Alain YVER

Alain YVER

JEAN-EDERN HALLIER

JEAN-EDERN HALLIER




* Jean-Edern Hallier est décédé à Deauville le 27 janvier 1997 - à 7 h du matin -, d'une chute de bicyclette, sans témoin - la première fois qu'il était seul depuis longtemps. Dans les minutes suivant son décès, sa chambre a été fouillée. Sa dépouille a été totalement maquillée à la morgue, rapatriée à Paris par un ambulancier solitaire qui va mettre sept heures pour faire 202 kilomètres… Entretemps, l’appartement du défunt a été  pillé.



Le site officiel
http://jean-edern.fr/

http://jean-edern.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=73&Itemid=77

Lacout et Lançon - L
mise à mort de Jean-Edern Hallier
http://kultura.over-blog.com/article-4871990.html

Quand Jean-Edern Hallier défendait Nabe
http://www.lexpress.fr/culture/quand-jean-edern-hallier-defendait-nabe_462234.html

Engagés pour le pire...
Jean-Edern Hallier, l'extrême droite et la guerre des Balkans
Par Didier Daeninckx
http://www.amnistia.net/news/articles/engagpir/engagpir_453.htm
    
vidéos
http://www.google.fr/search?q=jean+edern+hallier&hl=fr&safe=off&client=firefox-a&hs=a4B&rls=org.mozilla:fr:official&prmd=ivnso&source=univ&tbs=vid:1&tbo=u&ei=Pc4lTaTzGdKo8QOVp83dAg&sa=X&oi=video_result_group&ct=title&resnum=3&ved=0CDwQqwQwAg

http://www.google.fr/search?q=jean+edern+hallier&start=10&hl=fr&safe=off&client=firefox-a&sa=N&rls=org.mozilla:fr:official&prmd=ivnso&source=univ&tbs=vid:1&tbo=u&ei=rtAlTcHLNc2n8QOfyKi5Ag&oi=video_result_group&ct=title&resnum=1&ved=0CCAQqwQwADgK




Jean-Edern Hallier, né le 1er mars 1936 à Saint-Germain-en-Laye et mort le 12 janvier 1997 à Deauville, est un écrivain, polémiste et pamphlétaire français.


Biographie

Jean-Edern Hallier est le fils du général André Hallier, héros de la Première Guerre mondiale, puis attaché militaire en Hongrie, qui possédait un manoir familial à Edern dans le Finistère.

Écrivain pamphlétaire et habitué des coups d'éclats médiatiques, Jean-Edern Hallier s'est montré particulièrement féroce envers le pouvoir socialiste et François Mitterrand — dont il fut un temps proche — en menaçant de révéler l'existence de sa fille cachée, Mazarine, son passé, son cancer (dans son pamphlet L'Honneur perdu de François Mitterrand), etc. Cette hostilité aurait eu pour origine des promesses non tenues (présidence d'une chaîne de télévision ou ambassade (cfr. La Mise à mort de Jean-Edern Hallier, de Christian Lançon et Dominique Lacout).

Se situant à ses débuts dans la mouvance du nouveau roman, celui qui fut directeur de Tel Quel en 1960 s'en est très vite affranchi. À partir de Chagrin d'amour (1974), ses œuvres sont portées par un souffle épique, qui rappelle celui de son compatriote breton Chateaubriand. En 1973, ce révolutionnaire itinérant fut accusé d'avoir détourné de l'argent appartenant à l'opposition chilienne à Pinochet, ce dont il s'est toujours défendu.

Homme de média, Hallier a hébergé en 1977 l'une des premières radios pirates (libres) — « Radio verte », de tendance écologiste —, qui n'émettra que deux jours, mais fera beaucoup parler d'elle en tant qu'écho d'un phénomène nouveau. Dans la lignée des événements de Mai 68 (auxquels il avait pris part), il a également créé, l'année suivante (en décembre 1969), le journal satirique L'Idiot international — patronné à ses débuts par Simone de Beauvoir qui, par la suite, prendra ses distances avec le journal[1] —, ce qui vaudra plus tard à Hallier d'être accusé d'entretenir un réseau « rouge-brun ». Aux yeux de certains journalistes, le polémiste était d'autant plus suspect qu'il avait, depuis quelques années, entamé un dialogue avec Alain de Benoist, publiant notamment un de ses essais aux éditions Libres-Hallier (filiale d'Albin Michel) : Les Idées à l'endroit (1979)[2].

En 1982, l'écrivain est soupçonné d'avoir simulé un faux enlèvement et commandité un attentat dans l'immeuble de Régis Debray. Les sources de ces faits rapportés sont nombreuses : récemment l'auteur de sa biographie a confirmé le fait, ainsi que Gilles Ménage. En 1977, il aurait déjà commandité un mini-attentat chez Françoise Mallet-Joris, juré Goncourt, afin de protester contre les magouilles des prix littéraires : la seule conséquence en fut un feu de paillasson.

En juin 1991, National Hebdo affirme que Jean-Edern Hallier va rallier le Front national. Dans un entretien accordé au Monde, l'écrivain dément, mais ajoute : « Le Pen représente beaucoup de Français de la France profonde. Il faut réconcilier Doriot et Thorez. » Alain Sanders, journaliste au quotidien d'extrême droite Présent, entre d'ailleurs au comité de rédaction de L'Idiot international[3].

Durant les dernières années de sa vie, Jean-Edern Hallier s'est adonné à la peinture. Il est l'auteur de nombreux portraits. Il fut également animateur d'une émission littéraire où il se permettait tout, même jeter les livres à la poubelle, sur la chaîne Paris Première.

Plus que d'un véritable écrivain, certains anciens amis de cet homme très décrié gardent le souvenir d'une sorte de clown génial, « fantôme de Don Quichotte, venu réenchanter un monde de comptables et de retraités »[4]. Et qui, au-delà des frasques et des fulgurances, n'avait pas complétement perdu sa sensibilité[5].
Procès

Jean-Edern Hallier est condamné à cinquante mille francs d'amende et 80 000 F de dommages-intérêts à plusieurs associations antiracistes, pour « provocation à la haine raciale », par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, suite aux « qualificatifs outrageants ou abjects s'appliquant à désigner les juifs comme la lie de l'humanité » dans un éditorial de L'Idiot international publié pendant la guerre du Golfe[6].

En septembre de la même année, l'écrivain est condamné à payer 800 000 F de dommages-intérêts à Bernard Tapie pour publication, dans L'Idiot international, de propos « diffamatoires, injurieux, et attentatoires à sa vie privée ». De juillet à octobre 1989, Jean-Edern Hallier et son journal sont condamnés à verser 250 000 F à Jack Lang et à son épouse pour « diffamation et injures publiques », puis 100 000 F à Christian Bourgois pour « propos injurieux et atteinte à la vie privée », 300 000 F à Georges Kiejman pour « injures, diffamation et atteinte à la vie privée », et enfin 400 000 F à Bernard Tapie pour des « atteintes d'une gravité exceptionnelle que ni l'humour ni les principes régissant la liberté de la presse ne sauraient justifier », selon les termes du tribunal correctionnel de Paris[7].

En 2005, l'ancien directeur adjoint du cabinet de Mitterrand, Gilles Ménage, et le chef de la « cellule Elysée », Christian Prouteau, ont été condamnés à du sursis dans le dossier Hallier de l'affaire des écoutes de l'Élysée. L'ancien directeur de cabinet de Pierre Mauroy, Michel Delebarre, et l'ancien directeur de cabinet de Laurent Fabius, Louis Schweitzer ont également été condamnés par le tribunal correctionnel de Paris.[8] La justice a ensuite condamné en 2008 l'État français à indemniser le fils, la fille et le frère de Jean-Edern Hallier[9].

Décès

Le pamphlétaire meurt le matin du 12 janvier 1997, alors qu'il circule à vélo (bien qu'à moitié aveugle[10]), sans que personne ait été témoin de l'accident. Il devait déjeuner quelques heures plus tard avec le journaliste Karl Zero, qui fut d'ailleurs appelé pour l'identification du cadavre[11]. Peu de temps après la découverte du corps, il a été constaté que le coffre-fort de sa chambre d'hôtel — qui contenait des photocopies de documents concernant François Mitterrand et Roland Dumas — avait été vidé[10]. Son appartement parisien avait également fait l'objet d'une visite semblable[10].

L'hypothèse de son assassinat a été plusieurs fois avancée, notamment par son frère, Laurent Hallier (dans une entrevue accordée à Christian Lançon pour le magazine Généreux en novembre 1998), ou par le même Christian Lançon et Dominique Lacout dans La Mise à mort de Jean-Edern Hallier[12]. Cependant, les plaintes déposées contre X n'ont pas été jugées recevables.

