Alain YVER

Alain YVER

INTO THE WILD

INTO THE WILD




SUR CE BLOG L’ AUTEUR DE LA BO EDDIE VEDDER
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into the Wild ou Vers l'inconnu au Québec[1] (Into the Wild en version originale) est un film américain réalisé par Sean Penn, sorti en 2007, traitant de la quête du bonheur à travers l'indépendance et la solitude.

Il s'agit de l'adaptation du récit Voyage au bout de la solitude, écrit par Jon Krakauer en 1996, et relatant l'histoire réelle de Christopher McCandless.

Synopsis
Emile Hirsch, interprète de Christopher McCandless

Christopher McCandless est un étudiant américain brillant qui vient d'obtenir son diplôme et qui est promis à un grand avenir. Rejetant les principes de la société moderne, il décide de partir sur les routes, sans prévenir sa famille. Il brûle ses papiers et envoie toutes ses économies à Oxfam. Il part en voiture vers le sud des États-Unis. Il découvre l'Arizona, le Grand Canyon, la Californie et trouve divers petits boulots à travers le Dakota ou encore le Colorado afin de financer le reste de son voyage. Il arrive au Mexique, lorsque lui vient l'idée d'aller en Alaska. Il met tout en œuvre pour y arriver et parvient finalement à Fairbanks en auto-stop. Il découvre les montagnes enneigées et se réfugie dans un bus abandonné. Il y passera cinq mois. Cinq mois de solitude, de compréhension de la nature et de l'être humain. Il découvre en Alaska le bonheur toujours recherché, une paix spirituelle et une sorte de paradis pur et sain. Au bout de deux ans de voyage, il décide qu'il est temps de rentrer chez lui. Mais il est bloqué par la rivière et se voit contraint de rester dans le bus, en attendant que l'eau du fleuve descende.

Ce qui suit dévoile des moments clés de l’intrigue.

Affamé, il se base sur son guide botanique qu'il interprète mal et s'empoisonne accidentellement en mangeant des graines de pomme de terre sauvage[2]. Entre-temps, il comprend que la solitude n'est pas l'idéal de l'homme. Chris est un jeune homme aimé de tous, en effet, la totalité de ses rencontres au fil du voyage se prendront d'amour ou d'amitié pour lui. Mais, aveuglé par son rêve obstiné de l'Alaska, Christopher ne comprend pas le bonheur que peut procurer l'amour de l'autre. Il en prendra conscience en lisant les lignes d'un ouvrage de Tolstoï qui décrit un bonheur parfait dans une microsociété rurale. Peu de temps avant de mourir, Christopher McCandless écrira au stylo sur une page d'un livre « Happiness only real when shared » (« Le bonheur n'est réel que lorsqu'il est partagé »).







Into the Wild (Sean Penn)

Voilà quelque temps que le film de Sean Penn est sorti dans les salles et le soufflé médiatique entretenu notamment par l’annonce de la présence du réalisateur américain à la tête du jury de Cannes cette année est retombé. L’accueil du public a été dans l’ensemble mitigé, certains jugeant trop long et trop plat ce road movie lui concédant quand même une certaine beauté des paysages donnés à voir durant 2h30. Que restera -t-il du quatrième film de Sean Penn ?

A bien des égards, Sean Penn est un réalisateur de la marge. Proche de Charles Bukowski, c’est par les confins spatiaux et sociaux qu’il s’interroge sur l’identité de la société américaine un peu à la manière aussi d’un Bruce Springsteen [1] dont il épouse à certains égards la géographie dans cette manière de chercher le coeur en partant d’une topographie toujours éloignée des hauts lieux attendus. Ces trois premiers films étaient noirs, nocturnes. Des films qui habitent des périphéries spectrales, tels les plaines enneigées du Nebraska pour Indian Runner (1991, primé, à l’époque, au Festival de Locarno), neige que l’on retrouve aussi, mais dans les montagnes du Nevada, dans The Pledge (2001).Enfin, quand Penn, figure presque parfaite de l’enfant terrible d’Hollywood, tourne à Los Angeles pour son second film en tant que réalisateur, Crossing Guard (1995) , c’est pour mettre en scène, à une autre échelle des lieux marginaux (boîte de nuit, cimetière, caravane).

On comprend alors pourquoi la lecture de l’ouvrage de Jon Krakauer, Into the wild, va embarquer Penn dans un projet de longue haleine sur lequel il va travailler dix ans. Le livre est en partie fondé sur le journal intime de Christopher McCandless (Emile Hirsch), jeune et brillant diplomé, qui décide de tout plaquer pour rejoindre la marge, justement, en quête d’une vie authentique. Cette quête du sauvage motivée par ses lectures qui le mènent au rejet de l’artifice durera deux ans avant que l’on ne retrouve le jeune homme mort de faim en Alaska. Cette histoire vraie va émouvoir les américains en 1992 et le livre de Jon Krakauer connaîtra un grand succès dans le monde anglo-saxon.

La caméra de Penn, assisté et conseillé par Eric Gautier pour la photographie (le Français n’en est pas à son premier road movie puisqu’il a participé au film de W. Salles Carnets de voyages), propose un parcours qui s’ouvre sur la neige de Fairbanks, ville la plus importante de l’intérieur alaskien de laquelle McCandless va véritablement plonger dans la nature. La scène dans laquelle Penn filme en plongée le jeune adulte débarqué par le pick up là où toute trace de civilisation s’arrête le suggère bien . Par un système de flash back, le filme nous fait ensuite revivre la traversée tumultueuse du continent qui mène « Alexander Supertramp » (le jeune homme se rebaptise dans sa quête d’une nouvelle virginité) d’Atlanta à Fairbanks en voiture, train et plus souvent à pied. Le récit trouve des points d’ancrage sur certains lieux (Detrital Wash, La Colorado River avec le Hoover Dam comme vous ne l’avez jamais vu, Niland, Palm Springs, puis Carthage) qui sont aussi des moments de rencontres entre les divers personnages trouvés sur la route. Si l’ouest est bien représenté à l’écran, la trajectoire dans laquelle la ville (ici, Atlanta, puis plus loin dans le film, Los Angeles) joue largement le rôle de pôles répulsifs, mène au Nord qui apparaît bien ici comme la nouvelle frontière. Penn dans une interview explique : « Si vous voulez vous débarrasser de vos téléphones portables, des panneaux publicitaires, des autoroutes, alors c’est en Alaska qu’il faut aller ». Ce parcours donne à voir du désert, du canyon, des forêts, certes, mais pas uniquement, l’espace américain du film est aussi celui des petites villes, de la suburb et des camps de caravanes.

Si la mise à l’écran de cette géographie est d’une grande richesse, elle peut aussi troubler. Il faut d’abord évoquer l’expérience incroyable du tournage de ce film. Huit mois durant, une petite équipe composée de Penn, de Gautier, de l’acteur et de quelques techniciens partent sur les traces « réelles » de McCandless, rencontrant les mêmes rugosités du milieu (comme les flash floods (crues brutales) qui ont raison de la voiture du héro dans le film) et se confrontant aux mêmes paysages et lieux réels que le jeune homme. Il y a une volonté d’honnêteté, d’authenticité dans la démarche de Penn tant dans son rapport aux grands espaces américains qu’au texte qu’il adapte. Pourtant, les paysages cinématographiques de Penn et Gautier sont des paysages trop grands pourrait-on dire pour l’homme. Les procédés utilisés par le réalisateur (plan grue, ralentis, long travellings pour l’image, voix off et musique omniprésente pour le son), « spectacularisent » ceux-ci, et renforcent par là même le constat sans illusion du film de l’inadaptabilité de l’homme postindustriel à la nature et de la fracture entre nature et culture en dépit de l’idéalisme d’Alex. En d’autres termes chers à Berque, le paysage de Penn ne devient jamais « médiance ». Au cœur même de l’action (la descente de rapide en caméra embarquée, par exemple), c’est toujours sur le mode de l’affrontement que se joue la confrontation nature/Alex, même si ce dernier se refuse à ce combat.

En somme la représentation de l’ouest américain est ici alternative et c’est celle de gens de l’ouest justement (Penn habite en Californie dans un ranch éloigné de tout, dit-on, Krakauer est de Seattle tout comme Eddie Vedder icône du défunt grunge né dans cette ville qui assure la bande, enfin, Emile Hirsch est né à Palm Springs). Il ne s’agit pas d’une déconstruction de la légende mais une réécriture à partir des mythes et de l’idée de « nature » propre à un certain imaginaire américain. Réécriture que certains jugeront naïve, d’autres honnête. Into the wild participe en tous les cas à ce que Marc Ferro appelle une « contre expertise » de la société américaine à laquelle participent des films comme No Country for old men, Gerry, ou encore L’Assassinat de Jessie James. Il est notable que l’espace joue un rôle tout à fait central dans ces films et que l’on puisse lire là la volonté d’un certain cinéma américain de refuser une utilisation générique des paysages et des lieux dans la production cinématographique. L’espace, détour pour une introspection américaine ? La question mérite bien une petite marche cinématographique avec Sean Penn.

Compte rendu : Bertrand Pleven (Université Paris-Sorbonne)








Sean Penn veut s’inscrire dans la lignée des films de Vincent Gallo ou de Monte Hellman sans en saisir toutes les audaces.

Notre avis : Le nouveau long métrage de Sean Penn, adapté du roman Voyage au bout de la solitude, de John Krakauer, donne sincèrement envie d’être aimé. Pour sa durée pas commerciale (près de deux heures trente), son sujet rugueux (l’escapade solitaire, loin des us et coutumes sociaux, d’un jeune homme fâché avec un père tyrannique et une maman lâchement soumise), son retour aux sources salutaire (l’ombre d’Indian runner) et sa prise de risque monstrueuse (impossible de trouver un défi plus casse-gueule). A bien y regarder, le résultat mérite d’être considéré pour ses intentions. Malgré des éclats intermittents, Into the wild reste moins désespéré, foudroyant, viscéral et radical qu’une rhapsodie automobile de Monte Hellman ou n’importe quelle autre histoire de perte de soi ou d’exil marginal. Brillant directeur d’acteurs - mais on le savait déjà sur Indian runner, Crossing guard et The pledge -, Sean Penn s’essaye à l’allégorie politique à travers le long trajet d’un beau gosse sans toit ni loi ayant réellement existé (Chris McCandless) qui coupe le cordon ombilical pour vivre ses rêves et fuir les contingences d’un monde cynique et sectaire en pleine première guerre du Golfe.
Pour l’illustrer, le cinéaste tâte la contemplation béate, peine à faire passer le sentiment d’isolement autrement que par des plans sur des paysages sublimes, des regards perdus embués de larmes. Quand il ne propose pas des afféteries formelles. Ou, pire, assomme sa fiction sous une bande-son envahissante. Tant de contrepoints artificiels qui alourdissent cette histoire de renaissance intérieure qui prêtait plus à l’épure, à l’ascèse, à une sobriété pourtant revendiquée. Sans compter qu’au lieu du bon bol d’air prévu dans la standardisation actuelle, on regarde ces images avec la sensation d’assister à une compilation de clichés inhérents au road-movie et autres tics des films indépendants US - le casting bling-bling influant dangereusement sur notre perception. Cela dit, malgré les fils trop voyants, Into the wild n’a rien de honteux. D’autant que comme dans tous les longs métrages de Sean Penn, la fin justifie les moyens et émeut aux larmes. Qu’on ait adhéré ou non.

Romain Le Vern









08/12/2010
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