Alain YVER

Alain YVER

JEAN-LOUIS PIÉROT

JEAN-LOUIS PIÉROT








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un fan des Valentins
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les max valentin
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Jean-Louis Piérot

Jean-Louis Piérot est un réalisateur, musicien, arrangeur et compositeur français.
Né en 1965 à Soissons, ancien élève du conservatoire de Grenoble, il a été cofondateur du groupe Les Valentins. Il a réalisé, coréalisé, ou composé des albums pour Etienne Daho, Miossec, Alain Bashung (il cosigne au sein des Valentins la musique de La nuit je mens), Renan Luce, Yves Simon, Tété, Kaolin, Joseph d'Anvers, Hubert-Félix Thiéfaine, Jacno, Brigitte Fontaine, Bertrand Soulier etc.
Agent : Anne Claverie société Absolute Management.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Louis_Pi%C3%A9rot







JEAN-LOUIS PIEROT 
La magie du studio
écrit par Sylvain Fesson
30 MAI 2011

Jean-Louis Piérot est ce qu'on appelle un homme de l'ombre. Vous ne le savez peut-être pas mais, seul ou accompagné, il a produit certains des plus grands disques de chanson française de l'ère pop. Paris ailleurs et Corps et armes d'Etienne Daho, Faux témoin et La part des anges de Jacno, Genre humain de Brigitte Fontaine, Fantaisie militaire d'Alain Bashung, 1964 et L'Etreinte de Christophe Miossec. Sans lui ces albums n'auraient pas été ce qu'ils sont. Et on ne l'aurait pas aussi appelé pour en produire d'autres, moins cruciaux mais tout aussi finement ouvragés, entre pop et variété, pour Marianne Faithfull, Tété, Françoise Hardy ou Doriand.
Comme si on l'ignorait, il nous rappellera qu'avant de se consacrer pleinement à ce rôle de producteur il fut aussi l'homme d'un groupe, tout autant dans l'ombre, nommé Les Valentins. Les Valentins c'était lui et Edith Fambuena, avec laquelle il produisit la plupart des albums cités plus haut. Après quatre albums d'une pop triste et riche en cordes,  ils se séparèrent en 2003 sans avoir jamais vraiment percé. Reste leur aura de groupe culte, méconnu. Et la magie de ces chansons, les leurs comme de celles des autres auxquelles ils ont contribué et contribuent encore. C'est pour ça qu'on a voulu rencontrer Jean-Louis Piérot (et qu'on rencontrera sans doute Edith Fambuena et d'autres producteurs de leur trempe), pour que ce wingman de la chanson nous dise en quoi consiste « produire » un disque, et qu'il nous mette dans le secret (des dieux) du mystérieux processus qui a présidé à leur réalisation.
Bonjour Jean-Louis. En ce moment c'est ici, dans ton studio Bulle à Clamart, que tu produis le deuxième album de Bertrand Soulier, un outsider de choix de la chanson française. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
ça fait 4-5 ans qu'on se connaît. On s'est rencontrés via Philippe Balzé, l'ingénieur du son avec qui je bosse et qui est mon associé depuis 3 ans au studio Bulle. Bertrand a fait son premier album avec lui, et à l'époque j'allais les voir en séance.
C'est là que tu t'es dit que tu pourrais peut-être lui apporter quelque chose ?
Ah non, je ne suis pas comme ça ! En fait c'est lui qui m'a avoué après-coup qu'il aurait voulu faire son premier album avec moi. Je crois qu'il n'avait pas pu, faute de moyens. Par contre il m'a vite dit qu'il voudrait qu'on fasse son deuxième album ensemble. « Avec plaisir ! ». Je connaissais un peu ce qu'il faisait. Je trouvais qu'il était super doué. J'avais déjà bien envie de bosser avec lui. Il y a un peu moins d'un an, il m'a alors envoyé des titres, je les ai écoutés et j'ai dit : « Attends, pour moi la question se pose pas : je trouve tes titres vraiment terribles, je veux faire cet album. » Et là on est en plein dedans.
Les projets dont tu t'occupes se font-ils beaucoup par ce genre d'affinités électives, ou s'agit-il le plus souvent de commandes où ton intime conviction n'a pas voix au chapitre ?
La plupart du temps je ne connais pas les artistes, enfin je peux les connaître artistiquement mais pas humainement, et c'est l'artiste qui, par l'intermédiaire de son D.A. [directeur artistique, NDR], me faire savoir qu'il veut travailler avec moi. Après, moi, avant de rencontrer la personne, je demande toujours à écouter les chansons parce que ça m'est déjà arrivé de rencontrer des gens avec qui ça c'était bien passé humainement et quand j'avais écouté les chansons, patatras ! c'était pas mon truc. C'est donc délicat. C'est pour ça que je préfère d'abord écouter les chansons (rires) ! Et si ça me plaît ou si j'ai l'impression que je peux servir à quelque chose, à ce moment-là je rencontre la personne.
Depuis combien de temps es-tu ou te sens-tu vraiment producteur ?
Ca s'est fait petit à petit. J'avais un groupe à l'origine. Enfin on n'était que deux, mais bon à partir de deux personnes ça fait un groupe ! Un groupe formé par Edith et moi qui s'appelait Les Valentins et qui n'a pas été très connu.
Oui, qui est en quelque sorte connu pour ne pas être très connu !
Oui, certainement et c'est déjà ça (rires) ! Ce groupe est un vieux groupe, Edith et moi on s'est rencontré au lycée…
A Aix-en-Provence c'est ça ?
Oui, et on a plus ou moins fait partie d'un groupe de lycée ensemble et ce groupe est devenu dans un premier temps Les Max Valentins…
Avec, à cette époque, un troisième membre nommé Gérald Gardrinier, qui se fera plus tard connaître sous le nom de Gérald de Palmas !
Hé oui ! Lui il n'était pas dans notre lycée, il était un poil plus jeune que nous, genre deux ans de différence, mais à cet âge-là ça n'est pas rien. Il ne faisait donc pas partie de la première mouture du groupe. C'est Edith qui l'a rencontré. De son côté je crois qu'il n'avait pas beaucoup de copains musiciens parce qu'il venait d'arriver à Aix, tout ça. Edith me l'a présenté. On cherchait quelqu'un pour chanter avec nous parce qu'on n'avait plus de chanteur. En plus il jouait de la basse, et c'était un très bon bassiste. On s'est donc dit qu'on allait bosser un peu ensemble. Et super rapidement on a rencontré Etienne Daho qui nous a proposé de signer un contrat, or à ce moment-là ça faisait peut-être 2 mois qu'on connaissait Gérald. Ca n'a pas duré longtemps. On a fait deux 45 tours [Les Maux dits et Printemps parapluie, NDR] et on s'est séparé quand on s'est aperçu qu'artistiquement on n'avait pas du tout les mêmes envies ni les mêmes origines…
N'est-ce pas aussi ton entente avec Edith qui pouvait être, comment dire, déjà trop fermée sur elle-même, exclusive ?
Non, parce qu'en fait le groupe a splitté ! Je lis souvent que c'est Gérald qu'est parti, mais Gérald n'est pas parti, on s'est séparé tous les trois. C'était à la fin des années 80 [en 88, NDR], on passait notre temps à faire des podiums FM plus qu'à faire de la musique. D'un coup on s'était dit : « Tiens, faudrait peut-être qu'on enregistre un album » et voilà, une fois tous les trois on n'avait juste pas les mêmes envies. Donc on s'est séparé. Ca a duré six mois, un an, et puis Edith et moi on s'est retrouvé en se disant que quand même, on avait envie de rebosser ensemble…
Il paraît qu'Edith et toi aimiez tous deux le Velvet, ce genre de groupes qui laisse croire que vous étiez à 100% sur la même longueur d'onde. Ce n'était pas si simple ?
Oui, oui, mais je pense que ponctuellement nos envies devaient diverger. Je crois aussi qu'Edith se destinait déjà plus à être guitariste de studio. Et moi aussi, d'ailleurs. Au moment de notre séparation on a commencé à faire des séances en tant que musiciens de studio. Et pour répondre à ta question, je crois que l'origine de mon activité de producteur vient de là. Moi, la seule chose qui m'a toujours intéressé dans ce métier c'était l'enregistrement en studio.
Dès le départ ?
Ah ouais, ouais, ouais. Pour moi c'était magique. Ma première fois dans un vrai studio d'enregistrement c'était avec Etienne Daho. A l'époque il mixait un live. Il venait de nous signer et il nous avait invité à passer au studio. Je me rappelle, c'était les studios Marcadet, qui étaient en fait pas terribles – j'y suis retourné plein de fois après et c'était pas un studio génial – mais à l'époque, wouah ! j'ai trouvé ça magique. Et le studio ça a toujours été le seul endroit où je me sentais bien et où j'avais vraiment envie de faire de la musique. La scène, moins. J'ai jamais été trop porté sur la scène. L'aspect promo, mise en avant, encore moins. ça me saoulait complètement et je pense qu'Edith aussi. Quand Etienne nous a signé, on a donc fait 2 singles, on s'est séparé et on a refait un album après, Edith et moi, où Edith était devenue chanteuse. Mais parallèlement à ça, Etienne avait commencé à nous faire travailler sur ses propres chansons…

C'était pour son nouvel album, Paris Ailleurs ?
Oui, il nous demandait de faire des arrangements, de jouer avec lui, etc. On passait donc presque autant de temps, si ce n'est plus, à faire du studio avec Etienne qu'à s'occuper de notre propre groupe en continuant à écrire et à faire des concerts. Avec Les Valentins on a quand même fait 4 albums, et chacun fut suivi d'une tournée, même si c'était jamais des tournées énormes donc ce serait malhonnête de te dire que pour nous notre groupe n'était pas important, mais c'est vrai qu'on l'avait mis un peu en second plan. On était tellement occupés à apprendre des choses en studio avec Etienne… Et c'est surtout comme ça qu'on gagnait notre vie, donc progressivement l'activité de réalisateurs a pris le pas sur notre vie de groupe…
Toi tu parles de « réalisateur ». J'ai l'impression qu'on parle plus communément de « producteur ». Y a-t-il une différence ou ces deux termes recoupent-ils la même chose ?
Le terme français c'est « réalisateur » et le terme anglais « producer », qu'on traduit donc chez nous par « producteur », ce qui est beaucoup plus joli que réalisateur qui sonne un peu trop ORTF. Je crois qu'un jour on m'a expliqué qu'il y avait une nuance entre producteur et réalisateur. C'est-à-dire qu'à priori le réalisateur s'occupe uniquement de la partie enregistrement et/ou mixage. Il a cette responsabilité artistique. Alors que le producteur, le vrai producteur a en plus une fonction de D.A. dans le sens où il fait la même chose mais que souvent il peut aussi avoir signé l'artiste…
Ok.
En fait, à l'origine il n'y avait pas de réalisateurs, il n'y avait que des D.A. Dans les maisons de disques les mecs signaient leurs artistes, ils étaient responsable de l'artistique, ils venaient en studio, dirigeaient les séances, faisaient le casting des musiciens, etc. Parce qu'à l'origine, dans les maisons de disques les D.A. étaient tous musiciens, arrangeurs, mais le métier s'est divisé dans les années 80 car sont arrivés des mecs qui venaient d'autres horizons et qui n'y connaissaient pas grand'chose en musique, du moins techniquement. Ils ne pouvaient donc pas diriger les séances de studio, tout ça. Donc on a fait appel à des gens pour pallier ce manque : les réalisateurs. Mais à l'origine c'est un seul et même métier.

