Alain YVER

Alain YVER

IZIMA KAORU

IZIMA KAORU




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Izima Kaoru


//www.photosapiens.com/Landscapes-with-a-Corpse-Kaoru-Izima_4504.html

Mais d’où vient cette étrange attraction vers le morbide qui nous pousse à tourner les pages du livre de Izima Kaoru intitulé, Landscapes with a Corpse en français, « paysages avec un cadavre » ? Le jeu pour le lecteur, consiste à scruter un paysage pris en photo de loin pour y découvrir le cadavre d’une femme dans un plan plus rapproché, l’image ne laisse alors aucun doute, elle a souvent le corps désarticulé d’un pantin, parfois on aperçoit des traces de sang ou l’impact d’une balle. Par miracle la victime a toujours les yeux grands ouverts en direction d’un point de fuite qui nous échappe. Le visage de ces femmes n’est jamais traversé par un rictus d’horreur, il repose en paix.

Au premier coup d’œil on sent qu’il y a quelque chose de Guy Bourdin dans l’inspiration initiale de ce photographe de mode qui constitue et complète cette série depuis 1993. Il expose son travail dans des institutions et des galeries au Japon, en Italie, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas.

Guy Bourdin avait été abandonné par sa mère, ce qui a pu donner un début d’explication à la façon dont il a mis en scène les femmes tout le long de sa carrière. On ne sait pas si Izima Kaoru "en veut à mort" aux femmes mais il se livre à un jeu assez pervers. Ses modèles, qui sont des actrices ou des mannequins, en majorité japonaises, ne doivent pas être superstitieuses. Il leur demande en effet, de lui proposer le contexte de leur mort et les vêtements qu’elles aimeraient porter le jour de leur enterrement. Ses complices se fournissent toutes en vêtements chez les grands couturiers de la planète, ce qui renforce le côté irréel des images. Izima Kaoru s’occupe de la mise en scène et du découpage séquentiel de son récit. Son travail n’a rien à voir avec les photos d’un Weegee qui se branchait sur la même longueur d’ondes que la police pour être sur le lieu du crime avant tout le monde, il en résultait des images noires et crues d’un cadavre encore chaud.

Ici, nous sommes dans une forme de violence propre, une violence de luxe, froide et riche en couleur, obtenue par la présence de mannequins d’une grande beauté, une excellente maitrise de l’éclairage et la complicité de tout le gratin de la haute couture. Nous ne sommes en rien dans le porno chic des années 80, il n’y a ici, aucune connotation sexuelle ou pornographique provocante dont David La chapelle, par exemple est un habitué.

Le photographe arrive à nous captiver par la diversité de ses lieux de crime, on passe d’un paysage de montage enneigée, à un champ de tournesols, à une route de campagne, sans oublier la forêt profonde ou la crique en bord de mer. Les paysages urbains ont également leur place dans cet opus : salle d’attente d’aéroport, bureau dans une tour de verre, toilettes pour homme dans un lieu public, toiture - terrasse d’immeuble, bar, salle de jeux de machines à sous… Ses paysages naturels sont souvent hostiles, la force de la nature contraste alors avec la fragilité de la vie humaine qui est accentuée par la jeunesse des victimes. Ses photos fonctionnent par séries de 3 ou 4 images avec des points de vue différents. Tel un vautour, Izima Kaoru n’hésite pas à percher très haut son boitier pour donner une vue d’ensemble à la scène en s’aidant d’un grand angle, puis il ressert le point de vue pour arriver parfois à quelques centimètre du visage de la victime qui est au sol. La mise en page du livre renforce le suspense quand il faut tourner la page pour trouver la solution.

Sur le terrain de la mise en scène de crimes, Izima Kaoru n’est pas le seul. On citera la photographe et chanteuse Nicola Kuperus qui s’amuse sur le même thème, elle n’utilise que des victimes femmes avec un brin d’humour en plus, tout comme une autre femme, Mélanie Pullen avec sa série High Fashion Crime Scenes. Enfin en 2006, une jeune française, Delphine Balley a présenté ses Histoires vraies qui sont, à contrario de véritables reconstitutions de faits divers tirés du journal Le Matin. On le voit la mort reconstituée, celle « pour de faux », ne fait pas peur au monde de l’art, elle se développe à côté de la vraie, celle des anonymes victimes des guerres, des tsunamis et des tremblements de terre que l’on peut voir dans les journaux.









        
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Les Belles Mortes de Kaoru Izima

Il faut avoir un certain courage pour exposer dans son salon les oeuvres de Kaoru Izima. Sa passion ? Photographier des top models fraîchement décédés dans un environnement ordinaire. Ce ne sont pas ici les Belles Endormies de Kawabata mais bien les Belles Mortes. Le procédé est à chaque fois le même : Izima place une jeune femme dans un décor, lui fait garder la pose, ajoute parfois une trace de maquillage (un filet de sang par exemple) puis la photographie à des angles et des distances différentes. Exemple :

 Cette technique répétitive m’a fait penser à Warhol, notamment à l’une de ses plus fameuses oeuvres, Ten Lizes :

     Il y a cependant plusieurs différences. Chez Warhol il y a avant tout la volonté de jouer avec une icône du glamour hollywoodien. Liz Taylor est une « Star », à une époque où le mot n’a alors rien de galvaudé. Elle est à l’apogée de sa beauté et semble intouchable, vouée à l’immortalité. Cette image, Warhol la malmène en multipliant son image et en la détériorant : certains portaits lui donnent un aspect vraiment maladif, un peu « phase terminale », rappelant à l’observateur que derrière l’enveloppe se cache un crâne. La toile peut finalement faire penser à une vanité moderne, mais aussi à une représentation cruelle d’une personne qui peut être perçue comme un simple objet de consommation que l’on manipule à sa guise.

     Chez Izuma, la morbidité vient aussi du fait qu’il joue avec l’image de splendides jeunes femmes. Mais les moyens, et surtout les effets, sont différents. Tout d’abord, les sujets sont bel et bien des sujets décédés. Plus précisément : fraîchement décédés. Ici, pas de décomposition des corps, de détérioration liée à la mort. Pas de maquillage pour rendre les visages blafards non plus. S’il y a du maquillage, c’est celui que se sont appliqué les jeunes femmes pour s’embellir. Il y a du coup un troublant jeu qui s’opère avec la sensualité . Ces femmes magnifiques, qui étaient vivantes quelques minutes auparavant, sont maintenant mortes, mais leur mort paraît presque irréelle. Elles semblent encore vivantes, elles semblent « regarder » quelque chose (elles ont outes les yeux ouverts), parfois même regarder dans notre direction. Du coup, on ne sait pas trop quoi faire : les admirer ? mais cela n’est-il pas un peu malsain, déplacé ? Les plaindre ? Mais on sait bien que ce n’est qu’une pure mise en scène, la gravité de la situation étant comme désamorcée par l’atmosphère irréelle des photographies.

     Cette atmosphère particulière semble provenir de plusieurs facteurs. Tout d’abord, les sujets sont tous placés dans des décors de la vie quotidienne. Ici une salle de pachinko (les flippers japonais), là une salle d’embarquement, dans une autre série une rue quelconque. Ce qui est frappant, c’est qu’à chaque fois ce sont des décors absolument vides. Ce fait peut être saisissant dans le cas d’une salle de pachinko, lieu bien connu pour son atmosphère bruyante et « grouillante ». Par ailleurs, la composition est souvent très graphique, entendons par là qu’elle joue au maximum avec les possibilités offertes avec les formes géomtriques et les couleurs. Ce ne sont pas des scènes de crime ordinaires. On a l’impression que l’assassin (si l’on considère qu’elles ont été tuées. Un série montre d »ailleurs un modèle avec une flèche enfoncée dans sa poitrine) est un esthète qui aurait rendu hommage à sa victime en l’habillant, la maquillant puis en la plaçant dans un décor dans lequel elle serait la « touche finale ». La mort est dès lors sublimée, juste donnée à voir, ou plutôt à admirer, et la victime semble réduit à n’être qu’une forme géomtrique colorée savamment placée dans une composition.

     Pour ce qui est de la répétition des clichés, outre le fait que, contrairement à Warhol, Izima varie les angles et les distances, on peut sentir comme un mélange d’ironie et de voyeurisme. Le voyeurisme provient du fait que le photographe semble avoir « goûté » la scène morbide. La mort fait peur, mais ici elle attire car la victime est une sublime jeune femme. Comme le photographe donc, l’observateur prend son temps et apprécie la mise en scène insolite. Il se rapproche, tourne autour d’elle, stupéfait et fasciné. Quant à l’ironie, elle vient de l’absence totale de dynamisme, dynamisme qui est le lot quotidien des mannequins habitués à ces séances photos dans lequelles elles doivent faire vivre leur corps devant l’objectif du photographe professionnel qui les mitraille. Ici, la vie vient uniquement de l’objectif qui tournoie autour du corps, mais c’est pour mieux exacerber l’immobilité du corps. Le top model, dans les photographies d’Izima, devient finalement une sorte  » d’anti top model ».

     Enfin, terminons par les titres de ces oeuvres : Koike Eiko wears Gianni Versace, Tomosaka Rie wears MioMio, Tominaga Ai wears Prada, Hasegawa Kyoko wears Yves Saint Laurent, Kuroki Meisa wears Gucci, etc. Finalement, je viens d’écrire qu’il s’agissait d’ »anti top-model » mais ce n’est pas vrai puisqu’elles font leur métier. On rejoint ici le motif de la consommation cher à Warhol. Ces jeunes femmes sont finalement des vitrines comemrciales pour des habits de luxe. Peu importe ce qui leur est arrivé, elles sont là pour attirer les regards et faire vendre. Et elles sont à l’image des modes : périssables.

Du même tonneau (ou presque) :
Pink Box, de Joan Sinclair
Tokyo, d'Araki
Sumo (Makoto Kubota)
Tokyo Blue, de Romain Slocombe
LIVE (Kishin Shinoyama et Harumi Inoue - 1999)
Kaoru Izima photographe
Cet article a été posté par Olrik


11/06/2012
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