Alain YVER

Alain YVER

JACNO

JACNO




Site officiel     
http://www.jacno.fr/

RECTANGLE
http://www.youtube.com/watch?v=3fTe0xaJ6Ac

http://www.larevuedesressources.org/mort-de-jacno-non-mort-de-jacno,1405.html

http://www.bide-et-musique.com/artist/158.html

DISCOGRAPHIE
http://www.encyclopedisque.fr/artiste/2341.html

ÉCOUTE
http://www.jukebo.fr/jacno/albums-jacno.html

http://www.soul-kitchen.fr/7166-jacno-le-cancer-cest-de-la-merde





Nom             Denis Quilliard
Naissance     3 juillet 1957 Paris
Décès           6 novembre 2009 (à 52 ans Paris)
chanteur
musicien
compositeur
Genre musical     musique électronique
Années d'activité     1976 - 2009

Jacno (de son vrai nom Denis Quilliard) est un musicien et chanteur français, né le 3 juillet 1957 à Paris et mort d'un cancer, dans la même ville, le 6 novembre 2009. Il doit son nom de scène à son importante consommation de cigarettes de la marque Gauloises (dont le logo, un casque gaulois, fut dessiné par le graphiste Jacno)[1].

Parcours et collaborations

Fondateur d'un des tout premiers groupes de la première vague du punk français, Stinky Toys, avec Elli Medeiros en 1976. Il connaît le succès en solo avec un morceau instrumental joué au synthétiseur, Rectangle, que l'on retrouva dans les publicités Nesquik et qui sera repris plus tard, en 1999, par Gigi d'Agostino sous le titre "La Passion". "Rectangle" imposera le « son Jacno », moderne et cristallin, dont la clarté et la simplicité font mouche au début des années 1980. Il lance ensuite le duo pop Elli & Jacno qui participe à la BO des Nuits de la pleine lune d'Éric Rohmer. Jean-Charles de Castelbajac créera son costume pour le concert de l'Olympia en 1985. Il poursuit sa carrière en solo dès 1985 avec la chanson Tant de baisers perdus — sur un texte de Françoise Hardy — et devient également un producteur en vogue en produisant des singles et des albums pour Pauline Lafont, Lio (Amoureux solitaires), Mathématiques Modernes, Étienne Daho (Mythomane), Daniel Darc, ex-chanteur de Taxi Girl, et Jacques Higelin (Tombé du ciel)[2],[3].

Il a notamment écrit des paroles de chansons pour Les Valentins (J'ai triste), Paul Personne (Le Bourdon) et chanté en duo avec Romane Bohringer (D'une rive à l'autre, 1994) et Helena Noguerra (Désamour, 2002). En 2002 toujours, il reprend Sentimental bourreau de Boby Lapointe sur l'album Boby Tutti-Frutti - L'hommage délicieux à Boby Lapointe. Il collabore également au renouveau yéyé en partageant deux chansons avec l'ex miss France Mareva Galanter, Bang Bang et Ne Dis Rien, sur son album Ukuyéyé by Mareva en 2006.

Si Jacno a peu bénéficié de succès populaires, en revanche il a toujours obtenu la reconnaissance de ses pairs.

En témoignent les "dédicaces" de deux de ses albums, Une idée derrière la tête et French Paradoxe :

    * pour le premier, la mention dans le livret "avec l'enivrante participation de" (notamment) Jacques Higelin au clavecin, Paul Personne à la guitare, Gérard Blanchard (également compositeur de la chanson Poubelle et Fleurs) à l'accordéon, Étienne Daho et Elli Medeiros aux chœurs ;

    * pour le second, "la magnifique participation de" (notamment) Helena Noguerra et Miossec (également co-auteur de Toi et Moi) aux voix, Thomas Dutronc à la guitare et Arthur H au piano (également compositeur du morceau Les Objets).

Sur son dernier album Tant de temps figure un feat. de Stereo Total ("Mars rendez-vous").

Jacno Future

La sortie d'un disque hommage consacré à Jacno intitulé Jacno Future z été annoncée en janvier[4], initialement prévue en avril 2011 mais repoussée au 6 juin 2011. L'album, dont la pochette est dessinée par son ami Jean-Charles de Castelbajac[5], revisite l'œuvre de Jacno, depuis The Stinky Toys jusqu'à ses disques en solo, en passant par le duo Elli & Jacno.

Sur ce disque, Étienne Daho reprend avec Calypso Valois – la fille de Jacno et d'Elli[6] – "dans une version danceflooresque" le titre Amoureux solitaires, produit par Jacno pour Lio. Le lien qui unit Daho à Jacno n'est pas récent : Jacno a réalisé le premier album de Daho, Mythomane, et le Breton a réalisé notamment Faux témoin, deuxième album solo de Jacno ; par ailleurs Jacno a repris sur l'album hommage Tombés pour Daho le titre On s'fait la gueule – son dernier enregistrement – en 2008.

Outre Étienne Daho, Dominique A, Brigitte Fontaine, Jacques Higelin, Katerine, Thomas Dutronc, Christophe, Miossec, Arthur H, Benjamin Biolay, Alex Beaupain, Stereo Total, Alexandre Chatelard ou encore Coming Soon lui rendent hommage sur cet album.

 Notes et références

   1. Å™ Mort de Jacno, un des précurseurs de la pop électronique française [archive] - Le Monde, 7 novembre 2009
   2. Å™ Biographie de Jacno [archive] - Sur Fluctuat.net
   3. Å™ Décès de Jacno [archive] - Le Nouvel Observateur, 7 novembre 2009
   4. Å™ Annonce officielle du label Polydor France [archive] - Polydor
   5. Å™ Page Facebook Officielle [archive] - Polydor
   6. Å™ Jacno : Sa fille se souvient [archive] - France-Soir, 7 juin 2011






Mort de Jacno, pionnier français de la pop électronique

  L'ex-binome d'Elli Medeiros, emblème d'une certaine pop française, est mort d'un cancer dans la nuit de jeudi à vendredi.

Denis Quillard dit Jacno est mort d'un cancer à l'âge de 52 ans dans la nuit de jeudi à vendredi. Il avait fondé les Stinky Toys en 1976 avec Elli Medeiros, l'un des tout premiers groupes de la scène punk française. L'artiste avait enregistré son dernier disque, Tant de temps, en 2006.

Né à Paris le 3 juillet 1957, Denis Quillard a passé son enfance à écouter Mozart, Chopin ou Satie avant de découvrir le rock, et d'apprendre la batterie et la guitare. Il rencontre Elli Medeiros à Paris au lycée. Ils créent les Stinky Toys (les «Jouets Puants») et interprètent sur scène des chansons de David Bowie, des Stones ou des Who, ainsi que leurs propres compositions. Edité fin 1977 chez Polydor, l'album Stinky Toys se vend mal, et deux ans plus tard Jacno rencontre le succès avec l'instrumental pop électronique Rectangle. Puis le duo Elli et Jacno enregistre deux albums, Tout va sauter (1980) et Boomerang (1982) et participe à la composition de la BO du film d'Eric Rohmer les Nuits de la pleine lune (1984) , avant de se séparer.