Et du coup, de même que le rôle le D.A. s'est subdivisé pour donner ce qu'on appelle en France le réalisateur, j'imagine que le rôle de réalisateur s'est lui-même subdivisé pour donner différents types de réalisateurs ayant chacun leurs spécialités ?
Oui, c'est ça. Déjà tu as des réalisateurs qui sont musiciens et d'autres qui ne le sont pas. Beaucoup ne le sont pas. Je le connais peu, mais par exemple, je sais que Renaud Létang n'est pas musicien, il est ingénieur du son, c'est sa formation. Je pense qu'il a plein d'idées musicales et qu'il sait se débrouiller pour les faire aboutir, mais concrètement il n'est pas musicien. Si tu lui demandes de se foutre derrière un piano et de jouer une partie de musique, je pense qu'il en est incapable. Donc lui, quand il a besoin d'arrangements, il fait appel à des arrangeurs. Moi c'est l'inverse, je ne suis pas un ingénieur du son ni même un super instrumentiste, mais je suis musicien de formation. Je sais faire du son parce que j'adore ça et que j'ai été un petit peu obligé de le faire, mais du coup moi je ne mixe pas un album, je demande toujours à quelqu'un d'autre dont c'est la spécialité de le faire sous ma direction, et en l'occurrence je demande souvent à Philippe Balzé. A l'arrivée, lui et moi on fait le même travail mais on n'a pas les mêmes approches parce qu'on ne vient pas du même point. Et puis t'as des réalisateurs qui ne sont ni comme Létang ni comme moi, des gens géniaux qui sont autant ingénieurs du son que musiciens. Y en a pas beaucoup mais y en a…
En France ?
Oh oui, il doit y en avoir même si c'est quand même assez américain comme truc. Et pour finir t'as des réalisateurs qui ne sont ni techniciens ni musiciens. Des mecs qui ont juste des idées comme ça. Et qui ne sont pas forcément mauvais hein, qui peuvent même être brillants. Parce qu'en fin de compte, le gros du truc c'est de diriger les séances de studio. As-tu connu Philippe Lerichomme ?..
Non.
Il était chef des éditions Universal. On a eu la chance de le rencontrer, il était en fin de carrière, c'est lui qui nous a signé, ce qui fait que pendant 3 ans on a été aux éditions Universal. Et Lerichomme c'était le D.A. de Gainsbourg. Il l'accompagnait en studio. Il était encore de cette génération-là. Alors il nous racontait les séances avec Gainsbourg… En fait l'exemple-type du D.A. tel qu'il n'existe plus, c'est George Martin. George Martin était D.A. des Beatles. Il a arrangé plein de titres, tout ça, et il n'a même pas un point sur les albums des Beatles parce qu'il était salarié d'EMI, c'est quand même dingue !
C'est d'être George Martin qui t'excitait quand t'étais môme, que tu écoutais les disques et que tu lisais la presse rock ? Tu voulais être le grand manitou dans l'antichambre des grands albums ?
Ah bah ouais ça c'est le mythe…
Et le mythe fait foi…
(Silence.) Quand j'étais petit j'ai fait le Conservatoire et pendant quelques années j'ai eu la chance de faire celui de Grenoble qui était, dans les années 70, le plus moderne d'Europe. Aujourd'hui il ne l'est plu parce qu'il est resté en l'état, mais avant c'était le top. Dans ce Conservatoire il y avait ce qu'ils appelaient une régie – un studio d'enregistrement donc – qui était reliée à différentes salles. Et de temps en temps, comme on avait le droit de la visiter, j'y allais et je me rappelle que je voyais des mecs y faire des montages avec les bandes magnétiques… J'ai trouvé cet endroit vraiment magique.
Pour toi c'était la NASA ?!
Ouais, c'est ça ! Et puis comme c'était les années 70 il y avait un côté un peu futuriste, space age… Et moi à l'époque je faisais donc du classique mais je commençais quand même à écouter, surtout via mon frère aîné, les Stones, les Beatles. Beaucoup les Beatles, un peu Bowie. Le Velvet, Lou Reed, tout ça c'est venu après. Et j'étais curieux de savoir comment cette musique s'était faite. Par exemple sur les Beatles j'avais repéré qu'il y avait des trucs réalisés avec des bandes à l'envers, ce genre de bidouilles de studio, et ça m'intriguait.
Ok. Et aujourd'hui quand on te contacte c'est qu'on ne cherche pas un simple exécutant, mais un style précis de production, une griffe qui est la tienne ?
J'ose espérer. (Silence.) Mais pfff, comment dire, j'ai toujours l'impression qu'il y a une forme d'imposture dans ce qu'on fait. On n'a pas de diplôme. Moi j'ai pas de CAP réalisateur…
T'as un CV…
Oui mais c'est du vent, ça ne veut rien dire donc quand on fait appel à moi, je ne sais pas sur quoi ça repose.
Tu n'es pas conscient de ce pour quoi tu es réputé et recherché ?
Quelque part, ce sont les artistes qui font leurs albums. Moi il m'arrive de composer un peu, le plus souvent d'arranger. Donc des gens me disent : « Ah ouais, j'adore cet album ! » mais en fin de compte ils ne savent pas vraiment ce que j'y ai fait, donc tout ça me dépasse. C'est pour ça que je parle d'imposture. Alors il y a le cas Miossec par exemple. J'ai fait 2 albums avec Christophe Miossec. Et y a des mecs d'une trentaine d'années qui veulent que je travaille avec eux parce qu'ils sont très fans, ils ont vraiment été élevés à l'école de l'écriture de Miossec, donc pour eux c'est…
Une histoire de filiation ?
Oui, ils pensent que par transfert je vais les introduire dans la famille Miossec. C'est une sorte de truc psy comme ça. Je suis le lien entre le mec et son idole. Comme j'ai travaillé avec lui, je serais une part de sa magie, de sa légende…

Ce qui n'est pas totalement faux…
Christophe, je le connais très bien, on se voit un peu moins maintenant parce qu'il est parti habiter en Bretagne, mais on est devenu très amis. Et pour moi c'est quand même assez mystique, enfin bizarre, que ce mec que je connais super bien et que j'adore soit une sorte d'idole pour des jeunes. Quand ils m'en parlent j'ai l'impression que pour eux c'est LE mec qui a inventé la chanson française alors que, bien sûr, ça n'est pas vrai. Donc voilà, on m'appelle pour ça. Après on peut aussi m'appeler parce que j'ai eu la chance que certains albums sur lesquels j'ai travaillés aient été des succès et que des gens me voient donc comme une sorte de garantie…
A quels succès penses-tu ?
Un peu à Miossec, mais surtout Renan Luce.
Ca a fait monter ta cote ?
Obligatoirement. Je le sais…
Et tu le vis bien (rires) ?
Pfff ouais, ouais, ouais (rires) ! J'ai aussi fait deux albums avec Renan Luce. Donc j'ai connu Renan avant qu'il soit très connu. C'était un petit gars comme j'en rencontre parfois parce que je fais souvent des premiers albums. Sur les conseils de son manager je suis allé le voir en concert et il était seul sur scène, on était 15 dans la salle. Je l'ai donc accompagné dans son travail sur ses deux albums et on s'est vraiment super bien entendu. Après, le succès c'est quelque chose que tu ne maîtrises pas du tout… Mais quand je travaille sur un album je ne me dis jamais « cet album ça va être la lose, on ne va rien vendre du tout« , j'imagine toujours que cet album peut et mérite un succès. Donc je pensais que Renan pouvait avoir un succès mais pas plus que les autres…

Toi qui es plutôt fan de musique anglo-saxonne à la base, as-tu une sorte de déontologie, de baromètre personnel au moment de choisir si tu vas bosser ou non sur tel ou tel album de chanson française, voire même au moment tu bosses dessus, dans la couleur que tu pourrais vouloir donner au disque ?
Tu veux dire : « est-ce que je fais des compromis par rapport à l'aspect commercial FM ? »
Non, je veux surtout dire que chez nous en 2011 il y a quand même toujours ce syndrome de la chanson trop franco-française, au sens de passéiste dans l'imaginaire, pas du tout rock'n'roll dans la musique, et aux textes ancrés dans le quotidien. Renan Luce incarne pas mal ça, au même titre que Bénabar, Dorémus et j'en passe. Est-ce que toi tu ne cherches pas, à ta manière, à pervertir un peu tout ça en y insufflant un soupçon d'esthétisme pop anglo-saxon ?
Je ne cherche pas à le faire sciemment, mais comme je viens de là, certainement que toutes ces influences ressortent malgré moi. Les idées qui me viennent, tout ça, ce sont des choses que j'ai digérées depuis longtemps. Quand j'étais adolescent je n'écoutais jamais de chanson française, j'aimais pas. Chez moi mes parents écoutaient Léo Ferré, Jacques Brel et pfff moi ça me faisait chier quoi, vraiment. Maintenant, avec l'âge, je reconnais qu'il y a quand même des trucs super, mais à l'époque comme les textes me passaient un peu au-dessus et musicalement je trouvais ça plutôt ringard, bah voilà quoi. Mais bon, on est comme on est : même encore aujourd'hui, bien que les textes me passent moins au-dessus de la tête, j'écoute toujours assez peu de chanson française. Je vais me précipiter sur le dernier Massive Attack,  beaucoup moins sur le dernier Grand Corps Malade.
Et donc, ta position face à « l'aspect commercial FM » ?
(Silence.) Je n'ai pas le sentiment de me compromettre, car pour moi passer à la radio ce n'est pas insultant, au contraire, je trouve ça super. Moi j'écoutais la radio quand j'étais gamin et j'y ai découvert plein de trucs. Maintenant je n'écoute la radio que dans ma voiture et c'est plutôt France Inter, Le Mouv', Ouï FM, Nova, donc je cible plutôt ce que j'écoute. Mais quand je suis pris dans les embouteillages alors que je traverse Paris il m'arrive parfois – et la concession est peut-être là ! – de me dire : « Tiens, je vais écouter Virgin Radio », qui n'est pas la pire d'ailleurs ! Parfois je tombe sur des trucs encore plus pourris. Mais j'estime que je vais un peu loin quand j'écoute Virgin Radio. Et c'est histoire de me dire : « Tiens, si j'écoutais – non pas ce qui marche d'ailleurs, parce que c'est pas forcément la même chose – mais ce qui passe en radio… »
En même temps si ça passe en radio c'est que ça marche…
Hé bah pas forcément. Pas forcément. Je vais te donner un exemple actuel et concret : cette année j'ai fait un album pour un groupe qui s'appelle Kaolin et un de leur titre est rentré direct sur Virgin, RTL2, tous ces trucs-là, ce qui est donc une super exposition, je suis super content pour eux, ça fait plaisir. Hé bah les ventes sont vraiment pas terribles.
Peut-être, mais si le morceau est si bien diffusé, c'est parce que leur précédent album s'est super bien vendu…
Oui, c'est vrai que la plupart du temps ça va de paire, ça aide quand même, mais tout ça pour te dire que c'est jamais gagné. Jamais. Surtout que maintenant plus personne ne vend trop. Et donc voilà, des fois pendant une demie heure j'écoute Virgin Radio pour savoir ce qu'est le son radio d'aujourd'hui. Souvent je suis déçu, je trouve que ça sonne pas terrible. Et les trucs qui sont vraiment super radiophoniques, je me dis : « Merde, je ne sais pas faire ça, moi ». C'est pas ma culture et si j'apprenais à le faire, je ne le ferais pas bien. Donc en fait j'en suis revenu. Je me dis que j'ai eu la chance de produire des titres qui sont beaucoup passés en radio parce que c'était souvent un malentendu. C'est-à-dire que je n'avais pas fait le morceau comme ça pour qu'il puisse passer en radio, mais parce que je trouvais que ça le servait, tout simplement. Parfois, avec Edith, on nous demandait de faire un truc au format radio, et les rares fois où on l'a fait ça n'est justement pas passé en radio. Donc je pense qu'il y a des gens qui savent vraiment bien le faire, des gens qui ont, pas la méthode, mais le savoir-faire pour ça, moi je ne l'ai pas.
A qui penses-tu quand tu dis que certains ont ce savoir-faire ? Renaud Létang ?
Non, je ne pensais pas à lui mais je pense qu'il doit savoir le faire, oui. Je t'en parlais tout à l'heure mais je le connais à peine hein. On s'est juste rencontré pour le mix d'un disque que j'avais réalisé.
Lequel ?
L'album d'un mec génial, qui s'appelle Ludéal, et qui n'est pas très connu.
Son premier album ?
Oui. Un disque super. Vraiment.
Létang et toi, j'ai l'impression que vous êtes un peu sur le même créneau, celui de faire une chanson française de qualité, comme on dit, une chanson française qui soit un peu pop, racée et accessible. C'est ça qui vous réunit, non ?
De faire une musique accessible ? (Silence.) Comment dire ?.. Je n'essaie pas de faire en sorte que ce soit accessible, j'essaie de faire en sorte que ce soit accessible pour moi (rires) ! J'adore des choses pointues, mais je ne dois pas être si pointu que ça car je refuse de faire des choses purement élitistes. Récemment j'ai fait un album, tiens je vais te l'offrir d'ailleurs (il revient avec Est-ce l'est, le premier EP de Nicolas Comment). Tu connais ?
Oui.
Hé bien ça tu vois, pour moi c'est pas élitiste parce qu'on n'a pas cherché à faire quelque chose d'ardu à écouter même si, d'un autre côté, on sait bien que ça ne passera jamais en radio…
En même temps, les chansons de Nicolas Comment sont dans un délire culturophile parisien qui a tout pour plaire à France Inter/Télérama !
Ah oui, complètement. Avec Philippe on a produit un autre premier album de ce genre (il revient avec le disque d'un dénommé Raspail). Ça c'est un gars qu'est même pas signé. Je travaille toujours pour le plaisir, mais des fois y a le plaisir et y a pas l'argent parce que y a pas de budget, mais quand je peux je me débrouille pour le faire quand même. Nicolas Comment, Raspail, j'aime beaucoup leurs albums. Mais surtout Ludéal. Je pense qu'il aura du succès un jour, mais je suis déçu, je pensais vraiment que son premier album ferait mieux…
J'ai vu que le single de son deuxième album, Allez l'amour, avait pas mal circulé…
Oui, mais pas suffisamment. Il a vendu moins du deuxième que du premier.
Ça c'est les disques que tu as produit seul. Ceux dont tu es le plus fier ?
Ceux-là, avec les deux Miossec. Et le Soulier, vraiment.
A part ça, tu continues de produire en binôme avec Edith ?
Alors non, ce n'est plus le cas. On a bossé ensemble comme ça pendant une vingtaine d'années mais on s'est séparé artistiquement en 2003. On a sorti un dernier album des Valentins en 2001, et le dernier album qu'on a produit ensemble avant de se séparer c'était A la faveur de l'automne de Tété. A la base, après ce projet, on devait réaliser un album pour Jean Guidoni et faire encore un album des Valentins. Contractuellement, on le devait à Barclay. On avait d'ailleurs commencé à faire des démos. Mais déjà pendant l'album de Tété c'était tendu entre nous. Tellement que ce serait un euphémisme de dire qu'on se chamaillait en studio. On se prenait la tête en pleine séance devant le gars. Le truc qui craint, quoi. Le disque a été difficile à finir mais on a quand même réussi, et voilà, après on s'est séparé. Mais on s'était engagé à faire le disque de Guidoni. On avait commencé à bosser dessus. Alors on s'est dit : « Bon, on arrête Les Valentins, mais on fait quand même le Guidoni ». Sauf que peu de temps après, Miossec m'a appelé pour réaliser 1964. Or je rêvais secrètement de bosser avec lui. C'était d'ailleurs un de nos points de discorde avec Edith. Avant de travailler sur un disque il fallait toujours qu'on valide tous les deux le projet à 100% et Miossec par exemple, on en avait déjà parlé et Edith, je ne la sentais pas motivée…
Pourquoi ?
C'est juste des questions d'affinités artistiques, je pense que Miossec c'était juste pas son truc. Mais c'était dans les deux sens, y avait aussi des trucs qu'elle voulait faire et qui ne me branchaient pas. Par exemple, je me rappelle qu'à l'époque elle était pas mal dans les trucs latins. C'était pas du tout ma came. Donc à force je pense qu'on avait accumulé des frustrations de ce genre. Après que Miossec m'a contacté, j'ai donc appelé Edith pour lui dire : « Je ne vais pas faire l'album de Guidoni. Ce sera enfin pour nous l'occasion de vraiment travailler touts seuls. On en a besoin. » Edith a donc réalisé l'album de Guidoni et moi celui de Miossec. Et comme avec Christophe on est très vite devenus copains et que ça marchait bien, je me suis plus investi auprès de lui. Je l'ai accompagné en tournée et on a commencé à écrire l'album d'après. Tout ça a pris du temps. Pendant toute cette période on ne se voyait plus avec Edith. Et pour finalement répondre à ta question, on a rebossé ensemble cette année, de manière ponctuelle. On s'est dit que voilà, c'était ponctuel. C'était sur le prochain album de Thiéfaine, qui doit sortir en février m'a-t-on dit.
Produire seul, ça a changé quoi pour toi ?
Pas mal de choses. Quand je bossais avec Edith on avait un peu chacun nos domaines réservés.
Elle les guitares, toi les claviers ?
Ça peut paraître paradoxal mais non, au contraire, c'était plus elle qui s'occupait des claviers et moi des guitares. C'est normal : comme elle était guitariste, c'était moi qui la dirigeais aux guitares et comme j'étais claviériste c'est elle qui me dirigeait aux claviers. Mais au-delà de nos instruments respectifs, comme un album c'est quand même une grosse responsabilité, qu'il faut rester concentré sur des choses précises et ne pas se marcher sur les pieds, on se partageait les tâches. Edith s'occupait donc de la direction des voix et moi des arrangements d'orchestres, cordes ou cuivres. Et c'est ça aussi au fil du temps qui génère des frustrations, parce que bien évidemment t'as envie de toucher un peu à tout, de mettre ton nez partout. Donc voilà, quand t'es tout seul tu te retrouves à t'occuper de tout, c'est pas mal de responsabilités. J'ai eu la chance d'être rapidement dans le bain parce quand tu bosses avec un type comme Christophe, qui attend beaucoup de toi, l'avantage c'est que t'as pas le temps de te poser des questions. En plus, au départ 1964 s'annonçait comme un album compliqué parce qu'ils avaient déjà enregistré des arrangements d'orchestre et il fallait que je les récupère et que je fasse jouer le groupe dessus, donc techniquement c'était super spé'. J'ai dû direct en découdre avec ce genre de choses. C'était un beau cadeau, mais c'était pas évident.

L'album que tu es le plus fier d'avoir produit avec Edith, c'est un Daho ou le Bashung ?
Disons qu'avec Etienne on a appris notre métier. Il nous donnait des responsabilités qu'on n'aurait pas dû avoir, parce qu'on n'avait pas la bouteille pour les prendre et qu'on bossait sur des albums qui impliquaient de grosses responsabilités budgétaires. On a beaucoup appris avec lui et par lui, parce qu'il avait plus d'expérience que nous. Donc c'était une première étape importante.
Une sorte d'adoubement ?
Non, mais adoubé, j'ai eu le sentiment de l'être après avoir travaillé avec Alain Bashung sur Fantaisie Militaire. Alors que le truc dingue, c'est qu'on ne peut pas dire que c'est nous qui ayons réalisé ce disque.

http://gonzai.com/jean-louis-pierot-la-magie-du-studio/






Jean-Louis Pierot : "moi, c'est le studio"
Le 20 mai 2011 SYLVAIN FESSON

La nostalgie a parfois du bon. Les amoureux du studio se retrouveront dans ce témoignage de Jean-Louis Pierot, producteur d'Etienne Daho, Jacno, Brigitte Fontaine, Miossec ou encore d'Alain Bashung...

Sylvain Fesson, 31 ans, dont huit de journalisme musical en freelance. Musicalement axé pop, rock, folk, chanson, il écrit pour Trois Couleurs, GQ, Snatch, Gonzai, Amusement…. Tendance chroniqueur auteur, comme en témoigne son site perso Parlhot.
21 décembre 2010. 11h10. Clamart.
La neige craque sous mes pas. Devant moi, quadrillé de sentiers au cordeau, se dresse enfin le lotissement paisible censé abriter le studio de Jean-Louis Piérot. Il s'appelle La Bulle. Trois ans qu'il s'y est installé avec console, guitares et claviers pour y peaufiner les disques des autres. Car Jean-Louis Piérot est producteur et pas des moindres. Il a collaboré à certains des plus grands disques de chanson française de ces 20 dernières années. Des disques qu'au pire, vous connaissez sans connaître. Paris ailleurs et Corps et armes d'Etienne Daho, Faux témoin et La part des anges de Jacno, Genre humain de Brigitte Fontaine, Fantaisie militaire d'Alain Bashung, 1964, L'Etreinte de Miossec… Sans lui tous ces albums n'auraient pas été ce qu'ils sont (des pans de notre patrimoine) et on ne l'appellerait pas encore pour en produire d'autres, moins cruciaux mais tout aussi finement ouvragés (entre pop et variété) pour Marianne Faithfull, Tété, Françoise Hardy, Renan Luce, Kaolin ou Doriand.

Comme si je pouvais l'ignorer, il me rappellera qu'avant d'être pleinement producteur il fut aussi l'homme d'un groupe qu'il formait avec une certaine Edith Fambuena, Les Valentins, et que c'est avec elle qu'il a produit les meilleurs albums suscités. C'est aussi pour ça que je suis là perdu la banlieue sud-ouest de Paris, le nez rivé sur le plan de quartier que j'ai griffonné sur un bout de feuille avant de partir il y a maintenant plus d'une heure (instant Herta et Rémi sans famille, faute d'iPhone et de sa précieuse application GPS) : j'aimais beaucoup Les Valentins, notamment la pop triste, lunaire et boudeuse telle que la figure leur premier album. Elle y était chanteuse-guitariste, lui claviériste. Malgré quatre beaux albums entre 1990 et 2003, acquérant petit à petit le statut de groupe culte, ils n'ont jamais percé. Reste la magie des chansons, les leurs et celles sur lesquelles ils œuvrent et ont œuvré.

C'est pour que je tenais à rencontrer Jean-Louis Piérot et que je rencontrerai sans doute Edith Fambuena ainsi que d'autres comparses alchimistes de studio (je pense aux wingman de la chanson que sont Frédéric Lo, Erik Arnaud, Christophe Van Huffel, Dimitri Tikovoï, Renaud Létang, Bertrand Burgalat) :
pour que ces hommes de l'ombre nous racontent en quoi consiste de « produire » un disque et qu'on entre alors, mine de rien, dans le secret de ce mystérieux processus créateur de magie qu'on appelle musique.
11h15.
La moquette du studio Bulle respire enfin sous mes pas. A l'intérieur les couleurs sont chaudes, orangées, tendance bouddha. Jean-Louis m'offre un café Senséo et me fait visiter (il y a plein de claviers vintages, sa spécialité). Il travaillait sur l'album de Bertrand Soulier. Il doit le rendre sous peu, mais se love volontiers dans son fauteuil oval. Il semble avoir du temps à m'accorder.
Bonjour Jean-Louis. En ce moment tu produis le deuxième album de Bertrand Soulier, un outsider de choix de la chanson française. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Ça fait 4-5 ans qu'on se connaît. On s'est rencontrés via Philippe Balzé, l'ingénieur du son avec qui je bosse et qui est mon associé depuis 3 ans au studio Bulle. Bertrand a fait son premier album avec lui, et à l'époque j'allais les voir en séance.
C'est là que tu t'es dit que tu pourrais peut-être lui apporter quelque chose ?
Ah non, je ne suis pas comme ça ! En fait c'est lui qui m'a avoué après-coup qu'il aurait voulu faire son premier album avec moi. Je crois qu'il n'avait pas pu, faute de moyens. Par contre il m'a vite dit qu'il voudrait qu'on fasse son deuxième album ensemble. « Avec plaisir ! ». Je connaissais un peu ce qu'il faisait. Je trouvais qu'il était super doué. J'avais déjà bien envie de bosser avec lui. Il y a un peu moins d'un an, il m'a alors envoyé des titres, je les ai écoutés et j'ai dit : « Attends, pour moi la question se pose pas : je trouve tes titres vraiment terribles, je veux faire cet album. » Et là on est en plein dedans.
Les projets dont tu t'occupes se font-ils beaucoup par ce genre d'affinités électives, ou s'agit-il le plus souvent de commandes où ton intime conviction n'a pas voix au chapitre ?
La plupart du temps je ne connais pas les artistes, enfin je peux les connaître artistiquement mais pas humainement, et c'est l'artiste qui, par l'intermédiaire de son D.A. (directeur artistique, nda), me faire savoir qu'il veut travailler avec moi. Après, moi, avant de rencontrer la personne, je demande toujours à écouter les chansons parce que ça m'est déjà arrivé de rencontrer des gens avec qui ça c'était bien passé humainement et quand j'avais écouté les chansons, patatras ! c'était pas mon truc. C'est donc délicat. C'est pour ça que je préfère d'abord écouter les chansons (rires) ! Et si ça me plaît ou si j'ai l'impression que je peux servir à quelque chose, à ce moment-là je rencontre la personne.
Depuis combien de temps es-tu ou te sens-tu vraiment producteur ?
Ça s'est fait petit à petit. J'avais un groupe à l'origine. Enfin on n'était que deux, mais bon à partir de deux personnes ça fait un groupe ! Un groupe formé par Edith et moi qui s'appelait Les Valentins et qui n'a pas été très connu.
Oui, qui est en quelque sorte connu pour ne pas être très connu !
Certainement et c'est déjà ça (rires) ! Ce groupe est un vieux groupe, Edith et moi on s'est rencontré au lycée…
A Aix-en-Provence, c'est ça ?
Oui, et on a plus ou moins fait partie d'un groupe de lycée ensemble et ce groupe est devenu dans un premier temps Les Max Valentins…
Avec, à cette époque, un troisième membre nommé Gérald Gardrinier, qui se fera plus tard connaître sous le nom de Gérald de Palmas !

Hé oui ! Lui il n'était pas dans notre lycée, il était un poil plus jeune que nous, genre deux ans de différence, mais à cet âge-là ça n'est pas rien. Il ne faisait donc pas partie de la première mouture du groupe. C'est Edith qui l'a rencontré. De son côté je crois qu'il n'avait pas beaucoup de copains musiciens parce qu'il venait d'arriver à Aix, tout ça. Edith me l'a présenté. On cherchait quelqu'un pour chanter avec nous parce qu'on n'avait plus de chanteur. En plus il jouait de la basse, et c'était un très bon bassiste. On s'est donc dit qu'on allait bosser un peu ensemble. Et super rapidement on a rencontré Etienne Daho qui nous a proposé de signer un contrat, or à ce moment-là ça faisait peut-être 2 mois qu'on connaissait Gérald. Ca n'a pas duré longtemps. On a fait deux 45 tours (Les Maux dits et Printemps parapluie, nda) et on s'est séparé quand on s'est aperçu qu'artistiquement on n'avait pas du tout les mêmes envies ni les mêmes origines…
N'est-ce pas aussi ton entente avec Edith qui pouvait être, comment dire, déjà trop fermée sur elle-même, exclusive ?
Non, parce qu'en fait le groupe a splitté ! Je lis souvent que c'est Gérald qu'est parti, mais Gérald n'est pas parti, on s'est séparé tous les trois. C'était à la fin des années 80 (en 88, nda), on passait notre temps à faire des podiums FM plus qu'à faire de la musique. D'un coup on s'était dit : « Tiens, faudrait peut-être qu'on enregistre un album » et voilà, une fois tous les trois on n'avait juste pas les mêmes envies. Donc on s'est séparé. Ça a duré six mois, un an, et puis Edith et moi on s'est retrouvé en se disant que quand même, on avait envie de rebosser ensemble…
Il paraît qu'Edith et toi aimiez tous deux le Velvet, ce genre de groupes qui laisse croire que vous étiez à 100% sur la même longueur d'onde. Ce n'était pas si simple ?
Oui, oui, mais je pense que ponctuellement nos envies devaient diverger. Je crois aussi qu'Edith se destinait déjà plus à être guitariste de studio. Et moi aussi, d'ailleurs. Au moment de notre séparation on a commencé à faire des séances en tant que musiciens de studio. Et pour répondre à ta question, je crois que l'origine de mon activité de producteur vient de là.
Moi, la seule chose qui m'a toujours intéressé dans ce métier c'était l'enregistrement en studio.
Dès le départ ?
Ah ouais, ouais, ouais. Pour moi c'était magique. Ma première fois dans un vrai studio d'enregistrement c'était avec Etienne Daho. A l'époque il mixait un live. Il venait de nous signer et il nous avait invité à passer au studio. Je me rappelle, c'était les studios Marcadet, qui étaient en fait pas terribles – j'y suis retourné plein de fois après et c'était pas un studio génial – mais à l'époque, wouah ! j'ai trouvé ça magique.
Je comprends que plein de musiciens préfèrent la scène mais moi c'est le studio. Ça a toujours été l'endroit où je me suis vraiment senti à ma place. Car pour moi la scène c'est du théâtre, pas de la création, et ce que j'aime c'est créer la musique en studio, y faire germer les idées qui formeront le fil auquel le disque va s'accrocher.
Je n'ai donc jamais été porté par la scène. L'aspect promo encore moins. Et je pense qu'Edith aussi. Quand Etienne nous a signé, on a donc fait 2 singles, on s'est séparé et on a refait un album après, Edith et moi. Edith était devenue chanteuse. Mais parallèlement Etienne avait commencé à nous faire travailler sur ses propres chansons…
C'était pour son nouvel album, "Paris ailleurs" ?
Oui, il nous demandait de faire des arrangements, de jouer avec lui, etc. On passait donc presque autant de temps, si ce n'est plus, à faire du studio avec Etienne qu'à s'occuper de notre propre groupe en continuant à écrire et à faire des concerts. Avec Les Valentins on a quand même fait 4 albums, et chacun fut suivi d'une tournée, même si c'était jamais des tournées énormes donc ce serait malhonnête de te dire que pour nous notre groupe n'était pas important, mais c'est vrai qu'on l'avait mis un peu en second plan. On était tellement occupé à apprendre des choses en studio avec Etienne… Et c'est surtout comme ça qu'on gagnait notre vie, donc progressivement l'activité de réalisateur a pris le pas sur notre vie de groupe…
Toi tu parles de « réalisateur ». J'ai l'impression qu'on parle plus communément de « producteur ». Y a-t-il une différence ou ces deux termes recoupent-ils la même chose ?
Le terme français c'est « réalisateur » et le terme anglais « producer », qu'on traduit donc chez nous par « producteur », ce qui est beaucoup plus joli que réalisateur qui sonne un peu trop ORTF. Je crois qu'un jour on m'a expliqué qu'il y avait une nuance entre producteur et réalisateur. C'est-à-dire qu'à priori le réalisateur s'occupe uniquement de la partie enregistrement et/ou mixage. Il a cette responsabilité artistique. Alors que le producteur, le vrai producteur a en plus une fonction de D.A. dans le sens où il fait la même chose mais que souvent il peut aussi avoir signé l'artiste…
Ok.
En fait, à l'origine il n'y avait pas de réalisateurs, il n'y avait que des D.A. Dans les maisons de disques les mecs signaient leurs artistes, ils étaient responsable de l'artistique, ils venaient en studio, dirigeaient les séances, faisaient le casting des musiciens, etc. Parce qu'à l'origine, dans les maisons de disques les D.A. étaient tous musiciens, arrangeurs, mais le métier s'est divisé dans les années 80 car sont arrivés des mecs qui venaient d'autres horizons et qui n'y connaissaient pas grand chose en musique, du moins techniquement. Ils ne pouvaient donc pas diriger les séances de studio, tout ça. Donc on a fait appel à des gens pour pallier ce manque : les réalisateurs. Mais à l'origine c'est un seul et même métier.
Et du coup, de même que le rôle le D.A. s'est subdivisé pour donner le rôle de réalisateur, j'imagine que le rôle de réalisateur s'est lui-même subdivisé pour donner des réalisateurs ayant chacun leurs spécialités ?
Oui, c'est ça. Déjà tu as des réalisateurs qui sont musiciens et d'autres qui ne le sont pas. Beaucoup ne le sont pas. Je le connais peu, mais par exemple, je sais que Renaud Létang n'est pas musicien, il est ingénieur du son, c'est sa formation. Je pense qu'il a plein d'idées musicales et qu'il sait se débrouiller pour les faire aboutir, mais concrètement il n'est pas musicien. Si tu lui demandes de se foutre derrière un piano et de jouer une partie de musique, je pense qu'il en est incapable.

Donc lui, quand il a besoin d'arrangements, il fait appel à des arrangeurs. Moi c'est l'inverse, je ne suis pas un ingénieur du son ni même un super instrumentiste, mais je suis musicien de formation. Je sais faire du son parce que j'adore ça et que j'ai été un petit peu obligé de le faire, mais du coup moi je ne mixe pas un album, je demande toujours à quelqu'un d'autre dont c'est la spécialité de le faire sous ma direction, et en l'occurrence je demande souvent à Philippe Balzé.
A l'arrivée, on fait le même travail mais on n'a pas les mêmes approches parce qu'on ne vient pas du même point. Et puis t'as des réalisateurs qui sont ni comme Létang ni comme moi, des gens géniaux qui sont autant ingénieurs du son que musiciens. Y'en a pas beaucoup mais y'en a…
En France ?
Oh oui, il doit y en avoir même si c'est quand même assez américain comme truc. Et pour finir t'as des réalisateurs qui ne sont ni techniciens ni musiciens. Des mecs qui ont juste des idées comme ça. Et qui ne sont pas forcément mauvais hein, qui peuvent même être brillants. Parce qu'en fin de compte, le gros du truc c'est de diriger les séances de studio.As-tu connu Philippe Lerichomme ?
Non.
Il était chef des éditions Universal. On a eu la chance de le rencontrer, il était en fin de carrière. C'est lui qui nous a signé, qui fait que pendant 3 ans on a été aux éditions Universal. Et Lerichomme c'était le D.A. de Gainsbourg. Il l'accompagnait en studio. Il était encore de cette génération-là. Alors il nous racontait les séances avec Gainsbourg… En fait l'exemple-type du D.A. tel qu'il n'existe plus, c'est George Martin. George Martin était D.A. des Beatles. Il a arrangé plein de titres, tout ça, et il n'a même pas un point sur les albums des Beatles parce qu'il était salarié d'EMI, c'est quand même dingue !
C'est d'être George Martin qui t'excitait quand t'étais môme, que tu écoutais les disques et que tu lisais la presse rock ? Tu voulais être le grand manitou dans l'antichambre des grands albums ?
Ah bah ouais ça c'est le mythe…
Et le mythe fait foi…
(Silence.) Quand j'étais petit j'ai fait le Conservatoire et pendant quelques années j'ai eu la chance de faire celui de Grenoble qui était, dans les années 70, le plus moderne d'Europe. Aujourd'hui il ne l'est plu parce qu'il est resté en l'état, mais avant c'était le top. Dans ce Conservatoire il y avait ce qu'ils appelaient une régie – un studio d'enregistrement donc – qui était reliée à différentes salles. Et de temps en temps, comme on avait le droit de la visiter, j'y allais et je me rappelle que je voyais des mecs y faire des montages avec les bandes magnétiques… J'ai trouvé cet endroit vraiment magique.
Pour toi c'était la NASA !
Ouais, c'est ça ! Et puis comme c'était les années 70 il y avait un côté un peu futuriste, space age… Et moi à l'époque je faisais donc du classique mais je commençais quand même à écouter, surtout via mon frère aîné, les Stones, les Beatles. Beaucoup les Beatles, un peu Bowie. Le Velvet, Lou Reed, tout ça c'est venu après. Et j'étais curieux de savoir comment cette musique s'était faite. Par exemple sur les Beatles j'avais repéré qu'il y avait des trucs réalisés avec des bandes à l'envers, ce genre de bidouilles de studio, et ça m'intriguait.
Et aujourd'hui j'imagine que lorsqu'on te contacte c'est qu'on ne cherche pas un simple exécutant, mais un style précis de production, une griffe, une sorte de bidouiller aussi.
J'ose espérer. (Silence.) Mais pfff, comment dire, j'ai toujours l'impression qu'il y a une forme d'imposture dans ce qu'on fait. On n'a pas de diplôme. Moi j'ai pas de CAP réalisateur…
T'as un CV…
Oui mais c'est du vent, ça ne veut rien dire donc quand on fait appel à moi, je ne sais pas sur quoi ça repose.
Tu n'es pas conscient de ce pour quoi tu es réputé et recherché ?
Quelque part, ce sont les artistes qui font leurs albums. Moi il m'arrive de composer un peu, le plus souvent d'arranger. Donc des gens me disent : « Ah ouais, j'adore cet album ! » mais en fin de compte ils ne savent pas vraiment ce que j'y ai fait, donc tout ça me dépasse. C'est pour ça que je parle d'imposture. Alors il y a le cas Miossec par exemple. J'ai fait 2 albums avec Christophe Miossec. Et y a des mecs d'une trentaine d'années qui veulent que je travaille avec eux parce qu'ils sont très fans, ils ont vraiment été élevés à l'école de l'écriture de Miossec, donc pour eux c'est…
Une histoire de filiation ?
Oui, ils pensent que par transfert je vais les introduire dans la famille Miossec. C'est une sorte de truc psy comme ça. Je suis le lien entre le mec et son idole. Comme j'ai travaillé avec lui, je serais une part de sa magie, de sa légende…
Ce qui n'est pas totalement faux…
Christophe, je le connais très bien, on se voit un peu moins maintenant parce qu'il est parti habiter en Bretagne, mais on est devenu très amis. Et pour moi c'est quand même assez mystique, enfin bizarre, que ce mec que je connais super bien et que j'adore soit une sorte d'idole pour des jeunes. Quand ils m'en parlent j'ai l'impression que pour eux c'est LE mec qui a inventé la chanson française alors que, bien sûr, ça n'est pas vrai. Donc voilà, on m'appelle pour ça. Après on peut aussi m'appeler parce que j'ai eu la chance que certains albums sur lesquels j'ai travaillés aient été des succès et que des gens me voient donc comme une sorte de caution, de garantie…
A quels succès penses-tu ?
Un peu à Miossec, mais surtout Renan Luce.

Ça a fait monter ta cote ?
Obligatoirement. Je le sais…
Et tu le vis bien (rires) ?
Pfff ouais, ouais, ouais (rires) ! J'ai aussi fait deux albums avec Renan Luce. Donc j'ai connu Renan avant qu'il soit très connu. C'était un petit gars comme j'en rencontre parfois parce que je fais souvent des premiers albums. Sur les conseils de son manager je suis allé le voir en concert et il était seul sur scène, on était 15 dans la salle. Je l'ai donc accompagné dans son travail sur ses deux albums et on s'est vraiment super bien entendu. Après, le succès c'est quelque chose que tu ne maîtrises pas du tout… Mais quand je travaille sur un album je ne me dis jamais « Cet album ça va être la lose, on ne va rien vendre du tout », j'imagine toujours que cet album peut et mérite un succès. Donc je pensais que Renan pouvait avoir un succès mais pas plus que les autres…
Toi qui es plutôt fan de musique anglo-saxonne à la base, as-tu une sorte de déontologie, de baromètre personnel au moment de choisir si tu vas bosser ou non sur tel ou tel album de chanson française, voire même au moment tu bosses dessus, dans la couleur que tu pourrais vouloir donner au disque ?
Tu veux dire : est-ce que je fais des compromis par rapport à l'aspect commercial FM ?
Non, je veux surtout dire que chez nous en 2011 il y a quand même toujours ce syndrome de la chanson trop franco-française, au sens de passéiste dans l'imaginaire, pas du tout rock'n'roll dans la musique, et aux textes ancrés dans le quotidien. Renan Luce incarne pas mal ça, au même titre que Bénabar, Dorémus et j'en passe. Est-ce que toi tu ne cherches pas, à ta manière, à pervertir un peu tout ça en y insufflant un soupçon d'esthétisme pop anglo-saxon ?
Je ne cherche pas à le faire sciemment, mais comme je viens de là, certainement que toutes ces influences ressortent malgré moi. Les idées qui me viennent, tout ça, ce sont des choses que j'ai digérées depuis longtemps. Quand j'étais adolescent je n'écoutais jamais de chanson française, j'aimais pas. Chez moi mes parents écoutaient Léo Ferré, Jacques Brel et pfff moi ça me faisait chier quoi, vraiment. Maintenant, avec l'âge, je reconnais qu'il y a quand même des trucs super, mais à l'époque comme les textes me passaient un peu au-dessus et musicalement je trouvais ça plutôt ringard, bah voilà quoi. Mais bon, on est comme on est : même encore aujourd'hui, bien que les textes me passent moins au-dessus de la tête, j'écoute toujours assez peu de chanson française. Je vais me précipiter sur le dernier Massive Attack, beaucoup moins sur le dernier Grand Corps Malade.
Et donc, ta position face à « l'aspect commercial FM » ?
(Silence.) Je n'ai pas le sentiment de me compromettre, car pour moi passer à la radio ce n'est pas insultant, au contraire, je trouve ça super. Moi j'écoutais la radio quand j'étais gamin et j'y ai découvert plein de trucs. Maintenant je n'écoute la radio que dans ma voiture et c'est plutôt France Inter, Le Mouv', Ouï FM, Nova, donc je cible plutôt ce que j'écoute. Mais quand je suis pris dans les embouteillages alors que je traverse Paris il m'arrive parfois – et la concession est peut-être là ! – de me dire : « Tiens, je vais écouter Virgin Radio », qui n'est pas la pire d'ailleurs ! Parfois je tombe sur des trucs encore plus pourris. Mais j'estime que je vais un peu loin quand j'écoute Virgin Radio. Et c'est histoire de me dire : « Tiens, si j'écoutais – non pas ce qui marche d'ailleurs, parce que c'est pas forcément la même chose – mais ce qui passe en radio… »
En même temps si ça passe en radio c'est que ça marche…
Hé bah pas forcément. Pas forcément. Je vais te donner un exemple actuel et concret : cette année j'ai fait un album pour un groupe qui s'appelle Kaolin et un de leur titre est rentré direct sur Virgin, RTL2, tous ces trucs-là, ce qui est donc une super exposition, je suis super content pour eux, ça fait plaisir. Hé bah les ventes sont vraiment pas terribles.

Peut-être, mais si le morceau est si bien diffusé, c'est parce que leur précédent album s'est super bien vendu…
Oui, c'est vrai que la plupart du temps ça va de paire, ça aide quand même, mais tout ça pour te dire que c'est jamais gagné. Jamais. Surtout que maintenant plus personne ne vend trop. Et donc voilà, des fois pendant une demie heure j'écoute Virgin Radio pour savoir ce qu'est le son radio d'aujourd'hui. Souvent je suis déçu, je trouve que ça sonne pas terrible. Et les trucs qui sont vraiment super radiophoniques, je me dis : « Merde, je ne sais pas faire ça, moi ». C'est pas ma culture et si j'apprenais à le faire, je ne le ferais pas bien. Donc en fait j'en suis revenu.
Je me dis que j'ai eu la chance de produire des titres qui sont beaucoup passés en radio parce que c'était souvent un malentendu.
C'est-à-dire que je n'avais pas fait le morceau comme ça pour qu'il puisse passer en radio, mais parce que je trouvais que ça le servait, tout simplement. Parfois, avec Edith, on nous demandait de faire un truc au format radio, et les rares fois où on l'a fait ça n'est justement pas passé en radio. Donc je pense qu'il y a des gens qui savent vraiment bien le faire, des gens qui ont, pas la méthode, mais le savoir-faire pour ça, moi je ne l'ai pas.
A qui penses-tu quand tu dis que certains ont ce savoir-faire ? Renaud Létang ?
Non, je ne pensais pas à lui mais je pense qu'il doit savoir le faire, oui. Je t'en parlais tout à l'heure mais je le connais à peine hein. On s'est juste rencontré pour le mix d'un disque que j'avais réalisé.
Lequel ?
L'album d'un mec génial, qui s'appelle Ludéal, et qui n'est pas très connu.
Son premier ?
Oui. Un disque super. Vraiment.
Létang et toi, j'ai l'impression que vous êtes un peu sur le même créneau, celui de faire une chanson française de qualité, comme on dit, une chanson française qui soit un peu pop, racée et accessible. C'est ça qui vous réunit, non ?
De faire une musique accessible ? (Silence.) Comment dire ?.. Je n'essaie pas de faire en sorte que ce soit accessible, j'essaie de faire en sorte que ce soit accessible pour moi (rires) ! J'adore des choses pointues, mais je ne dois pas être si pointu que ça car je refuse de faire des choses purement élitistes. Récemment j'ai fait un album, tiens je vais te l'offrir d'ailleurs (il revient avec "Est-ce l'est", le premier disque de Nicolas Comment). Tu connais ?
Oui.
Hé bien ça tu vois, pour moi c'est pas élitiste parce qu'on n'a pas cherché à faire quelque chose d'ardu à écouter même si, d'un autre côté, on sait bien que ça ne passera jamais en radio…
En même temps, les chansons de Nicolas Comment sont dans un délire culturophile parisien qui a tout pour plaire à France Inter/Télérama !
Ah oui, complètement. Avec Philippe on a produit un autre premier album de ce genre (il revient avec le disque d'un dénommé Raspail). Ça c'est un gars qu'est même pas signé. Je travaille toujours pour le plaisir, mais des fois y a le plaisir et y a pas l'argent parce que y a pas de budget, mais quand je peux je me débrouille pour le faire quand même. Nicolas Comment, Raspail, j'aime beaucoup leurs albums. Mais surtout Ludéal. Je pense qu'il aura du succès un jour, mais je suis déçu, je pensais vraiment que son premier album ferait mieux…
J'ai vu que le single de son deuxième album, Allez l'amour, avait pas mal circulé…
Oui, mais pas suffisamment. Il a vendu moins du deuxième que du premier.
Ça c'est les disques que tu as produit seul. Ceux dont tu es le plus fier ?
Ceux-là, avec les deux Miossec. Et le Soulier, vraiment.
A part ça, tu continues de produire en binôme avec Edith ?
Alors non, ce n'est plus le cas. On a bossé ensemble comme ça pendant une vingtaine d'années mais on s'est séparé artistiquement en 2003. On a sorti un dernier album des Valentins en 2001, et le dernier album qu'on a produit ensemble avant de se séparer c'était A la faveur de l'automne de Tété. A la base, après ce projet, on devait réaliser un album pour Jean Guidoni et faire encore un album des Valentins. Contractuellement, on le devait à Barclay. On avait d'ailleurs commencé à faire des démos. Mais déjà pendant l'album de Tété c'était tendu entre nous. Tellement que ce serait un euphémisme de dire qu'on se chamaillait en studio. On se prenait la tête en pleine séance devant le gars. Le truc qui craint, quoi. Le disque a été difficile à finir mais on a quand même réussi, et voilà, après on s'est séparé. Mais on s'était engagé à faire le disque de Guidoni. On avait commencé à bosser dessus. Alors on s'est dit : « Bon, on arrête Les Valentins, mais on fait quand même le Guidoni ». Sauf que peu de temps après, Miossec m'a appelé pour réaliser 1964. Or je rêvais secrètement de bosser avec lui. C'était d'ailleurs un de nos points de discorde avec Edith. Avant de travailler sur un disque il fallait toujours qu'on valide tous les deux le projet à 100% et Miossec par exemple, on en avait déjà parlé et Edith, je ne la sentais pas motivée…
Pourquoi ?
C'est juste des questions d'affinités artistiques, je pense que Miossec c'était juste pas son truc. Mais c'était dans les deux sens, y avait aussi des trucs qu'elle voulait faire et qui ne me branchaient pas. Par exemple, je me rappelle qu'à l'époque elle était pas mal dans les trucs latins. C'était pas du tout ma came. Donc à force je pense qu'on avait accumulé des frustrations de ce genre. Après que Miossec m'a contacté, j'ai donc appelé Edith pour lui dire : « Je ne vais pas faire l'album de Guidoni. Ce sera enfin pour nous l'occasion de vraiment travailler touts seuls. On en a besoin.» Edith a donc réalisé l'album de Guidoni et moi celui de Miossec. Et comme avec Christophe on est très vite devenus copains et que ça marchait bien, je me suis plus investi auprès de lui. Je l'ai accompagné en tournée et on a commencé à écrire l'album d'après. Tout ça a pris du temps. Pendant toute cette période on ne se voyait plus avec Edith. Et pour finalement répondre à ta question, on a rebossé ensemble cette année, de manière ponctuelle. On s'est dit que voilà, c'était ponctuel. C'était sur le prochain album de Thiéfaine, qui doit sortir en février m'a-t-on dit.
Produire seul, ça a changé quoi pour toi ?
Pas mal de choses. Quand je bossais avec Edith on avait un peu chacun nos domaines réservés.
Elle les guitares, toi les claviers ?
Ça peut paraître paradoxal mais non, au contraire, c'était plus elle qui s'occupait des claviers et moi des guitares. C'est normal : comme elle était guitariste, c'était moi qui la dirigeais aux guitares et comme j'étais claviériste c'est elle qui me dirigeait aux claviers. Mais au-delà de nos instruments respectifs, comme un album c'est quand même une grosse responsabilité, qu'il faut rester concentré sur des choses précises et ne pas se marcher sur les pieds, on se partageait les tâches. Edith s'occupait donc de la direction des voix et moi des arrangements d'orchestres, cordes ou cuivres. Et c'est ça aussi au fil du temps qui génère des frustrations, parce que bien évidemment t'as envie de toucher un peu à tout, de mettre ton nez partout. Donc voilà, quand t'es tout seul tu te retrouves à t'occuper de tout, c'est pas mal de responsabilités. J'ai eu la chance d'être rapidement dans le bain parce quand tu bosses avec un type comme Miossec, qui attend beaucoup de toi, l'avantage c'est que t'as pas le temps de te poser des questions. En plus, au départ 1964 s'annonçait comme un album compliqué parce qu'ils avaient déjà enregistré des arrangements d'orchestre et il fallait que je les récupère et que je fasse jouer le groupe dessus, donc techniquement c'était super spé'. J'ai dû direct en découdre avec ce genre de choses. C'était un beau cadeau, mais c'était pas évident.
L'album que tu es le plus fier d'avoir produit avec Edith, c'est un Daho ou le Bashung ?
Disons qu'avec Etienne on a appris notre métier. Il nous donnait des responsabilités qu'on n'aurait pas dû avoir, parce qu'on n'avait pas la bouteille pour les prendre et qu'on bossait sur des albums qui impliquaient de grosses responsabilités budgétaires. On a beaucoup appris avec lui et par lui, parce qu'il avait plus d'expérience que nous. Donc c'était une première étape importante.
Une sorte d'adoubement ?
Non, mais adoubé, j'ai eu le sentiment de l'être après avoir travaillé avec Alain Bashung sur Fantaisie militaire. Alors que le truc dingue, c'est qu'on ne peut pas dire que c'est nous qui ayons réalisé ce disque.

JEAN-LOUIS PIEROT  « BASHUNG »

21 décembre 2010. 12h00. Je suis toujours au studio La Bulle à Clamart en compagnie de l'ex-Valentins Jean-Louis Piérot. On parle de ce qui l'occupe désormais chaque jour depuis près de 20 ans : produire des disques. Et comme j'ai déjà bien coincé la bulle dans sa bulle en évoquant son travail sur les albums de Daho, Miossec, Renan Luce & co, je sens qu'il est alors temps de lui parler de ce disque qui me fascine et que je suppose être son plus gros chantier : Fantaisie militaire d'Alain Bashung.

« Alain Bashung nous menait tous en bateau, c'était lui le vrai réal' »

Jean-Louis, tu as travaillé avec Bashung sur Fantaisie militaire qui est considéré comme l'un des albums cultes, si ce n'est L'album culte de la chanson française moderne…
Oui et il ne se passe pas une semaine sans qu'on m'en parle. Tout à l'heure tu me demandais pourquoi on sollicite mes services, hé bien j'ai bossé pour des artistes très différents, des gens qui n'ont parfois rien en commun, mais ils font tous systématiquement part de leur admiration pour cet album incroyable. L'exception je dirai, c'est Renan Luce. Je crois que Bashung, lui c'est pas sa came.
Tout le monde semble s'accorder sur le fait que Bashung avait une manière très particulière voire inédite de travailler. Tu confirmes ?
C'est simple, nous en gros on a appris notre métier avec Etienne et on l'a désappris avec Alain. Fantaisie militaire a complètement chamboulé dans notre façon de travailler.
Est-ce lié au fait que Bashung semblait moins fonctionner comme un auteur-compositeur-interprète que comme un D.A. qui supervise des séances d'expérimentation musicales et procède ensuite par collages ? 
Oui, y'a de ça. En fait avec Etienne on a appris à enregistrer un album de manière traditionnelle. C'est-à-dire qu'au moment d'entrer en studio, les chansons étaient écrites, on avait des maquettes. Aujourd'hui à ce stade on a même des pré-prod mais à l'époque la technologie ne le permettait pas. Donc voilà, t'as les chansons, tu les enregistres au propre avec des musiciens, au pire tu les fais répéter un peu avant ou tu les fait jouer séparément si tu veux ensuite pouvoir bidouiller un peu le son et hop, tu mixes le tout. Ça c'est la manière traditionnelle. Ce que je fais encore aujourd'hui hein. Et avec Bashung c'était l'inverse. On a fonctionné de manière complètement déstructurée. Bon, faut aussi remettre ça dans le contexte. L'enregistrement du disque s'est fait en 97, à une époque où on découvrait tout juste Pro Tools…
Et où venait de sortir Ok Computer, un des grands disques rock, si ce n'est LE grand disque rock à avoir pris acte des premières possibilités offertes par ce logiciel qui a changé les façons de faire et d'enregistrer la musique…
Oui, d'ailleurs on l'écoutait en studio. Donc voilà c'était les débuts de Pro Tools et dès le départ pour ce disque Alain voulait l'utiliser, parce que son idée, son fantasme, c'était de faire travailler plusieurs arrangeurs sur les mêmes chansons, de prendre un peu de l'un et de l'autre et de mélanger le tout. Et y'avait que Pro Tools qui pouvait permettre de faire ça, sur bandes on ne pouvait pas. Et c'est ce qu'il a fait. Avant nous il avait déjà commencé à bosser des chansons comme ça avec d'autres gens. Mais comme ça n'avait pas été concluant un jour j'ai reçu un coup de fil : une amie me disait que Bashung voulait me rencontrer. Et moi Bashung, j'étais fan donc pffff j'y croyais à peine…
J'imagine ! Comment avait-il eu l'idée de bosser avec toi ?
J'ai appris qu'il avait eu cette idée parce qu'il était tombé sur un album de Brigitte Fontaine (Genre humain, nda) où Edith et moi on avait réalisé 2 titres et qu'il adorait les claviers d'un des morceaux. On s'est donc rencontré lors d'un dîner. Ce soir-là on a beaucoup parlé de musique et je me suis rendu compte qu'il avait une curiosité musicale hallucinante. Il connaissait tout sur tout des années 40 jusqu'à maintenant, même les petits groupes obscurs à peine recensés par Les Inrocks. Moi pas, mais heureusement à l'époque parmi mes 2-3 albums phares y'avait Spirit of Eden de Talk Talk, et ça nous a tout de suite connecté. Je me disais qu'il pouvait connaître ce disque et même l'aimer, mais je me doutais pas qu'il l'aimerait à ce point. C'était tellement loin de sa propre musique. Mais c'est là qu'il voulait aller. Il avait déjà fait des petites maquettes, c'était des DAT à l'époque, et sur ces DAT les deux pistes n'étaient pas utilisées en stéréo donc sur l'une y'avait un pattern de boîte à rythme et sur l'autre sa voix a capella. A part ça, aucune information musicale.

Bashung commençait donc ses compos par le texte ?!
Ah oui, quand il avait écrit ses textes il considérait que son album était déjà quasiment fini.
C'est étonnant car on entend souvent dire qu'une chanson sonne moins si le texte préexiste car la musique devient alors esclave des mots. Or ce n'était pas son cas. Il était le plus musical de nos « chanteurs français ». Comment arrivait-il à tordre ça ?
Moi j'ai eu la chance de travailler avec lui que sur un seul album mais tu pourras par exemple demander à Jean Fauque (parolier, nda) et Jean Lamoot (producteur, nda), qui ont travaillé plus d'une fois avec lui, ils te diront qu'il parlait de son album quand les textes étaient finis. A la fin du diner il m'a dit : « Ecoute, je te confie quelques titres. Vois ce que tu peux faire avec ça. » Et en effet, sur les DAT qu'il m'avait confiés tous les textes étaient là, avec sa voix a capella, et pas une note de musique à part un pattern de boîte à rythme. Bref, après les 4 mois de pré-prod on était plus que deux équipes à bosser sur le disque. Y'avait donc Edith et moi et un type qui s'appelle Richard Mortier. Bashung souhaitait donc confronter nos arrangements aux siens en nous faisant bosser sur les mêmes titres de manière cloisonnée. C'est ce qu'on a fait et on a évidemment trouvé des arrangements différents, mais ce qui est dingue c'est qu'en partant des mêmes voix a capella on a aussi réussi à trouver des accords différents et même, sur certains titres, des tonalités différentes. C'est-à-dire que dans la voix d'Alain, si tu mettais telle note t'avais l'impression d'entendre telle mélodie vocale et si tu l'enlevais et que t'en mettais une autre t'avais l'impression d'en entendre une toute autre mélodie vocale. C'était curieux parce que quand t'enlevais le tout y'avait pas vraiment de mélodie, il ne faisait que parler, psalmodier. C'était tout dans la rythmique, l'intonation.
On a l'impression qu'en faisant bosser deux équipes d'arrangeurs en simultané Bashung était comme l'annonceur qui sollicite plusieurs agences de pub pour pouvoir ensuite tirer profite de leurs meilleures propositions.
Non, parce qu'on n'était pas en concurrence. Bon, je pense qu'inconsciemment on devait se dire qu'il fallait qu'on fasse mieux que Mortier qui lui aussi devait se dire pareil de son côté, mais c'était plus une question d'émulation. Il fallait qu'on fasse au moins aussi bien que lui. On était dans un studio qui n'existe plus, qui était derrière la place Clichy et qui s'appelait le studio Antenna. On avait une sorte d'atelier dans une pièce, Richard dans une autre et puis au milieu y'avait un studio qui servait à enregistrer tout ce qu'on faisait. Chacun de notre côté on faisait plusieurs versions d'un même titre. Par exemple Edith et moi on a dû faire pas moins de 10 versions radicalement différentes de « Malaxe ». Dans son style qui n'est ni mieux ni moins, juste différent, Richard a dû faire de même. Et le génie d'Alain c'était de dire : « Bon bah là je voudrais le couplet des Valentins, le pont de Richard et cette autre version du couplet des Valentins. » Il tentait des choses hallucinantes comme ça, des sortes de puzzles faits de mélanges et de hasards qui faisaient qu'on naviguait dans le brouillard. C'était l'éclate. Par moments je me rappelle que j'avais comme des éclairs de lucidité : « Mince, cette chanson est quand même énorme ! »
Cette façon de faire ressemble à celle du cinéaste qui, sur le plateau, tourne des scènes dans le désordre avec ses acteurs pour, au montage, donner forme au film qu'il a en tête.
Oui, y'a de ça. D'ailleurs, de là où il était, il entendait assez bien ce qu'on faisait et des fois il déboulait furieux : « Mais c'est de la merde ! Je veux pas entendre ça ! » et à l'inverse parfois il rentrait estomaqué : « Les mecs, déconnez pas, j'espère que vous avez enregistrés ce que vous venez de faire ! Vous avez enregistré hein ? Me dites pas que vous avez pas enregistré là parce que c'est ça que je veux ! C'est ça ! » Il était comme ça. Parfois il se rendait compte qu'il venait de tourner une scène qu'était pas de la merde. Et puis après on pouvait ne pas l'entendre pendant 2 jours, il fumait ses joins dans sa pièce en lisant son journal. « Alain, tu veux pas venir écouter ? » « Non, non, allez-y, bossez. »
Dis-moi si je me trompe mais j'ai le sentiment qu'en bossant sur Fantaisie militaire c'est comme si t'avais bossé sur un disque de Bowie, et que voilà en France seul Bashung pouvait un projet musical aussi riche, prospectif, captivant.
Exactement, je pense que leurs démarches se ressemblent. Alors que Bashung n'était pas un très bon musicien. Il ne jouait pas très bien de la guitare, il jouait un peu de l'harmonica, voilà c'est à peu près tout. Or tu vois on dit que c'est Ian Caple qui a réalisé Fantaisie militaire, c'est ce qui est officiellement écrit, « réalisé par Ian Caple », mais en réalité ce n'est ni réalisé par Ian Caple, encore moins par Les Valentins, par Richard Mortier ou qui que ce soit d'autres, et je ne dis pas ça du tout contre Ian Caple ou Richard Mortier, ce sont tous deux des mecs charmants et plein de talent. Non, c'est juste que c'est réalisé par Alain Bashung lui-même. C'était lui le vrai réal'. C'est lui qui nous menait tous en bateau. Je pense qu'il était aussi perdu que nous mais c'est quand même lui qui tirait les ficelles. C'est pour ça qu'il n'entrait jamais dans la cabine avec nous. Il savait qu'on était plus ou moins fan de lui et du coup il savait que sa présence nous empêcherait de créer, que tant qu'il serait là on serait dans un rapport de subordination. Un jour, je me rappelle, il nous a dit : « Oubliez tout ce que j'ai déjà fait et essayez de me trahir ».

Ce que n'ont pas fait les collaborateurs de Bleu pétrole, son dernier album.
Ah ça, ça n'engage que toi (rires) ! Je ne me permettrais pas de le dire mais oui, c'est vrai que certaines choses m'ont un poil déçues.

Bashung devait intuitivement savoir que cette « trahison » était le prix à payer, le prix à payer pour faire vraiment créer et que la magie de cette création ne jaillissait que par ricochets de rêves, « rêves emboités ».
Oui, parce qu'en un sens Fantaisie militaire n'a été imaginé par personne et n'a été construit à partir de rien si ce n'est le travail concret de plein de gens différents !
Oui, et c'est fascinant qu'un type qui ne sache pas écrire ses propres textes et qui ne soit ni un musicien virtuose ait pu à chaque disque réunir autant de gens sous sa coupe pour exaucer ses visions. Comme si Bashung était la figure présidentielle du rock français…
Je ne sais pas si tu l'as entendu, mais l'année dernière Edith et moi avons été interviewés dans le cadre d'une émission qui retraçait disque après disque la carrière de Bashung. Ça passait sous forme de feuilleton le dimanche sur France Inter, mais ça avait été fait par une radio Suisse. Et ils s'étaient bien cassés la tête parce qu'il y avait le paquet d'interviews. Ils étaient allés questionner tout un tas de gens qui avaient bossé avec lui et c'était vraiment très étonnant d'entendre tous ces gens que je connaissais de nom mais que je ne connaissais pas personnellement traduire, chacun avec leurs mots, ce que moi j'avais vécu. C'est-à-dire que de notre plein gré on s'était laissé manipuler, positivement manipuler et qu'on était plein d'admiration parce que ça avait été agréable et qu'à l'écoute du résultat final le disque était plus que cohérent. Ça pourrait être n'importe quoi. Ça pourrait pu être complètement n'importe quoi. Il n'avait par exemple pas attendu Pro Tools pour faire des mélanges et des castings dantesques. Sur Chatterton, l'album d'avant Fantaisie militaire, il avait déjà convoqué plus de 30 guitaristes à venir jouer sur les mêmes morceaux. Mais que ce soit L'Imprudence, Fantaisie militaire, Chatterton, Novice ou Osez Joséphine, quelque soit les techniques utilisées – parce qu'il suivait l'évolution des technologies de son époque – et les nationalités des musiciens – américain, anglais ou français – on faisait tous état de la même expérience !
Un tel processus ne produit-il pas son lot d'égos blessés ?
Si, bien sûr. Ceux-là n'ont pas été interviewés mais beaucoup de gens se sont fait lourder. Certains avec pertes et fracas. Et j'imagine que ça doit être un peu humiliant de passer du ravissement de se savoir bossant pour Bashung au coup de fil qui te dit : « Bah non en fait, ça va pas le faire ». Mais nous avec Edith on avait dès le départ complètement conscience qu'on pouvait être lourdé du jour au lendemain car au moins deux équipes avaient été lourdés avant nous et on se demandait toujours ce qu'on avait fait de grandiose pour mériter d'être là. En plus, ce que je ne t'ai pas dit c'est que pendant toute cette période qui de pré-prod qui a duré 4 mois on n'habitait plus à Paris. Moi j'habitais à Marseille et Edith à Aix. A Paris on logeait donc à l'hôtel et comme d'une semaine sur l'autre on ne savait si on allait encore faire appel à nous on avait un peu l'impression d'être sur la sellette comme à la Star Ac'. C'est-à-dire qu'on bossait et à la fin de chaque semaine alors qu'on avait presque fait nos bagages en se disant : « Ça y est, c'est fini pour nous et si ça se trouve il ne va rien garder de ce qu'on a fait, à peine 3 accords » Alain ou Barclay nous appelait pour nous dire qu'il nous voulait encore auprès de lui. Et comme ça, de semaine en semaine on est resté jusqu'au bout et en fait, mis à part 2-3 titres où c'est à 90% du Richard Mortier, c'est vraiment nos notes. Mais on ne savait pas à l'avance.
Ça faisait parti du jeu.
Oui, jusqu'à l'enregistrement. Qui a duré 4 autres mois.
Ne ressort-on pas lessivé après 8 mois d'un tel travail ?
Non, non, c'était magique. C'était une période difficile pour Edith et moi parce qu'on venait d'enregistrer un album des Valentins où on avait de nouveau frôlé la séparation tellement ça avait été dur. Pour tout te dire on avait même pensé à arrêter la musique…
A ce point ?!
Enfin « arrêter la musique », on n'arrête jamais vraiment la musique mais on se posait des questions. Et le plaisir qu'on a pris avec Alain nous a redonné la foi. Parce que pour moi le vrai sens de la musique c'est ce côté prospectif. Faire cet album nous a donc tous les deux réconcilié. Et ça nous a surtout ouvert les yeux sur les autres façons de faire de la musique. Aujourd'hui on travaille l'un et l'autre de manière beaucoup plus traditionnelle que ce qu'on a fait avec Alain mais par exemple maintenant quand je reçois une maquette et que les arrangements de la pré-prod ne sont pas pertinents je m'autorise parfois à tout balayer pour repartir de la bas guitare-voix. Car maintenant je sais que tout est possible.
Mais ce trip n'a-t-il pas eu une redescente ?
Si, si. Parce que professionnellement toute cette période de studio ça nous a super rapproché Edith et moi, et ça nous a d'autant plus rapproché que dans nos vies respectives, sentimentalement, et que le hasard a fait que nos pères sont morts pendant l'enregistrement de cet album. Ils sont tous les deux eu un cancer du colon. Ils n'avaient pas le même âge. Son père est d'abord mort le premier, le mien juste après. Donc c'était une période super difficile et en fait pour nous cet album a formé comme une bulle qui nous a protégé du fait que nos propres vies n'étaient pas très rigolotes. Et moi c'est bizarre car ça a beau être une période très difficile de ma vie, c'est aussi l'une des plus belles périodes de ma vie. Je garde un souvenir ému de ces 8 mois de studio. On se marrait ! Alain aussi n'allait pas bien. Il était en plein divorce. Les histoires d'avocat, tout ça, il n'en pouvait plus. Alcoolique abstinent jusque-là, il s'est remis à boire, à picoler. Mais quand on était ensemble – et on était tous les jours ensemble – on s'éclatait à écouter de la musique ensemble, à en faire et à parler de tout ça pendant des heures avec Alain. Moi ça me donnait envie de me lever le matin. C'est pour ça que j'ai un peu de mal à écouter cet album… J'adore l'album, je peux écouter 3 titres, comme ça, avec plaisir, mais du début à la fin ça me plonge dans un état trop bizarre. Qui n'est donc pas lié à la musique mais au fait que pour moi ce disque est clairement une Madeleine de Proust. Le moindre titre, la moindre note, quand on l'a enregistré, comment on l'a enregistré, j'en ai un souvenir très précis.

Pas déçu de ne pas avoir été de nouveau sollicité pour L'Imprudence qui a suivi ?
Alors, non. Parce qu'on savait dès le départ que par définition on ne le serait pas. Alain nous l'avait pas dit « Je ne vous rappellerai plus » parce qu'en un sens, comme il nous l'a dit à la fin de Fantaisie militaire, il aurait aimé qu'on refasse de la musique ensemble, mais parce que pendant qu'on l'enregistrait il n'avait pas cessé de nous dire que son obsession était de ne jamais faire deux fois le même album. Il voulait à chaque fois aller plus loin il fallait donc qu'il choisisse d'autres gens. Et ça on l'avait très rapidement compris donc on n'a pas été vexé. De la même manière on s'était dit qu'on refuserait de l'accompagner en tournée sur ce disque si jamais il nous le demandait. Ce qu'il n'a pas fait puisqu'il n'a pas tourné avec Fantaisie militaire. Et il a bien fait de faire ce qu'il a fait car au final L'Imprudence se distingue de Fantaisie militaire, même si on peut voir que Fantaisie militaire a ouvert un peu la voie à L'Imprudence.
C'est vrai. Que penses-tu de L'Imprudence, en tant que pur auditeur ?
(Silence.) Pour moi ça a été très difficile d'écouter L'Imprudence. J'ai dû mettre 10 mois avant de pouvoir vraiment l'écouter.
Pourquoi ça ?
(Silence.) Je sais pas, d'un coup c'est comme si tu rentrais dans une aventure à laquelle tu n'avais pas été convié. Que tu regardais les images du voyage que quelqu'un qui t'es cher avait fait avec quelqu'un d'autre que toi. Ce n'est pas de la jalousie mais c'est déstabilisant.
Et verdict finalement ?
L'album est magnifique. Je le trouve juste un peu trop dans le détail. Fantaisie militaire était un peu plus spontané, plus brut.
Après avoir travaillé sur un tel album, digne de rivaliser en inventivité et en qualité avec les anglo-saxons, n'as-tu pas eu envie de bosser avec…
Des artistes anglais ? Pour ça faudrait qu'ils m'appellent !
Tu ne te verrais pas faire les démarches par toi-même ?
Décrocher mon téléphone pour appeler Bowie et lui dire « J'aimerais bien bosser avec vous ? »
Par exemple !
Le pauvre, il est très malade… Mais non, non, c'est pas mon genre. Comme je te le disais tout à l'heure j'ai trop l'impression d'être dans l'imposture pour pouvoir faire ça. Et le fait que Bashung puis Miossec m'aient appelé pour travailler avec eux ne change rien à l'affaire. Je suis toujours ce mec qui à ce moment-là s'est dit « Mais ils se trompent sur moi, je suis pas à la hauteur du truc. »
Mais ces gars-là doivent sans doute se considérer eux-mêmes comme des imposteurs.
Ah oui, je pense. Voilà, avec l'expérience je me suis rendu compte qu'on est tous plus ou moins des imposteurs.
Là Edith et toi venez de réaliser le dernier album de Thiéfaine, Supplément de mensonge, Thiéfaine qui est de la même génération que Bashung. Y avez-vous retrouvé un peu de la folle créativité qui a présidé aux séances d'enregistrement de Fantaisie militaire ?
Rien à voir. Le seul point commun, je dirai, c'est l'allure. On a enregistré en grande partie cet album aux studios Gang, qui comportent une cour intérieure, et de temps en temps quand on voyait Thiéfaine la traverser pour aller aux toilettes avec Edith on se disait « Mince, c'est troublant, j'ai l'impression de voir l'Alain d'il y a 10 ans ». Avec ses Ray Ban – Alain avait tout le temps des Ray Ban – sa coiffure et l'espèce de démarche comme ça, il y avait vraiment une ressemblance physique mais ça s'arrêtait là hein. Ah non, l'autre point commun c'est que Thiéfaine est un auteur. C'est-à-dire que là aussi les textes étaient déjà terminés.

Ils étaient de lui ?
Oui. Thiéfaine le texte c'est vraiment son truc, il est pointilleux là-dessus, plus qu'Alain. Il passait son temps à les corriger, à vérifier le sens d'un mot sur Internet. Après musicalement, comme Bashung il déléguait, il laissait faire les gens, mais sans vraiment superviser le truc avec une idée précise en tête.
Il n'a pas ce côté architecte sonore qu'avait Bashung ?
Non, musicalement il faisait plus confiance, il était moins investi qu'Alain, moins technicien. Enfin Alain n'y connaissait pas grand-chose en technique mais il savait les possibilités offertes. Thiéfaine c'est étonnant parce qu'il a fait beaucoup d'albums mais je ne suis pas sûr qu'il sache comment un disque s'enregistre aujourd'hui. Pour lui c'est la méthode traditionnelle : tu prends un bassiste, un guitariste, un batteur, tu les fais jouer ensemble, t'enregistres et voilà.
Actuellement en France j'ai le sentiment que le seul à être encore animé d'une soif d'expérimentation comparable dans le cadre de la chanson c'est  Christophe. 
Christophe on l'a justement rencontré après Fantaisie militaire. Il avait été question qu'on travaille avec ensemble. On s'est donc rencontré une nuit, pas pour travailler, mais pour discuter, tout ça et ce fut assez surréaliste…
Pourquoi ?
Je l'ai trouvé complètement givré, mais positivement. C'était pas « Quel con ! » plutôt « Quel mec incroyable ! » Et oui, je pense qu'il avait des points communs. Déjà ils se connaissaient très bien et quand on a parlé musique je me rappelle que Christophe parlait aussi de son obsession de défricher, de faire ce qui ne s'est pas encore fait. Donc oui, y'a de ça.
Tu as travaillé avec Daniel Darc peu après la fin de Taxi Girl. En 2004 après des années de silence il a sorti Crèvecœur, un super disque réalisé par Frédéric Lo. N'es-tu pas déçu de ne pas avoir été appelé pour en être le maître d'œuvre ?
Oui, dans l'idée j'aurais bien aimé le faire, mais non, je suis pas déçu parce que je trouve le disque superbe et qu'en plus j'aime bien Fred Lo. Lui et moi on n'a jamais travaillé ensemble en studio, mais on a tous les deux travaillé sur le premier album de Ludéal dont je te parlais tout à l'heure. Il y avait réalisé 3 titres. Daniel Darc, j'ai travaillé avec lui en studio mais c'était des broutilles. A l'époque Daho le produisait et il m'avait juste appelé pour venir faire un ou deux pianos (sur le single « La ville », nda). Je suis passé un après-midi et voilà. On ne peut donc pas dire qu'on ait vraiment travaillé ensemble. Il ne doit certainement pas savoir qui je suis. Ou alors il a dû oublier vu l'état dans lequel il était déjà à l'époque !
Il n'avait donc aucune raison de penser à toi pour Crèvecœur ?
Oui. Mais c'est un mec que j'ai toujours bien aimé hein. En plus j'adorais Taxi Girl donc j'ai toujours un à priori très sympathique pour lui. Et puis je trouve le mec attachant.
As-tu une wishlist des français avec qui tu voudrais bosser ? 
Oui, mais elle va rester secrète (rires) ! Elle n'est pas très longue parce qu'en France y'a peu de gens que j'admire, mais y'en a quelques-uns. J'ai eu la chance de travailler avec certains… et j'en découvre de nouveaux, comme Bertrand Soulier.
Sur cette petite wishlist y'aurait plutôt des jeunes ou des vieux ?
Des pas si vieux que ça (rires) ! Disons que y'en a surtout un mais… je peux pas dire que j'aimerais travailler avec lui parce que je le trouve tellement génial que je vois pas ce que je pourrais lui apporter. J'ai plus l'impression que c'est lui qui m'apporterait quelque chose. En fait depuis la mort d'Alain je considère que c'est le seul mec qui pourrait prétendre reprendre le flambeau de l'artiste qui remue la chanson…
Il a autant de cheveux que toi ?
Je ne répondrai pas à cette question (rires) !
Ok !
Un mec génial hein. Je l'ai rencontré 2-3 fois et je le trouve en plus humainement adorable. Très humble.
Oui.
Et je l'ai encore vu en concert 2-3 fois l'année dernière. Formidable.
Je suis totalement d'accord avec toi. J'ai même écrit un article pour dire qu'à mon sens ce mec était le mieux doté pour succéder à Bashung dans le rôle du grand rockeur de la chanson française. Mais les rares fois où j'ai exposé ce point de vue on m'a dit « Non, c'est pas lui, c'est Biolay ». Qu'en penses-tu ?
Biolay ? J'y crois pas trop.

Un des arguments c'était qu'il aurait pu prendre la suite de Bashung mais qu'il avait loupé le coche en 95 quand il avait renié le devenir tubesque de son « Twenty-two bar ». Alors que de son côté Biolay n'avait jamais caché son désir de faire de la variété…
Oui mais non. Parce que Bashung c'était un malin. Je pense qu'il n'avait aucune envie de faire de la variété mais qu'il était juste assez malin pour sortir le single qui allait lui permettre de continuer à tracer sa voix. Le truc suffisamment classieux pour qu'on ne dise pas « C'est de la merde ! » et suffisamment accessible pour toucher le grand public. Mais il en sortait même pas un par album. Sur Bleu pétrole y'en a peut-être mais c'est pas lui qu'a écrit les chansons, sur L'Imprudence y'en a pas et sur Fantaisie Militaire il y a « La nuit je mens » mais c'était involontaire, initialement le morceau ne devait pas figurer sur l'album.
Ah bon ?!
Oui, pendant les 4 mois de pré-prod on n'a pas travaillé sur ce titre. On ne l'avait pas. Tout s'est joué au dernier moment. On était dans le studio dont je te parlais tout à l'heure, où on nous reconduisait in extremis semaine après semaine. Les pré-prod allaient se terminer dans une semaine donc on savait que tout le monde allait s'arrêter mais comme il restait une semaine de studio bookée Alain nous a dit « Bon bah c'est bien, je suis très content de ce qu'on a fait mais comme il nous reste une semaine de studio on va pas rester là à rien faire ». De sa valise pleine de DAT il nous en sort un. « Je sais pas trop quoi en penser mais c'est un titre que j'avais. Si vous avez des idées, allez-y ». Et c'était « La nuit je mens » en version voix a capella + pattern de batterie. Donc tu vois, si on n'avait pas eu une semaine d'avance sur les pré-prod cette chanson n'aurait pas être jamais vu le jour. Enfin, il l'aurait sûrement sorti pour L'Imprudence mais elle aurait alors été différente.
C'est dingue, ça tient à pas grand-chose !
Ah non, pas grand-chose ! C'est pour ça que maintenant en studio je dis souvent aux artistes de ne pas s'arrêter de composer. « Si t'as des idées, notes-les, t'es pas à l'abri d'une bonne idée de dernière minute qui peut changer la face de ton album ! »
Oui et puis cette idée aussi qu'un grand disque est rarement le fruit d'un seul homme…
Oui mais t'en as quand même certains qui font tout tout seul. Va en parler à Prince ! Lui dans son studio y'a que lui qui compose, enregistre, produit. Y'a même pas un ingénieur du son !
Oui et on voit aujourd'hui les limites d'une telle méthode !
Oui, mais au départ il faisait déjà ça et c'était bien. Donc voilà ce qui est bien aussi dans ce métier c'est qu'il me permet de rencontrer des musiciens étonnants. Y'a des grands nuls aussi, enfin quand je dis « gros nuls » c'est pas nécessairement des mauvais musiciens mais des gros cons qui pensent avoir tout compris. C'est peut-être un lieu commun de dire ça mais souvent les très très bons ils se la pètent pas quoi.

http://owni.fr/2011/05/20/jean-louis-pierot-moi-c%E2%80%99est-le-studio/






Thiéfaine ne connaît pas le grand Bashung
18 février 2011

Hubert-Félix Thiéfaine est imprévisible. C'est pour cela qu'on l'aime. Je l'ai rencontré, avant-hier, pour parler longuement de son magnifique nouvel album "Suppléments de mensonge", qui sortira le 28 février. Un disque enthousiasmant, comme je l'ai déjà dit ici, produit par Edith Fambuena et Jean-Louis Piérot, deux musiciens des excellents Valentins et réalisateurs de quelques-uns des chefs-d'oeuvre français de ses vingt dernières années, comme le "Corps et Armes" de Daho et bien sûr le "Fantaisie Militaire" de Bashung. Je m'arrête quelques minutes sur ce point, pendant l'interview,quand le très discret Thiéfaine m'avoue: "on m'a soufflé le nom d'Edith et c'est elle qui m'a proposé de travailler aussi avec Jean-Louis. Mais je ne connaissais pas les Valentins et je n'ai jamais écouté "Fantaisie Militaire" de Bashung"

Je reste un peu étonné et lui demande pourquoi: "je n'aimais ni le titre, ni la pochette, ça m'a bloqué. Et pourtant je te jure que j'ai des albums avec des superbes pochettes qui sont vraiment nuls!", m'explique Thiéfaine
Je tente une nouvelle approche: "mais tu connais forcément: "La Nuit Je Mens", qui a été un gros tube de Bashung et qui est passé beaucoup à la radio?".
Nouvelle réponse désarmante d'Hubert: "euh non...je n'écoute pas la radio". J'ai cru un moment qu'il attendait que je lui chante. Je n'ai pas osé...

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Studio Reko - Paris : à propos de Jean-Louis Piérot

Initié très tôt à la musique par son frère aîné, puis élève aux Conservatoires de Reims, Grenoble et Aix en Provence, dès l'âge de 6 ans (piano), Jean-Louis Piérot a 14 ans lorsqu'il monte son premier groupe. Il flânait souvent dans le studio d'enregistrement attenant au Conservatoire de Grenoble (classe d'électro-acoustique), et c'est là, en regardant les bandes tourner dans une ambiance futuriste, qu'est né son goût pour le studio …

En 1981, Jean-Louis rencontre Edith Fambuena au lycée.
Après son bac, il poursuit des études musicales et forme à 20 ans, avec Edith, le groupe "Les Max Valentins". Un an plus tard, Gérald (futur "De Palmas") rejoint le groupe.
En novembre 1986, ils rencontrent Etienne Daho lors de sa tournée Pop Satori. Anne Claverie, qui à l'époque manage E.Daho, deviendra la manageuse des Valentins; elle est toujours aujourd'hui l'agent de Jean-Louis.
Etienne va produire, via son label "Cupecoy Records", deux singles pour les Max Valentins, mais rapidement le groupe se sépare pour se reformer en 1989, sans Gérald, sous le nom « Les Valentins ».
En 1990, Etienne produit leur premier album (« Café des deux mondes ») chez WEA.
Le groupe enregistrera au total quatre albums (dont les 3 derniers chez Barclay) avant de se séparer en 2003.
C'est pour les albums des Valentins que Jean-Louis a vraiment commencé à composer et à arranger.
En tant que musicien (piano, claviers, guitare parfois), il joue avec Etienne Daho (en studio pour l'album "Paris ailleurs" et en tournée en 1988 et 1993), et aussi entre 1987 et 1990 avec Jacno, Bill Pritchard, Dani, etc.
Sa première réalisation artistique se fait avec Edith pour un album solo de Nicolas Sirkis en 1992, suivi par la réalisation du deuxième album des Valentins en 1993 et de deux titres pour Brigitte Fontaine en 1995 (« Genre humain »). C'est d'ailleurs parce qu'Alain Bashung aime beaucoup la réalisation et les claviers d'un de ces deux titres (« La Femme à barbe ») qu'il veut rencontrer Jean-Louis pour travailler sur son prochain album.
C'est ainsi qu'en 1997, Jean-Louis co-compose pour Alain Bashung 3 titres (dont « La Nuit je mens ») dans le cadre de l'album « Fantaisie militaire » pour lequel les Valentins effectuent les arrangements (Jean-Louis interprète également les claviers de l'album).
Entre 1998 et 1999, il compose, arrange ou réalise des titres (au sein des Valentins) et joue des claviers pour des albums de Jacno et Doriand ainsi que pour la musique du film de Stéphane Giusti « Pourquoi pas moi ? ».
En 2000, il co-compose trois titres pour le nouvel album d'Etienne Daho « Corps et armes », (dont le morceau « Ouverture »), et enregistre les claviers de l'album qu'il coréalise.
Entre 2001 et 2002, Jean-Louis collabore toujours comme compositeur, clavier, arrangeur, ou coréalisateur avec Marianne Faithfull (« Pleasure Song »), Brigitte Fontaine (« Les Filles d'aujourd'hui » sur « Kékéland ») etc. jusqu'au premier album du groupe Kaolin.
Et, en 2003, il réalise pour la dernière fois avec Edith avant la séparation des Valentins, l'album de Tété « A la faveur de l'automne ».
Dès lors, il effectuera presque toutes ses réalisations seul et prendra souvent la responsabilité des arrangements.
Et cela commence, toujours en 2003, par une rencontre importante, Miossec, et la réalisation de l'album « 1964 » (dont le titre « Brest »). Jean-Louis se lie d'amitié avec l'artiste. Alors qu'il pensait ne jamais repartir en tournée, il le suit sur scène de 2003 à  fin 2004.
Cette année-là, il participe à l'orchestration et aux arrangements de la musique du film « 36 Quai des orfèvres » et, en 2005, il réalise le premier album de Joseph d'Anvers (« Les Choses en face »).
Au printemps de la même année, Christophe Miossec et lui louent une maison dans le Finistère nord pour composer ensemble des titres du prochain album de l'artiste (« L'Etreinte ») que Jean-Louis arrange et réalise au studio ICP à Bruxelles.
En 2006, Jean-Louis réalise le premier album de Renan Luce (« Repenti »). L'album sera un très gros succès médiatique et commercial.
Début 2009, il réalise le premier album de Mike Ibrahim, puis le deuxième de Renan Luce (« Le Clan des Miros ») enregistré au Studio Gang et au Studio Reko. Un titre de cet album, « On n'est pas à une bêtise près », figure sur la bande originale du film « Le Petit Nicolas ». L'été 2009, Jean-Louis travaille à la réalisation du premier album de Raspail.
A la fin de l'année, il réalise en Belgique (ICP) le second album du groupe St André.
Début 2010, JLP réalise le nouvel album de Kaolin avant de retrouver Edith Fambuena pour une parenthèse dans leurs carrières respectives , lors du nouvel album d'Hubert Félix Thiéfaine (« Supplément de mensonge »), également enregistré aux Studios Gang et Reko.
C'est toujours au Studio Reko que sont enregistrés et mixés la même année les albums de Christophe Cirillo, Bertrand Soulier et, en 2011, ceux de Debout sur le Zinc et de Jali (nouvelle signature Barclay).
De juin à début octobre 2011, Jean-Louis a réalisé le nouvel album de Bénabar à ICP et au Studio Reko.
Le 10 octobre, JLP a entamé la réalisation du premier album du groupe « Young Michelin » (nom provisoire), vainqueur du concours CQFD 2010 des Inrockuptibles. Probe Laze It coproduit l'album avec les sociétés Absolute management et Smith en face.
En 2007, JLP réalise des albums pour Yves Simon et Ludéal, puis crée avec Philippe Balzé (ingénieur du son) la société Probe Laze It ainsi que le Studio Reko  près  d'Issy les Moulinaux.
Cette société produit en 2008 six titres réalisés par Jean-Louis pour l'artiste Nicolas Comment. Ils seront commercialisés en librairie dans un beau livre disque, « Est-ce L'Est ? Berliner Romanze».
A la fin de l'année, Jean-Louis réalise un premier album pour Lili Ster.
 
http://www.jean-louispierot.com/le-studio-reko/
Nos Coordonnées
Probe Laze IT
3 allée Arsène Georges
92140 - Clamart
Tél : 0603814864

http://www.studio-reko.fr/jean_louis_pierot.php

















Les Valentins

Pays d'origine
France
Genre musical
pop rock
Années actives
Les Max Valentins : 1985-1988

Les Valentins : 1989-2003
Labels
Barclay
Composition du groupe
Anciens membres
Édith Fambuena
Jean-Louis Piérot
Gérald Gardrinier

Les Valentins est un groupe français composé d'Édith Fambuena et Jean-Louis Piérot. Il est formé en 1985 sous le nom Les Max Valentins. Après avoir recruté Gérald Gardrinier, ils se produisent en trio. Le groupe sort deux singles et se sépare en 1988. Fambuena et Piérot continuent alors en duo et adoptent le nom Les Valentins. Durant leur carrière, ils enregistrent quatre albums et collaborent avec de nombreux artistes, dont Étienne Daho, Daniel Darc et Alain Bashung. Les Valentins se séparent de nouveau en 2003.

Biographie
Les Max Valentins
Le groupe Les Max Valentins est formé en 1985 à Aix-en-Provence par la guitariste Édith Fambuena et le claviériste Jean-Louis Piérot. À la recherche d'un chanteur, ils recrutent Gérald Gardrinier, qui joue également de la basse. Le trio fait la connaissance d'Étienne Daho et est signé sur son label Satori Songs. Ils s'établissent à Paris en 1987. Le label édite leurs premiers singles, Les Maux dits et Printemps parapluie1,2.
Le trio se sépare en 1988 en raison de différends artistiques. Gardrinier entame une carrière solo et se fait connaître sous le pseudonyme de Gérald de Palmas, alors que Fambuena et Piérot jouent et composent pour différents artistes. Fambuena écrit le titre Caribbean Sea, qui figure sur l'album Pour nos vies martiennes d'Étienne Daho, puis sort en single en 1989. Piérot participe à l'enregistrement de l'album Three Months, Three Weeks and Two Days de Bill Pritchard et du single La Ville de Daniel Darc3.
Les Valentins
En 1989, Piérot et Fambuena reprennent leur carrière en duo, sous le nom Les Valentins. Leur premier album, Café des deux mondes, paraît la même année2. Ils effectuent une tournée nationale en 19903. En 1991, l'album Paris Ailleurs de Daho est coproduit par Édith Fambuena. Les Valentins prennent ensuite part à la tournée de promotion. En 1992, ils produisent Dans la lune..., l'album solo de Nicola Sirkis3. Le second album du duo, intitulé Les Valentins, paraît en 1993 chez Barclay4. Il est enregistré avec le batteur Stephen Irvine et le bassiste Marcel Aubé. Jacno et la chanteuse Christine Lidon figurent également sur le disque. En 1995, Édith Fambuena et Jean-Louis Piérot travaillent avec Brigitte Fontaine sur son album Genre humain. Ils participent également à l'enregistrement de l'album Faux témoin de Jacno3.
Fambuena et Piérot enregistrent leur 3e album dans une ambiance tendue. Les deux musiciens évitent même parfois de s'adresser la parole en studio1. Le disque est édité en 1997 sous le titre Ego Ego. Ils participent ensuite à l'enregistrement de Fantaisie militaire d'Alain Bashung, un projet qui les convainc de poursuivre leur carrière ensemble. Selon Fambuena : « Alain nous a redonné confiance, nous a montré que nous étions meilleurs à deux »1. En 1998 et 1999, ils collaborent avec Doriand, Mercedes Audras et une nouvelle fois avec Jacno. Le duo prend également part à l'enregistrement de l'album Corps et armes d'Étienne Daho3. Les Valentins passent plusieurs semaines à Fontainebleau afin de préparer leur 4e album, Juke box, qui paraît en 2001. Cinq des textes sont signés par la dramaturge Éléonore Weber1. L'arrangeur britannique Wil Malone (en) participe à son enregistrement5. Sa parution est suivie de concerts au Nouveau Casino de Paris, puis d'une tournée nationale, effectuée l'année suivante. En 2003, Édith Fambuena et Jean-Louis Piérot mettent fin à la carrière des Valentins. Depuis leur séparation, ils continuent de produire des disques pour d'autres artistes3.
Style musical et paroles
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En 1993, le groupe dit appartenir à « une génération désenchantée ». Des titres comme Les Sans-lendemains, qui figure sur leur second album, abordent les thèmes de la maladie et de la précarité4.
Discographie
Les Max Valentins
Singles
    •    1987 : Les Maux dits (Satori Song / WEA)
    •    1988 : Printemps parapluie (Satori Song / WEA)
Les Valentins
Albums
    •    1990 : Café des deux mondes (Cupecoy Records)
    •    1993 : Les Valentins (Barclay)
    •    1997 : Ego Ego (Barclay)
    •    2001 : Juke box (Barclay)
Participations (1988-2002)
    •    1988 : Mercedes Audras (La tête à l'envers)
    •    1991 : Étienne Daho (Paris ailleurs)
    •    1995 : Brigitte Fontaine (Genre humain)
    •    1995 : Jacno (Faux témoin)
    •    1998 : Alain Bashung (Fantaisie militaire)
    •    2000 : Étienne Daho (Corps et Armes)
    •    2001 : Brigitte Fontaine (Kékéland)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Valentins
























21/06/2013
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