Notes

   1. Å™ cf. « J'accuse », Le Monde, 5 mai 1971.
   2. Å™ En ouverture du livre, une « note de l'éditeur » précise : « Les Éditions Libres-Hallier ne soutiennent évidemment pas les idées de la Nouvelle Droite, dont l'un des hérauts, Alain de Benoist, s'exprime ici. Les Éditions Libres-Hallier sont d'abord libres. Un débat est ouvert. Il serait suicidaire pour la gauche — ancienne ou nouvelle — de ne pas l'affronter en connaissance de cause. C'est la raison de la publication de ce livre. » Au sujet des rapports entre Alain de Benoist et Jean-Edern Hallier, cf. « Sur Jean-Edern Hallier et l'« Idiot international » » [archive][pdf].
   3. Å™ « Selon National Hebdo, M. Jean-Edern Hallier « rallie » le FN », Le Monde, 29 juin 1991.
   4. Å™ Jean-Edern Hallier ou le narcissique parfait, François Bousquet
   5. Å™ Dans Misères du désir (Blanche, 2004), Alain Soral rapporte, sur « Jean-Edern », ce souvenir :

          « C'était, je crois, le charme d'un Jean-Edern Hallier de n'être pas parvenu totalement à céder à cette tentation du vendu ; d'où cette agitation, ce délire, comme si une partie de lui se révoltait contre l'autre.
          Je me souviens de cette soirée où très tard, très bourré, dans sa grande cuisine de la Place des Vosges, il m'avait saisi le bras en me fixant d'une voix tremblante :
          – Tu sais, Alain, au fond je suis un mec bien.
          Qu'un type riche et célèbre ait eu besoin, même saoul, de trouver un peu de respect dans le regard d'un inconnu de vingt-huit ans me troubla si profondément que depuis lors, malgré ses frasques, ses approximations et ses reniements, je n'ai plus pu le considérer autrement que comme un être humain. »

   6. Å™ « Auteur d'un éditorial contre la guerre « américano-sioniste » — M. Jean-Edern Hallier est condamné pour provocation à la haine raciale », Le Monde, 3 juillet 1991.
   7. Å™ « Poursuivi en diffamation par Bernard Tapie, Jean-Edern Hallier et « l'Idiot international » condamnés à 400 000 francs de dommages-intérêts », Le Monde, 7 juillet 1989 et « Jean-Edern Hallier condamné pour diffamation envers Me Georges Kiejman », Le Monde, 27 octobre 1989.
   8. Å™ Jugement du Tribunal correctionnel de Paris, 9 novembre 2005
   9. Å™ J.-B., « Écoutes de l'Élysée : l'État devra indemniser la famille Hallier » [archive], Le Figaro, 25 juillet 2008.
  10. Å™ a, b et c Bruno de Cessole, « Hallier, ce mensonge disait la vérité », Valeurs Actuelles, no 3660, 19 janvier 2007, p. 56-58.
  11. Å™ Documentaire "Jean-Edern, le fou Hallier" de Frédéric Biamonti.
  12. Å™ Presses de la Renaissance, Paris, 2006. (ISBN 978-2750902209)









JEAN-EDERN HALLIER

Poursuivi par les huissiers - il sursaute à chaque coup de sonnette - agressé dans son âme et dans son corps, Jean Edern Hallier n'est pourtant pas le loup de Vigny acculé au mur. Ses ennuis, essentiellement dus à d’énormes amendes infligées pour diffamation à son journal "L'Idiot International », semblent galvaniser cet homme rare dont le tort essentiel semble de faire coller ses actions à ses paroles. Même si certaines métaphores frisent le sacrilège, les pensées que J E Hallier livrent aujourd'hui sont empreintes d'un étonnant bon sens, et révèlent un personnage qui, au delà d'une énorme connaissance, a su rester simple et cohérent. Envers et contre tous. Quant à son verbe cru, il n'a jamais résonné aussi vrai.

Entretien réalisé place des Vosges à Paris, dans un appartement vide


Jean-Pierre Jumez : "Yves Montand rejoint ses vers": Cela, c'est le titre de l'Idiot lnternational au moment du décès du chanteur. Le moins qu'on puisse dire, c'est que vous, vous n'avez pas rejoint le choeur des Vierges. Pourquoi ?

Jean Edern Hallier : Une société qui met ses erreurs sur un piédestal, qui cultive le reniement, qui ne supporte pas qu'on maintienne ses vérités, voilà un signe évident du renversement des valeurs. Un maître à penser ne peut se tromper. Sinon, il n'est pas maître à penser, il est acteur, ce qu'était précisément Yves Montand. Comme tout le monde, il a suivi les médias ou plutôt les a légèrement précédés avec un extraordinaire opportunisme, sans rigueur morale. Il a flotté comme un chien crevé au fil de l'eau, suivant le courant. Moi, si je suis catholique, je reste catholique, envers et contre tous. J'essaie de le remonter, ce courant, pour tenter d'engendrer l'avenir de mon pays, de sa pensée, de son talent, de son intelligence, avec une croyance absolue en l'oeuvre d'art.

JPJ : Mais n'est il pas normal d'essayer de tirer le parti de ses erreurs ?

J.E.H. : Vous voulez dire qu'il faut avoir été trotskiste ou révolté pour devenir crédible ou écouté, qu'on trouve une légitimité dès lors qu'on a trahi les causes de son adolescence ? C'est peut être bien d'avoir été révolté, mais il faut le rester. Moi, je suis rebelle de la naissance à la mort. Hugo avait le sens du refus, et non celui de l'opportunisme. La révolte, on le voit c'est l'acné juvénile. La rébellion, celle que je vis, c'est l'état de fait d'analyse de la société, qui implique rigueur, courage, détermination, qui porte en soi toutes les valeurs profondes qu'on nous a inculquées: sacrifice, amitié, amour.

JPJ : Mais Montand justement, était sincère, lui au moins!

J.E.H. : Non...

Si Le Pen devient Président de la République, Bernard-Henri Lévy fera des pieds et des mains pour être reçu à l'Élysée

JPJ : Et l'intelligentsia, aujourd'hui ?

J.E.H : Uniformisée, scandaleusement lâche. Ils ont tous besoin d'un strapontin dans la presse qu'ils caressent dans le sens du poil. Vous verrez que si Chirac ou Giscard reprend le pouvoir, ils iront manger dans l'écuelle de l'Élysée. Vous verrez que si Le Pen devient Président de la République, Bernard-Henri Lévy fera des pieds et des mains pour être reçu à l'Élysée.

JPJ : Qu'est ce qui vous permet de dire cela ?

J.E.H. : Mais ouvrez les yeux. Il y a une disproportion totale entre la puissance des médias pourtant si peu suivis, on le voit avec les tirages désolants des quotidiens nationaux et le pays réel, même si la presse provinciale touche plus profondément le pays. Aussi parce qu'il y a un vertige narcissique à l'idée de passer à la télé, d'y faire des provocations bien calculées, quitte à suivre un cheminement abominable pour une fonction d'intellectuel.

JPJ : Vous êtes mal placé pour dire ça !

J.E.H. : Moi, je préfère jouer au clown plutôt que de me trahir. C'était le choix de quelques artistes du début de ce siècle: Dali, Picasso, André Breton...

JPJ : Et vos anciens amis, ceux de mai 68 ; quel regard portez vous sur eux ?

J.E.H. : Tous, que ce soit Kouchner, Chevènement, Rocard ou Brice Lalonde, pour citer les meilleurs, ont certes bien réussi (comparez leurs mines de poupons à mon faciès émacié), mais ils ont trahi leur adolescence.

JPJ : Et ce journal l'Idiot International que vous portez à bout de bras ?

J E.H. : J'ai envie d'engendrer une génération. Je suis à l'aise avec les jeunes qui m'entourent, dans cette équipe ou ailleurs, et qui ont du courage, comme les femmes, d'ailleurs, qui connaissent la souffrance, elles (et c'est pourquoi ma solitude est protégée par une atmosphère tendrement harémique). J'éprouve un frisson paternel lorsque je lis un beau texte. Lorsque je sens percer un talent, j'essaie de l'arroser sans le brûler. Mais l'Idiot, c'est aussi un acte de rébellion accéléré. Cela fait 30 ans que je prends des risques et qu'on le sait. Je reste debout ; les problèmes de l’Idiot sont graves. On saisit mes biens personnels, mon appartement place des Vosges est vide. Mais j'assume, tout comme du granit breton. Celui dont est fait mon château. Compte tenu de mes intransigeances, j'aurais dû mourir à 25 ans, tout comme Jim Morrison. Dieu sait comment j’ai pu survivre à tant de tempêtes. L'explication réside peut être dans une force physique hors du commun et une éducation rigoureuse. Et aussi, j’aime beaucoup la France. J'aime notre langue, notre civilisation, notre talent de vivre, dans tous les sens du terme. Et je me désole de la voir disparaître dans une infâme américanisation. La France devient une banlieue de l'Amérique.

JPJ : Ce phénomène n'est pas seulement français !

J. E. H. : Le japon, l'Islam et certains petits appendices. tels Cuba, résistent. J'aime le côté Astérix de Fidel Castro qui lutte depuis 30 ans, comme moi, contre les vilains Romains. Mais je suis consterné de voir l'inversion des valeurs qui se glisse dans notre pays, où les cancres sont au pouvoir, pendant que la vraie élite, celle qui n'est pas médiatisée, reste ignorée. Je parle de ces gens réels, ceux du Collège de France, ces chercheurs de l'institut Pasteur, ces ingénieurs aéronautiques, les vrais entrepreneurs tels Dassault, Rocher, Bolloré, ces grands cuisiniers, ces grands couturiers, ces secrétaires, ces facteurs. J'aime la France des facteurs. Il aura fallu un prix Nobel pour qu'on parle (et encore, pendant trois jours!) du prof. de Gennes, pourtant un homme admirable. Alors, avec l’Idiot, je suis un patron de presse qui reconquiert son pays de l'intérieur.

JPJ : En vous acharnant sur des sujets et des gens !

J.E.H. : Je fais le vrai travail du journaliste. Mes révélations sur Mitterrand et la Cagoule étaient vraies. Elles ont été reprises par le Crapouillot, d'ailleurs. On pourrait citer mille sujets. En réalité, ce qui hérisse, c'est le talent. "Dites ce que vous voulez sur le goulag mais surtout ne haussez pas le ton". Cela, c'était la recommandation faite à un ami qui était correspondant de presse sous Brejnev. Dès que l'on met de la chaleur, de la violence, bref, de l'humain dans un discours, il devient insupportable. Le réductionnisme journalistique rejoint le révisionnisme. Une chambre à gaz, ce n'est pas une constatation, c'est une émotion. L'info sans talent, ce n'est que de la farine sans levain.

JPJ : En somme, vous prônez une vraie hiérarchisation de l'information.

J.E.H. : L'objectivité, cela n'existe pas. C'est tendancieux de le dire. Moi, je ne suis pas toujours d'accord avec moi-même, ce qui est une preuve que je suis un vrai démocrate.

JPJ : Revenons sur votre enlèvement...

J.E.H. : Une vieille histoire classée : simple opération téléguidée de l'Elysée pour me disqualifier. 3 heures après mon enlèvement, l'Elysée téléphonait partout, sous-entendant que c'était une mystification de ma part. L'Elysée savait que mon brûlot était sur le point de sortir.

JPJ : Ce qui est étonnant, lorsqu'on vous écoute, c'est que vous êtes resté au fond un être extraordinairement simple ?


J. E. H. : Le bien contre le mal, le pauvre contre riche, la défense de la femme humiliée, de l'enfant qui meurt, je suis en effet un être clair, tout comme Hugo, Sue, Bernanos ou Dostoïevski. La pensée Jean Edern Hallier, c'est la pensée de tout le monde. Les assistantes sociales m'ont porté en triomphe, les infirmières m'ont revêtu d'une blouse blanche. Je suis aimé du peuple. Cela m'aide énormément. J’ai fait du cyclisme, autrefois*. Seul l'encouragement des foules me permettait de tenir jusqu'en haut de la côte. C'est ce que je ressens en ce moment, mais en plus du col à franchir, on ne cesse de crever mes boyaux, de voiler mes roues, de m'imposer vélos trop lourds. Je suis en phase avec les gens qui n'ont pas la parole. L'écrivain exprime plus de passion que le théologien ou le pédiatre. Une femme m'a dit l'autre jour: "Vous vous battez pour moi ».

"Je rêve de Napoléon plus que de Delors. D'une politique de conquête qui ferait plier l'Amérique tout en aidant le tiers monde."


JPJ : Vous parlez de la France, de ses régions et de l'Europe ?

J.E.H. : L'Europe, comme je viens de vous le dire, est complètement sous la coupe de l'Amérique. Je rêve de Napoléon plus que de Delors. Je rêve de politique de conquêtes qui ferait plier l’Amérique tout en aidant le tiers monde, ce qui est très possible. Je rêve d'une Europe des universités, de la connaissance, de l'intelligence, de la liberté. Mais les problèmes me paraissent énormes, car nous revenons aux structures des nations féodales. C'est l'Europe révolutionnaire des années 1830 et 1848 qui a donné l'Europe moderne. Cette Europe-là est morte, au profit de l'Europe des provinces, comme sous la féodalité. A l'époque, cela fonctionnait grâce à des rapports d'association avec les voisins. Le système fonctionnera au moment où l'on favorisera les provinces unies d'Europe, et non pas les états-unis d’Europe. C'est pour cela que je reviens en Bretagne. Je fuis cette entité dirigée par un technocrate de 70 ans (NDLR J. Delors) qui n'a jamais brillé que par la grisaille de son appareil, ou par les pires résultats que l'économie française ait jamais enregistrés.

JPJ : Vous parlez parfois comme le Front National ?

J.E.H. : Le F.N. est le ferrailleur de nos valeurs traditionnelles. Jean Marie Le Pen a acheté la statue de Jeanne d'Arc au rabais. Personne ne parle de la France. On a même inventé un terme pour dénigrer la France : "franchouillard". Sur le plan culturel pourtant, Le Pen fait un bon calcul, celui de la France française, la chambre bleu horizon du début du siècle. Il dispose d'une réserve d'Indiens. C'est le Sitting Bull ferrailleur. Vive les Sioux!

JPJ : Le Pen et Mitterrand semblent les deux monstres de la vie politique française !

J.E.H. : Oui, et je l'ai déjà dit : c'est le couple infernal. Ils s'estiment, d'ailleurs. Et ils ont tant besoin l'un de l'autre, c'est touchant ! Mitterrand use éternellement d'un machiavélisme simple. Il s'était allié à Tixier Vignancourt pour mettre de Gaulle en ballottage. Aujourd'hui, il se hisse sur le dos d'Harlem Désir et de Jean Marie Le Pen pour se maintenir.

JPJ : Vous parlez et agissez toujours avec passion, énergie, dynamisme ; que manque-t-il à la France pour amorcer ce même nouvel élan ?

J.E.H. : Mitterrand a posé une gerbe de roses (fût-ce de nuit) sur la tombe de Pétain. Ce n'est pas un hasard. On nous fourvoie avec un principe d'égalité complètement faux et truqué, une utopie digne des charcutiers enrichis. Il reste quelque chose de très profond, qu'on cache pudiquement, et qui pourtant va du moyen-âge au 17' siècle français : travail, famille, patrie. Je ne cherche pas à réhabiliter Pétain, mais celui qui a trouvé cette formule était un conseiller en marketing autrement plus fort que Séguéla. L'élan du futur se trouve dans le passé.

JPJ: Dans de Gaulle, par exemple ?


J.E.H. : Je ne l'ai rencontré qu'une seule fois, mais il m'envoyait une lettre pour chacun de mes livres, rédigée de son écriture de vieille dame, de Sacré-Coeur. Il a été le dernier homme du simulacre français. Il a transformé les enfants du baby-boom en enfants de menteurs : annoncer que l'on a gagné une guerre, alors qu'on l'a perdue, cela se paie. La France a connu des guerres pendant mille ans. Lorsqu'elle les a perdues, elle a admis ses défaites et s'est interrogée. "39-45" est la première guerre dont la défaite ait été niée. Il n'y a donc pas eu la remise en question nécessaire après tout échec. Naturellement, je ne veux pas remettre la France en question. Mais je voudrais lui communiquer une force de rébellion, d'identité, de retour à elle même. Cela ne passe pas par des partis ; cela passe par une sorte de retour à la responsabilité individuelle, à la dénonciation de la sous culture journalistique. Que dire à un épicier de quartier qui se désespère de l'état de son pays ? "Il est délicieux, votre pain d’épices ". A la secrétaire: "Vous rédigez de très belles lettres ".. Au garagiste : "Personne ne sait aussi bien rééquilibrer mes roues que vous". Il faut rendre l'amour du travail bien fait. Idem pour l'écrivain. Même si je vends mal, je n'ai pas fait de plagiat, je n'ai pas employé de nègres. J'ai la satisfaction du travail accompli. Aujourd'hui, on a relégué l'industrialisation au tiers monde. Le capitalisme est financier, non plus industriel. Avant, on humiliait le travailleur. Aujourd'hui, on l'expulse. Le meilleur employé est viré. Autrefois, c'était de Wendel qui créait des milliers d'emplois. Aujourd'hui, c'est Tapie qui licencie des milliers de personnes. Et il est, bien sûr, célébré par les médias... Il faut donc refaire une France des valeurs. Je sors d'une Bretagne qui a donné à la France Du Guesclin, Madame de Sévigné, Chateaubriand, Bolloré, Leclerc, Bernard Hinault. Si l'on m'oblige à changer de peuple, il ne me reste qu'à demander l'indépendance de la Bretagne.

JPJ : Jean Edern Hallier, au fond vous un très bon aiguillon ?

J.E.H. : Certes, mais je suis à la fois la guêpe et l'abeille.

 
* Jean-Edern Hallier est décédé à Deauville le 27 janvier 1997 - à 7 h du matin -, d'une chute de bicyclette, sans témoin - la première fois qu'il était seul depuis longtemps. Dans les minutes suivant son décès, sa chambre a été fouillée. Sa dépouille a été totalement maquillée à la morgue, rapatriée à Paris par un ambulancier solitaire qui va mettre sept heures pour faire 202 kilomètres… Entretemps, l’appartement du défunt a été  pillé.










Frédéric Biamonti : Jean-Edern, le fou Hallier.
Par Noël Blandin / La République des Lettres, dernière mise à jour le jeudi 23 avril 2009.


Jean-Edern Hallier fut-il un génie des lettres ou un expert en coups médiatiques ? "Le premier Jean-Edern Hallier, c'est un écrivain qui a une grande ambition littéraire, qui veut devenir Le Grand Ecrivain (titre de son deuxième livre) et il voue sa vie à la littérature", répond Bernard Pivot qui évoque les premières amours du célèbre polémiste invité à plusieurs reprises de son émission Apostrophes.
Issu d'une famille bourgeoise où l'on est militaire de père en fils, où les racines sont bretonnes et catholiques, Jean-Edern Hallier exclut toute carrière sous les drapeaux pour se tourner vers la littérature. En 1960, âgé de 24 ans, il fonde la revue Tel Quel avec quelques autres jeunes auteurs avant-gardistes de l'époque (Philippe Sollers, Renaud Matignon, Francis du Boisrouvray, Jacques Coudol et Jean-René Huguenin). Mais, outre ses romans et pamphlets sulfureux -- Chagrin d'amour (1974), L'Enlèvement (1983), Les Puissances du mal (1996) -- c'est sur la scène médiatique, notamment via son journal L'Idiot International, que ce provocateur professionnel fera le plus parler de lui en se mettant à dos un nombre impressionnant de personnalités politiques et littéraires. Dans le documentaire Jean-Edern, le fou Hallier, Frédéric Biamonti retrace le parcours médiatique de l'écrivain journaliste. De ses premiers coups d'éclats à sa relation avec François Mitterrand -- il est le premier à vouloir révéler l'existence de Mazarine Pingeot, la fille cachée du Président de la République -- en passant par la mise en scène de son enlèvement ou les provocs de son Jean-Edern's Club sur la chaîne Paris Première, il évoque la personnalité complexe de cet écrivain politiquement incorrect.









Jean-Edern Hallier, l’enfant de Don Quichotte

Dix ans que Jean-Edern Hallier a déraillé. Faux aveugle, faux persécuté, faux fou, directeur de journal agité, l’écrivain pamphlétaire étreignait beaucoup et embrassait énormément, dans tous les sens des termes.