Jacno se consacre ensuite à la production, réalisant des titres ou des albums pour Lio - qui lui apporte le succès avec Amoureux solitaires d'inspiration yé-yé nostalgique -, Etienne Daho, Daniel Darc, Jacques Higelin, et plus récemment Paul Personne et les Valentins. En tant qu'interprète, il a publié une série d'albums solo dont T'es loin t'es près (1988), Une idée derrière la tête (1991), Faux témoin (1995) et De la part des anges (1999).






Mort de Jacno à 52 ans
Dossiers/hommages
Posté par Cyril & Bruno le 2009-11-07

C'est avec une tristesse infinie que nous apprenons la mort de Jacno, hier, à l'âge de 52 ans (quel gâchis…), d'une saloperie de cancer.
 
Jacno, c'était tout simplement l'un des musiciens français les plus sous-estimés de ces trente dernières années, un musicien (compositeur, interprète, arrangeur, producteur), qui n'a pas eu la carrière qu'il aurait dû avoir. On a failli écrire qu'il "méritait" mais on devrait plus probablement dire que "nous méritions", tant son apparent dandysme j'menfoutiste semblait le rendre étranger à toute idée de "carrière" ou de "réussite". Gainsbourg avait écrit L'Aquoiboniste pour Dutronc, dans les années 70, mais Jacno aurait tout aussi bien pu reprendre ce portrait à son compte. Le mimétisme physique entre Dutronc et lui était d'ailleurs troublant et il n'est donc pas surprenant qu'il ait fini par travailler avec Françoise Hardy (qui lui écrira le single Tant de baisers perdus, en 1985).
 
Mais il est possible que quelques personnes ignorent encore qui était Jacno, alors un petit rappel biographique s'impose. On peut distinguer trois phases, d'inégale durée, dans sa vie.
D'abord l'époque punk, celle des Stinky Toys, qui affoleront bien davantage la presse rock de l'époque (la une du Melody Maker pour Elli Medeiros en 1976, quand même, et des premières parties britanniques de Sex Pistols alors à leur apogée) que les chiffres de vente. Les Toys resteront une légende, celle d'un groupe qui aura montré à pas mal de jeunes aspirants musiciens français de l'époque que tout était possible (à un certain Etienne Daho, notamment).
 
La deuxième période est la suite logique de la première. Les Stinky Toys se séparent, le couple Elli & Jacno se constitue en entité musicale à part entière, pour un retentissement qui, cette fois, dépassera beaucoup plus largement les milieux un peu underground et über branchés de l'époque. Le duo, avec quelques autres, pose tout simplement les bases de l'électro pop à la française, qui a encore aujourd'hui la descendance que l'on connaît. Trois albums seulement entre 1980 et 1984, jusqu'à la séparation du couple (à laquelle l'ami Daho ne fut pas tout à fait étranger…). Trois petits bijoux mélodiques donc : Tout va sauter, Boomerang et Les Nuits de la pleine Lune, ce dernier album constituant un peu plus que la bande originale du splendide film éponyme d'Eric Rohmer (la seule BO que Rohmer n'ait jamais commandé, lui qui y est si réfractaire !), film emblématique d'une époque qu'Elli & Jacno auront également marqué de leur empreinte.
 
Il se trouve encore évidemment bon nombre d'imbéciles pour ricaner aux chansons d'Elli & Jacno, raillant le "simplisme" de leurs arrangements (tu parles : less is beautiful, ouais !), la naïveté confondante de leurs textes (Main dans la main, Je t'aime tant…), ne voyant là que la manifestation d'un certain kitsch musical. C'est évidemment tout le contraire et le tragique couvait souvent sous le vernis de leur pop acidulée.
 
Surtout, à leur zénith, Elli & Jacno incarnait la classe à l'état pur de cette première vague "French touch", celle des Jeunes gens modernes, du mouvement Növö théorisé par Yves Adrien. Lio, qui devait énormément à Jacno (elle avait repris Amoureux solitaires sur son premier album dans une version imparable), nous disait tout récemment l'admiration qu'elle éprouvait alors pour le rayonnement qui émanait du couple (tout en moquant aussi, avec beaucoup de tendresse, sa propension à faire les choses un peu trop au premier degré…).
 
Parallèlement, Jacno développa également une activité de compositeur et/ou producteur pour d'autres (Lio, donc, mais comment ne pas évoquer également l'admirable premier album de Daho, Mythomane ?) mais aussi pour lui-même.
 
Ce sera le mini-album Jacno de 1979 (celui à la pochette… Dinky Toys), essentiellement instrumental (et géométrique !), qui lui vaudra son plus gros et improbable tube, Rectangle (et aussi un joli contrat publicitaire avec Nesquik, qui utilisera le single pour créer le personnage de Groquick, c'est dire à quel point cette musique imprégnait alors l'époque !). Rectangle pose vraiment le son de son auteur, qui ne le quittera plus, en associant quasi exclusivement synthétiseurs (évidemment très marqués par Kraftwerk - la version instrumentale de Das Model sortie un an auparavant, notamment - comment pouvait-il alors en être autrement ?), boîte à rythmes et guitare aux sons si caractéristiques. Disque post-Stinky Toys et pré-Elli & Jacno, où Elli chante et signe le texte du superbe Anne cherchait l'amour, disque que toutes les labels refusèrent (sauf le salvateur et aventureux Celluloïd), l'album Jacno finit tout de même n°1 des ventes en Europe et annonçait le plus beau des futurs pour cette veine mélancolico-pop de la musique synthétique.
 
Etant donné qu'ils furent largement contemporains, il n'est pas idiot de relever une certaine parenté aussi avec la musique de Jean-Michel Jarre, mais celle de Jacno est bien moins prétentieuse et recherche surtout l'immédiateté de la pop des 60's, qu'il fait renaître sous de nouveaux habits, infiniment plus modernes (et toujours pertinents aujourd'hui).
 
Après la séparation d'avec Elli (qui prendra hélas vite ses distances avec le son Jacno pour retrouver les rythmes latinos de son enfance uruguayenne, avec un bonheur musical très inégal), la vie de Jacno va être marquée par un drame terrible, celui de la disparition de celle qui était alors sa compagne et son interprète, Pauline Lafont, en 1988. On spécule, mais il est très probable que l'"hygiène de vie" déjà incertaine de Jacno (on ne choisit pas impunément le nom du dessinateur des mythiques paquets de Gauloises comme pseudonyme) ne s'en est pas améliorée…
 
La dernière partie de sa carrière fut moins heureuse, avec toute de même nombre de fulgurances comme producteur de l'excellent premier disque de Daniel Darc, Sous influence divine, le meilleur album du Jacno post-Elli ?) et même si l'entente entre les deux ne fut pas des meilleures (il faut dire que ça n'aide pas quand le compositeur/producteur apprend dans la presse la sortie du disque et y voit qu'il n'est fait mention nulle part sur le disque de son travail). Sans oublier des collaborations plus ou moins heureuses, de la production du très bon Tombé du ciel de Jacques Higelin à la production d'un album inutile de Mareva Galanter (de la différence entre les joies du contexte sixties et le chagrin de la posture sixties en une dizaine de leçons chantées).
 
Sa carrière solo comporte une vraie belle réussite La Part des anges, avec son instrumental éponyme magnifique, sa reprise émouvante du standard absolu de Nino Ferrer Le Sud (improvisée en studio et en mode piano/voix le jour de sa mort, respect monsieur) et ses beaux autres moments (Je viens d'ailleurs, On s'absentera, le très Dutronc Je ne suis pas toujours de mon avis). Le disque voit la participation des Valentins à la production mais aussi celle d'Axelle Renoir, d'Arnold Turboust et même du juvénile Thomas Dutronc (décidément...) à la guitare sur un titre. Son dernier album, Tant de temps, sorti en 2006, reste malheureusement bien moins réussi (malgré un joli majeur tendu avec ironie et gouaille, Le Sport, et sa première ligne définitive "Le sport c'est de la merde" !).
 
On l'avait revu assez récemment, visiblement très affaibli, dans le joli film de Marion Vernoux, Rien dans les poches (réalisé pour Canal +), très largement inspiré de cette scène parisienne de la fin des années 70 dont il fut l'une des figures majeures, film dans lequel il esquissait le rôle du père très absent de l'héroïne Emma de Caunes, et mari abandonniste de… Lio ! Une belle façon de boucler la boucle, somme toute.

Si seulement il n'y avait que le sport

On espère juste que sa mort aura une vertu (si l'on peut dire) : celle d'entraîner la réédition de tous ses albums, ceux des Stinky Toys, ceux d'Elli & Jacno et les siens propres. Cet Alan Vega ou ce Martin Rev (les deux à la fois) pop et français, cet aventurier solitaire qui creusa sa voix sans jamais prêter attention aux professionnels du bémol et de la rognure (incluant une grande partie du public), cet amoureux de Mozart, Coltrane, Miles Davis ou encore Archie Shepp, ce Denis Quillard nous manquera énormément.
 







Jacno, mort d'un punk


Denis Quillard dit Jacno, qui avait fondé en 1976 avec Elli Medeiros les Stinky Toys, l'un des tout premiers groupes de la scène punk française, est mort d'un cancer à l'âge de 52 ans, dans la nuit de jeudi à vendredi.

Warner France, chez qui Jacno avait enregistré son dernier disque Tant de temps, a confirmé le décès de l'artiste survenu dans un hôpital parisien. Né à Paris le 3 juillet 1957, Denis Quillard a passé son enfance à écouter Mozart, Chopin ou Satie avant de découvrir le rock grâce aux succès des Who et des Rolling Stones, et d'apprendre la batterie et la guitare. En 1976, il rencontre Elli Medeiros au lycée Charlemagne, où il était surnommé "Jacno" en raison de sa consommation de cigarettes Gauloises, Marcel Jacno étant le nom du graphiste auteur du casque ailé imprimé sur les paquets.

Avec Elli, Jacno fonde les Stinky Toys (les jouets puants). Le groupe écume la scène punk naissante de l'époque même s'il a peu à voir avec le mouvement sur le plan musical. Ce qui ne l'empêchera pas de participer au 100 club au premier festival punk à Londres en 1976. Première pour un groupe français, les Stinky Toys font la une du Melody Maker, la bible des fans de musique pop. Les Stinky Toys sortiront deux albums avant de se séparer en 1979.

Le duo poursuit l'aventure sous l'appelation Elli et Jacno, et enregistre deux albums, Tout va sauter (1980) et Boomerang (1982). Le couple participe à la composition de la BO du film Les Nuits de la pleine lune (1984) d'Eric Rohmer, avant de se séparer. Jacno se consacre ensuite à la production, réalisant des titres ou des albums pour des artistes tels que Pauline Lafont, Lio, Etienne Daho ou Jacques Higelin, Paul Personne et les Valentins. Parallèlement, Jacno a sorti régulièrement des albums sous son nom qui ont souvent été confidentiels. Le dernier, Tant de temps, était sorti en 2006 avec un titre phare qui résumait assez bien la philosophie du personnage: Le sport (c'est de la merde).






JACNO, dandy pas mort
Paru dans Technikart n° 31
Punk, techno-pop, Bowie français, Jacno traverse les modes sans se laisser museler.
Son nouvel album le réhabilite comme parrain de l'électro-chanson hexagonale.
Rencontre devant une bouteille de pinard.

On sort au métro Strasbourg-Saint-Denis. Pas vraiment rupin, le coin. L'endroit jouxte le quartier du cul glauque et des ateliers de fringues voraces. Et aux alentours du porche de l'immeuble où on se pointe, ça schlingue un peu la dope. Jacno nous avait fait de drôles de recommandations, pour notre rencard : à l'interphone, il ne faut pas sonner à son nom. Et une fois dans l'ascenseur, on ne doit surtout pas appuyer sur l'étage. Le processus fonctionne. Nous accueille sur le palier l'ex-compagnon d'Elli. Pas le playboy caustique qui pose sur la pochette de Jacno (1979). Sûrement pas non plus un débris bon pour l'hospice. Jacno a 41 ans. On s'installe dans son salon. Il nous serre un premier verre de rouge. « On va commencer par retracer ton parcours. » « OK… Quand ce sera trop chiant, on dérapera. »
« Pacadis ? Un terroriste. Il allait dans des endroits super luxe et ça virait toujours en scandale.
Gainsbourg l'avait adopté, ils se pointaient à l'Elysée Mat et ça finissait dans le vomi. »
C'est à Paris, dans le IVe arrondissement (« Pas un quartier luxe à ce moment-là, on appelait ma rue la rue de la pisse, on n'y voyait pas comme aujourd'hui toutes ces espèces de Michèle Morgan ») que Jacno grandit. Envoyé en pension chez les curés (« Une espèce de prison, avec des gens bien… bien extrémistes, des curés, quoi »), le gamin fait l'école buissonnière. Fugue sur fugue. Vers 13 ans, il se retrouve au Bataclan à assister à un concert de Nico, Lou Reed et John Cale ; puis les Who à la fête de l'Huma. « Le flash ». A quinze ans, fini le bahut. Son occupation principale, en ce milieu des 70's gauchisantes, se résume « aux manifs, pour braquer le BHV, Boscher, la FNAC, tout ça. Mais les gauchistes étaient trop dogmatiques. Moi, je voulais juste tout péter. »
C'est lors d'une de ces manifs que Jacno va tomber sur Elli Meideros. « Au milieu des barbus et des constipés, j'ai pas eu de peine à la repérer. Une belle blonde avec un blouson Alice Cooper, l'air rigolo. Pareil, elle foutait le bordel. Elle était venue draguer, quoi. C'est aussi dans une des ces bastons que j'ai rencontré les gens avec qui j'ai fait de la musique. Tous les ratés. » Des ratés qui vont balancer un grand coup de tatane dans la variétoche de chez nous. Car il y a bien eu une éruption punk en France. Dès 1972, dans Rock & Folk, Eve « Sweet Punk » Adrien signe une rubrique, Trash, en vomissant Genesis et acclamant Kim Fowley. Relayé par Marc Zermati, Alain Pacadis, Patrick Eudeline et Michel Esteban, la France vit à l'heure punk : Kalfon Rock Chaud (le groupe de Jean-Pierre Kalfon), Asphalt Jungle, Metal Urbain, Angel Face ou Loose Heart mettent le feu à Paris.
Présent depuis les tous débuts (il s'acoquina un temps avec l'égérie du mouvement, Elodie Lauten), Jacno pouvait, dès 1979, passer à autre chose. Il faut dire que l'explosion punk, il l'avait vécue d'une façon beaucoup plus crédible que pas mal de ses congénères pas bien propres. Un autre coup de rouge. « En 1976, McLaren traînait à Paris dans les magasins où on chourrait des disques. Il a entendu les maquettes de notre groupe, les Stinky Toys. Il nous a appelé pour un festival à Londres, avec les Sex Pistols, Clash, Siouxie. On est parti tout de suite. Le premier truc, à Londres, c'est qu'on s'est trouvé à la une des canards, NME, Melody Maker. Je vivais pas ça du tout sérieusement. J'avais même pas 18 ans et on était tout le temps bourrés comme des coings. Les Sex Pistols étaient avec leur panoplie. Une bande de crétins. Un boys band, quoi, sauf qu'ils faisaient leur musique et que c'était un bon groupe de rock, mais un truc fabriqué quand même. Lydon obéissait à Malcom, qui lui disait « Tu rentres à cinq heures dix par cette porte-là. »
Et, effectivement il faisait son entrée comme ça. Sid Vicious n'était alors que leur groupie. C'est d'ailleurs le bassiste d'origine qui composait tous les morceaux. »
De retour à Paris, les Stinky Toys sont des (petites) stars. Eux s'en balancent. Refusent d'être affiliés au mouvement keupon. Haïssent l'esprit Gibus (« Ils voulaient qu'on y joue. Je leur ai répondu que j'irais même pas pisser là-bas, tellement c'était nul. C'était des militants kepon, et moi je ne ferai jamais partie d'aucune tribu. ») Méprisent les autres groupes français, ricanent devant leur trip destroy. Elli et Jacno, c'est la classe. De vrais dandys punk. Iconoclastes, anars et snobs. Les Stinky Toys enregistrent deux albums, font un dernier concert au Palace en 1979 puis splittent.
Plus Kraftwerk que bière Valstar, plus individualiste que frère mollard, Jacno laisse de côté sa guitare pour composer un disque de morceaux minimaux à prédominence synthétique – qui servit de BO au premier moyen-métrage d'Olivier Assayas, dans lequel jouait Elli. Rectangle, récupéré pour la pub Nesquik, se classe n° 1 des ventes. Le duo Elli & Jacno enchaîne alors les tubes electro-pop (à l'époque, on disait növö-disco) : Anne Cercava l'Amore, n° 1 en Italie. Je t'aime tant, carton. Pour Lio, Amoureux solitaires et Dis-moi que tu m'aimes.
En ce début des années 80, le QG des « jeunes gens modernes », c'est le Rose Bonbon. Elli & Jacno y jouent, y picolent, mais refusent de s'y installer. Ne fréquentent pas les déchirés de Taxi Girl. Mais emmènent Alain Pacadis, le nuitard de Libération, dans leurs virées. « Un terroriste. Je l'aimais beaucoup, il allait dans des endroits super luxe complètement clochard et ça virait toujours en scandale. Gainsbourg l'avait adopté, ils se pointaient à l'Elysée Mat' et ça finissait dans le vomi. Gainsbourg, j'aurais aimé le connaître plus, on a fait quelques beuveries. On devait faire une chanson ensemble. »
Paris leur appartient. Paris est une fête. « Je composais, je composais, j'enchaînais tout. Soit j'étais en studio, je produisais aussi Daho, soit je faisais la fête. J'ai claqué tout le blé au fur et à mesure, voire plus. Excès d'alcool. J'ai même fait le drogué pendant un an. Mais ça ne se voyait pas tellement j'étais bourré. » Après un dernier album (les Nuits de la pleine lune, une BO pour Rohmer, « Il était fan de Rectangle, et il me trouvait vieille France »), le plus beau couple de la musique française se sépare. « C'était terrible. Passage à vide. Désintoxication. »
Jacno se maque avec Françoise Hardy et Higelin, compose pour Pauline Lafont, produit Daniel Darc et se remet à enregistrer ses propres albums. De növö-disco, techno-pop, Jacno passe à une chanson française plus classique, style Dutronc 90's. Jusqu'à la Part des anges, son nouvel album. « J'ai un peu repris mes affaires. On m'a beaucoup pillé, ces derniers temps. Les mélanges électronique/acoustique m'ont toujours plus. Je me tiens au courant de l'actualité. J'ai bien aimé Unkle. Et Air voulait qu'on fasse des trucs ensemble. »
Un autre coup de pinard. Jacno assure ne pas être nostalgique. On pensait tomber sur un superdéconneur, un dandy décadent bien caustique. On a en face de soi un homme plutôt timide, lunatique, amical, insaisissable. Pas loser, mais dans l'ombre d'une période, le passage 70 's/80 's, aussi décapante que flamboyante. Jacno n'appartiendra jamais à aucun clan. Il a composé les plus belles ritournelles synthétiques hexagonales. A l'heure d'Air, de Mellow, de Le Tone et consorts, il pourrait le clamer sur tous les toits. Jacno s'en fout. Un dernier verre, et on s'en va.
« La Part des anges » (Celluloïd/Mélodie).

par Benoît Sabatier, le Jeudi 01 Avril 1999





23 mars 2012
Jacno - Rectangle (1979)

Il y a plus deux ans disparaissait l'une des personnalités les plus atypiques de la pop française : Jacno. Un intéressant documentaire retraçant sa carrière est encore visible pour quelques temps ici. S'il fallait ne retenir qu'une seule chanson de lui, ce serait évidemment "Rectangle", premier disque solo et adulte après l'adolescence des Stinky Toys qui lui avait quand même permis de partager l'affiche d'un des premiers festivals punk à Londres avec les Sex Pistols et les Clash (et de faire la couverture du Melody Maker). S'ensuivront quelques albums marquants avec sa compagne d'alors, Elli Medeiros, des productions pour ses "frères de sang", Daniel Darc et Etienne Daho, et une fin de parcours plus ou moins anecdotique. Jacno était devenu l'un de ses chanteurs tristement oubliés, qui ont pourtant inventé un style et eu une influence considérable. Notamment sur ce qu'on a appelé la "French Touch", emmenée par Daft Punk ou Air. Et puis "La Fossette" de Dominique A aurait-elle existé sans lui ? "Rectangle" donc, un tube. Très connoté années 80, "Platine 45", Lio ("Amoureux Solitaires", c'est Jacno), mais qui conserve une étonnante modernité. Une musique très graphique dont l'esprit a été bien perçu à l'époque, par un jeune cinéaste, Olivier Assayas, qui en fera un joli clip. Une mélodie, un air mille fois entendu et qui, bizarrement, ne lasse pas. Bref, la chanson idéale pour cette rubrique.





Le créateur Jean-Charles de Castelbajac se souvient avec tendresse de Jacno, son frère choisi.

C'est en 79 sur ma vieille télé que j'ai découvert le jeune dandy Rimbaldien qui allait devenir mon frère choisi. Le clip d'Assayas le montrait dans un studio glacé au sommet d'une tour à La Défense, face à son synthétiseur Korg MS 10. Je fus captivé ! Le son qu'il produisait était une totale rupture au punk, résolument moderne et surtout très personnel, la construction de Rectangle en faisait un hymne à la joie, novoïde, abyssal et éternel. Le nom énigmatique de Jacno rentra dans ma vie.

Quelques semaines plus tard, j'ai dessiné pour lui et Elli des tenues de scènes rétro-futuristes et me suis retrouvé dans les coulisses d'un Olympia brûlant. Dès ce jour, nous ne nous sommes plus jamais quittés. Nous trouvions toujours un moyen de collaborer ensemble. Notre amitié s'est cimenté en peu de temps. J'assistais, privilégié, à la construction d'une œuvre majeure, comme Castiglione assista à celle de Raphael. Les mélodies de Denis étaient chargées de parcelles d'éternité, elles n'ont pas d'autre âge que les sentiments qu'elles révèlent en nous. Chacun de nous a des notes de Jacno blotties au creux de son cœur, ou de son subconscient, il est un compositeur essentiel, qui nous quitte trop vite, au moment où l'époque lui ressemblait enfin, lui le père spirituel de toute une génération de groupes électro.

Cet été lorsqu'il a entendu la reprise de Je t'aime tant par Indochine, Denis était heureux, il travaillait sur son prochain album, qui s'annonce lumineux… Jacno laisse une immense famille élective orpheline, ceux qui au delà des a prioris et des pressions font le choix d'aimer et de défendre la créativité, l'exigence, l'intégrité et l'unicité.
Avatar de Jean-Charles de Castelbajac
par Jean-Charles de Castelbajac

le 09 novembre 2009




Interview par  Pierre Derensy

Jacno a toujours eu, a encore, le sens de la formule. « Tant de Temps » ne fait que prouver que ce monsieur a la classe d'un dandy et la grâce d'un noble esprit qui fourmille d'idées et d'harmonies modernes. Oui le temps n'a pas de prise sur ce monolithe, le rencontrer c'est adhérer à ses bons mots, à sa musique luxuriante et à son mode de vie.
Pierre : L'album s'intitule « Tant de Temps », au bout du compte, pensiez-vous avoir moins de temps ?

Jacno : Je ne crois pas, je ne m'en préoccupe pas. Je m'en fous, je fais mes trucs, là c'est un disque assez travaillé mais pas au sens laborieux mais plutôt gambergé. Le temps est une de mes obsessions. Mais pas au sens du temps sur une vie… Ca peut être il y a deux milles ans. Ce titre se rapproche plus de la théorie de la relativité. Le temps est élastique, c'est une goutte d'eau.

Pierre : Vous n'aviez donc pas encore brûlé toutes vos cartouches ?

Jacno : Non, sinon je n'aurais rien enregistré

Pierre : Je vis avec une sportive, est ce que le sport passif peut entraîner des complications sur ma propre personne malgré l'effet bénéfique de mes deux paquets de cigarettes ?

Jacno : (rire) Je te le dis tout net : elle te fait du mal. Elle perturbe ton mode de vie très sain.

Pierre : A 1 mois de la coupe du monde de football comparer le sport à la tabagie c'est vouloir rallier les anti-sportifs à votre panache ?

Jacno : J'espère juste dire un maximum de conneries au moment adéquat. Mais tu sais, je n'ai pas de cause, je suis juste quelqu'un qui constate que le sport est la nouvelle religion du pécore. Quand tu regardes le journal télévisé on te parle de Saint-Étienne ou bidule avant de te parler des guerres ou du Pole Nord qui est en train de fondre. Théoriquement on devrait avoir de l'information alors que là tu passes ton temps à entendre parler d'une compétion de milliardaires qui courent après un ballon. C'est d'une débilité consternante.

Pierre : Oui mais ce sont les jeux du cirque moderne ?

Jacno : Les jeux du cirque c'était plus marrant. Tu avais des courses de chars au moins. Là ça marche parce que c'est proche du jeu vidéo. Enfin c'est vraiment des trucs à la con ! Mais le sport passif c'est vraiment mauvais pour les neurones.

Pierre : Sérieusement, êtes vous énervé par cette société qui érige des règles de vie commune et qui oublie le bonheur individuel au profit d'un bien pensant collectif ?

Jacno : Oui bien sur, là je tape sur le sport mais ça pourrait être autre chose. Je déteste la promiscuité, les règles… Toute la société actuelle est un hymne à la loi, aux règlements. De la même façon je ne supporte pas les religions, les modes d'emploi, le prêt à penser… Nous en sommes tous victimes

Pierre : Peut on dire que vous êtes libertaire ?

Jacno : Tout à fait ! … encore qu'il faut voir le sens qu'on y met. Je m'approche de ni dieu-ni maître.

Pierre : Dans ce disque vous balancez entre le romantisme comme sur « T'es Mon Château » jusqu'au plus léger par « L'Homme de l'Ombre », est ce une manière de ne pas dévoiler entièrement votre tendresse ?

Jacno : J'aurais tendance à dire que j'aime la dévoiler sous divers éclairages. Tout ce que j'écris est totalement auto-biographique. On peut lire à livre ouvert dans mes chansons. Même lorsque j'utilise des espèces de paraboles comme cette histoire de vampire. Y a peut être marqué « il » mais ça vient d'un truc très personnel.

Pierre : Est ce qu'un chanteur se doit d'être un vampire pour exister, avez vous déjà volé le sang d'histoires très personnelle pour les offrir au grand jour ?

Jacno : Quelque fois je le fais de façon déguisée. Comme un romancier. Nous pratiquons le même principe. Ce n'est pas tellement la question de chanteur mais plutôt celle d'auteur. Un auteur est obligatoirement un vampire. Par définition il faut que tout ça vienne de quelque part.

Pierre : Au point où votre entourage pourrait se méfier de vous ?

Jacno : Mais c'est le cas ! La chanson «L'homme de l'ombre» c'est ma compagne qui me l'a dit. Du coup je suis parti de cette phrase. Mais je suis un vampire sympathique. Enfin j'ose l'espérer. Je ne veux faire de tord à personne

Pierre : Sucer le sang pour donner du plaisir aux gens ?

Jacno : C'est ça le truc des vampires : c'est une attirance. Contrairement à ce que l'on peut penser dans les vrais histoires de vampires la victime est consentante. Attirée par Dracula par exemple. J'adore ces histoires, il y a une symbolique marrante, beaucoup moins trash que l'on pourrait croire.

Pierre : Vous avez donné de nombreuses ailes depuis vos début aux femmes qui vous accompagnent sur vos chansons, pourquoi ce besoin d'avoir un regard de muse à Pygmalion ?

Jacno : Je ne pense pas de cette manière. Par contre, j'adore les rencontres. C'est quelque chose de magique dans la musique. C'est un luxe de pouvoir rencontrer d'autres artistes. Des gens flashants. C'est génial, enregistrer avec quelqu'un c'est encore mieux que d'aller voir un concert. Je ne peux travailler qu'avec des gens que j'admire. Il faut que j'aime leur univers… et qu'ils aiment le mien (rire).

Pierre : «Les amants, les Clients » c'est une métaphore de l'artiste avec son public ?

Jacno : (Rire) Je n'y avais pas pensé. Il n'y pas malice par rapport à quelque chose de caché. C'est un petit film, dans le genre autobiographie c'est ce que je vois de mes fenêtres. Je vois des putes du côté rue Saint-Denis et boulevard Saint-Denis. Je vois tout le manège. Il y a un petit côté schizophrénique car les amoureux c'était moi dans ma bagnole

Pierre : Avez vous encore de l'amour à donner et à recevoir ?

Jacno : Oui j'espère.

Pierre : Etes vous d'accord pour dire qu'il est plus dur de recevoir que de donner ?

Jacno : Je ne suis pas d'accord avec toi, c'est le même courant. C'est une boucle. Je te parle de toutes les formes d'amour. Au sens traditionnel bien sur mais aussi l'amour de l'amitié. C'est quelque chose à entretenir sans faire d'effort. C'est un plaisir tout simplement de passer un coup de fil à quelqu'un que j'aime.

Pierre : Je me demandais pourquoi vous aviez utilisé ce thème de l'Égypte pour la pochette mais « Si je te Quitte » ou « Baiser Empoisonné » sont là pour justifier les hiéroglyphes ?

Jacno : C'est encore cette obsession du temps ! Ce truc abstrait que l'on ne peut maîtriser. Evidement le temps est lié aux sentiments.

Pierre : Vous avez déjà eu l'occasion de retourner dans votre passé en faisant des séances d'hypnoses par exemple ?

Jacno : Non mais ça serait marrant que j'essaye.

Pierre : Vous êtes peut être comme Paco Rabane un pharaon qui s'ignore ?

Jacno : Oui mais lui il barjotise pour pas cher (rire). Comme par hasard il était pharaon, il n'était pas une bourrique ou un criquet. Moi j'ai une sensation différente. Il faut relativiser. Surtout que l'on n'en sait rien. Tu n'as pas de photos pour prouver quoi que ce soit ! (rire) J'ai juste cette sensation de déjà vu, de connaître quelque chose ou quelqu'un. Et ça tout le monde l'a déjà ressenti.

Pierre : C'est aussi la beauté de la vie ne de pas savoir ce qu'il y a au bout ?

Jacno : Mais bien sur ! Quand des idées comme la prémonition rejoignent la science c'est très troublant. Savoir que le temps n'est pas identique sur l'univers c'est rentrer dans un truc de dingue. Je pense aussi à la vitesse sur le son.

Pierre : « Avec les Yeux » c'est le plaidoyer du silence. Bizarre pour un homme de scène ?

Jacno : Je ne suis pas un homme de scène. Je suis un martien. C'est exceptionnel que j'aille sur scène. J'aime l'écriture, le studio, la construction des chansons. C'est strictement musical. Les rarissimes fois où je monte sur scène je n'aime que le moment exclusif où je suis sur scène. Je déteste avant et après. C'est spécial.

Pierre : D'où le fait de maîtriser le temps pour que vous ne puissiez vous retrouver « Que » sur scène ?

Jacno : Absolument !

Pierre : Alors comme vous l'évoquez dans « Si Je Te Quitte », est ce que c'est mieux avant-pendant ou après la petite mort?

Jacno : J'aimerais bien savoir si quelqu'un à une réponse à cette fameuse question ! Franchement je te pose la question ouvertement sur le disque. Je ne sais pas ! La scène est dans le même registre pour moi.

Pierre : Votre attirance allemande avec la mention sur le disque pour une chanson : 'Enregistrée à Berlin' vient d'un complexe Lou Reedien ?

Jacno : Non, ça me faisait juste planer de raconter le son. Il y avait une atmosphère particulière que j'adorais surligner. Toutes les informations que l'on met sur un disque c'est intéressant, cela permet de s'immerger un peu plus dans la conception et voir pourquoi le résultat final sonne de cette manière.

Pierre : Regrettez vous le moment où nous avions les 33 tours avec des pochettes immenses, où Internet n'existait pas alors que dorénavant il n'y a plus de mystère et l'information est accessible par tous ?

Jacno : Tu rigoles, je ne regrette pas du tout. Surtout qu'il y a toujours du mystère. C'était une calamité l'analogique, les vinyles. Techniquement c'était chiant, toujours moins bien que ce que tu entendais dans le studio. Je n'ai aucun regret ou nostalgie pour cette époque. C'est vraiment cool le fait que l'on puisse se balancer des morceaux directement… Bon évidemment faut que les gens payent quand même (rire). Mais c'est un vrai plaisir cette époque.

Pierre : Est ce que la dispersion de vos droits vous empêchent de sortir un best-of ?

Jacno : Oui, je suis dans 12 maisons de disques différentes. Donc tu imagines pour les droits ! Mais justement vers Septembre on devrait ressortir mes albums et ça devrait être vraiment pas mal.

Pierre : Votre discographie est éparpillée dans plein de maisons de disque, dans quelle structure vous êtes vous senti le plus à l'aise artistiquement ?

Jacno : De toute manière c'est bidon, par exemple j'aimais bien dans la période 'Elie et Jacno' quand nous avions fait notre propre label mais de toute façon c'était maqué par une grosse boite de disque. Tout simplement car il faut des finances derrières. Donc c'était foireux et ça procurait plein d'emmerdes. Là avec les « Warnerien » je me sens bien. Ils sont efficaces.

Pierre : Vous avez écrit ou produit pour beaucoup d'artistes, quel est l'homme ou la femme qui correspond le mieux à votre musique ?

Jacno : Ho bhen y en a pas à part moi-même. L'intérêt de faire des chansons avec d'autres gens est plaisant car différent. Le proverbe dit « La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu'elle a », moi je viens évidement à ma façon en faisant ce que je sais faire. Je n'essaye pas de rentrer dans l'autre !

Pierre : Sincèrement vous n'avez jamais collaboré avec quelqu'un pour payer vos impôts ?

Jacno : Non jamais ! je le regrette d'ailleurs (rire). J'ai refusé des artistes car je trouvais que c'était de la merde.

Pierre : Vous êtes passé à côté de qui par exemple ?

Jacno : Je ne te le dirais pas (rire). Des artistes assez énormes. Mais je ne te dirais pas leur nom. Même si ce sont des gens à mon avis nazes je ne me permettrais jamais de les dégommer en disant 'l'autre idiote ou l'autre abruti', je préfère parler des gens que je trouve géniaux. Une de mes grandes fiertés récentes c'était d'avoir un titre sur l'album de Françoise Hardy. Elle c'est la Roll Royce !

Pierre : Pour terminer, comme je ne peux pas passer à côté, avez vous entendu le prochain album de votre ancienne comparse Elie Mederos ?

Jacno : J'en ai entendu des bouts. Et ça a l'air très bien. Je pense qu'elle a fait le bon choix de faire un disque électrique. C'est dans les chansons rock qu'elle est bien.






Un méga concert pour Jacno au Festival Days Off 2011.

Le Festival Days Off, qui se tiendra à Paris du 30 juin au 10 juillet 2011, démarrera sa programmation avec un grand concert intitulé "Jacno Future", en l'honneur du musicien du même nom, mort il y a deux ans. De grands artistes comme Etienne Daho, Christophe, Thomas Dutronc, Jacques Higelin ou Benjamin Biolay participeront à l'événement.

Il était le complice des stars, d'Etienne Daho à Elli Medeiros (avec qui il avait fondé le groupe punk Stinky Toys), en passant par Miossec, Jacques Higelin, Arthur H, Thomas Dutronc et pleins d'autres. Décédé en 2009 d'un cancer, le musicien et compositeur Jacno aura son hommage posthume avec le spectacle "Jacno Future" qui sera donné le jeudi 30 juin 2011 à la Cité de la Musique à Paris, en ouverture du Festival Days Off.

Pour cette grande soirée, des amis ou admirateurs de Jacno revisiteront son répertoire: celui des Stinky Toys, bien sûr, mais aussi ceux de sa carrière solo et de son duo Elli & Jacno. Ce concert fera suite à la parution quelques semaines plus tôt chez Polydor/universal de l'album "Jacno Future" (sortie attendue le 6 juin).

Etienne Daho, Jacques Higelin, Benjamin Biolay, Christophe, Dominique A, Miossec, Arthur H, Thomas Dutronc, Coming Soon, Brigitte Fontaine, Alex Beaupain & Fred Lo et Alexandre Chatelard (liste non définitive) participeront à ce méga concert. Un plateau de luxe pour un hommage sincère à un artiste peu connu du grand public mais qui a laissé une trace indélébile dans la mémoire des artistes.




 

Surlignage
In Memoriam Jacno
Inutile d’y aller par quatre chemins : la mort, c’est cruel, triste, inévitable et ça arrive toujours trop tôt. Que tu sois puissant ou misérable, inconnu ou célèbre, riche ou pauvre, noir ou blanc ; ça te tombe toujours dessus au mauvais moment. Et celle de Jacno, parti faire de la [...]
Article de Labosonic

inutile d’y aller par quatre chemins : la mort, c’est cruel, triste, inévitable et ça arrive toujours trop tôt. Que tu sois puissant ou misérable, inconnu ou célèbre, riche ou pauvre, noir ou blanc ; ça te tombe toujours dessus au mauvais moment. Et celle de Jacno, parti faire de la musique dans une autre galaxie à 52 ans, ne fait pas exception.
Mais voilà, le problème, c’est que pour un artiste, il y a pire que la mort : la postérité, ce truc à la con qui fait que les gens ont subitement une mémoire sélective et gardent comme souvenirs des détails annexes plutôt que l’essentiel. Prends Michael Jackson, par exemple : à peine refroidi, toute la planète s’est rappelée, la larme à l’œil et la lèvre frémissante, le zombie de Thriller alors que ça faisait bien quinze ans que Bambi était au fond du trou musicalement et créait le malaise parce qu’il avait fini, justement, par lui ressembler. En l’espace d’un instant, le monde entier pleurait l’éternel Peter Pan, oubliant qu’il avait aussi été une sorte de Capitaine Crochet.
Et, pour être honnête, la postérité de Jacno est déjà mal barrée alors qu’il vient juste de se faire la malle. Il semble plus facile, à l’heure actuelle, de faire un lien vers une vidéo de quarante-cinq secondes des aventures de Grosquick1 que d’expliquer et d’écrire noir sur blanc pourquoi Jacno n’était pas uniquement un grand artiste mais aussi un type capable de marquer ses contemporains et les générations futures.

Réduire Jacno aux quelques secondes de Rectangle qu’il a vendues au chocolat en poudre, c’est, toutes proportions gardées, comme limiter Proust à la phrase inaugurale d’À la recherche du temps perdu. En effet, derrière la ritournelle synthétique que tous les trentenaires connaissent, se cache un album exceptionnel simplement appelé Jacno. Et, mis dans cette perspective, Rectangle prend alors une saveur qui n’est pas que vaguement cacaotée. Derrière le tube2, il y a une vraie suite géométrique : Triangle, Losange, Cercle et un concept-album à base d’instrumentaux synthétiques. Oser faire un tel album en 1979, à l’époque où le paysage musical français est formaté par le Ring Parade de Guy Lux, c’est tout simplement donner un énorme coup de pied dans ce tas de poussières artistiques qu’est l’hexagone des années 70.
Mais si la carrière de Jacno ne se résume pas à un détail, il est tout aussi vain de se limiter à l’énumération d’une simple discographie qui commencerait avec les Stinky Toys, une des premières formations françaises capables d’intéresser une Angleterre en pleine effervescence punk, jusqu’à ce dernier album nommé Tant de temps. Non, Jacno fut un homme de rencontres.
Avec Elli, bien sûr, il formera un couple rock’n’roll, à la fois glamour et trash, dont la classe est encore aujourd’hui inégalée3. En prenant en charge les premières musiques des films d’Olivier Assayas, il permettra l’éclosion du talent d’un des meilleurs cinéastes français, incomparable dès qu’il s’agit de filmer le rock’n’roll4. Que dire de Lio, dont le personnage de Lolita pop ingénue et superficielle volera en éclats, sitôt qu’elle s’appropriera Amoureux solitaires5 ?
La liste, chargée de noms célèbres, pourrait se prolonger : un Eric Rohmer, qui a besoin de musique pour Les Nuits de la pleine lune, un Jacques Higelin, en plein délire fou chantant, littéralement Tombé du ciel, un Daniel Darc, Sous influence divine, un Paul Personne qui a Le Bourdon. Mais la rencontre la plus importante fut celle réalisée à Rennes, un soir d’hiver, quand la neige l’empêche de revenir d’un concert. Retenu pour la nuit avec Elli sur place, il passera la soirée chez l’organisateur de l’événement, un jeune homme, fan absolu du duo, et accessoirement désireux de se lancer dans la chanson. Il produira son premier album, Mythomane, et contribuera à faire d’Etienne Daho ce qu’il est aujourd’hui, l’un des plus grands talents de la pop française.

Pour moi, la musique de Jacno, c’est exactement la même chose qu’une photo de Pierre et Gilles ou un des premiers films de Pedro Almodovar : un petit fragment de la fin des années 70 et du début des années 80 qui revient immédiatement à la mémoire. Il y a, dans ces images et ces musiques acidulées, un regard moderne6 et l’affirmation de l’identité d’une jeunesse soucieuse de rompre avec une société peu encline à l’intégrer7 et désireuse de transgresser des règles d’un autre âge8. En un mot, un appel à la liberté tout sauf grandiloquent et une leçon à méditer pour chacun afin que nos vies aient l’air d’un film parfait.

Le punk rock ou comment s’en défaire, par Thierry The Civil Servant
Jacno rencontre Joe Strummer dans un resto en train de becqueter du homard, l’alpague en se foutant ouvertement de lui : « Alors Joe, ça va ? Toujours communiste ? »
L’anecdote a été racontée par qui déjà ? Peut-être par Pierre Mikaïloff9, qui le connaissait bien. Si c’est le cas, elle est vraie, forcément vraie. Quand bien même d’ailleurs, elle est drôle et dit tout de l’opposition de style entre deux approches radicalement divergentes de la geste punk et de son devenir. Quand l’un était anglais, ou se voulait profondément anglais, l’autre était international, américain et français, uruguayen et parisien ; new-yorkais.
Jacno est né en 1976. À 19 ans. Avec des amis de lycée. Bourgeois. Et punk. Modèle Dutronc meets Richard Hell. Burt Bacharach porté en décoration par les Seeds. Une certaine idée du style, du détachement et de l’arrogance, à mille lieues des luttes sociales que prônait alors un Paul Weller. Il est né avec les Stinky Toys, le premier groupe punk français, le seul à franchir le Channel. L’unique à avoir joué au mythique 100 Club, le lundi 20 septembre 1976 avec le Clash, les Pistols, Subway Sect et, tout petit sur l’affiche, Susie (sic) and the Banshees. Les autres groupes français devront eux se contenter de Mont-de-Marsan 1977 (l’édition de 76 était bien plus pub rock que punk rock). Il ne reste, hormis peut être des bootlegs (et encore que valent-ils, s’ils existent) aucune trace d’un moment dont l’aspect historique ne s’est révélé que plus tard (les punks français en 1976, combien de divisions ?). En revanche, les Toys jouent Plastic Faces sur un Rock d’Ici à l’Olympia qu’il faut posséder pour se faire une idée de la vitalité de la scène française deux ans plus tard. 1978. Pour Jacno, cependant, l’aventure est déjà terminée. L’un des tous premiers, il a saisi l’entrée dans les années 80. Entre temps les Toys ont sorti deux albums. Pas nécessairement indispensables.
Avec une voiture miniature dans la main, sur un fond aussi bleu que les affiches d’une droite giscardienne qui ne se sait pas encore à bout de souffle, Jacno pose, en quatre morceaux instrumentaux et géométriques, et un Anne cherchait l’amour confié à Elli, le manifeste de ce que doit devenir la pop des années 80 : la quête impossible de l’innocence originelle, une nostalgie froide d’amours imaginaires (après tout qu’importe), et des yeux tristes dans les cheveux, le soir10. Labosonic, au-dessus, explique en quoi l’homme fut un précurseur envers lequel plus d’une génération de musiciens français a une ardoise (de Daho à Tricatel). C’est vrai. Si la pop française peut relever la tête au tournant des années 70 et proposer enfin quelque chose qui renvoie à même distance les appointés hebdomadaires chez Maritie et Gilbert Carpentier et les Téléphone, Trust et autres clones qui maintiennent le rock français dans sa servitude à l’égard du monde anglo-saxon, c’est en grande partie parce que Jacno a décodé la clé des charts avec Rectangle11.
Pendant ce temps, Strummer, Jones, Simonon et Headon proposent la fin de l’histoire punk par un exil sur la rue principale du rock’n’roll ou le retour aux sources les plus séminales et luxuriantes du truc : il sortent London Calling. Deux approches décidément irréconciliables du punk rock et de la manière de s’en défaire.
Aujourd’hui Jacno a rejoint Strummer. En arrivant, lui a–t-il demandé en riant s’il était toujours communiste ? Vingt ans après la tombée du mur.


    1.    Crédit photographique : D.R., Wagram, Warner Music
    2.    Sans d’ailleurs vraiment se soucier de la question des droits d’auteur.
    3.    Tant qu’à faire, autant employer le vocabulaire des hit-parades de l’époque.
    4.    Aucune volonté chez moi de dénigrer Pete Doherty et Kate Moss, ou n’importe laquelle de ses petites amies top-models anorexiques, mais la classe n’a absolument rien à voir avec la vulgarité caractéristique aux supporters de football.
    5.    La séquence du concert de Tricky dans Clean ou celle de Maggie Cheung vêtue de cuir dans Irma Vep en sont la meilleure preuve.
    6.    Cette reprise du Lonely Lovers des Stinky Toys, réorchestrée par Jacno himself et époustouflante de modernité, est encore aujourd’hui l’une des plus belles chansons d’amour jamais composée en français.
    7.    Les amateurs de l’écriture au Bazooka plutôt qu’à la plume apprécieront l’allusion.
    8.    Ce qui se traduira par le boom du punk en Angleterre en réaction au Thatchérisme, la Movida espagnole suite à la mort de Franco et, en France, à la fin du mandat de Valéry Giscard D’Estaing.
    9.    Rappelons, histoire de débattre sur notre « identité nationale », que ce n’est que depuis 1982 que l’homosexualité a cessé d’être un délit en France.
    10.    Pierre Mikaïloff, ancien musicien du groupe Les Désaxés, est un écrivain ayant publié, outre une très récente et remarquable biographie de Bashung, plusieurs ouvrages autour du rock’n’roll, comme Cherchez le Garçon, chronique d’une époque et du groupe Taxi-Girl ou Some clichés, recueil de nouvelles autour de la musique rock.
    11.    Faciles emprunts, je le reconnais, à Amoureux solitaires et Anne cherchait l’amour.
    12.    Darc et Taxi-Girl lui répondront avec Cherchez le garçon un an plus tard.

http://interlignage.fr/2009/11/hommage-a-jacno/

 

 

 

Liens externes





19/07/2012
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres