, comment donner sa juste place à Michel Houellebecq ?

Au cœur de Tricatel

Pourtant Tricatel, en tête de pont musicale et désormais littéraire, s'annonce bien petit pour tenir le flambeau haut et s'immiscer dans le combat des chefs. Créé, il y a quelques cinq années par Bertrand Burgalat et considéré pendant longtemps comme une marque de fabrique, Tricatel a surtout connu le bonheur à l'étranger. C'est Valérie Lemercier avec son album de chansons et la musique de son film (composé par Bertrand) Quadrille qui ont lancé la première salve suivie par April March. Pourtant seuls les Etats-Unis et surtout le Japon ont semble-t-il donné de l'importance à cette initiative. Le label japonais indépendant L'Appareil Photo leur a offert le soleil levant.

Cependant Tricatel ce n'est pas seulement de la pop variété sucrée française. Etienne Charry complète cette nébuleuse avec ses " 36 erreurs ". Mais c'est Eggstone qui symbolise le mieux l'univers Tricatel. Groupe suédois, fondateur de la pop indépendante en son pays avec un label, des studios d'enregistrement (qui ont accueilli les Cardigans) et même un restaurant. Si depuis le groupe s'est recentré sur ses activités musicales, Tricatel en est le digne continuateur en France. Un Club 25 cm (la taille du vinyl) offre à ses abonnés (plus d'une centaine) tous les deux mois des inédits ou des versions alternatives ; 1000 à 2000 exemplaires sont écoulés au total avec le renfort du circuit classique de distribution. Les soirées Tricatel s'occupent de réunir les gens "aux goûts musicaux étranges et variés" selon son équipe. Un petit monde pour pallier "le manque de soirées sympa sur Paris, où les gens peuvent se rencontrer". Si des Dj's y officient, c'est pour mieux noyer le poisson avec des concerts de personnalités aussi diverses que Katerine, Ladytron ou la dernière trouvaille soul moderne, Count Indigo (un Londonien).
Tant de diversités n'ont longtemps pu cohabiter que par la grâce de Tricatel. Un graphisme et des arrangements musicaux sous la houlette de Bertrand Burgalat ont fixé déjà pour l'éternité l'image de ce label "à la Factory". Aux dépens sans doute des artistes. L'esthétisme tricatelien a pu enfermer les artistes dans un genre musical alors que la diversité est audible.

Valérie, Etienne, Bertrand et Michel sont les locataires d'un label libre qui voudrait ne pas faire les choses comme les autres, les maisons de disques ou l'industrie musicale. C'est ainsi que Michel Houellebecq s'inscrit dans cet ensemble. Personnalité controversée. Et c'est là que l'esprit Tricatel prend tout son essor. Tête pensante et sensible incontournable, Bertrand Burgalat est l'âme discrète du cœur de Tricatel. Arrangeur intuitif et brillant, il est la particule élémentaire de chacun des artistes ; en retrait, un accompagnateur passionné, une graine dans l'industrie musicale.

Tout n'est que rencontres et affinités (écclectives)

C'est la découverte d'Extension du domaine de la lutte qui a poussé Bertrand vers Michel. La lecture des poèmes a achevé la nécessité d'une rencontre : "Quand j'ai lu ses poèmes, j'étais épaté, tout ce que j'aurai pu rêver d'écrire, d'exprimer et d'y arriver avec une telle aisance". Ensuite tout s'accélère Jean-Yves Jouanet de la revue Art Presse, membre du groupe Perpendiculaire l'encourage à sauter le pas. L'écriture en berne, " j'avais pleins de morceaux où je n'arrivais pas à mettre des mots dessus", Bertrand noue contact. Mais la sortie des Particules élémentaires freine la concrétisation, la réalisation d'une association. De plus, Tricatel n'a pas encore les épaules assez solides. Un quinquennat sera suffisant pour faire aboutir cette histoire. Un premier concert l'été dernier à Hyères et la machine est lancée.

Voulant garder en l'état les traces d'une telle osmose artistique, sept premiers titres sont rapidement enregistrés en studio. Certains textes étaient déjà écrits, d'autres seront publiés dans le recueil Renaissance avant même la sortie de l'album. Musicalement, les choses pouvaient paraître difficiles : "il y a des choses que connaît Michel que je ne connais pas du tout comme Neil Young. Ca m'avait l'air trop folk". Mais la volonté de "faire quelque chose qui fusionne" prend corps. L'esprit Tricatel n'est pas loin : "je suis assez sensible à ce que disent les non-musiciens, ils ne savent pas ce qui est possible, ils ont un esprit plus ouvert, ils n'ont aucun sens de la réalité, quand on est musicien, on devient matérialiste". D'où cette écoute paradoxale : plusieurs passages sont nécessaires avant de pouvoir tout saisir.

Car dans sa volonté de ne pas faire de l'illustration musicale et d'éviter la facilité d'enregistrer les poèmes à blanc, Bertrand Burgalat a offert une liberté totale à Michel. Les conditions d'une rencontre étaient réunies. Et quand Michel a voulu se faire chanteur, Bertrand a préféré la non-concession à des formats classiques attendus et sollicité ses talents naturels : "il a fait des morceaux chantés, mais c'était comme si un rapper se mettait à chanter, comme si on allumait la lumière. On perdait le côté totalement envoûtant de sa voix. Il a sa façon de poser les mots, très précise".

Le diseur de mauvaises aventures

C'est ainsi que l'album peut se saisir comme une œuvre de "rap mou". Un domaine dans lequel Bertrand Burgalat, fan des Soft machine, ne semblait pas le plus à l'aise. Mais l'alchimie prend et rappelle que toute œuvre musicale est collective. Le premier titre Présence humaine pose les bases de ce qui aurait pu être la facilité. Une instrumentation victorieuse pour sortir des "hommages à l'humanité". Un rock progressif avec un texte cassant, brut de prétention, un combat tête dehors. Alors Séjour-Club trouve le fil juste sur lequel le groupe ne cessera de naviguer. Des chœurs masculins, une guitare wah-wah et un petit orgue multiplient les diversions. Des musiques accessibles pour retourner le texte, une instrumentation classique au premier abord pour ne pas faire oublier la voix et celle-ci qui se moque des arrangements subtils pour se poser inlassablement sans forfanterie. Chacun se pousse, se retire, revient pour affirmer sa présence et disparaître. Les pics de pollution et Célibataires semblent si froidement assurés que Crépuscule entrouvre la voie de la sérénité. 10 titres déjà classiques. Une bande originale. Le groupe Michel Houellebecq ne fait aucune concession avec lui-même : "le poète est celui qui se recouvre d'huile avant de voir user les masques de survie". Tout un programme, un esprit, une manière de se dévoiler.

Michel Houellebecq Présence humaine Tricatel 2000

Emmanuel Dumesnil





PRÉSENCE HUMAINE

 Après Michel Houellebecq l'auteur à succès, Bertrand Burgalat et son label Tricatel (entre autre chose responsable du mémorable album de Valérie Lemercier) nous présente Michel Houellebecq rock star. A la lumière des différentes prestations oratoires de l'écrivain le pire était à craindre. Des lectures de poèmes tirés de ses trois recueils de poésie ; le sens du combat; rester vivant ; et ; renaissance ; accompagnés par Bertrand Burgalat et son orchestre, voici le programme proposé. Présence Humaine ouvre les hostilités. Dans ce morceau (poème ?) le plus accessible musicalement, houellebecq nous parle de nous et le constat n'est guère encourageant. A la manière de Cioran, nous sommes mort car nous sommes d'abord vivant. Par la suite Houellebecq va nous décliner sur plusieurs angles ses impressions de vacances, et le constat sera rude.. Si sur séjour club nous nous demandons si Michel s'est couvert d'huile ou si il frétille de la queue, sa vision d'une station balnéaire laisse perplexe. Sur Playa Blanca, jamais très loin du glauque ; Monaco 28 degrés à l'ombre ; cela friserait le ridicule si cela n'était pas trop onze millième degrés. Oubliez votre vieux rêve de vacances balnéaires avec Houellebecq. On se réveillait tôt, récit teinté d'une nostalgie pincée appel du pied le Crépuscule où l'auteur touchait enfin le Niagara (c'est l'amour à la plage dans la douleur morale), alors que Plein été morceau de bravoure de l'album allonge la liste des souvenirs à Pallavas avec son band(e). L'autre grand thème de ce lp qui est celui des trains laisse à Houellebecq le loisir de décortiquer nos attitudes et nos envies. Si paris Dourdan avec son intro à la cosmos 1999, dépeint avec une minutie inquiétante le métro boulot, lui se présentant comme un voyeur quasi pervers, le très Kratwerkien célibataires nous offre une nouvelle variante des voyages en train, où tout est tunnel, ou tout avance pour rentrer dans un tunnel, surtout humide. Houellebecq fini par nous parler de notre condition via les situations (tu dîneras seul d'un Panini saumon dans la rue de Choiseul et tu trouveras cela bon dans les pics de pollution) et les exemples les plus ridicules qui soient (et le pire c'est que la musique en rajoute une couche). Dernier temps est le moment où l'on se quitte, le regret du venir et du partir comme ultime protection aux agressions extérieures et intérieures. La boucle est bouclée, conscient de notre présence humaine, de la fragilité de celle ci car avec Houellebecq l'erreur de parallaxe est plus que probable .

Gerald de oliveira





CITATIONS MICHEL HOUELLEBECQ


« Cela fait cinq siècles que l'idée du Moi occupe le terrain, il est temps de bifurquer ».

"Les sociétés animales et humaines mettent en place différents systèmes de différenciation hiérarchique, qui peuvent être basés sur la naissance (système aristocratique), la fortune, la beauté, la force physique, l'intelligence, le talent ... Tous ces critères me paraissent d'ailleurs également méprisables ; je les refuse ; la seule supériorité que je reconnaisse, c'est la bonté. Actuellement, nous nous déplaçons dans un système à deux dimensions : l'attractivité érotique et l'argent. Le reste, le bonheur et le malheur des gens, en découle. Pour moi, il ne s'agit nullement d'une théorie : nous vivons effectivement dans une société simple, dont ces quelques phrases suffisent à donner une description complète".

"Tout devrait au fond pouvoir se transformer en un livre unique, que l'on écrirait jusqu'aux approches de la mort."


"J'ai souvent l'impression que les individus sont à peu près identiques, que ce qu'ils appellent leur moi n'existe pas vraiment, et qu'il serait en un sens plus facile de définir un mouvement historique."

"Une société ayant atteint un palier de surchauffe n'implose pas nécessairement, mais elle s'avère incapable de produire une signification, toute son énergie étant monopolisée par la description informative de ses variations aléatoires".







HOUELLEBECQ : " LE ROCK EST MA CULTURE. "

 INTERVIEW


Rock littéraire. Mêler la poésie et le rock. Tel est le pari osé de l'écrivain Michel Houellebecq qui vient de se produire aux Folies Pigalle où l'on a pu entendre les chansons de son premier album Présence humaine.

Après le Printemps de Bourges, l'auteur des Particules élémentaires continue d'écumer les petites salles. Manière originale d'investir la société du spectacle en inventant une nouvelle forme de chanson française.

C'est dit. La poésie est soluble dans le rock. Il suffit pour s'en convaincre d' écouter l'écrivain Michel Houellebecq, qui, en ce moment revisite quelques-uns de ses anciens textes à la lumière d'une pop électronique signée Bertrand Burgalat. Après sa prestation au Printemps de Bourges, le concert qu'il vient de donner aux Folies Pigalle - cabaret parisien voué au strip-tease masculin - a révélé un homme sensible, émouvant dans la manière triste et lointaine qu'il a d'être sur scène, scandant un " rap mou " face à un public avide de ses paroles. Un homme bien dans ses habits de rocker d'un jour. L'occasion de faire le point avec le très controversé auteur des Particules élémentaires, dont le premier album Présence humaine vient de sortir.

Ça fait quoi de se produire aux Folies Pigalle, temple du sexe parisien ?

Michel Houellebecq. Maintenant, c'est pire, c'est le strip-tease masculin. J'aime pas trop Pigalle et ses boîtes où on sent une arnaque un peu factice. C'est boire des coups. Le corps féminin était déjà marchand, que le corps masculin le devienne ne me réjouit pas. C'est un progrès vers l'égalité, certes, mais une égalisation par les mecs... Sinon, il y a le côté rouge capitonné, les lumières tamisées. Je crois que ça m'amuserait de jouer à la Comédie Française. J'aime les lieux un peu curieux.

Qu'est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans cette aventure musicale et littéraire ?

Michel Houellebecq. J'y étais assez préparé par le fait que j'ai souvent fait des lectures en public, des lectures pures, sans autres artifices, ainsi que des lectures avec des musiques plus ou moins improvisées. Du jazz. Il m'arrivait de jouer ainsi de ma voix, pas chanter, mais moduler. J'ai commencer comme ça. Pendant, à peu près dix ans, je n'ai rien publié. Je lisais mes poèmes dans différents cadres : cercles privées, bibliothèques. Pour moi, c'est logique. La pratique de la lecture ne s'est jamais vraiment perdue dans le milieu poétique. Depuis que je publie, il m'arrive de faire quelques lectures par an.

Est-ce une manière de donner une autre dimension à vos textes ?

Michel Houellebecq. Ça les révèle normalement. Je fais partie d'un courant de poésie qui est fait pour être lu. À une époque où l'on était plus habitué aux vers, il était moins nécessaire de les lire parce que les gens avaient en eux-mêmes leur musique intérieure. Aujourd'hui, c'est plus difficile à faire passer, si on ne les lit pas à haute voix.

Que croyez-vous que les gens viennent chercher chez vous ?

Michel Houellebecq. Il me semble que ce qu'ils viennent chercher est lié à la nature de la poésie. On se demande comment celui qui l'écrit la dirait.

Vous ne considérez donc pas la chanson comme un " art mineur " pour paraphraser Gainsbourg ?

Michel Houellebecq. Elle peut devenir mineur si on formate trop. Je ne crois pas que ce soit le cas à l'heure actuelle. Hormis, peut-être les clips qui obligent à un formatage.

Quels sont vos interprètes de chevet ?

Michel Houellebecq. J'ai toujours beaucoup aimé Neil Young. Il a été une de mes premières idoles.

Votre spectacle est très rock. Pourquoi ce choix précisément ?

Michel Houellebecq. Pour la plupart des textes, c'est plutôt naturel de les mettre sur du rock. À l'inverse, il y a des poèmes qui ne supportent aucune musique. J'aime bien le rock : ça correspond à mon âge. Ce n'est pas un genre dans lequel je me sens mal à l'aise.

Que vous évoque l'univers de Bertrand Burgalat ?

Michel Houellebecq. Je ne l'ai pas choisi. C'est un ami. Au départ, il m'a donné un nombre suffisant de morceaux pour que nous jugions que ça valait la peine d'essayer. Son univers évoque une partie de ma culture. J'apprécie son côté anglais. Il y a un pan quasiment folk qui peut rappeler Dylan que j'adore, même si je n'ai pas la voix pour ça. Miossec m'a demandé certains poèmes que j'avais écrits. J'ai dit oui. Je ne sais pas ce qu'il va en faire. Quoiqu'il en soit, ces textes, je n'aurais pas pu les interpréter moi-même.

Y a-t-il eu d'autres romanciers lisant des textes sur un fond rock ?

Michel Houellebecq. Philippe Djian l'a fait. Le dernier qui a été interprète aussi, c'est Boris Vian. La collaboration entre la poésie et la musique ne s'est jamais vraiment arrêtée. Il y a eu des chansons de Sartre, Modiano... Ça a toujours un peu existé.

Comment vous sentez-vous sur scène ?

Michel Houellebecq. Pas très bien.

Il faut du culot pour se produire ainsi devant un public ?

Michel Houellebecq. Je dirai qu'il faut de la bonne volonté. Cela peut suffire surtout quand on n'est pas au point, ce qui est le cas. Nous n'avons pas beaucoup répété avec le groupe. C'est ce qui rend les choses un peu uniques.

Et après un concert ?

Michel Houellebecq. On est dans un état de légère euphorie. Il y a un délassement des jambes...

Vous avez un style " parlé " plutôt que " chanté ". C'est du " rap mou " dites-vous.

Michel Houellebecq. Ça, c'est le qualificatif de Bertrand (Burgalat). Je suis d'accord. Quelqu'un a dit assez justement que je scandais. Ce n'est pas parlé, pas chanté. Le mot " scander " sonne bien. C'est vrai qu'il y a une scansion.

C'est snob que de venir écouter du Houellebecq ?

Michel Houellebecq. Disons, que si on n'est pas snob, on n'aura pas connaissance de l'événement.

Vous êtes donc quelqu'un de " branché " ?

Michel Houellebecq. Sûrement oui. Je n'ai rien à reprocher aux médias " branchés ". Ils m'ont beaucoup aidé ! (rires).

Que pensent vos anciens ennemis des Particules élémentaires de votre parenthèse musicale ?

Michel Houellebecq. On ne se parle plus. Mais quelle importance ? Ce qui serait beaucoup plus grave, c'est si mes anciens amis poètes n'aimaient pas, qu'ils jugent que ce n'est pas de la poésie. Mon attitude ne me paraît pas complètement excentrique.

Pourquoi êtes-vous si triste : c'est une armure, une façon de vous protéger ?

Michel Houellebecq. Que je sois triste est bien possible. Je suis fondamentalement cyclothymique, c'est-à-dire que j'ai de longues périodes de tristesse entrecoupées de moments d'euphorie.

Vous vous aimez en poète rock ?

Michel Houellebecq. Plus qu'en troubadour. Le rock généralement, je ne peux même pas en penser quelque chose : c'est mon univers naturel. Il me le rend bien.

Pourquoi dites-vous des choses si graves (Bosnie, etc.) de manière si lointaines. Vous n'avez pas envie de vous révolter ?

Michel Houellebecq. Pas forcément. L'album fait référence à une situation de mois d'août. Quand il se passe des événements au cour de l'été, on les ressent comme demi réels. Ils sont couverts bizarrement, les gens sont en vacances. C'est un sentiment curieux. Imaginez que la France déclare la guerre dans le Golfe au mois d'août, ça nous semblerait loin, pas véridique.

Quel est le Sens du combat ( titre de l'un de ses ouvrages) du Houellebecq d'aujourd'hui ?

Michel Houellebecq. (Long silence...) Ma démarche n'est pas sociale. Ces derniers temps, j'ai exploré des domaines tournés vers l'esthétisme. C'est quelque chose qui ressemble à la quête du beau.

Heureux de ce qui vous arrive ?

Michel Houellebecq. Assez, oui. Finalement, écrivain, c'est très généraliste. On peut être philosophe et faire des concerts rock. Le bonheur, c'est peut-être ça : ne pas penser au temps.

Propos recueillis par

Victor Hache

Album Présence humaine, label Tricatel.

Tournée : 26 mai, Limoges ; 27 mai, Angoulème ; 29 mai, Toulouse ; 30 mai, Bordeaux ; 31 mai, Rennes.

Article paru dans l'édition du 26 mai 2000.











Il Manifesto : (journal de Milan)(traduit) Sacrées vacances - 19/07/00


SACRÉES VACANCES

Sacrées vacances

par Alberto Piccinini,

L'écrivain français Michel Houellebecq, de passage à Milan pour une rencontre, révèle son nouveau projet, un film érotique.

Michel Houellebecq fume beaucoup. Sans aucun scrupule, comme tous les Français qui fument. Dans la soirée, il participera à une lecture, accompagné au piano par Morgan des « Blue Vertigo », quelques poèmes de lui, sur des musiques de Bach.

Dans l'après-midi, sur le canapé d'un hôtel de Milan, il tire des bouffées longues et nerveuses, en serrant le filtre de ses cigarettes entre ses dents, au point de les réduire en loques. Son visage est mince et sarcastique ; l'écrivain, en deux romans, parus en Italie chez Bompiani, Extension du domaine de la lutte et Les particules élémentaires, a su explorer l'écrasement cruel de l'homme blanc européen dans les villes, dans le monde de l'hyperréalisme et du supermarché.

C'est une nouvelle lecture de Sartre et de Camus, en passant par Fight Club et American psycho, dans le Paris des Monoprix, des week-ends en discothèque, des TGV, des vacances d'été, des lieux où les promesses de tous les bonheurs possibles (érotiques en particulier) sont constamment déçues.

« C'est vrai que mes personnages partent souvent en vacances et n'arrivent jamais à s'amuser, dit Houellebecq. Pour moi, la plage est un endroit très sexuel. C'est pourquoi j'aime y aller.

D'ailleurs, à vrai dire, dans mes livres, les scènes les plus pénibles se passent dans des discothèques, pas à la plage, tout simplement parce que j'adore me baigner alors que j'ai horreur de danser. L'échec sexuel est toujours moins triste sur une plage. Il y a toujours moyen de trouver une compensation : on se jette à l'eau. Dans les boîtes de nuit, impossible. »

— Et la fête qui a eu lieu en France à l'occasion de sa victoire au championnat d'Europe, cela n'aurait-il pas été un bon endroit pour faire évoluer un de vos personnages ?

— Hummm. Il est très rare que l'on aille dans ce genre de fêtes pour draguer. Il y a malgré tout beaucoup plus d'hommes que de femmes. Non, ce ne serait pas une bonne idée. De toutes façons, ajoute-t-il en souriant, ce soir-là, j'étais dans un avion.

Romancier, mais aussi poète (ses trois recueils de poésie n'ont pas encore été traduits en Italie), scénariste et auteur d'un essai sur H. P. Lovecraft, critique de rock (fan de Neil Young, et fier d'en être resté sur ce plan aux années 70), metteur en scène de courts-métrages, Houellebecq est enfin, timidement, également musicien. Ou quelque chose de ce genre en tout cas ; il dit de cette même voix basse, monocorde, et chargée de la fumée de mille cigarettes, des poèmes de lui, et il en a fait un disque enregistré avec des musiciens très en vogue, lounge, et dans l'air du temps, de Paris, à commencer par le producteur Bertrand Burgalat, qui vient du milieu des « Air ». Cela ressemble à du Gainsbourg, relu avec une musique de supermarché, tout à fait dans l'esprit de ses tragi-comédies en raccourcis.

« Tu déjeuneras seul, D'un panini saumon, Dans la rue de Choiseul, Et tu trouveras ça bon. » (Renaissance)

L'album a pour titre Présence humaine (Tricatel). Le titre d'origine était Vacances.

— Oui, les vacances, la plage, sont des éléments très importants dans les poésies que j'ai choisies pour ce disque, explique-t-il.

Disons que j'ai écrit des poèmes beaucoup plus sombres, mais ils n'auraient pas été en harmonie avec cette musique.

Sur le dos de la pochette du CD, il y a une photo qui explique tout… Elle représente un spectacle de l'été dernier sur la plage de Hyères, dans la région de Toulon, avec une petite scène montée entre les parasols et les chaises longues. Vêtu d'un polo bleu ciel et d'un pantalon long, Michel ressemble à un de ces enfants très mal dans leur peau, qui ne peuvent pas s'exposer au soleil comme tous les autres. « En fait, l'écrivain n'est à sa place nulle part, approuve-t-il. Parce que dès que l'on commence à écrire, on ne réussit plus à adhérer à la situation dans laquelle on est. Mais en réalité, je ne sais pas s'il est plus douloureux de ne pas se sentir à sa place sur une plage ou dans une réunion professionnelle, dans laquelle dans une certaine mesure, on ne sait pas exactement ce que l'on fait là. »

Cependant, c'est justement à cause d'une plage qu'un roman, Les Particules élémentaires est devenu l'année dernière en France, non seulement un événement littéraire, mais aussi une affaire médiatique. Houellebecq avait situé une partie du livre dans un camping naturiste, fréquenté par des anciens soixante-huitards : une scène où l'un des deux héros —le plus névrosé et le moins présentable des deux—– passait une semaine de « sexe expérimental » avec sa compagne. Hilarante et cruelle, totalement punk, la description de ce temple du New Age (où l'écrivain a tout de même passé réellement des vacances) a paru intolérable aux propriétaires de ce camping, cité sous son nom véritable. Résultat : une féroce bataille juridique a obligé Houellebecq à changer le nom et l'emplacement du camp, et sa maison d'édition a dû retirer de la vente une première édition du livre.

— Cela n'était jamais arrivé : une entreprise attaquant un roman pour avoir utilisé son nom. Mais aujourd'hui, bien des choses arrivent qui n'étaient jamais arrivées auparavant. Oui, nous avons perdu cette bataille. Mais je crains d'avoir encore d'autres problèmes après les vacances…, commente l'écrivain, sibyllin. Il ajoute que l'affaire du film de Virginie Despentes, Baise-moi, censuré dès sa sortie, l'inquiète.

— En fait, je dois tourner, après les vacances, un court-métrage érotique, avec Virginie Despentes et d'autres écrivains [il fera partie de la série L'amour vu par…, produite par Canal+, Note du Rédacteur] ; c'est pourquoi je m'attends encore à pas mal d'ennuis.

Houellebecq n'est pas un homme bavard. Lui tirer quelques mots à propos de ce projet s'avère une entreprise presque impossible.

— C'est une longue histoire… et puis, je ne peux pas révéler la fin, esquive-t-il. Disons que ça se passera à la campagne, et que les personnages seront seulement féminins. Ce ne sera pas un récit violent, et pas urbain non plus. Rien à voir avec le film de Virginie.

Maintenant, Michel parle avec circonspection, et lentement, en pesant chacun de ses mots. Comme si soudain, ses ennuis juridiques, bien qu'odieux et mesquins, l'avaient obligé à réfléchir de plus près ces derniers temps au rôle d'un écrivain qui veut être dans le monde qui l'entoure, et le décrire. Il dit : « En fait, l'écrivain est devenu un personnage très médiatisé, beaucoup plus que lorsque j'étais plus jeune. Et il doit de plus en plus répondre de ce que font ses personnages. »

Limites morales, religieuses et politiques. Des concepts ridicules et hâbleurs qui amènent des auteurs de films et de livres devant des tribunaux, et qui semblent aujourd'hui plus efficaces que jamais. Et la loi en vigueur sur les noms des choses est désormais absolue, au point que dire la marque d'une paire de chaussures dans un roman (comme le fait Bret Easton Ellis que Michel Houellebecq adore) ou la citer dans un film est une provocation ou de la publicité. (En général, il s'agit de publicité. Et les réalisateurs, les écrivains comme les musiciens, sont de plus en plus obligés d'en tenir compte.)

Comme cela est arrivé à Michel Houellebecq, dont on se demande si la mine tantôt mélancolique, tantôt sarcastique ressemble à celle de ses personnages.

Alors, enfin, à brûle pourpoint, on finit par lui poser la question.

- La principale différence qu'il y a entre mes personnages et moi, c'est que je suis moins obstiné ; et je ne vais pas me mettre dans des situations aussi tragiques, répond-il calmement.

Et puis, il allume encore une cigarette.

Traduit de l'italien par Michelle Levy

 









08/06/2007
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