Dans notre époque si peu épique, proche d’une certaine glaciation et d’un certain réchauffement, qui ne remue la queue que dans des forums, des blogs ou quelques émissions de gaz médiatique, une chose est sûre : Jean-Edern Hallier n’existe plus. Vous pouvez chercher, il n’est plus là. Sous les meubles, sous la moquette, sous les interdictions en tout genre et les recommandations multiples, il n’est plus là. Derrière les vigiles de la bonne morale et les censeurs de tout ce qui fait rire, les gardiens de temples détruits depuis belle lurette et les donneurs de leçons des importances hebdomadaires, il n’est plus là. Hallier n’existe plus. Du tout. Son vent a disparu. Ce vent breton, sans doute, mi-fêtard, mi-souleveur de jupes, annonciateurs de simulacres de tempêtes ou de réelles furies, ce vent imprévisible ne souffle plus, nulle part. Tout a, du coup, tiédi. Tout s’est réchauffé, donc, comme sorti du micro-onde, fumant, et mou.

Aujourd’hui on réédite, on décongèle. D’anciens romans, Fin de siècle ou L’évangile du fou, qu’on soulignait à l’époque, pour se les relire en bref, et de faux textes posthumes, ridicules et inutiles, comme ces Fax d’outre tombe qui n’enquiquineront que les asticots. Et encore. Cerise sur la barbaque : un certain Dominique Lacout a convaincu le frère d’Edern, Laurent Hallier, de commettre un livre enquête pathétique censé démontrer que le cycliste fou de Deauville était mort assassiné au volant de sa bicyclette. Assassiné par qui ? La DST ? Un proche de Mitterrand ? Mazarine ? Les fils cachés de Don Quichotte (encore eux !) ? Aujourd’hui, donc, sous prétexte de célébrer, on grille le bouffon royal pour le transformer en vulgaire saucisse de barbecue. Ce qu’il n’a jamais été.

Hallier, écrivain haut de gamme, intelligent, cultivé et drôle, pourvu en son sommet d’une tête de mule bien solide, qui s’agitait souvent pour démontrer le bien-fondé de ses accusations, ou à quel point son interlocuteur était plus con que lui. Animateur télé, il était capable de balancer les mauvais livres par-dessus son épaule, comme on jette les ordures dans la benne. Lesdits cons avaient poussé de grands cris (Sacrilège ! Sacrilège !) là où il n’aurait bien sûr fallu qu’applaudir, à deux mains, voire plus, à ce service rendu aux libraires, aux lecteurs et aux critiques, qui leur facilitait la tâche. Tant de sous-livres publiés, imprimés, pour finir de toute façon au pilon, autant les jeter directement, par-dessus son épaule, comme par-dessus bord, d’un geste qui signifiait ce qu’il voulait dire : on n’a pas le temps de s’ennuyer. Animateur télé, toujours, Hallier ne s’encombrait pas d’un public de moutons tondus de près et dressé aux applaudissements télécommandés, mais s’était fait installer un enclos avec de vrais animaux dedans, une mini-ménagerie sans rires en boîte, sans chichi, sans tralala. C’était sur la 6, et ça n’a pas duré très longtemps.

Il était comme cela Hallier, il ne durait pas très longtemps. Ni dans ses admirations, ni dans ses scandales, ni dans ses rancoeurs, il s’emportait, et puis retombait, pour s’emporter à nouveau. Il pouvait parler de tout, avec n’importe qui. A Brive-la-Gaillarde, souvent invité à la Foire du Livre, il créait l’animation dès la descente du « train du livre », bourré comme un wagon de la poste, et s’entretenait de carottes, de salades et de choux avec les premiers agriculteurs venus. Il connaissait les grands et les autres. Sa littérature sur le bout des doigts et son humanité au fond des yeux. Par commodité pour les jeux de mots faciles, beaucoup le traitèrent de « fou », Hallier. Il semblait l’être, par moments, quand il faisait le zozo, quand il élucubrait à l’envi sur les grotesqueries des uns, les mesquineries des autres. Il était de ceux qui ne s’en laissent pas compter, à qui on ne la fait pas. Il était souvent le digne fils de Don Quichotte (encore lui !), prêt à voir dans tout moulin à vent un chevalier à combattre ou une Bastille à prendre, un pouvoir à renverser ou une damoiselle à sauver. Il était de ces chevaliers qui poursuivent l’inaccessible étoile, pas de ceux qui plantent des tentes en attendant l’obole. Pour toutes ces qualités, on aimerait qu’il pédale encore.

Mais pour L’Idiot, surtout. L’Idiot international, son chef d’œuvre, son Sancho Pança. Un journal qu’il fonda en 1971, sous la houlette bienveillante de Sartre et de Beauvoir, qu’il interrompit ensuite avant de le relancer en 1989. L’Idiot, au début des années1990, alors que Nirvana noyait de cupidité nombre de nouveau-nés, et que Bush père déclarait la guerre à Saddam Hussein, L’Idiot était cet hebdomadaire délirant, enivrant et totalement indispensable qui combla de joie quelques milliers de lecteurs, au moins. Une liberté totale de ton, quasiment l’anarchie, totalement le foutoir, des essais de plume et des jeunes auteurs qui perceraient plus ou moins, comme Patrick Besson, Beigbedder, Nabe, Muray, Houellebecq, et d’autres qui enfonceraient quelques clous déjà plantés, ou rouillés, comme Déon, Dutourd, Sollers ou Matzneff, j’en passe mais j’en ai lu. Tout était autorisé dans ces pages, la dérision bien sûr, l’autodérision si jamais, la provocation, la mauvaise foi, l’insulte, la gourmandise, l’avarice, la luxure, l’envie. Tout paraissait, ou presque, mais quand ça ne paraissait pas, ce n’était pas le fait du Prince, comme dans la presse « classique », mais quelques obligations judiciaires rudes à contourner. Le journal déménagea plusieurs fois, poursuivi aussi bien par les huissiers que par les Renseignements généraux, par les syndicats que par la police. (Pas par ton petit-fils.) L’Idiot international était un journal approximatif, une sorte de blog avant l’heure. Mais pas un blog d’anonymes souhaitant devenir journalistes, non, un blog d’écrivains voulant devenir écrivains. C’est-à-dire secoueurs de cocotiers, pas enculeurs de mouche. L’Idiot, c’était une presse libre au service de l’écriture, ou une écriture libre au service de la presse.

Alors oui, c’est vrai, il y avait ribambelles d’articles qu’on qualifierait de « méchants » dans ce journal, des « rentrées dans le lard » inadmissibles pour beaucoup, dégueulasses et parfois peu raffinées, à la baïonnette ou au canon, ou les deux. C’était pourtant très drôle, féroce, et redoutablement efficace. A l’image du tenancier de ce grand bordel, Jean-Edern. C’était l’intérieur de son crâne ce journal, avec toutes ses batailles, ses luttes et ses circonvolutions compliquées absurdes inutiles ou lumineuses. Tout à la fois. Hallier restera le dernier patron de presse à avoir dirigé un journal à son image.

Dix ans après, c’est pas Marianne qui va nous faire jouir, c’est pas Les Inrockuptibles qui nous feront copuler, c’est pas Le Journal du dimanche qui va nous défriser ! L’Idiot international ne se préoccupait pas trop de l’actualité. Ce qui l’intéressait, ce qui le justifiait, c’étaient ses points de vue, louches, presbytes ou myopes parfois, d’autres fois clairvoyants, perspicaces ou visionnaires. Il ne racontait pas le monde, mais déroulait son histoire, sans jamais tracer de ligne très claire, sans leçon, sans morale, sans pétition, sans « conscience citoyenne ». Il permettait tout, se permettant tout lui-même. Il ne respectait rien plus que nécessaire. Une sorte de cauchemar absolu pour des types comme Gérard Miller, au hasard, ou Sylvain Bourmeau, au hasard, ou Bernard-Henri Lévy, au hasard.

Dix ans après son dernier coup de manivelle, donc, Jean-Edern Hallier n’est plus là. Il n’est plus nulle part. Et ce n’est pas l’exhumation de son œuvre datée qui y changera quoi que ce soit. L’époque n’est plus aux idiots, elle est aux crétins. Ca n’a rien à voir.









Le 12 janvier 1997,
en villégiature à Deauville à l'hôtel Normandy, Jean-Édern comme díhabitude se lève tôt. Bien quíà moitié aveugle, il enfourche sa bicyclette pour rallier le Cyrano, bar des jockeys. Toujours très entouré, cette escapade matinale, est líun des très rares moments de solitude du polémiste. En guise de petit-déjeuner, un viandox. Cíest sur le chemin du retour, peu avant 8 heures que se produit líaccident. Sans témoins. Cíest líemployé díun casino qui découvre son corps. Son visage face contre le bitume baigne dans une mare de sang. Des ecchymoses sur le dessus des mains laissent à penser quíil nía pas eu le réflexe de se protéger lorsquíil a chuté, sans doute déjà inconscient. « Malaise cardiaque » pour les uns, « embolie cérébrale » pour díautres, autant díhypothèses qui ne seront jamais confirmées. Faute díautopsie.
 
Une autopsie relève de líautorité judiciaire lors díun accident sur la voie publique. Elle est réclamée par le Parquet dans le cas díune mort brutale ou simplement suspecte. Níimporte quel quidam un tant soit peu connu a droit à son autopsie. Cíest le privilège de la notoriété, une façon pour les autorités de se prémunir contre les rumeurs qui accompagnent souvent le décès díune « personnalité ».
 
Hallier níy a donc pas droit. On prend quand même soin de lui pourtant.
 
Moins de deux heures après son décès, ses proches ont la surprise de constater que son visage a été embaumé à la morgue. Il est comme « plâtré ». Initiative prise sans autorisation de la famille, par on ne sait qui, avec pour seule explication le souci de le rendre « présentable ».
 
Au même moment, sa suite de líhôtel Normandy reçoit beaucoup de visiteurs. Un mystérieux policier qui exhibe une carte tricolore, díautres non identifiés mais bien renseignés. Dans la confusion des allées et venues qui suivent le décès, disparaissent du coffre de sa chambre une importante somme díargent (1 million de francs), un dessin de Picasso et plusieurs dossiers confidentiels concernant ses têtes de turcs préférées : Mitterrand, Dumas et quelques autres. Indélicatesse díun proche ? Barbouzerie ? Aucune enquête ne síattachera à líélucider. Toutes les plaintes déposées par sa garde rapprochée et notamment pour « assassinat » sont classées sans suite sous des prétextes divers.
 
Mais y a-t-il une affaire Hallier ? Pas pour la presse. Pourtant habituellement friande de « mort mystérieuse », elle traite cette disparition comme un non événement. Depuis des années sa religion est faite. Mythomane, maître chanteur, alcoolique, mégalo, escroc, le triste sire ne mérite guère que líon síattarde sur son cas.
 
Voilà le portrait que dresse Dominique Jamet : « Menteur, mythomane, escroc, plagiaire, comploteur, cynique, voyou. Hallier níavait pas líombre díune conviction. La bassesse conformiste de líépoque a seule fait de líéquipée de líIdiot international, pépinière de talents, une aventure, la routine de la télévision a donné du relief à son émission littéraire. Ci-gît Jean-Édern Hallier, connu surtout par sa notoriété. » Tontonphile notoire, Jamet sera remercié de sa fidélité par la présidence de la Très Grande Bibliothèque de France, mais cíest lui qui tient à souligner dans cette nécro la « bassesse conformiste » des années Mitterrand.
 
Hallier lui, pour le dixième anniversaire de sa disparition refait néanmoins surface dans plusieurs ouvrages.
 
Le plus captivant, La mise à mort de Jean-Édern Hallier [1], níest pas le plus chroniqué. Rien que de très normal. Ne commettant pas líerreur de síembarquer sur des hypothèses invérifiables, de vraies fausses pistes sur ce qui a pu se passer ou pas à Deauville ce 12 janvier, les auteurs Dominique Lacout et Christian Lançon se contentent, si líon peut dire, de nous faire revivre la longue traque dont Hallier fut líobjet sous deux septennats sans que personne níy trouve à redire.
 
Ils dressent en particulier líinventaire effarant des moyens de líÉtat et díailleurs, mobilisés pendant ces années pour réduire au silence un homme qui, quoique puissent être par ailleurs ses diverses tares, y avait ajouté celle de refuser de se taire ou tout simplement de se soumettre. Enjeu principal de ce duel, on le sait, la vie privée du chef de líÉtat, sa deuxième famille et bien au-delà son passé interdit : les relations avec Pétain, la Francisque, et encore son cancer que Jean-Édern Hallier avait tenté - sans succès - de mettre sur la place publique quelques semaines seulement après le 10 mai 1981, dans son bloc-notes du Matin de Paris.
Líhomme le plus écouté de France
 
Secrets de famille, secrets de jeunesse, secrets médicaux, que la raison díÉtat imposait à Mitterrand de préserver. Hallier allait, plus tard, aggraver son cas en síattaquant à quelques-uns des puissants barons de la mitterrandie. Avec ceux-là Dumas, Kiejman, Lang, Hernu, Tapie, Charasse, Hallier níavait jamais rien partagé. Mitterrand lui avait octroyé le privilège rare díêtre son avocat, et cíest le même Mitterrand qui líavait placé comme écrivain « au premier plan de sa génération ».
 
En vertu de quoi, Hallier sera líhomme le plus écouté de France. 640 écoutes téléphoniques illégales (prouvées !) pour la seule période du 4 septembre 1985 au 19 mars 1986 et réalisées par la fameuse cellule de líÉlysée dont la mission originelle consistait à lutter contre le terrorisme. Femmes de chambre, imprimeurs, relations, bistrots fréquentés par líécrivain, aucune ligne níéchappe ainsi à líindiscrétion des hommes du Président. Autant díinformations quíil síagit ensuite díexploiter. Cíest líensemble des moyens de líÉtat qui est ainsi mis à contribution pour le réduire au silence. Les banques sont invitées à lui couper les vivres, le fisc à lui réclamer subitement de régler ses impôts. Éditeurs, imprimeurs sont eux informés des « risques » encourus à le publier.
 
Soumis à pareil harcèlement, la vie quotidienne devient rapidement très difficile. Ainsi partant du constat que Hallier, personnage excentrique qui revendique « 2 litres de vodka et 30 à 40 paquets (sic) de cigarettes jour » est déjà à « demi-fou », la cellule entreprend de le rendre totalement fou et de le brouiller avec les rares amis qui lui restent fidèles au sein de « líestablishment ».
 
Un individu est ainsi recruté aux seules fins de síhabiller avec suffisamment díoriginalité pour être remarqué puis de se placer plusieurs fois par jour sur le trajet de Jean-Édern. De quoi alimenter la « parano » de la cible. Líécrivain Michel Guy est aussi approché et reçoit en confidences les propos odieux que son « ami Jean-Édern » est supposé colporter dans son dos. Il síen émeut, Édern est contraint de se justifierÖ
On va te buter ! On va te buter !
 
Patron de LíIdiot International, Hallier est à ce titre líhomme le plus poursuivi de France. Les poursuites sont parfois largement fondées. Mais le montant astronomique des condamnations dont écope le journal témoigne surtout du zèle díune justice à la botte qui a reçu mission de líétrangler financièrement. Son appartement est ainsi mis aux enchères au profit deÖ Bernard Tapie. Bien que le nouveau ministre de la Ville traîne une réputation sulfureuse, les archives auraient été bien nettoyées. Ce qui autorise Tapie à fanfaronner sur les plateaux télé en mettant au défi de prouver quíil ait fait líobjet díune condamnation. Ses condamnations sont multiples mais amnistiées. LíIdiot relève le défie et publie néanmoins son casier judicaire. Coût de líopération « vérité judicaire » : près de deux millions de francs díamendes pénales.
 
Tapie et Hallier ont déjà eu líoccasion de se croiser en 1989 lors des élections législatives à Marseille. Jean-Édern avait estimé que ce serait un bon coup de pub que de descendre sur la Canebière afin de porter contradiction à « líaffairiste ».
 
Et de lire le récit hallucinant des auteurs de cette équipe de tueurs liés à Francis Le Belge investissant calibre au poing sa chambre díhôtel en hurlant « on va te buter ! on va te buter ! ». Une scène à laquelle, affirment les auteurs, assisterait le candidat Tapie qui, sans approuver líintervention de ces gangsters, explique son impuissance à contrôler les hommes de mains qui « encadrent » sa campagne. Hallier porte plainte. Il alerte la presse. Líaffaire est classée et nía pas droit à une ligne dans la presse.
 
Ce níest pas le seul moment où líon croise la pègre. Un ex-lieutenant de Mesrine confie finalement quíil a reçu la mission très spéciale de síarranger pour que líon retrouve le patron de LíIdiot attaché à un arbre du bois de Boulogne, drogué et sodomisé, ce qui ne devrait pas étonner grand mondeÖ
 
Il y a encore líaffaire Bistoquet, un petit truand qui se fera pincer après avoir pris en otage le conseiller fiscal (placé sur écoutes par la cellule) de Jean-Édern. En dépit de son peu díenvergure (et de moyens), le voyou saura síattacher pour sa défense, les services díun des avocats les plus chers de Paris qui ñmais cíest bien entendu un hasardñ se trouve aussi être le conseil de líun des responsables de la cellule.
 
Soumis à un tel harcèlement Hallier plie parfois mais en définitive ne rompt pas. Cíest ainsi quíil négocie sa reddition auprès du Président en acceptant de livrer son fameux manuscrit : Líhonneur perdu de François Mitterrand. Ceci en échange de líabandon de 300 000 francs de dettes fiscales. Cíest Roland Dumas lui-même qui, dans ses mémoires, relate la scène díun François Mitterrand prenant possession du livre scandale et qui se plonge aussitôt, stylo à la main dans une lecture concentrée.
 
Toujours est-il que Hallier a alors bien négocié avec le pouvoir. Mais « le marché » ne tient en réalité que quelques heures. « On peut payer Jean-Édern mais on ne líachète pas » assurent les auteurs pour démentir les accusations récurrentes de chantage portées contre Hallier.
 
Et de rapporter comment líÉlysée, quelques heures après avoir récupéré le brûlot, décide díexpédier une équipe télé au domicile díÉdern pour officialiser médiatiquement sa reddition. Ce dernier considère quíune dépêche AFP cíest déjà beaucoup. Alors oui, bien volontiers il confirme. À sa façon. Tandis que la caméra tourne, il ouvre la fenêtre de son appartement de la place des Vosges et commence à rameuter les badauds en déclamant les passages les plus diffamatoires díun livre dont il a naturellement conservé de nombreuses copies.
 
Tout le monde ne rit pas.
 
 
Les « puissances du mal »
 
Ce níest quíen février 1996 que sera publié Líhonneur perdu de François Mitterrand, manuscrit refusé durant 13 ans par toutes les maisons díéditions. François Mitterrand est mort le 8 janvier précédentÖ Les volontaires pour la curée retrouvent le chemin du courage. Avec 400 000 exemplaires vendus Hallier récupère de líoxygène, de la notoriété, et même de la notabilité. Il retrouve le chemin des plateaux de télévision. Son « Jean Edernís club » sur le câble est à la fois objet de scandales mais aussi un succès díaudimat. Hallier y balance les livres qui ne lui plaisent pas, en arrache les pages. Mais il y reçoit aussi Giscard díEstaing quíil a pourtant contribué à faire battre en 1981 avec sa fameuse « lettre au colin froid ».
 
Redevenu fréquentable, Mitterrand mort, Hallier a t-il cessé díinquiéter ? Non à en croire un personnage aussi influent quíAndré Rousselet qui líappelle pour le mettre sérieusement en garde:
http://www.bakchich.info/article732.html
 
Hallier síest en effet trouvé une nouvelle croisade. Contre « Les puissances du mal », titre de son nouveau pamphlet (100 000 exemplaires) publié à líautomne 96. Une charge féroce contre ceux quíil nomme les « tontons flingueurs » et qui vise particulièrement Roland Dumas dont il entreprend de revisiter le passé sous líoccupation. Autre cible, un très vieil ami de Dumas et de Mitterrand, le « banquier mystère » Jean-Pierre François. Souvent présenté ñsans preuvesñ comme le banquier occulte de Mitterrand, J.P François níest pas un rigolo et certains « maîtres chanteurs » ont déjà payé le prix fort pour le savoir. Dans le collimateur également « Michou-les-belles-bretelles-et-les-gros cigares » soit Michel Charasse, un autre dur à cuire. À son propos les auteurs assurent que Hallier avait décidé de « se le garder pour plus tard, pour la bonne bouche ».
 
Autant de « cibles » idéalement placées pour apprécier la puissance de feu du pamphlétaire comme sa capacité à résister aux pressions ordinaires.
 
Depuis 1995 cíest Jacques Chirac qui est à líÉlysée.
 
Cherchant à se couvrir, Hallier le courtise honteusement. De Chirac, Édern assure ainsi que « cíest un honnête homme [qui] a admirablement géré la ville de Paris » . Quant à Bernadette il síadresse désormais à elle en líappellant « ma chère cousine » ce quíapprécie très modérément líintéressée.
 
Hallier fréquente beaucoup Bernard Pons comme Jean-Louis Debré. Ce dernier est alors ministre de líIntérieur. Cíest Debré qui à líautomne 96 prend la décision de placer Hallier sous protection policière. Sur quelle base ? Pour lui faire plaisir ? Seul le futur Président du Conseil Constitutionnel pourrait le dire.
 
Unique certitude, cette protection (trois fonctionnaires qui líaccompagnent dans tous ses déplacements) est levée fin novembre de la même année.
 
Hallier avait toutefois rendez-vous avec Jean-Louis Debré le 23 janvier pour en demander le renouvellement.
 
C’ est dans ce contexte  hors du commun  celui d’un homme qui fut incontestablement l’objet de persécutions durant plus d’une décennie, que le Parquet n’a pas jugé nécessaire d’ordonner une autopsie.
 
[1] La mise à mort de Jean-Édern Hallier par Dominique Lacout et Christian Lançon. Presse de la renaissance. 21 euros
http://www4.fnac.com/Shelf/article.aspx?PRID=1864302
http://www.amazon.fr/mise-%C3%A0-m [...] 2750902207
 
Les auteurs sont passés chez Ruquier le 18 novembre 2006:
http://forums.france2.fr/france2/O [...] 7756_1.htm
Chez Bern: http://www.radiofrance.fr/francein [...] p?id=49288










Jean-Edern Hallier: le boxeur blessé
mai 6, 2010 by Nicolas


Il en était un qui passait pour fou, dangereux, incontrôlable. Il en était un qui, par ses coups d’éclats permanents (Mitterrand aurait appelé ça le coup d’Etat permanent) a fait trembler la République. Pourtant archétype du type imbuvable, vantard, diffamateur notoire, il a su imposer un ton, « une griffe », un style inimitable dans le paysage des lettres de l’époque.

 On se souvient aussi de son émission le Jean-Edern club, qu’on aurait pu aisément rebaptiser « le Jean-Edern show », tant la mise en scène y était recherchée.

C’est que, devant l’ennui et les bâillements irrépressibles que déclenchent certaines émissions culturelles et politiques, souvent convenues, où l’on invite des lycéens au premier rang du public pour faire joli dans le décor, on regretterait presque les lancers de bouquins (sport olympique s’il en est), les pugilats, et autres démonstrations furieuses mais non moins éloquentes du triste sire…
Lorsqu’il jetait avec force conviction « les dernières vacuités », comme d’un bras d’honneur lancé à tous les imposteurs, il rendait, quoiqu’en dise ses détracteurs, un fier service à la littérature…
 
Mais à trop faire son show le vieux boxeur a perdu ses réflexes. Mohamed Ali défraîchi, il s’en est allé faire le guignol là ou l’on voulait encore de lui.
Persona non grata dans le milieu des lettres, traitre impénitent dans le milieu politique de l’époque, mais qui aimait Jean-Edern Hallier ?
Voilà donc un auteur recouvert d’oubli, un de plus !
Nous n’entendons plus parler de lui. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tout fait pour … Fomenter son propre enlèvement, commettre un mini attentat contre l’académie Goncourt pour dénoncer les magouilles des prix littéraires ( en fin de compte la seule victime sera le paillasson d’un des jurés ), ou encore commenter sa propre mort en direct du Panthéon: «Pour en finir enfin avec Jean-Edern Hallier, foutons-le dans l’endroit le plus sinistre de France : le Panthéon… », Jean-Edern Hallier n’aura pas ménagé ses efforts.
Mais ce « blacklistage» tiens sans doute à d’autres raisons que celles liées à son talent, car s’il est une mémoire où il ait subsisté, c’est celle de ses lecteurs.
Fin de siècle, Le premier qui dort réveille l’autre , Chaque matin qui se lève est une leçon de courage…Et bien sûr l’Evangile du fou, l’incroyable saga coloniale de Charles de Foucault, portée par un souffle épique placé sous la protection d’un autre breton qu’Hallier admirait beaucoup : François-René de Chateaubriand.
 
 97822261766913
Dans les décombres de sa bibliothèque incendiée, la matrice de son livre, on croise ceux que Jean-Edern nomme ses « Immortels ». Ceux qui vont l’aider à achever le récit de sa mère morte et l’histoire défunte de nos familles. « Ma bibliothèque brûlée aura été la matrice de mon livre, la caverne de Platon où les esclaves enchaînés depuis l’enfance par les jambes et le cou contemplent les ombres. »
 
Parmi ceux-là : Mystère Magoo,  Rabbin des bois, Laurence d’Arabie, le conte des Fées… tous membres de l’armée des rêves dont enfant il se faisait le chef d’état-major. Ou encore le Petit Prince de Saint-Ex, l’ami de sa mère, détesté par le fils, qui se serait inspiré des récits du petit Jean-Edern alors qu’il jouait sur son tas de sable en Tunisie pour créer son personnage à la chevelure dorée.
 
« Alors en un jamboree nocturne de la mémoire s’élevèrent les voix de Don Quichotte cabrant sa rossinante, du Petit Prince, du dernier des Mohicant, tirant sa flèche se plaquant en clé de sol sur les lignes téléphoniques, d’Hec Cetera, de tous mes immortels rassemblés sous la nuit tunisienne, et celle des secrets indicibles qui se dissipent à l’aube et s’évanouissent dans le bruit des vaguelettes sur le sable blanc de la plage. »
 
Son Immortel parmi les immortels, c’est le père Charles de Foucault. Cet ancien lieutenant de cavalerie parti s’exiler dans le désert avec Dieu et avec les touaregs après une vie de débauche. Celui que le cardinal Yves Congar considérait, avec sainte Thérèse de Lisieux, comme « l’un des deux phares qui ont illuminé le XXe siècle » (Béatifié en 2005 par Benoît XVI après près d’un siècle d’opposition de l’Eglise en raison de sa prétendue homosexualité).
 
Derrière cette obsession pour « la sainteté, la vraie », comme dirait Bernanos, qui s’incarne parfaitement en Charles de Foucault, il y a cette injonction de sa mère : « arrête de faire ton Foucault », autrement dit, arrête de faire ton intéressant.
La suite est tout droit sortie de l’imagination pléthorique de l’auteur.
                                                                                                                                    
 26capju2mvcajulfkucagzfzztcaap3pbjca7xid2ccaht0n8fcaswt1jbca5hh1kzca1h93d0cac7qfa2ca3ii4v2caba1rfyca94fbitcajfm5l5cabjqti0ca72d9wxcalnapdbcaztgbew7  « C’est un journal en avance sur la presse de demain et en retard sur la presse d’aujourd’hui, une espèce de drapeau, mon oiseau de liberté aux plumes les plus talentueuses ».
 
 
Mais son chef d’œuvre, sa créature, son Sancho Panza, c’est bien sûr l’Idiot international.
Ce journal créé en 1971 avec une bande de fous à lier eux aussi, que Simone de Beauvoir n’hésita pas à soutenir.
Début des années 90, en pleine guerre du Golfe, l’hebdomadaire est à son acmé.
Patrick Besson, Philippe Sollers, Jacques Laurent, Michel Déon, Marc-Edouard Nabe, Frédéric Taddeï ou encore Gabriel Matzneff, pour ne citer qu’eux, y apportent leur contribution.
 
Ce qui caractérise l’Idiot c’est une liberté de ton incroyable, jamais dans la demi-mesure : toujours dans l’excès.
Jean-Edern se sert alors de son journal comme d’un bouclier pour mener toutes ses campagnes, comme devant l’ambassade d’Iran où il distribue dans l’Idiot une version des Versets Sataniques de Salman Rushdie (qu’aucun éditeur ne veut prendre le risque de publier) :
 « J’ai eu recours à ma vieille technique, celle qui est toujours revenue lorsque j’étais en difficulté : L’Idiot International. C’est mon journal à l’ancienne, et moderne à la fois. Un journal du XIXème et du XXème siècle en même temps. »
La ligne éditoriale se veut volontiers provocatrice, ce qui en a fait un journal très attaqué. Car l’idiot c’était la démesure, la folie ; pour Jean-Edern Hallier, ce qu’il perdait de crédit à l’oral se matérialisait soudain avec une justesse inouïe sur le papier.
Combien de condamnations, -et souvent à juste titre-, le journal n’a-t-il pas essuyé ?
Ce qui fut moins justifié, c’est la violence des contre-attaques, la sévérité des sanctions financières pour diffamation qui lui ont été administrées, qui marquent une réelle volonté d’étrangler le journal, et Hallier par la même occasion.
Lui aussi a connu les affres de la censures (qu’est ce que ça aurait été aujourd’hui !), 80 000 francs de dommages et intérêts pour avoir désigné les juifs de lie de l’humanité dans une chronique de l’Idiot publiée pendant la guerre du Golfe, 800 000 francs pour Tapie, pour propos diffamatoires, injurieux et attentoires à la vie privées, 250 000 francs pour Jack Lang, toujours diffamation et injures publiques, + 100 000 à Christian Bourgeois ; l’éditeur de Salman Rushdie, j’en passe…
Pas vraiment un modèle de viabilité ce journal. Mais qu’importe, J-E-H mènera son raffiot contre vents et marée. En bon capitaine de navire, il restera sur le pont jusqu’à ce que même les rats coulent avec lui…
D’autant que l’Elysée s’en mêle ; on le piège, on cultive sa parano ; un homme est même engagé  à seules fins de le suivre et alimenter sa psychose. Quand on veut noyer son chien, ne dit-on pas qu’il a la rage ?…
 
C’est au moment de ses révélations sur Mitterrand (qui se voulaient fracassantes), que l’écrivain commence à devenir encore plus « gênant ». Un indésirable, pis même ! un parasite. Ce qui lui vaut de multiples écoutes téléphoniques à la demande express de Tonton. Sur 5184 écoutes de l’Elysées l’année où le bruit court qu’il va sortir un pamphlet, véritable punching ball contre Mitterrand, 800 lui sont destinées, « 800 fois le Watergate ! ».
Ce différend avec Mitterrand aurait pour départ une promesse non tenue, une sombre histoire d’ambassade ou de bibliothèque…
L’honneur perdu de François Mitterrand est le pamphlet le plus célèbre qui ait existé avant même d’avoir été publié, comme disait son auteur. « Il m’a valu les mille écoutes de l’Elysée, les boulons de ma moto dévissés, les petits cercueils sur mon palier, les imprimeries brûlées, les intimidations physiques et téléphoniques, les contrôles fiscaux les plus odieux, sur moi et mon entourage, et les condamnations pénales qui m’ont coûté ma fortune personnelle et, qui sait ?, plusieurs contrats sur ma tête… »  
La publication de son brûlot, retardée jusqu’à la mort du président, avait eu le temps de cicruler entre les mains du tout Paris. Son cancer, sa fille cachée Mazarine, sa prétendue collaboration, l’attentat de l’Observatoire… Edern Hallier avait cette fois dépassé la ligne blanche avec laquelle il flirtait depuis tant d’années sans jamais oser la franchir.
 
Une certitude cependant : on voulait sa peau. De là à soutenir la thèse du complot… la frontière est mince ! Car aujourd’hui les circonstances de sa mort restent troubles. Dans un mauvais polar, on parlerait même d’une « mort louche ». Le matin du 12 janvier 1997, à Deauville, Jean-Edern Hallier prend son vélo, bien qu’à moitié aveugle, pour se rendre au Cyrano, où il a ses habitudes.
Il sera retrouvé mort quelques heures plus tard, gisant sur le sol, son visage baignant dans une marre de sang. Aucun témoin n’a assisté à la scène.
On ne se doutait pas que se balader dans Deauville à vélo comportait autant de danger ! et malgré la thèse officielle de la mort par arrêt cardiaque, beaucoup d’éléments viennent contredire cette version.
Dans son hôtel, des dossiers qui concernent François Mitterrand et Rolland Dumas se sont mystérieusement volatilisés, ainsi qu’une importante somme d’argent, et une visite du même ordre a eu lieu dans son appartement parisien (lire La mise à mort de Jean Edern-Hallier).
Autre fait troublant, et alors que la procédure normale aurait voulu qu’on réalise une autopsie du corps, Jean-Edern n’y a pas eu droit. Au funérarium son visage fut recouvert d’un baume, par décence, sans que sa famille ne soit prévenue ni que l’on sache de qui venait l’initiative. L’affaire est classée sans suite, malgré les plaintes déposées contre X par sa famille. Son frère, Laurent Hallier, qui a toujours cru que l’écrivain avait été suicidé, n’aura eu de cesse de crier au complot.
 
Fax d’outre-tombe
 
Pas bien fixé entre le rêve et la réalité, Jean-Edern Hallier a toujours vécu un peu dans les deux. C’est en oxymorisant sa vie qu’il est devenu cet être de contes et légendes, fantôme de Don Quichotte. Sûr qu’il nous manque un type comme lui pour remuer le bocal aujourd’hui.
Mais cet homme vient d’un passé révolu, d’une époque où l’on pouvait encore tout se dire, ou l’on résistait, bien qu’avec ses dommages collatéraux.
Nous considérons cela d’un œil éteint, désenchanté, en nous disant: voilà ce que nous avons perdu…
Jean-Edern, un auteur de fin de siècle ? Pas totalement. Son œuvre garde tout son mordant aujourd’hui.
Pour les profanes, je conseille l’Evangile du fou, Le premier qui dort réveille l’autre, Chagrin d’amour ou encore Fin de siècle…
 








Jean-Edern Hallier ( 1936-1997)
28.08.2008 - 15:00


Fin de siècle © éd. Albin Michel
par Anne de Giafferri Réalisation: Anne Sécheret Menteur, mythomane, mégalomane, escroc, plagiaire, comploteur, cynique, voyou, redoutable polémiste, provocateur de grand talent, Jean-Edern Hallier est surtout connu pour sa notoriété, mais laquelle ? Celle d'un écrivain, d'un journaliste, d'un « haut-parleur » ou d'un « fou Hallier » ? En 1960, il crée la revue Tel quel avec Philippe Sollers, Renaud Matignon, et Jean-René Huguenin. Il en sort trois ans plus tard et publie Les aventures d'une jeune fille (Le Seuil, 1963) dans la mouvance du nouveau roman puis Le Grand écrivain (Le Seuil, 1967) que la critique assassine reconnaissant déjà en lui un trublion, un écrivain au souffle épique. Mai 68, l'entraîne dans ses courants, où il distribue La Cause du peuple au volant de sa Ferrari, où il se rapproche des milieux gauchistes. En 1969, il fonde le journal satirique L'Idiot international, patronné à ses débuts par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, qui paraît jusqu'en 1972. Suivent alors des années sulfureuses où il voyage en Amérique du Sud et est accusé, à son retour, d'avoir détourné l'argent de la résistance chilienne... Fin soixante-dix, il part en campagne contre le président Valéry Giscard d'Estaing et écrit sa Lettre ouverte au colin froid (Albin Michel, 1979). Il se rapproche de François Mitterrand et appelle à voter pour lui mais en 1981, c'est la grande déception : aucun poste, en gratitude, ne lui est attribué. Il se montre alors particulièrement féroce contre le pouvoir socialiste et François Mitterrand, dont il menace de révéler l'existence de la fille naturelle, Mazarine, son passé et son cancer. Il remonte son journal L'Idiot international pour un seul numéro en 1984 puis un hebdomadaire en 1989. Fer de lance de l' "anti-mitterrandie", L'Idiot International - féroce et redoutable, ignoble et inadmissible - dénonce et fait l'objet de nombreux procès (Dumas, Lang, Savigneau, Kiejman, Tapie...). Entre 1985 et 1986, Jean-Edern Hallier est mis sur écoute mais, malgré le harcèlement, continue la guerre contre le pouvoir et menace toujours de publier son manuscrit L'honneur perdu de François Mitterrand. En 1994, L'Idiot international disparaît définitivement, écrasé sous le poids des condamnations de justice et Jean-Edern Hallier revient sur la place publique avec deux émissions de télévision « A l'ouest d'Edern » sur M6 et le « Jean-Edern's club » sur Paris Première. En 1996, à la mort de François Mitterrand et un an avant la sienne, il publie enfin son pamphlet : L'honneur perdu de François Mitterrand (1996, Rocher/Belles Lettres). Il décède le matin du 12 janvier 1997, à bicyclette, sur la côte normande. Avec la voix de Jean-Edern Hallier, Archives INA








Doc - Jean-Edern, le fou Hallier
Magali Vogel 21/04/09 à 22h00
Jean-Edern Hallier a fait de sa vie un spectacle, se mettant à dos plusieurs personnalités politiques et littéraires.

Génie de la provoc, poète à ses premières heures, Jean-Edern Hallier a su faire parler de lui. Ecrivain pamphlétaire, il a été le fondateur, a seulement 24 ans, de la revue Tel quel. France 5 propose ce soir un documentaire sur l’œuvre du grand maître, décédé le 12 janvier 1997, Jean-Edern, le fou Hallier. Ses pairs dressent son portrait.
L’amoureux des Lettres

Dans la famille Hallier, on était militaire de père en fils. Jean-Edern, fils du général André Hallier, n’a pas fait partie du grand dessein familial, handicapé par la perte d’un œil. Jean-Edern vivait hors du temps. Dès sa plus tendre enfance il était persuadé d’être spécial. Il avait même déclaré à sa mère : « Maman, quand je serai grand, je serai écrivain. »

Très jeune, Jean-Edern Hallier réalise son rêve. En 1960, à 24 ans, il lance la revue Tel quel. Il essuie son premier scandale. A travers ce journal jeune et décalé pour l’époque, il a voulu prendre le pouvoir littéraire. Plus tard, il fut l’auteur de plusieurs ouvrages sulfureux, comme Chagrin d’amour en 1974, L’Enlèvement en 1983 ou encore Les Puissances du mal en 1996, qui provoquèrent dès leur sortie un tollé dans la communauté des gens de Lettres. Chacune de ses prestations dans l’émission de Bernard Pivot Apostrophes tournait au règlement de comptes.
L’homme politique

Si Jean-Edern Hallier pouvait être perçu comme un personnage fantasque, d’autres le voyaient comme un homme dangereux. Proche de François Mitterrand avant son premier mandat, l’écrivain a vite été l’un de ses ennemis les plus féroces. Mythomane et farfelu, Jean-Edern était prêt à tout pour qu’on parle de lui, jusqu’à simuler son propre enlèvement. Ayant apporté son soutien à François Mitterrand, il fut fort déçu lorsque celui-ci lui tourna le dos en ne lui accordant aucune responsabilité médiatique ou politique. Jean-Edern s’en est donc pris violemment à François Mitterrand en révélant l’existence de Mazarine. Obsédé par sa présence dans les médias, Jean-Edern Hallier a fait de sa vie un spectacle.








Ecoutes de l'Elysée :
l'Etat condamné à indemniser la famille Hallier


L'Etat a été condamné à indemniser les deux enfants et le frère de l'écrivain Jean-Edern Hallier pour le préjudice subi par leur père dans l'affaire des écoutes illégales de l'Elysée, selon un jugement administratif révélé par Le Point et consulté par l'AFP vendredi.

Dans une décision rendue le 14 mai, le tribunal administratif de Paris a condamné l'Etat à verser 70.000 euros au fils et à la fille de l'écrivain mort en 1997, et 20.000 euros à son frère.

Jean-Edern Hallier avait été l'une des principales victimes des écoutes illégales réalisées par l'Elysée entre 1983 et 1986, qui craignait que l'écrivain ne révèle l'existence de Mazarine, la fille cachée du président.

Cette affaire s'était conclue le 9 novembre 2005 par sept condamnations pénales devant le tribunal correctionnel de Paris.

Les deux principaux protagonistes de cette affaire, l'ancien directeur adjoint du cabinet de François Mitterrand, Gilles Ménage, et le chef de la "cellule de l'Elysée", Christian Prouteau, avaient été respectivement condamnés à six et huit mois d'emprisonnement avec sursis et 5.000 euros d'amende chacun.

Le jugement avait précisé à propos de M. Prouteau "que les faits qui lui sont reprochés ont été commis sur ordre soit du président de la République, soit des ministres de la Défense successifs qui ont mis à sa disposition tous les moyens de l'Etat afin de les exécuter".

Le tribunal administratif de Paris a estimé lui aussi que "les fautes commises par ces hauts fonctionnaires, sur instruction du président de la République et d'autorités gouvernementales, alors même qu'elles sont d'une particulière gravité, ne sont pas détachables du service", et donc condamné l'Etat à payer.







Écoutes :
le fantôme de Jean-Edern Hallier hante le prétoire

Marie-Amélie Lombard-Latune, Le Figaro
mardi 1er février 2005, sélectionné par Spyworld

Les écoutes concernant Jean-Edern Hallier ont commencé à être examinées hier par le tribunal correctionnel. La famille de l’écrivain polémiste est venue témoigner.

Cette audience brouillonne aurait plu à Jean-Edern Hallier. On l’imagine volontiers savourant les invectives, participant à la polémique, ravi de cette agitation qu’il provoque. Hier, son fantôme aurait pu pousser les lourdes portes en bois du tribunal qui grincent bruyamment. Personne n’eut été surpris de découvrir la silhouette familière précédée d’une canne blanche et de son halo sulfureux.

Le trublion des années Mitterrand, mort à Deauville en janvier 1997, un an après le président de la République, fut l’une des cibles principales de la cellule de l’Elysée. Au nombre de fiches d’écoutes (plus de 600), il arrive à égalité avec le journaliste Edwy Plenel. Au point qu’il fallut lui trouver divers noms de code : Fabulateur, Kidnapping, ou plus simplement Kid. A l’époque, il ne se passait pas une semaine sans que l’écrivain fasse sa publicité. Il suffit d’écouter le président Kross rappeler sa biographie mouvementée. En 1982, il « disparaît » après avoir dîné à la Closerie des Lilas, prétendument enlevé par les mystérieuses « Brigades révolutionnaires françaises ». Plus tard, l’appartement de Régis Debray est plastiqué, attentat qu’il revendique au cours d’une émission d’Apostrophes. L’agitateur entame encore une « grève de la vue », foulard sur les yeux, devant l’Elysée en 1983. Quand il ne se déguise pas en Bourgeois de Calais, robe de bure et corde au cou, brûlant son pamphlet L’Honneur perdu de François Mitterrand devant le palais présidentiel.

Voilà pour l’amuseur public. L’homme privé, maintenant, décrit par sa femme, Marie-Christine Capelle-Hallier, qui en 1991 divorça « à regret », confie-t-elle au tribunal. « Une affection profonde le liait à François Mitterrand, qu’il avait soutenu lors de l’élection. Il pensait que le président lui attribuerait un secrétariat d’Etat, peut-être pas le ministère de la Culture mais quelque chose. La déception s’est transformée en souffrance parce que M. Mitterrand le lâchait. Il y avait entre eux une sorte de mimétisme : l’enlèvement et l’Observatoire, l’enfant naturel que Jean-Edern avait aussi, le cancer dont il souffrit... » A la barre sont évoquées pêle-mêle ces années chaotiques où l’écrivain se sentait épié, traqué, lorsque des coups de fil anonymes parvenaient à son appartement de la place des Vosges. Quand un administrateur du journal Le Monde, Jacques Sauvageot, se transformait en M. Bons-Offices. « Il me disait : « Si Jean-Edern ne révèle pas l’existence de Mazarine, on lui donnera la Villa Médicis à Rome. » Ou encore : « Il faut le convaincre de ne pas faire paraître son pamphlet, sinon tu le retrouveras dans un fossé. »

Ces menaces à peine voilées inquiétaient tant son épouse, alors avocate, qu’elle s’en ouvrit au bâtonnier pour lui demander que le téléphone familial soit placé sur table d’écoutes. Sans se douter que ses désirs étaient déjà exaucés...

Une époque baroque resurgit. Empêtré dans ses démêlés avec le fisc, Hallier joue les maîtres chanteurs. Arc-bouté à l’idée de faire reparaître son journal L’Idiot international afin d’y publier quelques secrets du septennat, le perturbateur serait pourtant prêt à échanger son silence contre un fromage de la République. Le tout dans une ambiance tragi-comique. « Je luttais contre les saisies. On nous avait mis sur la paille mais on n’avait pas le grain », sourit la dame, amusée par sa référence à l’oeuvre mitterrandienne. Pendant ce temps, son mari tournait un clip pour la RATP ou une publicité pour une marque de sous-vêtements.

Leur fils, Frédéric, avait à peine 5 ans mais se souvient du téléphone « qui sonnait dès 6 heures du matin à la maison ». Le jeune homme, qui n’a guère manqué une audience, sage sur son banc de la partie civile, parle maintenant à toute allure de ce père qui voulait être « Hugo et Chateaubriand à la fois ». S’égare sur quelque terrain scabreux qui oblige le président à le faire gentiment taire. L’hérédité est parfois mauvaise conseillère.

Vient maintenant le tour du frère. D’apparence, Laurent Hallier est l’opposé de Jean-Edern. L’allure stricte, la parole mesurée, il a fait Saint-Cyr avant d’exercer dans la presse et la publicité. Dans le tandem pourtant très soudé, lui jouait le rôle du modérateur et du conseiller financier. C’est une autre lecture des écoutes qu’il livre au tribunal. Beaucoup plus grave dans tous les sens du terme. Certes, il y avait au nombre des rodomontades la menace de révéler l’existence de Mazarine. Mais « Jean-Edern parlait aussi du passé d’extrême droite, de l’avant-guerre de François Mitterrand, de sa sympathie pour la Cagoule, de son amitié avec Bousquet ». De quoi, estime Laurent Hallier, ébranler sérieusement le mythe et compromettre définitivement la réélection de 1988.

L’ancien officier ne minimise pas pour autant l’ambiguïté du personnage fraternel : « En fait, sa relation avec le président s’est beaucoup dégradée parce qu’ils ne se voyaient plus alors qu’ils avaient beaucoup d’amis communs. Jean-Edern, qui avait un fort besoin de reconnaissance, en a nourri de l’amertume et s’est mis à écrire. Il aurait pourtant suffi qu’ils passent un après-midi ensemble... »

La cellule de l’Elysée, dans tout cela ? Elle espionnait alors que le polémiste avait table ouverte tous les soirs et tenait une conférence de presse par semaine. Aucun de ses membres ne vient aujourd’hui essayer de soutenir que la sécurité du président de la République imposait réellement ces mesures d’exception. D’autant que certains, comme Paul Barril ou Jean-Louis Esquivié, se félicitaient alors de « liens d’amitié » avec l’écrivain à la mode. Finalement, Jean-Edern Hallier servit peut-être de faire-valoir aux hommes de Christian Prouteau. C’est l’hypothèse de Laurent Hallier : « Ils pouvaient dire au président : Vous voyez. On sert à quelque chose. Il a encore menacé de faire ceci ou cela. » Un alibi pour gendarmes désoeuvrés en mal de coups d’éclat ? Voilà qui aurait encore plu à l’habitué de La Closerie des Lilas.



06/01/2011
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Photo & Vidéo pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres